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Aux racines de la violence "gratuite"
 
Le docteur Maurice BERGER, psychiatre, est l’un des trop rares spécialistes français de la violence pathologique, et plus particulièrement de celle qui se manifeste chez des enfants, des adolescents et des jeunes. Il étudie "les processus à l’origine de la violence pathologique extrême", pour reprendre une expression qu’il a employée comme titre d’un chapitre de son ouvrage Voulons-nous des enfants barbares (Dunod, 2013). Il observe et analyse les échecs des institutions ayant à traiter ce problème dramatique, que ce soit la justice ou l’Aide sociale à l’enfance, institution dont il a depuis longtemps repéré et expliqué les insuffisances, pour ne pas dire le manque dramatique d’efficacité, dans deux ouvrages : L’échec de la protection de l’enfance (Dunod, 2004), et Ces enfants qu’on sacrifie … au nom de la protection de l’enfance (Dunod, 2014). Il veut contribuer à "prévenir et traiter la violence extrême" - sous-titre de Voulons-nous des enfants barbares ? (Dunod, 2013), et pour cela il analyse par exemple comment s’effectue le passage De l’incivilité au terrorisme, titre de l’ouvrage qu’il a publié chez Dunod en 2016.
 
Cette année, Maurice BERGER continue son travail salvifique, et qui le serait plus encore s’il était davantage écouté, en publiant Sur la violence gratuite en France (L’Artilleur, octobre 2019). Cet ouvrage, comme ceux qui le précèdent, devrait être lu par tous ceux qui ont en charge de lutter contre la montée de la violence dans notre pays, mais aussi par tous les citoyens soucieux de comprendre le monde où nous vivons et de porter au pouvoir des personnes ayant des idées réalistes sur les sujets importants, dont la violence fait partie. Les quelques aperçus que je vais donner du travail effectué par Maurice BERGER depuis des décennies ne sauraient évidemment pas remplacer la lecture de ses ouvrages.
 
Le rôle décisif de la petite enfance
"Quand on ne sait pas jouer à faire des accidents de voiture avec des modèles réduits, on joue en vrai". Trop d’enfants n’ont pas appris de leurs parents ou de leur entourage à imaginer, à construire des scénarios dont ils savent bien qu’ils ne constituent pas la réalité, à jouer un rôle dans une histoire inventée. Maurice BERGER éclaire à l’aide de cette observation le phénomène devenu chronique des incendies de voitures lors de certaines fêtes, renvoyant dans leurs buts les sociologues prompts à fournir une explication du type rancœur contre une société de consommation dont ces jeunes seraient exclus. Ces jeunes voyous, il discute avec eux dans un but thérapeutique, et voici ce qu’ils lui disent : "ces destructions de véhicules étaient un jeu, le but étant d’en brûler plus que ceux du quartier voisin".

Cette absence de la dimension "jeu" au sens normal, inoffensif, est héréditaire : "Il ne sert à rien de dire à des parents avec lesquels on n’a jamais joué lorsqu’ils étaient enfants, de jouer avec leur enfant, car ils n’ont pas d’enfant joueur en eux". Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire : l’équipe du Docteur Berger a pratiqué avec succès l’apprentissage du jeu aux enfants à problème et à leurs parents. Encore faut-il convaincre les uns et les autres de participer, le cas échéant en accordant une prime aux familles qui viennent ainsi, parents et enfants, apprendre à "faire comme si", à créer un monde imaginaire dans lequel on peut jouer à être et à faire ce que l’on n’est pas et ce que l’on ne fait pas réellement.
J’ai pensé, en lisant ce passage, à un jeu de mon enfance, le gendarme et le voleur. A la réflexion, il a certainement contribué à faire de votre serviteur, comme de bien d’autres, un citoyen respectueux du bien d’autrui. Il s’agit d’une sorte de vaccination psychique : mes aînés m’ont inoculé à faible dose le virus du vol, la lecture des romans de Maurice LEBLANC a complété ces parties de rigolade, et j’ai développé les anticorps correspondants. Arsène Lupin n’a pas été pour moi un modèle, mais la figure mythique qui confine le vol dans un monde totalement imaginaire. Ne pas jouer, ne pas comprendre la plaisanterie, tout prendre au sérieux, ne pas visiter par la pensée des mondes imaginaires, voilà l’origine de certains des maux qui rendent invivables trop de nos quartiers.
Maurice BERGER va jusqu’au bout de sa démarche analytique en attribuant une grande importance à "l’absence de pensée" comme source de la délinquance. "Certains jeunes n’ont pas de pensées. Je mesure l’énormité de ce que j’affirme là, et il m’a fallu plusieurs années pour accepter cette idée", écrit-il. Cette vacuité explique l’addiction à la destruction : "Détruire est le jeu de ceux qui n’ont aucune imagination, et il consiste aussi à démolir la construction des autres dont on envie la capacité de créer."
 
Les erreurs d’analyse
Il est fréquent de dénoncer "la ghettoïsation de certaines parties de la population" comme étant "à l’origine de la violence et du communautarisme", remarque Maurice BERGER. Or, estime-t-il, c’est inexact : "on est enfermé par autrui dans un ghetto alors qu’au contraire (…) la contrainte est intérieure, elle est autosécrétée, car c’est l’éloignement qui est angoissant, éloignement en pensée, mais aussi éloignement physique hors de son territoire."
Le Docteur BERGER donne des exemples à l’appui de cette affirmation politiquement incorrecte. D’abord celui des travailleurs saisonniers : ce sont pour beaucoup des européens de l’Est, alors que les jeunes des banlieues n’utilisent guère cette opportunité. Ensuite celui de la création de 350 postes à la SNCF réservés aux habitants des quartiers difficiles, avec installation du bureau d’embauche au cœur d’un de ces quartiers : 230 personnes seulement sont venues se renseigner ! Le chiffre des embauches finalement réalisées n’est pas indiqué, mais la leçon est claire : "Postuler aurait signifié se trouver seul, loin du groupe de ses semblables et sur un lieu inconnu, loin du territoire du groupe." Il faut intégrer le phénomène clanique comme une donnée très importante dans le traitement du problème posé par certaines banlieues.
 
Que faire ?
Les deux derniers chapitres du livre sous revue fournissent des pistes sur ce qu’il faudrait faire … et ne pas faire. Le but proposé par le psychiatre est clair : "aider des sujets prisonniers de leurs pulsions à penser et à se retenir". Cela de deux manières.
Premièrement, exemples à l’appui, le Docteur BERGER explique que beaucoup de ces jeunes n’ont pas conscience de la gravité d’actes tels que, par exemple, avoir frappé quelqu’un au point de le mettre dans le coma, ou avoir sodomisé un garçonnet de 5 ans. "En entretien, où il vient, car il a une obligation judiciaire de soins, il ne voit pas où est le problème, à part que ça lui cause des ennuis". La comparution devant le juge tardant, il pense que l’affaire est oubliée, et les séances avec le psychiatre ne donnent rien. C’est le jour où on lui annonce que l’audience aura lieu la semaine suivante qu’un déclic se produit : "Il me déclare que maintenant, il va réfléchir avec moi à ce qui s’est passé". Leçon à retenir des exemples de ce type : "la décision judiciaire est très souvent le seul repère, le seul indicateur qui fournit à un jeune un reflet de la gravité de ses actes."
 
Deuxièmement, en conséquence de ce qui précède, il faut "donner sens à la loi", utiliser le plus efficacement possible ce moyen de faire accéder à une conscience morale des jeunes qui "n’ont pas de regrets de leurs actes violents, sauf quand ils occasionnent des ennuis à leur famille." Et pour cela, il faut que le jugement intervienne rapidement. Juger un délit deux ans après sa commission, c’est laisser penser au délinquant qu’il n’a rien fait de grave, sentiment qui sera souvent confirmé par une ou des récidives, elles aussi dépourvues de conséquences immédiates pour le coupable.
Dans le même sens, le docteur Berger s’élève contre l’atténuation systématique des sanctions relatives aux premières agressions. "Actuellement, dans les faits, les mineurs ont compris qu’il existait un droit de premier tabassage, quel qu’en soit la gravité", explique-t-il exemples à l’appui. Il préconise une courte peine de prison, 15 jours par exemple, dès la première grosse bêtise, comme étant le meilleur et pratiquement le seul moyen de déclencher une prise de conscience et de rendre efficace le passage en centre éducatif renforcé (CER) ou en établissement de placement éducatif (EPE).
 
Bref, donner le sens du permis et du défendu, sans même parler de celui du bien et du mal, n’est pas une mince affaire quand il s’agit d’enfants et de jeunes dont l’éducation parentale a été déficiente. Les institutions créées dans ce but pourraient fonctionner plus efficacement si elles s’inspiraient des analyses et suggestions de personnes qui, comme le docteur BERGER, explorent l’univers de la violence depuis des décennies avec une grande lucidité accompagnée, comme il sied aux personnes intelligentes, d’une bonne dose d’humilité.

Envoyé par l'auteur, 12 novembre 2019
Publié dans A tout un chacun
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Quand la moitié de l'Europe vivait sous le joug communiste

On croit souvent que le partage, après la deuxième guerre mondiale, de l’Europe en deux zones d’influence, l’une anglo-saxonne, l’autre soviétique, s’est faite à la Conférence de Yalta de février 1945. En réalité, ce sommet en Crimée entre STALINE, ROOSEVELT et CHURCHILL – où DE GAULLE ne parvint pas à se faire inviter - n’a fait qu’entériner un partage déjà ébauché par CHURCHILL et STALINE le 9 octobre 1944, à Moscou. Ce jour-là, commence une conférence interalliée où il s’agit de forcer le gouvernement polonais en exil à Londres, détenteur d’une vraie légitimité populaire, à constituer un "front commun" avec un "Comité de Lublin" communiste, forgé de toutes pièces par le "libérateur" soviétique. Une semaine plus tôt, l’insurrection de Varsovie a été écrasée dans le sang par les troupes hitlériennes, qui déportent toute la population et dynamitent tout le centre de la capitale, maison par maison, alors que les forces russes, déjà parvenues sur la rive droite de la Vistule, ont l’ordre de ne pas bouger.

