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De la Chine...                                                         
 
Le président Xi Jinping ne publie pas de Petit livre rouge. Il se contente de jolis cahiers blancs, traduits en 9 langues qui expliquent à ses concitoyens et au reste du monde sa version du bonheur en Chine, présent et à venir.
Il existe 2 volumes relatifs à La gouvernance de la Chine, le second ayant été lancé en grande pompe à Londres en avril dernier. S'y ajoute un Livre Blanc diffusé fin Juin, relatif au rôle que la Chine entend jouer dans l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), dans laquelle elle eut tant de mal à entrer, seulement en 2001, mais dont elle aborde désormais les principes avec sérénité et dont elle entend même élargir les ambitions de coopération.
Que raconte ces essais littéraires ?
 
D'abord, ils sont inattendus. Il est rarissime, exceptionnel, pour ne pas dire incongru, qu'un chef d'état (ou du moins une structure gouvernementale) dévoile à ce point ses intentions, ses projets de long terme, ses différentes pistes d'évolution pour soi-même et son peuple. Cela est avant tout destiné à prouver au monde et à soi-même la solidité de l'entreprise, ainsi que son aspect pacifique.
Il faut souligner cette nouveauté : la croissance de la Chine et les multiples démarches qui l'environnent, dans des directions très variées, et dont la plupart des Occidentaux n'a pas vraiment conscience, sont envisagées et pratiquées dans un esprit de Paix, objectivement bienfaisant et au destin mondial.
C'est très confucéen, très loin des rodomontades batailleuses émanant des Etats Unis, le principal destinataire de ces messages : selon Confucius, le pouvoir n'est pas destiné à oppresser, mais à faire progresser matériellement et surtout spirituellement les peuples dont il a la charge - car le pouvoir est "fardeau" : de bons sens, de compassion et de pacification ; le chef d'état doit être un "chef de famille" pour son peuple : bienveillant, mais sévère quand il le faut. Il doit aussi respecter les dieux et les ancêtres, établir les structures assurant l'avenir, notamment par l'instruction et le respect des "rites".
Les 2 livres de gouvernance renouent avec cette tradition : après les tumultes et saccages perpétrés depuis des décennies, le pouvoir en Chine réhabilite le passé, la tradition, les évolutions opérées par les différentes dynasties, ce qu'elles ont apporté, ce qui les perpétue dans le présent, et sans gommer le séisme maoiste.
 
Le second aspect de la gouvernance complète solidement et de manière moderne la vision ancestrale : un gouvernement peut être autoritaire et très centralisé sans être oppressif et dévastateur ; qu'il s'agisse d'un gouvernement de Parti Unique (Chine Populaire) ou d'un Clan partisan ou familial (Singapour ou Corée), la pratique d'un centralisme politique peut parfaitement s'accompagner et même être soutenue par un code de droits, adapté aux désirs citoyens et d'un libéralisme économique favorable au progrès qu'il soit d'initiative privée ou publique. Ce libéralisme économique s'internationalisera quasi automatiquement grâce aux interdépendances économiques et financières qui sont le tissu du progrès moderne.
Au surplus et dans une stratégie d'information internationale, le Président Xi, désormais élu pratiquement à vie, se démarque par cette continuité toute chinoise, des frénésies électorales de l'Occident, notamment celles qui occupent un peu trop son rival direct : les Etats Unis américains et leur président. Le Tome 2 met en avant la stabilité politique, garante par sa solidité d'une croissance cohérente et bénéfique, qui ne sera pas interrompue par les lubies électorales et les changements de majorités qui détricotent tous les 4, 5, ou 6 ans toutes les intentions économiques, même les meilleures. Le socle de la réussite économique de la République Populaire est donc en béton.
 
En fait, il s'agit, dans une autre version, du système "control and confort ", pratiqué avec succès par d'autres Etats du pourtour Pacifique : Il est demandé aux citoyens - dès l'enfance - d'avoir un comportement conforme, raisonnable et suffisamment coopératif, en échange de quoi le progrès individuel et collectif, la prospérité et le confort économique leur seront assurés. La version chinoise semble consister dans la grande idée du Crédit social, développé dans les banlieues urbaines et les villages les plus éloignés du pouvoir. Car dans cette immensité, le pouvoir central est à peu près absent. Les citoyens sont appréciés localement en fonction de leur participation au bonheur de la collectivité, par leur travail, leur disponibilité, leur empathie : cela par les membres de la collectivité à laquelle ils appartiennent. Ce qui n'est pas tellement nouveau et rappelle d'inquiétantes périodes d'autocritique généralisée. Les mieux notés obtiennent des bonus en produits gratuits, billets de transports, excursions, … etc. En principe il n'y a aucune sanction, si ce n'est la désapprobation collective et l'injonction à s'améliorer…
 
Quelles sont les axes les plus visibles exposés dans cesCahiers blancs ?
1° la gestion des espaces et des populations :
l'immensité territoriale est, dans le contexte moderne, une découverte : à partir des années 90 le regard s'est porté sur la conquête – ou la reconquête – de l'intérieur du territoire. Le développement économique s'est d'abord concentré à l'Est, le long du littoral, provoquant un profond déséquilibre entre sa prospérité et la grande pauvreté des provinces intérieures, les vidant de leur population jeune et active. Le rééquilibrage économique et démographique était urgent. Le développement rapide d'une ville comme Ghengdu, capitale du pauvre Sechuan – qu'aimait tant notre fils du consul, Lucien Bodard -  inverse la tendance et y stabilise les jeunes générations, située au surplus sur la route du Tibet résolument intégré au patrimoine chinois. L'exemple est également valable pour Wuweï tout au nord au Gansu, ou encore à Xi'an sur le fleuve Jaune. Il y a aussi la création de Cités idéales, telle Xiong'an, au nord-ouest de Beijin.
 
La politique de l'enfant unique, qui fut une terrifiante bonne idée en son temps, pour résoudre le problème de la croissance trop rapide d'une population trop nombreuse et éloigner les perspectives de famine, s'avère catastrophique 50 ans plus tard, avec une charge énorme en personnes âgées et l'insuffisance dramatique de population jeune, féminine (puisqu'on éliminait surtout les filles) et le manque de main d'œuvre à venir. Il faut donc redéployer une stratégie démographique différente, tournée vers des familles prospères à 2 ou 3 enfants et un repeuplement de l'intérieur, en le basant sur le principe de l'égalité homme/femme, mais le chemin à faire est encore bien long et les habitudes du passé difficiles à combattre ...
Le grand projet d'expansion OBOR y est d'ailleurs lié, tourné vers un éventail élargi de possibilités individuelles...Tout cela prendra du temps, d'où l'impératif de la stabilité politique et sociale.
 
2° L'immense littoral de l'Est devient - fort tardivement – un pion essentiel de développement et d'ambition.
La Chine de Monsieur Xi se découvre soudainement "à fort potentiel maritime". Cela engendre, d'une part une politique maritime internationale assez agressive destinée à protéger et agrandir sa mer de Chine intérieure, ce qui est très mal vécu par le Japon et la Corée du Sud directement visés et a déjà provoqué de multiples incidents. Par ailleurs le gouvernement a adopté la "politique des ports moyens" dispersés le long de la côte, - comme la pratiquent les Etats Unis depuis la fin du 19ème siècle : cela évite la trop grande concentration des moyens dans un seul point et permet une politique de distribution commerciale et alimentaire bien plus efficace vers l'intérieur et permet d'exporter dans le monde entier du Nord au Sud, sans rupture avec les lieux de production. Rude concurrence à venir pour les "princes" du commerce international maritime tels Singapour, Busan ou Yokohama.
 
3° l'ouverture au capitalisme libéral pratiquée par Dieng Xiaoping
a fait très rapidement de la Chine l'atelier du monde, ce qui a permis d'engranger des milliards de billions de dollars. Il s'agit désormais de se tourner vers le marché intérieur, d'en exploiter l'infini potentiel et d'en assurer la pérennité. Là est le pari de ce début de siècle : la plus grande crainte est de ne plus pouvoir assurer la subsistance de la population, par manque de ressource agricole et saturation de l'expansion urbaine. D'où le retournement récent de la stratégie : certes, continuer à inonder le monde des productions chinoises, mais – en même temps – donner la priorité aux différents potentiels internes. Afin de faire face aux nécessités démographiques, la Chine fait l'acquisition de terres agricoles dans le monde entier, et assure au surplus leur exploitation et l'exportation de leurs produits vers ses ports. Car il ne s'agit pas que les peuples se révoltent. Xi reprend à son compte la phrase la plus importante prononcée par Mao Zedong en Mai 68 : L'essor du monde paysan est d'une extrême importance. Surtout à une époque où désormais la planète consomme plus qu'elle ne peut "naturellement" fournir.
Par ailleurs les différents savoirs, techniques et activités, après avoir été appris de l'Occident, puis copiés et reproduits, sont désormais autonomes, originaux et avant gardistes, qu'il s'agisse de tous les produits électroniques, de la construction automobile, aéronautique, ferroviaire ou même spatiale, tous les artefacts indispensables à la vie moderne. C'est la raison pour laquelle le récentlivre blanc relatif à l'Organisation Mondiale du Commerce est si important : il dessine les stratégies futures, les possibilités innovantes et manufacturières, les alliances productives et les ouvertures en matière d'investissements. L'ouverture du marché et la baisse des taxes sont aux antipodes des outrances de blocage trumpien. 
 
