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Pompidou, au secours !
 
Le successeur de Charles de Gaulle à l’Élysée avait, dit-on, lancé un jour à ses collaborateurs trop enclins à légiférer et à réglementer : "arrêtez d’emmerder les Français". Le moins que l’on puisse dire est que son message n’a guère été retenu : voilà que des candidats à la présidence de la République réclament une loi antiburkini ! Et pourquoi ne pas interdire aussi les tenues Punk, souvent destinées à montrer que leur porteur considère les bourgeois comme des cons ? Pourquoi ne pas légiférer à propos des pantalons dont la ceinture arrive au niveau du pubis et contre les baskets aux lacets déliés, autres signes identitaires marquant un refus des modes vestimentaires BCBG ?
 
Arrêtons donc de faire ou de vouloir faire des lois stupides, et occupons-nous des choses sérieuses.
Qu’une troupe d’opposants au projet de stockage de déchets nucléaires de Bure puissent, cagoulés, attaquer à la masse le mur d’enceinte de cette zone sans être rapidement interpellés et déférés au tribunal en comparution immédiate est un signe minuscule, parmi des milliers, de l’atonie des pouvoirs publics.
Que les mesures anthropomorphiques des immigrants illégaux ne soient pas systématiquement prises montre le degré de chienlit auquel la France est descendue.
Que les effectifs de police dans les quartiers difficiles soient dramatiquement insuffisants ; que les programmes de construction de places de prison aient été ralentis, voire stoppés, moyennant quoi les peines de prison auxquelles la justice condamne les délinquants deviennent souvent des torchons de papier ; que le regroupement familial soit grand ouvert, rendant l’immigration trop importante pour être gérée correctement ; que les entreprises soient incitées à pratiquer l’optimisation fiscale parce que la Commission européenne, très entreprenante s’il s’agit de réglementer l’épaisseur du papier de cigarette, est incapable de définir des normes communes de calcul du bénéfice imposable et un taux européen commun d’imposition des sociétés ; que le carrousel de TVA permette année après année au crime organisé de voler des dizaines de milliards d’euros aux Trésors publics des États membres parce que, ni à Bruxelles ni à Paris ou à Berlin on ne s’occupe sérieusement du problème : c’est tout cela, et mille autres incuries, abandons et signes d’incompétence notoire qui devraient inquiéter et mobiliser nos dirigeants et ceux qui songent à le devenir ou à le redevenir.
 
Il s’agit de diriger des administrations, de mobiliser des fonctionnaires, pour que l’État et les collectivités territoriales redeviennent – ou, parfois, deviennent – véritablement efficaces. Certes, beaucoup de textes législatifs et réglementaires doivent être supprimés, et quelques-uns doivent être rédigés, puis votés et promulgués s’il s’agit de lois, mais l’essentiel du redressement de notre pays dépend d’autre chose : nous avons besoin de meneurs d’hommes, qui guident les administrations sur la voie de l’efficacité.  
Publié dans Du côté des élites
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Le grand renversement colonial
 
Quel que soit le jugement que l’on formule sur les entreprises coloniales dans leur ensemble, aujourd’hui caricaturées sous le terme infamant de "colonialisme", on peut objectivement dégager de l’étude ces entreprises un certain nombre de faits qui devraient être riches de leçons pour la France contemporaine, ex-Métropole devenue victime d’une sorte de renversement de l’Histoire. Observons à grands traits les éléments constitutifs de ce que l’on pourrait appeler "le grand renversement colonial", ou "le colonialisme inversé" :
- Religion : la religion, avec l’évangélisation, a presque toujours précédé ou accompagné les conquêtes coloniales européennes, avec des fortunes diverses selon les continents.
- Décadence et anarchie : les conquêtes coloniales ont été effectuées, soit dans des pays sous-développés, soit dans des pays parvenus à un haut degré de civilisation mais tombés ensuite en décadence et en anarchie.
- L’état de droit : les pays colonisés les plus évolués avaient généralement perdu l’usage de leurs fonctions régaliennes préalablement à la conquête coloniale. Souvent livrés au pillage, à la piraterie et à la convoitise de voisins plus puissants, il n’y existait pratiquement plus d’état de droit.
- Peuplement : Les conquêtes coloniales ont été des réussites pérennes dans des colonies de peuplement. Les autres formes de colonisation, les comptoirs commerciaux et militaires, les colonisations d’exploitation, se sont soldées presque toujours par des échecs.
- Collaboration : au sein des peuples colonisés se sont trouvées de nombreuses personnes, et souvent des élites cultivées, pour préférer une collaboration avec le colonisateur à la persistance d’un état d’anarchie.
 
Observons maintenant ce qui se passe dans la France d’aujourd’hui :
 
- Religion : l’Islam, s’installe en Europe comme en terre de mission. Il précède, ou il est accompagné par une forme de conquête étatique accomplie sous la forme d’un rachat massif de biens français par des puissances pétrolières islamistes radicales.
- Décadence et anarchie : notre vielle civilisation est engagée dans une spirale de décadence vertigineuse. L’affaire du "burkini" est, si j’ose dire, pain béni pour les islamistes. Quand on tolère que les gens s’exhibent en public à peine vêtus de cache-sexe, il paraît totalement incongru de vouloir interdire sur les plages une tenue d’apparence décente. Le problème, c’est que la perversité du burkini n’est pas dans son apparence mais dans son sens caché : celui de l’esclavage de la femme. Dans une sorte de mouvement de panique, certains hommes politiques essayent de s’attaquer aux effets superficiels d’un mal dont ils n’ont jamais eu le courage d’attaquer ouvertement les causes.
- L’état de droit : symptômes de l’anarchie liée à cette décadence, les zones dites "de non droit" prolifèrent en France, révélant la déliquescence de l’état de droit. L’ordre et la justice sont devenus les parents pauvres du budget de l’État. Quels que soient les petits colmatages entrepris à la suite des derniers attentats, les devoirs régaliens fondamentaux ne sont pas la priorité absolue de nos gouvernants. L’ordre et la justice sont souvent devenus les prérogatives de l’argent–roi des puissances pétrolières et celles des caïds islamistes qui imposent leur loi dans les zones de non droit et même au-delà, jusque sur les plages publiques.
- Colonisation de peuplement : le rachat des entreprises françaises (hôtels de luxe, clubs sportifs etc.) ne suffirait sans doute pas à assurer une emprise islamiste pérenne sur notre pays. Ce serait alors comme une simple colonisation de comptoirs, ou une colonisation d’exploitation. Pour atteindre le but d’une colonisation pérenne, il faut une colonisation de peuplement : elle est en marche grâce à l’immigration massive, avec la bénédiction de nos gouvernants.
- Collaboration : Les collaborateurs autochtones sont en place, heureux et satisfaits de leur dhimmitude, servis par l’alibi humanitaire d’une générosité mal comprise et complètement dévoyée.
 
L’affaire du "burkini" aura au moins eu le mérite de révéler l’ampleur de cette colonisation de peuplement envers et contre ceux qui, calfeutrés dans leur petite bulle de soumission, refusent de voir la réalité. Les fanatiques islamistes imposent désormais leurs règles dans l’espace public en faisant exploser les frontières illusoires des palaces parisiens et des "zones de non droit". Ils montrent ainsi qu’ils sont sans doute beaucoup plus nombreux que les trois ou quatre millions d’individus évoqués dans les discours officiels.
 