L’obsession de STALINE, traditionnelle dans la politique russe, est de se constituer un glacis territorial et politique vers l’ouest, d’où sont venues, en trois siècles, quatre invasions (la polono-lituanienne, la suédoise, la française, l’allemande). Fidèle à lui-même, CHURCHILL est obsédé par les Balkans. Il n’a pas réussi à convaincre ROOSEVELT d’y débarquer (afin d’y limiter la progression soviétique) et il a très peur que la Grèce (où se déploie une puissante résistance communiste) puisse tomber dans l’orbite de Moscou. La Grèce, c’est la Méditerranée et il compte bien la maintenir comme un grand lac britannique, de Gibraltar à Alexandrie. Alors CHURCHILL fait un deal avec STALINE, qu’il griffonne sur un bout de papier, qui a été conservé. Les deux leaders s’attribuent des taux d’influence respectifs sur les pays en passe d’être libérés des nazis. CHURCHILL obtient un taux de 90 % pour la Grèce, mais concède un taux d’influence de 90 % à la "Russie" sur la Roumanie, pays où la résistance communiste est pourtant insignifiante. Pour la Bulgarie, ce taux descend à 75 %. La Hongrie et la Yougoslavie se voient attribuer un partage à 50/50.

A Yalta, les Soviétiques sont en position de force. Ils obtiennent que le Comité de Lublin forme l’ossature du futur gouvernement de la Pologne. Pour ROOSEVELT, la priorité est de finir la guerre avec le minimum de pertes en vies américaines. Le président des Etats-Unis accepte de laisser l’armée Rouge fournir l’effort de guerre le plus lourd, quitte à lui abandonner une plus vaste zone d’occupation. Il affiche une naïveté confondante à l’égard de STALINE, qu’il qualifie aimablement d’Uncle Joe. "Si je lui donne tout ce qu’il me sera possible de donner sans rien réclamer en échange, noblesse oblige, il ne tentera pas d’annexer quoi que ce soit et travaillera à bâtir un monde de démocratie et de paix", expliquera ROOSEVELT à CHURCHILL. Les accords de Yalta prévoient des élections libres dans tous les Etats européens libérés et, en attendant, la constitution de gouvernement provisoires représentant "tous les éléments démocratiques des populations".

STALINE ne respectera pas cette clause. Dans les zones "libérées" par l’armée Rouge, les communistes vont réussir en trois ans, par l’intimidation, la constitution de "fronts patriotiques", la tricherie électorale et les assassinats ciblés, à prendre partout le pouvoir, pour le confisquer ensuite. Dès mars 1946, CHURCHILL, qui n’est plus au pouvoir, dénonce, dans un discours aux Etats-Unis, le "rideau de fer qui, de Stettin dans la Baltique, jusqu’à Trieste dans l’Adriatique, s’est abattu sur l’Europe de l’Est". Partout, les communistes y installent des dicta
tures, qui prennent le nom de "démocraties populaires", et qui obéissent aux instructions du Kominform (cette organisation centrale des partis communistes vient, en 1947, ressusciter le Komintern d’avant-guerre). Plus de cent millions d’Européens se retrouvent sous le joug communiste. Les Occidentaux laissent faire.

Les élites libérales des pays d’Europe de l’est se sentent, une deuxième fois, trahies par l’Occident. Les Tchécoslovaques se rappellent la Conférence de Munich (septembre 1938), où les Anglais et les Français les ont abandonnés face aux nazis. Les Polonais se souviennent que lorsque les divisions allemandes les envahirent en septembre 1939, l’armée française resta l’arme au pied, au lieu d’attaquer le Reich sur son flanc ouest.
On ne peut pas saisir la mentalité d’esprit des Européens de l’est qui furent acculés à vivre sous le joug communiste, si l’on oublie ce sentiment très fort d’avoir été lâchés par l’Occident.

Cependant, la pénétration du communisme chez ces Européens orientaux est loin d’avoir été la même partout. Il y a des pays où elle a été facile, comme en Tchécoslovaquie. En 1938, ce pays jouissait d’un niveau de développement industriel comparable à celui de la France. La classe ouvrière y était importante et bien organisée. Les communistes obtiennent, sans tricher, 37,9 % des voix aux élections législatives de 1946. Ils attendront le coup de Prague de février 1948 pour confisquer le pouvoir et défenestreront le ministre libéral Jan MASARYK le 10 mars 1948. En Pologne, en revanche, la population n’a jamais été nombreuse à adhérer sincèrement au communisme. Ce pays était alors encore rural et catholique. Par ailleurs, les Polonais ne pouvaient pas pardonner aux Soviétiques le pacte MOLOTOV-RIBBENTROP d’août 1939 (partage du pays avec les nazis), le massacre de Katyn (assassinat au printemps1940 par le NKVD, la police secrète soviétique, de 14000 officiers polonais prisonniers de guerre), l’absence de soutien militaire lors de l’insurrection de Varsovie contre l’occupant nazi du 1er août au 2 octobre 1944.

Après la fin de la guerre, les Polonais ne connaissent la vraie histoire de leur pays que par le bouche-à-oreille. Car dans les cours d’histoire dispensés aux lycéens et étudiants, on oublie de mentionner le pacte germano-soviétique et on prétend que la responsabilité des massacres de Katyn incombe à l’Allemagne hitlérienne. On évite de s’étendre sur l’insurrection de Varsovie déclenchée par l’AK (Armia Krajowa, mouvement de résistance loyale au gouvernement de Londres), afin de réaffirmer le désir de souveraineté polonaise, à l’approche de l’armée Rouge, qui se gardera bien d’apporter la moindre aide militaire aux insurgés. La stratégie de STALINE, qui souhaitait une Pologne affaiblie, n’était bien sûr jamais évoquée ; on enseignait seulement que l’Union soviétique, le grand "pays frère", avait été le valeureux libérateur de la Pologne.

Le mensonge sur l’Histoire contemporaine a été une constante de l’enseignement scolaire et universitaire dans tous les pays de l’Europe de l’est vivant sous le joug communiste. Les familles des officiers exécutés à Katyn par la police secrète soviétique ne purent jamais récupérer les corps, qui avaient été jetés dans des fosses communes. Mais l’usage était, dans les cimetières des villages polonais, d’honorer l’officier mort par une stèle à son nom. Il était strictement interdit de mentionner le lieu de la mort (Katyn) et même l’année (1940). Il a fallu attendre 1990 pour que l’URSS reconnaisse qu’elle avait été responsable des massacres de Katyn.

La doctrine communiste n’enseignait pas seulement qu’une société digne de ce nom devait socialiser l’ensemble de ses moyens de production et d’échange. Elle enseignait aussi que la lutte des classes était le moteur de l’Histoire. Comme sous la Terreur française de 1793, le seul fait d’appartenir à une classe auparavant privilégiée pouvait vous faire jeter en prison. Le Comte ZAMOYSKI, chef d’une des plus vieilles familles polonaises, propriétaire de dizaines de milliers d’hectares en Galicie, vécut la confiscation de tous ses biens dès l’arrivée des communistes au pouvoir. Comme si cela ne suffisait pas, il fut mis en prison pendant sept ans, et libéré seulement après la mort de STALINE. Mais la justice maintint pour lui l’interdiction de s’approcher de plus de 50 kms de Varsovie… A sa sortie de prison, cet aristocrate qui parlait parfaitement le français, l’allemand et l’anglais finit par trouver un petit boulot de clerc dans une agence de voyages, bien sûr étatique.

Cependant, sous le joug communiste, le plus dangereux n’était pas d’être un ci-devant aristocrate ou grand bourgeois. Dans la plupart des cas, on se contentait de nationaliser vos affaires, de partager votre maison (où vous pouviez quand même garder une ou deux pièces pour vous et votre famille), et de vous éloigner de tout poste de pouvoir ou d’influence. Le plus dangereux était d’appartenir au mauvais courant au sein du parti communiste. Si vous vouliez vous débarrasser d’un rival politique au sein du parti, vous l’accusiez de "déviationnisme". C’est la méthode qu’a utilisée Matyas RAKOSI, secrétaire général du parti des travailleurs hongrois (le parti communiste unique au pouvoir) pour se débarrasser d’un rival brillant, à l’impeccable passé de résistant, ministre de l’intérieur en 1948, Laszlo RAJK. Après qu’il eut été "promu" comme ministre des affaires étrangères, il est immédiatement accusé de sympathies "pro-impérialistes". On l’arrête. On le torture. On lui promet la vie sauve s’il reconnaît des crimes imaginaires à son procès. Il passe aux aveux publics, mais le parti ne tient pas sa parole, et il meurt pendu le 15 octobre 1949. RAKOSI s’en tirera mieux. En 1956, lorsque la révolution commence en Hongrie, il fuit en Union soviétique, où il mourra, quinze ans plus tard, dans son lit. Déjà, sous la Terreur française, on notait que la Révolution dévorait ses enfants. Les treize premières années du communisme européen n’ont pas fait exception à la règle.

