Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Et si on arrêtait de nous prendre pour des c… avec le réchauffement climatique anthropique ?
 
Toute personne qui parle de changement climatique devrait connaître sur le bout des doigts les paramètres de Milutin Milankovic qui expliquent pourquoi la Terre a été plusieurs fois depuis des millions d’années une boule de glace et le sera à nouveau avec des périodes interglaciaires plus ou moins longues pendant lesquelles la vie peut se développer.
Le premier paramètre est l’obliquité de l’axe de la Terre par rapport au soleil qui varie dans un cycle de 41.000 ans de 21,9 ° à 24,5°. Le second est l’excentricité de la Terre qui tourne autour du soleil dans un cycle de 100.000 ans sur une orbite qui va du cercle presque parfait à une ellipse faisant évoluer les distances de la Terre au soleil. Le troisième paramètre est la précession des équinoxes, la terre tournant comme une toupie avec un axe qui décrit un cercle en 23.000 ans.
Ces trois paramètres expliquent, à rayonnement constant du soleil dont nous ne savons pas grand-chose, pourquoi la Terre en reçoit des quantités très variables. C’est très bien expliqué sur des tons différents dans deux vidéos assez courtes, visibles sur youtube
ici et ici, que quiconque souhaitant ne pas dire trop de bêtises sur le climat, devrait absolument regarder.
 
Cela éviterait de continuer par ces fadaises à détourner l’attention des braves gens du vrai problème actuel qui est le pillage de la Terre pour nourrir les machines qui fabriquent et transportent en continu ce que l’on impose comme richesses, en fabriquant au même rythme de la monnaie pour les acheter. Nous sommes encore beaucoup trop nombreux à ne pas comprendre que la monnaie est une énergie monétaire comme l’électricité est une énergie électrique. Ne le comprenant pas, nous ne sommes pas choqués que la monnaie soit devenue une énergie sans source, une énergie qui n’est qu’apparence et qui s’accumule en creux dans les dettes que les Politiques sont payés à les récupérer par l’impôt. La dette mondiale des 6 milliards d’êtres humains est aujourd’hui de 200.000 milliards de dollars en additionnant les dettes des États, des entreprises et des particuliers. Et cela monte à chaque instant puisque nous ne voulons pas en prendre conscience en feignant de trouver cela secondaire. Nous préférons jouer au sorcier qui va déplacer les anticyclones et les dépressions en s’en croyant capable alors que personne n’a encore expliqué les raisons de ces déplacements imprévisibles. A force de se laisser prendre pour des c…, ne le deviendrions-nous pas un peu ?

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 20 septembre 2019
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Réforme des retraites ou zéro sur toute la ligne du gouvernement
 
Manque d'anticipation ? Maladresse ? Le résultat de la concertation sur la réforme des retraites est en mode rétropédalage. En revanche, celle-ci fait l’unanimité contre elle …
 
Certes, la bonne volonté est là mais on peut se poser la question de savoir à quoi ont bien pu servir les 2 ans de concertation sous le patronage d'un haut-commissaire aux retraites sinon à ce qu'il devienne ministre (ce qui ne devrait pas lui faciliter la tâche au contraire). Au moins donne-t-il l'exemple, car il a dépassé l'âge de la retraite.
Il est inadmissible que les Français ne puissent toujours pas comprendre comment ils vont financer leurs vieux jours. La bonne volonté ne suffit pas, encore faut-il avoir le courage de trancher et la capacité à faire de la bonne pédagogie. Les Français sont pour la réforme : qu'est-ce que ce serait s'ils étaient contre ?
Nous nous sommes donc tous émerveillés de cette méthode de concertation sans heurts qui nous a bercée pendant deux longues années pour, brutalement, nous réveiller au détour d'
une petite phrase du président de la République qui a "suggéré" que le principe d'un départ avec un âge de la retraite butoir ne soit pas forcément la bonne solution et que, ma foi, la durée des cotisations serait une meilleure base de calcul ... ou les deux : on ne sait plus.
 