L’arrêt du Conseil d’État qui autorise le "burkini" est certainement fondé sur le plan du respect de la liberté vestimentaire. Mais il est non moins certainement un dangereux ferment de guerre civile, car il risque de pousser au désespoir les populations colonisées qui perdent peu à peu tout recours légal contre une invasion de plus en plus violente et de plus en plus insolente. Comme le vent de l’Histoire ne cesse de tourner, les nouveaux colonialistes et leurs collabos découvriront bientôt que nos Ho Chi Minh à nous, que nos Ferhat Abbas à nous sont déjà nés, déjà préparés, et que leur heure va bientôt sonner.
Publié dans En France
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Mystères du Pacifique                                    
 
L'Europe -a fortiori la France- semble bien peu se préoccuper de ce qui se passe à l'autre bout du monde. En effet la Zone Pacifique apparaît peu dans son actualité. Toutefois, malgré cet a priori,  investisseurs, financiers et entrepreneurs -eux- s'en préoccupent : sans doute là-bas, de l'autre côté du monde, se joue une grande partie de l'avenir de l'Europe.
Pascal Lamy, intervenant en avril 2016 lors d'une séance de travail à L'Institut de France, prophétise "nous assistons à la fin programmée de l'époque westphalienne des Etats souverains, pour une globalisation de nombreux domaines" (1) soulignant que la globalisation "se rapproche", avec ses bienfaits, ses excès et sa "dé-occidentalisation" du monde, dont la diversité donne le tournis.
L'Océan Pacifique, découvert, sillonné, exploré fort tardivement dans l'histoire occidentale, est devenu "une nouvelle Méditerranée"  en raison des progrès des transports et des communications depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale et surtout depuis les relations "immatérielles", prodigieuses accélératrices d'échanges en tous genres. En témoigne le T.P.P. conclu à Auckland en février 2016, au terme de négociations trentenaires, à la fois aboutissement et ébauche d'un projet de refondation du monde.
 
Ce Trans-Pacific Partnership, au-delà des divergences politiques, voire des affrontements, fait du Bassin Pacifique une réalité économique et commerciale, incluant des Etats jusqu'alors négligés des grands flux d'échanges, tels Pérou et Chili en raison de leurs potentiels. Les Etats-Unis sont leaders, dans une stratégie visant à contenir les ambitions de la Chine continentale dans cette zone clef et préserver leur hégémonie économique, et aussi -sans que cela soit clairement exprimé- compenser les défaillances de leur marché intérieur.
Douze partenaires se proposent désormais de lier leurs intérêts : le pourtour Pacifique concerne l'Amérique du Nord (le couple USA/Canada). Les deux latinos avec leur longue façade au sud de l'océan et leurs minéraux rares ont été la proie d'importants investissements chinois, ils doivent donc être surveillés de près. Un groupe de petits nouveaux  rassemblent les pays neufs issus des indépendances d'après la Guerre Mondiale : le Sultanat de Bruneï (son pétrole et son gaz), Singapour (sa puissance portuaire et bancaire), le Vietnam (nouveau bassin de main d'œuvre et de denrées alimentaires), les partenaires traditionnels -la Nouvelle Zélande (prospère "ferme" de l'espace Pacifique et ses savoirs faire), l'Australie, le Japon. Sont exclus les Philippines, l'Indonésie, et le Mexique jugés pour l'instant trop instables et peu fiables. Le Mexique est toutefois membre de l'ALENA nord-américain. La Corée du Sud n'y est pas en raison du problème que présente sa jumelle du Nord mais est liée par de nombreux accords bilatéraux avec les différents membres du T.P.P. La grande muette est la Russie pourtant très présente dans l'extrême nord.
 
Le but est donc la création d'une zone juridique cohérente dans une zone géographique unifiée. Devant les incertitudes que présente la Zone Europe (pourtant principal marché mondial) et les difficultés de négociations pour y créer un accord identique, l'administration Obama a basculé les intérêts commerciaux US vers le Pacifique anticipant ainsi une évolution prévisible. Certes, jumeau du T.P.P., un T.A.P. Trans Atlantic Partnership est envisagé, mais la négociation est rude, pleine de méfiance entre Bruxelles, les différents Etats d'Europe et les interlocuteurs US : l'Europe craint de se faire dévorer un peu plus par le système américain et ses règles ultra libérales faites pour dominer les marchés. Par ailleurs, les Européens sont de "vieux" commerçants et financiers ; ce sont eux qui ont inventé la plupart des règles, et se sont enfermés dans de scrupuleuses barrières juridiques que l'ambitieux sauteur de haies yankee aura bien du mal à éviter. A charge pour lui -c'est l'autre solution de long terme- d'anéantir l'indépendance économique européenne (ou ce qu'il en reste). Donc, pour l'instant, virage à 180 degrés : vers le Pacifique. Toutefois, tout n'y est pas acquis : les puissances économiques, bancaires et financières du Pacifique sont jeunes et ambitieuses. Elles ont appris à se méfier de la surpuissance US tout en utilisant ses potentiels. Dans sa campagne, déjà, Hilary Clinton a annoncé qu'elle "reverrait" les termes du T.P.P. afin que "nul ne puisse porter atteinte aux intérêts américains".
 
Le second aspect des enjeux Pacifique sont stratégiques et politiques, lourds de mystère. En moins de dix années la République de Chine continentale a affiché -outre ses ambitions de conquête des marchés- une grande ambition, pour ne pas dire arrogance, de maitrise de l'espace qui l'environne. Ses alliés affichés sont la Corée du Nord, dont on ne sait pas vraiment -du moins dans la diplomatie officielle- les projets, et la Russie, laquelle, guidée par Vladimir Poutine, grignote lentement mais avec aplomb les parts d'influence que l'effondrement de l'URSS avait anéanti. Malgré les divergences, le rapprochement et les projets communs sont évidents. Chine et Russie ont noué une série d'accords de tous ordres, utilisant la vaste zone tampon de la Mongolie, faisant d'Oulan Bator un prospère atelier diversifié et surtout informatique ; un train à Très Grande Vitesse, aux étapes intermédiaires rationnelles, relie Moscou à Beijin sans obstacles douaniers.  
De l'autre côté, les Etats Unis ont déclenché de grandes manœuvres "défensives", en principe non agressives : un accord tri-latéral USA-Japon-Corée du Sud garantira désormais le Pacifique Nord de tout acte trop ambitieux ; dans ce contexte, le réarmement est en marche : une base navale imposante est en fin de construction près d'Ulsan en Corée du Sud, s'ajoutant aux nombreuses positions US au Japon. Ce dernier va, dans ce contexte de méfiance, sans doute être autorisé à faire évoluer sa Constitution dans le sens d'une re-militarisation, afin de faire face aux éventuelles attaques chinoises au nord de l'archipel et dans la mer intérieure le séparant de la Chine, laquelle à coup d'extravagantes plateformes maritimes ronge progressivement les frontières de souverainetés réciproques, sans aucune négociation. Situation extrêmement dangereuse, virant souvent à l'affrontement direct, génératrice d'interminables conflits d'influence. En refermant les espaces maritimes sous la souveraineté des Etats on s'expose à des conflits de plus en plus nombreux, d'autant que les intérêts sont existentiels : la recherche et l'appropriation de ressources alimentaires et énergétiques.
 
Dans la zone Sud Pacifique les Etats Unis s'appuient sur les nombreux ilots récupérés dans les accords de paix de 1945/46 ainsi que sur les jeunes Etats archipels disséminés, tels Tuvalu, Fidji, Samoa, Vanuatu, Kiribati, etc. en coopération avec le Royaume Uni, la Nouvelle Zélande et l'Australie, laquelle surveille tout ce petit monde avec une bienveillante vigilance. C'est dans ce cadre de sursaut défensif et de réarmement que l'Australie a passé commande de sous-marins nucléaires français, (de préférence aux ateliers japonais), considérés comme l'arme absolue sur le marché de la défense.
 