4° Et, peut être le plus important :
la conquête du monde par la Chine du souriant Monsieur Xi sera aussi celle des esprits : c'est déjà amplement commencé par le nombre et la qualité des Universités, des Centres de recherche et des milliers de contrats de coopération conclus depuis plus de 40 ans. Désormais plusieurs Universités chinoises sont dans le TOP 15 des meilleurs du monde, égalant ainsi les Occidentaux. Mais il y a mieux : une stratégie d'imprégnation généralisée de la planète, par l'art, l'histoire, les programmes de télévision, les films, les produits de tous ordres diffusés par les ondes. La Chine inonde – en douceur – le monde de sa propre culture : les milliers de documentaires diffusés chaque jour sur les chaines et sites, les brochures, livres et affiches, les troupes de danse, de prestigieux musiciens et orchestres, l'opéra, l'accueil de toutes sortes de compétitions sportives, à commences par les J.O., les domaines de la création de mode, d'objets usuels, l'offre de voyages touristiques etc...
 
Les documentaires – en particulier – couvrent 4 domaines principaux : la découverte touristique de la splendide Chine si variée, l'histoire ancienne et les fouilles archéologiques, l'histoire récente avec sa violence, sa tragédie permanente et ses immenses sacrifices, la vie quotidienne actuelle des paysans pauvres, des ouvriers disciplinés et de la moyenne bourgeoisie naissante. Le spectacle des départs en vacances dans les gares des grandes villes pour le Nouvel An Lunaire a sidéré les braves Occidentaux (mais finalement ce n'est pas pire que les 700 kms de bouchon routier en France début août ; simplement une autre version d'une société débordée par ses propres incohérences, acceptées dans le silence et la résignation).
 
Les premiers à s'inquiéter de cette "pénétration" dans leur quotidien ont été les Australiens, qui depuis quelques années se sentent de plus en plus "sinisés", notamment par la quantité d'étudiants chinois dans leurs universités. Cela s'est étalé discrètement sur environ 25 ans, dans une grande urbanité, avec des moyens financiers importants. Le tourisme mondialisé est également un outil performant : les groupes compacts de Chinois aisés, dûment encadrés et très disciplinés qui s'extasient volontiers sur tout et n'importe quoi, dépensent beaucoup d'argent, représentent une tendance qui n'ira qu'en augmentation vu l'évolution probable de la classe moyenne chinoise. Enfin, il n'est pas besoin de revenir sur les gigantesques potentiels industriels et commerciaux, déployés avec art dans des directions très variées, dont les Etats Unis d'Amérique sont indéniablement dépendants. Les différents déficits de commerce extérieur de l'Occident sont à eux seuls une implacable démonstration.
 
5° Enfin, on ne saurait oublier la Défense et surtout le rôle diplomatique majeur de la République de Chine :
la capacité de Défense de la République populaire est considérée comme la seconde mondiale, après celle des USA. Mais elle est peut-être, depuis peu, la première ; l'évaluation est délicate. Les chiffres indiquent, depuis les réformes de 2002 et surtout août 2016, un budget augmenté de 200 %, la capacité d'aligner 318 millions d'hommes (ou 385 ?), 5 Régions militaires opérationnelles, environ 15 000 entreprises travaillant tout ou partie pour la défense. La modernisation est devenue permanente : après avoir longtemps liée à la grande sœur soviétique pour son équipement, l'ouverture des marchés a permis des achats diversifiés, la possibilité de copier les matériels importés, puis d'avoir ses propres manufactures. L'achat massif d'avions de chasse, la conception de missiles, l'informatisation des systèmes par des moyens autonomes, le développement de la Marine (longtemps parente pauvre) afin de sécuriser la mer littorale, sont autant de nouveautés. Par ailleurs, il faut le souligner, les troupes chinoises sont massivement intervenues dans plusieurs conflits africains, sans oublier l'important soutien logistique accordé à la Corée du Nord.
 
La Diplomatie connaît également une évolution considérable, La Chine Populaire dut attendre 1971 pour devenir membre de l'ONU, mais dans le contexte de Guerre Froide, presque toujours à la remorque de l'URSS. Toutefois, la visite à Pékin du président Nixon en 1972, les efforts d'ouverture du ministre Zhou En Lai, la disparition de Mao en 76 puis, plus tard, la chute du Mur, la dislocation de l'URSS, l'évolution générale des équilibres, et la volonté d'ouverture de Deng Xiao Ping (malgré les affaires du Tibet et du Vietnam) changèrent progressivement la donne. La sidérante croissance économique, les exportations massives dans le monde entier et le potentiel financier qu'elles suscitent, permettent d'installer les relations internationales sur un velours d'urbanité et de conciliants échanges. Les ambitions de déploiement vers l'Ouest du continent eurasiatique, la modification prévisible des grands axes commerciaux, l'ascendant que la République Populaire a pris dans le bassin Pacifique, engendrent une diplomatie d'apaisement mais également ambitieuse. Il est indéniable que la Chine de monsieur Xi a joué un rôle de premier plan dans l'apaisement des relations entre les 2 Corées, dans le conflit pseudo nucléaire avec les Etats Unis. Par ailleurs Xi a trouvé en Vladimir Poutine, non plus un mentor mais un égal et un allié poursuivant des ambitions à peu près identiques, notamment celle de restaurer la grandeur et le prestige d'une patrie méprisée par des Occidentaux ivres de réussite.
Sans être pythonisse, on peut être certain que la Chine joue la carte du long terme au service de l'articulation d'un projet cohérent de mainmise sur l'équilibre mondial.
 
Ces esquisses amènent plusieurs réflexions :  en premier lieu, ce qui est frappant est l'imbrication, l'interpénétration des projets internes et externes, de la réussite sociale liée au commerce extérieur et du déploiement économique interne lié à l'utilisation de procédés de stratégie internationale. C'est Un Grand Tout, dans une optique très cosmique. Encore faut-il, dans cette optique, arriver à contourner la profonde fragmentation sociale et la corruption endémique. Ce qui n'est pas acquis. Le second aspect est cette perspective du temps long, laquelle se démarque et contrarie complètement les fracassantes immédiatetés nord américaines. D'un côté America First, de l'autre China Eterna.
 
Le premier Empereur Qing, l'unificateur et l'inventeur de la Chine, rêva en son temps d'un monde idéal. Mao Zedong imagina et promit une Chine parfaite et collectiviste, le Président Xi aspire à une Chine exemplaire, puissante et prospère. Ses petits livres blancs fixent 2 bornes de bilans : 2021 (très proche), qui sera le Centenaire du Parti Communiste Chinois (PCC), date à laquelle la tentaculaire Nouvelle Route de la Soie et ses nombreuses ramifications seront assez avancées pour en juger. Puis 2049 verra le Centenaire de la République Populaire de Chine, l'occasion de rendre sublime une étincelante réussite, ou affronter un échec cuisant. Nul ne sait.

Envoyé par l'auteur, 14 août 2018
Publié dans De par le monde
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Coup de gueule
 
Et si nous posions enfin le problème correctement en arrêtant de chercher des solutions à un problème mal posé qui n’en a pas ?
L’erreur de base qui a induit toutes les autres pour la dissimuler, est la confusion entre production et richesse engagée par Adam Smith et David Ricardo qui n’avaient jamais imaginé que l’on puisse fabriquer sans avoir de clients, ce qui est pourtant devenu la routine avec la mécanisation financée par le futur, sublime trouvaille.
Le circuit inverse et régulateur de la circulation monétaire dont le travail était la source et qui était une évidence il y a deux siècles pour Smith, Ricardo et tous leurs contemporains, n’a pas été étudié lorsque le circuit inverse de la production s’est emballé au XIXe et surtout au XXe siècle.
 
Au lieu de l’étudier et de s’en servir pour contrebalancer la folie mécanique de la production,
– on a déifié la production en inventant la notion stupide de valeur ajoutée qui fait croire que toute production est une richesse alors qu’elle ne l’est que si un client vient s’appauvrir davantage.
– on a inversé les esprits en faisant croire par le PIB que toute dépense était une ressource. Plus l’on dépense et plus l’on est riche ! Les critères de Maastricht en pourcentages du PIB, c’est à dire en pourcentage des dépenses, sont affligeants (on peut dépenser jusqu’à 103% et on peut emprunter jusqu’à 60% de ce qu’on a déjà dépensé l’année d’avant). Plus l’on dépense et plus l’on peut dépenser !
– on a inventé la croissance économique qui apporte à nouveau la manne et les cailles des Hébreux dans le désert mais sans Dieu.
– on a réinventé le système de Law et les assignats pour faire croire que la fausse monnaie régulait l’économie aussi bien que la monnaie véritable.
Pour que le peuple y croit et en le prenant vraiment pour un ramassis d’imbéciles,
– on a mis en place un formatage national ruineux qui bloque les jeunes à ne rien faire jusqu’à 25 ans pour leur faire croire qu’on leur apprend des choses qui ne leur serviront à rien, et surtout pour les amollir par une vie facile et les placer en situation d’éternels quémandeurs.
– on a mis en place un système faussement appelé démocratie où le slogan incroyable d’un homme une voix, donne le pouvoir à la finance.
 
