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Au titre de l'examen sur l'islam proposé à des étudiants de l'Ircom d'Angers, il leur avait été demandé de rédiger une fiche limitée à deux pages, présentant les points-clés de l'islam et la dimension politique de cette religion dans le monde d'aujourd'hui.
Correction faite, ci-dessous un corrige-type qui, sans être parfait, répond à la question posée.

 
L’islam en deux pages !
 
Introduction :
Depuis le seconde Guerre mondiale et la fin de la colonisation, l’islam fait un retour en force sur la scène internationale, dans le cadre soit de crises internes aux pays musulmans, soit d’un terrorisme international en expansion.
Pour comprendre les enjeux en cours dans une première approche simplifiée à l’extrême, nous évoquerons d’abord le cadre spatio-temporel dans lequel l’islam a pris naissance. Puis, nous en détaillerons les points les plus fondamentaux, spirituels et juridiques, avant de se pencher sur les difficultés rencontrées par cette religion dans le monde d’aujourd’hui.
 
I. Le cadre spatio-temporel 
L’islam est né à la fin du VIème siècle ap. JC, à La Mecque, dans la Péninsule arabique, région marquée par le désert, le silence, le nomadisme et le croisement de multiples cultures et religions (polythéisme, animisme, judaïsme et christianisme), toutes dimensions qui imprègnent profondément cette nouvelle religion.
Selon la tradition, ou doxa musulmane, la Révélation divine serait "descendue" sur Mahomet, considéré par les musulmans comme le dernier, le "Sceau" des prophètes envoyés aux hommes par dieu-Allah, avec pour mission impérieuse de la leur transmettre.
De 620, date de la première révélation, à 632, date de sa mort, Mahomet va consacrer sa vie à répandre cette nouvelle religion, d’abord à La Mecque qui va le rejeter, puis à Médine à partir de laquelle il va fonder le premier Etat musulman que ses successeurs accroitront de façon fulgurante, pour l’étendre de l’Espagne aux confins de la Chine en moins de cent ans.
 
A sa mort, la violente querelle de succession qui opposera les tenants d’un successeur choisi parmi les compagnons de Mahomet et Ali, le gendre de Mahomet, partisan d’une succession héréditaire, donnera naissance au schisme majeur entre sunnisme (90 % du monde musulman) et chiisme (10 %). Par la suite, ce schisme successoral revêtira aussi une dimension sociologique puis spirituelle. Cette fracture majeure marque profondément l’islam encore aujourd’hui.
Par la suite, des dynasties héréditaires puissantes vont se succéder, qui développeront l’empire musulman au maximum de sa puissance politique et militaire dans le cadre d’une rivalité pluriséculaire avec le monde chrétien.
 
II. Les points fondamentaux de l’islam
L’islam est à la fois religion et droit, liant indissolublement spirituel et temporel. Le cœur de la révélation musulmane réside dans la notion d’un dieu-Allah Un, Unique, absolument transcendant.
Le coran et la sunna constituent les deux textes sacrés de l’islam, indissociables l’un de l’autre. Après une phase de transmission orale, le coran a recueilli les "révélations" reçues par Mahomet, regroupées en 114 chapitres ou "sourates", classés par ordre de longueur décroissante, eux-mêmes composés de plus de six mille versets. C’est un texte difficile d’accès qui donna naissance à de multiples écoles d’exégèse opposées. Ces querelles d’écoles se ramènent essentiellement à la question fondamentale de savoir si le coran est "incréé", donc intouchable, ou "créé", donc modifiable. A cette question fondamentale est lié l’usage de la raison humaine pour comprendre la volonté d’Allah, certains y étant favorables, mais la majorité des docteurs de la loi y étant opposés.
La sunna, ou tradition prophétique, est composée de plus d’un million de hadith, textes brefs rapportant les faits et gestes de Mahomet, destinés à expliciter les injonctions coraniques.
 
La notion de communauté, Oumma, prime sur l’individu, tenu de respecter les préceptes coraniques et dépourvu de toute liberté religieuse. L’islam est la religion naturelle de tout homme, quitte à devoir recourir à la violence pour la défendre et la répandre. Parmi les non-musulmans, juifs et chrétiens bénéficient cependant du statut de dhimmmi, qui les autorise à pratiquer leur foi tout en limitant leurs droits et en leur imposant un impôt spécifique.
 
Au plan de la foi, tout bon musulman est tenu de respecter les cinq obligations individuelles (la profession de foi - Il n’y a de dieu qu’Allah, et Mahomet est son prophète-, les cinq prières quotidiennes, l’aumône, ou zakat, le jeûne du ramadan et, une fois dans sa vie, le pèlerinage à la Mecque. S’y ajoute le devoir collectif du djihad, ou guerre sainte, désignant aussi bien le combat sur soi-même, que la défense de l’islam et son expansion.
 
Au plan de la loi, Allah est le législateur suprême. C’est pourquoi le droit divin informe toutes les dimensions de la vie du musulman. Il existe quatre écoles juridiques différentes, parfois opposées, qui fixent le droit pour l’ensemble de la communauté. Ce corpus juridique constitue le Fiqh, ou droit, à distinguer de la chari’a, qui désigne "la voie droite" à suivre pour trouver la paix de l’islam. Dans le monde sunnite, ce droit est figé depuis le Xème siècle, rendant la société musulmane juridiquement inadaptée au monde contemporain.
 
III. La dimension politique de l’islam aujourd’hui
On distinguera trois dimensions qui traduisent le mal-être de l’islam dans le monde d’aujourd’hui, en particulier au Moyen-Orient.
 
Premièrement, les Etats musulmans ont majoritairement récusé la Déclaration des droits de l’homme de 1948, accusée d’être à la fois trop occidentale et trop chrétienne. Ils lui ont substitué trois textes de portée inégale, mais qui font tous de la charia la pierre d’achoppement des droits de l’homme dans l’islam, refusant en particulier la notion de liberté religieuse.
 
