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Debray l'idolâtre (Castro)

Le Monde du 4-5 décembre publie un article insensé de Régis Debray à la gloire de Fidel Castro : "Il a, dans nos années 1960, arraché plus d’un enfant du siècle à son confort, en l’élevant, parfois, au-dessus de lui-même. […] Je ne reconnais pas la personne qui m’a permis de vivre des moments de grande intensité dans le personnage caricaturé ça et là." Passée sous silence, la tyrannie imposée par l’affreux bonhomme ! Oubliés les procès expéditifs et les exécutions sommaires ! Comptant pour rien les réquisitoires argumentés et jamais démentis : les Mémoires de prison, un témoignage hallucinant sur les prisons de Castro, d’Armando Valladares (Albin Michel, 1986), Et la nuit est tombée, de la révolution victorieuse aux prisons cubaines, d’Huber Matos (Les Belles Lettres, 2006), Cuba, l’aveuglement coupable, de Jacobo Machover (Armand Colin, 2010) ! Tous les trois – et bien d’autres encore – savaient de qui et de quoi ils parlaient : ils avaient été les compagnons de Castro avant d’être précipités dans la géhenne du nouveau "goulag tropical". L’idolâtre Debray ne veut pas le savoir : il ne garde dans sa mémoire trouée que le souvenir d’un homme "ouvert et curieux de tout, étonnamment cultivé, sans grandiloquence, pas Lider Maximo pour un sou, affectueux et parfois enfantin". Hitler lui aussi - que Castro admirait, selon Matos – était, paraît-il, curieux, cultivé, très affectueux avec ses proches – pas Führer pour un mark !
Publié dans Du côté des élites
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La grande solitude d’Angela Merkel
 
"Vous n’êtes pas le meilleur, vous êtes le seul." Valéry Giscard d’Estaing aurait dû prêter sa formule fétiche à Barack Obama.
C’était exactement le sens des propos élogieux que celui-ci a tenus à Angela Merkel lors de sa récente tournée d’adieux en Europe. L’Américain a tenu à rappeler sa confiance en la chancelière allemande pour défendre les valeurs qui leur sont chères à tous deux : libre-échange, Etat de droit, défense des minorités, multiculturalisme. Ce que ses partisans nomment principes de la démocratie libérale et que ses adversaires voient comme le socle du "politiquement correct" de l’idéologie dominante de la mondialisation.
Aux yeux de l’histoire du XXe siècle, il est amusant et paradoxal d’ériger l’Allemagne en ultime héraut de la démocratie libérale. Mais guère étonnant. La culpabilité allemande sera logiquement le dernier rempart en Europe de la bien-pensance. Logique aussi que le vaincu allemand de 1945 soit l’ultime partisan de la soumission européenne au vainqueur américain.
 
Mais il y a le feu à la maison et Angela Merkel ne peut pas regarder ailleurs. Elle a perdu son allié anglais avec le Brexit : Theresa May défend désormais la préférence nationale pour les travailleurs anglais ! Merkel a vu le protecteur américain se donner à Donald Trump, protectionniste et ­anti-immigrés ; et last but not least, la droite française désigne comme champion un François Fillon qui n’a jamais ­caché sa dilection pour Vladimir Poutine, alors que la France de Sarkozy, puis de Hollande, avait soutenu jusqu’alors les sanctions européennes contre la Russie dans l’affaire ukrainienne.
Depuis des mois, son arrière-cour d’Europe centrale, où l’Allemagne a installé son économie de bazar, si rémunératrice pour ses grands groupes, est entrée en dissidence depuis que la Hongrie et la Pologne ont rejeté avec véhémence les migrants que Berlin et Bruxelles voulaient leur imposer.
Sans oublier la Turquie d’Erdogan qui, furieuse de ne pas obtenir de visas européens pour ses ressortissants, menace de laisser les migrants se déverser par milliers sur les côtes de la Grèce.
 
Mais le coup de grâce qui achèvera la chancelière allemande sera sans doute économique : la relance des investissements annoncée par Donald Trump entraîne déjà une hausse des taux d’intérêt qui mettra rapidement un terme à la politique accommodante de la Banque centrale européenne, mettant en danger les pays les plus endettés comme l’Espagne ou l’Italie, mais aussi la France.
La seule solution serait que l’Allemagne change sa politique budgétaire et décide elle aussi une relance des investissements, quitte à sacrifier son équilibre budgétaire. Ce qu’Angela Merkel ne fera pas. Au risque de faire exploser la zone euro. Alors, Merkel aura prouvé qu’elle n’est décidément pas la meilleure, mais elle sera alors bien seule.

Paru dans Le Figaro Magazine, 2 décembre 2016
Publié dans Avec l'Europe
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Et si les pouvoirs publics s’inspiraient d’Airbus ?
 
Airbus annonce plus de 1 000 suppressions de postes obtenues en fusionnant le holding qui chapeaute toutes les sociétés du groupe, et la principale de ces sociétés. De nombreux double-emplois devraient disparaître, ce qui engendrera – si les espoirs se vérifient – non seulement des économies de personnel, mais surtout un raccourcissement du temps nécessaire à l’instruction des dossiers et aux prises de décisions. Autant dire que l’organigramme actuel a été reconnu comme un obstacle à l’efficacité : il est, d’après les décideurs de ce fleuron de l’industrie, possible de faire à la fois mieux et moins cher. Moins de palabres et de querelles entre petits et grands chefs jaloux de leurs prérogatives, plus de travail organisationnel réellement positif, tel est l’objectif.
 