Il faudra attendre 1958, pour que le communisme européen arrête de tuer (tout en continuant à emprisonner). La dernière victime est le Hongrois Imre NAGY, pendu le 16 juin 1958 à Budapest. Ce communiste est nommé premier ministre en 1953, où il préconise une "Nouvelle voie", qui préfigure le "socialisme à visage humain" d’Alexander DUBCEK du printemps de Prague (1968). Ayant perdu le soutien du Politburo de Moscou, NAGY est relevé de ses fonctions en 1955, puis exclu du parti. Cinq jours après le début de l’insurrection de Budapest (qui commence le 23 octobre 1956, en soutien aux ouvriers polonais en grève), le Comité central du parti des travailleurs hongrois le rappelle au pouvoir. Il commet l’irréparable en retirant ses armées du Pacte de Varsovie le 31 octobre et en proclamant le 1er novembre la neutralité de la Hongrie auprès des instances de l’Onu, tout en appelant les grandes puissances à la garantir.

Les régimes communistes est-européens sont des dictatures qui ne suivent pas toutes exactement la même ligne. Le meilleur élève du Kominform est la République démocratique allemande, suivie à égalité par la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Bulgarie. Ensuite vient la Pologne qui, en mauvaise élève de la théorie marxiste, a peu collectivisé l’agriculture et a toléré l’Eglise catholique, dont l’archevêché de Cracovie devient vite le principal foyer de résistance à l’idéologie communiste. La Roumanie du dictateur CEAUCESCU se prétend autonome par rapport à Moscou, sans pourtant jamais de franchir la ligne rouge qu’aurait constitué un retrait du Pacte de Varsovie (l’organisation militaire équivalente à l’Otan) ou du COMECON (le marché commun des pays de l’est). La Yougoslavie titiste vire à droite dès 1948, en se rebellant contre Moscou et en renouant avec l’Amérique, et prend une réelle indépendance. Bientôt elle devient le leader du Mouvement des non-alignés.
La petite Albanie suit le chemin inverse, elle reste stalinienne même après le rapport KHROUCHTCHEV au XXème Congrès du parti communiste soviétique, et se rapproche de la Chine de MAO. La paranoïa anti-étrangers du dictateur Enver HODJA aboutit à ce que ce charmant petit pays montagneux se couvre de bunkers, comme une clairière de champignons après la pluie.

Mais ces pays partagent tous la même caractéristique. L’armature du pouvoir suprême réside dans les services de renseignement. La méfiance règne partout. Politiquement, personne ne fait confiance à personne. Ces Etats communistes gâchent une énergie humaine considérable à organiser l’espionnage de tous par tous.
A Varsovie, Elzbieta, une dynamique vieille dame, qui préfère que son nom de famille ne soit pas publié, raconte un incident qui lui est arrivé un matin pluvieux d’avril 1962, et qu’elle a gardé pour elle jusqu’aujourd’hui. La veille au soir, son mari avait convié à dîner son vieux groupe d’amis datant de l’université. Comme à l’accoutumée, les jeunes hommes avaient bu, ri, chanté, joué de la musique et raconté des blagues sur les aberrations du système de production communiste. Le lendemain, en nettoyant le tapis du salon, Elzbieta y trouve un badge de l’Urzad Bezpieczenstwa (la police secrète), que quelqu’un a fait tomber de sa poche par inadvertance. Elle devient totalement paralysée, jusqu’à ce qu’on sonne à la porte. Deux hommes en longs manteaux de cuir noir se présentent : "Vous avez dû trouver chez vous quelque chose qui ne vous appartient pas ! Si vous voulez vous éviter des ennuis, oubliez cet incident, et ne parlez à personne de notre visite…". Le vieux groupe d’amis, dont aucun n’était membre du parti, continua à se réunir tous les mois pour festoyer. Jamais, jusqu’aujourd’hui, Elzbieta n’a réussi à identifier celui qui travaillait pour la police secrète…

Pour diriger l’économie étatisée, les partis communistes choisissent des cadres sur leur affiliation idéologique plutôt que sur des critères de compétence. Les grandes entreprises perdent l’habitude d’adapter leur offre à la demande. Les pénuries s’installent. On fait la queue pendant des heures pour acheter cinq tranches de jambon. C’est l’égalité, mais dans la misère. Enfin, pas tout à fait l’égalité, car les familles des hauts membres du parti parviennent à contourner les pénuries.

Les dysfonctionnements du système centralisé de production provoquent des mécontentements qui, faute de soupapes politiques, se transforment parfois en insurrections. Depuis la mort de STALINE (mars 1953), les langues se délient et les gens se libèrent de la peur. En juin 1953, en Allemagne de l’Est, une revendication d’ouvriers (pourtant communistes) du bâtiment à Berlin va dégénérer en manifestations puis en grèves. Le mouvement, très discipliné, s’étend à l’ensemble du pays. Les foules déchirent les drapeaux rouges. Les prolétaires ne veulent plus de la dictature du prolétariat. Est constitué un "gouvernement provisoire de travailleurs progressistes", qui réclame des élections libres. Le 17 juin, les chars soviétiques entre à Berlin-Est pour réprimer l’insurrection. 50 morts, 10 000 arrestations. Bertolt BRECHT ironise : "Puisque le peuple se trompe, il n’y a qu’à changer de peuple !"
A Poznan en Pologne de grandes grèves éclatent en juin 1956. L’armée les réprime dans le sang (au moins une cinquantaine de morts) mais le régime est obligé de concéder la création de conseils ouvriers dans les usines (qui seront abolis deux ans plus tard). La répression de l’insurrection de Budapest est de loin la plus sanglante. Les chars soviétiques envahissent la capitale hongroise le 4 novembre, mais la population résistera, les armes à la main, jusqu’au 10 novembre. Plus de 2 500 Hongrois et 700 Soviétiques sont tués. 200 000 Hongrois fuient en Occident à travers l’Autriche.

L’impact est considérable en Europe occidentale. Beaucoup d’intellectuels français "progressistes" démissionnent alors du PCF. Le parti communiste italien prend ses distances avec Moscou. Mais une chape de plomb recouvre l’Europe de l’est. La déstalinisation est stoppée net. Pour stopper une hémorragie de ses citoyens vers l’ouest capitaliste, la République démocratique allemande construit le mur de Berlin en 1961. Après la répression du printemps de Prague par les chars du Pacte de Varsovie au mois d’août 1968, la doctrine Brejnev de "souveraineté limitée" est clairement établie pour les démocraties populaires européennes.

Mais, à l’intérieur, les adhérents sincères au système communiste se font de moins en moins nombreux. Il y deux sociétés qui vivent parallèlement. La société officielle, avec sa police, ses médias aux ordres, ses mensonges d’Etat. Les intellectuels de la société civile ne croient plus, eux, qu’aux informations diffusées par Radio Free Europe ou par la Voix de l’Amérique.

Quand le nouveau pape JEAN-PAUL II, ancien archevêque de Cracovie, voyage en Pologne au début du mois de juin 1979, c’est littéralement l’ensemble de la population qui sort dans la rue pour l’acclamer. Les autorités communistes n’avaient pas anticipé un tel triomphe. Il est alors clair pour tout le monde que l’idéologie communiste est définitivement morte en Pologne. En août 1980, se crée un syndicat ouvrier indépendant aux chantiers navals de Gdansk. Le mouvement Solidarnosc se répand dans tout le pays. Pour éviter l’arrivée des chars soviétiques à Varsovie, le général JARUZELSKI instaure un état de siège en décembre 1981 et interne des milliers de syndicalistes. Les Occidentaux ne bougent pas. Confirmée à Yalta, la doctrine des sphères d’influence a tenu bon pendant 45 ans, jusqu’à ce que le communisme européen, à la suite du soviétisme, s’effondre de lui-même en 1989…

Envoyé par l'auteur, 10 novembre 2019
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Il faut européaniser l’Otan !
 
Dans une interview parue le 9 novembre 2019 dans l’hebdomadaire britannique The Economist, Emmanuel MACRON a dit que l’Otan était en état de mort cérébrale. La métaphore est pour le moins vigoureuse. Car, médicalement, on ne connaît personne qui se soit jamais remis d’une mort cérébrale. Or, si l’Otan ne va pas bien aujourd’hui, rien n’empêche objectivement qu’elle aille mieux demain. En parlant dru, le président français a néanmoins eu le mérite de réveiller les Européens sur un sujet important, qui est l’architecture de leur sécurité future.

Née en 1949 d’initiatives aussi bien anglo-françaises qu’américaines, l’Organisation de l’Atlantique Nord a parfaitement joué son rôle de défense de l’Europe occidentale face aux appétits soviétiques. Durant les crises de la guerre froide (Berlin, Cuba), le général de GAULLE a toujours joué le jeu de l’Alliance atlantique. Mais, soucieux de rendre à la France sa souveraineté sur ses armées, il avait pris la décision de les retirer de l’organisation militaire intégrée de l’Otan. Il avait signifié ce retrait en écrivant en 1966 au président JOHNSON, sans remettre en cause le bien-fondé de l’Alliance atlantique. De GAULLE était un allié exigeant, difficile, soucieux de parler d’égal à égal avec les Américains, mais c’était un allié. C’est d’ailleurs pour lui que Richard NIXON fera son premier voyage à l’étranger comme président des États-Unis.

À l’issue de l’effondrement politique, militaire et économique de l’URSS et de la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991, l’Otan se cherche une raison d’être. Avec plus ou moins de bonheur, elle se lance dans des opérations dépassant le cadre de sa charte fondatrice.
Lors de la crise du Kosovo, les Occidentaux confient à cette dernière la mission de forcer la Serbie à quitter sa province rebelle, berceau historique de son église orthodoxe mais devenue avec le temps très majoritairement albanophone. Après trois mois de bombardements aériens, de mars à juin 1999, la Serbie cède ; ses forces de sécurité se retirent, aussitôt remplacées par celles de l’Otan. Cette dernière échouera dans sa tâche de pacification, incapable d’empêcher l’éviction, par l’intimidation et l’assassinat, des minorités non albanophones (serbe, tsigane, bosniaque, etc.).
CLINTON avait promis un "Kosovo multiethnique et pacifié". Il n’est aujourd’hui ni multiethnique, ni réellement pacifié, tant il est devenu un hub de criminalité et, depuis peu, d’islamisme. Mais les Américains en ont retiré l’avantage de pouvoir y établir une base militaire, le camp Bondsteel.
En décembre 2001, l’Otan accepte imprudemment la mission de reconstruire l’Afghanistan, tout juste abandonné par les talibans. Le pays se couvre de PRT (Provincial Reconstruction Teams). Les Occidentaux peinent à comprendre que les paysans afghans n’aiment pas voir chez eux des étrangers armés. Malgré plusieurs centaines de milliards de dollars dépensés, la greffe occidentale n’arrive pas à prendre en Afghanistan. Aujourd’hui les Américains cherchent la bonne manière de rendre aux talibans le "Royaume de l’Insolence".