Deuxièmement, trois mouvances islamistes, qui visent à ré-islamiser une société musulmane jugée corrompue, s’opposent sur les voies pour y parvenir. Tout d’abord, le salafisme, avec sa version wahhabite saoudienne, cherche à agir par "le bas", via les services sociaux. La conquête du pouvoir ne l’intéresse pas. Cette mouvance veut restaurer un âge d’or mythique d’un islam rêvé des "premiers temps". Ensuite, la confrérie des Frères musulmans, née en Egypte en 1929, privilégie au contraire la conquête du pouvoir par les moyens légaux, pour ré-islamiser la société "par le haut", selon un modèle islamique plus flou. C’est le cas de la Turquie du Président Erdogan. Enfin, les djihadistes, déçus des deux premières mouvances en rupture de ban, font une lecture littéraliste du coran pour légitimer l’usage de la violence. Al Quaïda et l’Etat islamique s’inscrivent dans cette vision.
 
Troisièmement, on soulignera enfin la manipulation du fait religieux, en l’occurrence la scission entre sunnisme et chiisme, à des fins strictement politiques et/ou économiques, par l’Arabie saoudite et la Turquie sunnites et par l’Iran chiite. Ces trois pays concurrents pour assumer le leadership régional au Moyen-Orient, s’appuient sur des gouvernements de la même obédience religieuse pour créer un "arc sunnite" versus un "arc chiite". Ils s’accusent mutuellement de raviver une querelle religieuse millénaire, mais ils le font à des fins beaucoup plus prosaïques.
 
En conclusion, de ce trop rapide survol des fondamentaux de l’islam, il convient de retenir l’extrême complexité d’une religion qui peine à trouver sa place dans le monde sans se renier pour autant. Le défi des musulmans aujourd’hui est bien de moderniser l’islam tout en islamisant la modernité.

Envoyé par l'auteur, 19 décembre 2018
Publié dans Au delà
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Plus que jamais, le couple franco-allemand !

La crise des "gilets jaunes" n'a pas seulement provoqué de gros manques à gagner pour le commerce hexagonal. Elle a aussi considérablement détérioré l'image internationale de la France, en raison de l'effet loupe des images télévisées. Les chaînes américaines ont couvert et diffusé principalement les scènes les plus sensationnelles. L'Arc de triomphe est un monument connu universellement : les images de son saccage ont fait le tour du monde. Aux téléspectateurs d'Europe et des autres continents qui ne connaissent pas bien notre pays, elles ont donné le sentiment que les Français étaient un peuple indiscipliné, irresponsable, ingouvernable, gâté par son État-papa. Elles n'ont pas donné envie de revenir aux investisseurs français que la surtaxation socialiste du capital avait chassés de leur pays natal ; elles ont douché les candidats étrangers, au départ attirés par le discours pro-business d'Emmanuel Macron.
La priorité aujourd'hui pour le gouvernement est sa politique intérieure, avec la nécessaire reconstruction d'un modèle socio-économique qui soit à la fois efficace et compris par les gens, et d'un État qui dépense moins, tout en protégeant les plus vulnérables. Mais la politique étrangère ne doit pas pour autant être délaissée, même si la France doit urgemment mettre fin à sa manie de donner des leçons de démocratie aux autres pays.

Vers où notre Marianne à la robe un peu déchirée doit-elle tourner la tête en priorité ?
Vers les États-Unis ? Quand Nixon vint à Paris en février 1969, il écouta avec respect les conseils que lui prodigua de Gaulle (dont celui de reconnaître la République populaire de Chine). Mais le temps n'est plus où l'Amérique est prête à écouter la France. Trump a écrit des tweets quasi insultants contre son jeune président. Quant au Congrès, il estime que la vassalité de la France aux Américains va de soi et qu'elle doit donc, chez elle, appliquer intégralement leurs lois.
Vers la Chine ? Le président Xi Jinping n'a d'yeux que pour l'Amérique. Il porte un regard condescendant sur la France, qu'il voit comme un vaste musée pour touristes, parfois un peu agité. Un pays impuissant face à un Japon qui lui reprend Nissan.
Vers la Russie ? Moscou respecte la France au-delà de la puissance réelle qu'elle représente. Les Russes sont sentimentaux ; ils adorent Alexandre Dumas. Mais Vladimir Poutine est trop déçu par Emmanuel Macron, dont il attendait une politique moins alignée sur les États-Unis en matière de sanctions.
Vers le Royaume-Uni ? C'est de loin notre meilleur partenaire sur la défense. Mais le cadre existe déjà, depuis les accords Sarkozy-Cameron de Lancaster House du 2 novembre 2010, que personne ne songe à modifier. Dans les autres secteurs, le gouvernement de Sa Majesté reste paralysé par un débat qui n'en finit pas sur sa sortie de l'Union européenne.

Il reste donc l'Allemagne. C'est avec elle que nous avons eu la coopération industrielle la plus fructueuse, que nous avons construit Airbus, le seul groupe aéronautique mondial qui soit à la hauteur de Boeing. C'est avec elle que nous partageons notre monnaie, qui rivalise désormais avec le dollar dans les paiements internationaux et les réserves des banques centrales. C'est avec elle que nous pourrons résister à l'hégémonisme commercial chinois, protéger nos brevets et refuser l'extraterritorialité du droit américain.
Relancer l'axe franco-allemand se heurtera certes à des obstacles. Les Allemands ont de plus en plus de mal à nous considérer comme des gens
sérieux. Car nous avons inventé les critères de Maastricht, que nous n'arrivons pas à respecter. Notre déficit public dépassera en 2019 les 3,4 % de notre PIB (le maximum autorisé étant 3 %) et notre dette publique les 100 % (au lieu de 60 %). La pagaille règne dans nos comptes publics.
Mais l'Allemagne peut nous comprendre, qui a parfois soumis sa stratégie à des considérations politiques de court terme. Par peur de ses "gilets verts", elle a pris l'absurde décision d'abandonner le nucléaire. Ses centrales à charbon tournent à fond, nous inondant de particules fines et lâchant actuellement dans l'atmosphère six fois plus de CO2 que nous.
À une époque où l'incertitude mondiale favorise les régimes autoritaires, il est essentiel que l'Allemagne et la France serrent les coudes. Davantage de coopérations sur la recherche scientifique et technique, sur la politique énergétique, sur la cyberdéfense doivent être envisagées.

