Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Le libéralisme, porté par la société civile
 
Le libéralisme, à peine exhumé de la cave, y est repoussé par ceux qui s’en effraient déjà. "La France n’est pas libérale", a assuré le "réformiste" Manuel Valls, ce lundi matin sur Europe 1. Dans Le Monde de ce week-end, celui qui avait clamé : "J’aime l’entreprise" devant l’université du Medef, en 2014, a expliqué : "Je pense que le libéralisme économique n’est pas la réponse à la situation de la France. Pour moi, le rôle de l’Etat et celui des services publics sont essentiels tout comme celui des partenaires sociaux". Jean-Claude Michéa, qui vient de publier : "Notre ennemi, le capital", remet pour sa part le vieux marxisme à la mode. Le philosophe est particulièrement admiré d’une jeune génération réactive en quête de gourous et qui ne s'attarde visiblement pas sur l'héritage totalitaire de cette idéologie liberticide et manichéenne. Alors que la France en faillite s’asphyxie sous les poids d’un Leviathan produit par un socialisme institutionnalisé (ce qui est le cas quand 57% de la richesse nationale est consacrée à la dépense publique), force est de constater que le véritable conservatisme est chez les gardiens du temple qui n’entendent pas s’émanciper de la "tyrannie du statu quo" (Milton Friedman). Mais les peuples, parce qu’ils aspirent à reprendre leur destin en main, sont les premiers à laisser comprendre qu’ils désirent davantage d’autonomie et de libres entreprises.
La victoire de François Fillon à la primaire de la droite ne s'explique pas seulement par son diagnostic sur le risque régressif que fait courir à la France l’islam conquérant. L’ancien premier ministre est aussi porté par sa vision d’une économie ouverte, qui veut alléger l’interventionnisme public et donner sa place à l’initiative privée. Ce constat d’une société bloquée est aussi celui que fait Emmanuel Macron quand il s’assume dans son libéralisme en tout. L’écoute qu’il rencontre infirme l’analyse de Valls, dont le positionnement anti-libéral semble guidé par une volonté de se différencier de son principal concurrent. Comme le remarque l’économiste Jacques Garello (1) : "Le drame français a atteint des sommets avec l’Etat providence, puisque rien n’échappe à son emprise. Il faut donc prendre le mal à la racine et faire reculer le tout politique, en redonnant leur place au marchand et au communautaire. Face à l’hypertrophie de la société politique, il faut restaurer la société civile". C’est ce réveil de la France oubliée, engagé depuis 2013 avec La Manif pour Tous, qui poursuit ses effets révolutionnaires. Ce mouvement de fond, qui sème la panique chez les politologues et rend les scrutins imprévisibles, réclame de l'air et des libertés nouvelles. C’est la société civile qui porte l’aspiration libérale, que le FN et la gauche doctrinaires persistent à diaboliser. Ils pourraient s’en mordre les doigts.

(1) Le vote libéral, Les éditions Libréchange
Paru sur blog.lefigaro.fr, 16 janvier 2017
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
"Une diminution liée à la perte de confiance des Français dans la politique familiale"
 
Le Recteur Gérard-François Dumont est géographe et démographe, professeur à l’université de Paris-IV Sorbonne.
 
LE FIGARO. - Les coups de rabot du gouvernement dans la politique familiale ont-ils joué un rôle dans cette nouvelle baisse des naissances et de la fécondité ?
Gérard-François DUMONT. - La baisse des naissances et de la fécondité est incontestable. C’est une nouvelle tendance, liée à la perte de confiance des Français dans la politique familiale, rabotée à plusieurs reprises ces dernières années. L’attitude de fécondité des populations est liée au degré de confiance dans la politique familiale et dans sa pérennité. Cette politique a été structurellement remise en cause ces dernières années par la mise sous conditions de ressources des allocations familiales. Elle s’est détériorée à deux niveaux. Le premier, c’est la baisse du pouvoir d’achat des couples qui veulent un premier enfant ou un enfant de plus. Le second, c’est la diminution des aides permettant de concilier vie professionnelle et vie familiale comme la baisse du complément de mode de garde (un ­financement de la CAF pour aider à payer une nounou à domicile, NDLR).

Le nombre de places de crèche a cependant augmenté depuis quatre ans…
Certes, le gouvernement a annoncé une hausse du nombre de places en crèches, mais cela ne suffit pas à répondre aux besoins. Par ailleurs, le métier d’assistante maternelle est moins encouragé et leur nombre a chuté. Il ne faut pas oublier que l’État a ponctionné plus de 11 milliards sur les dotations globales de financement des collectivités locales sur trois ans. Un certain nombre de ­communes ont annulé ou retardé des projets de création de crèches collectives ou de réseaux d’assistantes maternelles.
Tous les démographes ne partagent pas votre analyse sur l’influence à court terme de la politique familiale sur la natalité…
Si l’on regarde l’évolution de l’indice de fécondité depuis les années 1980, on se rend compte qu’il est toujours corrélé aux décisions de politiques familiales. Ce n’est pas un phénomène uniquement français. Les indices de fécondité de nos voisins européens sont également liés à ces décisions. Le seul contre-exemple, c’est l’Allemagne. Sa politique familiale généreuse n’est pas suivie d’effets, car le versement d’allocations dès le premier enfant a une faible efficacité. C’est également un pays où, contrairement à la France, l’enfant est moins bien accepté s’il naît hors mariage et où la conciliation de la vie familiale et professionnelle des femmes est mal acceptée.

Le contexte économique morose et le taux de chômage ont-ils contribué à faire chuter la natalité ?
La crise a commencé en 2008, et elle n’a pas eu d’effet en France sur les naissances dans les premières années, car la politique familiale a joué son rôle protecteur. À l’inverse de l’Espagne, par exemple, où les jeunes couples ne menaient pas à bien un projet d’enfant, car ils ne parvenaient pas à s’installer dans leur propre logement.

La baisse du nombre de femmes en âge de procréer est un autre facteur d’explication…
C’est un élément, mais non la raison principale de cette baisse de la fécondité. On peut noter une légère diminution du nombre de femmes en âge de procréer en 2016. Cet héritage démographique existe, mais il faut aussi prendre en compte la dynamique migratoire. Dans le cadre du regroupement familial, un certain nombre de femmes relativement jeunes et en âge de procréer arrivent aussi en France. Globalement, la baisse du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants est donc homéopathique.

La baisse de la fécondité est-elle une tendance réversible ?
Si l’on redonne confiance aux familles en rebâtissant la politique familiale, il me semble que l’indice de fécondité pourra remonter.

Paru dans Le Figaro, 18 janvier 2017
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Un humaniste s'en est allé...

2017 aurait du commencer par une bonne nouvelle (le lancement d’un livre atypique : "Eco enluminures, cris de la terre" de Sérgio Bello) , hélas nous apprenons la disparition de Laurent Danchin, grande figure de la dissidence française.
Commissaire de nombreuses expositions d’Art Brut à la Halle St Pierre, correspondant de la revue internationale Raw Vision, Laurent Danchin fut un des premiers à publier contre l’AC (soit l’Art officiel, potentiellement financier), terme qu’il avait contribué à créer et diffuser. Il vit ces dernières annéesl’AC s’accaparer et financiariser un Art Brut méprisé jusque-là. Longtemps, Danchin imagina que l’Art Brut apporterait  fraîcheur et innocence "au sein d’une scène artistique particulièrement perturbée et indéchiffrable, (…) tout en rappelant, contre l’abus et l’imposture, ce qu’est la vraie création, Mais "cet enfant sauvage, mal élevé, qui n’aurait jamais été admis à la table des bourgeois, fait désormais l’objet, tous azimuts, d’une intense campagne de nettoyage et de récupération, (…) submergé au passage par la foule des opportunistes, des arrivistes ou des imposteurs", écrivait-il en 2014 (1).


Fils d’universitaire, Danchin  détestait l’Université pour son absence de curiosité, son fractionnement du savoir, ou son approche de l’Art théorique, "objective", en un mot conceptuelle. Diplôme en histoire de l’art à Paris X, titulaire d’ un DEA d’esthétique à la Sorbonne, il fit Normal Sup et devint professeur de lettres à Nanterre et Boulogne Billancourt expérimentant au quotidien, pendant 30 ans, la banlieue et les marges : il en gardait une passion pour la culture générale, seule capable d’empêcher l’émiettement d’une société devenue babélique. C’est ainsi qu’un ministère de la Culture séparé de l’Education contraint automatiquement, selon lui, la Culture à devenir de la consommation, un divertissement. Ses talents de pédagogue lui permettaient de défendre brillamment sa passion pour l’Art brut,  la culture dite "populaire", les "autodidactes" ou les créateurs singuliers comme Chomo, sculpteur ermite de Fontainebleau dont il fut l’ami.

