Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

De Gaulle 1969, l’autre révolution
 
De Gaulle 1969, l’autre révolution, par Arnaud Teyssier, Perrin 2019
Le 27 avril 2019 marquera le cinquantenaire de la démission du général de Gaulle de la présidence de la République, après son référendum perdu sur la régionalisation et la réforme du Sénat.
Ce magnifique ouvrage de M. Arnaud Teyssier revient longuement sur la décadence de la Ve République. Il montre, à travers de multiples exemples, que le régime actuel n’a plus guère de rapport avec celui que le général de Gaulle avait donné à la France en 1958. "Ce dernier point est essentiel : de Gaulle n’est pas présidentialiste avant la lettre, comme le seront la plupart de ses successeurs. Debré, Pompidou, Couve : à chaque période correspond un Premier ministre en fonction des nécessités et seulement en fonction des nécessités."
 
Ainsi, pour l’historien, le Général n’a jamais voulu instaurer un système politique concentrant dans l’image du chef de l’Etat la totalité du pouvoir politique. Bien au contraire, la Ve République, à l’origine, reposait sur un équilibre entre une présidence souveraine et un Premier ministre chef du gouvernement, sous le contrôle du Parlement. Il souligne combien le fonctionnement des institutions, pendant six ans (1962-1968), en cette période tout à fait particulière de modernisation accélérée et de rayonnement planétaire de la France, était fondé sur l’association au sommet de l’Etat d’un binôme formé de deux personnalités d’exception, de Gaulle et Pompidou.
 
Arnaud Teyssier présente les derniers mois du président de Gaulle à l’Elysée sous un jour profondément nouveau. Il réfute les thèses qui ont prévalu jusqu’à présent, mettant en avant le découragement, la lassitude et le pessimisme du Général, en particulier celle de Malraux qui a fait état d’un référendum suicidaire. A ses yeux, le chef de l’Etat de l’époque avait pris toute la mesure de la gravité des événements de mai 1968. Il entendait proposer à la France une voie nouvelle, "l’autre révolution" comme le souligne le titre du livre : "C’est pourquoi de Gaulle veut accomplir son ultime révolution. Avoir une meilleure prise sur la société, pour l’organiser, pour échapper au conflit des idéologies, tout en gardant ce ferment irremplaçable de la démocratie qu’est le suffrage universel, seule source de légitimité à ses yeux, telle est son ambition." Le président de Gaulle veut fonder sa nouvelle révolution sur deux axes essentiels qui consistent tous deux à rapprocher le peuple des centres de décision.
 
Le premier est la régionalisation : "l’avènement de la région, cadre nouveau de l’initiative, du conseil et de l’action, pour ce qui touche localement la vie pratique de la nation, voilà donc la grande réforme que nous devons apporter à la France." La réforme du Sénat était la conséquence de cette régionalisation dont l’objectif était de développer une démocratie de proximité sur les sujets locaux mais sans pour autant affaiblir l’unité de l’Etat.
L’autre grand thème du projet gaullien était la participation dans l’entreprise. Car de Gaulle, "ne veut pas non plus de la société qui vient, celle du confort et de l’argent, de l’individu-roi, telle que Péguy l’avait annoncée. Il veut la réconcilier avec elle-même sans pour autant reconstituer de puissants corps intermédiaires qui confisqueraient la souveraineté."
 
Dans les derniers jours de son mandat, alors que les défections et les trahisons se multiplient comme les mauvais sondages, le Général ne change rien à son mode de vie. Son rythme de travail "est resté immuable : il arrive à son bureau quelques minutes avant 10 heures, ayant déjà pris connaissance de la presse du matin. Il trouve sur son bureau les dossiers habituels : télégrammes des affaires étrangères, notes diverses, informations sur les visiteurs du jour. Un peu avant 13 heures, il part déjeuner pour revenir vers 14H40. "Il donne une impression de détachement pour lui-même. "Les Français souhaitent que je m’en aille" confie-t-il tristement, mais simplement, à Michel Debré.
Finalement, les Français lui ont dit "non" le 27 avril, à une faible majorité, entraînant sa démission.  A la lecture de ce livre exceptionnel, remarquablement écrit, on ne peut s’empêcher de songer qu’en lui disant non, le peuple français tourne le dos à l’avenir qu’il lui propose et s’engage irrémédiablement dans la voie du déclin pour en arriver, 50 ans après, au sinistre spectacle nihiliste et narcissique que donne aujourd’hui la vie politique française. Le livre se poursuit sur le récit d’une démission, quintessence de la noblesse, et sur des pages somptueuses concernant les voyages du général de Gaulle en Irlande et en Espagne.
De Gaulle 1969, l’autre révolution, par Arnaud Teyssier, Perrin 2019

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 30 mars 2019
Publié dans Devant l'histoire
Écrit par
En savoir plus... 0
Ngo Dinh Diem
de Paul Rignac éditions Atelier Fol’fer
 
Je souhaite attirer l’attention de ceux qui, comme je le suis, ont été passionné par l’histoire de l’Indochine puis du Vietnam. J’ai lu un livre rare en raison de l’impressionnante documentation sur l’émergence de la nouvelle république sud vietnamienne. En effet, même si l’homme est connu, peu de spécialistes ont fait un véritable inventaire de sa vision politique. Paul Rignac le fait avec une rare et très fine observation, remettant en perspective non seulement l’acteur de cette période de l’histoire mais en le plaçant dans le contexte culturel de l’identité vietnamienne, de l’importance de la transmission des valeurs culturelles par le clan familial et d’un sens presque sacrificiel de la fonction "du prince" difficile à comprendre pour de pragmatiques occidentaux et en tous cas illisible pour la pensée simpliste américaine. Ceux qui sont bouleversés par l’agonie de l’Indochine et l’échec d’une transition vers l’émergence d’une nation libre et authentiquement vietnamienne découvriront les clefs psychologiques, culturelles et historiques nécessaires à la compréhension des acteurs politiques de cette tragédie.

Seul Rignac, historien chevronné de cette partie du monde pouvait, il me semble, faire découvrir la pensée du fondateur de la république du Sud Vietnam, Ngo Dinh Diem. Il analyse en connaisseur (ses nombreux voyages et la très riche documentation dont il dispose) ici la complexion de l’âme asiatique incarnée en ce dernier. L’auteur s’est surpassé en faisant œuvre d’historien rigoureux et objectif. Son intelligence du contexte est particulièrement fine. Par une documentation très scientifique il situe la réalité d’un homme aussi complexe qu’exceptionnel. Réduire Diêm à un pantin des américains est aussi grossier que stupide. La preuve la plus évidente est sa fin tragique. Celle-ci fût orchestrée et soutenue par l’administration américaine qui donnera son feu vert pour le faire assassiner. La raison étant l’indépendance absolue de l’homme qui, parfois, va même jusqu’à se priver de ceux qui auraient pu l’aider. L’auteur le souligne notamment en présentant les diplomates français prêts à soutenir cette vision gaullienne avant l’heure mais qui seront découragés par la susceptibilité excessive du nouveau chef de l’exécutif indochinois. En cela Paul Rignac montre cette fragilité tellement propre au caractère vietnamien et qui, ici débouchera sur le tragique.
Enfin on a beaucoup gaussé sur la famille. La fameuse Madame Nhu, sa belle-sœur que la légende noire transformera en Torquemada parce qu’elle s’était attaqué au monde sulfureux des proxénètes et des trafics de drogue. Personnage complexe et de caractère, elle n’est pourtant pas étrangère à l’image traditionnelle de la femme vietnamienne aux rênes d’un pouvoir. Mais lui attribuer une totale domination sur la politique de son beau-frère est une simplification d’analyse que Rignac resitue exactement à sa place.
 