Paru dans Le Figaro, 18 décembre 2018

Publié dans Avec l'Europe
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France : de la fureur à la jaunisse
 
On dirait que les médias ne peuvent traiter qu'un seul sujet à la fois. Dès qu'on commence à y voir plus clair sur un mono-sujet, aussitôt on n'en parle plus. Un clou chasse l'autre... 
Et pourtant, la démocratie durable exige de penser dans la durée. Pas dans l'instant. 
Je me pose donc les questions de fond que tout le monde se pose, même si depuis deux jours on parle d'autre chose. Il s'agit de la France, qui n'est plus en fureur, mais qui a toujours la jaunisse.
1. Comment en sommes-nous arrivés là ?
2. Où donc tout cela peut-il aller ?
3. Où donc certains voudraient-ils aller ?
4. Où donc Macron peut-il aller ? 
 
1. Comment en sommes-nous arrivés là ?  
Une fois entendu le discours du chef de l'Etat (10 décembre 2018, 20h), rien n’est réglé : le problème de fond demeure. Il dépasse largement la seule France. Il n’y a encore aucune solution solide et sérieuse 1° pour recentrer le néolibéralisme mondialisé, dont trop de gens ne veulent plus ; 2° pour remplacer le compromis social-démocrate mis à mal par la mondialisation et la révolution industrielle numérique. 
Le président a-t-il ouvert une véritable perspective susceptible de pointer dans ces directions ? Il ouvre à demi le portefeuille et annonce une grande concertation. Celle-ci pourrait mener à quelque chose si le problème de fond était posé. Le sera-t-il ? Il faudrait une hypothèse de travail commune et déjà des concepts, à affuter.  
C’est muni de ces instruments, déjà traduits en pré-projets de lois, et déjà testés auprès de divers auditoires, qu’il eût fallu arriver au pouvoir. Et c’est sous couvert d’une telle perspective d’avenir, que le président Macron eût pu faire accepter des sacrifices raisonnés au peuple français, tout en bénéficiant de la confiance et de l’autorité européenne et internationale absolument nécessaire à un projet ambitieux, qui ne peut pas réussir dans un seul pays à la fois. Le président paye donc son impréparation. Pas d'équipe suffisante, pas de projet mûri, de grandes intuitions certes et de l'enthousiasme, une culture générale, mais il manque une pensée plus forte et une imagination plus audacieuse. Il est le dos au mur. Il voulait présenter une vision d’avenir. Il en est réduit à sauver les meubles. Ses chances de succès ne sont pas nulles mais elles sont minces.

2. Où donc tout cela va-t-il aller ?
A mon avis, il aurait fallu que, cyniquement, il accorde deux à trois fois plus de concessions matérielles, ou qu’il renonce à son programme de candidat pour une vision puissante ouvrant sur l'espérance. L’immense jacquerie actuelle ne va probablement pas cesser, même si elle peut se détendre pour un moment.  
Elle ne mènera à rien d’autre qu’à un immense gâchis s’il n’y a pas d’élites pour la conduire, dotées d’une vision claire de l’avenir. Les partis d’opposition, modérés ou populistes, n’ont pas le début d’un projet sérieux de remplacement du néolibéralisme mondial technocratique qui sévit.
Le psychodrame protestataire auquel nous assistons, et qui s’est assuré désormais un relais chez les lycéens, risque ainsi de devenir une fin en soi. Les petites décisions prises dans urgence ne feront guère que traiter les symptômes tout en aggravant la maladie.
Par exemple, la simple augmentation du SMIC de 10% aura inévitablement pour conséquence de faire augmenter le chômage. Les classes moyennes, sur lesquelles repose la démocratie durable, sont les grandes absentes de son discours. Ce sont pourtant elles qui vont payer la note alors que ce sont elles qui sont sans cesse mises à contribution, bien qu’elles souffrent moins que les classes populaires qui manifestent.
Donc, la tension va se reconstituer, à supposer qu'elle s'apaise, et nous devons prévoir : hystérie populaire, faux semblants du pouvoir impuissants et surtout morosité de la désespérance. Qui nous en fera sortir pour de bon ? Va-t-on aller jusqu'à la révolution et la crise de régime ? 

3. Où donc certains voudraient-ils aller ?
Certains séditieux ne sont pas dépourvus de vision. Ils ne disparaitront pas. Ils pourront profiter du désordre endémique pour tenter de remettre à l’ordre du jour diverses formules totalitaires, néo-communistes, trotskystes ou islamistes. D’autres peuvent estimer que l’avenir consiste dans la démondialisation radicale : la réorganisation de chaque économie sur une base strictement nationale, autarcique ; le renfermement de chaque nation dans sa propre culture et sa propre population. 
Il est malheureusement très clair que ces choix ne peuvent à terme conduire qu’à des dictatures néo-fascistes ou néo-communistes, non pas comme dans le passé, mais sur le mode postmoderne. En l’absence de nouvelle vision sérieuse, telle ou telle de ces tentatives pourrait peut-être avoir quelque chance de réussite, si une main de l’étranger pouvait les pousser. Le recours à l’armée serait-il alors nécessaire ? Nous n’en sommes pas là. 
   
