Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

La France doit-elle acheter de la dette publique américaine ?

La France augmente ses achats d’obligations du Trésor américain. Son stock qui était de 3,8 milliards de dollars en février 2008, s’élève désormais à 118,4 milliards.(1) Compte tenu du
risque de récession annoncé pour 2020 par Ben Bernanke, ancien gouverneur de la Réserve fédérale, ces achats se justifient-ils ?
 
Le rendement financier
Au plan du rendement financier, la réponse est oui. Suite à la décision de la Réserve fédérale de relever son taux directeur en décembre 2015, le rendement des obligations américaines à 10 ans n’a cessé d’augmenter passant de 1,50 % en juillet 2016 à 3,25 % aujourd’hui. Dans le même temps, les taux allemands ont été négatifs (-0,09 % en juillet 2016) avant de remonter à 0,44 % aujourd’hui. Non seulement les taux des obligations du Trésor sont plus élevés mais le marché obligataire américain est aussi plus liquide que le marché européen. La décision française se justifie donc.
 
Le risque financier
Au plan du risque financier, la réponse est plus nuancée. La raison tient à la dette publique américaine qui est non seulement élevé, mais croit exponentiellement. Le volume de la dette a quasiment quadruplé depuis 2000, passant de 5.674 milliards de dollars en septembre 2000 à 21.516 milliards en septembre 2018. Il représente désormais 108 % du produit intérieur brut. Il se rapproche de son niveau le plus élevé dans l’histoire américaine : 118 % en 1946. S’il y avait alors des raisons qui justifiaient ce niveau, ce n’est plus le cas aujourd’hui – d’où l’inquiétude de certains économistes et
institutions internationales
(2) L’inquiétude est d’autant plus grande que la loi Tax Cuts and Jobs, votée par le Congrès en novembre 2017, augmentera le déficit budgétaire, donc la dette américaine, de plus de mille milliards de dollars d’ici 2020.
Cette évolution alarmante a pris naissance à la suite de la crise des subprimes de 2008. En août 2011, S&P, une des trois grandes agences américaines de notation a abaissé sa note de la dette américaine de AAA à AA+. Les deux autres (Moody’s et Fitch) ont maintenu la leur au niveau le plus élevé (AAA) ce qui surprend au regard de la nouvelle loi. Pour sa part, DAGONG, l’agence chinoise, a abaissé la sienne à son niveau le plus bas (BBB+). Il est permis de penser que ces agences font preuve d’une objectivité toute relative. Il n’en reste pas moins qu’au plan du risque, la décision française est contestable.
 
Attitude des principaux investisseurs
Premier banquier du gouvernement américain, la Chine a quelque peu réduit son portefeuille d’obligations américaines de 1.246 milliards de dollars en 2015 à 1.165 milliards en août 2018 (3) – une faible réduction (-6.5 %), compte tenu de l’opinion de DAGONG. En revanche, le Japon, second banquier des Etats-Unis, a fortement diminué le sien qui est tombé de 1.231 milliards en 2014 à 1.030 milliards en août dernier. Cependant, plus qu’une inquiétude à l’égard du risque américain, il faut y voir une nécessité due à un accroissement constant de la dette nationale entièrement financée par l’épargne japonaise. Pour sa part, la Russie qui détenait 150 milliards d’obligations en 2010, n’apparaît plus dans les statistiques du Trésor américain en 2018. Au rebours de cette tendance, la Grande-Bretagne a accru son portefeuille qui s’élève désormais à 273 milliards contre 55 milliards en juin 2008. En dépit de cette remontée qui se distingue par sa singularité, la part des investisseurs étrangers a baissé quelque peu ces dernières années en valeur relative. Le risque américain ne fait plus l’unanimité d’autant que l’augmentation des taux d’intérêt accroît la charge de la dette, accentuant un peu plus le déficit budgétaire américain.
 
Conclusion
Au plan financier, l’investissement français se justifie s’il s’inscrit dans le court terme. Une récession aux Etats-Unis est une quasi-certitude. Mais, à l’inverse de la précédente (2008), les autorités américaines seront démunies pour lutter contre celle-ci. Compte tenu de la part de l’économie américaine dans l’économie mondiale, de l’interconnexion des économies nationales et de l’endettement élevé de nombreux pays, il est à craindre qu’elle soit profonde et étendue. Peut-être est-il temps pour la France de songer à vendre ses obligations américaines ?
Mais pourquoi la Chine ne vend-elle pas les siennes ? La réponse a été donnée par John D. Rockefeller, il y a bien longtemps. On lui attribue le commentaire suivant : "si je dois dix mille dollars à ma banque, j’ai un problème. Si je lui dois un million, c’est elle qui a un problème". C’est la situation dans laquelle se trouve la Chine à l’égard des Etats-Unis. Liquider ses actifs financiers américains conduirait à un effondrement du marché obligataire et du dollar, et donc à une récession, peut-être même une dépression. Elle ne peut défaire sa position que dans le temps : cinq à dix ans, voire d’avantage.
 
(1) Soit 4,2% du produit intérieur brut prévisionnel 2018 de la France.
(2) Voir aussi l’interview de Christine Lagarde (Les Echos, 9 novembre 2018).
(3) Soit 8,5% du produit intérieur brut prévisionnel 2018 de la Chine.

Envoyé par l'auteur, 13 novembre 2018, paru sur www.lesechos.fr
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Les échanges
 
Le 11 novembre 1918 n’a pas marqué que la fin de la guerre. C’est le groupe qui a gagné et pas les individus. La victoire sacralise à la fois le groupe et la réaction au libéralisme individualiste effréné du XIXe siècle. L’Europe va rentrer dans un siècle de socialisme collectif effréné sous toutes ses formes. Lénine, Hitler, Mussolini, Atatürk ont tous été marqués dans leur jeunesse au XIXe siècle par les excès du libéralisme et ont tous été socialistes.
N’est-il pas temps, au bout d’un siècle de regarder calmement comment, de tous ces excès, nous pouvons construire une harmonie ? Il y a un siècle nous arrêtions d’échanger des obus, des gaz et des balles. Pour nous mettre à échanger quoi ? La vie c’est le mouvement et le mouvement n’est qu’une suite de changements et d’échanges. Or il y a deux types d’échange qui n’ont rien à voir.
 