Comment ne pas songer à tout ce que les pouvoirs publics pourraient faire dans ce sens ? N’avons-nous pas un doublonnage, ou parfois un triplement, de nombreuses fonctions et responsabilités au sein de l’Administration et de son encadrement politique ? Agnès Verdier-Molinier faisait récemment remarquer dans Le Figaro que la France compte un élu pour 100 habitants, contre 1 pour 500 en Allemagne et 1 pour 600 aux États-Unis ; elle proposait des mesures – notamment des fusions de communes et la suppression des départements – pour passer de 645 000 à 116 000 élus. Sans être d’accord avec elle sur la façon de raisonner, car la réduction du nombre des élus n’est pas un but en soi, pas plus que la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires qui figure dans un programme présidentiel, je lui reconnais le mérite de donner un salutaire coup de pied dans la fourmilière.
Ce qu’il faudrait, c’est dépister les double-emplois, les allongements inutiles de la chaîne décisionnelle, et toutes les entorses faites au principe de subsidiarité, selon lequel le bon sens est souvent "près de chez nous" plutôt que dans des sphères lointaines où l’on décide tardivement et sans connaissance du terrain. Reprenons les cas du département et de la Région : dans les deux cas il existe à la fois une structure préfectorale et une structure politique : est-ce un facteur qui augmente la productivité ainsi que la pertinence des décisions prises, ou plutôt une dualité de pouvoirs génératrice de conflits stériles, de lenteurs, et de doublement du travail administratif ?
 
La même interrogation doit être posée à propos de fonctions qui ne font pas intervenir le ministère de l’Intérieur, mais celui de l’Éducation nationale, ou la sécurité sociale, ou d’autres administrations. Quel intérêt y a-t-il à ce que les responsabilités des conseils régionaux et départementaux se télescopent avec celles des rectorats ? Je me souviens de la construction d’un nouvel IUT que la Région, le Département et la Communauté urbaine cofinançaient avec l’État : j’en garde le souvenir d’une réunionite aiguë et d’une maîtrise d’œuvre incertaine ayant débouché sur une terrasse qui laissait passer l’eau.  Une responsabilité unique aurait divisé par 3 ou 4 le nombre d’heures de travail – ou de simili travail – de hauts et moyens fonctionnaires tout en donnant probablement de meilleurs résultats.
Le cas du RSA (et avant lui du RMI) présente des analogies avec celui des établissements scolaires et universitaires. Le méli-mélo des responsabilités entre les CAF, qui instruisent les dossiers, et les Départements, qui apportent une partie du financement et s’occupent en principe des actions de formation et de remise au travail, aboutit à faire deux fois une bonne partie du travail administratif et à diluer les responsabilités : qui gourmander si les résultats sont médiocres ou si la triche est importante ? Ce sont ces questions qu’il faut poser, sans exclure que leur étude débouche sur des décisions de rationalisation de l’action publique ayant certains points communs avec l’opération Airbus.
 
Faire mieux en dépensant moins est également nécessaire au niveau du législateur. Matteo Renzi s’est attaqué à ce problème. Il ne s’agit pas de copier ce qu’il essaye de faire au moyen d’un référendum destiné à modifier la Constitution italienne, mais d’adopter l’état d’esprit positif qui semble inspirer sa démarche. Son pari est de renforcer la gouvernance de l’État italien tout en diminuant son coût : la France a un besoin analogue.  Pour cela, il propose aux Italiens de revenir sur certaines décisions de décentralisation prises en 2001, qui ont donné aux régions des compétences (partagées avec l’État) dans divers domaine tels que la santé, les transports ou la formation. Avoir l’audace de dire que la décentralisation est souvent, sous couvert de démocratie locale, un remède pire que le mal, mérite un grand coup de chapeau : puissent les hommes politiques français se défaire du discours politiquement correct qui leur permet surtout de s’ouvrir des postes supplémentaires !
 
Terminons cette revue terriblement incomplète par quelques considérations relatives au travail législatif. Il suffit de jeter un coup d’œil aux séances de l’Assemblée et du Sénat pour constater que nous avons mis en place un microcosme psychédélique qui ne risque guère de réaliser les grandes réformes dont le pays a besoin. Ce n’est pas pour rien que certains candidats à l’Élysée ont proposé de faire passer par ordonnances un maximum de changements importants et urgents. Or ce n’est pas la simple diminution du nombre des parlementaires, réclamée par certains, qui résoudra le problème : certes, nous avons trop d’élus, mais surtout nous les employons mal, car nous leur demandons principalement d’endosser la responsabilité d’un travail gouvernemental.
Le domaine de la loi a été étendu de manière très excessive : il suffit d’examiner les lois de financement de la sécurité sociale, les lois portant réforme des retraites, et les lois de finance, pour constater que ce sont à 90 % des actes de gouvernement déguisés. Quelle perte de temps et d’énergie que de faire voter des milliers de dispositions qui relèvent de décrets ou d’arrêtés ! Et quel malheur qu’en fourvoyant le législateur dans le domaine qui est logiquement de la responsabilité de l’exécutif ou du gestionnaire d’une agence on prive notre pays d’un ensemble restreint et cohérent de lois indiquant clairement les grands principes que doivent respecter non seulement les citoyens, mais aussi les gouvernants et les corps intermédiaires !
Publié dans En France
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La droite est née dimanche dernier
 
Par la voix de Fillon, la droite affirme enfin ses valeurs au lieu de quêter l’approbation craintive de la gauche
 
L'élection sans appel de François Fillon comme candidat de la droite et du centre est inattendue et pleine de sens. Il s’agit bien d’un "événement" au sens de ce qui, arrivant sans crier gare, dévoile un arrière-fond de réalité qu’on n’avait auparavant pas pu ou, en l’occurrence, pas voulu voir.
Certains évoquent une "révolution conservatrice". L’expression est allemande, et décrit d’abord ce courant multiforme qui au début du XXe siècle récusait la modernité en mettant en cause la démocratie et le libéralisme. Mais on a ensuite parlé d’une "révolution conservatrice" dans les années 1980 à propos de Thatcher et de Reagan. On peut se demander pourquoi utiliser la même expression pour des courants si divers, car ces deux personnalités n’ont aucunement récusé la démocratie ni le libéralisme, au contraire… Mais il est vrai que ces courants réclament de revenir sur des soi-disant progrès qui, selon eux, n’en sont pas. Et quand on parle de "révolution conservatrice", il s’agit moins du contenu à conserver, ou à retrouver, que de la démarche elle-même.
 