Et nous voici gaiement (!) repartis à la case départ... à la retraite.
Adieu "Ateliers de prospection collaborative", tours de France de
Jean-Paul Delevoye, "plateformes de participation citoyenne", "ateliers citoyens", "réflexion régionale ", veaux, vaches, cochons, couvées... Les syndicats qui s'étaient révélés étonnamment silencieux, et presque satisfaits en déduisait-on, se sont réveillés en sursaut.
Soit les partenaires sociaux ne connaissaient pas leurs dossiers ? Soit on a fait semblant de négocier ? Soit le haut-commissaire a endormi tout le monde (pas impossible avec 2 ans de réunions). Quant au pseudo retournement d'Emmanuel Macron qui a déclenché un banquet d'Astérix national, il parait que c'était "politique" afin de donner satisfaction au chouchou du syndicalisme : la CFDT.
De toutes façons, personne n'arrive à suivre cette équation à plusieurs inconnues comme celle de la fameuse " valeur du point flexible ", empêchant qui que ce soit d'évaluer le montant de sa future retraite. Sans même parler d'âge butoir et de durée de cotisation, les deux autres points d'achoppement en dehors des régimes spéciaux ou spécifiques, ce qui n'a rien à voir.
Le plus extraordinaire c'est que personne au gouvernement ou dans un cabinet ministériel n'ait attiré l'attention sur le fait que raisonner sur des statistiques ou des chiffres sur tableurs Excel pouvaient poser un problème.
 
Des fonctionnaires sans sens politique
Le plus surprenant réside dans le scoop de dernière minute qui concerne les régimes non pas spéciaux, mais spécifiques. En d'autres termes : les bons élèves. On les avait soigneusement oubliés jusqu'à ce que l'on annonce le sort qui leur est réservé. Il s'agit des professions libérales qui ont constitué leurs caisses de retraite avec anticipation, prévoyance et bonne gestion. Ils viennent apparemment de découvrir qu'ils seraient privés de leurs régimes particuliers auxquels ils ont droit, et pour lesquels ils ont cotisé sciemment et plus que les autres. On leur propose un deal intéressant : "cotiser plus et gagner moins", un beau programme. Les fonctionnaires sans aucun sens politique, ni bon sens tout court, en charge de trouver la potion magique ont dû penser que piquer 2 milliards d'euros à des professions nanties était une idée lumineuse ou alors les ordinateurs de Bercy ont tourné en aveugle ?
Personne n'a imaginé que les professions libérales risquaient de se révolter devant cette injustice criante ? Ont-ils été volontairement oubliés ? Leur a-t-on caché la vérité ? N'ont-ils pas été consultés sur de nouvelles conditions de cotisation qui de surcroît compliquent leurs situations financières ?
Delevoye
ne les connaissait pas ? Auparavant, ils cotisaient à 14 % et demain à 28 %... On a commencé par doubler les cotisations des médecins et des avocats qui doivent payer 2 fois : pour eux-mêmes et en tant qu'employeurs d'eux-mêmes, c'est beau !
 
Quant aux "excédents " chiffon rouge pour Bercy, ils seront confisqués au nom de l'équité. Il s'agit bien, si l'on exclut une erreur de calcul de Bercy, d'une idéologie égalitaire, les fourmis nanties doivent toujours payer plus pour les pauvres cigales démunies ou fonctionnaires.
Quant à manifester, légitimement, il faudrait que les entrepreneurs libéraux se fassent aider de black blocks ! Parce que défiler calmement n'a que peu de chance de donner des résultats. Ils peuvent aussi décrocher le portrait du président, il parait que lorsque la cause est bonne, c'est légitime (cf. jugement du Tribunal de Lyon innocentant des "décrocheurs).
Plus sérieusement, un tel manque d'anticipation et une telle maladresse est incompréhensible, un DRH dans une entreprise qui proposerait ce type d'équité serait viré dans la journée pour éviter une grève.
 
Un échec cuisant enfin, de la fameuse méthode de concertation à moins que tout cela n'ait été programmé pour passer en force à la fin ? Tout est possible.
Ce qui est un succès franc et massif en revanche c'est l'unanimisme du "contre", tout le monde est vent debout : du MEDEF aux fonctionnaires en passant par les professions libérales... et bien sûr tous les futurs retraités.
Mais rassurez-vous bonnes gens : on commence à reculer c'est la bonne vieille méthode on va donner du temps au temps. Une formule qui a fait ses preuves avec pour résultat une France qui refuse de se laisser réformer, quels que soient ses dirigeants ... ou à cause de ses dirigeants ?