Pour tenir un certain temps dans cet imbroglio impossible,
– on a survalorisé l’individu en le stérilisant par la casse des groupes cohérents et du Sacré.
– on a cassé tous les groupes cohérents, couple famille village pour n’avoir que de  la matière humaine indifférenciée où les femmes ne font plus d’enfants et concurrencent les hommes dans leur quête d’argent.
– on a imposé l’idée que les milliards de merveilleuses et stupéfiantes machines vivantes et diverses, végétales, animales et humaines, n’étaient toutes, une par une, que l’œuvre du hasard et de la nécessité répétée par hasard avec le même génie des milliards de fois.
– on a transformé tous les individus perdus en intellectuels détenteurs personnels de la réforme à faire pour tout résoudre.
– on fait faire le travail qui doit tout de même être fait, par les trois esclavages de la dette pour l’esclavage dans le temps, de la globalisation pour l’esclavage dans l’espace et de l’immigration pour l’esclavage ici et maintenant. Sans oublier de dépenser de plus en plus d’argent pour éviter la révolte des esclaves.
 
Mais tout cela n’est évidemment qu’un colosse aux pieds d’argile que la réalité mettra à bas dans la plus grande violence si, de toute urgence et avant que ce ne soit trop tard, certains ne s’attellent pas à analyser le problème globalement pour s’attaquer exclusivement au mur du mensonge et de la dissimulation, admirablement construit à l’insu de leur plein gré par les médias, propriétés de la finance.

Envoyé par l'auteur, 11 août 2018
Publié dans A tout un chacun
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Pour des administrations efficaces
 
Les faits divers sont révélateurs. Quand Le Parisien du 6 août 2018 consacre un article à "l’insoutenable lenteur administrative après l’accident mortel de son mari", accident survenu le 4 juin 2017, nous devons bien sûr être attentifs au drame d’une mère et de ses trois enfants, mais aussi au fait que l’inertie de l’administration en charge de l’enquête, et donc un dysfonctionnement du service public, retarde l’indemnisation de manière inadmissible, augmentant ainsi la détresse de ces malheureux pour lesquels les fonctionnaires devraient au contraire agir vite et bien.
Hélas, cette institutrice et ses enfants ne soACnt pas les seuls à pâtir de la lenteur d’une administration ou de la justice. Songeons par exemple aux enfants victimes de mauvais traitements parentaux, allant parfois jusqu’à l’inceste, dont la lenteur des procédures, préliminaires puis judiciaires, prolonge le martyr. Et n’oublions pas les dysfonctionnements, heureusement moins dramatiques, mais agaçants et parfois très gênants, qui font "poireauter" des dizaines de milliers de Français ou de visiteurs étrangers pour l’obtention d’un permis, d’une carte, ou de tout autre document officiel.
Au regard des impôts que nous payons, et des dettes que contractent l’Etat et la sécurité sociale, tout cela en principe pour financer des services publics rendant vraiment service à la population, la qualité disons très inégale des dits services publics incite vraiment à se demander si notre pays est convenablement gouverné et administré.
 
Le citoyen est aussi un client
Être Français, Allemand, Australien ou Japonais ne signifie pas seulement être prêt à donner s’il le faut sa vie pour sa patrie ; c’est aussi un ensemble de devoirs moins héroïques, comme de payer des impôts et des cotisations sociales, d’obéir à certaines règles, et de se comporter en toute circonstance de façon responsable et respectueuse du bien commun.
En contrepartie de ses devoirs, le citoyen a des droits : pouvoir compter sur des administrations efficaces et courtoises est l’un d’eux, particulièrement important. Dans le cas cité plus haut, cette citoyenne institutrice et mère de famille et ses enfants avaient le droit de disposer rapidement des résultats de l’enquête menée pour déterminer les circonstances et les causes de l’accident qui a coûté la vie à leur époux et père. La lenteur administrative qui entraîne de graves conséquences, comme la prolongation d’une très pénible ignorance et la gêne financière, devrait être sanctionnée, sauf si elle résulte d’un cas de force majeure, et des indemnisations pour les dommages infligés devraient être prévues.
 
Les mots "client" et "fournisseur" ne résument évidemment pas, à eux seuls, ce que sont l’un pour l’autre un citoyen et une administration. Certaines administrations remplissent des fonctions régaliennes, ou quasi-régaliennes, qui relèvent d’une autre dimension. A l’époque où les jeunes Français étaient "appelés sous les drapeaux", ils ne constituaient pas des "fournisseurs" au sens classique du terme, même s’ils fournissaient bel et bien leur activité à l’armée et donc à leur patrie. De même, l’automobiliste qui roule autre part que sur une autoroute privatisée n’est-il pas complétement assimilable à un client de l’Etat ou de la collectivité territoriale chargée de cette voie de circulation. Néanmoins, le conscrit avait bien quelque chose d’un fournisseur de services, méritant à ce titre quelques récompenses ; et l’automobiliste est bien, dans un certain sens, le débiteur de l’institution publique dont relève la voie de circulation sur laquelle il roule : c’est pour cela, entre autres, qu’il contribue aux dépenses publiques.
En payant ses impôts, et particulièrement les taxes très conséquentes qui forment la plus grosse partie de la facture acquittée à chacun de ses passages à la pompe, l’automobiliste acquitte une sorte de droit de péage forfaitaire pour toutes les voies mises à sa disposition. Les administrations ne nous fournissent pas des services gratuits, nous les leur payons, soit de manière assez ciblée comme avec les taxes sur les produits pétroliers, soit de façon plus forfaitaire comme avec la TVA et l’impôt sur le revenu.
 
Dans les affaires publiques comme privées, le client doit être (raisonnablement) roi
Si la ponctualité est la politesse des rois, elle est aussi la qualité attendue de tous nos fournisseurs : le livreur de pizza, le plombier, la SNCF … et les administrations ! Quand les PTT en était une, ils avaient des clients : cela n’a pas attendu le passage aux entreprises Orange, La Poste et la Banque Postale. Et si les tribunaux ne sont pas destinés à fonctionner de manière commerciale, il n’en reste pas moins que les personnes physiques et morales qui s’adressent à eux pour obtenir justice – un bien dont l’importance, à l’instar de celle des traitements médicaux, se laisse oublier un peu au quotidien, mais apparaît avec force en certaines circonstances – en attendent un service prompt et de grande qualité.
 
Les administrations doivent prendre des dispositions dans le sens "service du client". Pour les justiciables, qui sont les clients de la justice, les délais sont excessivement longs : on se croirait revenu en 1950, à l’époque où il fallait attendre plus d’un an pour que vous soit livrée votre 2 CV Citroën ou 4 CV Renault. Mais la rapidité n’est pas tout ; la fiabilité, notamment, a une grande importance. Les hommes politiques et les hauts fonctionnaires  nous rebattent les oreilles avec le passage à la numérisation et les merveilles qu’elle est censée accomplir ; mais trop souvent l’informatisation des services débouche sur des moutons à cinq pattes, dont voici quelques exemples : le logiciel de paie des armées ("Louvois") ; celui qui fut élaboré pour la gestion des commandes passées par les administrations centrales ("Chorus") ; celui créé pour être l’interface entre le RSI (Régime social des indépendants) et les chefs de petites entreprises ; ou encore, ces temps-ci, la "plateforme d’affectation" dite Parcoursup, qui ridiculise notre enseignement supérieur.
 
Comment rendre les administrations efficaces ?
Se plaindre d’avoir une administration courtelinesque est aisé ; proposer des réformes adéquates est une autre paire de manches. Mais un proverbe, fruit d’une longue observation, fournit une clé d’entrée : "le poisson pourrit par la tête". Nos administrations sont malades, non pas exclusivement, mais principalement, parce qu’elles sont trop souvent dirigées – du ministre au chef de bureau – par des personnes qui n’ont pas les compétences requises.
Parmi les hommes politiques et hauts fonctionnaires, bon nombre se gargarisent de grandsdiscours modernistes axés notamment sur les miracles de la numérisation, tarte à la crème des discours officiels. Surfer sur les thèmes à la mode peut servir à progresser dans sa carrière : c’est une des raisons pour lesquelles beaucoup d’administrations produisent à grands frais des services de qualité médiocre. Il faudrait avoir le courage (et les moyens juridiques) de sanctionner, y compris par un licenciement, certaines erreurs et certains manques de discernement dont les citoyens contribuables (et donc clients) n’ont pas à faire les frais. Là où le client est roi, ceux qui le servent mal ne sont pas à leur place, et la France ne disposera pas des administrations de grande qualité dont elle a le plus grand besoin tant que la réussite à un concours prestigieux, suivie par la constitution méthodique d’un gros carnet de relations utiles, comptera plus que la compétence dans la nomination à des postes où il faudrait de vrais chefs, compétents humainement et techniquement, et capables de réfléchir par eux-mêmes.
 