Son œuvre a participé à la prise de conscience du totalitarisme "soft" que nous subissons. Il est l’auteur d’une grande bibliographie sur l’Art contemporain montrant, depuis 1980, l’ampleur du débat, quoique  souvent souterrain.
Son érudition, sa bonhommie et sa profondeur nous manqueront.
Il nous reste plusieurs vidéos, comme celle sur " la critique cultivée de l'Art contemporain"
cliquez . Animé avec Jean-Luc Giraud, son site Mycélium, cliquez  dont le nom suggère que les idées et les formes cheminent comme  les ramifications souterraines des champignons. Un des derniers textes publiés par Laurent Danchin figure dans le livre du plasticien brésilien Sérgio Bello "Eco enluminures, cris de la Terre". Cet ouvrage, à travers l’Amazonie, est un plaidoyer pour la Terre que l’homme assassine ; il est constitué de 27 enluminures poétiques et engagées, accompagnées de textes rédigés par 27 personnalités d’origine diverse, en écho à l’impact des images (site de Sérgio Bello cliquez ). Laurent Danchin s’y associa, comme le sociologue et philosophe Edgar Morin, l’astrophysicien Hubert Reeves, le critique d’art Gérard Xuriguerra etc... J’eus le plaisir d’en écrire le prélude,  Danielle Mitterrand la préface (texte inédit)… (diffusion du livre ;  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. )   

Un acte de lutte et de résistance, le pinceau ou la plume à la main, pour ouvrir dignement 2017 !

 




1) Préface de Aux frontières de l’art brut, un parcours dans l’art des marges, de Laurent Danchin, Collection mycelium, Éd. lelivredart 640 p.
Paru sur www.sourgins.fr
 
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Du Wahabisme
Intervention au cours du Colloque du CF2R sur le wahabisme du 18 janvier 2017

Introduction
Je voudrais essayer d'expliquer comment une secte minoritaire et fanatique de l'islam s'est imposée dans une grande partie de la péninsule arabique par l’alliance entre la famille guerrière des Séoud et la prédication de retour aux sources de l’islam primitif du mystique Abdul Wahab, créant un état qui a pris le nom de son fondateur-seul exemple au monde-, en bénéficiant des soutiens stratégiques des Britanniques, puis des Américains qui les entérinèrent avec le Pacte de février 1945 signé sur le croiseur Quincy entre Roosevelt et Ibn Séoud, étendant son influence à toute la péninsule et même au-delà grâce à la richesse de son sous-sol. Aujourd’hui, désolant les fidèles sincères de l'islam qui voient leur religion diffamée par cette vision blasphématoire enjoignant tous les musulmans de tuer ceux qui n’y adhèrent pas, cette idéologie archaïque a trouvé des soutiens et des alliés puissants qui l’exploitent à des fins stratégiques, alimentant ainsi le terrorisme qui prend les différentes formes que nous connaissons aujourd’hui et que prétendent combattre des coalitions occidentales vertueuses.
La crise provoquée par cette vision inculte, haineuse et sommaire de l’islam sunnite entraîne en son sein des craquements et des divisions, et pourrait amener les grands théologiens à vivifier les saintes bases de la foi sunnite pour l’adapter au monde moderne, en l’orientant vers l'avenir, à l'instar du chiisme tourné vers la prophétie et l’attente d’un monde meilleur. Des voix s’élèvent en ce sens, depuis deux ans environ, venant de responsables sunnites religieux, comme à Kazan et Grozny en 2016, et de chefs politiques musulmans mais laïques comme le Maréchal Sissi en Egypte. J’y reviendrai.
 
Historique
Le grand historien Jacques Benoist-Méchin a magistralement décrit les origines du monde arabe dans son livre : "Ibn Séoud, ou la naissance d’un royaume", publié en 1955, deux ans après la mort du roi Ibn Séoud, pour lequel il ne tarit pas d’éloges justifiés sur ses qualités guerrières et politiques. Il explique comment les tribus arabes au VIIème siècle attendaient un unificateur : ce fut Mahomet qui rassemblait les valeurs spirituelles, politiques et guerrières. L’expansion de l’islam fut alors fulgurante pendant les cent premières années, arrêtée en 732 en Europe par Charles d’Héristal (dit Charles Martel en raison de son ardeur au combat) dans la région de Poitiers, mais non pas écrasée, puisque son influence y restera sous différentes formes dans l’Europe méridionale. Mais la victoire de Charles Martel sur l’Emir Abderrahman auréola les Francs carolingiens d’un immense prestige pour avoir sauvé la chrétienté d’Occident.
"La domination musulmane ne s’en étendait pas moins de Narbonne à Kachgar (au Turkestan chinois) et le Calife, cette image de la divinité sur terre, se trouvait à la tête d’un empire plus vaste que ceux de Darius ou d’Alexandre le Grand."
 
Puis, à la fin du XVIIème siècle, le monde arabe qui avait montré tant de vertus guerrières exceptionnelles appuyées sur une foi ardente, s’était laissé aller au confort des situations acquises et avait dégénéré, accommodant la pratique de l’islam à sa soif de satisfactions matérielles, et développant en son sein des rivalités parfois sanglantes.
"Les tribus vivaient dans l’attente de l’homme qui restaurerait leur foi et referait leur unité. Elles s’interrogeaient anxieusement, attendant un signe, un présage et se demandaient si celui qui reprendrait en main leurs destinées serait, comme mille ans auparavant, un prophète ou un guerrier.
Ce fut un prophète : il s’appelait Mohammed-Ibn-Abdul Wahab."
 
Né à Azaïna, dans le Nedjd, en 1696, issu de la glorieuse tribu des Tenim, face à la dépravation morale de nombreuses tribus qui avaient perdu leur ancienne vigueur guerrière et s’étaient amollies dans la luxure et la jouissance des biens terrestres, notamment au Yémen, "Il préconisa qu’il fallait restaurer la Loi dans son antique pureté. Abolissant d’un geste mille ans d’histoire arabe, il revenait au point précis d’où était parti Mahomet.
…. Le guerrier cherchait une doctrine, le prédicateur cherchait une épée. Ils convinrent de mettre leurs forces en commun pour "accomplir la volonté divine et rendre au peuple arabe son unité perdue".
Afin de sceller cet accord Abdul Wahab donna à Mohammed Ibn Séoud (Le grand-père d’Abdul Aziz Ibn Séoud) sa fille en mariage en 1749 et lui confia la direction politique et militaire de l’entreprise. 
 
A la lecture de ce livre plein d’enseignements, on comprend aussi que le Yémen, berceau des premières civilisations arabes, a dû être soumis par les Séoud au cours des siècles car il représentait un contre-exemple existentiel, au point qu’Ibn Séoud aurait dit à ses héritiers :"Le bonheur du royaume réside dans le malheur de l’Yémen"
Benoist-Méchin détaille les épisodes qui ont amené la famille Séoud à dominer la péninsule par cette alliance de la doctrine inflexible et de l’intelligence guerrière :
….
"Car ce Dieu, qui était bon et miséricordieux envers ceux qui lui obéissaient aveuglément, se montrait impitoyable à l’égard de ceux qui transgressaient sa Loi. Les Wahabites se considéraient comme ses Elus, haussés par lui au-dessus du commun des mortels. Leur mission consistait à ramener tous les hommes sous son obédience, dussent-ils les y contraindre à coups de rapière."
 
Aujourd’hui
Après ce rappel historique, il faut comprendre que le wahabisme connaît aujourd’hui des divergences d’interprétation qui ont amené ses adeptes à se disputer sauvagement, entre les monarchistes et les antimonarchistes, comme l’explique l’islamologue Karim Ifrak dans une intervention érudite lors d’un colloque organisé en  mars 2016 par l’Académie de Géopolitique de Paris, divergences matérialisées par la prise de la Grande Mosquée de La Mecque en novembre 1979 par des wahabites mahdistes et donc takfiristes antimonarchistes. On sait que l’ordre monarchiste a été rétabli par l’intervention du GIGN français.
Je cite Karim Ifrak :
"Le wahabisme est un mouvement fondamentaliste aux soubassements politico-religieux sur lesquels les Al Saoud ont forgé leur politique de légitimité religieuse. Il repose sur une interprétation sommaire des Textes qui prône une pratique ritualiste la plus éloignée possible de l’islamisme. Victimes d’une vision idéaliste de l’islam, les adeptes du wahabisme prêchent un retour vers ce dernier dans sa forme la plus originelle possible. S’estimant être les dignes héritiers du salaf (les pieux ancêtres), ils n’hésitent pas à taxer les autres musulmans de déviants, voire dans le cas de certains, d’hérétiques. Aussi, à travers un prosélytisme soutenu financièrement et médiatiquement, le wahabisme ambitionne de ramener les non musulmans à se convertir à l’islam et les musulmans à épouser leur cause."
 
Enfin, notons que la confrérie des Frères Musulmans, durement réprimée par Nasser dans les années 50 qui voyait en elle un obstacle fondamental à sa vision d’unité panarabe, fut accueillie généreusement par l’Arabie en lutte contre son grand rival laïque, jusqu’au moment où elle commença à prêcher son islamisme antimonarchiste. Et nous connaissons les rivalités qui en découlèrent entre Doha et Riyad, notamment dans leurs relations aux différents groupes armés, puis lorsque les Frères accédèrent démocratiquement au pouvoir au Caire en 2012 avec Mohammed Morsi, en toute logique puisqu’ils étaient la seule formation politique restée organisée et soutenue financièrement de façon souterraine sous le régime de Moubarak.
 