4. Où donc Macron peut-il aller ?  
Le président de la République reste en grande difficulté, car il est isolé. 
Par son image de progressiste dogmatique, il s’est aliéné les conservateurs. Ce terme mérite une explication. Par "conservateurs", je n’entends pas ici les gens qui ont peur des casseurs, ni la Manif pour tous, mais d’abord (car c’est ce qui est pertinent sur le sujet de Gilets jaunes) tous ceux qui souhaitent conserver en l’état les institutions, droits et privilèges reçus des générations précédentes. 
La solitude d’Emmanuel Macron démontre qu’il y a, dans notre pays, une majorité de "conservateurs", qui va bien au-delà des gilets jaunes. Elle démontre aussi qu’à part lui, il n’y a pas grand monde, dans la classe politique, à essayer de formaliser une vision d’avenir pour le pays. Mais sa vision n’est pas populaire en l’état, sans doute parce qu’elle n’est pas assez centriste, au meilleur sens du mot, pour les raisons que nous avons essayé de dire plus haut.   
De plus, le péché originel de sa présidence est le "coup d'Etat légal" qui a volé la présidence aux Républicains. Inutile d'y revenir, mais cela explique en partie sa solitude actuelle. 
De plus, il n’a pas de parti, il s'est isolé de toutes les organisations et il a vexé une infinité de gens... A défaut de vision, le président isolé ne retrouvera une base politique minimale que s'il arrive à construire une transition acceptable entre les traditions nationales démocratiques et sa vision de l’Europe, entre les droits sociaux et la France entrepreneuriale qu’il imagine. Sinon les oppositions furieuses convergeront. La tentation, l'espoir – et peut-être les chances – de le mettre à bas seront alors forts.

Chacun peut admettre de bonne foi que personne n’aurait fait ou vraiment mieux ou vraiment pire que le président Macron, en l’absence de pensée directrice suffisante pour l’avenir. Le peuple français n’est pas composé de veaux. "Le plus têtu de tous les peuples", comme l’écrit The Economist, refuse tout simplement de réformer sans perspective crédible et équitable. La Constitution ne permet pas aujourd’hui le départ du Chef de l’État et son expulsion par la rue est inacceptable. Son départ à cause de pressions et de manœuvres serait un second coup d'Etat semi légal détruisant l’Etat de droit. 
Pour autant, si le président ne trouve pas de meilleure vision, il est condamné à se survivre impuissant pendant encore trois ans et la France à ramer dans le marécage. Le rôle principal du président est de prendre acte du problème de fond et de favoriser la recherche d’une pensée commune véritablement innovante, pour trouver les solutions qui nous sortent tous du trou. 

Le second acte de sa présidence ne peut commencer que par un acte d’humilité. Le plus gros à cet égard reste à faire. Pas seulement humilité de caractère mais de pensée. Pas de pensée de détail, mais dans les principes. Emmanuel Macron doit reconnaître ouvertement que le néolibéralisme a fait long feu, que lui-même a sous-estimé les difficultés et voulu forcer trop de gens à faire trop de choses qu’ils détestent, sans leur offrir ni perspective ni contreparties suffisantes. Ce qu'il doit dire aux Français, c'est qu'ils peuvent s’en prendre à lui s'ils en ont envie, mais qu'ils ne gagneront rien à le crucifier, parce que le problème dépasse infiniment sa personne et sa geste technocratique. 
On peut redouter que sa présidence soit durablement paralysée, ou même qu'à plus ou moins longue échéance elle finisse mal. Toutefois, en l’absence de concurrents vraiment crédibles, de vision alternative rationnelle et non extrémiste, et surtout à défaut d’un goût soudain des Français pour l’aventure et la violence, ce mouvement risque plutôt de pourrir dans la désespérance. 
Mais si Emmanuel Macron veut faire plus que survivre en tapant dur et en faisant semblant d'exister, il doit déjà briser son isolement et se souvenir que le pouvoir est impuissant sans l'autorité qui vient d’une vision de l’avenir et du fond vivant de la culture substantielle. Car il y a une culture française et une culture européenne. 

Paru sur www.henrihude.fr, 13 décembre 2018
Publié dans En France
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Les Gilets jaunes ne se laisseront pas berner
 
Le débat sur l’immigration ? Disparu. L’augmentation du smic de 100 euros par mois pour tous ? Disparue. Le mea-culpa macronien ? Disparu. Le changement de cap ? Disparu. Une semaine après la réponse du chef de l’Etat aux Gilets jaunes, il ne reste déjà plus grand chose des promesses émises. "Je veux que nous mettions d’accord la Nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, et que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter", avait déclaré Emmanuel Macron lundi dernier. Mercredi, le sujet n’était déjà plus à l’ordre du jour. "Le salaire d’un travailleur au smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019 (…)", avait-il également annoncé. En réalité, seule la moitié des smicards bénéficieront de la mesure, le salaire du conjoint étant pris en considération pour écarter les couples les plus "aisés". Ce lundi, c’est Gilles Le Gendre, chef de file des députés La République en marche, qui a déclaré en guise de contrition que l’exécutif et la majorité avaient "probablement été trop intelligents, trop subtils, trop techniciens dans les mesures de pouvoir d’achat". Quant au premier ministre, Edouard Philippe, il assure dans Les Echos de ce lundi n’avoir pas l’intention de changer de politique mais au contraire de l’accélérer. Il y a une semaine, le président avait pourtant précisé : "Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies (…) sans que rien n’ait été vraiment compris et sans que rien n’ait changé". Les Bernés apprécieront.
 