Comment nos ministres sont-ils choisis ? Le plus souvent pour une raison politicienne : il faut donner un os à ronger à telle composante de la majorité, voire essayer de créer une scission dans une composante de l’opposition en jouant sur l’attrait du maroquin pour "débaucher" une de ses personnalités. Pour nous limiter à un quinquennat, prenons par exemple celui de Nicolas Sarkozy, durant lequel seulement deux nominations paraissent avoir eu cette caractéristiques : le choix d’Eric Besson, ex secrétaire national à l’économie du PS, comme secrétaire d’Etat à la prospective et à l’évaluation des politiques publiques, puis ministre du développement de l’économie numérique, et enfin de l’immigration et de l’intégration ;  et celui de Jean-Pierre Jouyet, qui avait été membre du cabinet de Jacques Delors, puis directeur adjoint du cabinet de Lionel Jospin à Matignon, comme secrétaire d’Etat aux affaires européennes puis secrétaire général de la présidence de la République. Si l’on passait au quinquennat actuel, nettement plus de deux "débauchages" pourraient être listés.
 
Bien entendu, les choix de ministres appartenant à la majorité relèvent eux aussi, dans un bon nombre de cas, de calculs politiciens qui ne débouchent pas nécessairement sur de bonnes performances du point de vue de la direction des services, et donc de l’efficacité de ceux-ci. Mutatis mutandis, il en va de même pour les nominations des directeurs d’administrations centrales et des chefs de service : l’action gouvernementale n’est pas conçue comme devant être centrée sur la compétence, la performance et l’amour du travail bien fait. Il est impératif, pour rendre les administrations plus efficaces, de mettre à leur tête des hommes et des femmes ayant d’excellentes qualités de managers, de meneurs d’hommes, et un grand souci du service rendu au public. Si l’impulsion ne vient pas des ministres et des directeurs d’administration centrale, "les services", comme on dit, ne se mettront pas suffisamment "au service" de la population, et le client-citoyen n’en aura ni pour son argent ni, ce qui est encore plus important, pour son désir de pouvoir être fier d’être Français.

Envoyé par l'auteur, 8 août 2018
Publié dans En France
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La fin du “nouveau monde” ouvre une ère d'incertitude
 
Lors de son interview au Point, le 29 août 2017, le président Macron dénonçait "les forces du monde ancien" qui "font échouer la France". En mai-juin 2017, l'accession au pouvoir des nouvelles équipes dirigeantes, à l'Élysée, à Matignon comme au Palais Bourbon, fut le fruit de l'élection présidentielle la plus chaotique de l'histoire. Le succès électoral d'En marche ! est donc né d'un vertigineux scandale. Il s'inscrivait dans le contexte d'un pays traumatisé par la succession d'affaires et de drames mettant en cause ses dirigeants, à l'image de l'emblématique "affaire Cahuzac".
En réaction contre le naufrage de la politique française dans un climat à la fois délétère et explosif, tournant le dos aux personnalités et aux partis traditionnels, en 2017, les Français, assoiffés d’exemplarité, ont porté au pouvoir des hommes et des femmes incarnant le renouvellement. La transformation de la vie publique française dans le sens de la vertu, s’est imposée comme la clé idéologique de la nouvelle équipe dirigeante.
Ce contexte explique l’ampleur prise par l’affaire Benalla qui a accaparé l’actualité nationale pendant trois semaines. Les faits eux-mêmes sont certes accablants pour l’auteur des violences, mais sans commune mesure avec les séismes qui ont ébranlé l’histoire politique française (Rainbow Warrior par exemple). En revanche, ils ont profondément choqué par les révélations en cascade qui en sont issues, soulignant les phénomènes de clanisme, de dissimulation, de courtisanerie et d’obséquiosité, qui imprègnent, aujourd’hui comme hier, l’exercice du pouvoir.
 
2017 fut l’été d’une espérance pour une partie de l’opinion publique, 2018 celui d’une désillusion. Cette affaire marque une étape supplémentaire, et sans doute décisive, dans la prise de conscience, par une majorité des Français, du caractère trompeur de la thématique d’un "nouveau monde". Au fond, rien n’a changé. Ils ont l’impression d’avoir été mystifiés comme ils le furent en 1981 par le discours assimilant la victoire de François Mitterrand à un passage de la "nuit à la lumière". Ils retiennent de l’affaire Benalla que rien ne ressemble plus à l’ancien monde que le soi-disant nouveau.
 
La fin des illusions met en évidence les constantes de la vie politique française, qui depuis des années, entraînent le pays sur une pente fatale. Le culte de la personnalité d’un autre âge ne fait qu’occuper le vide laissé par la mort du débat d’idées et l’absence de solutions aux difficultés de la France. L’image personnelle des dirigeants s’impose comme la motivation suprême de l’engagement politique, au détriment du bien commun. L’élection ou la réélection justifie toutes les démagogies. La communication se substitue toujours davantage à l’autorité de l’Etat, aux choix de gouvernement et à l’action authentique. La fracture démocratique ne cesse de se creuser entre une minorité dirigeante, déconnectée des réalités quotidiennes, et la population – infiniment plus lucide que ne le pensent les hommes et femmes de pouvoir –, qui se sent abandonnée avec ses difficultés et ses inquiétudes.
 
La vie politique continue à sombrer dans le spectacle nihiliste, dominé par les polémiques, les crises d’hystérie, les phénomènes d’idolâtrie et de lynchage. Le discours sur la "transformation" de la France ne suffit plus à masquer la réalité d’une aggravation continue des maux dont elle souffre : vertigineux déficit du commerce extérieur ; explosion de la dette publique ; poids des prélèvements fiscaux et sociaux ; chômage qui, en comparaison avec les autres puissances comparables, ne connaît guère d’amélioration ; violence quotidienne ; situation préoccupante du système scolaire et universitaire ; haut niveau de pauvreté ; absence de réponse crédible à la crise migratoire européenne ; une société toujours plus déchirée et conflictuelle. Sur les grands sujets de préoccupation des Français, aucune amélioration n’est en vue.
 
Aujourd’hui, la question fondamentale est celle de l’avenir de la politique française sur lequel un épais brouillard est tombé. Après la dissipation du rêve d’un "nouveau monde", que reste-t-il à espérer ? La France est entrée dans une ère d’incertitude. Tout est possible : une radicalisation, portant au premier plan des partis ou personnalités "antisystème" ; la poursuite indéfinie, au-delà de 2022, de l’expérience actuelle ; une alternance et le retour au pouvoir d’un parti classique ayant su se moderniser et élargir son assise électorale ; ou encore une prise de conscience de la tragédie de la politique française, une remise à plat d’un régime à bout de souffle pour en finir avec la dictature des chimères et renouer avec la notion de gouvernement, de vérité, de destin collectif, d’intérêt général et de res publica. Cette dernière alternative n’est hélas pas la plus vraisemblable…
Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 13 août 2018 (publié dans le Figaro, 12 août 2018)
Publié dans Du côté des élites
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Affaire Benalla : n’oublions pas l’essentiel !
 
L’affaire Benalla n’est sûrement pas qu’une tempête dans un verre d’eau comme le prétend M. Macron : mais même si elle l’était, le fait qu’elle suffise à provoquer l’énorme tempête médiatique et politique que l’on sait, au point d‘arrêter tout travail législatif, révèle la fragilité du président. S’il n’avait été élu que depuis à peine un peu plus d’un an, on pourrait déjà parler d’une atmosphère de fin de règne !
L’affaire n’est pas si mince : qu’un des proches collaborateurs du président, ignorant des usages et manifestement incapable de maitriser ses instincts violents, soit nommé par le fait du prince lieutenant-colonel de gendarmerie à 26 ans est en soi un scandale majeur. Compte tenu des relations très équivoques de l’intéressé, il laisse supposer d’autres turpitudes qui pourraient être un jour connues du public. L’affaire Benalla n’aurait pas pris tant d’ampleur si, malgré l’euphorie qui a régné la première année du quinquennat, beaucoup n’étaient conscient de trop nombreuses dérives.
 
Des questions
L’affaire pose plusieurs questions : pourquoi les vidéos au point de départ de l’affaire qui étaient connues dès le 2 mai ne font-elles scandale que le 20 juillet ? Pourquoi les plus acharnés à le soulever sont-ils les organes de presse qui ont soutenu Macron avec le plus de détermination (Le Monde, groupe Drahi, groupe Pinault) ?
Risquons-nous à supposer que ceux qui avaient commandité son élection voulaient un président sérieux, à même de mener des reformes sérieuses (ou supposées telles). Les frasques de plus en plus voyantes leur font craindre aujourd’hui de couler sur un bateau ivre. La fête honteuse qui a eu le lieu à l’Elysée le 21 juin pourrait être la goutte qui a fait déborder le vase. La crédibilité du président français sur la scène internationale n’a pu qu’en pâtir.  
Le président a déclaré assumer seul la responsabilité de l’affaire. Il est donc responsable de l’irresponsabilité de ce jeune collaborateur qu’il a lui-même recruté et, passant outre à toutes les hiérarchies, promu.
Ce n’est certes pas la première fois que le pouvoir monte à la tête de ceux qui l’exercent. Il agit, c’est bien connu, comme un opium ou encore il donne une sorte de vertige de l’altitude qui fait perdre la tête à ceux qui ne sont pas préparés à vivre dans les sommets. Les réactions arrogantes et souvent maladroites du président qui visiblement gère mal l’affaire, laisse penser que le vertige ne touche pas seulement le garde du corps.
 