Née en Afghanistan pour lutter contre les soviétiques, Al Qaïda a été la première structure rassemblant les djihadistes, financée par l’Arabie et le Pakistan, avec le soutien des services américains qui considéraient alors Oussama Ben Laden comme leur allié. Après les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par des citoyens séoudiens, George W Bush décida une opération militaire avec des bombardements massifs de l’Afghanistan qui, comme des experts dont le colonel René Cagnat l’avaient prédit, ne firent que détériorer la situation ; on sait où nous en sommes 16 ans après dans ce malheureux pays. Les Etats-Unis ont ensuite envoyé leur armée en Irak en 2003 où, sous la main de fer de Saddam Hussein le terrorisme n’existait pas : l’Irak a été détruit et le terrorisme d’inspiration wahabite y est devenu prospère. Regardons aussi la Libye où les EUA ont envoyé leurs alliés britannique et français faire le travail pour le résultat catastrophique que nous connaissons aujourd’hui. Ils ont apporté leur soutien renseignement et logistique à l’opération et ont ensuite eu un ambassadeur lynché dans le chaos qu’on avait créé.
 
Avec la guerre en Syrie, les djihadistes ont multiplié leurs organisations de lutte armée et leurs noms de guerre, en fonction de leurs affiliations et de leurs financements mais tous s’inspirent du wahabisme et montrent la même cruauté. Au nom de l’islam, leur but est de renverser le régime laïque de Damas, but qui est la raison même du soutien qu’ils ont trouvé à Riyad, Doha, Ankara, Washington, Paris ou Londres. DAESH, ou EI, Etat Islamique, n’est qu’une métastase du cancer d’Al Qaïda, en poursuit les mêmes objectifs au nom de la même idéologie, mais il a la particularité d’être au départ irakien et d’avoir été sous contrôle des services américains depuis ses débuts en 2014, s’érigeant en rival inacceptable de sa matrice créatrice.
On ne peut plus nous traiter de complotistes quand nous énonçons ces vérités puisque tout le monde a pu voir les vidéos authentiques où Hillary Clinton le dit, où le sénateur John McCain rencontre le chef d’AL Nosra dans la région d’Alep en 2013, où le Ministre des Affaires Etrangères français félicite la même organisation pour "son bon boulot en Syrie" ; et nous avons maintenant de nombreux témoignages qui attestent que John Kerry a semblé malheureux d’avouer, alors qu’il se croyait à huis clos, aux "révolutionnaires syriens" des Etats-Unis qu’il avait tout fait pour renverser le pouvoir légal à Damas, même en formant et équipant ses propres "rebelles modérés" mais que c’était un échec, ceux-ci ayant rejoint avec armes et bagages la nébuleuse terroriste. (1)
 
L’intervention militaire russe a cependant mis bas les masques, obligeant les Etats à dire clairement s’ils luttaient contre le terrorisme ou non. Erdogan, accusant les Etats-Unis de vouloir le renverser par un coup d’état en juillet 2016, a changé radicalement de position pour s’aligner sur la Russie et en subit depuis les conséquences tragiques avec les attentats meurtriers perpétrés sur son sol par DAESH. Mais l’hypocrisie qui a prévalu jusqu’ici du côté occidental n’est plus crédible ni acceptable, bien qu’on assiste à des manœuvres sordides de l’administration américaine finissante pour empêcher de reconnaître que c’est Moscou qui dirige désormais les affaires dans l’ensemble du Moyen-Orient : Ankara en premier l’a compris mais Riyad, Tel Aviv et les autres capitales savent aussi que leur sort dépend maintenant davantage des bonnes relations qu’elles auront avec Moscou, alliée de puissances importantes comme Téhéran et Pékin et de la redoutable force militaire du Hezbollah libanais, ce qui intéresse directement Israël.
Tout laisse penser que le pragmatisme du Président élu Donald Trump, qui prendra ses fonctions le 20 janvier, lui fera prendre en compte cette nouvelle donne et qu’il pourrait apporter son soutien au règlement russe de la guerre syrienne, par exemple en participant à la conférence d’Astana qui devrait initier la solution politique. C’est en effet au Kazakhstan que doivent se dérouler les pourparlers entre le gouvernement syrien et son opposition entourés des puissances impliquées, pas à Genève ou à Vienne, ce qui est un signal fort du déplacement du centre de gravité des affaires mondiales. Aujourd’hui, seule Moscou, du fait de ses alliances en Eurasie et en Asie, peut apporter à Ankara, Riyad, Tel Aviv des garanties de sécurité, voire de survie politique. C’est donc la Russie qui peut faire cesser les financements et soutiens du terrorisme takfiriste, qu’ils soient étatiques ou paraétatiques.
 
Kazan et Grozny en 2016
En réaction au terrorisme takfiriste, par des jugements sommaires mais compréhensibles on a vu se développer un mouvement de rejet global de l’islam en Europe et notamment en France où Daesh, affaibli sur le terrain organise ses attaques contre les "impies occidentaux". Il est vrai que la dénonciation de cette déviance criminelle qui a été faite par des autorités religieuses sunnites a été peu audible dans les médias malheureusement.
Pourtant un sommet de l’OCI (Organisation de Coopération Islamique) à Kazan en mai 2016 avait affirmé que le terrorisme n’avait rien à voir avec l’islam, les participants se contentant d’inciter à faire la différence entre le vrai islam et sa parodie. Mais surtout un évènement d’une extrême importance a eu lieu à Grozny du 25 au 27 août suivant où deux cents savants sunnites du monde entier dont les Ulémas d’Al Azhar ont dénoncé sans ambages les organisations sunnites déviantes qui encouragent le terrorisme, les répertoriant toutes, notamment le wahabisme, et ont émis une fatoua contre elles, distinguant l’islam véritable de l’erreur, et publié un communiqué appelant les autorités politiques à soutenir les instances religieuses modérées.
L’évènement de Grozny, dont je donne ici les références pour plus de détails, restera un moment important dans l’histoire de l’islam moderne, de sa refondation et de sa lutte contre le terrorisme. (2)
 
Le Maréchal SISSI : pour une révolution religieuse de l’Islam
Un autre élément important dans ce sens, dont on a curieusement peu entendu parler, est le discours que le Maréchal Sissi a prononcé devant les Ulémas de l’Université Al Azhar du Caire le 28 décembre 2014.
Il a parlé sans ambages devant les plus hautes autorités religieuses de son pays, et donc du monde sunnite, les incitant clairement, avec une grande intelligence et persuasion à prendre position pour que l’islam ne soit pas la religion assimilée au terrorisme. Ce qu’il a dit est tellement important que je vais vous en citer des extraits significatifs :
 
Extraits du discours, le 28 décembre 2014, du Maréchal SISSI devant les Ulémas de l’Université Al Azhar du Caire (3)
Abd Al-Fatah Al-Sissi: "Nous avons parlé plus tôt de l’importance du discours religieux, et je voudrais répéter que nous ne faisons pas assez concernant le véritable discours religieux. Le problème n’a jamais été notre foi. Il est peut-être lié à l’idéologie, une idéologie que nous sanctifions.
Je parle d’un discours religieux en accord avec son temps".
[…]
« Je m’adresse aux érudits religieux et prédicateurs. Nous devons considérer longuement et froidement la situation actuelle. Je l’ai déjà dit plusieurs fois par le passé. Nous devons considérer longuement et froidement la situation dans laquelle nous nous trouvons. Il est inconcevable qu’en raison de l’idéologie que nous sanctifions, notre nation dans son ensemble soit source de préoccupations, de danger, de tueries et de destruction dans le monde entier. Il est inconcevable que cette idéologie… Je ne parle pas de "religion" mais d’ "idéologie" – l’ensemble des idées et des textes que nous avons sanctifiés au cours des siècles, à tel point que les contester est devenu très difficile. On en est arrivé au point que [cette idéologie] est devenue hostile au monde entier. Peut-on imaginer que 1,6 milliard [de musulmans] tuent une population mondiale de 7 milliards pour pouvoir vivre [entre eux] ? C’est impensable.
Je prononce ces mots ici, à Al-Azhar, devant des prédicateurs et des érudits. Puisse Allah être témoin au Jour du Jugement de la sincérité de vos intentions, concernant ce que je vous dis aujourd’hui. Vous ne pouvez y voir clair en étant enfermés [dans cette idéologie]. Vous devez en émerger pour voir les choses de l’extérieur, pour vous rapprocher d’une idéologie réellement éclairée. Vous devez vous y opposer avec détermination".
[…]
"Je le répète : Nous devons révolutionner notre religion.
Honorable imam (le grand cheikh d’Al-Azhar), vous êtes responsable devant Allah. Le monde entier est suspendu à vos lèvres, car la nation islamique entière est déchirée, détruite, et court à sa perte. Nous sommes ceux qui la menons à sa perte".
Fin de citation.
 