Ainsi le libéralisme est-il un retour, dans une France assistée par l’État-providence depuis si longtemps, où la responsabilité individuelle se voit constamment découragée. Se dire libéral aujourd’hui signifie considérer l’assistance étatique comme une tutelle qui infantilise, et vouloir en limiter l’emprise pour rendre aux citoyens la liberté qu’ils n’ont plus. La conjonction du libéralisme économique et du conservatisme n’est pas neuve, et n’a rien de contradictoire. Conservateur est celui qui nous voit enracinés : dans l’histoire, dans les groupes d’appartenance comme la famille, dans le temps long de l’avenir. Un conservateur va répugner à aller emprunter de l’argent chaque matin pour acheter du pain, laissant la facture de sa consommation courante à ses petits-enfants, comme le fait l’État français depuis des lustres. Il sait que pour faire cesser cela il faudra annoncer des mesures non démagogiques.
 
C’est la première fois que nous nous trouvons devant un candidat qui ne promet pas d’augmenter les droits de toutes sortes, d’augmenter les allocations et les salaires, d’abaisser encore l’âge de la retraite. Au contraire, il promet par exemple d’augmenter le temps de travail et l’âge de la retraite. Ce candidat est un objet non identifié, et les journalistes ne savent pas très bien comment le prendre, parce qu’il a été élu en réclamant une forme d’austérité. Tout porte à croire que la démagogie ne fait plus recette. On pensait que l’électeur était toujours un individu qui réclamait plus-plus-plus, insoucieux du tonneau des Danaïdes dans lequel on va puiser ce plus. Mais les électeurs ont du bon sens, ce sens commun dont parlait Orwell, ils savent que rien ne s’obtient sans effort, et que les cadeaux déversés par un État qui s’endette sont des déjeuners de soleil.
Ce processus appelé dans l’histoire "révolution conservatrice" monte dans une société qui se rebelle contre ce qu’elle considère comme un débordement et une sorte de dévergondage politique et social, auquel il faudrait mettre fin, faute de casser la confiance et l’avenir tout court. Aujourd’hui il s’agit d’une débauche de l’État-providence, qui va jusqu’à déprécier la responsabilité individuelle pour protéger tous azimuts des citoyens qu’elle infantilise et que finalement elle appauvrit encore ; d’une démagogie hystérique, institutionnalisant les 35 heures ou la retraite à 60 ans, au prix de la désorganisation et de l’appauvrissement des services qu’elle prétendait relever ; d’une "bagatellisation" de tout, qui ridiculise l’autorité, dégrade le sacré, caricature les fondements, les principes, l’histoire, l’identité, autrement dit tout ce qui n’est pas le pur reflet du désir de l’instant. C’est une mise en cause de politiques par lesquelles l’égalitarisme produit des inégalités criantes : un fonctionnariat jouant un rôle de caste dans une situation de chômage extrême, une école publique produisant l’ignorance au point que depuis longtemps nos gouvernants de gauche comme de droite n’y mettent plus leurs propres enfants.
 
Nous avons devant les yeux davantage qu’un épisode de l’alternance droite-gauche. Plutôt l’apparition de la droite, jusqu’à présent tenue de se cacher sous les vêtements de la gauche si elle voulait seulement exister, ou bien qui pouvait se traduire dans ses extrêmes, façonnant ainsi un ennemi commode pour servir de pâture à la vindicte. Interdits d’existence parce que constamment assimilés au fascisme, les gouvernants de droite n’osaient jamais défendre leurs propres convictions, et leurs électeurs, moins craintifs, votaient pour les extrêmes. Lesquels prospéraient, pour la plus grande joie de la gauche. Et il est fort probable que l’extrême droite perdra ses atouts et sa force dans une société où s’exprimera ouvertement une véritable droite, dont elle n’était là que pour suppléer l’absence dans le désarroi et l’excès. On s’interroge depuis des années pour savoir comment faire chuter le Front national, et c’est même presque l’unique question posée par les commentateurs. Seule une droite affirmée et paisible fera chuter le Front national, non parce que ce sera sa seule préoccupation, mais parce qu’elle apportera un projet attendu à des millions d’électeurs conservateurs qui ont choisi les extrêmes par dégoût pour la pusillanimité de ses représentants.
Paru dans Le Figaro, 1er décembre 2016
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Une loi liberticide
 
La proposition de loi relative à l’extension du délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse suscite, à juste titre, une vague d’émotion, jusqu’à l’épiscopat français d’ordinaire très prudent en matière d’intervention politique.
 
