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"Ainsi va le monde… et c’est ainsi depuis toujours !"
 
De la crise de modèle à l’implosion du système
2006 : Crise des matières premières, le brut surfait autour des 150 $ le baril. Les meilleurs experts spéculaient allègrement à l’époque sur des hypothèses à 200, 400 $... Un baril autour des 50 $ n’était absolument plus imaginable compte tenu de la pression de la demande des BRICS, soit quasiment un milliard de nouveaux entrants, qui ont rallié notre modernité de façon spectaculaire en 25 ans. Pour autant ce transfert de modèle n’a concerné qu’une minorité de classes moyennes émergentes au sein de ces pays, ce qui laisse actuellement 5 milliards d’individus en dehors des critères de prospérité et de développement portés par notre vieil Occident… Ce dernier qui ne représente plus que 7,5 % de la population et à peine 40 % de la création de richesse (1) mondiale s’est depuis enfermé dans une crise de décroissance et une implosion de gouvernance qui ont contribué à déstabiliser son hégémonie sur le monde en une décennie…
Pourtant les signaux faibles étaient là depuis longtemps, annonciateurs d’une remise en cause de notre modèle matérialiste reposant au cours du XXème siècle sur la surenchère des énergies carbonées…
 
2008 : Crise des crédits hypothécaires américains, connue sous le nom des "subprimes". Greenspan, qui a été le concepteur avec Clinton de cette superbe supercherie bancaire, destinée à faire croire au bas de la classe moyenne américaine qu’elle deviendrait enfin et rapidement riche, a réussi à faire exploser l’économie mondiale en quelques semaines suite aux tensions sur les taux d’intérêts qui étaient liées à l’envol des prix des matières premières. Suite aux spectaculaires faillites bancaires, Greenspan devant le Congrès a avoué que "jamais il n’aurait imaginé un tel effondrement du modèle… ". Pourtant il a fait partie de ces apprentis sorciers adulés par toute la sphère financière et politique qui a neutralisé intentionnellement toute forme de contrôle et régulation politique pour faire du profit rapide et facile. Sans tomber dans la psychose du complot, on ne peut ignorer la responsabilité de tous ces cercles cyniques qui se sont enrichis de façon outrancière et sans scrupule en manipulant les opinions. De nouveau les signaux faibles étaient là annonciateurs d’une crise systémique beaucoup plus grave que la crise de modèle révélée par la crise des matières premières deux ans auparavant. Mais au "royaume des aveugles les borgnes sont rois" surtout quand la cupidité et l’avidité remplacent la lucidité et l’honnêteté…
 
Depuis, les effets induits de cette double spéculation sur les matières premières et sur les produits financiers ont généré une crise sans précédent de notre modèle urbain, énergétivore et consumériste qui a assuré à un petit milliard d’individus paix, prospérité et bien-être pendant quasiment 7 décennies. Il est vrai qu’aujourd’hui nous mourrons plus facilement d’obésité et souffrons plus de "burn-out" dans nos sociétés opulentes que de famines ou de guerres fratricides… Cela s’est traduit par des successions d’effondrements économiques dans les secteurs de l’immobilier et de la construction, de l’automobile mais aussi et surtout des activités financières et bancaires avec notamment la révélation des opérations Sponzi autour des produits dérivés des Hedge Funds. Dix ans après, tout le monde a oublié les ravages de ces effets dominos, pour recommencer de plus belle…
Pour tenter de maitriser la situation nos grands argentiers ont inondé le monde de liquidités avec la stratégie des "quantity-easing" (2) initiée par la FED américaine. Au lieu de se mobiliser sur une transformation du modèle en profondeur pour le rendre plus robuste, et d’investir une fois pour toutes dans une nouvelle société moins énergétivore et plus résiliente, le système financier et politique n’a fait que développer et multiplier de nouvelles bulles spéculatives (3). La plus extravagante étant celle des Bitcoins… Ces bulles s’avèrent actuellement pires et plus folles encore que celles de 2006/2008 sur les marchés obligataires et sur les marchés actions, avec en toile de fond une explosion des dettes, qu’elles soient souveraines (en Europe) domestiques (Etats-Unis) ou privées (Chine) (4). Pour autant les banquiers nous assurent encore aujourd’hui que tout est sous contrôle alors que tous savent et affirment en coulisse que le prochain krach sera beaucoup plus grave et intense que celui de 2008. De nouveau "il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut rien entendre… " Le déni de réalité est total !
 
Les modes de résolution de cette crise systémique, déjà testés au Japon qui a servi de laboratoire dans les années 2000, n’ont fait que générer depuis dix ans des logiques déflationnistes, contribuer à la montée d’un chômage structurel et fissurer la cohésion occidentale. Ce fut le cas en particulier en Europe sur les questions énergétiques où tout a volé en éclat aux lendemains de Fukushima avec l’abandon radical du nucléaire par l’Allemagne et l’envolée des stratégies carbonées. Comment imaginer un budget, une diplomatie ou une défense commune quand nous n’avons pas été capables de nous accorder a minima sur une simple stratégie de coordination de nos intérêts énergétiques quand il le fallait… Depuis nous sommes pris en otage par les stratégies russes avec leurs gazoducs sur la Baltique et sur la Méditerranée orientale et par celles des américains avec leur LNG issus de leurs schistes bitumineux. Pauvre Europe ! Si riche et si impuissante… Progressivement nous sommes entrés dans une crise profonde de la social-démocratie avec la montée des partis extrémistes et l’affirmation de postures égoïstes au sein des jeux d’acteurs qui privilégient désormais des replis stratégiques et le retour brutal de la "realpolitik" (USA, Allemagne, Italie, UK avec le Brexit, pays du groupe de Višegrad, Pologne etc.).
 
De la défiance vis-à-vis des élites à l’effondrement de l’autorité des Etats
L’effondrement de la légitimité et de la crédibilité des exécutifs qui en a résulté sur les dernières consultations depuis 2016 n’est que la résultante de l’implosion globale du système de vie que nous n’avons pas su transformer au cours des 30 dernières années. Pourtant tous les indicateurs et analyses nous invitaient à faire preuve d’audace créatrice dès les années 70/80, notamment en termes d’évolution de nos modèles de vie et de gouvernance (5). Jamais les élections n‘ont connu un tel niveau de désaveu et d’indifférence des populations. Les scores atteints par l’abstention, notamment en Europe, révèlent partout des décrochages considérables en termes d’adhésion entre les populations et les élites qui portent des programmes politiques. Les effets de séduction propres aux consultations électorales se dissipent vite et la plupart des politiciens retombent très vite sur leurs socles très marginaux de supporters qui ne représentent chaque fois qu’un faible pourcentage de la population. Les mêmes phénomènes de défiance et de rejets se développent vis-à-vis des médias et des "experts accrédités" qui véhiculent inconsciemment les pathologies collectives et les paradoxes de nos sociétés. La défiance s’est installée à tous les étages. Elle n’est que la traduction d’un profond décrochage des opinions vis-à-vis de ce que les élites dénomment "la mondialisation heureuse" … Elle traduit un sentiment de trahison et de mépris des populations qu’il ne faut plus sous-estimer !
 
Désormais les effets de surprise, pour ceux qui ne veulent rien voir, se multiplient ici et là, alors que tout est si évident pour ceux qui vivent au contact de nos sociétés. Ce fut le Brexit, puis l’élection de Trump, la réélection de Poutine, d’Erdogan et de Rohani, ainsi que les référendums d’autonomie et d’indépendance sur le maillon faible que constitue l’Europe. Ces consultations jugées "populistes" font sourire nos chroniqueurs qui ne voient que l’expression de "farces politiques" alors que nos constitutionnalistes tremblent en voyant s’ouvrir un peu partout des boites de Pandore nationalistes.
Ce sont les coups de boutoir des pays du groupe de Višegrad, rejoints par l’Italie, face à une Allemagne divisée sur la question des migrations.
Ce sont les coups de menton de la Pologne et de la Lituanie, sur cet "intermarium" cher à Pilsudski (6), face à la Russie.
C’est l’OTAN qui instrumentalise ces montées de tension pour essayer de relégitimer sa signature sur l’Europe orientale alors que l’Union européenne est devenue quasiment inaudible, si ce n’est inexistante face au réveil des pulsions identitaires et aux chocs sécuritaires qui secouent nos vieilles démocraties. Ne parlons pas de son impuissance chronique face aux ultimatums de Donald Trump qui exige qu’elle devienne plus responsable sur le partage du fardeau militaire au sein de l’Alliance atlantique…
Mais ce sont aussi les "mal élus" français et allemands, actuellement en baisse de popularité, qui essayent tant bien que mal, de sommets en sommets, ou de déclarations en déclarations parfaitement scénarisées, de réveiller une institution quasi moribonde.
L’Europe est bien morte à Pristina avec les opérations sur le Kosovo en 1999 et suite aux accords sur le referendum d’autodétermination qui justifient désormais toutes les transgressions du droit international en interne et sur les marges de l’UE (7). Il n’y a que les technocrates de Bruxelles qui ne l’ont toujours pas compris, à moins qu’ils ne simulent volontairement une forme d’autisme politique afin de gagner du temps.
 