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 19 septembre 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Retrouver la raison
 
La connaissance des lois naturelles suprêmes dans un domaine d’être procure seule une vaste vision rationnelle de la vérité sur les ordres de faits soumis à ces lois. Or, la loi suprême de l’Homme est ce que la tradition nomme loi naturelle, qui est aussi la loi morale universelle et la première loi politique (HH, 
Préparer l’avenir, Paris, Economica, 2012, chap. xi et xii, p. 85-116). 
"La loi commune est celle qui existe conformément à la nature." (Aristote, 
Rhétorique) La science de l’Homme n’est pas du tout une science, si elle n’est pas une science morale et une science politique. Elle accède à la scientificité en reconnaissant la loi naturelle. 
Extrait de
Ce monde qui nous rend fous. Réflexion philosophique sur la santé mentale
, Mame, 2019, p.222-223.
Paru sur www.henrihude.fr, 6 septembre 2019
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Macron se voulait de Gaulle, il pourrait finir comme Aristide Briand
 
La formule de Beaumarchais s’applique parfaitement à la diplomatie d’Emmanuel Macron au lendemain de l’attaque, dont tout accuse les alliés de l’Iran, de puits de pétrole saoudiens frappés par des drones. Il y a trois semaines, tous les médias l’encensaient. C’était Macron le réconciliateur, Macron le pacificateur, Macron le petit génie de la diplomatie. Même Trump ne lui en a pas voulu de sa "surprise" : la venue imprévue du ministre iranien des Affaires étrangères. Tous, acteurs et observateurs, étaient touchés par la grâce de "l’esprit de Biarritz", comme il y eut naguère "l’esprit de Locarno", qui devait réconcilier les Français et les Allemands après la Grande Guerre. Dans cette affaire, Emmanuel Macron s’est voulu l’émule du général de Gaulle ; il risque de finir comme Aristide Briand. Floué par plus retors que lui et ridiculisé pour naïveté. Mais ne tirons pas trop sur le pianiste ! Ou plutôt, tirons aussi sur ceux qui tirent sur le pianiste.
 
En France, les atlantistes, les droits-de-l’hommistes, les partisans de la guerre à Assad, les soutiens à tous crins d’Israël, les obligés de l’Arabie saoudite, rassemblés dans une même coalition hétéroclite, à l’instar de leurs divers parrains étrangers. Tous s’émeuvent avec raison de l’excessive puissance iranienne au Moyen-Orient. De son influence démesurée, prise sur le croissant qui relie Damas, Beyrouth, Bagdad, Sanaa. De la force de ses milices armées du Hezbollah qui menacent la supériorité de l’armée israélienne et les puits de pétrole saoudiens. Des risques que fait peser l’ambition nucléaire iranienne sur la paix dans la région et donc dans le monde.
 
Mais qui a fait le lit de l’impérialisme perse ? Qui a abattu l’Irakien Saddam Hussein qui seul résistait à l’expansionnisme chiite ? Qui a ramené l’Irak à l’âge de la pierre au nom de la démocratie ? Qui a provoqué ainsi l’émergence de Daech, fanatiques de l’islam dirigés par d’anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein ? Qui a désagrégé le voisin syrien ? Qui a voulu la mort d’Assad, le contraignant à appeler au secours Iraniens et Russes, ses seuls défenseurs ? Qui a occupé le Liban, métamorphosant le Hezbollah, aux yeux mêmes des patriotes libanais chrétiens comme le général Aoun, en dernier rempart de l’intégrité territoriale libanaise ? Qui, enfin, a abattu Kadhafi après qu’il eut renoncé à l’arme atomique (comme Saddam Hussein !) ?

On connaît les réponses à ces questions et les responsables de la situation : Bush fils, les néoconservateurs américains, Israël, l’Arabie saoudite et le Qatar, Sarkozy et Hollande, Juppé et Fabius, BHL et tous les droits-de-l’hommistes français. Tous ceux qui, aujourd’hui, se lamentent et s’effraient de l’hégémonie régionale iranienne et poussent Trump qui n’en peut mais à punir le nouveau "méchant". Entre Macron et ses redoutables adversaires, c’est partout balle au centre. Ou plutôt drone au centre.