L’historien rappelle un contexte politique de l’époque redoutable. Cela rend tout jugement définitif entre mauvais et gentils, entre ce qui aurait dû être fait et pas fait hasardeux. La Chine et l’union soviétique, joueurs d’échecs virtuoses dament le pion à une Amérique inapte à saisir le monde qu’elle pense pouvoir remodeler avec des concepts simplistes. Diem profondément anticommuniste mais redoutablement susceptible sur la souveraineté de son Etat était à la lecture de cette biographie le seul homme d’envergure susceptible de damer le pion à Ho Chi Minh en incarnant la légitimité vietnamienne sans pollution idéologique. Il exaspère l’éléphant américain qui mal à l’aise dans les subtilités extrême orientales acceptera par une complicité tacite son assassinat. On ne peut être que consterné devant l’absence de pensée politique de l’administration américaine et de son ambassadeur Henry Cabot-Lodge jr .
 
Ngo Dinh Diem est né dans une famille aristocratique mandarine. Habité par une passion sans concession pour son pays il a hérité de son père, familier de la cour impériale, une francophobie exacerbée et mal venue au moment où la France envoie un corps expéditionnaire mourir pour un empire déjà souverain. La francophobie familiale n’empêchera pas son frère aîné de se faire former en France.
A l’inverse de son challenger du Nord Diêm sera un homme d’une intégrité morale unique dans l’histoire politique. Catholique convaincu il sera présenté comme "le moine président". Rignac pointe le revers d’une vertu exigeante sans doute : une excessive rigidité. Diem en quelques années abat un travail remarquable en modernisant son pays. Il construit "les villages stratégiques" qui auront pour effet d’éliminer la totalité des intrusions communistes au sud. Pourtant son hostilité aux Français dont plusieurs représentants lui étaient favorables le privera d’un soutien majeur et l’isolera sur la scène mondiale au même moment où la Russie et la Chine bénéficient en tous lieux et dans toutes les institutions internationales de réseaux d’influence et de lobbys particulièrement efficaces. Son nationalisme "autistique" lui enlèvera le soutien de puissantes alliances à l’heure où ses ennemis du Nord sauront magistralement orchestrer celles-ci. Diem, un de Gaulle asiatique incompris ? On ne peut qu’y penser en lisant ce livre exceptionnel écrit dans une langue fluide et magnifique.
Ngo Dinh Diem de Paul Rignac éditions Atelier Fol’fer

Envoyé par l'auteur, 2 avril 2019
Publié dans Devant l'histoire
Écrit par
En savoir plus... 0
Familles nombreuses, réversion : la réforme des retraites est mal partie
 
Il y a quelques mois, le Haut-Commissariat à la réforme des retraites a fugitivement donné l’impression qu’il avait une petite idée de la façon dont fonctionnent les retraites par répartition. En effet, le Haut-commissaire avait déclaré à une journaliste que les cotisations vieillesse, immédiatement versées aux retraités, ne préparent nullement la retraite de ceux qui les versent. C’était un pas vers la découverte de la vérité, à savoir que la préparation de la retraite consiste à mettre au monde des enfants et à les éduquer de telle façon qu’ils trouvent leur place sur le marché du travail, condition requise pour qu’ils payent, quelques décennies plus tard, des cotisations vieillesse au profit de leurs aînés.
Las ! Une information récente montrerait plutôt que Jean-Paul Delevoye en est resté à l’idée poétique selon laquelle les bébés sont apportés par des cigognes puis entretenus et éduqués par des lutins. Il faut en effet avoir en tête une fantasmagorie de ce genre pour parler comme d’un "avantage", d’une manifestation de la générosité de l’Etat ou des régimes de retraite, et non d’un dû, à propos des maigres droits à pension qui sont accordés aux parents ès-qualité.
Concrètement, le Haut-Commissaire a posé la question suivante aux partenaires sociaux : "Doit-on maintenir un avantage pour les parents de trois enfants et plus ?" Il semblerait qu’il ait eu en tête l’idée de donner moins aux parents de famille nombreuse pour donner un peu aux parents de deux enfants. En tout cas, il reste enfermé dans le conte de fées selon lequel on prépare les retraites futures en payant celle des personnes âgées actuelles, et que si l’on accorde quelques droits à pension aux personnes qui ont élevé des enfants, c’est par charité républicaine (dite solidarité).
 
Chaque enfant élevé doit rapporter des points
En somme, il s’agirait de déshabiller Pierre pour habiller Paul. L’antique système des majorations de pension, terriblement injuste puisque l’enfant de riche "rapporte" alors davantage que l’enfant de pauvre, serait maintenu. Il s’agirait, toujours et encore, d’un "avantage", et non d’une juste reconnaissance du fait qu’élever des enfants prépare les futures retraites.
Au lieu de rendre aux parents ce qui leur revient en bonne justice, à savoir des droits à pension en remplacement de leur prise en charge directe, dans leur vieillesse, par leurs propres enfants (
1), l’Etat veut se faire passer pour une sorte de mécène qui distribue des "avantages" aux personnes "méritantes". Foin de la réalité économique : la République redistribue selon des critères inspirés par l’air du temps un argent qui ne lui appartient pas, mais qu’elle entend répartir à sa guise ! Et qu’elle utilise sans souci de justice, mais en référence avec une notion dénaturée de la solidarité – belle idée que nos politiciens ont hélas transformée en une sorte de catin dont on peut louer les services pour s’attirer, en redistribuant de l’argent à tort et à travers, les bonnes grâces des syndicats et autres quémandeurs disposant d’un pouvoir de nuisance.
Que feraient des dirigeants ayant compris le fonctionnement des retraites par répartition, expliqué jadis par Alfred Sauvy, et aujourd’hui par votre serviteur et quelques autres ? Au moment de passer à la retraite par points, ils choisiraient le nombre de points devant être attribués à chaque parent pour chaque enfant dont il a assumé l’entretien et l’éducation durant une année. Bien entendu, les pères et mère de trois enfants recevraient, à ce titre, davantage de points que ceux de deux enfants, eux-mêmes deux fois mieux pourvus que les parents d’un enfant unique. Il ne serait plus question d’avantage, il s’agirait simplement de la reconnaissance par le législateur d’une réalité indubitable, que Sauvy exprimait ainsi : "nous ne préparons pas nos pensions par nos cotisations vieillesse, mais par nos enfants."
Attribuer des points pour chaque enfant élevé pendant un an constituerait une formule autrement plus juste que la majoration de pension actuelle, dont la proportionnalité privilégie les parents aisés. Il est à peine croyable qu’aucun Président ou Gouvernement ou Parlement ne se soit jamais attaqué à cette injustice criante, qui n’a d’ailleurs l’air d’émouvoir ni les syndicalistes, ni les élus, à quelques exceptions près.
 