Nos exécutifs, en perdant la relation de confiance avec les populations, ont favorisé la fractalisation territoriale à laquelle nous commençons à assister. Elle sera longue et conflictuelle comme toujours dans l’Histoire quand l’autorité de l’Etat se dilue face aux revendications identitaires locales.
L’exemple catalan face à l’Etat central madrilène n’en n’est que la première illustration.
En France les poudrières Calédonienne et Corse attendent en embuscade la bonne fenêtre de tir.
Les Etats mettent tout en œuvre pour résister à cette régression quasi systémique qui ramène la carte de l’Europe à une configuration similaire à celles du XIIIème et XVème siècles. Il en va de leur survie et de la continuité du modèle westphalien qui n’en finit pas de mourir. Mais rien ne pourra entraver cette régression collective car il n’y a plus de projets ou de référentiels qui font véritablement sens pour les populations. Le couple Etat/Nation est en crise profonde et contribue à ce processus de suicide collectif qui parait désormais irréversible au niveau européen. Ce ne sont pas les quelques parodies électorales peu convaincantes des candidats pour les prochaines échéances européennes qui modifieront l’issue de ce processus d’autodestruction. La crise financière et politique italienne en cours finira par achever cette lente agonie et permettra aux allemands de prononcer ce "germanxit" qu’une partie de l’électorat opposé à Angela Merkel souhaite désormais.
 
Implosion de l’Europe et reconfiguration des hégémonies mondiales
Comme personne n’a pu résoudre la crise de modèle, celle-ci se transforme en une crise systémique de gouvernance où chacun se recroqueville sur ses propres intérêts. Cela se traduit, sur un fond de menaces majeures de crise financière et bancaire, par des endettements considérables qui enlèvent aux Etats centraux toute crédibilité politique et aux politiques qui ont œuvré dans ce sens, toute légitimité. L’effondrement de l’autorité des Etats est proportionnel au désenchantement des populations, notamment des classes moyennes, principal objet de convoitise des technocraties qui ont pris ici et là le pouvoir. Ce mouvement de fond génère partout des votes de rejets vis à vis des élites qui représentent ces minorités financières arrogantes et ces technocraties européenne omniprésentes qui sont contestées de partout (cf. les élections en Tchéquie avec Babel, l’arrivée de Kurtz en Autriche qui promeut le retour d’une gouvernance habsbourgeoise, la méthode d’Orban qui accorde la citoyenneté hongroise à toutes les minorités qui ont subi le démantèlement de la grande Hongrie par Clémenceau, les démonstrations antieuropéenne du gouvernement polonais, le programme antieuropéen de la coalition italienne etc…).
 
Ces postures contestataires anti-européennes, improprement qualifiées de "populistes", très hétérogènes dans leurs constitutions et démonstrations de force, contribuent à fractaliser le peu de cohésion et de cohérence du monde occidental. Alors que les USA se replient derrière les slogans de Trump "America First", que la chine se déploie "China First", que la Russie essaye de s’affirmer sur le nœud eurasien aux cotés de l’Iran et de la Turquie pour contrôler le nœud énergétique mondial et que l’Inde monte en puissance pour devenir le pivot de l’avenir du monde à horizon 2050, nous sommes désormais en Europe en pleine implosion socio-politique. Même l’Allemagne, dont tout le monde pensait le modèle social-démocrate indestructible, se retrouve désormais confrontée à ses vieux démons.
La situation est pathétique. Elle ressemble étrangement à celle du Titanic qui a heurté l’Iceberg mais dont l’équipage demande à l’orchestre de jouer plus fort afin que les premières classes ne se rendent compte de rien. Tout le monde connait la suite : le bâtiment qualifié d’insubmersible a sombré sur une fissure horizontale qui a remis en cause les stratégies assurantielles des caissons verticaux. C’est exactement ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux. La défiance et la fractalisation territoriale défient la verticalité de nos Etats et centralités technocratiques. Comme dans le Titanic chacun joue sa partition et affirme "ce qui est juste" pour lui afin de négocier sa place légitime et ses intérêts immédiats, quand il ne s’impose pas par la force sur le canot de sauvetage.
Les actuelles discussions et régulations entre acteurs concernés de l’hémisphère nord, tant européens, américains que russes, autour des questions migratoires et sécuritaires sont assez éloquentes sur le niveau de désagrégation des solidarités. Peu de gens connaissent véritablement les niveaux de brutalités, qui sont actuellement mis en œuvre en coulisse. Tout ceci se déroule dans un climat de confusion intellectuelle et morale qui révèle le vide sidéral sur les plans philosophiques et spirituels dans lequel nous nous complaisons depuis 30 ans.
 
Nous allons bientôt célébrer allègrement le centenaire de la fin de la première guerre mondiale (1918-2018) alors que nous sommes confrontés depuis 5 ans à une remise en cause de tous les protocoles et avenants du traité de Versailles. Cette virtualité médiatique est portée par des politiques qui adorent les commémorations (en France, nous en sommes à 27 par an, ce qui est à psychanalyser…) mais qui sont complètement déconnectés du retour de la "realpolitik" et de l’exaspération des populations sur le terrain.
Orban en Hongrie, comme Erdogan en Turquie, remettent en cause de façon explicite les traités de Sèvres et de Lausanne.
La Pologne demande le rattachement de la Galicie à l’Ukraine.
L’Autriche revendique la Padanie.
La Russie, la Turquie et l’Iran posent dans leurs réunions à Astana "la nouvelle question d’Orient" (8) et enterrent les vieux accords Sykes-Picot (9) sans nous associer à un redécoupage du Moyen Orient.
Le Royaume-Uni est confronté, suite au Brexit, aux revendications d’indépendance de l’Ecosse et de l’Irlande etc…
Tous les "experts accrédités" passent leur temps à sous-estimer la colère sourde des populations. Celles-ci rejoignent de plus en plus les quêtes identitaires, territoriales et religieuses, seuls sauf-conduits pour sortir de l’étreinte gloutonne des Etats en crise et de leurs sponsors, notamment financiers, qui ne cessent d’enfoncer notre pseudo bien être mondialisé, mais surendetté, vers un krach monumental. Beaucoup ont vu dans les soubresauts des printemps multicolores des révoltes emblématiques comme sur les places Tahir au Caire, Maïdan à Kiev, Taksim à Istanbul… Beaucoup ont cru à l’avènement d’une société mondiale plus démocratique et égalitaire. C’est l’inverse qui a jailli de ces pulsions naïves avec l’affirmation de régimes autoritaires, dictatoriaux (voire quand il n’y a plus d’Etats de mouvements radicaux qui sèment partout leurs graines de haine et de mort).
 
La mode désormais, dans les colloques, et dans les tribunes des journaux est de disserter sur la "nouvelle dangerosité" du monde, sur "l’instabilité" des relations internationales et sur "l’irrationnalité" des jeux d’acteurs. Comme si Donald Trump et Kim Il Jung étaient des cinglés alors que nous avons affaire aux dirigeants les plus rationnels et les plus déterminés qui soient sur le plan géostratégique pour imposer au monde une nouvelle partition, celle qui permet à leurs intérêts de s’imposer contre tous les autres. C’est ce qu’ils ont fait le 12 juin à Singapour, après avoir créé un brouillard politico-médiatique pendant un an, permettant ainsi à leurs services secrets réciproques de faire leur travail en toute discrétion et d’entretenir tous nos "experts accrédités" sur de fausses pistes.
C’est exactement ce qu’avaient fait de façon époustouflante Reagan et Georges Bush avec Andropov puis avec Gorbatchev avec la "guerre des étoiles" pour déboucher sur la rencontre de Reykjavik les 11 et 12 octobre 1986 et la déconstruction du protocole de la guerre froide issue de Yalta, là aussi entre services secrets...
Utiliser la crédulité, voire la stupidité de nos chroniqueurs, n’a pas de prix, surtout quand cela permet de surprendre, de "renverser la table" sur le plan géostratégique et, comme le disait Mac-Namara lors de la crise de Cuba, "d’inventer un nouveau jeu".
 
Qu’est-il sorti de la rencontre d’Helsinki entre Trump et Poutine le 18 juillet, rencontre qui relève exactement des mêmes processus entre diplomaties secrètes ? Tous sont en train de préparer des grands rendez-vous stratégiques sur les 4 à 5 prochaines années, ce qui correspond en termes de fenêtre de tir à leurs mandats respectifs. Trump verrouille ses alliances et fait payer le prix d’un alignement sans concession en réactivant l’arme douanière propre aux puissances maritimes, Poutine finalise ses prises de gage territoriales et revendique sa place dans les prochaines conférences internationales, Xi Jinping multiplie les effets d’annonce autour de son projet de route de la soie (10) et impose au monde une autre lecture du retour de l’empire chinois après "le siècle de mépris occidental", Narendra Modi suggère aux uns et aux autres de ne pas oublier la route des Indes… Chacun y va de sa rhétorique plus ou moins guerrière en sachant que 2019/2020 seront des années décisives de bascule sur le plan des rapports de force en termes de pouvoir et de puissance (11). Toutes les diplomaties secrètes sont prêtes pour les grands rendez-vous géostratégiques qui vont s’enclencher après les élections américaines de mi-mandat en novembre 2018 …
 
"Realpolitik" et sortie de crise
Toutes ces erreurs d’évaluation vis-à-vis de ces moments historiques que nous vivons révèlent le désarroi de nos équipes dirigeantes, particulièrement en France, quels que soient leurs niveaux de formation et d’information, depuis plusieurs décennies. Elles se sont mises en dehors des réalités pour profiter de la vie, cultiver une philosophie du bien être portée par une mondialisation débridée, faire de l’argent facile et rapide à partir d’une financiarisation exubérante et acheter la paix sociale et civile à la petite semaine. Cette vacuité de la responsabilité devant l’Histoire et cette lâcheté collective sont à la base de cette implosion globale de nos systèmes de vie et de décision qui apparait chaque jour un peu plus au travers des coups de boutoir que nos sociétés, notamment européennes, subissent dans tous les domaines qu’ils soient économiques, financiers, migratoires ou sécuritaires.
 