Le mystère Pacifique le plus étrange est -malgré cette commande mirifique (négociée de longue date)- le silence, la marginalisation de l’État français : pourtant la France est, après les Etats Unis, l’État ayant le plus vaste espace maritime dans l'Océan Pacifique ; depuis les 4 Conventions de 1958 relatives au droit des espaces maritimes, puis l'Accord de Montego Bay de 1982, la tendance à l'appropriation des espaces maritimes par les Etats-nations s'est considérablement étendue, à tel point qu'un espace comme la Méditerranée est maintenant presque totalement appropriée, c'est à dire sans Haute Mer "inappropriable" ouverte à tous, non soumise à la souveraineté des différents riverains. Cela, on le comprend, dans un but d'exploitation économique des ressources et de sûreté.  La largeur de la mer territoriale (souveraineté exclusive de l’État riverain) a été portée à 12 milles marins, puis depuis les années 1980 la protection du plateau continental adjacent a été portée à 200 milles, extensibles en fonction de "la morphologie des fonds marins" et de l'environnement.
La France "administre et surveille" plus de 10 millions de kilomètres carrés dont 4 millions rien que pour la Polynésie (les 4 décrets du 25 septembre 2015) ainsi que 7 000 kilomètres de rivages. Or l'influence française apparaît plus que résiduelle dans un espace devenu très stratégique : son absence dans le Trans Pacifique Partnership  étonne, alors que les archipels sous son autorité souveraine, en plein milieu de l'océan présentent d'indéniables intérêts économiques (escales, entrepôts)) et stratégiques. Certes, il existe bien quelques bases françaises avec des radars et outils de surveillance "sur zone" ; toutefois les moyens permanents de surveillance et d'intervention restent trop limités. De toute façon les services français de renseignement n'appartiennent pas au Groupe anglo-américain (le fameux Big Five) regroupant USA, Canada, Australie, Nouvelle Zélande et Royaume Uni, grand surveillant océanique et satellitaire sous la direction de la NSA. Certes, notre Défense y a quelques "entrées" mais la coopération est loin d'être honnête. Nous en sommes restés au XXème siècle alors que dans l'immense Pacifique se jouera certainement une grande partie des contours du XXIème siècle. Il reste à savoir si la France aura la volonté, et surtout l'autorité et les moyens pour rester acteur dans ce nouveau Grand Jeu (2).
 
Une fois de plus, l'avenir et l'influence de l'Europe se jouent "en dehors d'elle » : dans ce jeu de go, subtil et à l'aspect délibérément embrouillé ; les stratégies sont pourtant significatives. Ne jamais oublier - même dans les plus beaux débats théoriques – que plus de la moitié de la population (jeune) du monde vit dans cet Est lointain, et que près de la moitié de ce que consomment les Européens (des pommes aux voitures, de l'électroménager aux jeux video, des vêtements aux iphones, etc...) provient de ces zones lointaines dépendantes de la Paix Pacifique .
 
(1) Pascal LAMY, ancien directeur général de l'Organisation Mondiale du Commerce, président d'honneur du think thank Notre Europe de l'Institut Jacques Delors, intervenant à l'Institut de France dans le cadre du Groupe de travail Ethique et Economie de l'Académie des Sciences Morales et Politiques (ASMP), présidé par Bertrand Collomb, le 18 avril 2016.
(2) Par ailleurs, la France, en tant qu'autorité souveraine en Polynésie, reste sujette à nombre de revendications et contestations, dont certaines ancrées depuis la période coloniale. On peut y ajouter les désastres économiques et démographiques ainsi que la période des essais nucléaires : l’Église protestante polynésienne (Maohi) a conclu son 132ème synode (août 2016) en prévoyant d'attaquer la France devant la Cour pénale internationale de La Haye pour crimes contre l'humanité en raison des conséquenses des essais nucléaires dans l'archipel. Elle prévoit aussi de déposer plainte auprès de l'ONU.
Publié dans De par le monde
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Quand Hollande pratique l’amalgame
 
Disons-le clairement : il y a désormais un doute… Un doute sur la sincérité des paroles ou des gestes récemment posés par François Hollande vis-à-vis des catholiques de France. Tenus il y a un an, mais révélés il y a quelques jours, ses propos rapportés par Antonin André et Karim Rissouli dans Conversations privées avec le Président (Albin Michel) étiquetant un journaliste et un chef d’entreprise de catholiques "intégristes" parce qu’ils n’apprécient pas que "Canal+ attaque le pape et la religion" laissent songeur. Avis à tous ceux qui assument leurs convictions catholiques : au jeu des sept familles, vous serez désormais l’intégriste ! Qu’on se rassure : Guillaume Zeller et Vincent Bolloré ont certainement dû sourire en découvrant ces propos.
 
Oui, les cathos gênent, et c’est une excellente nouvelle. Tant mieux pour tous ceux qui savent qu’être un paisible disciple du Christ, c’est devenir "le sel de la terre", avec tout ce que cet ingrédient contient d’amertume et d’acidité. Il y a trois ans à Rio le pape François n’avait-il pas demandé aux jeunes "de faire du bruit" ?
Si, pour François Hollande, être un catholique intégriste c’est souffrir quand le pape (qu’il est lui-même allé voir deux fois !) est attaqué, alors, nous sommes tous intégristes ! Plus que méprisants, les propos du Président sont choquants. Il est désormais possible de reprocher à quelqu’un sa religion. Imaginez la polémique si on avait rapporté les mêmes propos au sujet d’un journaliste juif ou d’un chef d’entreprise musulman ! Monsieur Hollande, êtes-vous à ce point habitué à ne pas avoir de chrétiens décomplexés autour de vous ? Non pas intégristes mais intégralement catholiques : dans leur vie privée et dans leur vie publique. Oui, les catholiques assument leurs convictions, pas seulement dans leurs églises ou leurs sacristies, mais aussi au boulot. C’est leur droit, peut-être même leur devoir. Pour être le sel de la terre.
Paru dans Le Figaro Magazine, 26 août 2016
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La France au défi de la question musulmane
 
Oui, l’islam agresse la France. Et il revient d’abord aux musulmans - les démocrates, lucides et effarés - de faire entrer dans le lit de la laïcité une doctrine qui lui est étrangère. La raison critique ne peut soutenir plus longtemps, en effet, que le Coran est un texte tombé du Ciel, sacralisé par une signature divine. Après les tueries de Nice, qui ont ensanglanté, au nom d’Allah, la promenade des Anglais (86 morts, 400 blessés) le soir du 14 juillet, après l’égorgement dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet, du père Jacques Hamel, tentant de repousser ses deux bourreaux aux cris de "va-t’en Satan !", après les carnages précédents à Charlie Hebdo, à l’Hyper Cacher, au Bataclan, dans les cafés parisiens, après toutes les autres terreurs islamistes et avant les prochains massacres, il n’est plus possible de taire la question musulmane. Entendre les capitulards et les sophistes éluder cette confrontation nécessaire en associant les musulmans aux juifs persécutés par Vichy et les nazis témoigne de la confusion des esprits qui s’organise, au seul bénéfice d’une idéologie totalitaire et conquérante.
 
La valse des ego, qui agite la politique avant la présidentielle, rend un peu plus illisible la menace que beaucoup d’"élites" occultent. La tarte à la crème du rétablissement d’un service civique, voire militaire, est servie par ceux qui n’ont rien à dire sur le sujet. L’échappatoire a été empruntée à son tour, dimanche, par Arnaud Montebourg, en quête d’un retour à la "camaraderie". Ce boy-scoutisme est le degré zéro de l’analyse qu’impose l’installation massive en Europe, depuis les années 1970, d’une culture archaïque opposée à l’Occident. La fable de "l’identité heureuse", que conte Alain Juppé, procède d’un mensonge entretenu sur une naturelle compatibilité entre l’islam et la démocratie. Même la Turquie, un temps exemplaire, rejoint le camp des théocraties paranoïaques sous la férule du sultan Erdogan. Quand Nathalie Kosciusko-Morizet, après s’être éventée devant la "régression identitaire", déclare mardi (RTL) vouloir interdire le salafisme "qui n’est pas l’islam mais une dérive", elle ne veut pas voir que cette pratique, souvent violente, applique le Coran à la lettre. Voudrait-elle interdire l’islam ?
 