Paru dans Le Figaro Magazine, 20 septembre 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
La Fondation pour l'école
 
113 écoles ouvertes à la rentrée 2019 :
les écoles indépendantes achèvent leur mue et s'installent durablement dans le paysage éducatif français

 
Consciente de la nécessaire refonte de notre système éducatif, la société civile s’investit toujours plus dans la création d’établissements indépendants, afin d’offrir aux enfants des écoles adaptées à la diversité de leurs besoins. 113 écoles indépendantes ont encore ouvert leurs portes cette année, confirmant par-là la nécessité de leur contribution au paysage éducatif français. Plus de 60 % d’entre elles sont des écoles du premier degré, 40 % sont des collèges ou des lycées. La France compte désormais 1 530 établissements indépendants, répartis sur l’ensemble de son territoire. Ces écoles s’appuient sur leurs facteurs-clés de succès historiques, qu’il s’agisse de classes à petits effectifs, de pédagogies adaptées à des problématiques éducatives spécifiques (élèves souffrant de troubles Dys, de handicap(s) ou ayant tout simplement besoin d'apprendre autrement), ou de leur capacité à s’ancrer au sein d’un territoire donné -notamment au cœur de la ruralité quand l’école publique y recule. La liberté scolaire, garantie par la Constitution, est à la source de cette capacité d’expérimentation et d’adaptation des écoles indépendantes aux besoins du terrain.

1 - Des nouvelles écoles très présentes en milieu rural
Près de 30 % des écoles ouvertes en 2019 l’ont été dans des communes rurales de moins de 2 000 habitants ; au total, près de 45 % d’entre elles sont implantées dans zones de moins de 10 000 habitants. Il n’est plus rare de voir des écoles indépendantes s’ouvrir au cœur des villages pour pallier aux fermetures de classes et d’écoles publiques. Elles permettent non seulement de maintenir les familles dans les territoires, mais aussi l’installation de nouveaux arrivants, las du mode de vie imposé par les grandes villes, sensibles à l’écologie et désireuses d’un certain retour à la nature
 
2 - Des écoles qui se rendent financièrement plus accessibles
38 % des écoles indépendantes ouvertes en 2019 coûtent moins de 300 € par mois. Plus du tiers des écoles base sa tarification sur le revenu des familles pour se rendre plus accessible. 80 % des nouvelles écoles pratiquent des tarifs dégressifs selon le nombre d’enfants inscrits au sein de l’établissement. Si les écoles indépendantes restent chères compte tenu de leur statut entièrement privé, elles privilégient majoritairement un mode de fonctionnement associatif loin de tout esprit lucratif.
 
3 - Des écoles dont les pédagogies réveillent l'École
Avec le nombre réduit d’élèves par classe, les écoles indépendantes font de leurs pédagogies adaptées aux différents besoins des élèves un de leur principal atout. La pédagogie Montessori est la pédagogie dominante des écoles nouvellement créées. Seconde tendance : le mélange de différentes pédagogies actives, qui enrichissent le projet pédagogique des écoles et permettent aux professeurs de varier leurs pratiques en fonction des matières comme des élèves. 12 % des nouvelles écoles accueillent des "publics spécifiques" : des enfants souffrant de troubles de l’apprentissage divers ou d’handicaps. Tout comme pour les troubles Dys, les écoles indépendantes permettent aujourd’hui d’offrir à des centaines d’élèves et à leurs familles des cursus éducatifs que n’offre pas encore l’école classique. Sur l’ensemble des écoles indépendantes, la pédagogie dite "classique" ou "explicite" reste majoritaire, mais le poids de la pédagogie Montessori augmente chaque année. Les écoles indépendantes sont de véritables laboratoires des pédagogies alternatives ; leur succès ne cesse de se diffuser au sein des écoles publiques ou sous contrat, désireuses de renouveler leurs pratiques face aux nouvelles problématiques scolaires : difficultés d’acquisition des fondamentaux, troubles de l’apprentissage divers comme les troubles Dys ou TDAH… Par ailleurs, en mettant la collaboration avec les parents au cœur de leur projet éducatif, les écoles indépendantes apparaissent aujourd’hui particulièrement adaptées pour faire face aux nouvelles problématiques scolaires : phobie scolaire, harcèlement ou encore dépendance aux écrans.
 