Un premier type d’échange est celui qui se fait à l’intérieur d’un espace cohérent que nous appellerons un oïkos, une maisonnée, ce mot grec qui a donné son préfixe à l’économie, à l’écologie, à l’écosophie et à l’œcuménisme. Dans un oïkos où règne la confiance, l’échange se fait par le donner-recevoir-rendre comme l’appelait l’anthropologue et professeur au Collège de France Marcel Mauss et qu’il résumait par le don et le contredon. Pour lui, le donner-recevoir-rendre est non seulement au service du lien social en le nourrissant mais il est ce qu’il a appelé un "fait social total" à dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique, ne pouvant être réduit à l’une ou à l’autre de ses dimensions. C’est encore ce qui se passe heureusement dans la plupart des familles et dans certaines associations dont le but soude suffisamment les membres. Ce type d’échange promeut l’égalité dans l’interdépendance en opposition à la similitude et institue la coopération qui n’a rien à voir avec la compétition.
 
L’autre type d’échange complètement différent est celui qui se pratique à l’extérieur de l’oïkos, à l’extérieur de l’espace cohérent. L’échange s’y fait sans confiance et par le troc. Le troc est l’échange simultané de deux ensembles de biens et de services entre des gens qui ne se connaissent pas et qui considèrent de part et d’autre avec leurs propres critères qu’ils sortent gagnants de l’échange, ce que certains appellent un double enrichissement ou gagnant-gagnant. C’est ce qui s’est passé lorsque les premiers Européens ont abordé le Nouveau Monde et rencontré ceux qu’ils croyaient être des habitants des Indes. Ce type d’échange promeut la liberté et la concurrence.
 
La différence fondamentale entre les deux échanges, c’est l’harmonie entre l’individuel et le collectif. A l’intérieur de l’oïkos cette harmonie est essentielle, elle y est culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique ; économique et juridique par la recherche permanente de sa souveraineté alimentaire et énergétique ; culturelle par la définition de sa taille et par son fonctionnement ; religieuse et symbolique par sa monnaie. Le collectif y est donc partie prenante dans les échanges entre les individus. A l’inverse, à l’extérieur de l’oïkos, cette harmonie entre l’individuel et le collectif n’est pas recherchée, ni même digne d’intérêt. L’échange y est totalement égocentrique, soit pratique, concret et matériel par le troc qui n’existe que si les deux parties se sentent gagnantes, soit simplement enrichissant pour l’esprit par la curiosité du voyageur.
 
Les monnaies servent aujourd’hui d’intermédiaires aux deux échanges.
A l’intérieur de l’oïkos la monnaie a remplacé le donner-recevoir-rendre et est donc à dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique, ne pouvant être réduite à l’une ou à l’autre de ses dimensions. Elle est une créance sur le groupe qui utilise cette monnaie, et cette créance doit être causée lors de sa création. La cause de cette créance ne se posait pas lorsque la monnaie était en elle-même une richesse comme la monnaie métallique or ou argent, la seule existence du louis d’or montrait sa valeur. En revanche depuis que la monnaie est "fiduciaire" c’est-à-dire uniquement fondée sur la foi comme son nom l’indique, les aspects religieux et symbolique deviennent primordiaux pour comprendre pourquoi ce bout de papier est une créance.
 
A l’extérieur au contraire, la monnaie se compare aux monnaies des autres oïkos avec lesquels elle fait du troc. Cette comparaison intéresse peu les membres de chaque oïkos car normalement cela ne change guère leurs vies s’ils ont conservé leur souveraineté mais elle permet aux observateurs de fixer le taux de change entre les monnaies. Chacun ne connaissant bien que la monnaie de son propre oïkos, les deux parties chiffrent avec leur propre monnaie les deux tas dont elles font le troc et qu’elles considèrent toutes deux de même valeur. Elles rapprochent leurs résultats et les deux chiffrages étant réputés égaux, donnent le taux de change entre les deux monnaies. A titre d’exemple nous ne connaissons rien à la valeur du riyal saoudien mais nous faisons un troc entre du pétrole saoudien et un lot français de poulets, d’avions et de bombes. Chaque partie chiffre ce qu’elle livre avec sa propre monnaie et, puisque chacun est content du troc, le chiffrage en est fait en euro en France et en riyal saoudien en Arabie. Cette égalité donne le vrai taux de change entre le riyal saoudien et l’euro.
 
A l’extérieur la monnaie ne sert normalement qu’à un regard intellectuel sur les autres oïkos et sur la valeur qu’ont leurs monnaies chez eux. Elle n’est a priori ni culturelle ni religieuse ni symbolique, elle n’est que le support commode de la connaissance économique et juridique des autres qui permet de faire du troc avec eux. Elle est aussi un regard sur soi-même car si le troc se fait difficilement, il faut en analyser les causes chez soi car on ne peut pas changer les autres.
Dans notre exemple, si nous voulons le même pétrole et que nous n’avons plus que des poulets à proposer en échange, de trois choses l’une pour que les deux parties soient d’accord sur ce troc : soit nous augmentons en poulets ou en n’importe quoi ce qui part en Arabie Saoudite, soit l’Arabie nous livre moins de pétrole, soit elle accepte ce nouveau troc désavantageux pour elle et le riyal saoudien est dévalué par rapport à l’euro puisque le même chiffrage du pétrole en riyals devient égal à un chiffrage moins important en euro ne chiffrant plus que les poulets. En revanche s’il faut toujours plus de fabrications françaises pour le même pétrole, c’est l’euro qui se dévalue mais ça donne de l’emploi en France.
Le fait que les mêmes monnaies concrétisent deux types d’échanges qui sont fondamentalement différents a entrainé une terrible confusion. Nous avons allègrement confondu dans une boulangerie de village, le Parisien qui y fait du troc, avec le cafetier ou le paysan qui avec le même billet et le même achat conforte le lien social dans son village.
 
Par facilité nous avons lentement tout inversé et glissé vers des monnaies qui ne font presque plus que du troc à l’intérieur et qui voudraient faire du lien social à l’extérieur en réduisant la richesse à la capacité à dépenser et la pauvreté à son incapacité à le faire. Et la facilité se heurte comme toujours à la réalité des faits.
En ce centenaire du basculement de l’excès du libéralisme du XIXe siècle à l’excès de socialisme du XXe siècle, ne serait-il pas temps de chercher enfin pour nous une harmonie en cessant de vouloir imposer une harmonie imaginaire à toute la Terre ?