Mais, dira-t-on, ceux qui n’ont pas d’enfant, ou qui n’en ont qu’un, ne vont-ils pas être un peu "short" en matière de droits à pension ? Pas du tout, si l’on applique jusqu’au bout la logique d’Alfred Sauvy. En effet, les enfants n’ont pas besoin seulement de leurs parents, ils ont aussi besoin d’écoles, de collèges, de lycées, d’enseignement supérieur, et cela coûte environ, en France, 130 milliards par an. Or, bêtement, nos lois ne prévoient pas de récompenser ceux qui financent cet investissement dans la formation initiale, alors qu’il fait partie intégrante de la préparation de nos retraites. Il ne serait pourtant pas difficile de remplacer divers impôts et cotisations par une cotisation productrice de points de retraite, destinée à financer la formation initiale. La formule française de l’impôt sur le revenu, à savoir le quotient familial, est justement bien adaptée à cet usage : à revenu égal, elle prélève moins sur les personnes ou les couples qui ont des enfants à charge. Ceux qui ne sont pas dans ce cas acquéraient donc plus de points de retraite grâce à cette cotisation.
N’entrons pas davantage dans les détails, le lecteur intéressé les trouvera dans notre ouvrage La retraite en liberté (Le Cherche-midi, 2017), et voyons l’autre problème actuellement examiné par le Haut-commissariat, à savoir la réversion.
 
Passons donc de la réversion à la mise en commun des points acquis par les époux !
La réversion est une formule qui date de l’époque où les couples étaient le plus souvent stables, unis "pour le meilleur et pour le pire" du mariage à la mort d’un des époux. Dans ces couples, la femme avait une activité professionnelle le plus souvent moins longue et moins bien rémunérée que celle de son conjoint, voire pas du tout d’activité professionnelle. Dans ces conditions, la réversion corrigeait plus ou moins l’absence de droits à pension attribués pour la mise au monde et l’éducation des enfants : c’était mieux que rien.
Aujourd’hui, les couples sont moins stables et les femmes travaillent professionnellement davantage : la réversion est une formule qui a fait son temps. De plus, elle donne parfois lieu à des rentes de situation injustifiables : certains régimes permettent au conjoint survivant, marié peu avant son veuvage, de remporter le gros lot. Son remplacement s’impose, et différents pays ont déjà fait le nécessaire, en recourant au partage des droits à pension entre les conjoints.
Les deux membres d’un couple marié devraient pouvoir mettre en commun les droits à pension acquis par chacun d’eux, que ce soit en raison de l’éducation de leurs enfants ou des cotisations versées pour la jeunesse. Il s’agirait en quelque sorte d’une extension du régime matrimonial dit "communauté réduite aux acquêts". Dès lors que les points de retraite seraient (enfin !) considérés comme des actifs financiers, il serait tout naturel qu’ils entrent dans la communauté des acquêts, au même titre que les placements financiers et les investissements immobiliers. Les couples seulement unis par un pacs pourraient éventuellement bénéficier d’une formule analogue.
 
Cette financiarisation de la retraite par répartition résoudrait toutes sortes de problèmes ; citons-en quelques-uns. D’abord un problème de justice : impossible, quand on partage seulement les points mis en commun durant l’union, de réaliser une captation de droits à pension après seulement quelques années de vie commune. Ensuite un problème d’équité : en cas de divorce, les points mis en commun seraient automatiquement partagés par moitié ; plus question d’avoir à choisir entre se remarier ou perdre ses droits à réversion, comme cela existe dans certains régimes. Enfin, un problème de dignité : il serait clair que le veuf ou la veuve ne bénéficierait pas d’une faveur accordée par l’Etat providence, mais d’une pension dûment méritée dans le cadre d’un partage des tâches au sein de la cellule conjugale. Si dans tel cas la pension résultant du partage des points de retraite est trop faible pour assurer une vie décente, bien entendu son titulaire aura droit au minimum vieillesse, mais le problème de l’assistance ne viendra plus polluer les questions conjugales.
Si l’on supprimait l’obligation faite aux enfants de famille nombreuse de cotiser au profit des personnes qui n’ont eu que peu ou pas du tout d’enfants, les parents de trois enfants ou plus auraient des vieillesses dorées, et les personnes n’ayant pas eu d’enfant en seraient réduites à faire la manche.

Envoyé par l'auteur, 1er avril 2019
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Pendant que Bruxelles réglemente, Pékin avance
 
Alors que les Chinois conquièrent la vieille Europe, celle-ci régule, crée des lois, invente des directives et se protège de tout et de rien, à la conquête de l'universalisme législatif...
 
Les Chinois à Paris ont cruellement mis en lumière l'absence totale de projet européen. Non seulement il n'y pas de numéro de téléphone pour appeler l'Europe, comme le faisait déjà remarquer très judicieusement Henri Kissinger il y a 50 ans, mais plus personne ne sait pour quel projet précisément on pourrait bien voter.
 
Quel manque de souffle, quelle absence d'unanimisme, quelle déception. Moins il y a de projets fédérateurs, plus il y a de candidats et d'ambitions personnelles. Les ministres sont prêts à déserter et à renoncer à leur mission pour une place à Bruxelles. Est-ce parce qu'ils espèrent se faire payer des assistants parlementaires ?! Que la place est bonne ? Qu'ils pensent vraiment changer le cours de l'Europe ? Et pour proposer quoi et pour qui ? Pour leur parti ou ce qu'il en reste, ou pour la France ? Au fur et à mesure que la campagne se précise, la désespérance, voire le rejet, s'installent. Les élections ont pris un ton de plébiscite présidentiel : on va voter pour des candidats en campagne qui veulent rejouer l'élection du Président de la République ; on redoute déjà au soir des élections les commentaires habituels des gagnants, triomphants d'on ne sait quoi. Cela ressemble au concours de The Voice, il faudra choisir celui qui a la plus belle voix, mais surtout le plus grand nombre de voix !
 