4 - Des écoles essentiellement laïques
Reflet de la société civile, les écoles indépendantes sont majoritairement aconfessionnelles : 87 % des écoles ouvertes en 2019 sont sans confession déclarée, et elles sont 70 % sur l’ensemble du secteur.
 
5 - Les écoles indépendantes : une importante réserve de croissance
Avec plus de 300 projets d’ouvertures d’écoles dans les deux ans actuellement recensés par la Fondation pour l'école, le secteur des établissements indépendantes dispose d’une importante réserve de croissance. Toutefois, les porteurs de projets doivent faire face à des difficultés structurelles bien identifiées. Le premier frein à l’ouverture de nouvelles écoles indépendantes réside dans leur capacité à trouver des locaux. Vient ensuite la question du financement de ces établissements. Enfin la loi Gatel, si elle permet d’encadrer l’ouverture et l’inspection des écoles, contribue à rigidifier l’accès au secteur : la justification de 5 ans d’expérience en établissement pour pouvoir accéder à des fonctions de direction contraint de nombreux profils à fortes compétences à renoncer à leur projet.
 
Conclusion
La Fondation pour l’école, premier interlocuteur de l'État sur les écoles indépendantes, se félicite de voir le système éducatif français enrichi par un nombre d’écoles indépendantes sans cesse plus important. Ces 1 530 écoles savent répondre à des besoins éducatifs toujours plus variés, qu’ils soient liés aux pratiques pédagogiques, aux profils d’élèves accueillis, ou aux spécificités propres à un territoire.

Communiqué de presse paru www.fondationpourlecole.org, le 18 juillet 2019
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Guerre civile
 
Imperceptiblement pour la plupart des Français, dans le silence troublant des grands médias, notre société glisse peu à peu vers la guerre civile. Après ce qui s’est passé en plein centre-ville de Lyon dans la nuit du 14 au 15 septembre 2019, on ne pourra pas dire que l’on ne savait pas et que l’on n’a rien vu venir.
 
Il est communément admis que dans les banlieues dites "difficiles", les quartiers dits "sensibles" deviennent un peu partout sur le territoire national des zones de non-droit où l’ordre établi n’est plus celui de la République mais celui des voyous, des trafiquants et des extrémistes islamistes. Hors de ces zones, les troubles à l’ordre public se manifestaient jusqu’à présent par des attentats, des vols, des cambriolages, des agressions, des crimes commis par des "déséquilibrés". On parlait surtout d’incivilités pour désigner pudiquement l’agressivité grandissante qui gagnait d’autres quartiers réputés calmes, jusqu’aux centres-villes, mais il régnait encore une apparence d’ordre. Le 15 septembre un nouveau cap a été franchi.
 
Manquant tout à la fois de courage politique et de moyens policiers, les pouvoirs publics de la ville de Lyon ont, depuis plusieurs mois, laissé dégénérer une situation qui aujourd’hui leur échappe totalement. On sait que les zones de non-droit évoquées plus haut vivent sous la menace constante de rodéos automobiles et autres concerts de klaxons à longueur de nuits. On sait moins que ces pratiques barbares, et fort peu "festives" contrairement à ce que certains prétendent, atteignent maintenant le cœur de la presqu’île lyonnaise, le très "convenable" 2ème arrondissement. Tous les vendredi et samedi entre 10h du soir et 5h du matin, des jeunes gens "issus de la diversité", au volant de riches voitures de sport, envahissent un espace compris entre la place Bellecour et la place des Terreaux, avec comme axe principal de leur petit jeu la rue Édouard Herriot. La vie des riverains est devenue un enfer, entre les bruits d’avertisseurs sonores, ceux des "sonos" poussées à plein volume et les hurlements d’individus sous l’emprise de l’alcool (et vraisemblablement de tout ce qui doit exister en matière de stupéfiants). Sans compter les "incivilités" à l’égard des riverains qui essayent de sortir le soir ou de rentrer paisiblement chez eux à leurs risques et périls.
 