On sait le prix que paie l’Egypte dans sa lutte contre le terrorisme et on comprend que le Président égyptien qui a aidé avec l’armée les millions d’Egyptiens qui s’étaient  rassemblés dans les rues pour se débarrasser des islamistes de Morsi en juin 2013, excédés par seulement un an de gabegie gouvernementale, se rapproche désormais de la Russie, de la Syrie, et même de l’Iran pour combattre le même ennemi. Les terroristes du Sinaï, d’Alexandrie ou du Caire sont les mêmes que ceux d’Irak, de Syrie, du Liban et d’Europe, car si les Ouïgours, les Tchétchènes, les Afghans ou les Séoudiens ont des origines ethniques et nationales différentes, ils ont les mêmes buts et mêmes procédures.
Il me semble que sous la direction éclairée du Président Sissi, l’Egypte est appelée à jouer un rôle essentiel dans les réformes de l’islam qui s’imposent au plan politique, et même un rôle dans les équilibres stratégiques au Moyen-Orient.
 
Conclusion
Le wahabisme a engendré le terrorisme qui a pu se développer grâce aux soutiens qu’il a trouvé auprès de nombreuses puissances l’utilisant à des fins stratégiques, portant atteinte à la réputation de l’islam du fait des amalgames que certains se sont empressés de faire. Peut-être la réforme qu’il commence à provoquer au sein des fidèles du Coran, théologique et politique, sera-t-elle un bien pour un mal. Il est sûr que cette doctrine tournée vers le passé ne peut franchir les obstacles du monde moderne et qu’elle doit entraîner chez les théologiens sunnites, comme les y a invité le Président Al Sissi, un "aggiornamento" salutaire de la vraie religion pour supprimer à l’intérieur de son corpus les ferments de divisions que le terrorisme takfiriste a révélé et cristallisé.
Je ne suis pas théologien et n’ai donc aucune autorité pour en dire davantage, mais en tant que géopoliticien j’ai l’habitude obstinée de lire les signes qui éclairent les rapports entre les nations, les sociétés et les cultures, et il me semble indispensable que l’islam sunnite procède à cet "aggiornamento" pour remédier aux ferments de discorde que l’apparition du takfirisme islamiste a montré au sein de la communauté musulmane.
 
Je citerai d’ailleurs un théologien orthodoxe de grande culture des autres religions, Jean-François Colosimo, qui dans son livre "Les hommes en trop", (Ceux-ci étant les chrétiens d’Orient) écrit :
C’est la Constitution iranienne qui prévoit des postes de députés pour les chrétiens, les juifs, les zoroastriens, et c’est la saoudienne qui assimile la manifestation d’une quelconque forme de liberté religieuse, hors la Sunna, à une profanation passible de la peine capitale. (…) A la différence de la clôture sunnite sur le Coran, la Loi et la répétition, le chiisme représente un islam de la prophétie, de la médiation et de l’interprétation. Parce que pensée du milieu entre Dieu et l’homme, le visible et l’invisible, l’apparent et le secret, la théologie chiite rouvre l’histoire à l’attente d’une délivrance incarnée. »
 
Le Mufti sunnite de la République Arabe Syrienne, Mohammed-Badreddine Hassoun me disait en octobre dernier à Damas que comme le Christ l’avait dit aux Pharisiens "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu", la loi religieuse doit être une loi d’adhésion à l’amour prôné par le Créateur, quand la loi de l’Etat est nécessairement une loi de contrainte pour permettre de vivre ensemble harmonieusement.
 
Toutes les religions ont cherché dans leurs exégèses à trouver un médiateur entre le Créateur et les créatures : Les bouddhistes et hindouistes ont trouvé le sage Bouddha ou la réincarnation, les Juifs attendent toujours le Messie qui sauvera Israël, les chrétiens ont le Christ incarné universel dont le retour pour "que son règne arrive" est hors de l’espace temporel, les musulmans chiites tournés vers l’avenir attendent le retour de l’Imam caché et de son règne d’harmonie ; les sunnites sincères doivent montrer clairement que le Paradis qu’ils espèrent pieusement, décrit par le Prophète dans le Coran, ne peut être atteint avec les idéologies blasphématoires et criminelles qui inspirent le terrorisme.
 
Toutes les religions ont connu des différences d’interprétation des textes saints, des réformes, des schismes. C’est la tâche du clergé et de ses dirigeants érudits de maintenir ses ouailles dans le droit chemin. L’avantage de l’Eglise catholique romaine à laquelle j’appartiens vient de son organisation hiérarchique fidèle au Pape. Mais elle n’est pas exempte pour autant de menaces et je conclurai en laissant la parole au philosophe italien Giorgio Agamben qui, réfléchissant sur la signification du temps, au sens du chronos grec, dans une magnifique conférence de Carême à Notre Dame de Paris en 2009 a conclu en forme d’avertissement solennel qui vaut à mon sens pour toutes les religions :
 
"L’état de crise et d’exception permanente que les gouvernements du monde proclament aujourd’hui est bien la parodie sécularisée de l’ajournement perpétuel du Jugement dernier dans l’histoire de l’Eglise. A l’éclipse de l’expérience messianique de l’accomplissement de la loi et du temps, correspond une hypertrophie inouïe du droit, qui prétend légiférer sur tout, mais qui trahit par un excès de légalité la perte de toute légitimité véritable. Je le dis ici et maintenant en mesurant mes mots : aujourd’hui il n’y a plus sur terre aucun pouvoir légitime et les puissants du monde sont tous eux-mêmes convaincus d’illégitimité. La judiciarisation et l’économisation intégrale des rapports humains, la confusion entre ce que nous pouvons croire, espérer, aimer et ce que nous sommes tenus de faire ou de ne pas faire, de dire ou de ne pas dire, marque non seulement la crise du droit et des Etats, mais aussi et surtout celle de l’Eglise.
Car l’Eglise ne peut vivre qu’en se tenant, en tant qu’institution, en relation immédiate avec la fin de l’Eglise. Et - il ne faut pas l’oublier - en théologie chrétienne, il n’y a qu’une seule institution qui ne connaîtra pas de fin et de désœuvrement : c’est l’enfer. Là on voit bien, il me semble, que le modèle de la politique d’aujourd’hui qui prétend à une économie infinie du monde, est proprement infernale. Et si l’Eglise brise sa relation originelle avec la paroikia (paroisse, séjour temporaire sur terre), elle ne peut que se perdre dans le temps.
Voilà pourquoi la question que je suis venu poser ici, sans avoir bien sûr pour le faire aucune autorité si ce n’est une habitude obstinée à lire les signes du temps, se résume en celle-ci : L’Eglise se décidera-t-elle à saisir sa chance historique et à renouer avec sa vocation messianique ? Car le risque est qu’elle soit elle-même entraînée dans la ruine qui menace tous les gouvernements et toutes les institutions de la terre."

(1)
http://www.voltairenet.org/article194918.html
(2) Qui sont les sunnites ? Polémique autour d’un congrès et de deux documents
(3) 06 février 2015 Actualités, DéclarationsFraternité d'Abraham
. Discours du Maréchal Sissi du 28 décembre 2014  Al Azhar
(4) AFRIQUE/EGYPTE - Prise de position de la Maison de la Fatwa à propos de la légitimité de la construction d’églises chrétiennes sur le territoire d’un Etat islamique

Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Donald Trump : une présidence mouvementée en perspective
 
En démocratie, l’accession à la présidence requiert plusieurs attributs : un candidat charismatique, un programme, un parti et un financement. Donald Trump ne satisfait pas à ces critères. Ses supporters lui reconnaissent du charisme mais ils sont loin de faire l’unanimité. Son programme est incohérent. Il n’a ni parti ni organisation, et contrairement à ses assertions, il n’a financé que 20 % des 322 millions de dollars qu’a coûté sa campagne. Dans ces conditions, quelle présidence peut-on en attendre ?
 
Commençons par son programme. Son électorat est la classe moyenne blanche, conservatrice et rurale. Ses électeurs se reconnaissent dans le Tea Party, mouvement libertaire, sans hiérarchie ni chef, en partie récupéré par les frères Koch, milliardaires texans. Donald Trump leur a promis le retour des emplois manufacturiers et, pour preuve donna en exemple la décision de Carrier Corporation de ne pas externaliser une usine au Mexique, sauvant ainsi mille emplois. Cette priorité donnée à l’emploi peut surprendre dans un pays où le chômage s’élève à 4,6 %. La raison en est que ce chiffre officiel ne reflète pas la réalité. Le chômage s’élève à 10 % si l’on inclue les demandeurs d’emploi "découragés". Le revenu médian des ménages est inférieur à ce qu’il était en 1998, et un tiers des personnes âgés de 21 à 45 ans reçoit une aide financière de leurs parents. Il y a donc une réelle détresse dans une partie de la population. Les promesses de Donald Trump inverseront-elles cette tendance ? Rien n’est moins sûr.
 