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 11 novembre 2018
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Comment Macron excite le ressentiment des Français vis-à-vis des Allemands
 
Macron voudrait raviver le ressentiment des Français vis à vis des Allemands qu’il ne s’y prendrait pas autrement.
Au centième anniversaire de l’Armistice du 11 novembre 1918, frustrer les Français du souvenir de ce qui fut une de leurs plus grandes victoires, cela, dit-on, pour ne pas vexer Angela Merkel, ne peut que susciter une vive déception, spécialement dans les armées écartées de manière vexatoire de la célébration. C’est en même temps une injure fait à nos ancêtres qui se sont si bien battus dans les tranchées.
Rappelons que l’année 1918 fut celle d’une authentique victoire française. Contrairement à ce que l’on nous dit trop souvent, l’apport américain, important pour le moral, vint trop tard pour influencer militairement l’issue des combats. Les Anglais qui avaient fait d’immenses sacrifices dans les années antérieures étaient épuisés. Il y avait d’un côté toute l’armée française et de l’autre toute l’armée allemande, les divisions du front russe ayant été rapatriées sur le front ouest. Rien d’autre ou presque. Une épreuve historique unique, comme dans un champ clos. Et nous avons gagné. Grâce aux chars, grâce au courage de nos soldats, grâce à l’admirable coordination de nos grands chefs : Foch, Pétain, Mangin, Fayolle, Castelnau et tant d’autres.
   
Ce rappel était d’autant plus nécessaire que jamais comme aujourd’hui, les Français n’ont eu autant de complexes vis-à-vis des Allemands. Le souvenir de la défaite de 1940 est dans cesse ressassé alors que celui de la victoire de juillet 1918 (le mois décisif) est occulté.
Ces complexes sont entretenus par une oligarchie qui cultive plus que jamais le mépris de son peuple, lui trouvant un alibi dans la supposée bonne gouvernance des Allemands - surestimée généralement.  
Ils trouvent une de ses causes dans l’euro, lui-même produit de ce complexe, lequel, tel qu’il a été géré par les uns et par les autres, pèse comme un lourd handicap sur notre économie, nous empêchant de faire jeu égal avec notre voisin.
 
La paix, c’est l’équilibre
Nous sommes là très loin de l’amitié franco-allemande telle qu’elle avait été instaurée par le général de Gaulle et Adenauer et qui ne pouvait se concevoir que sur une base égalitaire. Le suivisme et l’assujettissement de la France que pratique Macron est aux antipodes. Rien ne sert de dénoncer Pétain, au point de refuser d’évoquer son rôle dans la première guerre mondiale, si c’est pour se mettre à la remorque de Berlin avec une servilité comparable à celle du régime de Vichy. Au moins nul ne doute que le vieux maréchal, dont beaucoup pensent qu’il s’égara sur une voie sans issue, aimait la France. On en est moins certain avec l’actuel chef de l’Etat.  
En tout temps et en tous lieux, la paix c’est l’équilibre. Il ne saurait y avoir de vrai partenariat franco-allemand sur une autre base. Notre supériorité miliaire a longtemps équilibré la supériorité économique allemande. Cet équilibre est depuis longtemps rompu. Macron avait, en ce 11 novembre 1918, l’occasion, au moins de manière symbolique, de le rétablir. Le rappel de ce qui s’est vraiment passé en 1918 aurait pu contribuer à exorciser nos complexes. Le président n’a trouvé au contraire là qu’une nouvelle occasion de les humilier.  
Quoique les Allemands n’y soient probablement pour rien, c’est à eux que les Français en voudront. Le projet caressé à l’Elysée de partager avec l’Allemagne la force de dissuasion française, laquelle, bien plus que le traité de Rome est le vrai garant de la paix en Europe, ne peut que les exaspérer un peu plus. Loin de rapprocher Français  et Allemands, le président n’aura fait qu’aigrir leurs rapports !

Envoyé par l'auteur, 11 novembre 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
L’armée poignardée quand on célèbre le centenaire de l’armistice !
 
Le rapporteur spécial des crédits de la défense, François Cornut-Gentile, vient de dénoncer un "coup de poignard aux armées". C’est le second du quinquennat, le premier, peu après l’élection de notre jeune président de la République, ayant provoqué la démission du Chef d’état-major Pierre de Villiers, en juillet 2017. A l’époque, il s’agissait déjà d’une affaire de gros sous : 850 millions d’euros soustraits au budget de la défense. Récidiver, à auteur cette fois de 404 millions, précisément au moment où Emmanuel Macron fait une longue tournée des hauts-lieux de la "Grande Guerre" pour célébrer le centième anniversaire de l’armistice, montre à quel point les réalités peuvent différer des apparences : en apparence, nos soldats sont encensés ; en réalité, ils sont trahis par des politiciens moins soucieux de leurs vies que des deniers de Bercy.
 
Il n’y a pas de mystère : pour se battre en minimisant les pertes et en maximisant les chances de succès, il faut que nos troupes soient bien équipées. Or, une fois de plus, ce sont les crédits destinés aux programmes d’équipement qui vont être sacrifiés : 319 millions, sur les 404 millions d’économies annoncés par le ministre des armées Florence Parly (1), sont des annulations de programmes. Pourtant, tous les témoignages concordent : nos forces doivent déjà se "débrouiller" avec des véhicules, des moyens de transport aérien, et d’autres matériels, qui sont hors d’âge, ou trop sollicités. L’ingéniosité des combattants et des services de maintenance a beau être admirable, le bricolage ne remplace pas complétement la "jeunesse" du matériel.
 