La mascarade et la suffisance sont des caractéristiques dont la macronie a visiblement du mal à se défaire. Or ces défauts alimentent l’exaspération populaire. Les gens sont en quête de transparence, d’honnêteté intellectuelle, de parler vrai. Comment rétablir la confiance rompue entre la France d’en haut et celle d’en bas si le chef de l’Etat n’est pas même capable de tenir à la lettre des promesses solennelles faites une semaine plus tôt ? Le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, évoque désormais l’envoi de "CRS ou de gendarmes" pour faire dégager les ronds-points occupés, après l’échec de la mobilisation des Gilets jaunes, samedi. L’Etat cherche à reprendre la main sur une contestation spontanée qui a fait trembler le pouvoir. Ce serait néanmoins une erreur de la part du gouvernement de croire la révolte apaisée, au prétexte d’un essoufflement des manifestants. Le "grand débat" annoncé risque d’être perçu comme une stratégie dilatoire destinée à étouffer la colère. Or ce jeu est dangereux : les Gilets jaunes ne sont évidemment pas prêts à rentrer dans le rang. D’ailleurs, leur exigence d’un référendum d’initiative citoyenne montre que la crise n’est pas seulement fiscale, ni même sociale. Elle est, plus profondément, démocratique et identitaire. Macron est à la merci d’un retour explosif des Gilets jaunes, si ceux-ci venaient à s’estimer trompés par lui. Pour l’instant, ils ont quelques premières raisons de se sentir floués.
Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 17 décembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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"Trop intelligent"
 
"Et une deuxième erreur a été faite : le fait d’avoir probablement été trop intelligent, trop subtil, trop technique dans les mesures de pouvoir d’achat."
Cette phrase a été prononcée avant-hier par l’un des principaux leaders de la majorité politique issue du "nouveau monde", LREM, qui dirige aujourd’hui la France, produisant une micro-polémique. Elle est issue d’un contexte tragique, après 5 semaines du conflit des gilets jaunes qui a fortement ébranlé l’économie et la société française, à l’origine de spectaculaires destructions et de 6 morts, et un nouvel attentat islamiste qui a ensanglanté le marché de Noël de Strasbourg.
 
Les paroles de ce chef de parti, journaliste et entrepreneur de profession, sont révélatrices de toute une mentalité, tout un climat qui pèse sur le pays. Elle exprime la pensée profonde de la France supposée d’en haut, prompte à toiser les "sans dents", les "Gaulois réfractaires" ou la lèpre populiste (mot dérivé de celui de peuple). Elle reflète la prétention d’une caste dirigeante, auto-proclamée intelligente, éclairée par les lumières de la science et de la raison, à dire et à faire le bien pour le compte d’un peuple soupçonné d’obscurantisme. Elle traduit à merveille la sensibilité dominante d’un milieu qui se pense supérieurement instruit et détenteur de la vérité suprême à aller de l’avant sans état d’âme et sans se poser de questions voire sans écouter personne ni réfléchir, guidé par la seule illusion de sa propre intelligence ou subtilité.
 
Ce mode de comportement et d’agissement n’a qu’une faiblesse : se croire intelligent, et pire, se déclarer intelligent, par le "je" ou par le "nous", a toujours été, de tout temps, le signe de plus patent, le plus radical de la bêtise. Ce genre de proclamation porte en lui-même une explication de la tragédie française : Comment un groupe de personnes, bien au-delà du quinquennat actuel qui n’est que la quintessence de cet état d’esprit, engoncé dans son instinct de supériorité, entraîne le pays à l’abîme avec un bandeau noir sur les yeux, le bandeau noir de la prétention, de la bêtise infatuée et du mépris des autres. La révolte des gilets jaunes fut, tout au moins au début, dirigée contre l’arrogance obtuse.
 
La IIIe, la IVe République avaient certes des défauts. Mais comme la Ve République à ses débuts, elles ont pourtant su produire des dirigeants politiques qui tenaient la rampe. Qui imagine les Clemenceau, Poincaré, Herriot, Tardieu, Blum, de Gaulle s’auto-proclamant : "Trop intelligent ?" Bien plus que les institutions, le drame contemporain de la France tient, depuis plusieurs décennies sans doute, à la médiocrité intellectuelle et morale de sa classe dirigeante.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 18 décembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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L’homme, la richesse et l’argent
 
Toute civilisation est fondée sur une approche personnelle du beau, du bien et du vrai. Il en découle sa notion de la justice, combinaison du bien et du vrai, sa notion de la clarté, réunion du vrai et du beau, et sa notion de la richesse, alliance du beau et du bien. Toutes les civilisations cherchent à harmoniser ces trois notions, à rendre vraie la richesse, à rendre belle la justice et à rendre bonne la clarté. Elles appellent toutes cela la prospérité du mot prosper qui veut dire en latin heureux.
 
Tout groupe, famille association oïkos, se fonde sur le donner-recevoir-rendre qui est, comme le disait Mauss, un "fait social total" juridique, économique, culturel, symbolique et religieux. Ce fait social est au service du groupe et le nourrit. L’échange se fait naturellement, la vérification ne se faisant que par la mémoire et la bonne volonté de tous. La mémoire permet de maîtriser la réalité de l’échange dans le temps et la bonne volonté garantit l’action de chacun.
Lorsque le groupe devient trop important, la mémoire devient inefficace et la bonne volonté incertaine. Le groupe devient société et invente la monnaie qui remplace le donner-recevoir-rendre en étant à son tour le "fait social total" de Marcel Mauss, juridique, économique, culturel, symbolique et religieux.
 
La monnaie (venant de moneo forme causative de la racine men de la mémoire) a l’immense avantage d’être un titre de créance sur le groupe, titre transmissible et reconnu par tous les membres du groupe mais elle a un immense inconvénient : étant un titre de créance elle doit avoir une raison d’être et cette raison d’être est laissée à l’appréciation des fabricants de la monnaie.
Quand ils sont honnêtes intellectuellement ils ne créent de la monnaie qu’après que des membres du groupe soient devenus créanciers du groupe par leur travail. Quand ils le sont moins ils créent la monnaie avant que quiconque ait travaillé pour le groupe et en soit créancier. Dans ce cas ils ne créent pas de la monnaie pour reconnaître une dette déjà existante mais ils inscrivent une nouvelle créance de même montant à récupérer plus tard.
 