Comment en sortir ?
Par plus de dettes, la fuite en avant de ces 30 dernières années n’ayant pas suffi… ? Par plus de fiscalité, en dépossédant, voire en ruinant les classes moyennes pour continuer à nourrir des Etats incapables d’inventer un autre mode de "vivre ensemble" ?
Par plus de populisme en instrumentalisant les facteurs identitaires, voire religieux et en régressant sur une nouvelle féodalité territoriale ?
Par la soumission et l’abdication sous prétexte que le monde est devenu multiculturel et global, en cédant notre place aux nouveaux entrants, ces puissances centrales d’hier qui revendiquent désormais le rôle de nouveau gendarme du monde à la place des modèles ultralibéraux et maritimes anglo-saxons ?
Messieurs Poutine avec ses agents du FSB, Erdogan avec ses janissaires et Rohani avec ses pasdarans sont sûrement les meilleurs dirigeants que nous pourrions imaginer à moyen terme pour nous assurer un bien-être démocratique… Pourtant beaucoup de nos éditorialistes sont sous le charme de ces dirigeants ; ils opposent souvent les vertus apparentes de l’autoritarisme parfaitement scénarisé de ces dirigeants vis-à-vis de leurs peuples, pour les maintenir sous le joug, avec la perte pathétique d’autorité des nôtres qui font parfois sourire pour ne pas en pleurer de honte …
 
Il reste la solution de céder nos actifs aux chinois et aux indiens dont les prétentions hégémoniques à moyen terme (avec la valorisation de la route de la soie et la réouverture de la route des Indes) sont indéniablement supérieures aux Gafa (12) un peu trop sûrs de leurs pouvoirs transverses et virtuels sur le fonctionnement numérique du monde. Tout le monde sait que leurs constructions, notamment boursières et financières, peuvent s’effondrer du jour au lendemain. Les grands empires ont toujours disparu sur leurs spéculations financières, leurs surenchères guerrières et sur leurs dettes. C’est ce qui constitue actuellement la menace principale pour les Etats-Unis, comme pour ses alliés. En revanche les civilisations se sont toujours imposées par l’émergence d’un nouveau modèle de vie et par l’affirmation de nouveaux modes de gouvernance. L’Occident en est-il de nouveau capable (13) ?
 
La réponse est sûrement du côté de la démographie qui reste l’élément dimensionnant de toute réflexion géostratégique. Pour notre vieil Occident, y compris pour les Etats-Unis, comme pour la Sainte Russie, les courbes sont impitoyables. Elles sont négatives et nous sommes confrontés à des processus de submersion, voire de remplacement sur les prochaines décennies en termes de modèles de sociétés et de civilisation du fait du vieillissement de nos populations. Il en sera de même pour la Chine assez rapidement, ce qui n’est pas neutre dans son actuelle confrontation avec les Etats-Unis en termes d’hégémonie sur les 20 prochaines années (14).
Ce phénomène conduit sur le court terme à un repli grégaire de nos pays de l’hémisphère nord derrière des murs. Nos sociétés s’enferment sur des peurs convulsives qui sont compréhensibles. Mais elles ont pris de mauvaises habitudes. Elles ne souhaitent surtout pas renoncer aux plaisirs jouissifs offerts par la société de consommation qui les infantilise du matin au soir, et de fait elles sont prêtes à n’importe quelle compromission pour faire durer le plaisir. Elles ne vivent plus pour contribuer à un destin collectif, porter une espérance et une universalité comme ce fut le cas pendant plusieurs siècles, notamment avec le Christianisme. Elles n’ont plus envie de se battre pour inventer et imposer un autre avenir. Seuls les Etats-Unis ont, et pour combien de temps encore, cette volonté d’exister et de durer. Ce qui n’est plus le cas de l’Europe. Nous pouvons nous poser la question pour la Russie malgré le patriotisme, et ce côté "village Potemkine" (15) entretenu en particulier par Poutine avec le mondial, pour montrer que son pays n’est pas qu’une puissance régionale (16) et qu’il a encore un rôle salvateur à jouer sur le plan mondial, notamment pour la chrétienté.
 
Quand nous nous complaisons dans la déconstruction des référentiels et des valeurs qui ont assis notre pouvoir et nos facteurs de puissance depuis le XVème siècle, comment imaginer que le petit milliard d’hommes que pourrait constituer une coalition de l’hémisphère nord (USA, Canada, Europe, Russie, Corée, Japon) puisse faire face à tous les prétendants et logiques émergentes sur l’hémisphère sud (17) qui compte 6 milliards d’habitants actuellement, 10 milliards en 2050 ? Ne rêvons pas, ces derniers veulent tout simplement prendre notre place, récupérer nos richesses et nous imposer leurs modèles de société, avec pour la plupart un mépris total vis-à-vis de notre indolence et de nos états d’âmes. Il en a toujours été ainsi dans l’Histoire : les civilisations sont mortelles et les faibles ont toujours été remplacés par des forts. La vision multiculturelle d’un monde parfait et idéal n’est qu’une vision de "bobos" riches et incultes déconnectés des réalités du monde.
Plus personne n’attend le vieux monde occidental pour répondre aux défis du XXIème siècle. C’est trop tard, nous avons 30 ans de retard en termes de réponses sur la transformation des matrices de vie et de gouvernance. Nous avons trop profité de la vie et trop joué avec les profits. Nous n’avons pas assez investi sur le futur et pensé les nouveaux modèles sociétaux. Les Etats-Unis de Donald Trump, qui font rire nos chroniqueurs incultes, essayent tant bien que mal de rester "America first and great again", mais soyons lucides, même avec une logique de coalition entretenue aux forceps sur l’ensemble de l’hémisphère Nord pour contenir les pressions migratoires et économiques à venir de l’hémisphère sud, même avec une nouvelle alliance avec la "Sainte Russie", si tant est que les successeurs de Poutine ne soient pas tentés de basculer vers une autre alliance avec la Chine et vers les "mers chaudes", rien n’empêchera une transformation à très grande vitesse des rapports de force mondiaux. Si les Etats-Unis échouent dans leurs tentatives de maintenir leur hégémonie face à la Chine, ne nous faisons aucune illusion, le monde qui viendra reposera sur l’affirmation d’autres formes de pouvoirs qui seront plus autocratiques, voire dictatoriaux, que ceux qui assurent actuellement d’abord le suicide de l’Europe puis le déclassement progressif de l’Occident. 
 
Quand tout nous oppose sur les plans identitaires, philosophiques et spirituels où se situe la porte étroite d’une éventuelle sortie de crise ? Là est la vraie et la seule question qui compte désormais. Il y a actuellement parmi nos élites une fascination qui prévaut dans les esprits avec l’avènement de "l’Intelligence artificielle". Le sujet est devenu la nouvelle marotte des cercles éclairés… Elle constituerait l’antidote qui permettrait de transformer notre crise de modèle. L’avenir ne s’écrit pas avec une petite boite à outil technologique et avec quelques remèdes économiques vendus par nos nouveaux apothicaires des temps modernes. Il faut des convictions profondes et une vision plus aboutie pour prétendre mener et transformer le destin des peuples. Cela suppose d’abord un réel réveil philosophique et spirituel, avec un autre niveau culturel de nos dirigeants. C’est la véritable bataille à mener pour les générations futures, celle de l’exigence, du courage et de la probité intellectuelle afin de nourrir et d’incarner une vision stratégique. C’est un tout autre défi que celui de l’agitation médiatique et de l’abrutissement des masses comme nous le subissons depuis plusieurs décennies avec tous ces imposteurs et petits technocrates qui entretiennent actuellement la confusion et l’illusion à tous les niveaux. N’oublions jamais ce mot d’Alain "Toutes les passions, comme le nom l’indique, viennent de ce que l’on subit, au lieu de gouverner " (18)
 
Le "chant du cygne" (19) de l’Occident est encore imperceptible pour beaucoup, il suffit pourtant de prêter l’oreille et d’observer tous les signaux faibles autour de la redistribution des cartes en termes de pouvoir et de puissance pour pressentir assez rapidement la nouvelle cartographie des rapports de force qui se dessine entre les civilisations. Les effets d’annonce, les coups de menton, les prises de gage, les effets de surprise, le déclassement des uns, l’émergence des autres constituent les marqueurs des grands jeux en cours. Ils sont normaux pour les historiens qui réfléchissent à l’échelle du temps long.
Finalement ce qui se déroule sous nos yeux n’a rien de surprenant.
L’Histoire a toujours montré qu’il n’y a que des dominants et des dominés avec parfois quelques médiateurs ou régulateurs astucieux. Maintenant rien n’est irréversible dans les jeux d’acteurs en cours, tout est toujours négociable ! C’est ce que nous démontrent quotidiennement tous ces dirigeants que nous prenons pour des "fous". Ils ne sont en fait que la caricature de leur propre Histoire. Cow-boy, tsar, sultan, fils du ciel… ils ont juste envie de réécrire de nouvelles partitions à leur manière. Comme nous n’avons plus envie de dominer ils remettent brutalement en cause les règles du jeu du vieil ordre mondial westphalien que nous avons créé il y a quatre siècles. C’est ainsi, et il en a été toujours ainsi depuis le début de l’humanité… Les faibles laissent inexorablement la place aux forts. Comme l’écrit Machiavel : "pour prévoir l’avenir, il faut connaitre le passé, car les évènements de ce monde ont en tout temps des liens aux temps qui les ont précédés. Créés par des hommes animés des mêmes passions, ces évènements doivent nécessairement avoir les mêmes résultats… "(20)
                                                                        