Des cafouillages budgétaires…
Les cafouillages budgétaires à répétition auxquels sont soumises nos forces armées depuis une dizaine d’années tiennent pour une bonne part au fait que nos dirigeants, fonctionnaires et hommes politiques, n’ont pas vraiment intégré le fait que la France est en guerre sur plusieurs champs de bataille. Il existe un budget spécifique pour ces opérations extérieures (OPEX), mais il est chroniquement voté, dans le cadre de la loi de finances, avec des chiffres inférieurs environ de moitié aux dépenses qui sont ensuite réalisées à ce titre. Il a fallu et il faut ensuite réduire certains budgets, notamment d’équipement. Pourtant personne, ni au Gouvernement, ni au Parlement, ne pouvait ni ne peut ignorer que nos engagements, au Moyen-Orient et au Sahel, ou encore, antérieurement, en Afghanistan, sont durables.
Que le PLF (Projet de loi de finances) ait sciemment été voté, année après année, en minimisant à peu près de moitié la dépense imputable aux OPEX, en dit long sur le mépris que nos gouvernants et une majorité de nos élus ont pour l’article 47-2 de la Constitution, aux termes duquel "Les comptes des administrations publiques sont réguliers et sincères".
S’agissant du budget OPEX 2018, qui est en passe d’être insuffisant à hauteur de 1,3 milliard d’euros, le ministre de la Défense, Florence Parly, aurait parait-il osé dire en octobre dernier : "c’est un budget sincère parce que les opérations extérieures sont également couvertes à un niveau bien plus réaliste encore que l’année précédente". J’espère que ce n’est pas vrai. Car la vérité est que le poste budgétaire le plus régulièrement inexact, celui des OPEX, relève du budget de la Défense. Et que cela en dit long sur l’irrespect dont sont victimes nos forces armées en même temps que notre Constitution.
 
… au gâchis économique
Cette gestion calamiteuse augmente le coût des équipements, car différer des livraisons contractuellement prévues engendre nécessairement des indemnisations. Faire payer l’addition par les fournisseurs serait également une mauvaise décision, car cela affaiblirait notre industrie d’armement, alors que l’intérêt national est qu’elle soit en bonne santé et dispose des moyens requis pour préparer les prochaines générations de matériel. Certaines décisions visant à faire des économies sur le papier engendrent en fait des gaspillages.
Et à propos de gaspillages, rappelons que pour ne pas avoir à étrangler budgétairement nos armées, il suffirait d’en éviter quelques-uns parmi tous ceux qui se produisent, année après année, à tous les niveaux de l’action gouvernementale. Combien nous coûtent les projets abandonnés parce que bâclés, comme les portiques destinés à faire payer les poids lourds qui usent nos routes, ou l’aéroport de Notre-Dame des Landes, ou encore les logiciels publics qui cafouillent – dont d’ailleurs le logiciel de paie des armées, dit "Louvois" ? Nos soldats mériteraient des dirigeants politiques et des hauts fonctionnaires plus compétents.
(1) D’après le rapporteur F. Cornut-Gentile, la réalité sera plus proche de 800 millions d’euros que de 404

Envoyé par l'auteur, 10 novembre 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
La cyberguerre, Trump et Macron
 
CHRONIQUE - Macron a rejoint son homologue américain sur la nécessité d'une augmentation de l'effort européen de défense.
 
En atterrissant sur le sol français le vendredi 9 novembre 2018, Donald Trump a émis un tweet peu amène pour son hôte : "Le président français Macron vient de suggérer que l'Europe développe sa propre capacité militaire, pour se protéger des États-Unis, de la Chine et de la Russie. Quelle insulte !" Il se référait à une intervention d'Emmanuel Macron sur Europe 1, incitant l'Europe à se protéger de "la Russie, de la Chine et même des États-Unis". Bien sûr, le président français n'a jamais redouté une quelconque agression militaire des États-Unis contre la France, les deux nations étant les plus vieilles alliées du monde. En fait, la citation incriminée faisait suite à une mention par Macron des menaces cyber pesant sur l'Europe.
De fait, le système informatique de l'Élysée a été piraté par la NSA (National Security Agency, institution américaine d'écoutes et d'espionnage informatique planétaires, dotée d'un budget annuel de 12 milliards de dollars). C'était en avril 2012, entre les deux tours de la présidentielle française. De même, en octobre 2011, une conversation téléphonique de la chancelière allemande avec son chef de cabinet est interceptée et transcrite par la NSA, comme le révélera en 2015 le transfuge Edward Snowden.
Le malentendu franco-américain a été clarifié entre les deux présidents le 10 novembre. Macron a rejoint son homologue américain sur la nécessité d'une augmentation de l'effort européen de défense. Mais le président français a également insisté sur l'urgence d'une autonomie stratégique européenne. Cela concerne en particulier le nouveau et essentiel domaine de la cyberdéfense.

Dans le champ de bataille nouveau qu'est la cyberguerre, Emmanuel Macron agit de manière similaire à Charles de Gaulle sur le nucléaire. Il privilégie le développement des capacités du commandement de cyberdéfense (qu'on appelle Comcyber à l'état-major des armées). Ce commandement est chargé à la fois de protéger contre tout hacking l'ensemble des systèmes informatiques de la défense française, et de mener le cas échéant des actions cyberoffensives contre tout agresseur, étatique ou non.
En même temps, le président français a présenté, le lundi 12 novembre, au forum de gouvernance de l'Internet à l'Unesco, l'"appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace".
Cette déclaration a reçu l'appui de grandes entreprises du numérique et de nombreux États, à l'exception notable des États-Unis, de la Russie et de la Chine… C'est un code de conduite, que l'on peut comparer à la convention de Genève de 1949 relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre. Il s'agit de protéger tous les acteurs civils des "activités malicieuses en ligne". Deux exemples parmi d'autres d'activités malicieuses s'étant déjà produites : le hacking de systèmes de distribution électrique et les tentatives d'interférence dans les processus électoraux.

Au temps de la guerre froide, les Américains, les Russes et les Chinois ne pouvaient s'affronter directement en raison du risque d'escalade nucléaire ; ils se combattaient par "proxies" (Vietnamiens, Angolais, Afghans, etc.). Aujourd'hui, la cyberguerre non létale devient le mode offensif privilégié des grandes puissances. Ce nouveau champ stratégique est remarquablement analysé dans un livre publié le 9 novembre aux Editions du Cerf : Cyber, la guerre permanente, par Jean-Louis Gergorin et Léo Isaac-Dognin.
Les États-Unis ont vécu dans l'illusion que leur domination du cyberespace était éternelle grâce à la force de leurs multinationales du numérique et aux capacités gigantesques de la NSA. Leur réveil a été douloureux en 2012, lorsqu'ils ont constaté que l'Iran avait réussi à perturber les systèmes informatiques de grandes banques de Wall Street, en représailles au sabotage en 2010 des centrifugeuses iraniennes d'enrichissement de l'uranium par le virus américano-israélien Stuxnet. Percevant tardivement l'étendue du cyberespionnage industriel chinois, le président Obama a obtenu en septembre 2015 du président Xi Jinping l'engagement d'arrêter ces pratiques au niveau étatique. La guerre commerciale lancée au printemps 2018 par Trump a rendu inopérant l'engagement chinois. La souffrance des Américains est devenue insupportable lorsqu'ils se sont aperçus en 2016 que les Russes avaient réussi à pirater les fichiers du Parti démocrate et du directeur de campagne de Hillary Clinton, pour diffuser leurs secrets sur les réseaux sociaux juste avant le scrutin présidentiel du mardi 8 novembre.
Soumise aux sanctions, la Russie considère les cyberoffensives comme un moyen de rétablir le rapport de force avec les États-Unis, dans la perspective toujours souhaitée d'un accord bilatéral.