Ce n’est plus tant l’identité qui doit être mise au centre des débats pour 2017, comme le souhaite à nouveau Nicolas Sarkozy qui a confirmé lundi sa candidature, que l’obligation pour l’islam récalcitrant de faire allégeance aux règles de la nation millénaire. Il n’y a aucune raison de dispenser la minorité musulmane des contraintes qu’ont eu à subir par le passé les chrétiens et les juifs. Ceux-là ont dû se plier, dans la douleur pour les catholiques, aux exigences de la République laïque. Inviter les musulmans à la "discrétion" (Jean-Pierre Chevènement) est la moindre des choses. Elle est pourtant contestée par les islamistes qui réclament toujours plus de visibilité et d’accommodements. Même l’iman de Bordeaux, Tareq Oubrou, présenté comme réformiste, conteste à l’État son droit de demander aux musulmans de se réformer, faisant valoir une laïcité flexible. Dans ce rapport de force, la solidité de la République est à l’épreuve. Sa pente serait de reculer encore. Aux Français réveillés de s’y opposer.
 
Face aux tensions qui se profilent, les musulmans acquis à l’Occident et à ses valeurs doivent se mobiliser et être soutenus. Tout doit être fait pour briser "l’entrisme islamo-trotskiste sournois" que dénonce le philosophe Mezri Hadad (Le Figaro, lundi). Le "fascisme islamiste", ainsi nommé par le germano-égyptien Hamed Abdel-Samad, ancien Frère musulman, est la Bête immonde que bien des "humanistes" et autres "antiracistes" ont renoncé à combattre, par souci d’apaisement et par fascination pour les minorités. Ces néocollaborateurs ne voient pas qu’ils se font à leur tour les soutiens d’une idéologie qui partage avec le nazisme, outre l’antisémitisme, le même culte du peuple supérieur, du chef, de la force, de la terreur. C’est pourquoi les hommes et les femmes acquis au libre arbitre ont à convaincre que le Coran, comme la Bible, est un texte écrit par l’homme et non par Dieu, et qu’il est donc réformable. L’écrivain Tahar Ben Jelloun demande aux siens (Le Monde, 30 juillet) "de renoncer à tous les signes provoquants d’appartenance à la religion de Mahomet", à moins de "faire nos valises". C’est en ces termes que le débat se pose.

Paru dans Le Figaro, 26 août 2016
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Peut-on réformer l’islam sans toucher à ses fondements ?
 

Le philosophe avance les conditions d’une réforme de l’islam de France qui soit compatible avec la République.
 
Si la République providence offre aux musulmans son école, ses soins médicaux et d’autres avantages sociaux, Allah leur assure la vie après la mort et par-delà la mort, un Éden charnel, ésotérique et même érotique. Entre ce que donne la République ici-bas et ce que promet Allah dans l’au-delà, le combat est donc inégal.
On demande aux musulmans de France de défendre leur patrie, mais la majorité des Français la défende-t-elle suffisamment ? Jusqu’aux derniers attentats, l’hymne national n’avait pas droit de cité dans les écoles, encore moins dans les banlieues autarciques de la République. Dans les écoles précisément, Voltaire doit manger halal pour que sa philosophie soit digeste pour certains. Alors que la Nation était une âme pour Renan, elle est devenue une nationalité, un passeport convoité pour ce qu’il procure et non pour ce qu’il incarne.
 
Faute d’assimiler les musulmans de France, on a fini par intégrer à la République un islamisme exogène, incompatible avec aussi bien les valeurs laïques de l’État que les fondements humanistes de la civilisation occidentale. En trente ans d’entrisme islamo-trotskiste et de prosélytisme sournois, l’islam est aujourd’hui sous le contrôle de l’UOIF, qui est une ramification des Frères musulmans, qui sont placés sous la chefferie de Youssef Qaradaoui, dont le discours ne laisse aucun doute quant à ses ambitions : "Avec vos lois démocratiques nous vous coloniserons. Avec nos lois coraniques nous vous dominerons." Est-ce avec les ouailles de cet intégriste qu’on va réformer l’islam ?
 
Réformer l’islam, cela fait des années que de belles âmes occidentales y appellent et que des intellectuels musulmans s’y attellent. Traumatisés par les dernières abominations terroristes, des responsables politiques de gauche comme de droite, jusqu’alors laxistes et islamophiles, ont signifié aux représentants de l’islam de France l’impératif catégorique de procéder d’urgence à la réforme de leur religion. Et aux zélotes de l’islamisme de répondre favorablement à cet appel républicain, subitement conforme aux préceptes coraniques !
Mais qu’entendent-ils au juste par réforme urgente, et d’abord peut-on réformer dans l’urgence une doctrine vieille de quatorze siècles ? Peut-on séculariser un islam communautariste, qui a mis trente ans avant de s’imposer aux musulmans de France, voire à toute une société fragilisée par trois siècles de pernicieuse déchristianisation et submergée par un néopaganisme et un hédonisme effréné ?
On peut réformer dans l’urgence le Code du travail, ou celui de la famille, ou encore la législation sur la protection d’une espèce rare de crapauds, mais il est difficile de procéder de la sorte lorsqu’il s’agit de toucher à une croyance nécrosée et névrosée, qui a été réfractaire à toutes les expériences de sécularisation.
 
De la Nahda (renaissance), initiée au XIXe siècle par des philosophes musulmans éblouis par les Lumières françaises, jusqu’aux réformes les plus audacieuses d’un Atatürk ou d’un Bourguiba, toutes les tentatives d’adaptation de l’islam à la Modernité ont lamentablement échoué, y compris en Turquie et en Tunisie où les Frères musulmans sont au pouvoir.
Afin que la réforme de l’islam ne soit pas un slogan ou un vœu pieux, il va falloir nommer l’innommable et dire l’indicible : ils ont fait d’Allah un Moloch, de Mohammed un sanguinaire, du Coran un manuel politique, de la charia un tract djihadiste, et de l’islam une nationalité plutôt qu’une communauté de foi. Déjà au début du siècle dernier, l’égyptien Ali Abderrazek poussait ce cri de détresse : "Oh Prophète de l’islam, ils ont fait de toi un roi car c’est la seule divinité qu’ils respectent !"
 