(1) Le G7 (USA, Canada, Royaume Uni, Allemagne, France, Italie, Japon) lors de sa dernière réunion à Malbey au Canada a représenté 750 millions d’habitants soit 8% de la population mondiale, 35000 milliards de $ de PIB (PPA) soit 32% du PIB mondial, mais 900 milliards de $ en termes de financement des budgets de défense des coalitions militaires (dont 600 milliards pour les seuls USA) soit 75% des dépenses militaires mondiales.
(2) Les "QE" correspondent à la stratégie de banques centrales de recourir à la "planche à billet" pour injecter des liquidités dans l’économie
cf.
https://abc-economie.banque-france.fr/quantitative-easing
(3) Cf. Livre de Marc Touati "Un monde de bulles" – Bitcoin, Bourse, dettes, immobilier…10 ans après le Krach de 2008, comment éviter une nouvelle crise ? éditions Bookelis sept 2018.
(4) Depuis le début de la crise en 2007, la dette mondiale est passée de 57 000 milliards de dollars à 233 000 milliards (source : FMI). Le Japon a le taux d'endettement le plus élevé au monde, soit environ 500% du PIB, tous secteurs confondus. Neuf pays dans le monde ont un ratio de dette publique supérieur à 300% et 39% des pays ont un ratio supérieur à 100%. La Fed a augmenté son bilan de presque 1 000 milliards de dollars fin 2008 au niveau actuel de 4 500 milliards... mais le PIB nominal n'a augmenté que de 2 700 milliards. Environ 900 milliards de dollars ont été investis sur les marchés financiers et ont provoqué un triplement du prix des actions américaines.
(5) Cf : Thierry Gaudin "2100, récit du prochain siècle" - Grande bibliothèque Payot
 Voir aussi  le site Fondation 2100 :
https://2100.org/fondation/
(6) Maréchal Josef Pidulski, créateur de l’armée et père de l’indépendance polonaise au XXème siècle.
Lire à ce sujet "Et si l’Europe avait écouté Josef Pidulski" par Alexandra Viatteau, écrivain conférencière à l’Université de Marne-la Vallée (avril 2005) 
https://www.diploweb.com/forum/pilsduski.htm
(7) Cf. de Jacques Hogard : "l’Europe est morte à Pristina" Hugo § Cie – 2014
(8) Lire l’excellent ouvrage de Georges Corm "La nouvelle question d’Orient" aux éditions La découverte 2017.
(9) Les accords Sykes-Picot – voir 
https://www.monde-diplomatique.fr/2003/04/LAURENS/10102
(10) Cf. le numéro 90 de la revue Diplomatie : "les nouvelles routes de la soie, forces et faiblesses d’un projet planétaire"
(11) Selon le FMI la Chine aurait déjà dépassé en PIB/PPA les USA en 2014
 
https://www.lesechos.fr/24/11/2017/LesEchosWeekEnd/00100-003-ECWE_quand-la-chine-deviendra-t-elle-la-premiere-economie-mondiale--.htm 
Quant à l’Inde elle est devenue sixième puissance économique mondiale et serait troisième en 2030.

https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/comment-l-inde-veut-devenir-la-3e-puissance-economique-mondiale-en-2030-468073.html
(12) GAFA/ acronyme pour définir les géants du numérique soit une quinzaine d’acteurs mondiaux de l’Internet.
(13) Cf. interview d’Andrew Sheng "l’Occident n’a pas d’idées pour gérer les enjeux essentiels" 27 avril 2018
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/04/27/20002-20180427ARTFIG00359-andrew-sheng-l-occident-n-a-pas-d-idees-pour-gerer-les-enjeux-essentiels.php
 https://som.yale.edu/blog/interview-with-andrew-sheng
(14) Cf. d'Isabelle Attané : "La Chine à bout de souffle" (Fayard 2016),
(15) L'expression "village Potemkine" désigne un 
trompe-l'œil à des fins de propagande. Elle fait référence à une opération où le façades des villes et villages traversés lors de la visite de l'impératrice Catherine II en Crimée en 1787 avaient été érigées à base de carton-pâte afin de masquer la pauvreté.
(16) Cf. déclaration d’Obama en mars 2014 : 
https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/la-russie-est-une-puissance-regionale-en-perte-d-influence-selon-obama_1503285.html
(17) https://www.sciencesetavenir.fr/sante/quels-seront-les-pays-les-plus-peuples-en-2050_116673
(18) Cf. Alain : "Mars ou La guerre jugée / De quelques-unes des causes réelles de la guerre entre nations civilisées" - Gallimard 17 novembre 1917
(19) "Le chant du cygne" est une expression qui aurait été utilisée par Socrate, lorsqu’il a été condamné à mort pour impiété, afin d‘expliquer à ses amis combien sa pensée est similaire à cet instant au chant d’adieu de cet oiseau d’Apollon qui revêt une valeur divinatoire avant de mourir. 

http://agora.qc.ca/thematiques/mort/documents/le_chant_du_cygne_ou_la_mort_selon_socrate

(20 cf. Nicolas Machiavel – Le Prince
Envoyé par l'auteur, 7 septembre 2018 (édité sur http://www.xavierguilhou.com)
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Pourquoi le peuple français n'a-t-il plus confiance en ses présidents ?
 
"Si je suis désavoué par une majorité d'entre vous, ma tâche deviendra évidemment impossible et j'en tirerai aussitôt les conséquences". Cette déclaration du général de Gaulle à la veille du référendum de 1969 est emblématique de sa conception de la République, fondée sur le respect des Français. Chez lui, une impopularité présidentielle est inconcevable. La mission du chef de l'État repose exclusivement sur la confiance du peuple. Par le recours fréquent au référendum, le président de la République pose périodiquement la question de confiance à la Nation et il se retire si celle-ci est rompue. La Constitution de 1958 confie des prérogatives importantes au chef de l'État. Mais, selon un principe, qui est le socle de toute démocratie, ce pouvoir a une contrepartie : la responsabilité permanente devant le peuple.
Or depuis 1970, il existe une constante : les présidents de la République sont toujours plus impopulaires les uns que les autres. L'institution présidentielle est prise dans l'engrenage d'une rupture toujours plus profonde avec la Nation. La chute est vertigineuse si l'on prend en compte la cote de confiance des chefs de l'État après un an de manda t: de Gaulle 69%, Pompidou 59%, Valéry Giscard d'Estaing 59%, Mitterrand 57%, Chirac 42%, Sarkozy 33% (Kantar-tns-Sofres). Un sondage Ifop Paris Match de septembre 2018 donne le président Macron encore plus impopulaire que son prédécesseur avec 31% de satisfaits (contre 32%) au même stade de leur mandat.
Les causes profondes de cette déchéance sont multiples.
 
Depuis le tournant des années 1980, le politique échoue face aux grands problèmes de fond des Français : dette publique, déficits, violence et insécurité, chômage de masse, pauvreté, déclin industriel, maîtrise des frontières, situation des banlieues, déclin de l'Éducation nationale. Pour couvrir les échecs, les chefs d'État modernes s'exposent dans une surcommunication. La médiatisation à outrance sert à masquer ou à faire oublier la défaite du politique sur le terrain de la réalité. Cependant, ce faux remède ne fait qu'aggraver le mal. Par cette surexposition, en prétendant incarner à eux seuls le pouvoir politique, dans une logique qui écrase le Parlement et le Gouvernement, les présidents se posent involontairement en boucs émissaires naturels de la Nation, incarnation de ses maux et de ses angoisses. Par le plus tragique des paradoxes, le chef de l'État, censé incarner le prestige national, finit par incarner de facto la déchirure, les souffrances et les angoisses de la Nation.
La question de la responsabilité présidentielle face à la Nation, au cœur de la République gaullienne, est annihilée, comme incongrue. Au contraire, les occupants de l'Élysée se placent dans une posture de rupture avec le peuple. Ils se persuadent de leur vocation à diriger le pays sans le soutien de la population, en ne comptant que sur eux-mêmes (voire une coterie de courtisans). Tel est le paroxysme en politique de la société narcissique et nihiliste décrite par Gilles Lipovetsky dans l'Ère du vide.

Cette erreur fondamentale est une source des malheurs politiques de la France contemporaine. Aucune démocratie ne peut être gouvernée sans la confiance durable de la Nation. Le général de Gaulle a sorti la France de la guerre d'Algérie, son plus grand défi depuis 1945, en s'appuyant sur la confiance du pays. Oui, la France est gouvernable, oui elle est réformable, mais sous réserve de la confiance du peuple en ses dirigeants. Le principe de l'autorité verticale, du haut vers le bas, l'autocratie, est absurde et illusoire dans le monde moderne. Il est inutile d'édicter des normes si la confiance n'est pas au rendez-vous, à tous les niveaux pour relayer les choix de société et les faire vivre.
Un président de la République sans la confiance populaire, qui est la courroie de transmission entre l'Élysée et le monde des réalités, est condamné à l'isolement et à l'impuissance. La confiance du peuple permet seule de légitimer l'action publique et de surmonter les intérêts particuliers et les obstacles intermédiaires. Il n'existe pas d'autorité, en démocratie, ni de réforme possible, en dehors de la confiance populaire. Comment peut renaître la confiance ? Autour de valeurs comme la vérité, la modestie (contraire de la vanité stérile), l'action authentique, l'intérêt général, les responsabilités partagées avec le Premier ministre, les ministres et le parlement, la simplicité, le respect, l'honnêteté, la sincérité, l'écoute, la vision de l'avenir, la volonté unique de servir la France.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 5 septembre 2018 (après parution sur Figarovox, 4 septembre 2018)
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Affaire Vigano : séisme au Vatican !
 