S’il est vrai que la mondialisation a éliminé des emplois, elle n’est pas seule en cause. La révolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication est aussi responsable ainsi que la politique budgétaire. Après une brève politique d’expansion en réponse à la crise des subprimes, le gouvernement a rapidement réduit le déficit budgétaire. Par ailleurs, un retour des emplois manufacturiers, à supposer qu’il soit possible, entraînerait une augmentation du coût de la vie, contrecarrant l’objectif d’augmentation du pouvoir d’achat. La politique d’infrastructure de Donald Trump est aussi sujette à caution. Il prévoit de lancer un programme de grands travaux de mille milliards de dollars, financé pour moitié par le secteur privé. L’autre moitié, financée par l’Etat fédéral, augmentera la dette publique qu’il a promis de réduire à zéro sur huit ans – une gageure. Son plan fiscal promet une réduction d’impôts pour l’ensemble de la population. Juste en apparence, ce plan favorise en fait les plus riches qui paient le plus d’impôt. Les revenus les plus élevés (1 % de la population) captent 18 % du total contre seulement 8 % en 1975.
 
On retrouve les mêmes contradictions en politique étrangère. Alors que Donald Trump veut rétablir des relations normales avec la Russie, le général James Mattis, son futur ministre de la défense, cite la Russie comme la plus importante menace à laquelle font face les Etats-Unis. Rex Tillerson, ancien président d’Exxon et ministre des affaires étrangères, est quant à lui partisan d’un rapprochement avec Vladimir Poutine. Par ailleurs, les liens réels ou supposés de Donald Trump avec la Russie ont fait l’objet d’accusations des services secrets américains. La chose est grave puisqu’elle suggère une trahison et peut conduire à sa destitution. La hache de guerre est enterrée, semble-t-il, mais elle resurgira.
 
Cette présidence sera à l’image de Donald Trump : brouillonne, contradictoire, remplie d’approximations dans les analyses et de contradictions dans les faits. En politique intérieure, la présence d’anciens dirigeants de Goldman Sachs dans le cercle rapproché du président renforce le scepticisme sur la nature de sa politique économique. En politique extérieure, ses ennemis fourbissent leurs armes, à preuve les manœuvres de l’Otan qui se déroulent aux frontières de la Russie dans le cadre de l’opération "Atlantic Resolve", où des sénateurs de son propre camp – John McCain et Lindsey Graham – haranguent les soldats baltes en vue d’un possible conflit avec la Russie.
 
Donald Trump ne satisfait pas aux conditions requises pour être candidat à la magistrature suprême. Il n’a ni programme, ni parti et son financement est assuré de la façon la plus traditionnelle qui soit ce qui le rend redevable envers ses bailleurs de fonds. Il décevra ses électeurs qui le lui feront savoir. A l’international, les évènements devraient lui être plus favorables. Un peuple américain, lassé des guerres au Moyen Orient, s’opposera à un Congrès belliciste qui rêve d’en découdre avec le nouveau président au sujet de la Russie. L’un dans l’autre, une présidence mouvementée qui, souhaitons-le, maintiendra la paix dans le monde.
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Operations "homo" : attention danger !
 
Quelle belle tentation que celle des exécutions ciblées ! Opérations légères, efficacité immédiate, et coûts limités, comparées à l’utilisation conventionnelle des forces. Qu’on en juge : le coût politique des pertes humaines est inexistant, le coût économique est négligeable et le coût éthique réduit au regard de la violence militaire des opérations classiques. A coûts diminués, demande accrue… La tentation est grande - celle de la "chasse à l’homme internationale" lancée par George W. Bush et accélérée par son successeur -, mais la dérive est rapide et le résultat pervers sur le long terme. L’analyse politique de l’élimination ciblée impose la retenue dans son emploi.
Il n’y a pas lieu de remettre en cause l’action ponctuelle, tant qu’elle le reste. La question morale ne se pose d’ailleurs pas. La première mission de l’Etat est la protection des citoyens : il a toute légitimité pour user des moyens idoines. Surtout quand il s’agit d’un Etat comme la France faisant reposer sa défense sur la dissuasion nucléaire dont le principe est la destruction de millions d’individus "innocents", éventuellement de manière préventive ; il n’a pas de raison d’hésiter devant l’exécution isolée.
 
Le problème ? L’extension naturelle du procédé a des implications dangereuses au regard de ses bénéfices de court terme. Cette nouvelle guerre cynégétique a pour premier effet de remettre en cause le droit international sur lequel repose la défense globale des nations, puis de contrecarrer le principe de séparation des pouvoirs exécutifs et judiciaires qui sous-tend la sécurité démocratique des citoyens. L’auto-défense étatique dans l’ambiguïté juridique : le paradigme des barbouzes !
La question de l’efficacité stratégique s’impose. L’argument de la dissuasion est recevable. Mais si l’Etat entend montrer sa détermination à exercer des représailles dès qu’il est attaqué, il rentre dans une spirale de vengeance, en particulier lorsque ses adversaires sont des mouvements terroristes peu soucieux du sang versé. Si l’ennemi possède une structure pyramidale, frapper à sa tête peut produire un effet dévastateur. Qu’eut été le Premier Empire privé dès le 1er décembre 1805, veille d’Austerlitz, du génie de Napoléon par une frappe décapitante ? Rien sans doute : l’histoire eut tourné court. Mais si l’adversaire est réticulaire, couper une des têtes de l’hydre, fût-elle la première, a peu d’effet. Al Qaeda commet son premier attentat en 1992 au Yémen, son chef Ben Laden est exécuté le
2 mai 2011, tué par des SEAL américains à Abbottabad, mais l’organisation continue aujourd’hui à prospérer malgré la pratique des éliminations ciblées.
 
Tout le problème est là. Les attaques ciblées, de drones en particulier, sont perçues comme lâches et déloyales par l’adversaire. Plus que les combats conventionnels qui respectent à la fois le droit de tuer et celui de se défendre, elles engendrent la haine, jettent la population dans les bras des groupes extrémistes, radicalisent les opinons publiques, bref assurent par elles-mêmes le renouvellement des cibles qu’il faudra détruire ensuite. Technique tenant lieu de stratégie, relevant davantage du sécuritaire et du pénal que du militaire, l’élagage ponctuel, pour éthique qu’il puisse paraître, porte en lui les germes de son éternelle reconduction : piégée dans l’escalade sans fin d’une guerre sans victoire, la technique d’éradication est vouée à ne jamais éradiquer. En outre, les frappes ciblées ne se substituant pas à l’action au sol, leur usage exclusif est contre-productif en termes de stratégie globale. Ainsi conduit, l’antiterrorisme exclut le traitement politique et social du conflit et conduit d’autant moins à sa résolution. Technique prophylactique aux résultats statistiques et non stratégiques, l’élimination ciblée modifie la nature de la guerre en la transformant en une opération de police qui ne règle pas les problèmes au fond.
Plus encore, elle conduit à son extension hors des champs de guerre où elle croit le circonscrire. En refusant à l’autre son droit à combattre, en le transformant en coupable méritant châtiment, l’utilisation par la "force juste" de l’élimination ciblée fait de "l’injuste" un criminel qu’elle exclut du droit de la guerre, l’incitant ainsi à ne le plus respecter. Dès lors, l’adversaire qui ne peut frapper son tueur invulnérable va chercher ailleurs des cibles molles : dans une spirale difficilement maîtrisable d’attaques et de représailles, l’attentat de masse est l’inévitable réponse à l’élimination ciblée. Antithèses se confortant de leur multiplication, tactiques opposées se justifiant l’une l’autre, l’attaque-suicide répond fatalement à l’éradication-fantôme.

Paru dans Les Echos, 19 janvier 2017
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Redresser les comptes ne sera accepté qu’au service d’une vision de la France
 
Le prochain président ne pourrait mener à bien une politique libérale que si elle est l’instrument d’un grand dessein revendiqué comme tel, argumente l’historien (1)
 
Dans les Mémoires d’espoir, qu’il compose au soir de sa vie, de Gaulle expose l’immense travail de reconstruction nationale qu’ont été les premières années de la Ve République. Il consacre un long chapitre à l’économie, rappelant l’état du pays au moment de son arrivée au pouvoir en 1958 : "Sur tous les postes à la fois nous sommes au bord du désastre." Déficit budgétaire, déficit de la balance commerciale, inflation… tous les chiffres sont alarmants. On sait comment il a redressé la situation, sur le court et le moyen terme. Sur le court terme, grâce à l’emprunt et au report des majorations prévues des traitements et des salaires des fonctionnaires, ainsi qu’à l’augmentation des taxes "sur les sociétés et sur les biens de luxe". Sur le moyen terme, grâce à l’élaboration et à la mise en œuvre du plan Rueff, qui prolongera dans le temps cette première série de mesures rigoureuses visant à arrêter l’inflation et à restaurer l’équilibre budgétaire, créera le nouveau franc et mettra un terme à la tradition protectionniste de la France en organisant la libération des échanges.
Une véritable révolution qui apurait le passé, réformait en profondeur les outils de politique économique de la France, rétablissait les grands équilibres : en clair, donnait les moyens au gouvernement d’accomplir le véritable redressement du pays et d’ouvrir de nouvelles voies vers la "grandeur"… et la prospérité.