Pour en assurer l’impact psychologique et en garantir les effets sociologiques, culturels, politiques et sécuritaires, la réforme en question doit d’abord considérer que l’islam est une religion qui s’inscrit dans la continuité du monothéisme judéo-chrétien, et que sa déviance, l’islamisme, est une religion séculière qui s’inscrit dans la continuité totalitaire du nazisme et du communisme. Cette distinction n’est pas un écho au stupide "pas d’amalgame", car il existe bel et bien un lien de causalité entre islam, islamisme et terrorisme ; mais elle répond à une vérité historique indéniable.
Si on la veut profonde et pérenne, cette réforme de l’islam, que seules les autorités intellectuelles et spirituelles musulmanes peuvent entreprendre, doit répondre aux impératifs suivants :
. L’immanence du corpus coranique. En d’autres termes, déclarer le Coran - à l’instar de nos illustres Mutazilites - Texte crée par l’esprit de l’homme et non guère dicté par Dieu.
. La contextualisation des versets coraniques problématiques. Autrement dit, juger caduques les exégèses traditionnelles et adopter l’herméneutique, qui consiste précisément à expliquer le Texte par le contexte.
. La désacralisation intégrale de la Sunna et de la charia qui lui est consubstantielle. C’est-à-dire déclarer nulle et non avenue toute cette littérature théologico-normative qui remonte au IIe siècle de l’islam et qui est par conséquent totalement incompatible avec la Modernité.
. La disjonction du théologique et du politique, qui n’est pas seulement une exigence de la modernité mais aussi une tendance intrinsèquement coranique, nonobstant tous les stéréotypes essentialistes que l’on entend depuis des années si ce n’est des siècles sur le prétendu lien indissociable du temporel et du spirituel dans la religion "mahométane", à l’inverse du christianisme qui serait ontologiquement laïque en raison du "Rendez à César"… La révision de fond en comble du sempiternel dialogue des religions qu’on a fondé sur la fraternité abrahamique et sur la Tolérance, et dont on mesure les conséquences miraculeuses aujourd’hui, aussi bien en Orient d’où les chrétiens sont expulsés ou massacrés, qu’en Occident, où les musulmans affluent de partout alors qu’ils sont de moins en moins tolérés. Désormais, c’est sur la connaissance plutôt que sur la tolérance qu’il faudrait asseoir le dialogue des religions. La connaissance de l’autre (le juif et le chrétien) dans ce que l’autre pense de lui-même, c’est-à-dire dans ses propres Textes fondateurs.
 
Telles sont les conditions d’une réforme globale et stratégique de l’islam de France, si on le veut compatible avec la République et au diapason de la Modernité. Quant à la réorganisation des musulmans en France, elle est désormais du ressort de Jean-Pierre Chevènement qui, pour en avoir été l’un des précurseurs, connaît bien le dossier… ses écueils et ses aléas !

Paru dans Le Figaro, 22 août 2016
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Les purges en Turquie et ailleurs
 
Le dimanche 21 août, Le Monde consacrait toute sa page 2 aux purges en Turquie à la suite du coup d’Etat manqué du 15 juillet dernier. "40 000 personnes détenues… 5 200 ont été suspendues, encore en garde à vue… Fermeture de 4 000 fondations, hôpitaux… 5 000 fonctionnaires radiés… 80 000 autres ont été suspendus etc.".
Il me semble évident que lorsqu’on rate un coup d’Etat, le risque est grand de se retrouver dans les fossés de quelque fort face à un peloton d’exécution à la suite de procès rondement menés.
Apparemment, les journalistes du Monde ont oublié ce qui s’est passé chez nous après le putsch du 21 avril 1961 : même sans vous accabler de chiffres, rappelons qu’il y eut une purge surtout dans les armées, une justice expéditive, des exécutions sommaires et une chasse aux adversaires réfugiés à l’étranger…

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Une jeune fille de 600 ans Jeanne d’arc

L’ermitage de Notre-Dame de Bermont, près de Domrémy, accueille depuis trois ans une nouvelle statue de la Pucelle d’Orléans, signée du sculpteur russe Boris Lejeune.
 
C'est encore tout frais : il y a trois ans, en 2013, la Jeanne d’Arc en bronze du sculpteur russe Boris Lejeune a pris place dans le jardin de l’ermitage de Notre-Dame de Bermont, à trois kilomètres de Domrémy-la-Pucelle (Vosges). La petite Lorraine venait prier presque chaque semaine en ce lieu, qui se trouve sur la route de Vaucouleurs, première étape de l’extraordinaire périple qu’elle allait accomplir en deux ans de Chinon à Reims, d’Orléans à Rouen, de la victoire au martyre.
La statue s’intitule La Vocation de Jeanne. L’artiste l’a saisie dans cet élan originel, quand elle répond à l’appel intérieur des voix de saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite, qui la met en route : "Va, fille de Dieu." Elle accourt, posée sur la terre, ouverte vers le ciel, à la fois déterminée et gracieuse. Elle n’a pas encore le cheval que lui donnera le seigneur de Baudricourt avec une escorte pour aller trouver le dauphin de France. Mais elle brandit déjà l’étendard aux noms de Jésus et de Marie, cet étendard emblème de sa mission, qu’elle aimait, a-t-elle dit, "quarante fois plus" que l’épée qu’elle porte sur le côté mêlée aux plis de sa tunique. Son ardeur juvénile évoque bien l’enfant dont parle Péguy, à "l’âme récente" et à "la cotte neuve", s’en allant, innocente, "vers le plus grand des sorts".
 
"Lorsqu’on m’a proposé de créer un monument à Jeanne d’Arc pour Bermont en Lorraine, raconte Boris Lejeune, la première image qui m’est venue à l’esprit, c’est de sculpter Jeanne sur le bûcher, mourant en martyre. Mais bientôt le doute m’a saisi : est-ce là l’image de cette grande héroïne et de cette grande sainte qu’il nous faut aujourd’hui, à notre époque amorphe qui renonce tendancieusement à elle-même et à sa propre histoire ? Je me suis dit que, pour aujourd’hui, il faut une Jeanne d’Arc qui gagne, plutôt qu’une victime de trahison."
Il travaillait alors à une statue de Marie-Madeleine, inspirée par une icône byzantine qui la montrait "dans un mouvement impétueux", toute tendue vers le Christ crucifié, comme si elle avait voulu se fondre en lui. Et "de manière inattendue", un soir où il réfléchissait à l’image de Jeanne d’Arc, elle lui est apparue dans ce même mouvement. Il y a vu plus tard un lien théologique : "Pour l’une comme pour l’autre, le Christ est le centre et la source d’amour, le vecteur moral et éthique."
 
Fraîcheur et fougue 
Jeanne d’Arc est une des figures les plus représentées dans la statuaire française. Paris compte cinq grands monuments à son effigie, commandes d’État prestigieuses. Elle seule a autant de statues équestres, normalement réservées aux rois. On la rencontre sur les places publiques aussi bien que dans les plus modestes églises de village, où la dévotion populaire a installé d’innombrables Jeanne d’argile ou de plâtre. Héroïne historique, elle symbolise l’amour de la patrie et la flamme de la résistance qui triomphe des plus sombres défaites. Sainte et martyre, elle incarne la foi indéfectible qui mène des royaumes terrestres au Royaume de Dieu. Cette alliance unique, en une simple "fille de France", de la vision politique, de l’efficacité militaire, de l’engagement personnel audacieux au service d’une cause et de l’affirmation chrétienne, tranquillement inébranlable, fait que Jeanne d’Arc a traversé les âges et les régimes en parlant à tous. Mais, alors qu’elle avait connu un regain de ferveur lors de la Grande Guerre, on ne lui avait plus érigé de statue depuis la seconde moitié du XXe siècle.
 