La lettre de Mgr Carlo Maria Vigano, ancien nonce apostolique à Washington de 2011 à 2016, rendue publique le 26 août, est un événement sans précédent dans l’Eglise. Par sa forme – jamais un membre aussi élevé de l’administration vaticane n’était intervenu de la sorte – et plus encore par le fond : les faits rapportés sont effroyables mais d’une précision factuelle qui leur donne une réelle crédibilité, et ce d’autant plus que le signataire révèle principalement des faits dont il a été le témoin direct.

Parmi les informations importantes ici dévoilées, il y a l’existence d’une complaisance au sein de la Hiérarchie vaticane à l’égard de la tendance homosexuelle de certains ses membres et, surtout, le fait que le pape François aurait été informé dès le 23 juin 2013 par Mgr Vigano lui-même au cours d’un tête-à-tête du passé de prédateur sexuel du cardinal McCarrick (il y a chez cet homme une dimension diabolique), ancien archevêque de Washington et haute figure de l’épiscopat américain. Mgr Vigano affirme que les déviances de McCarrick ont été découvertes vers la fin des années 2000 et que Benoît XVI avait pris des sanctions restées secrètes contre lui dès 2009-2010 mais qu’elles ne furent jamais suivies d’effet. Or McCarrick, homme de grande influence, a continué à jouer un rôle important, tout particulièrement comme conseiller de François depuis son élection en 2013. Y a-t-il réellement eu des sanctions et pourquoi alors Benoît XVI n’a-t-il pas été obéi ? Et, surtout, pourquoi a-t-il fallu attendre l’été 2018 pour que François se décide enfin à sévir contre McCarrick ?

Certes, on peut toujours s’interroger sur la méthode de l’ancien nonce de dévoiler publiquement ce qu’il sait – ce qu’il justifie par le fait que toutes ses mises en garde sont demeurées sans réaction de ses supérieurs –, on peut aussi penser qu’il eût mieux fait de s’en tenir aux faits sans aller jusqu’à demander la démission du pape, mais vu l’ampleur du désastre, ces aspects deviennent secondaires, car le texte de Mgr Vigano est en effet une bombe, l’expression n’est, pour une fois, pas exagérée. Et face à de telles révélations qui secouent profondément et écœurent le peuple de Dieu, le silence ne peut être une réponse. Car de deux choses l’une. Ou Mgr Vigano n’est qu’un affabulateur qui ment effrontément et alors le minimum à attendre de l’Autorité, c’est qu’il soit dénoncé, qu’une enquête canonique rétablisse la vérité et sanctionne de façon exemplaire le menteur. Ou Mgr Vigano dit la vérité – en tout ou partie – et nous avons là une affaire explosive qui ne pourra être traitée par la politique de l’autruche ; face à une telle affaire, le souci de vérité devrait obliger à mettre sur pied rapidement une commission d’enquête pour examiner chacun des points soulevés par Mgr Vigano et produire les documents prouvant ou invalidant ses affirmations. La politique consistant à détourner l’attention du problème de fond et ne proposer pour toute réponse qu’une tentative de discréditer l’auteur de la lettre qui serait "proche des milieux intégristes" ou au centre d’un complot américain anti-François n’est pas à la hauteur des enjeux.

Face à de tels scandales qui discréditent l’Église, on attend de Rome une réaction énergique, avec des mesures exemplaires, comme le demandent nombre d’évêques américains, ce qui, hélas, ne semble pas être la priorité actuelle ! Mais cela ne peut venir que du pape lui-même et nous n’avons pas à pétitionner pour exiger ceci ou cela, et surtout pas demander la démission de François, mais au contraire à soutenir la fonction papale. Ce que nous, humble peuple de Dieu, sommes en revanche en droit d’attendre, c’est de connaître la vérité et d’espérer que justice soit faite, ne serait-ce que par respect de toutes les victimes innocentes de tant d’horreurs commises par des hommes consacrés.

Paru dans La Nef, 4 septembre 2018
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Trissotin et Trissotine
 
"Byzance tomba aux mains des Turcs en discutant du sexe des anges."
Cette phrase de Jean-François Revel aurait dû clore le débat sur l'écriture inclusive. En effet, en France, l'apprentissage de la lecture, l'acquisition de l'orthographe et de la grammaire sont en crise, notamment dans les milieux les plus défavorisés, et pendant ce temps, de beaux esprits, certainement passés par les meilleures écoles de la République, s'offrent la coquetterie de promouvoir une nouvelle écriture. Bien sûr, au nom de la lutte contre "les stéréotypes", et pour l'égalité.
Le premier ministre, le ministre de l'Éducation nationale se sont certes prononcés contre cette pratique, décrétant qu'elle serait bannie des textes officiels, mais rien n'y a fait. L'inclusif prospère dans les ministères et les institutions publiques.
Traditionnellement, c'est l'usage qui polit la langue, et la fait évoluer, pas l'intervention de Trissotin et Trissotine, armés d'entonnoirs pour faire ingurgiter de force au bas peuple un indigeste brouet de mots et de morse.
Au passage, Revel le notait aussi, ces militants distingués confondent tout, notamment le genre grammatical et le sexe : un homme peut fort bien être une canaille et une femme un génie, sans rien perdre de ce qui fait leur éminente dignité. D'ailleurs, qui a décrété que le "e" final féminisait forcément un mot : que fait-on alors de la clé, de l'amitié, et à l'inverse du lycée? C'est ainsi : la langue française est pleine d'exceptions, de chausse-trapes. Il suffit de les expliquer, et surtout d'apprendre aux élèves le recours fréquent au dictionnaire.
Cette histoire serait risible si l'épidémie de points médians, et la cacophonie qu'elle entraîne, ne risquait pas de créer, selon les mots de l'Académie, "une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l'illisibilité".
À l'heure où le délitement du tissu national demanderait plutôt qu'on offre aux Français un langage commun, qu'on le nomme celui de Molière, de Senghor ou de Yourcenar, l'entreprise inclusive ressemble bien à une navrante expérience d'apprenti sorcier.

Editorial paru dans Le Figaro, 7 septembre 2018
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La langue française, chef-d'œuvre en péril
 
CHRONIQUE - Après notre histoire, notre culture et nos paysages, les déconstructeurs s'attaquent à une autre borne séculaire de l'identité française. Au nom du sacro-saint modernisme.
 
C'est la dernière histoire belge. Blague pas drôle. Blague de deux anciens professeurs wallons qui proposent de supprimer la règle de l'accord du participe avec l'auxiliaire avoir. Et aussitôt tout ce que le landernau parisien compte de progressistes d'enfiler joyeusement les perles de la bien-pensance linguistique : cette règle est trop compliquée ; les professeurs perdent un temps fou à l'enseigner ; un temps qu'on pourrait avantageusement consacrer à la littérature ; cette règle est un moyen de sélection professionnelle ; elle renforce les inégalités socio-culturelles.
C'est toujours la même chanson. Il y a quelques mois, c'était au nom du féminisme qu'on voulait tuer la règle du "masculin l'emporte sur le féminin". Cette fois, c'est au nom du rejet des discriminations (ce qui, dans la novlangue de la bien-pensance, vise les retards scolaires des enfants d'immigrés), que l'on veut abolir l'accord du participe passé (avec le complément d'objet direct placé avant le verbe avoir !). Au nom de la simplicité contre la complexité. De l'égalité contre l'élitisme. Du présent contre le passé. Des Modernes contre les Anciens.
Ces offensives répétées ne doivent rien au hasard. Il s'agit pour nos déconstructeurs de détruire l'une après l'autre les bornes séculaires de l'identité française : langue, histoire, culture, paysages. Il s'agit de tout raser pour qu'il ne reste rien du "cher et vieux pays".
Les arguments avancés sont les mêmes qu'on présentait il y a quarante ans, lorsqu'on mit à bas l'exigence des dictées quotidiennes. Non seulement les professeurs n'ont pas consacré le temps libéré à la découverte de la littérature, mais on s'est aperçu que le délire orthographique des générations nouvelles entraînait un éloignement des grands textes.
Le français est une langue complexe, et c'est ce qui fait son génie et son charme. C'est une langue élitiste et c'est pour cela qu'on doit en être fier. Il n'y a aucun courage à renoncer à ces vieilles règles désuètes, si ce n'est le courage de "mettre une claque à sa grand-mère", selon la célèbre expression de Karl Marx.
Notre chère langue française est un chef-d'œuvre en péril. Les nouvelles générations - produits de l'éducation moderniste - ignorent, voire méprisent, l'orthographe ; et torturent cruellement une syntaxe qui ne leur a rien fait. La langue française n'évolue pas, elle se désagrège. On ne peut pas lire Voltaire, Rousseau, Hugo, Chateaubriand, Balzac, Stendhal ou Proust si on abandonne les contraintes syntaxiques, grammaticales et orthographiques, qu'ils ont respectées (qui s'accorde avec contraintes !). On les condamne à devenir des oripeaux glorieux d'un passé devenu illisible, à l'instar du français ancien du Moyen Âge. Le français connaîtra alors le destin de l'anglais, devenu "globish" à force de réductions, de simplifications, langue parlée par le monde entier mais devenue médiocre langage de communication, sabir d'aéroport et de grande surface comme il y a des "muzak" d'ascenseur. Mais c'est sans doute l'objectif.
Paru dans Le Figaro Magazine, 7 septembre 2018
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Vers un monde de ruptures
 
Je suis bien embêté et le responsable est monsieur Trump.
Je m’explique.
Theodore Roosevelt, le Président US qui me rappelle le plus Donald Trump avait coutume de dire que la diplomatie était chose facile : il fallait parler doucement et se balader avec une grosse massue. Monsieur Trump, quant à lui parle très fort et distribue des coups de massue à droite et à gauche avec beaucoup d’abandon. A l’évidence, il veut foutre en l’air le cauchemar globaliste de Georges Soros et chacun peut voir qu’il y prend un grand plaisir.
Nous sommes en effet en train de changer de monde : jusqu’à monsieur Trump, nous vivions sur la croyance que les USA était une sorte de gentil "Hégémon" dont le rôle principal était de maintenir leur prééminence "diplomatique et culturelle" en acceptant de passer et de respecter des accords de coopération économique qui pouvaient parfois leur être défavorables mais le mythe restait que ce qui était bon pour la globalisation était bon "in fine" pour les USA.Avec le nouveau Président, tout cela est fini. Ses slogans "America first" ou "Make America great again" l’annoncent crûment. Le but de la nouvelle administration est de transformer l’ordre mondial pour qu’à nouveau, il soit d’abord favorable à l’économie américaine et donc aux entreprises quiproduisent aux USA, car il n’a guère de sympathie pour les "multinationales". Et il a décidé à l’évidence de se servir de toutes les armes dont les USA disposent, à l’exception peut-être des forces armées, ce qui est déjà un gros progrès sur ses prédécesseurs. Que le lecteur en juge en gardant en mémoire que le Président Trump a un but et un seul : faire monter la rentabilité des entreprises produisant sur le sol américain.
 