Mais ces échecs ne doivent pas faire oublier le nouveau rôle protecteur de l’Otan face à la Russie de Vladimir POUTINE. En 2014, l’annexion de la Crimée et l’ingérence russe dans le Donbass ukrainien ont semé l’effroi dans les territoires européens jadis soumis au joug soviétique. À raison, l’Otan a réalisé des manœuvres militaires dans les pays baltes, afin de lancer un message clair au Kremlin. S’il n’y avait plus d’Otan, un déséquilibre stratégique considérable se créerait en Europe.
Il ne faut pas exagérer la menace de la Russie, dont le budget militaire est quatre fois inférieur à celui des pays européens de l’Otan, et huit fois inférieur à celui de l’Amérique. Mais il ne faut pas non plus la sous-estimer. Autant, avec leurs sanctions, les Occidentaux commettent une folie stratégique à pousser la Russie dans les bras de la Chine, autant ils ne sauraient montrer la moindre faiblesse militaire face à Moscou, quand bien même POUTINE afficherait les intentions les plus pacifiques du monde. En stratégie, les capacités sont plus significatives que les intentions.

Macron n’a pas été prévenu à l’avance de la décision américaine du 6 octobre de quitter le Kurdistan syrien. Les forces françaises se sont retrouvées en plan, sans moyen d’évacuer leur matériel lourd. La France a été traitée par les Américains comme un supplétif de deuxième ordre. C’est très désagréable, mais il faut garder la tête froide. Le Congrès et l’establishment militaire américain ne sont pas prêts à tirer un trait sur l’Otan. Trump a cependant raison de reprocher aux Européens ne pas dépenser assez pour leur défense. Ils devraient saisir l’occasion pour européaniser l’Otan. Pour en faire un instrument militaire capable de fonctionner en toutes circonstances, et indépendamment des aléas de la politique présidentielle américaine.

Paru dans Le Figaro, 12 novembre 2019
Publié dans Avec l'Europe
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Un signal d’alarme pour les deux finalistes de 2017
 
La rengaine est connue : les sondages se trompent, les sondages ne veulent rien dire ; surtout à lointaine échéance d’un scrutin. Il est de fait facile d’opposer les résultats d’une élection aux chiffres publiés par les instituts quelques mois à l’avance. Mais, comme en toute matière, une donnée brute est inintelligible sans clés de lecture. En l’occurrence que dit le sondage Ifop publié dans Le Figaro ? Les Français s’attendent à un duel Macron-Le Pen, mais ils n’en veulent pas. Et c’est ce décalage qui peut conduire à chambouler l’offre qui leur est faite aujourd’hui.

En matière électorale, il existe trois types de mesures : le pronostic, le souhait et l’intention de vote proprement dite. Le premier n’exprime aucune préférence personnelle mais résulte d’une analyse de la situation du moment. Or, c’est un fait que, depuis le premier tour de la présidentielle de 2017, le duo Emmanuel Macron- Marine Le Pen domine le paysage, ni la droite ni la gauche qui ont exercé le pouvoir durant six décennies ne semblant à ce jour en mesure de reprendre la main. Un même pronostic peut donc réunir ceux qui s’en réjouissent (85 % des électeurs RN) et ceux qui le déplorent (81 % des sympathisants LR).
L’intention de vote, ensuite, exprime un choix ; mais sur la base d’une liste de candidats proposés, laquelle ne correspond pas obligatoirement au désir prioritaire du sondé. L’intention de vote est donc en partie un choix par défaut. On peut ainsi dire voter pour tel candidat pour faire barrage à tel autre, ou même si on se sent plus proche d’une autre personnalité, mais dont le nom n’est pas proposé. Le souhait, enfin, est sans doute ce qui correspond le mieux à l’intention profonde du citoyen sondé, mais il fait abstraction de l’offre effective.
Souvent, l’ensemble des indices (pronostic, intention de vote, souhait) finit par se rapprocher. Mais il peut arriver à l’inverse qu’ils divergent. Et que cette divergence impose un changement de la donne. C’est ce que l’on a appelé le "dégagisme", lequel s’est manifesté en 2017 avec l’irruption d’un Macron, inconnu deux ans plus tôt, la qualification de Marine Le Pen et la percée de Jean-Luc Mélenchon. Il est frappant de constater que le refus d’un duel Macron-Le Pen est quasi identique à celui d’un duel Hollande-Sarkozy, envisagé à même échéance en 2015.

Pourtant, le match retour semblait inscrit d’avance entre un président en exercice que personne n’imaginait alors ne pas être candidat et celui qui venait de reprendre la tête de l’UMP. L’offre semblait s’imposer. Les sondages d’opinion se sont chargés de dissuader Hollande et la primaire de la droite a éliminé Sarkozy. Les intentions de vote pouvaient être justes sur le moment et le pronostic aller de soi, la mesure du souhait aurait dû mettre la puce à l’oreille des acteurs et des observateurs. Un refus si manifeste de la revanche Macron-Le Pen est donc plus qu’une alerte pour les deux finalistes de la dernière présidentielle.

Paru dans Le Figaro, 12 novembre 2019
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PMA, retraites, voile... Stop aux débats permanents, place enfin aux actes
 
On agite des hochets que sont le référendum d'initiative populaire, le mythe de la démocratie directe ou participative et bien sûr le "débat" lancé à tout propos, en réponse à l'indécision du pouvoir ou face à la peur des décisions à prendre. Mais il serait plus que temps de passer aux actes. 
 
Le titre du livre de François Mitterrand Le coup d'Etat permanent était prémonitoire mais, aujourd'hui, il faudrait plutôt parler du "coup du débat" permanent et de son coût. A priori, on devrait se réjouir des débats et de cette possibilité d'exprimer son avis car ce pourrait être un progrès sociétal. Point du tout : le débat supposé calmer les esprits est en réalité donné en pâture à l'opinion publique pour éviter de décider et donner la preuve que l'on consulte dans un bel esprit démocratique. Cela rejoint un peu la pratique du "ballon d'essai" consistant à lancer une idée et à attendre de voir la réaction qu'elle suscite. Le débat est, hélas, actuellement la meilleure façon de réduire les réformes à une peau de chagrin. Nous nageons en plein contresens, les Français ne veulent plus être représentés par leurs représentants car ceux-ci sont tous, semble-t-il, discrédités à leurs yeux : politiques, élus (sauf peut-être les maires), syndicats, gouvernants et représentants de l'État sous toutes ses formes (certains révoltés de banlieues en veulent même à ceux qui les secourent). L'exemple des 
Gilets jaunes qui ne voulaient être représentés par aucun des leurs, en est la parfaite illustration.
 
“En même temps " (le mal démocratique ?), les citoyens exigent d'être toujours plus écoutés. S'agit-il d'un narcissisme républicain ? D'une haute idée de soi-même ? D'un égoïsme de classe ? D'ignorance de la complexité des sujets et du monde ? Ou encore de la responsabilité des réseaux sociaux qui sont un outil d'appropriation du débat extrêmement puissant où chacun peut y exprimer ce qu'il veut, quand il veut, comme il le veut ! Plus aucun filtre. Le terreau de la bataille des opinions : le média c'est moi, la liberté c'est la mienne, c'est mon opinion et je la partage ! La norme, c'est mon bon vouloir. Toute une éducation à revoir. Et des mentalités à faire évoluer.
Face à cela, que faire lorsqu'on est Premier ministre ou président de la République sinon nous demander notre avis ? Ainsi on agite des hochets que sont le référendum d'initiative populaire, le mythe de la démocratie directe ou participative (participation à tout et à rien) et bien sur le fameux "débat" lancé à tout propos, tous les jours, en réponse à l'actualité, aux révoltes, à l'indécision du pouvoir ou encore face à la peur des décisions à prendre.
Nos compatriotes ne sont pas à une contradiction près qui veulent, en même temps, de l'autorité tout en fustigeant la police dès qu'il y a une pseudo "bavure", de la liberté tout en exigeant des lois sur n'importe quoi, des règles mais en refusant de les respecter (le cinéma autour des 80km/heure est un roman en soi).
 
Le bon sens n'est pas le sujet
Ainsi fructifie le règne du débat, et nous en arrivons même à débattre de l'opportunité de débattre. Car les Français ne sont pas tous d'accord sur le principe, dans la mesure où la conclusion risque d'être contraire à leur propre opinion : on souhaite un débat mais entre gens à peu près du même avis.
C'est en tous les cas la nouvelle poule aux œufs d'or des médias dont les émissions de "débats contradictoires" se multiplient : il faut clasher et mettre les débatteurs les uns face aux autres. Ils ne s'écoutent pas, et c'est le principe car ils ne doivent en aucun cas être d'accord pour que chaque auditeur y retrouve ses petits. Simultanément et en contradiction avec ce modèle audiovisuel soi-disant impartial, la liberté d'expression est de plus en plus restreinte : il faut rester dans les clous du politiquement correct, il est mal vu de réfléchir par soi-même en s'éloignant des autoroutes de la pensée. Le bon sens n'est pas le sujet...
Nous avons ainsi un débat sur le voile qui sévit avec virulence depuis des mois, renforcé et ravivé régulièrement par des faits divers, le débat est sans fin et ne devrait pas trouver de solution, on brandit la perspective d'une loi sur laquelle personne n'est d'accord et qui sera de toute façon qualifiée d' "islamophobe" et "discriminatoire".
Le débat sur la laïcité a des variantes surtout dans l'Education Nationale. Le débat sur la fiscalité, lui, est permanent, entre autres sur le regretté ISF : il faut punir les riches et on mélange tout : les exilés fiscaux, l'abus de droit, les dividendes etc.
Débat sur les retraites : on en a pour 30 ans et on nous prévient d'ailleurs. Mais nous sommes prêts à débattre 30 années entrecoupées de grèves. Cela ne nous fait pas peur.
 