C’est en 2012, à l’occasion du sixième centenaire de la naissance de la Pucelle, que cette nouvelle aventure artistique a pris corps, à l’initiative de l’abbé Guillaume de Tanoüarn. "J’aime célébrer les anniversaires, dit-il, et je souhaitais créer un événement autour de Jeanne." En lien avec l’association de Notre-Dame de Bermont, qui restaure l’ermitage depuis une vingtaine d’années, une souscription a été lancée. Elle s’est révélée insuffisante pour couvrir les frais de cette statue de bronze de 2,90 m, et l’artiste a dû pour une bonne part assurer le financement lui-même. Mais si ce déficit a causé un froid entre les parties, l’œuvre a cependant été inaugurée avec enthousiasme en 2013, en présence de nombreux souscripteurs. Et l’accord se fait sur sa beauté et le sens profond qu’elle porte pour aujourd’hui.
Cette jeune fille de 600 ans n’a rien perdu de la fraîcheur et de la fougue de ses 17 ans. "Alors que les statues de Jeanne d’Arc sont dans l’ensemble assez convenues, celle de Boris Lejeune n’a rien d’académique, commente Guillaume de Tanoüarn. C’est une manière nouvelle et simple de montrer une Jeanne très contemporaine, qui s’engage et nous appelle à l’engagement. Enfant d’un pays vaincu, elle se lève. Elle symbolise l’espoir, et la confiance ardente en son propre destin. Il faut découvrir ce pour quoi l’on est fait et croire qu’on a à apporter quelque chose d’unique, comme l’a dit le Pape. Notre temps est féru d’accomplissement personnel : Jeanne nous montre qu’on ne se trouve qu’en s’oubliant, en se dépassant, en prenant des risques, en se mettant en jeu, ce qui est le contraire de l’auto-idôlatrie."
 
Les pieds de la réalité 
Le site bucolique de Notre-Dame de Bermont, resté intact depuis l’époque, abrite désormais la plus ancienne représentation de Jeanne, fresque d’un peintre qui l’a connue, et la plus récente, cette sculpture inspirée qui connaît un vif succès. "On vient prier devant elle, dit son auteur, et pour moi, cette dimension spirituelle est le signe que j’ai réussi quelque chose. Je me suis inscrit dans la ligne de la statuaire gothique, qui est un équivalent occidental de l’icône."
Né à Kiev en 1947, descendant d’un soldat de Napoléon qui a fait souche en Russie, Boris Lejeune, qui est aussi poète, peintre et philosophe, s’est formé à la sculpture à Leningrad et s’est fait connaître en URSS avant d’émigrer en France en 1980, où il s’est marié. Installé à Provins, il se sent inspiré par la beauté de la Champagne, et il ouvre son art à un domaine nouveau en devenant le premier sculpteur de paysages en bronze. On peut admirer cinq de ses œuvres dans les jardins du boulevard Pereire, à Paris. Mais il a aussi travaillé pour de nombreuses villes, en France et au Luxembourg, et il est fier comme un enfant de la Bourgogne d’avoir célébré la Romanée-Conti en créant le merveilleux Ange au pied de vigne, en 2010.
 
Comme Jeanne, il a les pieds dans la réalité incarnée et l’âme ouverte au monde invisible de la spiritualité pure, "le royaume du divin avec ses saints, ses anges, ses prophètes". Dans son esprit, Jeanne d’Arc voisine avec le Pouchkine du célèbre poème Le Prophète. Et ce n’est pas un hasard, sans doute, si l’aventure va se poursuivre en Russie : Boris Lejeune a sculpté une nouvelle version de La Vocation de Jeanne, qui doit être installée à Saint-Pétersbourg au printemps prochain.
      

Paru dans Le Figaro, 6 août 2016
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Milosevic innocent
 
On se souvient que Slobodan Milosevic, ancien président de la Yougoslavie, a comparu devant le Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie (TPIY) pour des crimes de guerre dont il aurait été responsable en Bosnie. Très opportunément pour l'accusation, Milosevic est mort dans sa cellule en mars 2006.
Or finalement TPIY a conclu que Milosevic était innocent des crimes dont il était accusé.
Normalement cette conclusion aurait du être diffusée par las médias, il n’en a rien été, personne n’en a parlé et le TPIY lui-même a bien pris soin de l’enfouir aussi profondément que possible dans son verdict de 2 590 pages du procès du leader serbe bosniaque Radovan Karadzic, condamné en mars dernier pour génocide crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Sans le journaliste et chercheur
Andy Wilcoxon qui l'a déterrée on n'en aurait rien su.
 
Les choses étaient différentes quand le procès du prétendu "Boucher des Balkans" a débuté en février 2002, tout le monde en fut averti. CNN assurait alors la couverture de ce qu’il décrivait comme "le procès le plus important depuis Nuremberg". Bien entendu, la culpabilité de Milosevic allait de soi.
Il faut se rappeler que, à l’origine, les charges contre Milosevic, quant à de prétendus crimes de guerre au Kosovo, ont été formulées en mai 1999, au plus fort de la campagne de bombardements massifs de l'OTAN sur la Yougoslavie, et à un moment où la guerre ne se déroulait pas comme prévu par les États-Unis et leurs alliés.
L’ennui pour l’OTAN est qu’au moment où le procès de Milosevic allait commencer, les accusations des USA et de leurs alliés à propos de génocide et de centaines de milliers de tués s'étaient déjà révélées des mensonges. En septembre 2001, une cour de justice de l'ONU allait établir qu'il n'y avait pas eu de génocide au Kosovo.
 
Non seulement Milosevic n'a rien eu à voir avec le nettoyage ethnique de Bosnie, mais il l'a au contraire condamné. Le jugement du TPIY note "les critiques et la désapprobation répétées [de Milosevic] de la politique suivie par l'accusé (Karadzic) et les dirigeants serbes de Bosnie." Et pourtant il fut comparé à Hitler quand il eut la témérité  de se défendre devant le tribunal : le rédacteur politique du News of the World  écrivit : "On aurait dit Hitler revenu se pavaner ". Rien moins.
Cette affaire est à rapprocher des accusations bidon par lesquelles Bush justifiait la guerre qu’il voulait mener en Irak pour se débarrasser de Saddam ou celles formulées en Libye contre Kadhafi.
En 1999, c’était Milosevic, aujourd’hui, c’est Assad ou Poutine, rien ne change.

Source Thucydide (Agora-Vox) – envoyé par l'auteur, 19 août 2016
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Erdogan, Poutine et la Syrie

Renaud Girard est géopoliticien, grand reporter et correspondant de guerre. Chroniqueur international du Figaro, journal pour lequel il a couvert les principaux conflits de la planète depuis 1984, il est également professeur de Stratégie à Sciences Po Paris. Il a notamment publié Retour à Peshawar (éd. Grasset, 2010) et dernièrement Le Monde en guerre (éd. Montparnasse, 2016).
 
Entretien conduit par Alexis Feertchak
FIGAROVOX. - Cette semaine a été marquée par le rapprochement entre Vladimir Poutine et Recep Erdogan à Saint-Pétersbourg. Mettriez-vous ces deux "régimes autoritaires" sur le même plan ou diriez-vous que la synthèse entre nationalisme et islamisme réalisée par Erdogan est une menace spécifique?
Non, je ne mettrai pas ces deux régimes sur le même plan. Erdogan est un Frère musulman, il a pour ambition de balayer ce qui reste de cette Turquie laïque et pro-occidentale héritée d'Atatürk, afin de faire de son pays une authentique république islamique. Vladimir Poutine est au Kremlin comme un tsar des plus classiques. Il n'a pas envie de bouleverser la Russie de Gorbatchev ou d'Eltsine, mais souhaite simplement lui redonner sa grandeur. Il n'a pas envie de changer la société russe de la même manière qu'Erdogan veut bouleverser la société turque.
Pour les Européens, Erdogan est une menace spécifique parce que, contrairement à Mustapha Kemal, il n'a ni admiration ni affection pour la culture occidentale. Nous l'avons vu lorsqu'il s'est déplacé à Strasbourg le 4 octobre 2015. Alors qu'il s'exprimait devant les Turcs d'Europe, les femmes et les hommes avaient été séparés dans le grand amphithéâtre. C'était clairement une volonté de marquer sa différence tant à l'égard du kémalisme que du pays hôte qui l'accueillait. Erdogan n'a pas de considération pour ce qui fait l'Europe, c'est-à-dire ses racines chrétiennes et l'influence des Lumières. C'est cela qui fait l'Europe. En revanche, Vladimir Poutine, qui dirige certes un régime autoritaire, partage avec Catherine II cette admiration de la culture occidentale et nous reproche d'ailleurs de la perdre.
Il y a une deuxième différence de taille. Par le passé, Vladimir Poutine n'a pas aidé des mouvements politiques qui ont tué les Français. Même s'il le regrette probablement aujourd'hui, Erdogan a soutenu l'Etat islamique par le passé.
 