Par exemple :
- Le fameux Traité de Paris (qui n’en était pas un puisqu’il n’avait pas été entériné par le Sénat des Etats-Unis) imposait des obligations gigantesques aux Etats-Unis mais aucune à la Chine et à l’Inde, il en sort. Monsieur Erdogan met en prison un pasteur américain et ne veut pas le libérer ? Fort bien, la Turquie n’aura plus accès au dollar et du coup s’effondre économiquement. Le Président Obama avait signé un accord complètement idiot avec l’Iran ? Il l’annule et fait savoir que tous ceux qui commerceront avec ce pays ne commerceront plus avec les USA, et l’Europe de se coucher, en glapissant beaucoup cependant. Le principe est toujours le même : ou vous obéissez, ou le marché américain et l’accès au dollar vous sont fermés. Si quelqu’un a besoin de l’aide de USA, il doit donc venir la casquette à la main faire allégeance publique au suzerain et son cas sera-peut-être examiné avec bienveillance.
 
- Dans cet esprit, l’accès au dollar est rendu de plus en plus en plus difficile et des garanties juridiques doivent être donnée par tous ceux qui se servent du dollar telles qu’une acceptation totale de la prééminence du droit américain sur tout autre droit dès que le dollar est utilisé. Ainsi, les accords de paiement internationaux qui passent tous par Swift (le système de paiement international de droit belge) est forcé de suivre les diktats de Washington puisqu’une grosse partie des paiements ont lieu en dollar. Et donc, ou vous obéissez, ou vous ne faites plus de commerce international, voilà qui est simple.
 
- La protection militaire que les USA offraient à titre gratuit à nombre de pays, en particulier en Europe va soit cesser, soit devenir payante. Pour la protection de l’Europe, monsieur Trump aurait demandé à la chancelière allemande environ $ 300 milliards par an de "tribut" … elle aurait répondu que l’on ne discutait pas d’argent entre amis, ce à quoi le Président US aurait rétorqué qu’elle n’était pas son amie… Ambiance …
 
- Depuis des lustres, les USA vivent au-dessus de leurs moyens grâce au fameux privilège impérial qui leur permettait de payer leurs importations en donnant des billets verts plutôt qu’en donnant des marchandises, ce qui permettait à toute une série de pays du type de l’Allemagne de rester mercantilistes, en vivant en dessous de leurs moyens. Ce qui contribuait à la désindustrialisation des Etats-Unis. Trump leur fait savoir que s’ils ont besoin d’une demande pour acheter leurs produits, ils n’ont qu’à la créer eux-mêmes et qu’à partir de maintenant la demande américaine sera servie par des sociétés produisant aux USA, et voilà tout. Ce qui veut dire que les pays mercantilistes du style de l’Allemagne sont mal partis et vont devoir faire face à une forte baisse de la rentabilité de leurs sociétés, sauf bien entendu s’ils bâtissent à toute allure des usines aux USA.
 
Comme le lecteur peut s’en rendre compte, tout cela n’a rien à voir avec la "globalisation heureuse" de ce cher Attali. Le "parrain" est de retour et impose sa loi, sans considération aucune pour les états d’âme de ses vassaux. On est passé de tout ce qui est bon pour la globalisation est bon pour les Etats-Unis à : les USA vont mettre en œuvre ce qui est bon pour les USA et tant pis pour le reste du monde. Voilà qui a le mérite d’être clair.vJe ne dis pas : "c’est bien ou c’est mal". Je dis simplement "telle est la nouvelle réalité". Inutile de dire que les hommes de Davos sont ivres de rage… Mais du coup, cela rappelle à tout un nombre de pays qu’il existe une réalité essentielle en sciences politiques qui s’appelle la "souveraineté". (C’est la notion que le Président Macron déteste entre toutes. Ceux qui la soutiennent, d’après lui, sont atteints de "la lèpre" et "veulent la guerre".  Pauvre homme qui a l’évidence est totalement dépassé).
 
"Les Nations n’ont pas d’amis, elles n’ont que des intérêts" disait de Gaulle. Et du coup, un certain nombre de dirigeants qui ont cru aux promesses des Oints du Seigneur se retrouvent sans armée, sans indépendance financière, monétaire ou économique, ayant vendu leur droit d’aînesse pour un plat de lentilles.
Et donc le monde va se scinder en trois parties dont les formes se dessinent déjà
1 - L’Hégémon et ses vassaux.
2 - Les pays qui ont préservé une certaine souveraineté et qui vont s’organiser entre eux, Chine, Russie, Asie du Nord et du Sud Est.
3 - L’Europe de l’euro qui n’a plus ni armée ni indépendance économique et financière ni même une volonté d’exister et qui ne peut pas répondre au nouveau défi, empêtrée qu’elle est dans l’euro (Je m’explique plus bas).
 
Commençons par les USA :
je n’ai pas le moindre doute que si les Républicains l’emportent aux élections de Novembre, alors le durcissement américain augmentera de façon très forte et très violente.
 
Venons-en à l’Asie.
Pour moi, il est évident que la Chine a vu le coup arriver et s’est préparée en conséquence. Ce que va faire la Chine est assez simple : elle va laisser fluctuer sa monnaie vis-à-vis du dollar tout en la faisant monter vis-à-vis des autres monnaies asiatiques. Le but de cette manœuvre est tout simple : elle dit aux pays d’Asie : "ça va devenir difficile de vendre aux USA, et donc venez vendre chez moi".
En même temps elle va dire à l’Australie (charbon) à la Russie et à l’Iran (pétrole) : cessez de vendre vos matières premières en dollars, qui peuvent être bloqués par les Etats-Unis à tout moment si vous leur déplaisez et vendez-les-moi en Yuan, la monnaie chinoise. Et si du coup vous avez trop de Yuan, je vous les change contre de l’or par l’intermédiaire des marchés de Hong-Kong que j’ai organisé pour cela. Et d’ailleurs, si vous avez besoin de prêts pour développer vos infrastructures, il vous suffira de demander et on s’occupera de tout. Déjà, les monnaies asiatiques suivent comme leurs ombres la monnaie chinoise, et ce depuis 2009, et le marché obligataire chinois a été ouvert aux étrangers, ce qui permettra d’investir les excédents d’épargne de ces pays tout en se constituant des réserves de change dans la monnaie du pays dominant dans leur zone.
 
Passons à l’Europe.
Logiquement, c’est le moment ou les allemands devraient massivement re-évaluer leur monnaie (ils ont des excédents de leur commerce extérieur équivalents à 9 % de leur PIB ce qui est insensé). Ce faisant, ils rendraient à nouveau compétitifs les appareils industriels français, italiens, belges ou espagnols tout en favorisant leurs propres consommateurs, ce qui permettrait à ces pays de redevenir indépendants et souverains vis-à-vis des USA et donc de contrer monsieur Trump. Bien entendu, rien de tout cela ne peut se produire puisque nous avons l’euro et donc l’Allemagne ne peut réévaluer.
Mais alors, peut-être l’euro dans son ensemble devrait-il dévaluer pour sauver les économies du Sud ? Impossible, puisque cela serait une vraie déclaration de guerre de la part de l’Allemagne aux USA, que les entreprises allemandes sont dépendantes de Swift et que l’armée allemande n’existe plus. La bonne nouvelle est qu’un certain de pays en Europe ne sont pas dans l’euro et ont gardé leur souveraineté monétaire, je veux parler de la Grande- Bretagne, de la Suisse et de la Suède. Ces pays se sont déjà autorisés à dévaluer leurs monnaies, préservant ainsi leur compétitivité industrielle, ce qui ne fera qu’accélérer la chute des pays du Sud et l’effondrement de leurs économies, puisqu'en plus d’être non compétitives vis-à-vis de l’Allemagne et des pays asiatiques, ces pays vont se retrouver non compétitifs également contre la Suède, la Suisse et la Grande-Bretagne. …
Et encore bravo aux concepteurs de l’euro.
 