L’essentiel
Cette fragilité, comment l’expliquer sinon par les politiques menées depuis un an et qui la plupart tournent le dos aux intérêts fondamentaux du pays que l’affaire Benalla ne saurait nous faire perdre de vue ?  
- Le démantèlement accéléré de nos industries stratégiques et de défense (armement, construction navale, nucléaire, aéronautique, recherche pétrolière), soit la plupart des pépites construites par le génie français en soixante ans d’efforts, lesquelles sont en train de passer sous contrôle étranger, principalement américain ou allemand, dans la lignée de la scandaleuse affaire Alstom où la responsabilité personnelle de M. Macron se trouve directement engagée (1) ; la prochaine cible est Naval Group issu de la Direction des constructions navales ;
- L’absence de détermination à contrôler sérieusement l’immigration, avec le démantèlement des politiques familiales ;
- L’absence de tout effort pour réduire les dépenses publiques ;
- Une diplomatie illisible qui conduit à nous mettre à dos des partenaires historiques  Italie, Pologne et autres pays de l’Est européen), à tenter de prolonger la guerre de Syrie et à soutenir à la tête de l’Association des pays francophones la candidate que propose le président Kagame du Rwanda, un tyran ennemi de la France, responsable de millions de morts, soutien qui nous ridiculise aux yeux de l’Afrique autant qu’il nous déshonore ;
- Des restrictions croissantes à la liberté d’expression , comme la loi sur les fake-news que la Sénat a rejeté à une large majorité  ;
- L’affaiblissement des pouvoirs locaux par la baisse des dotations et la suppression sans compensation de la taxe d’habitation  ;
- Une réforme de la Constitution inutile qui tend à restreindre encore plus le poids du Parlement, haut symbole de la République ; 
- Le projet de légaliser la fécondation artificielle pour femmes seules, ce qui revient créer délibérément des orphelins de père, dans la perspective d’une marchandisation généralisée de la procréation.
 
Et maintenant ?
Que va-t-il advenir maintenant ? N’excluons rien : que Macron ait le souffle court pour tenir encore quatre ans est aujourd’hui patent : mais il est surtout à la merci de lui-même et d’un entourage à son image : quelle nouvelle frasque pourrait lui être fatale ? On se le demande.
Mais il peut aussi qu’il reste encore en place, le crédit affaibli, peu apte à faire des réformes. Faudra-t-il le regretter ?
Dans la mesure où la plupart de ses projets de réforme sont nocifs, une situation d’impuissance du pouvoir, regrettable en soi, serait cependant un moindre mal, en attendant qu’émergent des équipes dignes et vraiment compétentes à même de prendre enfin à bras le corps les vrais problèmes de la France.
(1) Voir à ce sujet l’excellent reportage de Public Sénat  

Envoyé par l'auteur, paru sur roland.hureaux.over-blog.com, 31 juillet 2018
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Pourquoi est-il impossible en Europe d'avoir un vrai débat sur l'immigration ?
 
TRIBUNE - Plutôt que de nier la réalité de la crise migratoire, nos gouvernants devraient poser les cadres d'un dialogue apaisé, argumente la philosophe.
 
Les pays d'Europe centrale ont ces derniers temps développé leurs points de vue sur la question de l'immigration. Il est dommage qu'on les reçoive seulement en les traitant de barbares. Impossible en Europe de l'Ouest d'avoir un débat sur l'immigration, car une seule affirmation est recevable : l'obligation morale que nous avons, en tant que culture humaniste, d'accueillir les démunis frappant à notre porte. Modérer cette affirmation ou la mettre en cause n'est pas politiquement correct. Nos gouvernants, Macron ou Merkel, ne limitent l'ouverture que dans le but affiché d'éviter la montée des courants populistes. Ce qui manque ici, sur la question critique la plus inquiétante et primordiale depuis la Seconde Guerre mondiale, c'est la possibilité de débattre.
 
Viktor Orban s'est exprimé là-dessus le 16 juin dernier à l'occasion de l'anniversaire de la mort de Helmut Kohl. Il fait appel à l'un des plus importants symboles dans la culture centre-européenne : le rempart de la chrétienté. Ces pays ont été en effet, dans l'histoire, ceux qui stoppent les invasions barbares et par là, situation géographique oblige, protègent l'Europe occidentale. Orban fait le lien avec ces situations anciennes et suggère que la charité consiste à aider au développement plutôt qu'à ouvrir les portes. La thèse est bien discutable : l'aide au développement agit sur le long terme, mais le problème est à très court terme ; une foule de pauvres, demandant asile, peut-elle être comparée aux invasions barbares ? Mais enfin l'opinion occidentale ne s'entretient qu'avec elle-même et, donc, ne discute pas. D'ailleurs, elle ne sait même pas ce qu'est le "rempart de la chrétienté" et ne veut pas le savoir.
 
Le texte du chancelier autrichien Kurtz, soumis aux experts nationaux des vingt-huit pays de l'Union, est différemment argumenté. Mais bien sûr il a été reçu avec la même indignation et les mêmes préjugés, sans aucune quête de compréhension.
Le jeune chancelier autrichien a mis sur la table un autre aspect de la question. Moins l'accueil que la manière d'accueillir. L'Autriche a reçu proportionnellement davantage de migrants que la France. Nous ne sommes pas tenus pour autant de le faire n'importe comment, en donnant aux accueillis toute latitude pour dégrader cette culture même qui les reçoit. Autrement dit, l'accueil doit se faire contre exigences réciproques, comme c'est toujours le cas lorsqu'on fait preuve d'hospitalité.
 
Or qu'avons-nous vu depuis quelques années ? Une volonté d'ouvrir grandes les portes, en Allemagne en 2015, en fermant les yeux sur les problèmes posés et la nécessité d'en tenir compte.
On a constamment essayé de faire croire à l'opinion que la population migratoire était composée de médecins et d'universitaires chassés par les dictatures. Un événement gravissime comme les viols de Cologne a été traité par les gouvernements avec une légèreté sidérante. Pendant longtemps il a été impossible de parler de la différence entre migrants politiques et migrants économiques, l'idée même de faire un "tri" était aussitôt, par une comparaison honteuse, assimilée à une sinistre mémoire. Demande-t-on aux réfugiés accueillis d'adopter la culture du pays d'accueil ? Sans oser toujours défendre ouvertement le multiculturalisme, nos gouvernants n'osent pas prendre les mesures positives d'une intégration. L'islamo-gauchisme qui se développe chez nos élites est devenu expert pour promouvoir les cultures accueillies au détriment de la nôtre, sans vouloir admettre qu'elles sont en train de détruire cela même qui légitimait l'accueil…
 
Le discours de Kurz est dénigré parce qu'il a dit que parmi ces jeunes migrants "beaucoup sont tout particulièrement sensibles aux idéologies hostiles à la liberté, qui prônent la violence" et "ont de manière répétée de gros problèmes pour vivre dans des sociétés ouvertes". Le fait de proférer une critique des réfugiés est considéré comme inacceptable. Étant des victimes, ils sont entièrement innocents, en accord avec le manichéisme ambiant. Plus encore, énoncer à leur sujet quelque chose de général (même assorti de précautions comme c'est le cas ici) est insupportable. Quand il s'agit de groupes à protéger, nul n'a le droit de prononcer une affirmation générale, faute de se rendre coupable d' "amalgames" ou de "clichés". Autrement dit on ne peut alors parler que des individus : il faut être nominaliste. Kurz a l'audace d'oser une généralisation, qui au demeurant ne fait que décrire la culture de la plupart de ces réfugiés.
Dire que des musulmans auront plus de mal que nous à vivre dans des sociétés ouvertes, c'est bien ce que tout le monde sait et voit. Les cultures ont des caractéristiques. On peut les décrire sans les "essentialiser", mot à la mode pour accréditer le nominalisme rampant. Leurs dénominations les désignent. Ce n'est pas un pur hasard si islam signifie soumission, pendant qu'Israël signifie "celui qui a été fort contre Dieu". Mais il ne faudrait pas le dire.
Pour Kurz, il est normal, évident, en tant que culture d'accueil, de ne garantir l'asile "qu'à ceux qui respectent les valeurs de l'UE et les droits et libertés fondamentales". Nous devons ouvrir la porte, mais n'avons pas le devoir de laisser nos hôtes dénaturer notre culture. Un véritable humaniste est celui qui déploie la bienveillance sous le regard de la réalité assumée. C'est bien parce que les gouvernants n'ont pas admis cela qu'ils se heurtent aujourd'hui à tant d'oppositions. Le discours de Kurz mériterait davantage que quelques crachats.
 