Dans une société cohérente le groupe, par l’intermédiaire de l’État, introduit la monnaie en distribuant à chacun une même quantité de monnaie en reconnaissance de ce que chacun a déjà apporté au groupe. Ensuite il crée de la monnaie chaque fois qu’il reconnait qu’un individu lui a apporté quelque chose. Il crée donc de la monnaie pour payer ses fonctionnaires comme ses fournisseurs. S’il a trop de fonctionnaires ou s’il dépense trop, il crée trop de monnaie qui ne correspond plus à un vrai travail effectué. La monnaie se dévalorise et le groupe entier en pâtit. Si en revanche l’État limite ses fonctionnaires et ses dépenses au strict minimum et à la réalité de l’apport réel au groupe, la masse monétaire n’augmente que très progressivement et la monnaie peut même se revaloriser au bénéfice de tous. L’État est responsable devant son peuple de sa gestion.
 
Dans une société incohérente la monnaie n’est plus créée pour reconnaître une dette pour un travail utile déjà effectué mais elle est un prêt, donc accompagnée d’une créance de même montant sur celui à qui le groupe a fait ce prêt. On va inventer, pour justifier cette création monétaire non causée par un travail utile déjà effectué, l’idée de travail utile à effectuer. La création monétaire n’a plus de frein naturel puisqu’elle n’est plus qu’un prêt. On la justifie par les notions fumeuses de création de richesses et d’investissement et dans la réalité elle ne fait que dévaloriser la monnaie et entraîner une hausse permanente des prix. L’État se désengage de sa gestion, laisse aux banques la création de la monnaie et aux entreprises l’exclusivité de l’utilisation des énergies individuelles. Il ne sert plus à rien si ce n’est à faire le beau et à utiliser à mauvais escient la violence légitime qui lui a été confiée. Ainsi naissent les révolutions.
 
Dans l’attente de cette révolution et l’incohérence régnant, l’État va nier les races, les différentes civilisations, les différences entre l’homme et la femme avec leur complémentarité. Il va faire de la morale pour exister et se donner une raison d’être puisqu’il a abandonné la sienne. Il va à l’extérieur essayer de faire payer sa propre incurie aux autres civilisations en inventant et en sacralisant le commerce international et les causeries entre soi. Il va à l’intérieur tel Don Quichotte attaquer le tabac, l’alcool, la vitesse, la fessée et toutes les formes de violence sauf la sienne. Il va survaloriser les entreprises pour que, par leurs productions elles fassent circuler l’argent en distribuant l’argent de leurs clients à leurs fournisseurs, à leurs salariés, à leurs actionnaires et à l’État, tout en les accusant de laisser des gens au chômage comme si leurs rôles étaient celui de l’État de veiller à ce que chacun soit utile au groupe. Il va faire croire que dépenser de l’argent créé par les banques, c’est créer des richesses. Bref il va tout faire pour engendrer cette révolution qu’il redoute et qui naît de sa propre incohérence.
A propos sommes-nous plutôt dans une société cohérente ou incohérente ?

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 14 décembre 2018
Publié dans A tout un chacun
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La politique n'est pas un conte de fées
 
"Malheur à la ville dont le prince est un enfant", a écrit Montherlant, adaptant une parole de l'Ecclésiaste : "Malheur à la ville dont le roi est un enfant." Voilà l'une de ces vérités qui traversent les millénaires et les cultures. Rien aujourd'hui ne saurait autant nous convenir.
Qu'est-ce que le malheur pour une société ? la dislocation de ses éléments, la séparation des groupes, la lutte des classes, les combats intérieurs. Scipion avait vu dans son rêve deux soleils dans le même ciel, disait Cicéron, mais le vrai scandale est de voir deux peuples dans la même république. Nous y voilà.
 
L'espèce de magie qui avait environné l'élection d'Emmanuel Macron tenait de l'enchantement et provoquait la fascination. Cela parce qu'un homme si jeune et si doué, porté si vite et aisément au siège le plus élevé que tant d'autres reluquent dans l'impuissance, ne pouvait manquer d'éblouir. Dans les contes de fées, le prince charmant ne captive que parce qu'il unit la grande jeunesse au grand pouvoir, alliance tellement séduisante qui suscite l'admiration.
Ainsi la presse a-t-elle pu dire au moment de l'intronisation de notre président qu'à ce moment-là il "marchait sur l'eau" - image bien parlante pour décrire le phénomène de séduction dont nous avons été témoins. La jeunesse habite l'avenir : un président si jeune ne pouvait que nous apporter la promesse et donc l'espoir, à nous vieille nation cacochyme. Sa désinvolture patricienne, son intelligence de mandarin surdoué, tout en lui brillait.
 
Pourtant, les Français ont senti très vite ce mépris même pas dissimulé, qui révélait la gloire de soi et le sentiment de toute-puissance, toutes choses qui ne sont pas des caractères d'adulte, ou bien d'un adulte resté enfant. Il croit que tout est possible, que sa parole suffit à créer la réalité. Il est narcissique, centré sur soi-même, voit le monde à ses pieds. La compréhension des limites vient avec la maturité. Qu'est-ce que la maturité en démocratie ? C'est la connaissance du peuple, et la complicité avec lui. Pour cela, rien de tel que le mandat local. Un président devrait toujours avoir été maire préalablement. Le nôtre n'a d'électeurs que les élites urbaines qui lui ressemblent. Il est tout à fait hors sol, en apesanteur.
 
On peut souligner, à juste titre, que nous avons des centaines de milliers d'emplois disponibles pour des chômeurs désoccupés - mais c'est de la morgue inutile que de proposer au chômeur de juste "traverser la rue" pour aller chercher l'emploi disponible.
On peut penser, à juste titre, que les Français sont les citoyens les plus gâtés du monde en termes d'allocations, de vacances et du reste, et que quelques-uns peuvent en profiter pour nourrir leur paresse, mais c'est arrogance que d'aller déprécier les Français à l'étranger en ridiculisant leurs défauts typiques. Aucune position d'autorité (de parent, de professeur) ne donne le droit de rabaisser ceux qui sont en situation d'obéissance : le faire est signe de fatuité. Un président qui ridiculise ses citoyens en raison de leurs défauts (même réels) manifeste qu'il n'est pas capable de dominer la hauteur de la fonction, qu'il la regarde comme un jeu où se déploie, par le dédain, sa puissance. Lundi, le président a dit regretter ce dédain, et vouloir changer d'attitude - mais cela suffira-t-il à convaincre ?
 