Voici le texte exact de cette proposition, tel qu’il est trop rarement diffusé. Il s’agit de l’ajout d’un simple alinéa au texte préexistant (article L 2223–2) :
- soit en diffusant ou en transmettant par tout moyen, notamment par des moyens de communication au public par voie électronique ou de communication au public en ligne, des allégations, indications ou présentations faussées et de nature à induire intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur la nature, les caractéristiques ou les conséquences médicales d’une interruption volontaire de grossesse ou à exercer des pressions psychologiques sur les femmes s’informant sur une interruption volontaire de grossesse ou sur l’entourage de ces dernières.
 
Les propos répréhensibles, et rappelons-le punissables de 2 années d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende, sont donc des allégations, indications ou présentations. C’est un champ de répression très vaste. On ratisse large. Ensuite, ces propos doivent être faussés et de nature à induire intentionnellement en erreur. Un propos est vrai ou faux, mais faussé, qu’est-ce que cela veut dire ? Était-il vrai à l’origine, avant d’avoir été faussé ? Par qui, comment et pourquoi a-t il été faussé ? Sur quels critères objectifs va s’appuyer désormais la justice pour apprécier la réalité et le degré de gravité de cette falsification ? Ce genre de phrase alambiquée est une porte ouverte à tous les abus d’interprétation.
 
La suite de la phrase est également intéressante : les propos incriminés doivent être de nature à induire intentionnellement en erreur. Induire intentionnellement en erreur une femme qui s’interroge sur un éventuel avortement, tout le monde s’accordera à reconnaître que c’est non seulement mal, mais franchement abject. Le problème avec ce texte de loi, c’est que l’intention n’est répréhensible que si elle s’exerce dans un but dissuasif. Si elle est incitative à l’avortement, alors tout va bien ! Les bonnes consciences ne seront pas troublées… deux poids, deux mesures. On est bien en présence d’un texte militant, d’une pensée unique, à sens unique, dans un esprit parfaitement totalitaire. N’est interdit (et à quel prix) que ce qui n’entre pas dans la ligne officielle. Le reste n’a pas d’importance. On n’en parle même pas. Que l’on puisse mentir à tout le monde en racontant que l’avortement est un mode de contraception comme un autre, qu’il ne laisse aucune séquelle psychologique ou physique, c’est tout à fait acceptable. Les promoteurs de cette loi liberticide montrent donc leur vrai visage : celui du totalitarisme idéologique. Ils viennent la bouche en cœur sur les plateaux de télévision vous assurer qu’ils comprennent très bien que l’on ne partage pas leur opinion : ils veulent seulement interdire à leurs opposants d’exprimer la leur, sous peine de condamnations astronomiques. Il n’y a pas de quoi crier au scandale… ou sans ça, on n’est plus en régime socialiste.
 
Derrière ce visage de mensonge se cache pourtant autre chose dont l’honnête homme ne pourra, finalement, que se réjouir : le déclin de l’idéologie de la culture de mort. Bizarrement, malgré les apparences, elle manifeste des signes de déclin parce que, quarante ans après la loi Veil, l’avortement ne passe toujours pas. Alors que tout a été mis en œuvre pour en faire un acte non seulement anodin (ce que ne voulait pas Simone Veil), mais souhaitable, louable, emblématique d’une "libération" de la femme, et bien, quarante ans plus tard 80 % des femmes qui envisagent d’y avoir recours consultent d’abord des sites Internet à but dissuasif ! C’est une claque phénoménale pour les promoteurs de la culture de mort. Leur petit alinéa supplémentaire est en réalité un extraordinaire aveu de faiblesse, d’échec, et de désespoir. Ils se retrouvent désarmés face à une société qui, semble-t-il, ne veut pas mourir, une société qui n’accepte toujours pas la destruction de l’embryon comme un progrès, comme un droit inaliénable, comme une libération, comme la promesse d’un avenir meilleur. Pour avoir été obligés d’en arriver à ce texte consternant, ils doivent être au fond du gouffre. Ils ne comprennent plus rien à ce qui se passe. Au-delà du scandale de la persécution annoncée envers les sites Internet visés, ces pitoyables manigances font penser aux derniers soubresauts d’une idéologie moribonde. Plus que jamais, en voyant à quoi ils en sont réduits, nous pouvons garder la foi en un avenir meilleur qui ramènera la vie du petit d’homme au centre de toutes les valeurs de notre société.
Publié dans A tout un chacun
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Les 2 % de la défense
 
Durant sa campagne électorale, Donald Trump a déclaré que les nations européennes qui ne satisfaisaient pas aux 2 % exigés par les Etats-Unis pour leur défense ne pourraient compter sur son appui en cas de conflit (2 % du produit intérieur brut). Des Européens se sont inquiétés de cette déclaration qui met en cause l’Article V du Traité de l’Alliance Atlantique. Certains ont ravivé un vieux projet : l’Europe de la défense. Ce projet qui est débattu sans succès depuis 1954, le sera sans doute pendant longtemps avec le même résultat. Aussi est-il inutile de s’y attarder. En revanche, l’anathème de Donald Trump pose trois questions : pourquoi 2 %, pourquoi les Etats-Unis défendent-ils l’Europe et la Russie est-elle une menace ? La réponse à ces questions diffère de celle généralement admise dans les cercles officiels.
 
Pourquoi 2% ?
Le budget de la défense est défini en fonction des ressources de la nation et de la menace à laquelle elle est exposée. Pour une menace définie, plus grandes sont les ressources, plus faible est le pourcentage. Le chiffre de 2% est arbitraire. C'est une exigence de l'Otan dont la norme a été définie au sommet du Pays de Galles en 2014. Il ne repose sur aucune analyse rationnelle. A preuve, les budgets de l’après-guerre. Dans les années 1950, la moyenne est de 10% pour les Etats-Unis, 7,2% pour la France et 7,8% pour le Royaume-Uni. En 2015, ils s’élèvent à 3,3%, 2,1% et 2%, respectivement. En revanche, en dollar constant (2014), les montants n’ont cessé d’augmenter. Dans les années 1950, les Etats-Unis ont dépensé en moyenne 351 milliards de dollars annuellement, la France 33 milliards et le Royaume-Uni 46 milliards. En 2015, ces chiffres s’élèvent à 596, 61 et 60, respectivement. L’adoption d’un budget de la défense ne répond à aucune règle fixe. La part d’incertitude est grande.
 