Terminons avec les perspectives financières qui ne seront que le résultat de ces mouvements qui semblent inarrêtables, sauf si le Président US souffrait d’une défaite importante lors des élections de Novembre de la part des mondialistes, ce que je crois peu probable.
Voici les grandes lignes autour desquelles pourraient s’organiser un portefeuille
 
- Les risques de rupture en Europe sont en train de s’aggraver de façon évidentes (Cf. Turquie et Italie), ce qui veut dire qu’il ne faut avoir aucune obligation dans la zone euro qui sera le centre du maelstrom. Cette part obligataire doit être remplacée par du cash en dollars, en Yen, en livre sterling et en couronne suédoise. Elle devrait représenter environ 1/3 du portefeuille, ce qui fournira le capital nécessaire lorsqu’il faudra racheter en Europe après ou pendant la crise.
Cinquante pour cent des positions devraient être en Asie, une moitié en obligations du gouvernement Chinois et l’autre moitié dans un indice représentant les actions en Asie et cet indice devra comprendre le Japon.
Le reste sera en cash en dollar ou en obligations très courtes du gouvernement US.
 
Il s’agit-là d’un portefeuille extraordinairement défensif, sans doute aucun le plus défensif que j’ai recommandé depuis le début de ces chroniques.
 
Pour conclure : pour être parfaitement honnête, les actions du Président Trump m’ont surprises par leur violence et il me semble évident qu’il est déterminé à rétablir un ordre mondial qui soit beaucoup moins favorable à Wall-Street et beaucoup plus favorable aux petites gens aux USA. Si les élections lui sont favorables en novembre, les pressions vont s’accentuer Cela ne peut pas ne pas engendre une casse considérable et le coup est parti.
Aux abris donc… Trump veut se payer les hommes de Davos et ça va faire mal.

Paru sur institutdeslibertes.org, 3 septembre 2018
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Ne touchez pas au participe passé !
 
Un mouvement d’opinion a vu le jour dans l’objectif de simplifier la règle d’accord du participe passé. Né en Belgique, il s’étend aujourd’hui en France.
Deux anciens professeurs de français écrivent dans Libération du 2 septembre : "Osons l’affirmer : les règles d’accord du participe passé actuelles sont obsolètes et compliquées jusqu’à l’absurde. [Les nouvelles règles proposées d’accord simplifiées] compte tenu du fait qu’elles ne sont pas fautives, qu’elles suivent l’usage, qu’elles libèrent du temps scolaire, qu’elles sont recommandées par toutes les instances officielles d’avis sur la langue et les universités, on est en droit de se demander pourquoi ces [nouvelles] règles ne sont pas appliquées."
 
Nous voyons bien la logique qui est derrière ce raisonnement.
D’abord, celle de la table rase : en finir avec une vieille règle grammaticale venue du passé qui complique l’orthographe du français. Les auteurs de cet article effectuent un rapprochement révélateur entre les règles d’accord du participe passé et la religion chrétienne.
Ensuite le nivellement par le bas : puisque cette règle crée une inégalité sociale entre les personnes qui la maîtrisent et celles qui peinent à l’appliquer, il suffit d’y mettre fin pour rétablir l’équilibre. Une vision strictement inverse de celle des premiers républicains qui voyaient dans l’exigence scolaire un tremplin de la promotion sociale.
On en revient à l’éternelle question de la simplification de l’orthographe. Jusqu’à présent, les réformes ont porté sur l’écriture des mots. Aujourd’hui, un cran supplémentaire est franchi : on touche à un pilier grammatical, à la structure même de la langue. "Les fleurs que je t’ai offertes … "
 
De fait, les règles d’accord du participe passé avec les verbes être et avoir ne sont pas arbitraires. Elles ont une histoire qui remonte aux sources latines du français. Elles constituent une richesse, une subtilité de la langue. Les supprimer serait, non pas une simplification, mais un appauvrissement du français.
L’apprentissage de la règle d’accord du participe passé relève d’une sublime gymnastique de l’esprit et de la construction intellectuelle d’une personne. La logique de la simplification à tout prix conduit à la destruction du patrimoine intellectuel : à quoi sert le subjonctif ? Et la grammaire en général ? et les mathématiques ? Et la philosophie ? Et l’histoire ? toutes ces disciplines si compliquées.
Cette règle ne sert à rien, disent-ils, elle est "inutile". Mais elle est simplement belle ! "les fleurs que tu m’as offertes !" Elle fait partie du charme du français, de sa beauté et de sa poésie. Faut-il supprimer la beauté et la poésie, le charme de la langue ? La beauté et la poésie ne sont-elles pas tout simplement notre principale raison de vivre ?
 
Mais au fond, cette idéologique de la simplification à tout prix, qui s’exprime dans ce débat, n’est-elle pas l’un des sous-bassement du monde moderne ? Plutôt que de pousser les personnes à s’élever par le savoir et la culture en surmontant les difficultés de l’apprentissage, il suffirait de supprimer ces dernières pour assurer un strict égalitarisme entre tous les hommes.  Il est sidérant de voir comment les vieilles idéologies qui ont provoqué tant de malheurs resurgissent sous des formes les plus anodines et innocentes.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 6 septembre 2018
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À la source d'Ingmar Bergman
 
Le cinéma et le théâtre rendent hommage au génie suédois à l'occasion du centenaire de sa naissance.
 
Il y a cent ans, le 14 juillet 1918, naissait Ingmar Bergman. Onze ans après sa disparition, en 2007, son ombre s'étend toujours sur le septième art comme celle d'un arbre puissant aux racines ténébreuses, aux branches tourmentées. Le cinéma et le théâtre rendent hommage au grand metteur en scène suédois en ce début de saison. Outre une rétrospective de ses œuvres, deux documentaires, À la recherche d'Ingmar Bergman, de Margarethe von Trotta, et Bergman, une année dans une vie, de Jane Magnusson (sortie le 26 septembre), se font écho pour explorer la personnalité et l'influence du cinéaste : comment est-il devenu cette figure immense ?
 
En 1953, son film Monika va faire le tour du monde. Deux adolescents amoureux, un été sur une île de rêve, l'érotisme, le naturel - et l'usure amère. Déjà Bergman dissèque le couple, explore les visages. Godard admire l'audace du gros plan face caméra de Harriet Andersson, prenant le spectateur à témoin de sa désillusion. Dans Les Quatre Cents Coups, Truffaut envoie Antoine Doinel voler une photo de Monika. Les jeunes critiques des Cahiers du cinéma qui vont devenir les réalisateurs de la nouvelle vague admirent Bergman comme un maître. Sur leurs pas, Margarethe von Trotta, venue vingt ans plus tard étudier à Paris, va le découvrir à travers une de ses œuvres majeures, Le Septième Sceau.
 
Curieusement, les deux documentaires commencent par des extraits du Septième Sceau. Scènes saisissantes : on n'avait jamais donné à la Mort cette présence physique qui en fait un protagoniste du drame. Bergman, qui voyait dans le cinéma "un formidable moyen de dépasser les limites", admettait qu'on ne suive pas : "Soit on accepte l'allégorie, soit on ne voit qu'un acteur au visage blême dans un grand manteau noir." En tout cas, la sombre figure est révélatrice. On ne peut parler de Bergman sans parler de la mort, qui le hantait.
La même année 1957, il tourne Le Septième Sceau et Les Fraises sauvages, où le vieux professeur se voit dans un cauchemar sortir de son propre cercueil. "Il appartient à cette littérature de nuit du romantisme allemand", dit Margarethe von Trotta. Le cinéma lui fournit la puissance de rêve qui permet, dit-il "de percer le voile de la réalité, d'atteindre d'autres mondes, de condenser des situations et des tensions".
 
Bergman, une année dans une vie montre l'obsession créatrice du metteur en scène. Outre Le Septième Sceau et Les Fraises sauvages, il monte au théâtre un Peer Gynt très acclamé puis Le Misanthrope, prépare un Faust, commence un troisième film, entretient cinq ou six liaisons.
Bergman est aussi l'homme de toutes les névroses, et la façon magistrale dont il les a exploitées à travers ses personnages, masculins et féminins, est peut-être la part la plus contemporaine de son œuvre. "Je ne connaissais pas sa vie privée, dit Margarethe von Trotta, et j'ai essayé de montrer comment il a été poursuivi par ses démons." Angoissé, jaloux, maniaque, manipulateur, drogué de travail et de sexe pour échapper à la dépression et à la douleur des ulcères à l'estomac, cruellement indifférent à tout ce qui n'est pas son art, notamment à ses enfants, il a mis en scène "ses démons" avec une terrible vérité. L'interview de son fils Dan est impitoyable. Bergman ne fera jamais le moindre geste pour adoucir le ressentiment de son fils, au contraire. Mais il tourne Sonate d'automne, retrouvailles entre une pianiste obsédée par sa carrière et sa fille délaissée (Ingrid Bergman et Liv Ullmann). Pour lui, "le cinéma est un instrument prodigieux quand il s'agit de capter l'âme humaine, la façon dont elle se lit sur un visage".
 
"Je me sers de moi-même comme arbre et comme hache. En fait, c'est tout ce que j'ai", dit-il encore. Une matière première largement traumatique, déposée au fond de lui depuis l'enfance. Il a beaucoup raconté son enfance dans ses livres de souvenirs, la sévérité de son père pasteur, la lanterne magique qui lui ouvre la porte du cinéma. Il en a fait le merveilleux Fanny et Alexandre, plein d'effrois et d'enchantements. L'enfance va avec le cinéma, qui va avec le rêve. Ingmar est ébloui de pouvoir modifier le rythme d'une image en tournant plus ou moins vite la manivelle de son projecteur. Ce monde de l'illusion lui offre tout de suite un refuge idéal pour s'évader de la réalité trouble et violente. Il y aura aussi dans ses films des forains et des clowns, des magiciens, des comédiens. Des masques et des visages.
"Il crée des plans d'une beauté stupéfiante, mais il n'est jamais formaliste, remarque Margarethe von Trotta. Je me souviens de sa réponse à Theo Angelopoulos, qui se plaignait qu'il devienne de plus en plus difficile de faire du cinéma : “Mais pourquoi vous ne faites pas de la télé ? Vous trouvez plus facilement les financements, ça va vite et vous avez beaucoup de spectateurs.” Il était sans préjugés, sans arrogance. Pour lui, c'est le contenu qui comptait. Scènes de la vie conjugale a un côté telenovela, d'ailleurs il disait s'être souvenu de Dallas."
 