Peut-on parler d'alliance de circonstances entre Moscou et Ankara ou celle-ci peut-elle devenir un partenariat stratégique et durable ?
Comme indiqué dans le communiqué qui a été rendu public après la conférence de presse commune que les deux présidents ont tenue, il s'agit de remettre les relations russo-turques au niveau où elles étaient avant l'incident de l'avion russe abattu en novembre 2015. Ni plus, ni moins. C'est un rapprochement qui s'est fait à la demande d'Erdogan. Le président turc a compris qu'il n'arriverait pas à devenir le sultan néo-ottoman qu'il a rêvé de devenir à la faveur des Printemps arabes, mal guidé qu'il était par le ministre des Affaires étrangères puis Premier ministre Ahmet Davutoglu. Aujourd'hui, Erdogan s'est séparé de Davutoglu, qui avait fait preuve d'une extrême arrogance et de peu de bon sens. Recep Erdogan est un peu comme Staline par rapport à Trotski, Trotski étant le Calife Ibrahim régnant sur l'Etat islamique de Raqqa et Mossoul. Staline a préféré faire le communisme en un seul pays, aujourd'hui Recep Erdogan préfère faire l'islamisme dans un seul pays. Il a compris qu'il n'avait pas d'autre option. De manière réaliste et pragmatique, il a décidé avec son nouveau Premier ministre de se réconcilier avec les deux pays dont l'armée et les services secrets sont les plus efficaces au Moyen-Orient, les Russes et les Israéliens.Ca ne fait pas de lui un amoureux transi des sionistes, mais il suit la ligne de conduite du communisme dans un seul pays. Souvenons-nous de la chaleur des relations qui ont pu exister à un moment entre Staline et Roosevelt.

Erdogan a par ailleurs une obsession, une sorte de chiffon rouge. C'est son ancien ami Fethullah Gülen. Cette obsession le conduit à un changement radical de la politique étrangère turque, dans un mouvement d'éloignement vis-à-vis des Etats-Unis d'Amérique. Erdogan montre qu'il ne connaît pas très bien l'Occident. Croire que la justice américaine va accepter d'extrader Fethullah Gülen est d'une naïveté incroyable. Comme il s'éloigne des Etats-Unis, Recep Erdogan a compris qu'il partageait avec Vladimir Poutine un adversaire commun, les Etats-Unis. Les Etats-Unis du Parti démocrate - ce serait très différent avec Donald Trump - n'aiment pas les Etats autoritaires et prêchent les droits de l'homme urbi et orbi. Erdogan et Poutine partagent une hostilité commune à l'Amérique.
Par ailleurs, ils sont aussi quasiment voisins de sorte que l'économie joue un très grand rôle. Du côté turc, il y a la volonté de permettre aux entrepreneurs de continuer leur travail en Russie, qui était considérable avant la crise, et la volonté de retrouver le tourisme russe qui était également très important. Du côté russe, en plus des projets de centrales nucléaires, il y a bien sûr le projet de gazoduc nommé Turkish Stream. Par lui, Vladimir Poutine souhaite doubler le gazoduc Northstream qui passe en mer du Nord pour ainsi disposer de deux gazoducs qui abreuvent l'Europe, l'un au Nord, l'autre au Sud.
Pour répondre à votre question, je crois qu'il s'agit dès lors davantage d'une alliance de circonstance fondée sur des intérêts convergents. Ce n'est pas une alliance stratégique durable car ils ne partagent pas une culture commune. L'histoire entre l'Empire russe et l'Empire ottoman est d'ailleurs émaillée de dizaines de guerres frontalières.
 
La crise de 2015 entre Moscou et Ankara s'est cristallisée autour de la question syrienne. Avant sa rencontre avec Poutine, Erdogan a déclaré : "la Russie est un acteur clef, très important pour l'instauration de la paix en Syrie". La Turquie a-t-elle abandonné son rêve de destruction du régime de Bachar al-Assad en Syrie ?
Il y a eu une déclaration très importante du Premier ministre turc qui a expliqué qu'il fallait songer un jour à normaliser les relations entre la Turquie et la Syrie. Et la Syrie est clairement, et pour longtemps encore, gouvernée par Bachar al-Assad… Erdogan a abandonné son rêve de briser le régime de Bachar al-Assad, son rêve de se présenter comme le sauveur du monde sunnite contre le "tyran alaouite", lequel était pourtant naguère son ami. Lors de la rencontre Saint-Pétersbourg, il y a eu deux moments. Le premier a duré deux heures en tête à tête entre Erdogan et Poutine. Le second, de même durée, a eu lieu avec les principaux ministres concernés. Je pense que, dans l'entretien en tête à tête, les deux présidents ont parlé de la Syrie. Le communiqué final n'en fait pas état. Les Russes avaient seulement constaté avant la réunion qu'ils avaient avec Ankara des vues tout à fait divergentes sur la Syrie. On ne peut faire dès lors que des supputations puisqu'il n'y a pas eu de communiqué commun sur ce point.
 
Que supposez-vous de ce possible échange sur la Syrie entre Erdogan et Poutine ?
Ce ne sont que des conjectures. Erdogan a dû accepter que la "Syrie utile" restât comme elle est. Cette Syrie utile comprend notamment la base navale russe de Tartous et la base aérienne russe de Lattaquié. En contrepartie, j'imagine que le président turc a dû plaider pour l'établissement d'un Sunnistan en Syrie voire en Irak. En effet, ni Moscou, ni Ankara ne sont follement attachés à l'intégrité territoriale de l'Irak.
La discussion est-elle allée plus en détail ? Je ne le crois pas. On peut penser aussi qu'ils se sont mis d'accord sur une Syrie qui resterait officiellement unitaire, mais dans les faits, la Russie préférerait sans doute que des lignes de cessez-le-feu soient établies sur le terrain. Vladimir Poutine ne veut certainement pas se lancer dans une opération de reconquête de l'ensemble du territoire de la Syrie. La Syrie utile lui est stratégiquement suffisante. Il ne s'agit donc pas de faire le Sunnistan immédiatement, mais de laisser de facto les Sunnites tranquillement à l'Est et au Sud de la Syrie, ce qui pourrait arriver ensuite dans le triangle sunnite en Irak. C'est une concession qui ressemblerait à celle qu'Erdogan a été capable de faire sur Israël. La Turquie ne renonce pas à aider ses amis Frères musulmans du Hamas à Gaza, mais l'aide humanitaire n'est pas directe, elle passe par les ports israéliens. C'est ainsi que, début juillet, un cargo d'aide humanitaire turc à destination de Gaza est arrivé dans le port d'Ashdod, au Sud d'Israël.
 