Ce bref rappel historique doit inspirer deux considérations, qui semblent, ou devraient sembler autant d’évidences. La première est qu’un bon gouvernement doit toujours inscrire les mesures de nécessité immédiate - surtout lorsqu’elles impliquent des sacrifices pour les citoyens - dans une perspective de plus long terme. Un peuple n’endure de lourds efforts que lorsqu’ils sont porteurs d’espoir et de renouveau. La seconde est que l’économie, le bon usage des finances publiques, doit toujours être subordonnée à une puissante ambition politique, clairement exprimée.

La IVe République avait laissé la France en mauvais état pour deux raisons intrinsèquement liées : la faiblesse de ses institutions, et son incapacité à conduire jusqu’à son terme, dans de bonnes conditions, le processus de décolonisation. Il y avait alors la guerre d’Algérie à finir, après les années douloureuses de la guerre d’Indochine. Pour de Gaulle, le redressement durable des institutions devait primer : en clair, la restauration de l’autorité de l’État. C’est pour cette raison qu’il fit préparer et adopter la Constitution de 1958, puis compléter le dispositif en 1962 par l’élection du président de la République au suffrage universel.
Aujourd’hui, la situation politique, économique, stratégique de la France est totalement différente. Le déficit budgétaire est colossal, mais le pays souffre plus encore de ses déficits sociaux. Son organisation territoriale et décentralisée est excessivement coûteuse et appelle des réformes radicales. La France est redevenue - de facto, et sans l’avoir voulu - une terre d’immigration, et doit fournir un effort immense pour assurer l’intégration de populations nouvelles qui sont par nature consommatrices de services publics. La situation, donc, est tout aussi difficile, mais les remèdes ne peuvent être strictement comparés que sur un point, un seul - celui dont personne, ou presque, ne parle : les institutions. Quelques leviers essentiels dont disposait de Gaulle ont disparu, et il faudra faire "sans" : le plan, et surtout, la monnaie, fonction régalienne qui a été transférée à l’Europe. La France était centralisée, elle ne l’est plus. L’administration se trouvait soumise à l’autorité sans faille du pouvoir politique, avec lequel elle était strictement articulée, mais celui-ci la respectait et la souhaitait puissante et active. S’adressant aux fonctionnaires - car il prenait soin de leur parler - de Gaulle exprimait des exigences implacables, mais il leur disait aussi son estime et sa fierté. S’il lui arrivait d’être libéral, son libéralisme restait national, et d’État.
Il est facile de dire : "L’heure du Général est passée, finissons-en avec une nostalgie mortifère, regardons l’avenir avec une pensée neuve." Que les conditions aient changé, c’est certain. Que des méthodes nouvelles puissent être explorées l’est aussi. De Gaulle l’a d’ailleurs montré lui-même, par sa faculté d’adaptation aux circonstances, aux différentes étapes de sa carrière. Mais les lois fondamentales de la politique demeurent : il n’existe ni liberté ni souveraineté réelle sans autorité de l’État.

La France, en 2017, va élire le président de la République et l’Assemblée nationale alors qu’elle est en état d’urgence - donc sous le signe d’un grand péril. La mobilisation de tous les moyens publics est nécessaire, ce qui n’interdit pas d’envisager des réformes vigoureuses à moyen terme - mais entendues comme des moyens, non comme une fin en soi. Pour cela, il faut que l’État, et notamment son chef, retrouve une capacité d’action dans tous les domaines pour imposer l’intérêt général face aux intérêts particuliers.
L’institutionnalisation des "primaires" à la française a officialisé la prise de contrôle du débat national par les partis politiques et son enlisement dans le détail des disputes programmatiques - terme d’un processus amorcé en 1986 avec les cohabitations et amplifié en 2000 par l’instauration du quinquennat. C’est là le bilan, il faut bien le dire, d’une pratique des institutions qui forme le double héritage des années Mitterrand et Chirac, et dont aucun de leurs successeurs n’a su s’affranchir.
Du coup, à peine la primaire passée, commencent les dosages et les soupesages, les calculs et les supputations sur la répartition future des ministères comme au temps de la IVe, aux dépens des grands arbitrages qui seuls doivent compter. Le cauchemar de De Gaulle s’est réalisé, qui disait en décembre 1965 : "On a fait des confessionnaux, c’est pour tâcher de repousser le diable, mais si le diable est dans le confessionnal, alors, ça change tout." La tâche première du prochain président de la République devrait être de restaurer l’esprit des institutions et d’incarner pleinement la fonction, en commençant - dès la campagne ? - par chasser le diable du confessionnal.

Paru dans Le Figaro, 14 janvier 2017
(1) Ancien élève de l’École normale supérieure. Arnaud Teyssier, qui fut le collaborateur de Philippe Séguin, est l’auteur de plusieurs biographies remarquées, en particulier "Charles Péguy - Une humanité française" (Perrin, "Tempus", 2014) et "Richelieu - L’Aigle et la Colombe" (Perrin, 2014).
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Mahomet ou Mohamed ?
 
Depuis quelques décennies, un nombre croissant d’auteurs francophones renoncent à écrire Mahomet selon l’orthographe traditionnelle, qu’ils remplacent par "Mohammed" ou "Muhammad". D’autres maintiennent cependant Mahomet.
Les adeptes du changement affirment ainsi répondre à la demande de musulmans qui, invoquant l’importance de ce personnage dans leur religion, considèrent la graphie "Mahomet" comme irrespectueuse.
Concernant ce nom, il n’y a donc plus d’unité linguistique en français. Ces divergences suscitent parfois des controverses, voire des polémiques. Or, les désaccords ainsi manifestés ne sont pas anodins. C’est pourquoi nous avons pensé utile de faire le point à leur sujet. Tel est le but de cette Lettre que nous proposons à votre réflexion.
 
Question de langage
En arabe, le nom du prophète de l’islam se dit "Mohamed" ou "Muhammad", qui signifie "objet de louanges".
A partir du Moyen Age, en France, ce nom a été intégré à la langue latine. Ainsi, la traduction du Coran effectuée au XIIè siècle – la première dans un idiome occidental – à la demande de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, est intitulée Lex Mahumet pseudoprophete ("Loi du pseudo-prophète Mahomet"). Pour sa part, au XIIIè siècle, saint Thomas d’Aquin écrivait Mhumeto. De là découle la traduction française, Mahomet, qui connut des variantes, notamment dans la littérature (Mahomete, Machomete, Mahom). A partir du XVIIIè siècle, l’orthographe "Mahomet" fut définitivement fixée. Elle a en outre donné lieu aux mots "mahométan" pour désigner un fidèle de l’islam et "mahométanisme" comme équivalant à "islam".
 
Ces vocables ont été utilisés pendant des siècles sans rencontrer d’objection du côté islamique. Or, depuis plusieurs décennies, certains musulmans contestent cette graphie car ils la considèrent comme une déformation délibérée, sous-entendant un jugement dépréciatif, et donc un manque de considération envers le personnage qui est le plus important pour eux après Dieu.
Dans son livre Le vrai visage du prophète Mohammed, Noureddine Aoussat, développe une longue argumentation dans ce sens, qu’il fonde sur la prononciation arabe. Cet auteur approuve alors l’usage de Mohammed en allemand et de Muhammad en anglais. Mais il critique les traductions en langues romanes (Maometto en italien, Mahoma en espagnol, Maomé en portugais) tout en reconnaissant sans émettre de réserves les adaptations de "Mahomet" dans d’autres idiomes, y compris certains d’entre eux qui sont en vigueur en contexte musulman. Ainsi, en turc, Mohamed se dit Mehmet ou Muhammet et en kabyle Mohand. Le même nom devient Mahmoud dans certaines régions du Maghreb et Mamadou dans les pays d’Afrique subsaharienne. Il n’est pas sûr cependant que ces traductions s’appliquent au "prophète de l’islam".
Avec certains de ses coreligionnaires, N. Aoussat demande donc aux francophones de renoncer à "Mahomet" et d’écrire Mohamed ou Muhammad
(www.leprophetemohammed.com).
 
Pourtant, Tareq Oubrou, l’imam de la grande-mosquée de Bordeaux et l’un des responsables musulmans français les plus en vue, d’origine marocaine et adepte d’un islam traditionnel (il milita au sein de l’Union des Organisation islamiques de France, branche hexagonale des Frères musulmans), défend clairement la francisation de "Mahomet".
Il est étonnant de constater la réaction scandalisée de nombreux musulmans, et pas forcément les plus pratiquants, dès qu’ils entendent prononcer le nom “Mahomet”. Ils estiment que ce vocable est le résultat d’une laïcisation profanatrice de la personne du Prophète. Ils se lancent dans des élucubrations linguistiques très poussées, expliquant que “Mahomet” viendrait de ma houmid, qui veut dire “celui qui n’est pas loué” – précisément le contraire de “Mohamed”, qui signifie “celui qui est loué”. Comme si les Français qui prononçaient ce nom le faisaient en ayant en tête son sens étymologique dépréciateur" (Ce que vous ne savez pas sur l’islam, Fayard, 2016, p. 41).
 