Depuis quelques semaines, le mantra des responsables européens et d'une partie des médias est qu'il n'y a pas de crise migratoire. Manière de nier la réalité pour ne pas avoir à la regarder en face. La baisse réelle du nombre d'arrivants depuis un an ne change rien à l'immense espérance d'Occident dans une Afrique de plus en plus peuplée, ni ne résout notre incapacité, ici, à intégrer convenablement les arrivants récents, mais aussi d'anciens arrivants ou même leurs enfants. Il y a quelque chose de honteux à vouloir nous faire croire que la situation critique a cessé d'exister, comme si nous étions, nous les électeurs, de sombres idiots.
Nous n'avons pas besoin de gouvernants humanitaristes et pleurnichards, aux yeux bandés. Nous avons besoin de gouvernants humanistes aux yeux ouverts, capables d'exigence dans leur bienveillance même. Ce n'est pas en dissimulant les caractéristiques de la culture musulmane, pour ne pas "faire d'amalgame" et pour ne pas "discriminer", qu'on répondra décemment à cette situation critique.

Paru dans Le Figaro, 3 août 2018
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Les obstacles au rapprochement russo-américain
 
CHRONIQUE - Donald Trump pense que l'Amérique doit avant tout éviter l'alliance stratégique de Moscou et Pékin contre elle. Mais plusieurs obstacles se dressent sur le chemin d'un rapprochement russo-américain.
 
La Maison-Blanche a indiqué, le 27 juillet 2018, que le président Trump recevrait le président Poutine à Washington au tout début de l'année 2019, et qu'il se rendrait lui-même plus tard à Moscou. Ce sera alors le troisième sommet russo-américain en l'espace d'une année, si l'on compte la rencontre d'Helsinki du 16 juillet 2018. Ces rencontres multipliées préfigurent-elles un rapprochement russo-américain ?
Depuis qu'il s'exprime sur la politique étrangère de son pays, c'est-à-dire depuis plus de trente ans, Donald Trump a toujours milité pour un tel rapprochement. Le président américain estime que l'Amérique a un compétiteur stratégique, qui est la Chine, qu'il faut contenir. Aux yeux de Trump, la Russie, qui n'est plus l'URSS avec ses satellites du pacte de Varsovie, a perdu ce statut de compétiteur stratégique. Il faut donc simplement éviter de la jeter dans les bras des Chinois, afin de ne pas donner à Pékin la maîtrise de la masse eurasiatique (à quoi vise en partie la politique chinoise des "nouvelles routes de la soie").
En politique étrangère, Trump a rejeté le néoconservatisme (exporter la démocratie et les droits de l'Homme à l'américaine urbi et orbi, si besoin par la force) et a choisi le réalisme. Dans le grand jeu triangulaire entreles États-Unis, la Russie et la Chine, il pense que l'Amérique doit avant tout éviter l'alliance stratégique de Moscou et Pékin contre elle. Voilà pourquoi il veut établir une bonne relation avec la Russie envers et contre tout. Y parviendra-t-il ? Rien n'est moins sûr, tant sont importants les obstacles au rapprochement russo-américain.
 
Asymétrie comportementale
Le premier obstacle est l'asymétrie de comportement entre Trump et Poutine. Celui-ci défend toujours bec et ongles les intérêts de la Russie, alors que celui-là semble totalement inhibé à exprimer publiquement le moindre désaccord avec Poutine. Dans la conférence de presse conjointe donnée à l'issue de la rencontre d'Helsinki, Trump a dit qu'il ne pensait pas que la Russie s'était ingérée dans la campagne électorale américaine de 2016, donnant ainsi tort aux services de renseignement des États-Unis.
Deux jours plus tard, il dut se rétracter, devant le tollé que provoquait sa déclaration dans les milieux politico-médiatiques de Washington, où la guerre froide a laissé bien plus de séquelles qu'en Europe occidentale. Pour compenser le comportement jugé erratique de Trump en diplomatie, le Sénat américain ainsi que les hautes sphères de l'exécutif en rajoutent dans leur fermeté à l'égard de la Russie, ce qui n'améliore pas la confiance qu'ont les Russes dans les Américains.
Au demeurant, les avis sur la Russie sont très divergents en Amérique, entre la Maison-Blanche, le Pentagone, le département d'État et le Congrès. L'Otan et l'UE sont des institutions plutôt populaires au sein des élites politiques et administratives américaines, alors que Trump méprise la dernière et n'accepte la première qu'à la condition d'un accroissement exponentiel des contributions européennes. À Moscou, la situation est très différente : Poutine fait exactement la diplomatie qu'il veut. Le maître du Kremlin demande la mort de l'Otan, une organisation qui à ses yeux ne se justifie plus, après la dissolution du pacte de Varsovie.
 
L'annexion problématique de la Crimée
Le 25 juillet 2018, le secrétaire d'État Mike Pompeo a fait sur la Crimée, annexée par la Russie en mars 2014, une déclaration solennelle. Elle ressemblait étrangement à celle qu'avait faite, le 23 juillet 1940, le secrétaire d'État Summer Welles sur les États baltes, annexés par l'Union soviétique en juin 1940, en vertu d'une clause secrète du pacte Molotov-Ribbentrop. Les États-Unis ne reconnaîtront jamais l'annexion et interdiront toujours à leurs diplomates de se rendre en Crimée.
Ce genre de déclaration diplomatique est pratique, car on peut la brandir ou l'oublier à loisir, selon les circonstances et selon ses interlocuteurs. La déclaration Welles n'a pas empêché la construction d'une solide alliance militaire américano-soviétique de décembre 1941 à mai 1945. La déclaration Pompeo ne peut en soi constituer un obstacle infranchissableà un rapprochement russo-américain, mais elle est là pour rester. La diplomatie américaine ne pardonne pas à Poutine de n'avoir pas respecté les engagements de son prédécesseur Eltsine pour l'intégrité territoriale de l'Ukraine, pris lors d'un sommet à Budapest en décembre 1994, après que Kiev eut accepté la destruction de ses armes nucléaires.
La Crimée a beau paraître historiquement russe depuis Catherine II, et l'économie ukrainienne négligeable dans l'espace européen, le conflit russo-ukrainien (toujours prêtà ressurgir au Donbass) constitue une épine très empoisonnée. Assez en tout cas pour empêcher Washington et Moscou d'appréhender ensemble des enjeux géopolitiques autrement plus importants…

Paru dans Le Figaro, 31 juillet 2018
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My Lady : Emma Thompson, un juge dans la tourmente
 
PARTENARIAT FIGAROSCOPE - Dans le nouveau film de Richard Eyre, la grande actrice britannique incarne un juge des affaires familiales qui doit trouver le difficile équilibre entre la rigueur de la loi et la complexité de l'existence.
 

Emma Thompson a trouvé un rôle à la mesure de son immense talent dans le film de Richard Eyre, My Lady, où elle interprète Fiona Maye, juge des affaires familiales à la Haute Cour de Londres. Une charge aussi passionnante que dévorante. Sa dévotion absolue à son métier mobilise toute son énergie, jusqu'à la vider d'elle-même.
 
Quand elle quitte le tribunal et enlève sa robe de juge, elle emporte chez elle une concentration qui l'a depuis longtemps, sans même qu'elle s'en rende compte, éloignée de son mari, Jack (Stanley Tucci). Au moment où Jack, pour la réveiller, provoque une crise conjugale, annonçant qu'il va la tromper, Fiona est réclamée pour juger un cas particulièrement urgent et délicat : elle doit décider s'il faut imposer une transfusion sanguine à un adolescent, Adam (Fionn Whitehead), malgré l'opposition de ses parents, témoins de Jéhovah. Rien ne l'y oblige, mais elle choisit de se rendre à l'hôpital pour rencontrer Adam. Et se trouve face à une personnalité bouleversante.
Film de procès, drame psychologique, tragédie de la conscience morale, mélodrame romantique, portrait d'une femme d'honneur, prise entre raison et sentiments, My Lady est une tempête romanesque de haute amplitude, qui secoue le fond des âmes. Le film atteint très vite une intensité dramatique que le cinéaste maintient sans faiblir, en variant les points de vue sur les personnages avec une dextérité jamais conventionnelle. Pas une scène inutile, et toujours le bon tempo, qui fait avancer l'action en approfondissant chaque fois les contradictions.
 
Le sauver malgré lui
On se heurte d'abord à la froideur de Fiona face à un mari amoureux qu'elle refuse obstinément d'entendre. C'est presque une situation de comédie, inversant les rôles traditionnels de l'homme suroccupé et de la femme déçue. Avec ses aveux de frustration et ses tentatives de détachement, Jack pourrait être risible. Mais Stanley Tucci impose une sincérité amère, qui oblige à prendre au sérieux l'amour conjugal. Fiona de son côté est une femme de cœur, sous sa carapace. Sa sensibilité se réfugie dans la musique et la poésie, qu'elle pratique dans une chorale d'amis juristes. Et c'est par là que se fera la rencontre avec l'adolescent farouche qu'elle visite à l'hôpital. Adam a une guitare près de son lit. Ils chantent des vers de Yeats.
 