Paru dans Le Figaro, 12 novembre 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Nos petits-enfants sauveront l’honneur des Poilus
 
Le spectacle médiatique qui est imposé actuellement à l’opinion publique avec ces joutes verbales qui mélangent de façon confuse jour après jour Pétain et la transition écologique est absolument consternant… Pourtant, loin de ces convulsions politiciennes, de belles initiatives ouvrent localement de nouveaux champs d’espérance pour notre pays.
Ce fut le cas le 9 novembre à Fouesnant, petite ville de 10 000 habitants située face à l’archipel des Glénan. 450 collégiens et lycéens ont travaillé depuis des mois avec leurs professeurs afin d’accompagner un projet pédagogique autour du Centenaire, porté et mis en œuvre par le trinôme académique, en collaboration étroite avec l’ONACVG (2), le monde combattant, les élus, les correspondants Défense et les chefs d’établissement du Finistère.  Ces jeunes viennent de faire avec leurs professeurs une démonstration exceptionnelle, certes de patriotisme au travers leur mobilisation, mais surtout d’ouverture du questionnement sur les questions de défense qui doivent nous interpeller. Ce signal faible n’a fait qu’un quart de page dans un quotidien local (3) alors que nous avons là, comme dans d’autres endroits de France, des pépites en émergence. Ce sera de nouveau le cas le 16 novembre à Quimper avec 1 500 élèves de toutes les écoles, lycées et collèges de la ville qui seront mobilisés sur le thème de l’engagement.
 
De quoi s’agit-il ? Ces collégiens et lycéens n’ont pas d’à priori, ni de préjugés bellicistes ou pacifistes, ils ne connaissent rien à nos théories de la dissuasion ; en revanche ils ont des attentes très fortes auxquelles ils demandent désormais des réponses. Quelles sont leurs questions ? Est-ce que finalement nous risquons de connaître de nouveau sur nos frontières des conflits de haute intensité telle "la Grande Guerre" ? Certains de nos experts en sont convaincus et militent pour remonter les budgets de nos armées et les postures sécuritaires au niveau européen… Est-ce qu’il n’y aura plus de guerres du fait de l’urbanisation croissante de nos sociétés, des niveaux d’interconnexion des systèmes d’information et d’interdépendance de l’économie mondiale ? D’autres experts pensent en effet que nous sommes entrés dans un temps complexe de crises permanentes nécessitant une nouvelle culture dite de "réduction de risques". Ces explications de sachants souvent septuagénaires, la plupart du temps très bien argumentées, ne parlent pas à nos jeunes.
 
Ceux qui ont vécu les Opérations Extérieures connaissent bien cet entre-deux, "entre chien et loup", où la guerre proprement militaire a muté en crises civilo-militaires insoutenables et durables, sans adversaires identifiés. Ces laboratoires, où il n’y a plus véritablement de lignes de front, où il faut maintenir la paix en neutralisant d’un côté les psychopathes (souvent qualifiés de criminels de guerre ou de terroristes selon les théâtres d’opération) tout en essayant de rétablir simultanément les conditions de vie normale pour les populations, sont devenus depuis un demi-siècle notre quotidien en termes d’expression des nouveaux rapports de force sur notre planète. Hormis la région du Proche et Moyen-Orient, qui constitue une configuration stratégique spécifique du fait des enjeux énergétiques, le reste du monde est entré progressivement dans cette complexité des formes hybrides de conflictualité où il devient difficile de construire des postures de sécurité partagées. Répondre clairement à ces questions, c’est bien ce que nous demandent désormais ces jeunes générations.
 
En revanche, soyons lucides, ce ne sont pas les préoccupations d’une grande partie des "quadras" qui sont actuellement aux commandes de notre pays. Nous avons en effet enfanté une "génération perdue" qui est indifférente à ce type de réflexion. Elle n’est motivée que par les gains rapides et le maintien de son bien-être. Les questions de sécurité et de défense, de souveraineté et d’identité ne sont absolument pas dans leurs priorités. De fait, pour la plupart d’entre eux, ces problématiques doivent être sanctuarisées avec des professionnels appointés pour cela, "des civils que l’on arme… ". Ils sont devenus autistes, arrogants et nous impuissants, inaudibles ! D’où l’urgence et la nécessité d’inventer une autre pédagogie des débats sur les questions de défense et de sécurité pour sortir de cette impasse qui pourrait s’avérer catastrophique si l’histoire glissait de nouveau dans le tragique.
 
Contre toute attente une grande partie de la génération qui évolue actuellement entre le collège et la faculté, celle de nos petits-enfants, les arrière-arrière-petits-enfants de nos poilus, voit les choses autrement. Entre la tuerie du Bataclan qui les a transformés en cibles et la brutalité des images qui circulent en continu sur les réseaux sociaux, cette génération a compris que la guerre est redevenue possible partout, y compris à l’intérieur de nos territoires, et que l’idée d’une paix vertueuse avec des approches uniquement humanitaires et économistes est devenue irréaliste. Il y a dans ces nouvelles formes de maturité et de lucidité, portées aussi par une partie de plus en plus importante de la population, des pistes à travailler pour sortir de la confusion et de l’agitation actuelle. Il faut faire bouger les lignes sans attendre !
En effet dans 5 ans les associations qui fédèrent les anciens combattants auront quasiment perdu la moitié de ses effectifs. Dans 10 ans les deux tiers des effectifs auront disparu et nous assisterons à une désertification massive du champ mémoriel. Nous savons tous pertinemment que la quatrième génération du feu, celle justement des OPEX (4), n’a pas la même appétence pour tenir cette mission sur le terrain comme le firent les trois générations précédentes. Cette population hétérogène de combattants n’a pas d’ennemi commun, pas de menace globale comme le furent les grands totalitarismes, pas de véritable reconnaissance par l’Etat qui les considère uniquement comme des professionnels, ni par la nation qui les assimile de plus en plus à des soldats de l’ONU, de l’OTAN, demain peut-être de l’Europe … La plupart de nos jeunes vétérans se réfugient dès lors dans leurs amicales et ne transmettent plus comme leurs anciens. Leur engagement est trop marginalisé. Ceux qui vont répondre à cette question de la continuité du devoir mémoriel et de sa traduction en nouvelles postures de défense et de sécurité dans la prochaine décennie seront nos petits-enfants.
 