En même temps sur des starkings blocks, les candidats pour les municipales à Paris sont eux aussi, prêts à partir en courant ; n'est-ce pas affligeant de voir que le porte-parole du gouvernement par exemple, supplie qu'on le relève de ses fonctions ? Ainsi que le député espoir du gouvernement avec araignée et lavallière, passionné, créatif qui  veut à tout prix être maire de Paris (il faut sans doute être fort en maths). On a failli perdre la ministre de la Santé qui était très compétente en la matière et beaucoup moins en Europe, cela fait désordre.
La plus grande confusion règne au moment où l'on est supposé résoudre la crise des gilets jaunes et tirer des conclusions de ce que veulent les Français ; on ne sait déjà pas quoi faire en France, alors en Europe... pourtant quelques gilets jaunes esseulés visent le Parlement Européen, avec un semblant de programme ?
Une Europe apeurée ?
Mais la vraie leçon est chinoise, c'est le colossal projet qui mobilise un pays, que dis-je un continent. La route de la soie, c'est mythique, une conquête du monde, un retour vers le passé pour créer l'avenir. Certes, on objectera que les droits de l'homme et les conditions de vie et de gouvernance en Chine ne sont pas un modèle, mais pour créer l'unité et arriver au partage des richesses, quoi de mieux que ce projet pharaonique. On espère que le reste suivra.  
Imperturbables, les Chinois conquièrent la vieille Europe après avoir "acheté" l'Afrique : ils tracent leur route. Même dans le domaine artistique, ils émergent, imposant leur soft power comme l'explique Nathalie Obaldia dans son ouvrage "La géopolitique de l'art contemporain" *.
Pendant ce temps-là, l'Europe régule, crée des lois, invente des directives et se protège de tout et de rien, à la conquête de l'universalisme législatif, piètre programme.
Une Europe apeurée qui tente de gérer un 
Brexit feuilletonnesque à coup de technocratie galopante et de nouvelles règles d'échanges commerciaux. Une Europe troublée qui fait semblant de présenter un front uni à la Chine alors que l'Italie triomphante a déjà signé des deux mains les accords proposés par Xi Jinping sous l'œil courroucé des autres (peut-être aussi une petite vengeance contre cette même Europe qui l'a laissée seule face aux afflux de réfugiés ?) Mais les Chinois, tels les Horace et les Curiace, préfèrent s'entretenir avec chaque pays individuellement. Et, 300 airbus commandés à la France c'est un argument !
Quel est notre projet Européen commun, en dehors de taxer les GAFA ? Quelle image donnons-nous au président Chinois d'une Europe qui n'est qu'une Europe de frontières sans frontières, sur lesquelles les pays concernés ne sont d'accord que pour la photo ? Où est le projet enthousiasmant, mobilisateur, rassembleur, comme celui de la conquête de l’espace des Américains ou encore l'intelligence artificielle (face à laquelle nous sommes des nains).
Et quid de l’Europe des entreprises ? Patrons et salariés guettent aussi la décision qui favorisera les grands projets économiques et l'harmonisation fiscale et sociale tant souhaitée (qui s'alignera sur la fiscalité française !?).
Alors on va essayer de voter pour "son" parti (pour ceux qui ne sont pas orphelins) en essayant de dégager un peu d'enthousiasme des joutes oratoires qui ne manqueront pas. En attendant la bonne surprise, celui ou celle qui saura nous faire vibrer, ou des découvertes, comme celle de la tête de liste européenne (enfin une) menée par une jeune inconnue de 24 ans, Colombe Cahen Salvador qui prône de faire de la politique autrement en Europe (!) avec des Européens. D'autres jeunes têtes de cette même liste sont présentes dans plusieurs pays d’Europe.
Mais, finalement, ce sont les Chinois qui vont peut-être donner l'impulsion qui manque à cette campagne : Xi Jinping aura-t-il réveillé la vieille Europe… comme on réveille la Belle au bois dormant, non d'un baiser mais d'un projet ?

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 28 mars 2019
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Raminagrobis
 
La saga de Donald Trump s’est enrichie de deux épisodes que nous, Européens, devrions prendre en considération : le Procureur Mueller n’a pas constaté de collusion entre l’équipe électorale de Donald Trump et Moscou. Depuis le président Américain a offert le plateau du Golan à Israël.
Maintenant que l’hypothèque russe est levée, il est bien évident que Trump ne va pas pour autant pouvoir se rapprocher de Moscou et va devoir continuer à réchauffer la guerre froide.
 
Pour ce qui est du Golan, occupé en 1967 et annexé en 1981, cette annexion n’a jamais été reconnue par l’ONU ni la communauté internationale. Dans ces conditions on ne voit pas comment on va pouvoir reprocher à Poutine l’annexion de la Crimée qui apparaît autrement légitime. Le Golan, pris à la Syrie n’a plus grande importance stratégique mais est le château d’eau de la région où l’eau est la richesse ultime. La politique des Etats Unis se fait décidément maintenant à Jérusalem.
 
Si l’Europe avait une certaine intelligence, elle tirerait  de ces deux évènements les conclusions  qui s’imposent. : l’Europe qui, si on en croit Philippe de Villiers est ab initio une construction américaine, est considérée outre-Atlantique comme une vassale priée de s’aligner sans discuter, qui coute trop cher à défendre, elle devrait en profiter pour reprendre son indépendance, sortir de l’OTAN et se rapprocher de la Russie avec laquelle elle a, à l’évidence, nombre d’intérêts communs en particulier vis-à-vis de la Chine.
 
Nous ne serions pas trop pour contenir Monsieur Xi et les routes de la soie,  appellation poétique d’une entreprise qui n’a d’autre but que la conquête du Monde.
Nous recevions Monsieur Xi pour une visite d’état et avions déroulé le tapis rouge pour accueillir le dirigeant chinois qui n’a comme objectif que de dévorer une par une toutes les vieilles souris européennes. Il est bien évident que Raminagrobis a la tâche facile avec ce continent jadis glorieux mais maintenant perclus de droits de l’homme, de transition énergétique, de repentance coloniale, perdu dans des guerres picrocholine, le moteur franco-allemand, le Brexit, le groupe de Visegrad, l’excommunication de Vincent Orban, le populisme croissant sans parler d’une immigration invasive.
Monsieur Xi qui comme tous les Chinois, a la mémoire longue devait avoir une certaine jouissance à venger les guerres de l’opium, le sac du palais d’été, les traités inégaux, les concessions, les stationnaires européens sur le Yang Tsé, Hong Kong, Kouang-Tchéou-Wan et toutes les humiliations qu’un Occident conquérant leur avait imposées. Le président Macron n’avait pas osé l’affronter seul, il avait convoqué Angela Merkel et Jean Claude Juncker pour faire croire à la solidarité du continent, dérisoire tentative.

Envoyé par l'auteur, 28 mars 2019
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
La section Anderson

Le très beau documentaire de Pierre Schoendoerffer, Oscar 1968, sort pour la premièrefois sur grand écran.

La Section Anderson de Pierre Schoendoerffer n'était jamais sorti en salle. En effet, le film a été réalisé dans le cadre de la célèbre émission Cinq Colonnes à la Une. Voici pour la première fois, en version restaurée, dans un beau noir et blanc, une oeuvre que certains considèrent comme un des plus grands reportages de guerre.
En 1966, Schoendoerffer revient au Vietnam, cette fois-ci en pleine guerre américaine. Pendant six semaines, il filme les soldats du lieutenant Anderson, à travers la jungle des hauts plateaux. La caméra se tient au milieu de ces très jeunes gens (beaucoup sont des appelés, à peine sortis de l'adolescence), marchant avec eux à la recherche d'un ennemi invisible, du rasage à la lecture du courrier (ou à celle de Playboy) et des soudaines échauffourées au va-et-vient des hélicoptères emportant les blessés. On connaît leurs noms et leurs visages, et les blues chantés par un des soldats accompagnent les volutes de fumée de leurs cigarettes. Ou bien les tubes diffusés à la radio : "These boots are made for walking..."
Il faut un grand talent pour arriver à ce récit extrêmement dépouillé, mais d'une intense humanité.