Orages et naufrages
Fiona est venue avec l'idée de l'arracher à l'emprise de ses parents, bien qu'il assure partager leur foi. Elle veut le sauver malgré lui, en vertu du "children act", une loi de 1989 qui fait prévaloir l'intérêt de l'enfant. Mais ils se retrouvent bien au-delà d'un conflit juridique. Ils discutent du bien et du mal, de la dimension sacrée de l'être, du sang qui est la vie. Si Adam finit par accepter la transfusion, ce n'est pas qu'il renie sa foi, c'est qu'il est emporté vers la vie par sa passion naissante pour cette belle juge penchée sur lui avec une attention si grave. Jamais il n'a été comme par elle écouté.
Avec le personnage d'Adam, superbement interprété par le jeune Fionn Whitehead, My Lady retrouve la communication avec les grands fonds intérieurs, dont nous sommes souvent coupés. Parce qu'il vit au contact direct de la mort, du désespoir, du salut, de l'amour, l'adolescent entraîne Fiona dans des émotions primordiales. Le film entre alors dans d'autres orages, d'autres naufrages. Et c'est magnifique de voir naître, sous le réalisme quotidien d'aujourd'hui, le lyrisme éternel du grand romantisme.

Paru dans Le Figaro, 31 juillet 2018
Publié dans A tout un chacun
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Les confidences d'Emma Thompson
 
INTERVIEW - L'actrice britannique se confie à l'occasion de la sortie du captivant My Lady, dans lequel elle incarne une juge aux affaires familiales. Elle évoque l'obligation du débat et de l'engagement.

Elle est le charme et l'intelligence incarnés. Un mélange délicieusement anglais de Monty Python, de Shakespeare, de Jane Austen et de Nanny McPhee. La drôlerie extravagante lui va aussi bien que le sérieux, la raison que les sentiments. Depuis près de quarante ans, Emma Thompson séduit et subjugue. Avec My Lady, de Richard Eyre, elle revient dans un registre grave et vibrant en interprétant un très beau personnage de juge. "Elle parvient à exprimer ce trait de caractère tellement anglais qui consiste à éprouver des sentiments profonds mais à faire en sorte qu'ils ne soient jamais visibles", dit Ian McEwan, auteur du roman et du scénario.
 
LE FIGARO. - D'où vient cette histoire ?
Emma THOMPSON. - C'est la question que j'ai posée à Ian McEwan. Il a fréquenté des juges et lu beaucoup de jugements de la Haute Cour sur des affaires familiales. Il m'a dit : "Dans ces histoires, on trouve toute la condition humaine." Celle de Fiona Maye est extraordinairement complexe, pleine d'ambiguïtés qui ne cessent de se révéler et d'interférer. Ce qu'elle traverse, professionnellement et personnellement, est passionnant à incarner.
 
Elle apparaît comme isolée, retirée en elle-même
Au début, on la trouve dans un endroit très éloigné de tout le monde. J'ai rencontré beaucoup de femmes juges des affaires familiales qui ont ce retrait. Elle a créé une sorte de mur entre elle et la souffrance qu'elle rencontre chaque jour, pour ne pas se laisser submerger. Elle se protège même de son mari. Elle voit son mariage s'effondrer mais elle ne s'autorise même pas à y penser car elle doit garder non seulement ses forces mais son cœur pour son travail, des vies en dépendent. C'est qu'elle prend sa responsabilité très au sérieux. Elle représente la justice, ce n'est pas rien. Elle est presque une allégorie de la Justice. C'est un défi intellectuel très subtil, qui exige de doser la rigueur, l'honnêteté et l'attention à ce qui se passe émotionnellement.
 
Elle doit décider s'il faut imposer une transfusion sanguine à un adolescent leucémique contre le choix de ses parents, Témoins de Jéhovah. Comment avez-vous abordé ce dilemme ?
J'ai beaucoup écouté le magistrat qui a jugé le cas réel. Il a voulu rendre visite au jeune malade à l'hôpital et m'a expliqué pourquoi : souvent, on traite les Témoins de Jéhovah avec mépris, les considérant comme secte. Lui, le juge, a voulu montrer du respect pour le jeune homme et sa famille, les prendre au sérieux pour que l'impartialité de son jugement ne soit pas contestée. La pensée qui est derrière l'acte, voilà ce qui importe, et c'est cela qui m'a fascinée.
 
Quelle pensée avez-vous découverte ?
A priori, refuser la transfusion sanguine nous paraît aussi bizarre que professer que la terre est plate. On s'attend à ce qu'un juge puisse distinguer intellectuellement entre savoir et croyance, et considère le refus de transfusion sanguine comme une marque d'ignorance. Mais je trouve extrêmement intéressant que le juge ne s'arrête pas à ces a priori. Nous sommes tellement habitués à la transfusion qu'on ne se pose plus de question.
 
Comment comprendre l'opposition des Témoins de Jéhovah ?
Pour eux, verser le sang d'un être dans un autre, c'est toucher à un ordre essentiel… On a beaucoup perdu ce sens du sang comme sacré : le sang, c'est la vie, et la vie ne nous appartient pas. Ce n'est pas une vision naïve ou superficielle, on la trouve dans les grandes mythologies, au cœur de la tragédie antique et des drames shakespeariens. Mais pour la comprendre, il faut dépasser le rationnel.
 
Cela donne un autre arrière-plan aux manipulations de l'être humain que permet la science…
C'est l'intérêt et la puissance de l'art de déjouer les pensées toutes faites pour entrer dans des courants plus complexes et plus profonds de l'existence. Adam, le jeune leucémique, est un personnage absolument authentique, il n'est pas dévoré par les influences extérieures, sa vie est une expérience personnelle. Et il ressent une joie extrême à être écouté pour la première fois par une adulte d'intelligence supérieure qui prend au sérieux son point de vue. Entre eux, il y a une espèce de coup de foudre. Quand il l'appelle "my lady", ce n'est plus seulement le titre usité au tribunal, c'est l'ancien langage de la chevalerie. On est à la fois dans l'histoire et dans le mythe.
 
Vous avez beaucoup d'engagements sociaux, un côté très militant. Le droit ne vous intéresse pas qu'au cinéma…
La loi est un domaine qui m'a toujours passionnée. Et cela continue à travers mon fils du Rwanda (un ex-enfant soldat adopté en 2004, NDLR), qui est dans le droit humanitaire. Ma réflexion politique s'est développée en faisant mon métier d'actrice, en observant les évolutions de la loi et les idées des autres. La curiosité pour diverses manières de penser repousse les frontières de notre cerveau.
 
Votre réflexion politique est très axée sur le féminisme. Comment le concevez-vous ?
Il ne s'agit pas de transformer les femmes en "hommes allégés" ! Je pense que la question de fond, c'est le pouvoir. Je suis féministe depuis l'âge de 19 ans, et je constate que le patriarcat archaïque est toujours aussi pesant. Nous restons des primitifs, et cela nous conduit au désastre. On pourrait changer très vite, mais il faut une volonté. Parce que le changement est perçu comme une perte de pouvoir. Il faudrait comprendre que le pouvoir est quelque chose de puéril, et que c'est fini, le temps des enfantillages. Les rôles binaires nous emprisonnent et nous empêchent de faire place à la richesse de la vie émotionnelle. On veut que les choses soient simples : c'est impossible parce que les êtres humains sont compliqués. Ian McEwan rapproche l'histoire racontée dans le film du jugement de Salomon, qui balance entre la loi et la vie. Voilà : la balance est difficile.
Paru dans Le Figaro, 1er août 2018
Publié dans A tout un chacun
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Une réponse circonstanciée aux élucubrations traditionnelles à cette époque de l'année concernant la soi-disant "Libération fiscale"

Le Figaro économie d’hier a avalé, y compris le fil et l’hameçon, les sottises que sortent chaque année des instituts en mal de médiatisation en calculant une date de la "libération fiscale". Ces libéraux d’opérette font le plus grand mal à la cause libérale ; il est important de montrer à quel point ils n’ont rien compris au fonctionnement d’une économie d’échange et de montrer qu’il ne s’agit pas crier haro sur le baudet à propos des prélèvements obligatoires, mais de faire les analyses requises pour passer des actuels prélèvements actuels sans contrepartie visible à des prélèvements obligatoires pleinement et visiblement contributifs, conformes à une logique d’échange.
 
Libération fiscale et sociale : mauvaise approche d’un grave problème
L’Institut Molinari, Contribuables associés et quelques autres organismes qui se considérent comme des think tanks, ont trouvé depuis une dizaine d’années le moyen d’intéresser les media : annoncer le "Jour J de la Libération fiscale des Français". Survenant à une époque de l’année où les effectifs des rédactions sont réduits pour cause de vacances, cette annonce est facilement reprise. Cette année, Le Figaro du 27 juillet consacre au sujet l’équivalent d’une page et demie dans ses pages saumon (économie).
 