Des mesures insignifiantes sont venues répondre à ce fléau, comme un panneau d’interdiction de circuler peu suivi d’effets. Après deux ou trois samedi paisibles, les rodéos ont repris de plus belle dans la plus parfaite impunité. Samedi dernier donc, vers 1h30 du matin, un père de famille, incapable de dormir à cause du bruit, finit par se pencher au balcon pour essayer de comprendre la cause de l’ampleur des nuisances sonores, cette nuit-là encore pires que les autres fins de semaines. A première vue, il semblerait qu’un projectile ait atteint le pare-brise d’un véhicule devant un immeuble voisin, déchaînant l'ire des "jeunes". Quelque riverain exaspéré, sans doute, mais pas l’homme qui regarde seulement ce qui se passe à ce moment précis. Voyant une tête apparaître à un étage, les trublions de la rue perdent tout contrôle. Insultes et menaces de mort se mettent à fuser. Soudain, dans un fracas de bois et de verre brisés, ils défoncent la porte d’entrée et celle du sas de sécurité de l’immeuble. Puis ils s’engouffrent dans l’escalier et gagnent l’étage où ils ont vu apparaître la tête du jeune homme. Celui-ci fait preuve d’un grand sang-froid. Il place femme et enfant dans la pièce la mieux protégée de l’appartement, appelle la police qui répond aussitôt, laisse son téléphone branché sur haut-parleur, puis il attend de pied ferme les barbares, décidé à protéger sa famille et à vendre chèrement sa peau car il n’a guère de doute sur ce qui l’attend si la porte cède. Les agresseurs s’acharnent sur cette porte d’entrée, mais le blindage tient bon. La famille est terrorisée. Ils apprendront plus tard qu’aux autres étages les voisins sont dans le même état, des femmes seules et des enfants terrés au fond de leur appartement, et tous en communication téléphonique directe avec la police. Les coups sur la porte et les menaces de mort redoublent d’intensité. Sans doute alertés par les sirènes de la police qui arrive sur les lieux, les apprentis meurtriers prennent peur et dévalent l’escalier… pour être aussitôt cueillis par les forces de l’ordre. Saluons la rapidité et l’efficacité de ces dernières, tout en déplorant que les agresseurs aient été immédiatement relâchés…
 
L’avenir nous dira si la justice et les autorités en général ont réellement pris la mesure de ce qui s’est passé. Mais les faits sont là : non contents de perturber gravement les nuits du centre-ville, encore une fois en toute impunité depuis des mois, des "jeunes" (comme il faut dire) attaquent maintenant, avec une violence inouïe attestée par de nombreuses destructions matérielles, un immeuble dont les habitants ont été menacés de mort à plusieurs reprises. Une famille paisible n’a dû sa survie qu’à l’arrivée in extremis de la cavalerie. On en est là. C’est le début de la guerre civile dans les centres urbains. Ce n’est pas une manifestation ponctuelle de gilets jaunes ou une réunion de supporters sportifs qui dégénère à cause de black blocks. C’est une prise de possession de territoire par une occupation bien calculée, d’abord d’apparence festive comme après un match de foot, puis qui dégénère en une violence meurtrière clairement revendiquée et réitérée. Allons-nous suivre le destin des chrétiens d’Orient, par une sorte de libanisation inéluctable ? Nous saurons vite si nos gouvernants sont à la hauteur de l’enjeu. La rapidité et la sévérité de la réaction seront décisives. L’inaction des pouvoirs publics conduirait au pire des scénarios, où les particuliers risqueraient de se substituer à l’autorité défaillante. Ce serait alors l’escalade d’une violence incontrôlée qui a commencée par des tapages nocturnes intolérables, est montée d’un cran par le jet irresponsable d’un projectile, avant de franchir le cap de l’attaque en règle d’un immeuble. S’il n’y a pas en France un homme d’État, un vrai chef, capable d’arrêter cet engrenage infernal en prenant le mal à la racine, nous allons à la catastrophe.

Envoyé par l'auteur, 17 septembre 2019
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Balance ton mécène !
 