Paru dans Le Figaroscope, 27 mars 2019
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
L'Église renonce au secret dans les affaires de pédophilie : un tournant crucial
 
Nous ignorons presque tout au sujet de ces affaires de pédophilie dans l'Église : et surtout, quelle réelle ampleur elles ont prises, si ces pratiques étaient de toujours ou bien augmentées récemment par des facteurs inconnus, bref nous sommes pratiquement dans le noir et le serons toujours. Nous en tirons la conclusion, déjà bien connue, que l'Église est composée d'humains faillibles, qu'il vaut mieux distinguer entre la personne de l'Église et son personnel, comme disait Jacques Maritain, et, avec crainte et tremblement, que l'Église des Borgia n'est jamais loin - n'empêchant pas cette institution de demeurer la plus durable connue dans l'histoire.
 
Mais ces révélations dramatiques et honteuses nous en apprennent sur l'évolution de l'Église et nous enjoignent peut-être de participer plus avant à cette évolution.
Dans une société holiste, c'est-à-dire communautaire, comme l'étaient auparavant les sociétés occidentales et comme le sont encore beaucoup de sociétés du monde, l'individu n'existe qu'à travers ses communautés d'appartenance. Et il se voit facilement sacrifié à ses communautés, parce qu'elles sont censées être le seul support dont aucun individu ne saurait se passer. D'où la passion pour le secret : les sévices causés aux faibles par le fort, investi d'autorité, sont soigneusement camouflés, et le faible est tenu de se taire - dans la famille pour les cas d'inceste, et dans toutes les institutions, dont l'Église, pour les cas de préjudices ou crimes quels qu'ils soient. Car préserver l'institution, c'est sauver un ordre social sans lequel l'individu lui-même ne serait rien. Les choses changent lentement avec le déploiement des sociétés individualistes en Occident : l'individu se voit investi d'une valeur supérieure à celle de ses communautés - et au bout du compte, on se trouve prêt, s'il le faut, à sacrifier l'honneur et la réputation d'une institution pour rendre justice à l'individu. Depuis un demi-siècle à peine, l'enfant avili et souillé par un hiérarque familial tout-puissant est compris et encouragé s'il lève le secret, et porte plainte, au lieu de cacher ses sanglots pour sauver l'honneur familial.
 
L'Église pendant longtemps a résisté à cette évolution, et d'ailleurs elle y résiste encore en grande partie. Elle se sent, encore, d'obédience communautaire, une institution qui toujours se sauve en jetant sur ses méfaits les voiles des lourds secrets. Mais ce qui vient de se passer - un pape réclamant la vérité à propos des affaires de pédophilie - montre que l'Église renonce désormais à repousser l'évolution individualiste. Elle se voit obligée, sous peine de reproches intolérables, de se porter à la défense des individus contre l'institution. Cela est nouveau, inédit. C'est un pas important franchi dans la défense de l'individualisme. L'abandon du secret revient à rejoindre la société moderne, dans laquelle l'individu vaut davantage que la communauté.
Il est clair que l'Église n'accomplit pas ce passage de gaieté de cœur, mais au contraire, sous la menace. Il suffit de voir à quel point elle a peiné à se rendre aux injonctions extérieures. Elle aurait sûrement préféré demeurer drapée dans son obscurité propice à la dissimulation. Mais il s'est produit un bouleversement majeur : les fidèles eux-mêmes ont demandé la levée des secrets. Y compris depuis peu les plus traditionalistes, lesquels ne se rendent pas compte que de ce fait ils défendent l'individualisme qu'ils récusent par ailleurs.
 
Le secret représente la pierre angulaire d'une société communautaire. On connaît l'importance des secrets de famille. L'obligation du silence conforte les sévices du porteur d'autorité, et par là même, permet leur développement. Les défenseurs de l'institution font mine de ne pas savoir et récusent énergiquement les faits les plus graves, tantôt en niant leur existence ("ce n'est pas vrai"), tantôt en niant leur importance ("ce n'est pas grave"). C'est pourquoi l'Église vient de franchir une étape essentielle, ou de consentir une concession majeure comme on voudra, en rendant publics les gestes de pédophilie. Ce qui ne veut pas dire qu'elle met en cause, au moins pour l'instant, la tradition du secret qui demeure chez elle profonde et établie. Les institutions catholiques, quand elles sont tenues par des clercs, ont coutume de se gouverner dans l'obscurité et le trouble. Elles ignorent généralement ce qu'est une gouvernance nette et transparente, et sous un affichage rassurant, les décisions s'y prennent derrière les tentures, permettant toutes sortes de coups bas. C'est sans doute le problème que rencontrent les papes successifs avec la Curie, irréformable parce qu'échappant à la clarté du jour. À tous les échelons et jusqu'à la moindre association ecclésiale, la difficulté est la même : cette passion pour l'opacité, issue de la tradition communautaire - une institution quelle qu'elle soit ne se sauvegarde que par le secret.
 
Le secret représente la perversion intime des sociétés holistes, dont aujourd'hui la seule restante en Occident est l'Église. Les sociétés individualistes connaissent bien sûr d'autres turpitudes : elles ne sont pas capables d'assurer la solidarité et la protection des faibles qui ont toujours fait le succès et la pérennité des sociétés holistes. Mais l'évolution de nos sociétés rendra de plus en plus difficile la légitimation des obscurités institutionnelles. Il ne s'agit pas de prétendre que l'Église devrait être une démocratie, car elle n'est pas une société civile, où les membres choisissent les finalités. Mais elle jouerait contre elle-même en refusant de prendre en compte cette exigence nouvelle : dans les sociétés occidentales en tout cas, où la personne individuelle vaut désormais davantage que l'institution, il est devenu impossible de cacher et de taire les agissements des autorités institutionnelles, qu'il s'agisse de comportements graves ou de petites filouteries de pouvoir.
La récente levée du voile sur les affaires de pédophilie ne représente que la prémisse d'une exigence de transparence et de rigueur qui concerne toute la gouvernance ecclésiale.

Paru dans Le Figaro, 28 mars 2019
Publié dans Devant l'histoire
Écrit par
En savoir plus... 0
Faut-il avoir peur de la Chine ?
 
Faut-il avoir peur de la Chine ? C'est la grande question géopolitique que vont se poser les chancelleries européennes pendant les trente prochaines années. En 2049, les Chinois fêteront le centième anniversaire de la prise de pouvoir du Parti communiste. Son chef, qui est aussi le président à vie du pays, a déclaré qu'à cette date la Chine serait devenue la première puissance du monde.
Une fois qu'elle se fut débarrassée des entraves à son développement constituées par les ingérences étrangères puis par l'idéologie collectiviste, la population chinoise, si nombreuse et si industrieuse, devait tout normalement filer vers le sommet mondial. La question est désormais de savoir ce que les Chinois feront de leur puissance.
 