Une partie de l'œuvre de Paul Ricœur développe l'idée de reconnaissance. Sans doute ne suffit-il pas d'avoir lu Ricœur pour l'avoir compris. Les peuples ont besoin de reconnaissance. Il ne suffit pas de leur jeter du pain, et il est contre-productif de leur jeter du pain en ricanant. Car chaque citoyen tient à son honneur. Et, il faudrait le préciser abondamment, ce n'est pas seulement une question de communication : chaque citoyen, fût-il le plus mal loti par la nature et le plus vulgaire, possède une dignité et un honneur auquel il tient à juste titre. Il possède aussi un bon sens qui le met au même niveau que le gouvernant pour décider du destin commun - la démocratie est fondée là-dessus, ou n'est pas.
Pour gouverner, il faut estimer le moindre citoyen, ce qui n'est pas donné à tout le monde - méprisants s'abstenir. Or notre président est un technocrate qui croit qu'il faut être sachant pour avoir les bonnes réponses - d'où cette manie de vouloir expliquer, comme si les citoyens étaient des élèves ou des enfants. Expression typique de notre mandarinat, incarnation désincarnée (si on peut oser cet oxymore) de notre élite à concours. Désincarnée, parce qu'à force de vivre dans ce même milieu où l'on trouve des repas à 200 euros, on finit par tisser des rêves, des images d'une société qui n'existe pas, et, au fond, des utopies. La grande fonction publique, dont notre président est l'un des fers de lance, prépare une cité radieuse où, à coups de taxes et d'interdictions coûteuses, des citoyens à la santé parfaite évolueront sur des nuages. Le peuple est rétif à ces utopies parce qu'il représente, lui, la pauvre réalité du monde. Une technocratie arrogante et omnisciente le ligote et le prive de son action à coups de normes envahissantes dictées par l'idéologie (principe de précaution, risque zéro), multipliant ainsi indéfiniment le prix de chaque chose, appauvrissant d'autant les couches sociales les plus défavorisées.
Ce qui manque au technocrate, c'est la réalité. Et c'est bien cette réalité qui est en train de leur éclater au visage.
 
Nous ne plaindrons pas le destin infortuné du prince adolescent, responsable de la disgrâce qui lui échoit. Mais quel dégât pour certaines réformes salutaires qu'il avait eu le mérite d'accomplir, et qui se trouvent dès lors menacées par sa condescendance ! On peut seulement espérer que cette circonstance funeste ne nous condamnera pas, encore une fois, à notre congénitale immobilité, dont nous avons tant besoin de sortir.

Paru dans Le Figaro, 14 décembre 2018
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Quand Macron prend un tournant qui en rappelle étrangement un autre
 
C'était il y a trente-cinq ans, en 1983. Après dix-huit mois d'une politique de relance budgétaire échevelée, de mesures sociales en rafales et de dévaluations monétaires en cascade, François Mitterrand décidait un brusque changement de cap. On arrêtait la dérive des dépenses, on encourageait les entreprises, on réduisait la fiscalité, on libéralisait l'économie. On parlera de "virage" de 1983. Un virage dont la sortie s'appellera privatisations, grand marché européen, monnaie unique, mondialisation, financiarisation. La France s'alignait sur l'exemple donné dès 1980 en Angleterre et aux Etats-Unis par Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Elle devait renoncer à faire cavalier seul. Après leur défaite idéologique de 1983, les socialistes connurent leur défaite politique de 1986.
 
L'intervention d'Emmanuel Macron du 10 décembre est sans doute son virage de 1983. Un virage de 1983 à l'envers, bien sûr. Macron était, lui, lors de sa campagne, l'aboutissement de l'évolution entamée il y a trente-cinq ans. Il ne jurait que par l'Europe et par le monde ; "il n'y avait pas de culture française" ; la France devait devenir une "start-up nation" ; et tant pis pour ceux qui ne suivraient pas, ces "Gaulois réfractaires" qui "n'étaient rien" et n'avaient qu'à "traverser la rue pour trouver un emploi".
Ce Macron de 2017 s'est, comme Mitterrand en 1981, opposé à la vague "populiste" qui s'était levée un an plus tôt, en Angleterre avec le Brexit et aux Etats-Unis avec l'élection de Trump. Une vague protectionniste, sociale, conservatrice, qui rejette avec véhémence la mondialisation, qu'elle soit celle des capitaux, des marchandises ou des hommes.
Comme Mitterrand en 1983, le Macron de 2018 s'est aligné sur la vague anglo-saxonne qui a déferlé depuis en Italie, en Autriche ou au Brésil. Sur le quadrilatère magique des gouvernants contemporains, entre Europe et monde, libéralisme, social et nation, Macron ne jurait que par l'Europe et le libéralisme. Depuis lundi, il s'est rabattu, toute honte bue, sur le national et le social. C'est la grande victoire des "gilets jaunes" et de cette France périphérique qui avait été jusque-là sacrifiée à la mondialisation. C'est la grande défaite des élites qui avaient hissé Emmanuel Macron sur le pavois.
 
Bien sûr, ce n'est qu'un début. Ce n'est qu'un virage. Les mesures sociales annoncées par le Président ne sont pour certains que des "mesurettes". Les traités européens forment un corset qui sera vite serré pour rappeler la France à ses devoirs. Mais Macron a été obligé de parler d'immigration et de laïcité, alors qu'il vient de signer le pacte de Marrakech de l'ONU sur les migrations. Il a été obligé de baiser la babouche de ces "Gaulois réfractaires" qu'il méprisait et de jeter ses armes aux pieds de son vainqueur. Son quinquennat est fini. En tout cas celui qu'il avait débuté triomphalement en mai 2017.