C’est une déferlante dans les musées : mettre dehors les mécènes compromettants ! En avril, à la Galerie Serpentine de Londres, que dirige le célèbre Hans-Ultrich Obrist, exit les Sackler, malgré un don de 7 millions de dollars. Motif ? Ces médecins reconvertis dans l’industrie pharmaceutique sont impliqués dans le scandale des opioïdes responsable aux USA d’overdoses mortelles. En mars 2018, c’est Nan Goldin, célèbre photographe et victime de la firme des Sackler, qui organisait non pas un sit-in mais un "die-in" au Metropolitain muséum. Ces institutions et le Guggenheim (malgré cette fois un don de 9 millions de dollars) ont renoncé au mécénat des Sackler ; idem le National portrait Gallery à Londres. La Foire Photo London arrêtait, elle, son partenariat avec une chaîne d’hôtel aux mains du Sultan de Bruneï qui a instauré la peine de mort contre l’homosexualité ou l’adultère ; l’Hôtel Meurice suspendait son prix d’art contemporain dans la foulée. En mars 2018, une association écologiste s’allongeait devant le radeau de la Méduse, au Louvre, pour protester contre le mécénat de Total. De 2014 à 2017 le Palais de Tokyo avait, lui, accepté un mécénat "orienté" pour la prospection des scènes asiatiques… réservée aux seuls pays où cette firme est présente : joli critère artistique !
 
A l’exemple du greenwashing (recyclage de l’argent sale dans la vertueuse écologie) il y aurait donc de l’art washing dans l’air. Car au Louvre, depuis 10 ans, le budget double mais les subventions publiques stagnent et les gentils mécènes s’empressent ! Comme le cimentier Lafarge, mécène de l’Islam au Louvre et du musée de Cluny, suspecté d’avoir financé, via une filiale, l’Etat islamique. Un collectif "d’art-activistes", Libérons le Louvre, milite depuis 2017 pour que les musées renoncent à ce type de mécénat. Mme Pégard, qui préside Versailles, regrette "qu’on mélange beaucoup de sujets" puis élude la question. On ne saura rien sur la manière dont le Château trie ses mécènes potentiels (notons que ne pas savoir ce que font les agents de l’Etat culturel avec l’argent du contribuable n’est pas nouveau). A l’étranger, la transparence n’est pas non plus de mise : la composition du comité éthique de la National Portrait Gallery, par exemple, semble un secret d’état.
 
La charte du Louvre et du Quai Branly stipule que le musée se réserve le droit de refuser le mécénat d’entreprise lié au marché de l’art : plus faux-cul, tu meurs car cela signifie qu’en fait, il peut y en avoir ! Le photographe et financier Ahaé dont nous avions conté les mésaventures (1) pourrait couter cher au Louvre et à Versailles qui reçurent ses largesses (et ses œuvres !) : les fonds donnés pourraient être récupérés car frauduleux (2). Et voilà que Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris en charge du logement, tance le Louvre pour son acoquinement avec Airbnb, qui s’offre Mona Lisa sans guère payer d’impôts en France… bref une "utilisation répétée du patrimoine public à des fins commerciales par un géant du numérique". Sur le point d’être inaugurées au Petit Palais, le 4 octobre, les tulipes de Koons tremblent déjà… car ça balance pas mal à Paris.
(1) Ch. Sourgins, “Les mirages de l’art contemporain”, La Table Ronde, 2018, p. 251
(2) Plus d’infos dans l’excellent article de Roxana Azimi, “L’art embarrassé par ses mécènes”, M, le magazine du Monde, 15 juin 2019, p.43 à 45.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 16 septembre 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
A contre-courant de la repentance
 
Il n'y a pas eu davantage embouteillage sur les gazettes locales que sur les autoroutes de l'information pour rappeler le 80ème anniversaire d'un événement historique sans précédent. Tout simplement, parce qu'il dément les partis-pris des "repenteux", notamment vis à vis du Maréchal Lyautey.
En ce 3 septembre 2019, le devoir de mémoire nous imposait sinon de célébrer, du moins d'évoquer un anniversaire qui fait date dans notre Histoire commune avec le Maroc. C'est une Histoire commencée avec Lyautey. C'est pourquoi la Fondation Lyautey s'est associée à la Fondation France Maroc Développement pour célébrer cet anniversaire en présence de SE Chakib Benmoussa, ambassadeur du Royaume du Maroc en France, lors d'un colloque à Bordeaux.
De quoi s'agit-il ?
Lors de la déclaration de guerre - il y a tout juste 75 ans - le Sultan Mohammed, futur Roi Mohammed V, faisait lire dans toutes les mosquées du Maroc une lettre historique. 
C'est un appel au peuple marocain pour qu'il apporte son concours sans réserve à la France qui prend les armes pour se défendre. Il justifie ce concours par la nécessaire reconnaissance du Maroc pour les bienfaits apportés par le protectorat de la France. La réaction du Sultan Mohammed se situe dans le droit fil de la pensée de Lyautey.
Lyautey visait à la prospérité d’un Royaume chérifien devenu à terme souverain sous la conduite d’un Monarque "éclairé". N'avait-il pas demandé, à l'issue de la Guerre 1914-18, que le Sultan du Maroc fasse partie des négociateurs du traité de Versailles ? C’est pourquoi j'évoquerai le Maréchal Lyautey comme un Exemple, un Symbole, une Référence.
 