Pourquoi les Etats-Unis défendent-ils l’Europe ?
"Lafayette, nous voilà", cette phrase que le général Pershing, commandant en chef des forces américaines en France pendant la Première Guerre mondiale n’a jamais prononcé, a donné l’illusion d’un geste altruiste en reconnaissance de l’aide jadis apportée à la Révolution américaine. Il n’en est rien. Les Américains venaient dans leur propre intérêt. Ce fut aussi le cas pour la Seconde Guerre mondiale. Ainsi que l’a expliqué le géographe anglais Harold Mackinder, il est impossible pour le Royaume-Uni et a fortiori pour les Etats-Unis de tolérer qu’une nation contrôle l’espace allant de la Prusse à la Russie blanche, car il lui serait alors possible de contrôler "l’île-monde" – une vaste surface comprenant l’Europe, l’Asie et l’Afrique du nord. C’était le projet d’Hitler à cette différence près qu’il n’incluait pas la Chine qui faisait partie de la sphère japonaise. Ce qui était vrai alors l’est encore aujourd’hui, à tel point que le géo-politologue américain Zbigniew Brzezinski s’y réfère dans son ouvrage "Le grand échiquier".
 
Les Etats-Unis ne peuvent tolérer une Europe indépendante par peur qu’elle ne devienne une puissance mondiale. Le document "Reconstruire les défenses de l’Amérique" de septembre 2000 ne laisse aucun doute sur les intentions américaines : l’objectif est l’hégémonie mondiale. La présence de John Bolton, Michael Ledeen, James Woolsey et d’autres néoconservateurs dans le cercle rapproché du nouveau président laisse peu de doute sur la direction que prendra sa politique extérieure. Le slogan "Make America Great Again" n’implique pas un retour à l’isolationnisme, contrairement à ce que pensent des observateurs européens – un isolationnisme qui n’a jamais existé dans les faits. Donald Trump examine les questions en homme d’affaires. Il pense en termes de retour sur investissement. De ce point de vue, l’OTAN coûte trop cher au regard des bénéfices que les Etats-Unis en retirent. Les Européens doivent donc augmenter leur contribution à l’effort commun. Mais pourquoi entreraient-ils dans ce jeu qui les assujettit davantage ?
 
La Russie est-elle une menace ?
Selon le général américain Breedlove, ancien commandant en chef de l’OTAN, la Russie présente une "menace existentielle pour les Etats-Unis et l’OTAN". Mitt Romney, ancien gouverneur du Massachusetts et candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2012 s’est exprimé en termes similaires. En revanche, pour le général tchèque Petr Pavel, président de la Conférence du Comité militaire de l’OTAN, aucune information ne suggère que la Russie planifie une quelconque action de grande ampleur de quelque nature que ce soit. Une analyse confirme cette conclusion. Que ce soit au plan politique, économique ou militaire, la Russie n’est pas en mesure défier la puissance américaine.
 
Les Etats-Unis sont stables politiquement depuis leur création en 1776 à l’exception de la Guerre de Sécession. La Russie a connu de nombreuses tragédies au cours de son histoire. L’économie américaine est la première au monde. Le produit intérieur brut américain de 2015 est treize fois et demie supérieur à celui de la Russie (17.947 milliards de dollars contre 1.326 milliards). Le produit intérieur brut russe est inférieur à celui de la France (2.422 milliards) et de l’Italie (1.815 milliards). Il est très dépendent du prix du pétrole. Le budget américain de la défense est le premier au monde (596 milliards de dollar, soit 36,5% du total mondial). Il est équivalent au total des huit pays suivants : Chine, Arabie Saoudite, Russie, Royaume-Uni, France, Inde, Japon et Allemagne. Les Etats-Unis sont les premiers exportateurs d’armes : 10,5 milliards de dollar, soit le double du montant russe (5,5 milliards). Le personnel de l’armée américaine s’élève à 1.492.000 individus contre 845.000 pour la Russie. Les Etats-Unis disposent de 10 porte-avions contre 1 pour la Russie, et de 71 sous-marins contre 62. La marine américaine a 326.800 officiers et marins contre 148.000 pour la Russie. Les Etats-Unis disposent de huit cent bases militaires à travers le monde contre une seule pour la Russie (Tartous en Syrie). Ils ont le plus grand réseau d’écoutes du monde (Echelon). Les Etats-Unis disposent de 4.500 missiles nucléaires contre 4.490 pour la Russie. C’est le seul domaine où la Russie est à parité avec les Etats-Unis. Encore cela est-il momentané car Barack Obama a autorisé un programme de modernisation de la force de frappe nucléaire américaine de mille milliards de dollars d’ici 2030. Il est impossible pour la Russie d’accomplir un tel effort.
 