Paru dans Le Figaro Magazine, 14 décembre 2018
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De la retenue, s’il vous plait

Monsieur Wauquiez s’est enhardi à dire, l’autre matin, après le joli coup perpétré par une "chance pour la France" au marché de Noël de Strasbourg : "Combien d’attentats commis par des fichés S devons-nous encore subir avant d’adapter notre droit à la lutte contre le terrorisme ?"
Cette incongruité lui a valu, de la part d’un imbécile dont le Dieu de miséricorde m’a fait la grâce de ne pas retenir le nom, une remarque rogue, rigoureuse, rectrice : monsieur Wauquiez aura manqué de retenue.
Ce mot me semble avoir une infinie portée symbolique. (On aime beaucoup les symboles dans notre France en pâmoison). Souhaiter que soient … mis hors d’état de nuire ? expulsés ? exécutés ? … des individus dont le plus cher désir est d’abattre du français de souche ("sous-chien"), du blanc, du juif, du chrétien ou du musulman non fanatisé, eh bien un tel souhait ne doit pas franchir la barrière de nos dents.

Manque de retenue ! Retenue est ici une litote pour : censure. La vérité, c’est qu’on ne censure pas assez en France. Que Cherif Chekatt ait mis à mal une douzaine de personnes, c’est un fâcheux incident, soit, mais il aurait mieux valu le taire. Au moins n'en pas faire d'histoires ! Voilà la vérité ! On en sait trop, toujours trop, et d’abord pourquoi avoir livré le nom de ce pieux massacreur ?
On me dira qu’il aurait pu, lui, d’abord, se retenir. Ah ! N’en demandez pas trop à un zélote d’Allah !
Manque de retenue : on a eu tort de divulguer les attentats de Toulouse, de Nice, de Paris. Ne serait-ce que pour éviter le risque de stigmatiser l’islam.
La retenue à la source, voilà la solution.

Le vrai problème n’est pas d’empêcher les attentats mais d’empêcher qu’on en parle, pas d’éliminer les "fichés S" mais d’éliminer toute incivilité à leur endroit. Madame Nyssen, dont le passage au ministère de la culture a été trop bref, allait dans ce sens : "changer les mentalités". Oui, c’est dégoûtant cette mentalité française obsessionnelle, ces réactions indignées, ce vœu itératif que le pays soit nettoyé de … Si proscrire absolument l’information est difficile, on devrait au moins la réduire, la replier sur les minima (je cite un grand écrivain).
Et puis (à cet exercice sont rompus nos gouvernants) pleurnicher, trémolos, mélismes compassionnels. Le don des armes, c’est pour les "fichés S" (quel jargon, grands dieux !), pour nous, "soumis", le don des larmes. Celles-ci, ne les retenons pas.

Envoyé par l'auteur, 13 décembre 2018
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Macron à la recherche du peuple perdu
 
Emmanuel Macroncomprend-il ce qui lui arrive ? C’est ce lundi soir que le chef de l’Etat sortira de son silence. Son entourage promet un exercice d’humilité. Dès vendredi, devant des maires des Yvelines reçus à l’Elysée, il aurait reconnu quelques "conneries", comme l’application des 80 km/h ou la baisse de 5 euros des APL. Mais il suffit de lire les agacements de beaucoup de macroniens face aux Gilets jaunes, vus comme des sortes de ploucs décérébrés et fascisants, pour mesurer le parcours que Macron doit effectuer s’il veut retrouver ce peuple perdu. Alors que la préférence immigrée est un sujet qui explique en partie la révolte de la France oubliée, Macron a délégué un secrétaire d’Etat, Jean-Baptiste Lemoyne, pour avaliser ce matin, à Marrakech (Maroc), le "pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières". Ce texte, que le gouvernement présente comme non contraignant et préservant la souveraineté, incite à "promouvoir le respect mutuel des cultures, des traditions et des coutumes entre les communautés d’accueil et les migrants". Son plaidoyer pour les droits de l’homme et des "sociétés inclusives" reprend le vocabulaire des propagandistes du multiculturalisme, ce cheval de Troie de l’islam politique. Le pouvoir dénonce des "fake news" et l’ombre de l’extrême droite chez ceux qui mettent en alerte contre cet engagement moral léonin. Ce faisant, la macrocrature aux abois utilise les mêmes injures et intimidations également déversées, en vain, sur les Gilets jaunes. Macron saura-t-il cesser de prendre les Français pour des imbéciles ?
 
Si la République a su montrer sa force, samedi à Paris, en contenant des manifestants (mais pas les casseurs d’extrême gauche, ni les pilleurs des cités), le chef de l’Etat reste fragilisé. La haine qu’il suscite chez les Gilets jaunes, avec l’approbation d’une majorité de sondés, l’oblige à s’interroger sur lui-même. Ses soutiens les plus ardents ne lui rendent d’ailleurs pas service quand ils persistent à caricaturer un mouvement populaire qu’ils ne comprennent pas. Ceux qui assurent ne pas discerner les revendications ni les programmes des révoltés raisonnent selon les normes de leur ancien monde. Les prétendus bouseux bas de front, que moque une ridicule "élite" parisienne, sont en phase avec la révolution numérique et l’ubérisation des comportements politiques. Une intelligence collective foisonne sur les réseaux sociaux, là où s’écrivent les cahiers de doléance. "Le meilleur moyen d’avoir une bonne idée est d’en avoir beaucoup", expliquait Linus Pauling, prix Nobel de chimie. Nulle agence de communication n’a été utile pour choisir l’idée géniale du gilet jaune comme symbole d’une détresse collective et d’une exigence de visibilité. Le recours aux algorithmes peut parfaitement faire ressortir les lignes de force des revendications. Elles ne s’arrêtent pas au pouvoir d’achat que tentera de résoudre ce soir le chef de l’Etat. Elles posent aussi le problème de la protection culturelle des Français de France, et de leur place dans la vie politique. Pour Macron, c’est un changement de cap qui lui est demandé. Au risque de voir les Gilets jaunes, demain, bousculer le gouvernement.
Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 10 décembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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