S’il est exact qu’un nombre croissant d’écrivains musulmans contemporains optent pour Mohamed ou Muhammad, d’autres persistent à écrire "Mahomet" lorsqu’ils s’expriment dans la langue de Molière. Parmi ces derniers, tous ne sont pas Français, certains étant ressortissants de pays arabes (voir quelques exemples en note 1).
Chaque langue a son génie propre. En conservant l’emploi de "Mahomet", on respecte simplement la graphie française traditionnelle. Celle-ci n’induit pas un quelconque jugement sur celui qui est désigné par ce nom. C’est une question de cohérence et cette règle s’applique à tous les noms de personnes traduits de l’arabe (2).
 
Mahomet prophète ?
Par ailleurs, pour parler de Mahomet, la tendance actuelle est d’écrire "le Prophète" ou "le prophète Mohamed". Pour un musulman, ces formulations sont évidemment conformes à sa doctrine (nonobstant la remarque ci-dessus pour la langue). Plusieurs fois par jour, il récite sa profession de foi (chahâda), dans laquelle figure le nom de Mahomet :
"Il n’y a pas d’autre divinité que Dieu et Mahomet est son Prophète".
Mais lorsqu’ils sont employés par des non-musulmans, surtout par des chrétiens, ces usages sont impropres. Or, des journaux, y compris catholiques comme La Croix, ainsi que des auteurs chrétiens, parmi lesquels des ecclésiastiques, s’expriment de cette manière. Ce faisant, ils émettent une croyance qui n’a jamais été avalisée par l’Église parce qu’elle ne peut pas correspondre à la foi chrétienne pour laquelle Jean-Baptiste, "le plusgrand des enfants des femmes" (Mat. 11, 11), est le dernier de tous les prophètes, donné par Dieu comme précurseur à la venue du Messie.
N’est-ce pas là, en outre, une manière d’accréditer, ne serait-ce qu’implicitement, l’enseignement du Coran selon lequel Mahomet est le "sceau des prophètes" (33, 40), en attribuant de surcroît cette affirmation à Jésus ?
"
Jésus, fils de Marie, dit : “Ô fils d’Israël ! Je suis, en vérité, le Prophète de Dieu envoyé vers vous pour confirmer ce qui, de la Torah, existait avant moi ; pour vous annoncer la bonne nouvelle d’un Prophète qui viendra après moi et dont le nom sera : Ahmed” (61, 6). Il s’agit de Mahomet, désigné ici par Ahmed qui veut dire "le loué ".
En fait, pour pouvoir faire dire au Christ qu’il annonçait Mahomet, le Coran a falsifié les citations contenues dans l’Évangile de saint Jean dans lesquelles le Fils de Dieu promet d’envoyer aux hommes le "Paraclet", autrement dit l’Esprit-Saint (cf. Jn 14, 16-17 ; 15, 26-27 ; 16, 7-11).
Dans un souci de clarté, il est donc préférable d’écrire soit "Mahomet", soit "le prophète de l’islam".
Certains musulmans récusent enfin la formule "religion de Mahomet " car, pour eux, l’islam est la religion de Dieu et non celle d’un prophète. Là encore, un non-musulman doit pouvoir rester libre par rapport à la croyance des musulmans, sans se sentir obligé de se soumettre à des exigences qui s’apparentent à des pressions.

Paru dans La Petite Feuille Verte de l'Association Clarifier, janvier 2017
 
(1) Salah STÉTIÉ (poète et diplomate libanais), Mahomet, Pygmalion, 2000.
Ahmed YOUSSEF (universitaire et journaliste égyptien), Bonaparte et Mahomet, Éditions du Rocher, 2003 ; Le moine de Mahomet, Éd. du Rocher, 2008.
Abdelwahab BOUHDIBA (Tunisien, titulaire émérite de la chaire de sociologie à l’Université de Tunis), La sexualité en Islam, Presses Universitaires de France, 1986.
Ghaleb BENCHEIKH (Français d’origine algérienne, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix), Alors, c’est quoi l’islam ?, Presses de la Renaissance, 2001.
Slimane ZEGHIDOUR (Français d’origine algérienne, journaliste et essayiste), La vie quotidienne à La Mecque, de Mahomet à nos jours, Hachette, 1989 ; Le voile et la bannière, Hachette, 1990.
(2) Noms arabes et francisés : Youssef = Joseph, Boutros = Pierre, Boulos = Paul, Antoun = Antoine, Elias = Elie, Sarkis = Serge ; Mariam = Marie, Rafqa = Rébecca, Majdaliyah = Madeleine, Marta = Marthe, Barbara = Barbe, etc.
Publié dans Devant l'histoire
Écrit par
En savoir plus... 0
Relèvement des âges légaux de la retraite : les vraies questions
 
L’INSEE et la DREES viennent de publier chacun une étude relative aux effets de la loi retraites 2010, dite loi Woerth, portant plus précisément sur sa mesure phare, le relèvement progressif des deux âges de la retraite, de 60 à 62 ans et de 65 à 67 ans.
Comme on pouvait s’y attendre, l’INSEE annonce qu’il y a moins de personnes de 60 ans à la retraite, et davantage au travail ou au chômage. La DREES, quant à elle, fait dans la prospective sociale : les personnes nées en 1980 (qui auront 37 ans cette année) seront plus affectées par la mesure si elles sont en difficulté sur le marché du travail que si elles ont un emploi stable et sûr ; elles seront proportionnellement plus nombreuses à devoir attendre 67 ans pour liquider leur pension à taux plein.
Ces observations et prévisions montrent que les modifications inéluctables de notre système de retraites par répartition doivent être accompagnées par des dispositions propres à booster l’employabilité des seniors, à commencer par une amélioration de notre formation initiale et continue. La Suède, pays où la proportion des travailleurs de 70 ans est particulièrement élevée, dispose d’un système scolaire plus performant que notre Éducation nationale, et d’institutions permettant plus facilement d’acquérir de nouvelles qualifications quand les anciennes deviennent obsolètes.
Il serait donc très injuste d’incriminer les adaptations inéluctables de notre système de retraites : le problème tient beaucoup plus à l’inadaptation de la formation professionnelle, initiale et continue, à la mauvaise organisation de notre marché du travail, et au caractère brouillon de la politique économique française.

La croissance de la longévité et l’accélération du rythme des innovations techniques se combinent pour constituer un changement économique et social de très grande ampleur. Les enfants nés en 2017 auront probablement une cinquantaine d’années à passer au travail, et ce travail ne sera pas le même quand ils commenceront leur vie professionnelle, à 20 ans ou 25 ans, et quand ils aborderont sa dernière étape, celle qui s’étendra de 60 ans à 70 ou 75 ans.  C’est à cela qu’il faut nous préparer.
Nous ne le ferons pas tant qu’il faudra un ministre – et même 4 dans le cas de la loi Woerth, car 3 autres occupants éphémères de la rue de Grenelle (Xavier Bertrand, Brice Hortefeux et Xavier Darcos) ont travaillé à la préparation de cette loi – plus le Parlement, pour prendre une mesure de gestion courante en matière de retraites. En effet, le double âge légal de la retraite est un simple paramètre de commande, comme la durée d’assurance requise pour avoir droit au taux plein au premier âge légal : le maniement de ces curseurs devrait relever de la direction d’une agence chargée des retraites par répartition, disons France retraites, comme la modification de la valeur de service du point ou de son prix d’achat, dans des régimes tels que l’Arrco et l’Agirc, relève des partenaires sociaux, gestionnaires de ces retraites complémentaires, et non du Parlement.
La politisation de ces mesures de simple gestion est catastrophique. Elle corrobore l’idée fausse mais très répandue selon laquelle la sécurité sociale doit être gérée par l’État. Et surtout, elle distrait les hommes politiques de ce qui est leur rôle fondamental : mettre en place des institutions et en réformer certaines.
Mais, dira-t-on, le relèvement des âges de la retraite était pourtant bien une réforme ? Que nenni ! Ce fut un acte de gestion paramétrique, qui n’a en rien modifié la forme de notre système de retraites. Galvauder le mot "réforme" au lieu de l’employer dans son sens usuel, à savoir "changement dans la forme d’une institution", pour reprendre la définition qu’en donne le Robert, engendre la confusion dans les esprits et dans la répartition des rôles.