Les Français réclament plus d'autorité
Débat sur la "théorie du genre" accaparé par les féministes et la gauche, il s'est transformé en débat sur la PMA. Le plus hallucinant des débats sur le sujet a été mené à l'Assemblée Nationale par la ministre de la Santé et la Garde des Sceaux, elles-mêmes s'emmêlant les pédales au sujet de la PMA pour les transgenres : qui dans ce cas a droit à la PMA ? Le père qui est en fait une femme ?  Ou la mère qui a été transformée physiologiquement en père (sic) Une chatte n'y retrouverait pas ses petits... Pas de bon sens on vous dit, c'est une perversion des idéologies.
Je vous passe les débats sur l'écologie, le climat, les gaz à effet de serre, l'agriculture bio, l'immigration et les fameux quotas dont on débat depuis des lustres et dont le sujet est reparti cette semaine comme en 40.
Le débat a un corollaire : la manif. En effet, lorsqu'on lance un débat il est bon de manifester de façon préventive, et d'anticiper le fait que le résultat du débat pourrait ne pas vous satisfaire personnellement et collectivement.
Tout cela devient insupportable et générateur de clivages, de caprices et de mauvaise volonté nationale. Le faux débat permanent rend notre pays chaotique, l'attente de décisions qui n'arrivent pas à émerger fait monter les tensions. Comment en vouloir à quelque gouvernement que ce soit qui, bien sûr, finit par reculer à l'idée de mettre le feu aux poudres sur n'importe quel sujet. Nous en sommes donc arrivés à vouloir nous mettre un frein à nous-mêmes, en appelant de nos vœux un régime autoritaire. Entre autorité et liberté, encore un débat de fond qui agite les esprits des citoyens, des décideurs publics, des patrons face à leurs salariés, des parents face à leurs enfants, des professeurs face à leurs élèves... etc.
 
Selon un sondage, les Français veulent plus d'autorité : à 60 % les valeurs militaires sont perçues comme efficaces, on réclame également plus d'autorité pour les enfants en classe : 56 % des Français se disent satisfaits de l'école mais attendent plus de discipline (sondage de L'Obs.). Cela n'empêche pas d'insulter les profs quand le petit est puni.
Tout ça pour dire que nous rêvons qu'un beau matin quelqu'un enfin nous dise enfin... “Y'a pas débat !" 

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 7 novembre 2019
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Communautarisme : vers un point de non-retour ?
 
Le propos du Président MACRON est sans ambiguïté : "Quand on éduque nos enfants, on demande qu’il n’y ait pas de signe religieux ostentatoire." Le problème est simple : soit les sorties scolaires font partie de la scolarité et sont un temps où "on éduque nos enfants", auquel cas "on demande qu’il n’y ait pas de signe religieux ostentatoire". Soit elles n’en font pas partie, alors elles n’ont strictement rien à faire dans ce temps-là.
Depuis 30 ans, les pressions ne cessent de s'intensifier

Mais s‘agit-il seulement d’une question de laïcité ? Comme l’a précisé Tahar BEN JELLOUN sur France Culture : "Le corps de la femme est le principal objet de fixation chez certains musulmans, qu’ils soient chiites ou sunnites. C’est pour cela qu’on cherche à ce que le corps des femmes ne s’exprime pas, qu’il ne se dévoile pas, qu’il ne soit pas libre. Alors, on le cache." En 1954, la première demande formulée à Gamal ABDEL NASSER par les Frères musulmans fut de voiler les femmes. Inimaginable pour le progressiste NASSER ! Emmanuel MACRON s’interroge : "Mais pourquoi cela nous insécurise, ce voile ? C’est que ça n’est pas conforme à la civilité qu’il y a dans notre pays. C’est-à-dire aux rapports qu’il y a entre les hommes et les femmes dans notre pays. Nous sommes attachés, et ça c’est très républicain, c’est même révolutionnaire, à cette égalité entre l’homme et la femme." Le problème que soulève le couvrement des femmes est loin d’être anecdotique, en ce qu’il dessine le projet de société et l’éthique qui le sous-tend.

Depuis trente ans, les pressions pour le port du voile ne cessent de s’intensifier. Dans son rapport pour l’Institut Montaigne, Un islam français est possible, l’auteur Hakim EL KAROUI qui a conduit une enquête avec l’Ifop indique que 65 % des musulmans en France y sont favorables et que pour 29 % des sondés, la loi islamique (charia) est plus importante que la loi de la République. Nonobstant ce constat, le rapport propose un plan que l’écrivain Boualem SANSAL jugeait, dans un discours prononcé en décembre 2016 à la Fondation Varenne, dangereux : "Quand j’ai lu ça, je suis tombé à la renverse, j’ai compris que le plan était un programme d’arabisation et d’islamisation des plus sévères, il ne laissait aucune possibilité de faire machine arrière en cas de regret. Il ressemblait comme deux gouttes d’eau au plan d’arabisation et d’islamisation que le pouvoir algérien a mis en œuvre en Algérie au début des années 80 sous la pression de l’Arabie saoudite et qui allait en peu de temps faire de nous des perroquets wahhabites salafistes."

Le monde musulman vit dans la nostalgie de l’apogée de sa puissance. Cet âge d’or, c’est sa fierté, et la fierté y est un élément structurant. Indignes de respect sont ceux qui paraissent dépouillés de toute fierté, qui posent genou à terre tels les Occidentaux entraînés dans la repentance et la culpabilisation par leurs propres élites, et qui à présent se déchirent pour savoir s’il convient de ramener parmi eux les djihadistes. Nous n’avons pas fini de payer le prix de ce choc de perceptions.

Au moment où s’ouvrait le débat sur l’immigration à l’Assemblée nationale, Christophe CASTANER reconnaissait que "nous avons loupé ces dernières années l’intégration telle que nous aurions dû la réussir". Au long des dernières décennies, l’État – et non la France ni la République – n’a cessé d’entraver, voire de dissuader le processus d’intégration : importance des flux migratoires qui ont entraîné l’accroissement de la pression sur les personnes et un réenracinement dans les mœurs du groupe culturel d'origine ; déresponsabilisation des familles ; accommodements déraisonnables ; discrimination positive qui institue une inégalité en raison des origines, dans un pays où le principe d’égalité a été arraché par une révolution. L’État est allé jusqu’à introduire la finance islamique, comme le rappelle le portail de l’Économie, des Finances, de l’Action et des Comptes publics du gouvernement : "La finance islamique, conforme aux principes de la Charia, bénéficie d’aménagements fiscaux en France depuis 2008." Aujourd’hui, en raison même de nombreuses fautes commises par nos élites de commandement, une part des descendants de l’immigration ne comprend pas ce qui lui est reproché et en souffre sincèrement. Dans les enquêtes de terrain menées par la sociologue Évelyne RIBERT, il apparaissait de façon assez claire que dans l’esprit des jeunes de l’immigration, les papiers d’identité français n’engagent pas nécessairement leur propre identité. À qui la faute, si un certain nombre de vérités n’ont pas été dites ?

Depuis Pierre JOXE ministre de l’intérieur, Les autorités se sont obstinées à vouloir organiser, financer, structurer l’islam en France. Leur projet ? Faire émerger un nouveau pouvoir tutélaire, une sorte d'imam suprême qui parle au nom d’une communauté qu’on voudrait voir unifiée, quand il faudrait s’atteler à créer les conditions de l’émergence d’une liberté individuelle. Et tout en œuvrant ainsi à communautariser encore davantage la société, pas un jour sans que ces mêmes autorités ne déplorent cette communautarisation. Que faire devant un tel degré d’incohérence ?

Envoyé par l'auteur, 8 novembre 2019
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Les quotas ne sont qu’un outil, pas une politique
 
FIGAROVOX.- Le gouvernement doit dévoiler ce mercredi vingt nouvelles mesures sur l’immigration, une semaine après que le Président a tenu des propos fermes sur cette question dans un entretien à Valeurs Actuelles. L’objectif assumé est-il bel et bien de faire baisser l’immigration en France ?
 
Jean-Thomas LESUEUR.- Non. À aucun moment, le président de la République ni le Premier ministre n’ont publiquement assumé un objectif de baisse de l’immigration légale en France qui était, pour mémoire, de 256 000 personnes en 2018 (+3,4% par rapport à 2017, chiffres ministère de l’Intérieur). La question migratoire constitue un sommet du "en même temps" macronien, une tactique faite pour étourdir l’adversaire sans portée stratégique. L’exécutif n’a pas de vision sur ce dossier. Il se contente de faire des "coups" et d’envoyer de temps à autre des signaux à l’électorat de droite. Avec Emmanuel Macron, la politique migratoire, qui est un sujet grave et lourd compte tenu des tensions identitaires actuelles, est l’otage de calculs politiciens.
 