Leurs questions sont intéressantes et légitimes. Ne nous trompons plus de bataille, la victoire n’est jamais là où on l’attend. C’est le message qu’ils nous transmettent avec leurs professeurs au travers des mobilisations époustouflantes et inattendues de ces petits villages bretons nourris d’exemples de résistance. Plutôt que de dépenser du temps contre une génération "d’enfants gâtés" qui casse tout, mobilisons désormais notre intelligence et notre énergie pour ces jeunes qui restaureront finalement l’honneur de nos poilus en inventant les protocoles de défense et de sécurité de demain.
(1) Auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale, Capitaine de vaisseau (h) Président de la Section du Finistère et Administrateur national de la Fédération Nationale des Combattants Volontaires (FNCV), Chef d’entreprise.
(2) ONACVG : Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre
(3)
https://www.letelegramme.fr/finistere/fouesnant/centenaire-de-l-armistice-450-enfants-ont-chante-la-marseillaise-09-11-2018-12128863.php
(4) OPEX : acronyme des Opérations Extérieures
Envoyé par l'auteur, 10 novembre 2018
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Un siècle après la fin de la Grande Guerre, les non-dits du 11 novembre 2018
 
"C'était une demande de Berlin." L'aveu vient de l'Élysée. Surtout pas de parade ni de défilé en ce 11 novembre. On se souviendra de la boucherie, mais surtout pas de la victoire. Les poilus français n'étaient que des "civils qu'on avait armés" et non des soldats, héritiers des vertus militaires séculaires de leur peuple, défendant leur patrie et leur sol contre l'envahisseur. Ils se battaient pour "plus jamais ça" et pas du tout contre les Boches. Pourtant, en 2005, les Anglais n'ont pas demandé l'autorisation à Paris de célébrer Trafalgar. Et, en 2015, toute l'Europe a fêté avec faste Waterloo sans se soucier des susceptibilités françaises. Ce sont les dirigeants français qui, de Chirac à Macron, ont des pudeurs de jeune vierge dès qu'il faut évoquer les triomphes militaires français, d'Austerlitz à la Grande Guerre.
 
Le prétexte est de ne pas gâcher la réconciliation franco-allemande. Fragile réconciliation qui ne supporte pas la vérité ! Vérité d'autant plus cruelle qu'elle fut longtemps niée par les Allemands, qui s'accrochèrent à la thèse du "coup de couteau dans le dos" qu'auraient donné les révolutionnaires communistes à une armée allemande invaincue. Thèse qui fit le lit de la propagande nazie.
Il est vrai que les populations allemandes n'avaient pas vu un soldat français sur leur territoire. Cette décision de ne pas "entrer dans Berlin" fut prise par Clemenceau et Foch, sous pression des alliés anglais et américains, qui souhaitaient avant tout éviter le retour de l'hégémonie française sur le continent. Et voilà comment la France de Clemenceau - le héros de Macron ! - perdit la paix après avoir gagné la guerre ! Mais cette version de l'histoire est aujourd'hui occultée par l'historiographie française. Celle-ci, mettant ses pas dans ceux de l'économiste anglais (et francophobe) Keynes, ne veut voir dans le traité de Versailles que le "diktat" qui, humiliant les Allemands, aurait alimenté leur volonté de revanche.
 
A l'époque, pourtant, le président de la République Poincaré, et d'autres généraux comme Pétain et Mangin, s'étaient opposés au choix de Clemenceau et Foch.
Mais Poincaré, l'homme de la "revanche", et surtout Pétain, l'homme de Vichy, sont aujourd'hui persona non grata de notre histoire officielle. Macron n'assistera même pas à l'hommage militaire des Invalides, de peur de devoir prononcer le nom maudit de Pétain !
Le général de Gaulle, lui, n'hésitait pas à célébrer le vainqueur de Verdun, tout en rappelant son hostilité à Vichy. Il fut l'artisan de la réconciliation avec l'Allemagne sans cesser de rappeler aux nouvelles générations la gloire militaire de leurs ancêtres. Pour de Gaulle, la France devait être le "jockey" du "cheval" allemand, tandis que nos élites d'aujourd'hui, dont Macron est la quintessence, veulent noyer l'identité et la souveraineté française dans un ensemble européen. D'où les projets de partager avec l'Allemagne notre siège à l'ONU, voire notre arme nucléaire. C'est toute la perversité du projet macronien : tout en prétendant "revivifier le roman national", il le dévitalise et achève sa destruction de l'intérieur.

Paru dans Le Figaro Magazine, 9 novembre 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Le poilu, ou comment s'en débarrasser…
 
Le poilu faisait la guerre à un envahisseur. Il se battait pour protéger sa patrie, ses frontières. Il voulait chasser l'indésirable. Le soldat était prêt à se faire tuer au nom de l'honneur, de la grandeur, du courage. Il croyait en la force des armes. Bref, cent ans après la fin de la Grande Guerre, le poilu a tout pour effarer la délicate Macronie, cotonneuse et complaisante. Quand le chef de l'État s'obstine à faire un lien entre les "nationalistes" d'aujourd'hui et les années 30, il insulte ceux qui ont péri pour défendre la France de ses ennemis.
Emmanuel Macron ressemble aux pacifistes de l'entre-deux-guerres. Or ceux-ci furent nombreux à choisir Vichy et la collaboration, au nom de l'apaisement avec Hitler. En fait, le président de la République se montre désemparé devant la bravoure de ceux de 14-18. Il évite de prononcer le mot "guerre", sinon pour dire qu'elle fut et reste inutile. Son "itinérance mémorielle", effectuée cette semaine sur des zones de combats du Nord et de l'Est, a pris soin d'éloigner l'exemplarité militaire, au profit d'une autopromotion souvent déplacée.
 