Ils protestent qu'ils n'ont jamais été des conquérants et que la Chine ne s'est jamais comportée en puissance impérialiste outre-mer, à la différence des Occidentaux.
Durant la dynastie des Ming, à la tête d'une flotte de 70 vaisseaux et de 30.000 hommes, l'amiral Zheng He (1371-1433) entreprit une demi-douzaine de grandes expéditions, qui l'amenèrent au Moyen-Orient, en Afrique de l'Est ou en Indonésie. Il fit de la diplomatie et du commerce mais n'essaya jamais de s'emparer de nouveaux territoires. Après sa mort, l'empire du Milieu renonça à toute politique navale, pour se consacrer à sa défense terrestre (achèvement de la Grande Muraille). Au XIXe et au XXe siècle, la Chine connut d'humiliantes défaites face aux thalassocraties britannique et japonaise.
 
Xi Jinping veut faire du XXIe siècle celui de la renaissance de la puissance navale chinoise. Il construit une flotte de guerre considérable, ayant vocation à égaler à terme celle de l'Amérique, du moins en Asie. Homme prudent, il ne songe pas pour le moment à s'emparer militairement de l'île de Formose, dont la population, soutenue par les États-Unis, est déterminée à se battre si elle est attaquée. Mais il a d'ores et déjà remporté une victoire stratégique en mer de Chine méridionale, en s'emparant d'îlots jusqu'ici inhabités, les Paracells et les Spartleys. Contrairement aux promesses qu'il avait faites publiquement lors de son voyage aux États-Unis en septembre 2015, il a militarisé ces récifs, en y installant des missiles et en y construisant des aérodromes accueillant des bombardiers stratégiques.
 
Cet accaparement d'une zone maritime grande comme la Méditerranée ne laisse pas d'inquiéter les autres puissances navales asiatiques. La France, qui a vendu des chasseurs-bombardiers à l'Inde et des sous-marins à l'Australie, encourage l'émergence d'une coalition indo-pacifique des démocraties face à la Chine.
En matière de stratégie commerciale, Xi Jinping a lancé son projet pharaonique de route de la soie, appelée aussi BRI (Belt and Road Initiative). Il s'agit d'aménager et de sécuriser les routes terrestre et maritime d'exportation des produits manufacturés chinois vers l'Europe et d'importation des matières premières en provenance d'Afrique et du Moyen-Orient.
Faut-il la blâmer ? La Chine ne se contente pas d'être l'atelier du monde ; elle veut en devenir aussi le laboratoire. Au départ, les Chinois ont beaucoup retiré des universités américaines et européennes. Puis ils ont développé leurs propres universités et centres de recherche, qui rivalisent dans certains domaines (comme le spatial, les télécommunications, l'intelligence artificielle) avec les Occidentaux. Dans le secteur de la 5-G, le géant chinois Huawei a pris de l'avance sur ses concurrents occidentaux Ericsson et Nokia (lequel a absorbé Alcatel).
 
Dans une tribune au Figaro , Xi Jinping, en visite en France jusqu'au 26 mars 2019, a souligné que les deux vieilles nations partageaient le goût de l'indépendance, du libre-échange, du dialogue culturel et de la responsabilité mondiale. Certes. Mais Emmanuel Macron a eu raison d'insister sur l'équilibre et la réciprocité dans les échanges commerciaux.
Le président français a aussi compris que les Chinois sont des gens qui respectent la force. D'où son initiative d'inviter la chancelière d'Allemagne et le président de la Commission européenne pour négocier à ses côtés, avec Xi, les règles devant présider désormais aux relations sino-européennes.
Encouragée par les Occidentaux, la Chine a formidablement imité leurs modèles d'industrie et d'innovation. Peut-on moralement blâmer l'élève de vouloir désormais dépasser ses maîtres ? Non. Mais nous aurons la Chine que nous méritons. Plus le rapport de force que nous entretiendrons avec elle sera solide, meilleures seront nos relations avec elle. Ce n'est pas de la Chine qu'il faut avoir peur, mais de nos propres faiblesses, qu'elles soient politiques (délitement de l'Union européenne), sociales (baisse du niveau de l'enseignement) ou stratégiques (désindustrialisation).

Paru dans Le Figaro, 26 mars 2019
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Travail et productivité des fonctionnaires
 
Le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) dont Le Figaro (édition du 26 mars 2017) a pu prendre connaissance montre, comme on pouvait s’y attendre, que le temps de travail effectif des fonctionnaires de l’Etat est, au total, sensiblement inférieur à ce que prévoient les textes. Selon l’IGF, 190 000 agents bénéficient de dérogations injustifiées qui représentent, en nombre d’heures de travail, l’équivalent de 30 000 postes à temps plein.
 
Un calcul spectaculaire mais insignifiant
Ce chiffre constitue indéniablement une donnée intéressante. Mais il semble résulter d’une approche purement comptable et réglementaire qui, elle, est à l’origine de dysfonctionnements autrement importants. En effet, ces quelque 4,8 millions d’heures qui manquent à l’appel correspondent à des dérogations dûment codifiées, qui n’ont pas forcément un impact important sur le travail effectué.
Prenons un cas dont l’importance numérique est conséquente, celui des agents administratifs de l’enseignement secondaire. Comme ils " ne peuvent pas choisir leurs vacances, ils bénéficient automatiquement de deux jours supplémentaires". Peut-être est-ce injustifié, mais tout dépend de la façon dont les deux jours en question se positionnent, car il y a des périodes "de bourre", où tout le monde doit être à la manœuvre, et des périodes très "relax", où les agents administratifs peuvent être présents en nombre restreint sans que cela ait aucun inconvénient. Un établissement bien géré fait en sorte, comme un super ou hyper marché, d’avoir un effectif présent adapté à la charge de travail, qui n’est pas constante tout au long de l’année.
 
Les calculs de l’IGF, à moins que le journaliste du Figaro qui a eu entre les mains ce rapport (qui ne m’est pas accessible) ait mal fait son travail, sont purement comptables : ils additionnent les heures comme si elles étaient d’égale intensité. Pour un économiste, ce n’est pas admissible. Il y a des jours bien tranquilles, où l’on peut à loisir prolonger les pauses café et les discussions sur la pluie et le beau temps, et d’autres où pas une minute ne doit être consacrée à autre chose qu’au travail. Le "jour du maire" dans les administrations municipales, comme le "jour du ministre" dans les ministères peut être une excellente chose s’il est pris en période de faible activité, et un désastre s’il provoque la fermeture de nombreux guichets précisément les jours d’affluence. Une analyse qui n’est pas assez fine pour prendre en compte ce distinguo fondamental permet de faire un gros titre dans les médias, mais son utilité est voisine de zéro.
 
A quand une vraie gestion des administrations publiques ?
Le rapport de l’IGF se rapproche de l’étude des vrais problèmes lorsqu’il s’étonne du fait que les surveillants de prison qui travaillent en horaires décalés, nuit, week-end et jours fériés, ont un temps de travail supérieur à celui de leurs collègues "en poste fixe", c’est-à-dire aux horaires compatibles avec une vie familiale et relationnelle normale, et à celui des travailleurs sociaux des services d’insertion et de probation, qui s’occupent des condamnés non emprisonnés. Les allègements d’horaires pour cause d’horaires atypiques ou de pénibilité du travail posent un problème de gestion tout-à-fait important – le type même de question qu’il faut aborder pour améliorer la productivité des services publics et l’équité entre salariés.
 