Parmi les mesures attendues, figure celle d’imposer des "objectifs chiffrés ou des quotas" pour l’immigration économique légale (Muriel Pénicaud sur BFMTV mardi matin). Quelle sera l’efficacité de cette mesure ?
Si elle vise bel et bien à réduire l’immigration économique, pourquoi pas ? Cela permettrait d’adapter le flux au besoin et, logiquement, de stopper le flux une fois le besoin satisfait. Mais le problème est qu’au-delà de l’effet d’annonce, on ignore le but recherché par l’exécutif. Les quotas ne sont qu’un outil, ils ne font pas une politique.
J’ajoute que si l’immigration économique a connu une forte progression en 2018 (+22% par rapport à 2017), elle ne représente que 13% des entrées légales sur le territoire (33 500 sur les 256 000 évoquées plus haut). Cela veut dire que, si on veut baisser significativement l’immigration légale dans notre pays, il faut actionner d’autres leviers.
 
Si l’immigration économique ne représente qu’une petite partie du nombre total d’immigrés, quelles autres mesures faudrait-il prendre ? Faut-il s’attaquer à la politique française de regroupement familial ?
Si l’objectif recherché est la baisse de l’immigration, oui, il faut regarder du côté des entrées légales pour motif familial qui ont représenté 90 000 titres délivrés (35% du total) en 2018. Il est parfaitement possible de restreindre l’accès au regroupement familial, les mesures existent : en renforçant les exigences de maîtrise de la langue, en accroissant le coût du visa, en conditionnant le regroupement familial à la capacité de l’étranger à subvenir aux besoins de sa famille, en imposant un délai de cinq ans par exemple avant qu’il puisse bénéficier des allocations familiales ou d’un logement social.
Mais s’attaquer au regroupement familial, c’est forcément poser la question de l’accès à la nationalité. Pourquoi ? Car dans cette catégorie qu’on appelle le "regroupement familial", la sous-catégorie des "familles de Français" représente 53 % du total (47 950 en 2018). Elle concerne des citoyens français qui font venir de l’étranger leur conjoint, leurs ascendants ou leurs enfants. C’est elle qui alimente le phénomène d’"autoengendrement des flux familiaux" qu’a mis en lumière Michèle TRIBALAT et dont la dimension exponentielle est évidente. Dans son livre Les yeux grands fermés paru en 2010, la démographe signale que le nombre de personnes entrées comme "familles de Français" a été multiplié par quatre entre 1996 et 2003. La part des naissances d’origine étrangère dans l’ensemble des naissances en France a presque doublé en quarante ans, passant de 11,6 % en 1968 à 18,1% en 2005. De fait, près de trois enfants sur dix nés en France en 2015 ont au moins un parent étranger (chiffre INED).
 
Le gouvernement, sans s’attaquer réellement à l’AME, envisage également d’instaurer un délai de carence avant d’accéder à la Sécurité sociale…
Pour être précis, il s’agit d’un délai de carence de trois mois avant d’accéder à la Protection universelle maladie (PUMa), la Sécurité sociale de base. Concernant l’Aide médicale d’État (AME) qui bénéficie à 318 000 personnes, il serait question de soumettre certains actes non-urgents à l’accord préalable de la Sécurité sociale. On est assez loin d’un durcissement réel des conditions d’accès… La suppression pure et simple de l’AME serait pourtant aisément envisageable (seuls trois autres pays, la Belgique, les Pays-Bas et le Portugal, offrent un dispositif similaire), ce qui ne signifie évidemment que les situations d’urgence ne seraient pas prises en charge.
 
Comment parvenir à l’objectif fixé par le chef de l’Etat : 100 % de reconduites à la frontière effectives d’ici la fin du quinquennat ?
Cette annonce est stupéfiante. Comment le président de la République peut-il annoncer un objectif de 100% de reconduites effectives à la frontière alors qu’on sait qu’on est à 4% (selon les chiffres de la Cour des comptes)? On est en dehors de toute réalité…
Car la réalité est que la longueur des procédures d’examens des dossiers de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), prolongées de recours presque systématiques auprès de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), la non-exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF) amènent à une situation de maintien quasi général des déboutés de l’asile sur le territoire. Une fois que tous les recours sont épuisés, ce qui peut prendre plusieurs années, ces derniers viennent grossir les rangs de l’immigration illégale tolérée de fait. Chaque jour passé en France est alors un pas vers la régularisation, facilitée par la circulaire VALLS de 2012.
Face à cela, l’exécutif annonce vouloir réduire les délais d’instruction des dossiers pour les demandeurs d’asile, en accroissant les moyens de l’OFPRA et de la CNDA. Faut-il rappeler que c’était déjà l’une des ambitions de la loi COLLOMB de septembre 2018, il y a à peine plus d’un an ...?
 
Une telle politique a un coût important ! La France peut-elle le supporter ?
Il faut d’abord noter que c’est très difficile. Concrètement, cela veut dire que l’immigré débouté doit être accompagné par deux policiers, qu’il faut donc payer trois billets d’avion, qu’il faut affronter les esclandres qui éclatent souvent, les autres passagers qui "défendent" le débouté, etc. Et surtout, il faut que le pays de retour accepte de le recevoir. Il est donc sans doute nécessaire d’accroître les moyens sur la reconduite à la frontière (et en priorité sur les services de police) mais il est douteux que cela ait un effet très significatif.
Preuve de la difficulté, aucun pays européen n’a de bons résultats en la matière. L’Australie, qui est souvent citée en exemple d’une politique migratoire stricte, non plus. Mais je cite l’Australie car elle a compris une chose simple : en attendant de trouver le moyen de faire effectivement quitter le territoire aux immigrés illégaux, elle tâche de limiter drastiquement leur entrée.

Paru sur Figarovox, 6 novembre 2019
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La France à la merci de l’ennemi intérieur
 
La République feint d’avoir à l’œil les émeutiers des cités. Pour la version officielle, ce ne sont que des petits voyous. Des sociologues aux yeux clos confirment la banalisation du phénomène : selon eux, ce profil de décervelés serait commun à tous les quartiers "sensibles". Lundi, le premier ministre a donc qualifié de "petite bande d’imbéciles et d’irresponsables" les incendiaires du centre culturel de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines). Tout juste si Édouard Philippe ne les a pas menacés d’une fessée. Les faits : samedi soir, une centaine d’encagoulés, armés de barres et de bâtons, ont affronté la police, piégée dans un guet-apens. La canaille a fait usage de tirs de mortiers artisanaux, avant de mettre le feu à L’Arche : un lieu inauguré en juin 2018 et destiné à faire découvrir aux enfants les arts de la scène et du cirque. À aucun moment, des familles de la cité de La Noé n’ont cherché à s’interposer. Le gouvernement invoque une énième guerre de bandes et de dealers de drogue. Ces causes existent. Mais l’occultation de l’aspect politique de ces sortes d’intifadas signe le désarroi du pouvoir. Il est à la merci de l’ennemi intérieur.
 
En fait, cela fait des décennies qu’est resservie la même fable des enfants sauvages dans la jungle des villes. Ils seraient l’unique origine des violences urbaines. Ce baratin est celui des naïfs et des désinformateurs. Les enragés, prêts à tuer du flic, sont plus gravement les bras armés d’une contre-société vindicative. En son sein s’élaborent les discours de haine contre la nation. Elle est présentée comme une puissance coloniale, symbole de l’Occident décadent. La propagande, qui sublime la résistance palestinienne, entretient également la confusion entre Israël et la France. Les cibles des "jeunes" ne doivent rien au hasard. Elles révèlent l’objectif qui sous-tend les affrontements. Les caisses d’allocations familiales (CAF) sont préservées des assauts. En revanche, les écoles et les établissements culturels (médiathèques, bibliothèques, maisons de quartier, etc.) sont détruits pour ce qu’ils représentent d’une civilisation étrangère. Le 1er novembre, c’est une école de Béziers qui a été incendiée. La faute à Halloween, paraît-il…
 
C’est dans ce contexte explosif qu’une partie de la gauche, Jean-Luc Mélenchon en tête, a choisi de pactiser avec les promoteurs de l’islam politique, dans une manifestation commune dimanche à Paris. Le président de La France insoumise a répondu à l’appel "Stop à l’islamophobie !" lancé par des organisations proches des Frères musulmans. Yannick Jadot (EELV) (qui en définitive ne manifestera pas), Philippe Martinez (CGT), Benoît Hamon (Génération. s), Olivier Besancenot (NPA), la Ligue des droits de l’homme ont joint leur nom à ce front de la honte. Il confirme le naufrage des nouveaux collabos. En quête d’électeurs, ils flattent les discours victimaires des islamistes. Alors que les chiffres du gouvernement pour 2018 montrent que les actes antimusulmans (100) ont connu leur plus bas niveau depuis 2010, les pétitionnaires assurent que "depuis des années, les actes qui les visent s’intensifient". L’attentat contre une mosquée de Bayonne par un vieux cinglé et la remarque faite à une mère portant le hidjab dans un lieu public suffisent à leur démonstration.
 
La trahison de Mélenchon et de ses alliés est celle de leaders "antiracistes" qui ont renoncé à attirer l’électorat musulman vers la République, pour aller au contraire vers les plus radicaux. Les islamistes, qui injurient la nation, ne pourront que triompher des prises de guerre qu’ils exhiberont dimanche. Certes, ce rapprochement islamo-gauchiste n’est que l’aboutissement d’une convergence entre la gauche marxiste et l’islam révolutionnaire : ils voient tous deux le musulman comme le damné de la terre. Cependant, ce serait oublier que ce sont les actes antijuifs (541) qui ont bondi de 74 % en 2018, sous l’effet d’une judéophobie promue par la culture coranique. À quelques jours des massacres du 13 novembre 2015, notamment au Bataclan, il est scandaleux d’entendre les militants de l’islam totalitaire se lamenter sur leur sort, consolés par ceux qui, à gauche, ne voient des "fascistes" que dans le peuple français abandonné. Les citoyens n’oublieront probablement pas cette débandade.