Il serait insensé pour la Russie d’envisager une quelconque action d’ampleur à l’ouest. Ce ne sont pas les Etats-Unis qui sont menacés mais la Russie. Les Américains ont renié la promesse qu’ils avaient faite aux Russes de ne pas avancer d’un pouce à l’est (ce sont les mots mêmes de James Baker, alors Secrétaire d’Etat) en échange de la réunification de l’Allemagne. Depuis la Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la République tchèque, et la Slovaquie ont rejoint l’OTAN. La présence de missiles nucléaires américains en Roumanie et en Pologne tout comme les manœuvres militaires aux frontières de la Russie ne sont pas faites pour rassurer Moscou sur les intentions de l’OTAN. On se rappelle de la réaction américaine quand les Soviétiques installèrent des bases de lancement de missiles nucléaires à Cuba… 
 
Conclusion
Ce sont aux nations de décider du montant de leur budget défense et non aux Etats-Unis. Il n’existe aucune contrainte à ce sujet dans les textes officiels. Le Trait de l’Atlantique nord est muet à ce sujet. Les 2% n’ont d’autre but que d’inciter les Européens à acheter du matériel américain, comme l’avion de combat F-35 de Martin Marietta dont John McCain a dit que c’était un scandale et une tragédie. Le Danemark en a acheté 27 au prix de 110 millions de dollars l’unité, l’Italie 90.
Les Etats-Unis ne peuvent abandonner l’Europe sans abandonner leur prétention hégémonique – prétention ancrée dans leurs gènes depuis l’arrivée du May Flower à Cape Cod en 1620 et souvent répétée au cours de leur histoire (universalisme, destinée manifeste, exceptionnalisme, etc.).
La Russie n’est une menace que dans la mesure où les Etats-Unis l’acculeraient dans une position intenable – éventualité à laquelle Vladimir Poutine a fait allusion – la forçant à réagir avec la seule arme où elle est à parité avec les Etats-Unis... l’arme nucléaire.
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La descente aux enfers de Fidel Castro
 
Le décès de Fidel Castro, le 25 novembre 2016 à La Havane, marque la fin d’une époque.
La carrière politique du Lider Maximo s’est achevée en 2008 et, depuis, c’est son frère, Raul Castro, qui dirige le pays. On peut diviser cette carrière en deux temps : le temps de la guérilla et le temps du pouvoir. De 1947 à 1959, Fidel, jeune bourgeois, est un opposant politique au régime corrompu du dictateur Batista. À cette époque, Castro n’a aucun rapport avec le communisme et s’attire la sympathie de l’opinion publique internationale. Le jeune sénateur Kennedy fait même son éloge, le comparant à Bolivar.
La réussite de la guérilla a mené Castro au pouvoir. Mais, à partir de là, toute sa carrière de dirigeant a été une descente aux enfers pour son pays.
 
La première marche de cette descente a été le choix du communisme soviétique, provoqué par la maladresse de l’Administration Eisenhower. En effet, Washington a surréagi à la révolution cubaine. Estimant que leurs intérêts économiques étaient compromis dans l’île par le nouveau gouvernement révolutionnaire, les États-Unis décident en 1960 d’imposer un embargo sur le sucre cubain, puis de rompre unilatéralement les relations diplomatiques en janvier 1961, avant de décréter un embargo total en février 1962, soit sept mois avant la crise des missiles. C’est le boycott américain qui va pousser Castro dans les bras de l’URSS. Un cercle vicieux se met ensuite en place. Pour Castro, chercher à se réconcilier, c’est s’humilier. Il sait que les Cubains n’aiment pas le régime communiste, mais qu’ils l’aiment, lui, Fidel, qui a su redonner sa fierté à ce peuple très nationaliste. Pour la Maison-Blanche, lever l’embargo, en dépit de son inefficacité et des drames humains qu’il provoque à Cuba, c’est perdre la voix des millions d’électeurs anticastristes d’origine cubaine qui vivent en Floride, l’un des États-clefs de l’élection présidentielle. Il faudra attendre le réalisme d’Obama, inquiet face à la montée des investissements chinois à Cuba, pour qu’en 2014 soit annoncée la reprise des relations diplomatiques et la levée progressive de l’embargo.
 
La deuxième marche de cet escalier infernal a été la mise en place d’une dictature policière, qui a conduit à l’exil trois millions de Cubains. Emprisonnements politiques, exécutions, persécution des homosexuels, policiers et indicateurs omniprésents ont forgé un petit stalinisme sous le soleil, n’en déplaise à une partie de la gauche française, fascinée par le charisme du Lider Maximo.
 
La troisième marche a été un aventurisme catastrophique en politique étrangère. Castro fut l’exécuteur des basses œuvres de l’URSS dans le tiers-monde. En plus de conseillers envoyés au Mozambique et en Éthiopie, Cuba est militairement intervenue de 1975 à 1991 en Angola. Au profit des métis du MPLA, les soldats cubains ont combattu les forces, authentiquement indigènes, de l’Unita de Jonas Savimbi.
La quatrième marche est une occasion ratée. En 1991, la chute de l’URSS et la fin de la guerre froide auraient dû inciter Fidel Castro à conduire son pays vers la social-démocratie. Il aurait pu accepter la main tendue de nombreux pays latino-américains et européens, qui refusaient l’embargo américain. Au lieu de cela, Fidel a préféré, à partir de 2004, se rapprocher du néobolivarien Hugo Chavez, qui a réussi à ruiner un pays aussi riche que le Venezuela. Certes, le régime castriste a remporté quelques succès sur le plan social. Seulement 1,5 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. L’espérance de vie est de 79 ans, ce qui est très légèrement supérieur à celle des États-Unis et dix-sept ans de plus qu’à Haïti. Le système éducatif est performant. La méthode d’alphabétisation cubaine Yo, si puedo a permis à des millions d’enfants latino-américains d’apprendre à lire. Le système de santé est excellent et accessible à tous.
 