Mais n’oublions pas que les questions centrales sont celles de la qualité et de la productivité du travail. Deng Xiaoping, l’homme qui à la fin des années 1970 et durant la décennie 1980-1990 amorça la transformation de la Chine, la mettant sur le chemin de l’efficacité où elle a marché à pas de géant, disait : "peu importe que le chat soit blanc ou noir pourvu qu’il attrape les souris". Si j’étais ministre de la fonction publique, j’afficherais certainement cette maxime, en gros caractère, sur le mur derrière mon bureau. Il ne sert à rien de faire rester des fonctionnaires à glander dans des bureaux et des salles de réunion. Que nous importe qu’ils fassent bien les 1607 heures qui constituent le quantum annuel légal, s’il n’en ressort pas grand-chose ?
 
Aurélie Boulet nous en apprend bien plus, dans son témoignage Absolument débordée ! ou le paradoxe du fonctionnaire. J’ignore si elle avait lu Michel Crozier, et par exemple son remarquable ouvrage Le phénomène bureaucratique, qui date de 1963, lorsqu’elle poussa en 2010 son cri d’indignation face à la gabegie de la mairie où elle était censée travailler, mais où, en fait, on lui demandait surtout de ne pas déranger le train-train d’une administration inefficace aux effectifs pléthoriques.
Notre grand sociologue analysait il y a plus d’un demi-siècle "la rigidité et l’isolement des rôles, l’impersonnalité et la résistance au progrès" des bureaux qu’il avait soigneusement observé. Ces facteurs de sous-productivité n’ont pas disparu avec la numérisation des activités. De plus, les administrations manifestent une assez forte propension à mettre en place des systèmes informatiques dont la qualité et l’adaptation aux besoins ne sont pas évidentes, comme on l’a vu avec Louvois, le logiciel de paie des armées, et quelques autres. Par rapport aux énormes problèmes d’organisation des services et de culture du travail efficace dont souffrent nos administrations, le décompte des heures de travail auquel s’est livré l’IGF manifeste surtout la prégnance de cet esprit bureaucratique analysé avec gravité par Michel Crozier et avec humour par Aurélie Boulet.
 
Que faire ?
Une vraie gestion de nos administrations devrait s’appuyer sur deux piliers. Primo, la disparition des doublons inutiles. L’exemple le plus frappant est celui des retraites : le passage à un système unique permettrait d’économiser plusieurs dizaines de milliers d’emplois et plus de 2 Md€ chaque année. Secundo, la formation du personnel de direction : du chef de bureau au secrétaire général de ministère, la proportion des fonctionnaires ayant les compétences et qualités requises pour faire fonctionner de façon efficace l’équipe dont ils ont la responsabilité est probablement assez faible. Être passé par l’ENA ne signifie pas que l’on a les qualités et savoir-faire requis pour organiser et stimuler une équipe, pour lui donner le sens et les moyens du travail fait bien et rapidement.
 
Le poisson, dit-on, pourrit par la tête. Je préfère dire qu’il se régénère par la tête. Nous devrions régénérer le personnel de direction sous les ordres duquel œuvrent quelque cinq millions de travailleurs des administrations publiques, sans oublier d’élaguer et de modifier les textes qui, trop souvent, ligotent les "chefs" les plus dynamiques. Le constat de l’IGF, sans être inutile, semble être trop convenu, trop déterminé par l’esprit bureaucratique, pour constituer le fer de lance de la réforme dont a besoin l’administration française.
Rappelons l’une des premières phrases d’un grand patron devenu ministre des finances, Francis Mer, dans son ouvrage Vous, les politiques (Albin Michel, 2005) : "L’administration n’est pas gérée, au plein sens du terme, et aucune réflexion n’a été menée depuis bien longtemps sur ce sujet en France." Ecoutons Francis Mer, terminons-en avec la bureaucratie, et que vienne enfin le temps de la gestion !

Envoyé par l'auteur, 27 mars 2019
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Le retour des assignats
 
Eternel débat sur la monnaie pour savoir si elle est une marchandise, un signe, une institution ou un symbole. Elle n’a été définie pendant des siècles en Occident que par les trois utilisations qu’Aristote lui voyait : instrument de mesure, intermédiaire d’échanges et stockage de valeur.
Mais pour mesurer, échanger ou stocker quoi ? La richesse ne se mesure pas puisqu’elle dépend du regard de chacun. Un échange ne nécessite-t-il pas deux entités à définir clairement ? Et pour stocker une valeur, ne faut-il pas que la valeur existe avant d’être stockée ?
Tant que la monnaie était en elle-même une valeur comme l’or ou l’argent, elle pouvait sans problèmes remplir les trois fonctions qu’Aristote lui trouvait. Quand on abandonnait son or, c’était toute l’histoire de cet or qui valorisait ce que l’on obtenait en échange. Et si on le stockait, il ressortait toujours inoxydé à première demande.
L’approche de la monnaie se complique quand elle devient fiduciaire (monnaie fondée sur la foi en l’émetteur). Elle est toujours au départ de la fiducie fondée sur l’équivalence avec un actif reconnu. Le système de Law en 1716 était fondé sur la richesse de la Louisiane alors française et recouvrant à l’époque plus de la moitié des actuels États-Unis. Les assignats en 1789 étaient fondés sur les biens confisqués d’abord au clergé puis à la noblesse émigrée. Les billets de banque étaient valorisés par leur équivalence en or. Cela a été pour la dernière fois affirmé en juillet 1944 dans les accords de Bretton Woods où les monnaies ont toutes été évaluées en dollar, lui-même échangeable contre de l’or.
 
Mais la nature humaine sait admirablement utiliser l’évidence que le papier est plus facile à imprimer que le travail à faire, l’or à être extrait, la Louisiane à rapporter ou les biens des puissants à être une source inépuisable. Le phénomène est toujours le même. On commence par en imprimer en toute bonne foi un tout petit peu plus que la richesse déjà reconnue en fondant la monnaie sur le rêve si agréable de la richesse qui sera créée grâce à la monnaie créée. Et une fois les bornes franchies, il n’y a plus de limite. On fabrique à la chaîne de la monnaie qui n’a plus comme valeur que celle que l’on accorde à leur imprimeur, et cette confiance ne dure évidemment jamais. Dans tous les cas arrive un moment ou le papier-monnaie cesse d’être monnaie pour redevenir simple papier, ce que Mirabeau avait pressenti en disant "qu’il faut bannir de la langue cet infâme mot de papier-monnaie". Si ceux qui les impriment trahissent la confiance de leur peuple, le désastre n’est jamais loin. Pour le système de Law il a fallu 4 ans pour que Law fuie à Venise en 1720 après que le Régent ait payé les dettes de Louis XIV en monnaie de singe. Pour les assignats il a fallu 8 ans pour qu’ils ne vaillent plus rien en 1797 après que la bourgeoisie ait récupéré à bas prix les biens de la noblesse et du clergé et mis en place le Directoire ouvrant la porte au Consulat et à l’Empire.
 