Tout à sa dénonciation d'un "nationalisme belliqueux", le chef de l'État en est venu à se contredire sur les héros de la Première Guerre mondiale, qu'il voulait dépeindre en victimes. Aux Éparges (Meuse), mardi, il a évoqué sur Europe 1 "l'absurdité de ces conflits". Peu après, néanmoins, il a annoncé l'entrée prochaine au Panthéon de l'écrivain Maurice Genevoix et, "à titre collectif", de "ceux et celles de 14" (en référence à Ceux de 14). But de cet heureux choix : rendre hommage à "l'armée victorieuse".
Mais si l'armée sut vaincre les Allemands, c'est donc que son sacrifice ne fut pas inutile. La pompeuse "itinérance mémorielle" tient plus de l'errance en marche que du souvenir enraciné. D'ailleurs, le centenaire de l'Armistice fera l'économie, dimanche, d'un défilé militaire. Le chef de l'État, qui n'entend pas froisser Angela Merkel, n'a pas souhaité rappeler la défaite de l'Allemagne. Il ne se rendra pas davantage aux Invalides samedi, où l'armée rendra hommage aux maréchaux de la Grande Guerre, en évitant toutefois le fantôme de Philippe Pétain. Le poilu, ou comment s'en débarrasser.
 
Le chef de l'État ne veut admettre que ce sont les "nationalistes" qui nomment le mieux les ennemis de l'Occident culpabilisé, de l'Europe passoire, de la France endormie. Contrairement à ce que Macron prétend, ni la Russie ni les États-Unis ne sont des menaces pour l'Europe et sa sécurité. Est-ce parce que ces deux nations ont désigné l'islamisme comme l'adversaire qu'elles sont devenues suspectes à ses yeux ? Il est gênant de constater que l'angélisme du président ménage le totalitarisme coranique, comme d'autres jadis avaient pris soin de ne pas brusquer les idéologies communiste ou nationale-socialiste.
Ainsi Macron ne veut-il plus commémorer lui-même les attentats islamistes du 13 novembre 2015 qui ont meurtri Paris. Il est prêt à réviser la loi de 1905 afin d'adapter en partie la laïcité à l'islam politique. Il accuse ses opposants de "fracturer" l'Europe sans vouloir analyser les ravages causés par le multiculturalisme, cheval de Troie de la conquête musulmane. C'est pourtant son ex-ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, qui a dit craindre des affrontements communautaires de plus en plus violents et peut-être "irréversibles".
(…)

Paru dans Le Figaro, 9 novembre 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Peinture machinée en salle des ventes

Après la machination de Bansky qui a autodétruit une toile de l’artiste chez Sothby’s, sa concurrente, Christie’s, se devait de réaliser une première mondiale. Ce fut fait à New York, le 25 octobre, avec la vente d’une toile peinte grâce à une intelligence artificielle (IA). Le collectif parisien Obvious (évident en anglais) en est l’auteur. L’œuvre fut d’abord proposée à la vente sur eBay pour 10 000 euros, son acquéreur s’est empressé de la revendre chez Christie’s, qui l‘a adjugée à 432 500 dollars, environ 380 000 euros.

Cette toile, le Portrait d’Edmond Belamy, représente "un homme vêtu à la mode du XIXème siècle, dont le visage est particulièrement flou, ce qui donne un aspect inquiétant à la toile". C’est surtout très moche et prouve qu’une intelligence artificielle peut peindre aussi mal que le commun des mortels sauf que l’auteur d’une croûte n’a pas le culot de signer d’une formule mathématique. L’algorithme si ! Cette peinture sans pinceaux ni pigments, est une impression sur toile, grâce aux “r éseaux contradictoires” qui coordonnent deux algorithmes opposés. L’un puise dans une banque d’images de 15 000 peintures pour en créer une nouvelle, tandis que l’autre, "a permis d’affiner les propositions" autrement dit ce cafouillage sur le visage, vu mille fois dans les ateliers, quand le peintre, déçu, essuie rageusement sa toile d’un coup de chiffon. Ce portrait fait partie d’une série de 11 tableaux, appelée "La Famille de Belamy", nommée en hommage à l’inventeur des GAN,
"réseaux contradictoires génératifs", Jan Goodfellow (en français Bellamy). Il va être content M. Bellamy : toutes ces tronches en son honneur !
 
Le problème ce n’est pas l’intelligence artificielle, mais l’humain derrière elle, incapable de comprendre ce qu’il a créé ; une sorte de Frankenstein du portrait qui horrifie même les algorithmes, tentés d’effacer leur monstre. L’informaticien, aux chevilles gonflées, ne voit rien d’autre que son ambition "de redéfinir la place de l’artiste dans un mode où l’intelligence artificielle est de plus en plus omniprésente". Enivrés, les membres d’Obvious, s’autoproclament "artistes"
Mais de quoi je me mêle ! Y-a-t-il une nécessité sociale ou économique à l'application de l’IA à l’art ? Est-ce qu’on serait en manque d’artistes ? Rien qu’en France, des dizaines de milliers émargent à la Maison des artistes et nombre d’entre eux… pointent au RSA. Mais que veut ce collectif : mettre encore plus de galère dans la vie de milliers gens ? L’utilité du progrès est de faciliter les taches humaines pénibles. Or si la peinture est difficile, parfois, elle n’a jamais été considérée comme un travail à la mine ! Evidence qu’Obvious a oubliée.
Le produit de la vente de ce tableau servira à faire avancer la recherche collective sur la création par algorithme et à financer la puissance de calcul nécessaire à la production de ce type d’œuvres. Parce qu’en plus de coûter de la matière grise, l’affaire siphonne de l’argent !
La planète surchauffe, les abeilles meurent de pesticides, les plastiques saturent les océans mais à Paris, 3 geeks de 25 ans, des as des maths, au lieu de mettre leur cervelle au service de la planète et de l’humanité, ne pensent qu’à entrer dans le livre des records. A l’époque, révolue, des humanités chrétiennes, ne pas faire tout le bien dont on est capable se payait très cher, au jugement dernier.