En matière de retraites par répartition, qu’est-ce qui constituerait une réforme relevant du législateur ? Le passage des annuités aux points serait une réforme du régime général, et du régime des fonctionnaires ; la fusion des trois douzaines de régimes différents, l’adoption d’un principe de neutralité actuarielle, l’attribution des droits à pension au prorata des investissements réalisés dans la jeunesse, seraient des réformes, dignes d’être votées par le Parlement. C’est pour de tels changements, de nature structurelle, que la loi est nécessaire. En revanche la manipulation des paramètres, pour s’adapter aux changements démographiques et économiques, est le rôle d’une équipe de direction conseillée par des actuaires.
Tant que les hommes politiques s’attacheront à des questions qui ne sont pas de leur ressort, ils négligeront ce qui est véritablement de leur responsabilité : agir sur les institutions, sur les structures. L’expression "réforme structurelle" comporte un pléonasme ; l’expression "réforme paramétrique" est contradictoire dans les termes.
La France végète parce que le législateur fait – mal – le travail qui devrait incomber à de simples gestionnaires, et délaisse la responsabilité qui est fondamentalement la sienne : doter la France d’institutions, et notamment d’un système de sécurité sociale, de bonne qualité.

Publié sur économie matin le 10 janvier 2017
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
La rémunération-partage, voie royale du plein emploi
 
Depuis une quarantaine d’années, le taux de chômage oscille en France autour de 10 %. Un point bas a été observé en 1990 (8,9 %), un point haut en 1994 (12,5 %), mais jamais depuis le début des années 1970 la France n’a connu une situation de plein emploi, comme par exemple le Danemark (chômage actuel 4,2 %, contre 10 % chez nous). Il ne s’agit donc pas d’un problème conjoncturel, mais d’un problème structurel. Les politiques de l’emploi, qu’elles soient de droite, de gauche, ou du centre, n’ont guère plus d’effet que cautère sur jambe de bois. Ce problème lancinant ne sera visiblement pas résolu sans faire appel à des réflexions et à des propositions inédites.
 
Construire un cercle vertueux
Le point de départ de la réflexion utile à l’emploi est une vérité restée méconnue, malgré l’observation formulée jadis par Alfred Sauvy, et relayée depuis par quelques économistes atypiques tels que Michel Godet : l’emploi crée l’emploi. Autrement dit, un cercle vertueux est possible. Si par exemple l’industrie embauchait, faisant un pari sur l’avenir, ses nouveaux salariés achèteraient des services, des emplois se créeraient dans ce secteur, leurs titulaires achèteraient des produits industriels, et le pari serait gagné.
Certes, l’ouverture croissante de l’économie française sur le vaste monde complique ce processus : les achats des nouveaux embauchés peuvent consister en biens et services produits en Chine ou en Allemagne. La seule solution est la compétitivité des entreprises françaises soumises à la concurrence internationale. Autrement dit, il faut que nos entreprises proposent une bonne qualité sans que leurs prix soient dissuasifs. Et pour cela, elles ont besoin de salariés qui prennent leur part du risque encouru par la firme quand elle développe sa production. La participation aux bénéfices est une excellente chose, mais elle doit être complétée par une participation aux efforts réalisés pour produire et vendre davantage.
 
La notion de salaire intangible à la baisse bloque les projets de développement. Si le profit, quand il est au rendez-vous, est en partie distribué aux salariés, sans que les salaires participent réciproquement à la sécurisation de la capacité bénéficiaire, embaucher devient une imprudence. Le dynamisme de nos entreprises, et donc de l’emploi, requiert un partage plus équitable des bonnes et des mauvaises fortunes. La rémunération variable, en baisse comme en hausse, permettrait aux chefs d’entreprise de prendre davantage le risque du développement, de la conquête de nouveaux marchés, et de l’embauche.
Aujourd’hui, pour beaucoup d’entreprises, le profit passe par une réduction des effectifs à production constante, plutôt que par une augmentation des effectifs et de la production. C’est principalement de là que vient notre situation de sous-emploi. Une dynamique de plein emploi ne se mettra pas en place sans une sorte de révolution dans les modes de rémunération.
 
Ce qu’est la rémunération-partage
La révolution salariale qui changerait la donne consiste dans son principe à négocier au niveau de chaque entreprise la part de la valeur ajoutée revenant au personnel. Soit par exemple une entreprise dans laquelle il serait convenu de consacrer aux salaires super-bruts, toutes cotisations sociales incluses, 66 % de la valeur ajoutée : une telle firme pourrait embaucher autant qu’elle le jugerait utile pour développer son activité, sans qu’il lui en coûte plus de 66 % de la différence entre ses ventes et ses achats. Et réduire les effectifs en licenciant ne constituerait plus la solution naturelle en cas de baisse du chiffre d’affaires : les salaires s’ajustant automatiquement à la baisse, le chef d’entreprise pourrait consacrer toute son énergie au redressement des ventes plutôt qu’à des plans de départs.
Comment, concrètement, les salariés seront-ils rémunérés dans un système de rémunération-partage ? Chacun se verrait attribuer un nombre de points, comme cela se pratique dans bon nombre de conventions collectives. Mais la valeur du point dépendrait complètement des performances de l’entreprise : si par exemple le total des points dans l’entreprise E est 50 000, si la valeur ajoutée mensuelle s’élève à 10 M€, et si 66 % de cette VA doit revenir aux salariés, 6,6 M€ seront répartis à raison de  132 € par point (6 600 000 € /50 000).  
 
L’adoption de cette rémunération-partage abolirait toute possibilité d’augmenter les profits en supprimant des emplois. La croissance des bénéfices ne pourrait plus s’effectuer qu’en développant l’activité de l’entreprise, en vendant et en produisant davantage. Depuis environ 4 décennies, pour maintenir ou augmenter les bénéfices il faut plutôt aller dans le sens des réductions d’effectifs et du malthusianisme économique, en ne conservant que les productions les plus rentables ; désormais, la recherche du profit maximal passera par le développement de la valeur ajoutée (davantage de production et de qualité) : elle sera enfin favorable à l’expansion et à l’emploi.
Actuellement, une entreprise n’a intérêt à embaucher que si la personne engagée produit une valeur ajoutée très supérieure à sa rémunération. Dans un régime de rémunération-partage, il est profitable d’embaucher dès que la présence du nouveau salarié augmente, si peu que ce soit, la valeur ajoutée. Les portes des entreprises s’ouvriront donc en grand. Des millions de personnes, dont l’embauche constituerait une erreur de gestion dans le système actuel, deviendront rentables avec la nouvelle formule, et de ce fait obtiendront un emploi.
 
Une fraternité active plutôt qu’une solidarité surannée
Mais, dira-t-on, ces embauches ne vont-elles pas se produire au détriment des anciens salariés, dont la rémunération se réduirait pour payer du personnel supplémentaire ? Observons d’abord que, si cela se produisait, ce ne serait pas pour autant inacceptable, sauf à refuser toute fraternité. Mais la rémunération partage, si elle risque effectivement d’entraîner une diminution des rémunérations super-brutes, se traduira également par une diminution des prélèvements sociaux, susceptible de préserver le salaire net. En effet, s’il y a 2 millions de travailleurs supplémentaires, les cotisations chômage seront réduites de plus de moitié, et les taux des autres cotisations ou contributions sociales pourront être revus à la baisse, puisque ces prélèvements seront répartis entre davantage de travailleurs.
De plus, la diminution du risque couru par les investisseurs entraînera une diminution de la prime de risque. Les entreprises pourront fonctionner en visant des marges moins élevées, et donc en distribuant à leurs salariés une part plus importante de la valeur ajoutée. Depuis les dernières années de la décennie 1980 la part des salaires super-bruts dans la valeur ajoutée se situe en France, pour les entreprises non financières, entre 66 % et 68 % ; dans les années 1960 et 1970, la fourchette était 70 % à 72 %. Avec le retour du plein emploi, et la diminution du risque pour les investisseurs, remonter à 70 % parait vraisemblable.
 
Une influence positive sur nos échanges extérieurs
La contrainte extérieure doit être prise nettement plus au sérieux qu’elle ne l’est depuis l’instauration de l’euro : considérer la monnaie unique comme le moyen de vivre sans se soucier d’équilibrer notre balance des paiements, et donc en accumulant une énorme dette vis-à-vis de l’étranger, est mauvais à long terme. Or, de ce point du vue, les effets de la rémunération partage devraient être très positifs : les entreprises françaises affecteront davantage de personnel à prospecter, vendre, assurer le service après-vente, sur les marchés extérieurs comme sur le territoire national, puisque la seule exigence pour créer un emploi de ce type sera qu’il accroisse, si peu que ce soit, la valeur ajoutée produite par l’entreprise.
 
Arrêter de faire de mauvaises réformes qui chassent les bonnes
Bien entendu, la rémunération-partage ne résoudra pas à elle seule tous nos problèmes. D’autres réformes sont nécessaires, comme celles que nous préconisons dans le domaine de la protection sociale (1). Puisse l’État cesser de multiplier les changements inutiles ou néfastes, comme le bouleversement de l’impôt sur le revenu par le prélèvement à la source, pour enfin engager les réformes réellement nécessaires pour redonner à notre pays la stature que plusieurs décennies de mauvaise gouvernance lui ont fait perdre.

Envoyé par l'auteur, publié sur Economie matin, 4 janvier 2017
 
(1) Voir notamment notre dernier ouvrage, La retraite en liberté, Le Cherche-midi, 2017, 128 p.
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version