Depuis près de 50 ans, depuis que Nixon a arrêté le 15 août 1971 la convertibilité du dollar en or, les monnaies ne valent objectivement plus rien et attendent la reconnaissance de leur non-valeur qui peut arriver à tout instant.
Ce qu’il faut observer avec intérêt ce sont les multiples méthodes d’enfumage utilisées par ceux qui s’enrichissent sur le peuple pour faire tenir le système de fausse monnaie. Ils le font artificiellement et pour qu’il dure le plus longtemps possible tellement il leur est agréable.
Il faut déjà remarquer que la pénalisation de la fausse monnaie s’allège régulièrement avec le temps. Si dès le début de la monnaie-papier la sanction est inscrite sur tous les billets, elle est la mort au début du XIXe siècle, puis les travaux forcés à perpétuité, puis la réclusion criminelle à perpétuité. Sur le billet de 20 francs de 1997 type Debussy il est encore écrit en toutes lettres : "La contrefaçon ou la falsification des billets de banque et la mise en circulation des billets contrefaits et falsifiés sont punis par les articles 442-1 et 442-2 du code pénal de peines pouvant aller jusqu’à trente ans de réclusion criminelle et trois millions de francs d’amende".
Techniquement l’arrivée de la monnaie dématérialisée permet d’un seul clic à n’importe quelle banque de créer toute la monnaie désirée. Plus personne n’est responsable de la quantité de monnaie en circulation que l’on affuble des appellations absconses de masses monétaires M0 M1 M2 M3 M4… que les universitaires auscultent dans l’indifférence générale.

Mais c’est surtout intellectuellement que le travail est fait pour que personne ne comprenne plus rien à la monnaie qui est et qui restera une reconnaissance de dette d’un peuple sur lui-même.
On a changé le sens de l’inflation qui était il y a 50 ans l’augmentation de la masse monétaire et qui est devenue la conséquence de son augmentation incontrôlée à savoir la hausse des prix.
On a eu l’idée géniale d’inventer le PIB, somme de toutes les dépenses publiques et privées, en l’appelant Produit pour faire croire qu’il suffisait de dépenser pour s’enrichir. Cela permet de croire s’enrichir en s’endettant. On a appelé cette stupidité, investir (mettre un vêtement) ou financer (mener à bonne fin) et cela ne fait rire personne.
On a inventé le gagnant-gagnant en transformant le double contentement d’un moment en un double enrichissement durable. On a fait de la richesse un fait objectif alors qu’elle n’est qu’un regard.
On a transformé l’emprunt qui de toute éternité avait toujours été un emprunt sur gage réservé aux riches. On en a fait un emprunt sur richesse future pour justifier la création de fausse monnaie, faire monter tous les prix et fabriquer à la pelle des faux milliardaires que l’on peut envier ou détester et qui dépensent tous de la fausse monnaie que les banques leur prêtent. Faux milliardaires car leurs fortunes ne consistent qu’en immobilier, en actions et en œuvres d’art qui ne valent cher que parce qu’ils se les rachètent entre eux à des prix faux et hallucinants payés avec des emprunts. Les riches sont ceux qui peuvent s’endetter en faisant croire qu’ils créent des richesses. Le vrai prix de l’immobilier est celui qui serait obtenu si tout devait être payé cash dans un monde sans fausse monnaie. Si l’immobilier devait être payé comptant en or, de combien de dizaines de fois moins cher serait-il et ne serait-ce pas son vrai prix ?
Bien sûr, les banques créant en continu de la monnaie pour survivre, les dettes explosent. La dette publique française est d’environ 100 % du PIB et la dette privée française de l’ordre de 130 % du même PIB que l’on prétend être notre fabrication annuelle de richesses alors qu’il n’est que notre dépense annuelle, ce que les médias ne veulent pas entendre. Ne parlons pas des dettes de la Chine, des États-Unis, de l’Angleterre ou de l’Allemagne !
Mais le pire est la justification intellectuelle de la création d’argent pour créer de la richesse, justification martelée dans les grandes écoles et à l’université par des professeurs malheureusement souvent de bonne foi.

Certains professent en effet qu’il est intelligent de créer de la monnaie pour financer la fabrication, la construction ou l’achat de quelque chose qui sera reconnu comme une richesse. C’est en effet techniquement possible puisque toutes les banques le font en expliquant que la monnaie artificiellement créée sera détruite lorsque l’emprunteur la remboursera. Mais c’est économiquement dramatique car si la monnaie créée disparait effectivement des comptes de la banque quand elle est remboursée, elle ne disparait pas pour autant car personne ne la détruit. Cette fausse monnaie va circuler ou être épargnée et se confondre avec la bonne monnaie et donc la dévaloriser. La bonne monnaie est créée postérieurement à la création de richesses alors que la fausse monnaie est créée pour créer une richesse sans être jamais détruite.
Si l’on emprunte pour construire un viaduc que tout le monde appréciera ou une voiture dont quelqu’un a besoin, la banque oubliera tout dès qu’elle sera remboursée mais la collectivité en macroéconomie se retrouvera en possession d’un cumul. Elle aura  le viaduc ou la voiture mais elle aura aussi l’argent qui a servi à les obtenir et qui a été disséminé sans être détruit. Comme il a fallu rembourser la banque, l’argent nécessaire n’a pu être trouvé que par un appauvrissement des citoyens pris individuellement ou collectivement. Depuis 50 ans, depuis que les monnaies ne sont plus que des assignats, nous ne remboursons les banques qu’en nous appauvrissant. Ne pas vouloir le comprendre c’est ne pas vouloir comprendre pourquoi un seul salaire suffisait il y a 50 ans dans toutes les classes sociales pour qu’une famille vive correctement avec au moins trois enfants alors qu’aujourd’hui dans toutes les classes sociales le niveau de vie diminue et l’on a même peur de faire des enfants, même avec deux salaires.
 
Quel parti politique aura le courage de prendre vraiment le parti du peuple en le remettant au travail de vraie production ou dans des emplois de vrais services à cette production pour qu’il soit à nouveau payé correctement sur ce qu’il est capable de faire sans être déformé ou formaté à Dieu sait quoi ? Mais l’immense cohorte des emplois actuels ne sert qu’à donner des soins palliatifs au système tout en prétendant l’améliorer. Cette cohorte est malheureusement majoritaire et elle nous donne la classe politique assez déboussolée que nous avons et qui ridiculise la démocratie.
 
Les élections européennes vont permette d’exprimer la défense du système avec l’Union européenne ou le réveil des peuples dans toutes leurs sensibilités. D’un côté des Européistes sans enfants nous parleront puissance économique, compétition, innovation, investissement, financement et populisme de ceux qui ne les admirent pas. De l’autre une multitude d’approches complémentaires cherchent à comprendre mais savent toutes que la vraie puissance est la cohérence d’une nation et que la nôtre a malheureusement aujourd’hui par notre faute des dirigeants qui ne la comprenne plus.

Envoyé par l'auteur, 26 mars 2019
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version