Sous couvert de progrès, une pleine régression : il s’agit "évaluer les similarités et les distinctions entre les mécanismes du cerveau humain, tels que le processus créatif, et ceux d’un algorithme" autrement dit mesurer l’homme à la machine. Cet homme dont la machine devient
le mètre étalon, n’était-ce pas le rêve de certains systèmes totalitaires au XXème siècle ?
L’acheteur a souhaité rester anonyme ; il y a de quoi…

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 6 novembre 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
La chancelière nous quitte
 
La chancelière allemande a annoncé qu’elle mettrait fin à sa carrière politique dans trois ans. Sa décision a semé la consternation chez ses nombreux admirateurs à Berlin mais aussi à Bruxelles, Paris et même Washington. Pour eux, elle est une figure majeure de notre époque et une dirigeante indispensable. Elle défend avec une énergie inlassable, les valeurs les plus hautes du libéralisme avancé : les droits de l’homme, la libre circulation des biens et des capitaux, l’accueil généreux des migrants chassés de leurs pays, la soumission des intérêts nationaux à des règles universelles, impartiales et équilibrées. Sans elle, les grandes institutions qui soutiennent l’ordre libéral, comme l’Union européenne, l’Otan ou l’Organisation mondiale du commerce, seront-elles capables de résister aux assauts furieux des Trump, Poutine et autres Orban ?
 
Je n’ai jamais eu l’honneur de rencontrer madame Merkel. Ses idées me sont connues seulement par l’orientation de ses décisions publiques. Vues à travers ce prisme, elles sont assez claires pour m’avoir fait comprendre depuis longtemps que la chancelière n’est pas celle que ses zélateurs nous décrivent. Je vais essayer ci-après de peindre un portrait d’elle plus proche de la réalité.
 
Angela Merkel est essentiellement une fille de la culture prussienne. Sur le plan de la pensée et de l’action politiques, cette culture produit des personnalités qui associent sans effort apparent deux traits que nous Français pensons incompatibles : rigueur morale et cynisme pratique. Bismarck en a été le modèle le plus remarquable. Merkel est issue du même terreau. Comme son illustre prédécesseur, elle utilise tout naturellement une méthode qui mêle l’affirmation intransigeante de principes élevés et le calcul le plus égoïste. Nos dirigeants, formés à l’école de la politesse allusive et du compromis équilibré, en sont facilement désarçonnés. Napoléon III a été désorienté par les manœuvres de Bismarck. Sarkozy puis Hollande n’ont pas su comment s’opposer aux exigences de Merkel. Ils ont invariablement plié devant elle et ont souvent sacrifié l’intérêt français, au bien supposé de l’Europe et au bénéfice certain de l’Allemagne.
 
Mais ce serait faire trop d’honneur à la chancelière fédérale que de la hisser à la hauteur du Chancelier de fer. Il était un grand homme d’Etat, qui voyait loin, devinait le sens caché de l’histoire et savait anticiper les évènements. Elle n’est qu’une bonne ménagère qui s’active à tenir sa maison en ordre. Ses pensées et ses projets ne vont pas au delà des soins immédiats. Il a bâti une nouvelle Allemagne et imaginé une autre Europe. Elle se contente de gérer au jour le jour l’héritage de ceux qui ont reconstruit son pays et dessiné l’ordre actuel de notre continent. Avec elle l’action du gouvernement fédéral est tissée d’actions prudentes, de combinaisons timides et de choix à portée limitée.
 
Sa politique sans éclat serait une bonne chose pour l’Allemagne et pour l’Europe si le monde était immobile. La paix et la prospérité de nos peuples dépendent trop de la tranquillité germanique pour ne pas souhaiter qu’elle dure, fut-ce au prix d’une médiocrité assumée. Mais l’histoire a marché. L’ordre libéral dans lequel Merkel était si à l’aise, les premières années de son mandat, menace ruine. Des secousses violentes et inattendues – crise de l’euro, pression migratoire, arrachement du Royaume-Uni à l’Union européenne - ne cessent de l’ébranler. "Mutti" est dépassée par ces évènements imprévus. Elle y répond en s’accrochant obstinément à ses habitudes de bonne ménagère, comme si l’effondrement d’une maison pouvait être conjuré par des efforts accrus de propreté. La réalité glisse hors de ses doigts. La rigueur morale de l’esprit prussien n’est plus chez elle que raideur moralisatrice et son cynisme pratique se dissipe en calculs inopérants. Elle le sent vaguement. Alors il lui arrive de décider ce qu’elle pense être un pari audacieux, susceptible de redresser son autorité. Par exemple son gouvernement renonce à l’énergie nucléaire ou ouvre les bras aux migrants. Mais ce ne sont que des coups de tête brouillons. Ce que la presse d’outre Rhin appelle flatteusement son pragmatisme, est une suite de décisions sans cohérence ni portée.  
 
Le peuple se détourne de cette dirigeante qui ne sait plus où elle va. Son parti accumule les défaites électorales et, pire encore, il a été si déboussolé par les choix contradictoires de sa chef qu’il ne sait plus quelles valeurs il représente. Le SPD, épuisé par d’interminables et douteuses combinaisons avec la chancelière, s’aperçoit avec effroi qu’il a perdu son âme et que ses électeurs l’abandonnent en masse. C’est l’extrême droite qui tire profit du mode de gouvernement d’Angela Merkel. Triste aboutissement pour une femme politique qui nous est présentée comme le champion des valeurs libérales et centristes.
 
La chancelière met l’Union européenne dans une situation encore plus périlleuse. Elle divise la communauté de peuples dont elle se veut le meilleur garant. Sa façon à la fois moralisatrice et égoïste de gérer la crise de la monnaie unique, a suscité de tenaces rancœurs. Elles explosent aujourd’hui en Grèce et en Italie. En exigeant que le million de migrants invités par elle en Allemagne soient répartis dans tous les pays membres au nom d’une solidarité unilatérale, elle a lourdement pesé dans le départ de l’Angleterre et provoqué une vive tension avec la Pologne et la Hongrie. Les sanctions qu’elle a fait imposer à la Russie, en se couvrant du droit international, exaspèrent les pays baltes, la Finlande et l’Italie, qui voient bien que l’embargo pratiqué lèse leurs intérêts tout en contournant soigneusement ceux de leur partenaire allemand. 
 
Le concert de lamentations qui a accompagné l’annonce de son départ cache un soulagement et une impatience largement partagés. En Allemagne, des manifestants se retrouvent autour d’un slogan éloquent : "Merkel muss weg !". Qu’elle s’en aille tout de suite sans attendre encore trois années interminables ! Ces manifestants ont raison. La chancelière n’a plus rien à apporter à son peuple ni à l’Europe. En démissionnant au début de 2019, elle leur rendrait un ultime service.

Envoyé par l'auteur, 8 novembre 2018
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version