Ce tournant réaliste qui semble être pris sur le dossier syrien, même chez un Recep Erdogan qui fut le pire ennemi de Bachar al-Assad depuis 2011, est très loin des positions que la France exprime depuis le début du conflit. Jean-Marc Ayrault semble en retrait. Où est la France dans ce nouvel espace politique au Levant ?
La France, par son incompréhension de ce qui se passait en Syrie est complètement hors-jeu. Les leaders français ont cru, gauche et droite confondues, que Bachar al-Assad n'en avait que pour quelques semaines en 2011. La stratégie de la France sur le dossier syrien depuis 2011 a été un mélange d'ignorance historique, de manichéisme politique et de wishful thinking diplomatique. Personne ne s'intéresse plus au point de vue de Paris concernant le dossier syrien, alors même que la France est l'ancienne puissance mandataire. Il ne fallait pas sortir de notre neutralité. Il fallait conserver des relations diplomatiques avec Damas. La diplomatie, cela sert à parler avec les gens qui ne sont pas vos amis. Nous avons beaucoup surestimé l'importance d'une opposition modérée à l'occidentale en Syrie. En fait, l'opposition la plus virulente et la mieux enracinée dans le pays, a toujours été islamiste. Les Français sont allés très loin dans leur folie : ils ont livré, sur ordre du président Hollande, des armes à la pseudo-Armée syrienne libre (ASL), soit disant modérée (car elle ne se prive pas de commettre elle aussi des exactions). Devant des caméras, l'ASL a récemment sacrifié un gosse palestinien de onze ans qui avait commis je ne sais quelle faute. L'ASL a eu des armes grâce à la France, armes qui se sont immédiatement retrouvées soit saisies par les unités islamistes, soit simplement vendues.
 
Comment a-t-on pu commettre une telle erreur ?
C'est une erreur d'appréciation grave du président Hollande et de son ministre Fabius. L'erreur fondamentale a été de faire du wishful thinking. En diplomatie, il faut prendre les réalités telles qu'elles sont. Fabius souhaitait voir en Syrie un méchant - Bachar el-Assad - qui massacrait des gentils, ces rebelles qui ne demandaient qu'à appliquer les droits de l'homme en Syrie. Un méchant contre des gentils, cela fait un dossier diplomatique facile à traiter ! La réalité était tout autre et il faut le dire. Si l'Armée russe n'était pas intervenue au début de l'automne 2015, Damas serait probablement tombée aux mains des islamistes. Ils auraient alors commis un immédiat génocide des alaouites et des druzes, et, dans le meilleur des cas, les Chrétiens auraient été chassés vers le Liban. Quant aux églises de Damas, elles auraient brulé puisque, même sous la protection de nos troupes au Kosovo, il y a eu plus d'une centaine d'églises détruites. Ce sont les réalités. Hollande et Fabius ont préféré le schéma intellectuel qu'ils avaient construit. L'opposition démocratique était certes très forte sur les plateaux de télévision à Paris, mais elle ne représentait que peu de chose sur le terrain !
Ces erreurs se répètent. Quand nous avons aidé les rebelles anti-Kadhafi en parachutant des armes au printemps 2011 au Djebel Nefoussa au Nord-Ouest de la Libye, un nombre significatif de ces armes ont été retrouvées ensuite aux mains de Boko Haram ! Mais aujourd'hui, l'échelle des détournements d'armes en Syrie est bien plus importante.
 
Nous avons donc perdu en Syrie ?
Nous avons perdu parce que notre diagnostic de départ ne correspondait pas aux réalités internationales. Mais il y a pis. Nous avons été ridiculisés ! Quand, à l'été 2013, François Hollande a annoncé qu'il fallait bombarder Damas et renverser Bachar al-Assad parce que celui-ci avait utilisé des armes chimiques, le président de la République a émis un jugement moral qui engageait la France. Quand nos amis anglais et américains ont fait marche arrière, la France a reculé elle aussi, comme si l'obligation morale de bombarder Damas était tombée de ce seul fait. Alors, de deux choses l'une, soit la France est tellement faible militairement qu'elle n'a pas les moyens de bombarder seule la Syrie - ce qui est assez grave -, soit la position de la France n'est pas indépendante. La réalité est que nous adoptons volontairement la position de caniche des Américains. Sur l'usage des armes chimiques, il y a ensuite eu un accord Lavrov-Kerry à Genève, auquel nous n'avons même pas été invités ! Cet accord a été appliqué avec succès. Les Russes ont forcé l'Armée syrienne à rendre ses armes chimiques, que les Américains ont ensuite détruites. Cet accord est le résultat d'une volonté russo-américaine de régler un problème concret. Le danger pour nous, ce n'était évidemment pas que Bachar utilisât ces armes contre nous, mais que ces armes chimiques tombassent dans les mains des islamistes et qu'elles se retrouvassent un peu plus tard dans le métro de Paris, de Londres ou de New York.

Nous avons été ridiculisés une seconde fois dans le dossier syrien quand nous avons commencé à avoir des problèmes sérieux avec nos terroristes islamistes sur notre territoire national. Nos services secrets sont allés à Damas demander des renseignements aux services syriens qu'ils connaissaient bien. Il y avait toujours eu une très forte coopération policière entre la France et la Syrie. Les Syriens nous ont alors demandé de rouvrir d'abord notre ambassade ! En coupant nos relations diplomatiques avec Damas en mars 2012, nous avons laissé entièrement la Syrie dans les mains des Iraniens et des Russes, une Syrie pour laquelle nous avions déjà diplomatiquement beaucoup investi. Peut-être trop d'ailleurs, mais c'était un fait, puisque nous l'avions invitée au défilé du 14 juillet 2008. Il faut qu'il y ait une constance minimum de la politique étrangère française. Sans constance, aucune politique étrangère ne peut être prise au sérieux dans le monde. Notre diplomatie s'est fourvoyée pour n'avoir pas su désigner à temps quel était notre ennemi principal. Notre ennemi principal, celui qui tue des Français, c'est l'Etat islamique. Bachar al-Assad est tout sauf un ange, mais ce n'est pas l'ennemi de la France!
 
Dans ce dossier, parmi les acteurs non-régionaux, il reste donc les Américains et les Russes? Les Américains sont-ils lassés du conflit en Syrie ?
Les Anglais ne comptent pas, ils n'ont plus de politique moyen-orientale, tellement ils ont été traumatisés par leur expérience irakienne de 2003. Il reste donc les Américains et les Russes, qui aujourd'hui travaillent parfois ensemble, avec les Kurdes syriens du PYD notamment, qui sont les Kurdes qui combattent l'Etat islamique au sol avec le plus d'efficacité.
Washington ne soutient plus le front Al-Nosra, c'est-à-dire Al-Qaïda (même si par manipulation et pour enrayer la coopération russo-américaine, Al-Nosra a été renommé et s'est faussement détaché de son mentor terroriste). Les Américains savent qu'ils sont allés trop loin en soutenant les islamistes et savent pertinemment qu'ils ont perdu militairement cette carte. Ils commencent à changer à propos de Bachar el-Assad : ils acceptent que celui-ci demeure à la tête de l'Etat syrien à court terme, même s'ils refusent d'envisager qu'il reste encore longtemps au pouvoir. Ils sont ainsi beaucoup moins intransigeants que les Français. L'Amérique au Moyen-Orient est un chien loup redoutable, mais qui a cessé d'aboyer. La France est un roquet, qui ne fait peur à personne quand il aboie. Et quand il aboie beaucoup, il est un peu ridicule.
Les Américains acceptent que les Russes aient pris une position supérieure à la leur dans le Levant. Depuis plusieurs années déjà, Barack Obama a adopté la stratégie de rule from behind (gouverner depuis l'arrière). Les Russes gouvernent en allant sur le terrain en Syrie ! Avec le rule from behind américain, les potentats sunnites de la région ont moins confiance en Washington, alors que les Saoudiens respectent Poutine, même s'ils ne partagent pas les mêmes intérêts dans la région. Les Américains n'ont pas changé l'équilibre stratégique au Moyen-Orient. A l'inverse, les Russes ont clairement changé la donne stratégique en sauvant le régime de Bachar el-Assad. Les Français, quant à eux, ont hélas disparu de ce théâtre international.
Paru sur Figarovox, 13 août 2016
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