De la réalité triviale aux abîmes métaphysiques, du conscient à l'inconscient, sa caméra traverse toutes les strates de l'existence. Il parle aux cinéastes comme Woody Allen ou Olivier Assayas, ce qui n'empêche pas Roger Corman, réalisateur de séries B et distributeur d'art et essai, de se vanter joliment de l'avoir apporté dans les drive-in.
Dans Une année avec Bergman, un intervenant le voit comme un grand explorateu r: "On pense aux navigateurs des XVIe et XVIIe siècles partis à la découverte d'autres continents. Il a joué ce rôle avec une ambition quasi colonisatrice. Il veut conquérir de nouveaux territoires du cinéma, inconnus de nous, inaccessibles, et les rendre visibles."

Publié dans Le Figaro, 4 septembre 2018
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Immigration : quand la gauche se réveille...
 
Est-ce la fin de la sacralisation de l’immigration à gauche ? Les postures humanistes sont encore bien ancrées chez les progressistes. Mais elles sont désormais ouvertement contestées par l’égérie de la gauche radicale allemande, Sahra Wagenknecht, présidente du groupe Die Linke au Bundestag. Mardi, elle a lancé son propre mouvement, "Debout" ("Aufstehen"), qui se propose de répondre aux demandes de protection d’un électorat populaire qui se tourne massivement vers la droite radicale. "Je ne veux pas laisser la rue au mouvement (anti-islam) Pegida ou à l’extrême droite", a-t-elle expliqué hier en estimant que ceux qui protestent "se sentent laissés pour compte" (
Le Figarode ce mercredi). Pour elle, les électeurs de l’afD, ce mouvement populiste qui prend de l’envergure, "ne sont pas tous des nazis (…) Il y a parmi les gens qui votent actuellement afD des personnes en colère qui se sentent abandonnées". Partant de cette analyse, Sahra Wagenknecht appelle à en finir avec "la bonne conscience de gauche sur la politique de l’accueil" promue par des responsables "vivant loin des familles modestes qui se battent pour défendre leur part du gâteau". Elle ajoute : "Une frontière ouverte à tous, c’est naïf. Ce n’est surtout pas une politique de gauche", car elle estime que les milliards dépensés par Angela Merkel pour accueillir plus d’un million de migrants en 2015 "auraient permis d’aider beaucoup plus de nécessiteux en Allemagne". Difficile de contester ce bon sens, même s’il faut faire confiance à la gauche européenne pour s’accrocher à ses tabous.
 
Reste que Jean-Luc Mélenchon ne semble guère éloigné de Sahra Wagenknecht. A Marseille, récemment, ses propos ont laissé voir une inflexion : "Oui il y a des vagues migratoires (…) Elles posent de nombreux problèmes quand certains s’en servent pour faire du profit sur le dos des malheureux (…) Nous disons : honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux". Dans une lettre publiée dans L’Humanité le 7 janvier 1981, Georges Marchais, secrétaire général du PCF, avait déjà tenu un tel raisonnement : "Dans la crise actuelle, l’immigration constitue pour les patrons et le gouvernement un moyen d’aggraver le chômage, les bas salaires, les mauvaises conditions de travail (…) C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage". Cette quête de l’électorat ouvrier par une gauche jusqu’alors prolophobe, si elle se confirme, pourrait bouleverser le paysage politique en affaiblissant le Rassemblement national. Au premier tour de la présidentielle de 2017, 37% du vote ouvrier s’était porté sur Marine Le Pen. La gauche française, adepte de la position de l’autruche, est-elle prête à entendre prioritairement les Français plutôt que les immigrés ?
Mardi, la gauche anglaise a dû admettre que son discours islamo-gauchiste avait généré des propos antisémites dans les rangs. Fin d’une époque ?

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 5 septembre 2018
Publié dans Du côté des élites
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Iran-Amérique : deux stratégies sans issue
 
CHRONIQUE - Invoquant leur dignité bafouée, les dirigeants iraniens ont eu tort de refuser l'offre de dialogue de Donald Trump. Mais la Maison-Blanche aurait tort de suivre les recommandations extrêmes de John Bolton.
 
Depuis que la victoire de leur allié baasiste dans la guerre civile syrienne est apparue évidente, les gardiens de la révolution iraniens n'ont pas manqué de se gargariser de leur stratégie. Quels progrès la République islamique d'Iran n'avait-elle pas accomplis depuis 1988, date à laquelle, épuisée par huit ans de guerre, elle avait dû accepter un armistice sans bénéfice avec son agresseur, l'Irak de Saddam Hussein ! Il y a peu, les pasdarans se vantaient encore auprès de leurs visiteurs étrangers que la Perse des mollahs avait conquis son accès à la Méditerranée et mis la main sur quatre grandes capitales arabes : Bagdad, Damas, Beyrouth et Sanaa. Ce n'est pas entièrement faux et l'axe chiite est une réalité au Moyen-Orient.
Le militaire qui monte à Téhéran, le général Qassem Soleimani, patron de la Force d'intervention al-Qods, le fer de lance à l'étranger du corps de gardiens de la révolution, a indéniablement accru l'influence régionale de son pays. Tel un bon judoka, l'Iran a su depuis trente ans retourner en sa faveur les attaques, directes ou indirectes, déclenchées contre lui ou contre ses alliés.
 
Sur quatre crises, on peut dresser des constats qui se terminent à l'avantage de l'Iran.
Lorsque les Américains se retirent militairement en août 2010 de l'Irak, qu'ils avaient envahi en mars 2003, c'est pour - bien involontairement - le donner sur un plateau d'argent aux forces politiques chiites pro-iraniennes.
 
Au début de l'été 2015, personne n'aurait parié un kopeck sur le sort du régime laïc de Bachar el-Assad en Syrie, qui a réuni contre lui Turquie, Arabie saoudite, Qatar, États-Unis, France et djihadistes sunnites de l'ensemble du monde arabo-musulman. Damas est à deux doigts de tomber. L'Iran est très préoccupé par son vieil allié syrien, le seul qu'il ait eu lors de la guerre du Golfe de 1980-1988. Le général Soleimani fait alors le voyage de Moscou, pour convaincre Vladimir Poutine d'envoyer un corps expéditionnaire russe en Syrie. C'est chose faite en septembre 2015 et le régime est sauvé.
 
Au Liban, le Hezbollah sort politiquement victorieux des 33 jours de guerre qu'il a faite à Israël pendant l'été 2006. La milice chiite libanaise (fondée par les pasdarans en 1982) n'a bien sûr pas battu militairement l'État hébreu. Mais comme elle a résisté à l'anéantissement que lui promettaient les dirigeants israéliens - une première chez les Arabes -, elle peut proclamer sa "divine victoire". En mai 2008, après une démonstration de force dans les quartiers sunnites de Beyrouth, le Hezbollah va obtenir ce qu'il a toujours recherché : un droit de veto sur toutes les décisions stratégiques du gouvernement libanais.
 
Au Yémen, la coalition arabe dirigée par l'Arabie saoudite, principal rival régional de l'Iran, piétine ; elle ne parvient pas à reprendre la capitale aux montagnards houthistes, que Téhéran soutient à très peu de frais.
 
Mais à quoi servent à l'Iran ses succès militaires avérés ? En quoi lui profite son "accès à la Méditerranée" ? Quel est le bilan coûts-avantages du fameux axe chiite ? Désormais soumise à un terrible régime de sanctions américaines, l'économie iranienne s'effondre. La population se lasse des aventures extérieures de ses dirigeants. Au demeurant, les prises de guerre ne sont pas si belles : le territoire syrien est ravagé ; la colère populaire gronde dans le port irakien de Bassora, toujours privé d'électricité et d'eau potable ; encouragé par les Émiriens, le sud du Yémen se prépare à faire sécession ; redevenu une place financière, le Liban applique à la lettre les diktats du Trésor américain. À quoi sert de hurler contre Israël, alors que les nations arabes se rapprochent de l'État juif ? À quoi sert une puissance qui n'apporte pas la prospérité à son peuple ?
La stratégie iranienne apparaît de plus en plus sans issue.
 
Invoquant leur dignité bafouée, les dirigeants iraniens ont eu tort de refuser l'offre de dialogue de Donald Trump. Mais la Maison-Blanche aurait tort de suivre les recommandations extrêmes de John Bolton (conseiller à la Sécurité nationale), qui veut asphyxier les Iraniens, pour les forcer à changer de régime. Cela ne se produira pas. Le résultat risque d'être l'inverse : l'éviction du président modéré Rohani, et le couronnement du général Soleimani.
 
L'Iran, dont les élites estudiantines et entrepreneuriales sont prooccidentales, se transformera par la réforme progressive, pas par une nouvelle révolution ou quelque violent changement de régime. Washington semble ne pas l'avoir compris. L'Iran et l'Amérique entretiennent l'un avec l'autre des stratégies sans issue. Tant que se poursuivront ces haines recuites, le Grand Moyen-Orient ne connaîtra ni la stabilité politique ni le retour de la confiance économique, pourtant indispensables au développement harmonieux de la région.

Paru dans Le Figaro, 3 septembre 2018
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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