Le grand enjeu pour Cuba est la transition. Le pays va devoir mettre en place un État de droit (condition sine qua non de tout développement économique), garantissant une démocratie pluraliste et une économie de marché, capable de susciter l’initiative privée, afin de sortir le pays de la sous-production. Mais cette libéralisation politique et économique devra se faire sans remettre en cause les quelques acquis positifs de la période communiste. Rien n’est pire qu’une libéralisation se muant en dérégulation aveugle, livrant les plus pauvres à la loi de la jungle.
Afin de recevoir un dernier hommage de la population, les cendres de Fidel vont traverser Cuba, de La Havane à Santiago. Comme, en 1980, la dépouille de Tito avait traversé la Yougoslavie. L’erreur de Tito fut de n’avoir rien préparé pour sa succession. Les frères Castro ont-ils prévu leur succession et une transition en douceur vers la démocratie ? En politique, on n’est grand, on n’est un vrai lider maximo que si l’on se montre capable d’œuvrer pour après soi.
Paru dans Le Figaro, 28 novembre 2016
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Un autre regard sur Fidel Castro
 
Je sais, ce n’est pas bien de tirer sur des ambulances ou des corbillards. Mais face à l’hagiographie actuelle que les média déversent sur Fidel Castro, il me semble nécessaire de regarder froidement ce que fut l’œuvre de celui qui dirigea Cuba durant 42 ans, avec les méthodes de tous les caudillos latino-américains. Car ce que nul journaliste n’a relevé, c’est que dans un pays où vit une majorité de noirs et de mulâtres, Fidel Castro était parvenu, grâce à sa rhétorique marxiste-léniniste et son anti-américanisme flagrant, en jouant avec un nationalisme ombrageux, d’abord à soutirer l’aide de l’Union soviétique, puis, après 19901, celle du Venezuela chaviste. Mais surtout il a maintenu au pouvoir l’essentiel de l’aristocratie blanche locale : seuls ceux qui n’avaient rien compris et qui s’opposèrent à Fidel Castro furent éliminés. Il sera intéressant de voir comment son frère et ses successeurs parviendront à maintenir cette caste au pouvoir…
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Le triomphe de Fillon peut nuire au FN
 
Le triomphe de François Fillon (66,6 % des voix de la primaire de la droite, contre 33,4 % à Alain Juppé) n’est pas une bonne nouvelle pour Marine Le Pen.
David Rachline, sénateur-maire FN de Fréjus, assure du contraire, ce lundi. A l’entendre, la victoire éclatante de Fillon, hier, "ne pose strictement aucun problème" au FN. Rien n’est moins sûr. Si la désignation d’un Juppé mollasson, pleurnichard et capitulard aurait pu inciter des électeurs à quitter Les Républicains pour la droite populiste, le plébiscite pour un Fillon souverainiste, libéral et anti-islamiste pourrait suffire à attirer à lui une partie de la 'droite hors les murs", en recherche d’un représentant capable de se libérer des discours automatiques. Fillon a encore à faire ses preuves, bien entendu. Reste que sa désignation comme candidat à la présidence de la République vient mettre fin au long règne (près de trente ans) de la droite honteuse, centriste et conformiste, que Juppé entendait perpétuer avec l’appui de la majorité des médias. Ses soutiens venus de la gauche, de fonctionnaires, de féministes, de militants homosexuels, de mosquées et de prédicateurs musulmans, ont mis au jour les ambiguïtés chiraquiennes de cet homme au "modernisme" déjà dépassé. La défaite sans appel de Juppé est révélatrice de la volonté d’un électorat réactif de tourner une page et de s’assumer clairement dans son choix de rupture conservatrice.
La recherche d’une unité retrouvée des Républicains, qui alimentait hier soir les commentaires des médias audiovisuels, n’est certainement pas souhaitable. La claque que viennent de prendre les centristes nigauds et les zozos de l’"identité heureuse" les invite à aller voir ailleurs ; du côté d’Emmanuel Macron, par exemple, qui fait des appels du pied à François Bayrou. En se mobilisant massivement pour Fillon, les électeurs l’invitent à s'émanciper une fois pour toute de cette fausse droite culpabilisante, moralisatrice et tire en bas, prête à se coucher devant l’islam politique et ses exigences de soumission. A partir de ce jour, Fillon ne peut se permettre aucune faiblesse s’il veut attirer à lui une partie de l’électorat sans parti fixe, qui se désespère de trouver un point d’ancrage à droite. Sur le papier, ses solutions libérales et identitaires sont de bonnes réponses qui demandent à être précisées. Il est faux de croire la France des oubliés attachée à un Etat Providence qui s’est fourvoyé dans sa préférence immigrée. Mais il serait faux également de croire irréaliste, par exemple, une limitation drastique de l’immigration de peuplement, au prétexte d’éviter des solutions "populistes". La colère du peuple peut être canalisée. Mais pour cela, Fillon va devoir l’entendre jusqu’au bout s'il ne veut pas qu'elle lui échappe.

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Les catholiques ne sont pas morts, dommage !
 