Aucune action publique ne mériterait que nous lui consacrions une partie de nos revenus !
Dans ce quotidien, il est écrit : "la France conserve encore cette année son bonnet d’âne du pays le plus taxé en Europe. Et donc de celui dont les citoyens commencent le plus tardivement à travailler pour eux-mêmes et à profiter du fruit de leurs efforts, au lieu de financer – via leurs impôts, cotisations et autre contributions sociales – les dépenses de l’Etat et de la Sécu". Cette phrase résume parfaitement l’idée du "jour de libération fiscale" : tout ce qui est versé à l’Etat, aux collectivités territoriales (de plus en plus par l’intermédiaire du Trésor public), et aux organismes de protection sociale, serait perdu pour le citoyen. Tout cet argent serait gagné en vain par les travailleurs et les détenteurs de capitaux puisqu’ils ne sont pas libres de l’utiliser à leur guise !
 
La protection sociale est un service public indispensable : le cas des retraites
Regardons donc à quoi sert cet argent.
Premièrement, à procurer un revenu aux retraités : 325 Md€ leur ont été versés en 2016. Est-ce vraiment de l’argent qui a été volé aux Français ? Globalement, les retraités ont élevé les travailleurs actuels : en cotisant aux régimes de retraite, ceux-ci s’acquittent d’une dette à l’égard de la génération sans laquelle ils n’auraient pas la capacité de travailler productivement. Elever des enfants est un investissement, les retraités touchent le dividende qui récompense cet investissement : il s’agit d’un échange.
Que l’on reproche à cet échange d’être mal organisé au point que des personnes ayant peu de connaissances en économie ne le reconnaissent pas comme tel, je suis le premier à le faire, et cela depuis 35 ans. Mais le scandale n’est pas de prélever des cotisations vieillesse, il est d’avoir légalement décidé que ces cotisations donnent droit à des pensions futures, confondant ainsi un versement de dividendes avec une dépense d’investissement. 
 
Le cas de l’assurance maladie
Les dépenses de prise en charge des accidents, de la maladie et de l’invalidité, que ce soit par l’assurance maladie ou par l’assurance accidents du travail et maladie professionnelle, ont atteint 250 Md€ en 2016. Ces dépenses et les cotisations qui en financent une grande partie relèvent typiquement d’une logique d’assurance. Certes, il ne s’agit pas d’une assurance commerciale, parce qu’une partie importante des cotisations versées par les plus riches sert à payer les soins prodigués aux plus pauvres. Cela correspond à la fraternité, l’un des trois piliers de notre République. Mais, là encore, le caractère assurantiel existe bel et bien : riche un jour ne signifie pas riche toujours, et le riche devenu pauvre n’est pas mécontent de rester couvert par une solide assurance maladie que ses revenus devenus exsangues ne lui permettraient plus de payer s’il fallait débourser son véritable prix.
 
Sans doute faudrait-il, pour faire bien comprendre la nature assurantielle de l’assurance maladie, la faire financer exclusivement par des cotisations salariales, en remplacement des cotisations patronales et d’impôts tels que la CSG. Le législateur français ne fait pas correctement son travail quand il avalise le bric-à-brac financier concocté par Bercy. Mais il ne s’agit pas de remplacer une assurance publique fraternelle par des assurances commerciales : il faudrait au contraire avoir le courage d’intégrer la couverture dite "complémentaire" et la couverture de base, de façon à économiser une bonne partie des frais de gestion, lesquels s’élèvent pour les complémentaires santé à 20 % des primes qu’elles encaissent, voire même un peu plus. Cela permettrait de laisser les actuels assureurs privés ou mutualistes gérer aussi l’assurance santé obligatoire de ceux qui le désirent, de façon à bénéficier de la stimulation à une bonne gestion que procure la concurrence.
 
Le cas du chômage
L’assurance chômage ne fait pas partie de la sécurité sociale. Il vaudrait mieux l’y inclure plutôt que de travailler à son étatisation, comme c’est actuellement le cas. Compte tenu des dépenses d’insertion/réinsertion professionnelle, ce budget atteignait 45 Md€ en 2016. Les 10 % qui correspondent à des dépenses d’investissement dans le capital humain de personnes ayant perdu ou vu baisser leur employabilité relèveraient logiquement du budget de la formation professionnelle. Mais le reste des dépenses, soit 90 %, relève indéniablement de l’assurance : il faudrait que cette couverture soit clairement payée par ceux qui en bénéficient, à savoir les salariés, dont la cotisation ne correspond aujourd’hui qu’au tiers environ de la cotisation totale.
 
Les services des collectivités territoriales et de l’Etat
Pour une part, ces services correspondent à des dépenses régaliennes dont les citoyens tirent profit : chacun de nous a par exemple intérêt à ce que la France dispose d’une diplomatie, d’une armée, d’une police, de tribunaux et de systèmes d’incarcération et de réinsertion en fin de peine qui soient efficaces. Chacun sait que dans beaucoup de ces domaines nous ne dépensons ni assez, ni assez bien. Il ne s’agit pas d’augmenter les budgets pour faire exactement la même chose à plus grande échelle, mais de consacrer par exemple 20 % de plus à certains de ces services pour en obtenir 40 % de résultats supplémentaires : la disette budgétaire est souvent cause d’une sous-productivité considérable.
 
Les charges de personnel de l’Etat ont absorbé 143 Md€ en 2017. C’est beaucoup, mais ce n’est pas forcément excessif : le scandale tient surtout au fait que cette dépense (un peu plus de 6 % du PIB) ne soit pas davantage efficace. Pour ce prix, les services publics devraient être de grande qualité, ce qui n’est hélas pas le cas. La formation initiale, qui mobilise environ 148 Md€ et 1,1 million d’agents, n’est pas très performante, comme le soulignent d’année en année les comparaisons internationales ; cela vient pour une part assez importante du "pédagogisme" ridicule qui règne dans une partie des établissements. Des gains de productivité considérables sont souhaitables et possibles, de façon à améliorer considérablement la qualité du "produit fini". Un espoir est permis, puisque le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, semble avoir compris le problème et vouloir le traiter.
 
La nécessité d’importants progrès de la productivité des agents et de la qualité des services qu’ils rendent étant actée, reste à savoir si les collectivités territoriales et l’Etat sont par nature voués à gaspiller l’argent des contribuables. La réponse est : non ! Il existe quantité de domaines pour lesquels un paiement des services par l’impôt est plus rationnel qu’un achat "commercial".
Dans sa remarquable Philosophie de l’impôt, Philippe Nemo dessine un contrat conclu entre les citoyens et l’Etat : "le citoyen paie l’impôt pour obtenir de l’Etat qu’il lui rende certains services". On peut dire la même chose pour les services rendus par les collectivités territoriales. Toutes ces administrations sont au service de la population, et s’il est logique de se plaindre d’un mauvais rapport qualité/prix, il est ridicule de dire que nous payons des impôts pour rien. Si un jour ils sont obligés de payer un péage chaque fois qu’ils emprunteront une rue ou une route, plutôt que de verser un impôt en échange duquel ils obtiennent, entre autres, la liberté de circuler librement sur des centaines de milliers de kilomètres asphaltés, les Français auront-ils gagné au change ?
 
Il ne faut pas supprimer les prélèvements obligatoires, mais en obtenir une bonne contrepartie
Il y a 23 ans, Jean Picq publiait Il faut aimer l’Etat. Il avait raison, mais pour cela il faut que l’Etat soit aimable. Alors souvenons-nous de la sagesse des nations, selon laquelle "Qui aime bien, châtie bien". Nous devons, sinon châtier l’Etat, du moins lui mettre la pression pour qu’il nous rende des services meilleurs à moindre prix. Ayons une attitude de consommateurs vigilants, qui en veulent pour leur argent. La formule service public est la meilleure dans un nombre important de cas, il est sot de le nier et de dire qu’en payant ces services nous jetons obligatoirement notre argent par les fenêtres.
Ce n’est pas de l’impôt qu’il faut nous libérer, ni des cotisations sociales, mais du mur absurde qui a été édifié entre ce que nous payons de manière obligatoire, et ce que nous obtenons des administrations. Il faut réintroduire l’échange au cœur des rapports entre les citoyens et les administrations publiques (Protection sociale, Etat et Collectivités territoriales).
 
Une formule de la comptabilité nationale et du jargon administratif résume à elle seule l’absurdité de la situation actuelle : "prélèvements obligatoires sans contrepartie". Ce sont les deux derniers mots de cette formule qu’il s’agit d’éradiquer. Les prélèvements obligatoires ont de facto une contrepartie, mais peu visible, cachée qu’elle est par une organisation politique et bureaucratique que l’on dirait sortie du cerveau du Père Ubu. L’ensemble vaste et diversifié des services publics doit apparaître clairement comme la contrepartie – ou plus exactement l’ensemble des contreparties – des prélèvements obligatoires. Les vaticinations d’instituts en quête d’échos médiatiques, si elles étaient prises au sérieux, nous détourneraient d’engager les actions requises pour ce qui est le but véritable : améliorer le rapport qualité/prix des services publics.

Envoyé par l'auteur, 28 juillet 2018 
Publié dans A tout un chacun
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