Paru dans Le Figaro, 8 novembre 2019
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Le voile islamique

A notre époque, le fait pour beaucoup de musulmanes de sortir la tête couverte est souvent perçu comme une exclusivité de la religion islamique. Or, l’origine de cette tenue est très antérieure à l’apparition de l’islam. Toutes les civilisations, celles de l’Antiquité grecque et romaine comme celles des Perses, des Pharaons et de l’Ancien Testament, ont connu cette pratique qui n’avait rien de religieux et pouvait aussi concerner les hommes, en particulier chez les juifs.

La dimension religieuse du voile féminin est apparue avec le christianisme comme le montre l’universitaire Bruno-Nassim Aboudrar dans un livre récent, Comment le voile est devenu musulman (Flammarion, 2014), où il commente les recommandations de saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens (11, 2-16) ainsi que l’interprétation qu’en ont faite deux Pères de l’Eglise, saint Clément d’Alexandrie et Tertullien.
Suivant l’exemple de la Vierge Marie, que l’on n’imagine pas non voilée, des générations de chrétiennes laïques ont porté mantille, foulard ou chapeau pour se rendre à l’église. Cette tradition perdure chez une partie des catholiques et chez les orthodoxes. Quant au voile des religieuses, il signifie leur consécration à Dieu, état de vie inconnu en islam. Le christianisme ne fait pas de la tête couverte une obligation civile ni même morale, mais en Europe le couvre-chef a longtemps fait partie de la tenue habituelle des femmes.


Chez les Arabes d’avant l’islam, seules les femmes des couches aisées et libres portaient un voile pour se distinguer des servantes et des esclaves. Mais, très vite, cette tenue a eu une double dimension, à la fois civile et religieuse, comme le rappelle l’imam Hassan Amdouni, établi en Belgique, dans un manuel récent sur la toilette féminine : "L’islam est une religion qui englobe la vie dans tous ses aspects […] parce qu’elle émane de Celui qui a créé l’être humain et qui sait, par conséquent, ce qui lui convient le mieux" (Le hidjâb, Maison d’Ennour, Paris, 2001, p. 14).
 
Le "voile"dans le coran
Trois versets coraniques abordent la tenue vestimentaire et le comportement des femmes hors de leurs foyers. Sur ce point, les traductions effectuées par certains spécialistes français utilisent indistinctement le mot "voile" alors que les textes arabes comportent trois vocables ayant un sens différent dans chacun des versets.

> Coran 24, 31 : "Dis aux croyantes de baisser leurs regards, d’être chastes, de ne montrer que l’extérieur de leurs atours, de rabattre leurs voiles sur leurs poitrines […]. Dis-leur encore de ne pas frapper le sol de leurs pieds pour montrer leurs atours cachés".
Le mot arabe est ici khimâr (khumur au pluriel). Il désigne "tout ce qui cache". La tête et les cheveux n’étant pas mentionnés, on peut comprendre qu’il s’agit d’un fichu-châle servant à couvrir le décolleté.

> Coran 33, 59 : "Prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de se couvrir de leurs voiles : c’est pour elles le meilleur moyen de se faire connaître et de ne pas être offensées".
Le mot arabe est ici jalâbîb (pluriel de jilbâb). Il désigne un ample vêtement (robe, cape ou manteau) couvrant les habits de dessous, donc plus enveloppant que le khimâr. Là non plus la tête et les cheveux ne sont pas mentionnés.

> Coran 33, 53 : "Ô vous qui croyez ! N’entrez pas dans les demeures du Prophète sans avoir obtenu la permission d’y prendre un repas, et attendu que le repas soit préparé. […] Quand vous demandez quelque chose aux épouses du Prophète, faites-le derrière un voile. Cela est plus pur pour vos cœurs et pour leurs cœurs"
Dans ce verset, qui ne concerne que les femmes de Mahomet, le mot arabe est hidjâb. Il signifie "tenture" ou "rideau", comme le montre son usage dans d’autres passages où il évoque le fait de dérober aux regards et de séparer certains lieux et certaines personnes entre eux (cf. 7, 46 ; 17, 45 ; 19, 17 ; 38, 32), mais aussi le fait de voiler le cœur et l’intelligence (cf. 41, 5), ou encore de maintenir la séparation entre Dieu et l’homme (42, 51).

Ainsi, le Coran pose des principes sans pour autant décrire un vêtement islamique-type pour les femmes.

 
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Depuis l’origine, les juristes musulmans considèrent le port d’une tenue féminine enveloppante comme obligatoire. Pour pallier l’imprécision du Coran quant à la forme des vêtements que la musulmane doit porter, ils ont eu à définir les parties du corps féminin qui doivent être cachées à la vue des hommes, sauf ceux, parents ou autres de la femme concernée dont le Coran donne la liste : pères, beaux-pères, fils, frères, etc. (24, 31).

          Que faut-il voiler et à quel âge ?
Les juristes se sont basés sur le concept de
‘aoura (pudeur, intimité) ; celui-ci fait l’objet d’interprétations qui peuvent être divergentes selon les écoles juridiques et les idéologies.
Hassan Amdouni : "Pour la femme, la ‘aoura comprend tout le corps, y compris les cheveux, exception faite du visage (de la racine des cheveux jusqu’en dessous du menton et d’une tempe à l’autre), des mains et des pieds (en dessous du talon d’Achille)" (Le hidjab, op. cit., p. 33).
Cette définition se fonde sur un récit contenu dans la Sunna (Tradition mahométane), seconde source du droit en islam. Au cours d’une visite d’Asma, sœur aînée d’Aïcha, l’épouse préférée de Mahomet, ce dernier devant la tenue légère de sa belle-sœur, détourna la tête et dit : "Il ne convient pas à une femme, à partir du moment où elle a ses règles, de montrer autre chose que ceci et cela", désignant d’un geste son visage et ses mains (relaté par Abou Dawoud, cf. H. Amdouni,op. cit., p. 28).
Le port de la tenue islamique est requis à partir de la puberté, mais la femme ménopausée est autorisée par le Coran à s’en dispenser (24, 60).

 
           Un droit variable
 Il en résulte, pour Amdouni, que les quatre principales écoles juridiques du sunnisme (hanéfite, malékite, chaféite et hanbalite), ultra-majoritaire dans l’islam, autorisent le dévoilement du visage et des mains, à condition que cela ne provoque pas la tentation (Le hidjâb, op. cit., p. 35-36). Mais, selon Ghassan Ascha, islamologue libanais diplômé de la Sorbonne, seule l’école hanéfite permet le dévoilement du visage et des mains, les trois autres ne l’admettant qu’en cas de force majeure, les soins médicaux par exemple (Du statut inférieur de la femme en islam, L’Harmattan, 1987, p. 126).

D’autres savants musulmans assurent que les malékites et les hanéfites n’autorisent le visage découvert qu’à condition que celui-ci ne soit pas fardé. Certains citent en outre un hadîth (propos de Mahomet) réputé authentique, selon lequel
"quand elle [la femme] sort de la maison, le diable lui souhaite la bienvenue". Donc, la femme tout entière est ‘aoura, ce qui rend le voile intégral obligatoire (P. Newton et M. Rafiqul Haqq, La place de la femme dans l’Islam, Dossiers Sénevé, Paris, 1995, p. 7).
 
           La conception islamiste
Par ailleurs, pour Salah-Eddine Boutarfa, juriste tunisien diplômé de l’Université de Paris, c’est à tort que le mot "atours" (qu’il faut cacher, selon le Coran en 24, 31, cf. supra), zînaen arabe, a été traduit par "visage" par certains jurisconsultes, alors que la traduction correcte est "ornements". "Il ressort de cette grossière méprise qu’elle a été faite volontairement, à seule fin d’atteindre le but fixé : créer de toutes pièces une interdiction formelle alors que rien ne la justifiait" ("Le voile et l’islam", revue de l’Institut des Belles Lettres arabes, Tunis, n° 104, 1963).
Cette traduction et ce récit permettent en effet aux idéologies islamistes d’exiger que l’intégralité du corps de la femme soit rendue invisible. Depuis la deuxième moitié du XXème siècle, les adeptes du salafisme et du wahabisme veulent appliquer les fatouas (avis religieux) très rigoristes d’Ibn Taymiyya. Pour ce juriste damascène du XIVème siècle, le visage doit être caché par le voile. C’est aussi ce que préconise l’islamiste pakistanais contemporain Mawdoudi (1903-1979), dans son ouvrage El hidjâb (cf. G. Ascha, op. cit., p. 128). Dans certains milieux, une musulmane dévoilée est considérée comme nue.
Certains estiment que même la voix féminine relève de la
‘aoura à cause du trouble qu’elle peut provoquer chez l’homme qui l’entend (Abdelwahab Bouhdiba, La sexualité en Islam, PUF, coll. Quadrige, 1975, p. 53). Le voile intégral (cf. infra) est alors une façon d’empêcher la femme de parler en public.
 