François Fillon, comme il était prévu, l'a largement emporté au second tour de la primaire LR et il sera le candidat de la droite en 2017.
Au-delà de l'analyse politique qui peut expliquer le sort différent fait par le peuple de droite et du centre à deux personnalités de qualité, je voudrais mettre l'accent sur un élan plus fondamental, une aspiration plus profonde qui ont structuré et bouleversé dans le bon sens cette campagne.
Le catholicisme non seulement n'est pas mort mais il a eu le front d'affirmer son existence. La catosphère, comme on la qualifie vulgairement, qui a "dopé François Fillon" (L'Obs), a été représentée en effet par un compétiteur brillant qui ne s'est pas caché sous la table démocratique mais a illustré des valeurs, des principes, des convictions trop vite étiquetés de conservatisme social alors que j'y vois plutôt un désir, une restauration de normalité sociale.
Le retour d'un catholicisme combatif est une grande nouvelle mais encore fallait-il qu'il trouvât une incarnation audacieuse et plausible. Cela a été le cas.
Pourtant ce n'était pas gagné et probablement ne seront pas éradiqués, d'un coup, de notre espace culturel et médiatique les procès indécents, les attaques indignes contre un catholicisme qui, avec le FN, était la seconde cible d'un journalisme sans inspiration. Trop longtemps la pensée intelligemment conservatrice avait été moquée au bénéfice du progressisme même bête. Un homme d'habitude moins sommaire, Laurent Joffrin, n'a pas hésité à comparer François Fillon et son projet à Tariq Ramadan (Libération) parce qu'il était intolérable que le catholicisme ne demeure pas dans les catacombes discrètes politiques et médiatiques où il était considéré à peine comme une partie intégrante de l'âme française, mais sans avoir le droit de le revendiquer.
 
A la suite de la Manif pour tous trop vigoureusement et injustement réprimée, les associations et organisations qui avaient pris conscience de leur force, de leur influence et de leur identité, sans avoir honte d'être ce qu'elles étaient et du terreau irremplaçable qui les unissait, étaient évidemment vilipendées pour les quelques outrances qu'on leur imputait quand des mouvements de gauche qui n'étaient constituées que d'excès et de violence étaient traités avec une indulgence infinie.
Dans la sphère audiovisuelle, quelques rigolards décérébrés et sans l'ombre d'une sensibilité, applaudis par des rires gras et des gloussements de satisfaction, traînaient dans une boue médiocre le catholicisme et tout ce qui y ressemblait.
Je me rappelle la condescendance avec laquelle la presse écrite, dans des portraits consacrés à des chefs d'entreprise ou à des personnalités, même sportives, soulignait leur nombre d'enfants et leur catholicisme. Comme si la relation de ces deux réalités démontrait une quelconque turpitude !
 
Le catholicisme est une religion, une morale, une sensibilité, des états d'âme, un ensemble de préceptes et de vertus dont il ne serait pas scandaleux, Dieu et César étant chacun dans son monde, qu'il irriguât tout de même la pratique politique.
Quand François Fillon, avec un courage que l'absurdité et les dérives dominantes rendaient provocateur alors qu'il était d'évidence, soulignait l'obligation d'une éthique publique, de comportements irréprochables de la part des gouvernants, que disait-il d'autre qu'une parole dont les tréfonds, chez lui, n'étaient pas sans lien avec sa foi, ce qui ne signifie pas qu'une exigeante conception laïque - elle a souvent des faiblesses - serait forcément démunie sur ce plan.
François Mitterrand, si discutable par ailleurs, avait bien compris la richesse d'une culture catholique bien au-delà de son incarnation religieuse strictement entendue.
Quand sur France Inter, dans une émission paraît-il humoristique, le maire d'Aulnay-sous-Bois Bruno Beschizza est ridiculisé grossièrement parce qu'il a pris le parti d'enlever, aux arrêts de bus près des écoles, des affiches montrant une homosexualité ostensible par les photos et avec des textes compliqués à expliquer à de jeunes enfants, quelle bronca autosatisfaite, quelle dérision, quels sarcasmes ! Pourtant il y avait dans ces préoccupations au moins de quoi faire réfléchir, émouvoir un monde digne de ce nom !
 
Cette information, ces futilités qui ne cessent pas de déformer, ce n'est plus supportable.
Il est vrai que ces plumitifs de la charge systématique anticatholique, longtemps ont pu s'ébattre à cœur joie contre un adversaire qui ne cessait pas de tendre l'autre joue. Une hiérarchie religieuse qui manquait de conviction et de courage, comprenait trop bien les criminelles dérives de l'islam et appréhendait avec une résignation tendrement affligée les assauts incessants menés contre elle et contre la papauté même si le pape François a mené, à sa manière, la rébellion.
Ce qui a suscité, sous la superficialité politique, une libération des cœurs et des esprits et donc l'adhésion majoritaire à François Fillon est la révolte des catholiques. L'affirmation tranquille et résolue, grâce à cet homme, de pensées, d'intentions, de dénonciations et d'exigences qui ne prêtaient non seulement pas à moquerie mais au contraire à fierté, à enthousiasme.
Par exemple, lors d'une émission sur France 2, Valérie Boyer, soutien talentueux et fidèle de François Fillon, était questionnée sur la famille comme si elle avait à justifier l'importance qu'elle donnait à cette valeur incontestable et structurante pour beaucoup. C'est cette étrangeté qui doit cesser : que la norme et les institutions fondamentales d'une société soient présumées coupables au point d'avoir à répondre de leur existence et de leur insupportable pérennité. La tradition n'est pas la trahison du progrès mais son exemple.
Le vainqueur de la primaire LR a sans doute gagné, bien plus que par son programme économique et financier, grâce à ce coup de force consistant à ne plus s'excuser d'être ce qu'il était, de penser et de sentir ce qu'il pensait et sentait mais à porter haut une manière d'être et de vivre en société qui, contre les forces de destruction et de délitement, avait besoin d'être clairement remise à l'honneur.
Les catholiques ne sont pas morts. Dommage pour ceux qui les rêvaient impuissants, effacés, sans pouvoir sur le pouvoir, chassés de la vie et de l'Histoire.
Leur corps bouge plus que jamais.
www.philippebilger.com
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