           Les modèles de voiles
La tenue islamique des femmes varie selon les cultures, les pays et les écoles juridiques. On peut distinguer deux catégories.
 
a) Le jilbâb (vêtement ample, épais et dissimulant les formes, cf. supra) revêt différentes formes :

- L’abaya maghrébine, de couleur foncée ou pastel, laisse le visage et les mains découverts.
- Le haïk algérien, taillé dans une cotonnade de couleur ivoire, comporte une robe souple, le tissu sur le visage, sauf les yeux, pouvant être orné de broderies. Disparu lors de l’indépendance de l’Algérie (1962), il est réapparu dans les années 1990 sous l’influence de l’islamisme.
- Le tchador, lourde pièce de tissu noir laissant le visage et les mains découverts est porté par les chiites (Iran, Irak, Liban, Bahreïn, Yémen). Interdit par Réza-Chah Pahlavi en 1936, il a été rendu obligatoire par Khomeyni en 1979.
- La burqa gris-bleu, assortie d’un grillage en tissu masquant le visage, a été imposée par les Talibans dès leur arrivée au pouvoir en Afghanistan, dans les années 1990. Elle est aussi portée au Pakistan et dans d’autres pays d’Asie centrale.
- Le niqab noir recouvrant tout le corps, y compris le visage (avec une fente pour les yeux ou un voile de visage plus fin pour permettre d’y voir) et les mains (gantées), est obligatoire en Arabie-Séoudite et dans divers pays de la péninsule Arabique. On le rencontre aussi beaucoup en Egypte. Il est également porté en Irak et en Syrie où on l’appelle izâr. L’Etat islamique (Daech) l’impose partout où il s’installe (Irak, Syrie, Libye, Nigéria, etc.), y compris aux chrétiennes et aux yézidies.
b) Le hidjâb ne concerne que la tête. Il consiste en un foulard serré autour des cheveux, des oreilles et du cou, dont la couleur, qui peut être chatoyante, est laissée au choix. Il est en principe, mais pas systématiquement, assorti d’une longue robe ou d’une tunique couvrant un pantalon. Le hidjâb n’est lié à aucune culture et constitue la tenue la plus répandue. Interdit en Turquie par Atatürk en 1926, il est autorisé et encouragé dans ce pays depuis 2013. Emine Erdogan, l’épouse du président de la République, ne sort jamais sans son voile.
 
Pour conclure
Nonobstant ses variantes, "entre le voile [hidjâb] et la burqa, il n’y a qu’une différence de degré, non de nature" (Hanifa Chérifi, membre du Haut-Conseil à l’intégration, Le Monde, 16-17 décembre 2001).
Leïla Babès, sociologue franco-algérienne, estime que "l’usage de ce concept [hidjâb] comme voile de la femme, et de surcroît appliqué à l’ensemble des musulmanes alors qu’il est réservé aux épouses du Prophète, est un abus et un détournement de sens, qui devrait être d’autant plus transgressif que le Coran réserve à celles-là un statut particulier : “Ô femmes du Prophète, vous n’êtes les pareilles d’aucune autre femme” " (33, 32) (Le voile démystifié, Bayard, 2004, p. 22).
Envoyé par l'auteur, paru sur associationclarifier.fr, La Petite Feuille Verte, 5 novembre 2019
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Les inutiles ont pris le pouvoir partout
 
De partout les peuples des villes descendent dans la rue brandissant le drapeau de leur pays. Les peuples des campagnes n’ont pas besoin de drapeau pour être attachés à leur terre. Avec le concours des médias partout rachetés par la finance, des gens qui ne savent pas faire grand-chose ont pris le pouvoir en flattant l’affect du peuple qui les a crus, tellement ils ratissaient large. Partout les peuples sont plus que déçus car ces gens pour faire croire à leur utilité, continuent à flatter, à détruire le tissu social, à rêver, à créer des normes pour les vérifier, à créer de l’argent pour le dépenser et se croire puissants comme l’empereur nu du conte d’ANDERSEN. Ainsi actuellement nous avons Emmanuel MACRON.
 
La destruction de la civilisation est leur première occupation, toujours déguisée en croisade pour le bien. On crée les droits de l’enfant soi-disant pour le protéger mais dont le résultat est de tuer l’autorité parentale indispensable à la structuration de l’enfant et donc de tuer la famille. On crée des normes dans tous les domaines soi-disant pour protéger mais dont le résultat est de rendre tout beaucoup plus cher, d’appauvrir tout le monde, et de permettre en plus une rapine générale en sanctionnant leur non-respect. On crée une vérité totalement artificielle et idéologique, serinée par les médias, et qui pour être crédible consomme une énergie folle comme la colle pour faire tenir le château de cartes alors que la pomme au bout de sa branche n’a besoin de rien pour résister au vent. Tout devient obligation et interdiction pour atteindre le rêve inatteignable des inutiles qui dépensent l’énergie de leur peuple en les réduisant à des spectateurs, des auditeurs, des lecteurs, des consommateurs et des électeurs. De partout tout naturellement les peuples se détournent de cette obligation de servitude. Ils ne votent plus. Ils n’acceptent plus de voir leurs pays détruits par leurs dirigeants. Ils n’acceptent pas les obligations de parité quand on fait l’impasse sur la parité dans les maternités. Mais ils n’ont pas le droit de le dire.
Et pendant ce temps-là les problèmes s’accumulent, tous liés au fait que le pouvoir ne s’intéresse qu’à l’inutile, du moment qu’il flatte l’affect du peuple et qu’il justifie sa propre agitation.
 
Tout chef sait depuis l’aube de l’humanité qu’il faut faire faire aux gens dont il a la charge, ce qu’ils font le mieux ou le moins mal. Ce principe évident a été rappelé par David RICARDO dans ce qu’ils ont appelé pompeusement "l’avantage comparatif" comme s’il fallait toujours donner un nom abscons au bon sens pour faire croire qu’on l’a découvert. Le devoir du pouvoir est donc de veiller à ce que chaque citoyen fasse bien ce qu’il fait le mieux ou le moins mal. Mais au lieu de cela, dans l’incapacité de remplir son rôle auquel il n’a pas envie de réfléchir, il se décharge lâchement du problème sur les entreprises dont la vocation est ailleurs : produire et faire reconnaître leurs productions comme des richesses. Il suffit de faire croire grâce aux médias que les entreprises créent des richesses pour justifier la double inutilité coûteuse de simultanément les subventionner et les prélever. Les prélever en mettant à leur charge l’ensemble de la protection sociale du peuple et en confisquant une part de l’argent qu’ils prennent à leurs clients venus reconnaître leur production comme une richesse. Les subventionner de mille façons plus ou moins discrètes mais surtout en laissant, depuis la loi de 1973 et surtout depuis celle de 1985 appelée loi BADINTER, le droit aux actionnaires de pomper les liquidités quand tout va bien mais de laisser les dettes à la collectivité par le dépôt de bilan quand tout va mal. Pile je gagne, face tu perds. Bernard TAPIE a officialisé le dépôt de bilan comme un acte de gestion alors qu’il était la honte avant 1973. Non content de ne pas faire son travail en l’imposant aux entreprises, l’État distribue l’argent qu’il n’a pas, aux citoyens qu’il ne sait pas rendre utiles. Si par hasard un édile veut rendre utile un chômeur, l’URSSAF sort de sa niche pour l’accuser de travail dissimulé puisqu’il ne prend pas en même temps en charge la protection sociale de tout le monde y compris des salariés de l’URSSAF.
 
En même temps comme dirait certain, la démocratie devient un mot ridicule alors que Jean BODIN en avait admirablement donné le sens au XVIe siècle comme une des trois formes de république avec la monarchie et l’aristocratie. Il ne peut y avoir de démocratie que si les électeurs ont quelque chose à perdre s’ils choisissent des incapables. Athènes l’avait parfaitement compris en limitant le droit de vote aux producteurs de blé et d’huile d’olive comme le XIXe siècle avait aussi tenté de le respecter en limitant le droit de vote à ceux qui payaient des impôts. La formule étonnamment stupide d’ "un homme, une voix" permet à la finance de placer ses hommes en achetant l’affect du peuple avec l’argent de ce peuple qui n’a que le droit de s’appauvrir. La finance, pour continuer à tenir son monde, a transformé la démocratie en dictature des minorités grâce à ses pions et aux médias. Comment s’étonner que l’abstention devienne la réponse intelligente des peuples ?

Mais le plus gros problème reste l’espace de jeu des acteurs économiques et les drapeaux brandis par les manifestants sur toute la Terre montrent où est le bon sens des peuples. Personne n‘a jamais vu quiconque, à part la pseudo élite qui en vit, brandir un drapeau européen dans une manifestation. On a oublié qu’à l’intérieur d’une même nation c’est le donner-recevoir-rendre qui est la règle économique de base alors qu’entre nations, seul le troc est sérieux. L’ONU avait unanimement reconnu cette évidence dans la charte de La Havane de 1948 en créant l’Office International du Commerce (OIC). Pour plaire à l’armée d’inutiles, on a créé à Genève en 1995 l’OMC, cette organisation imbécile qui essaie de créer entre les États une organisation faite d’interdictions et d’obligations sous le parapluie d’un but réputé commun, la fin de la pauvreté. L’OMC a pris soin de définir dogmatiquement la pauvreté comme l’incapacité à emprunter pour dépenser. Fabriquez de la monnaie, déversez-la par hélicoptère et vous aurez vaincu la pauvreté. Tel est le dogme des inutiles qui rêvent d’une civilisation mondiale impossible mais qui s’acharnent à détruire les civilisations existantes en prétextant que les races comme les nations n’existent pas. Dire qu’elles existent est immédiatement traduit comme une volonté de croire sa nation ou sa race supérieure. Ce mensonge est tellement répété qu’il en deviendrait presque vérité, Sachez différencier un chêne d’un sapin et vous serez immédiatement accusé d’en mépriser un. Il est triste de voir les banques allemandes creuser leurs tombes en prêtant sans retour possible aux banques du sud de l’Europe, l’argent qu’il leur faut pour que leur peuple achète allemand. Avec Target 2, l’Union européenne, autre nom du 4e Reich, est bien mal partie.
Ainsi va le monde en attente de ce qui balaiera ces inutiles au pouvoir qui, pour y rester, fabriquent à la pelle de nouveaux inutiles dans l’éducation nationale, et de l’argent pour tenir encore un peu en consommant l’énergie du futur.

Envoyé par l'auteur, paru sur surlasociete.com, 3 novembre 2019
Publié dans Du côté des élites
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