A l’occasion de cet anniversaire, il faut souligner "l'impérieuse" nécessité du souvenir. Le devoir de mémoire invoqué par les uns, comme le droit de mémoire avancé par d’autres, relève d’un besoin vital de transmission de valeurs que SM Hassan II exprimait en ces termes : 
"Le présent et l'avenir d'un pays sont solidaires de son passé", ce qui confirme l’énoncé du Maréchal Foch : "Les peuples ne perdent la vie que lorsqu’ils perdent la mémoire". Quant au Maréchal Lyautey, il avait écrit : "La tradition est la colonne vertébrale d'une société. Si elle se brise, c'est la paralysie d'abord, la mort ensuite."  
Aujourd’hui, Lyautey continue d'étonner et de fasciner, et même de séduire, ceux qui le croisent par le biais de ses nombreux écrits, de ses formules à l’emporte- pièce, mais toujours frappées au coin du bon sens, de ses vues prophétiques ou tout simplement des relations qui ont été faites de son épopée.
Son épopée, est bien celle d’un officier devenu Maréchal de France, Résident Général de France au Maroc, Ministre de la Guerre, Membre de l'Académie Française. Cette phrase, dont il est l’auteur peut être considérée comme le fil conducteur de sa réussite :
"Je n'ai pas de doctrine. Je ne connais que l'action, que l'homme, que cette pâte humaine que le chef doit savoir animer avec cœur par l'action créatrice et sociale."
Le moment venu de la retraite, après son retour du Maroc en 1925, il fut encore Commissaire Général de l'Exposition Coloniale Internationale de 1931, Président du Comité français de propagande aéronautique, Membre d’honneur à perpétuité de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Nancy, Président d’honneur de toutes les fédérations du scoutisme en France.
 
Force est de constater qu’au fil de sa vie Lyautey fut tout à la fois, soldat, pacificateur, administrateur, humanitaire, bâtisseur et urbaniste, écrivain et protecteur des arts. 
Évoquer Lyautey ce n’est pas seulement évoquer un visionnaire qui avait la stature d’un homme d’Etat humaniste, un colonial soucieux d’un meilleur avenir pour les peuples colonisés ou "protégés", comme ce fut le cas pour le Maroc. C'est aussi évoquer la grandeur de la France et l'œuvre humaine et généreuse qu'elle a accomplie outre-mer.
C'est encore affirmer les liens historiques, culturels et affectifs tissés avec le Maroc, à l’histoire et au développement duquel son nom reste associé. Il demeure respecté dans ce Royaume dont il a sauvé et consolidé le trône et où il a su faire aimer la France. Il n’est pas anodin de constater que ceux qui critiquent Lyautey sont généralement ceux qui lui reprochent d’avoir consolidé la monarchie alaouite.
Ce n’est pas le Sultan Mohammed qui me contredirait, vu Sa lettre du 3 septembre 1939 lançant un véritable appel au peuple marocain : 
"Il est de notre devoir le plus absolu de manifester au gouvernement de la France notre reconnaissance pour tout ce qu'elle a fait pour nous............... À partir de ce jour et jusqu'à ce que l'étendard de la France et de ses alliés soient couronnés de gloire, nous lui devons un concours sans réserve ....... "
Évoquer Lyautey, c’est également mettre à l’honneur l’Armée d’Afrique qui s’est couverte de gloire sur tous les champs de bataille où elle a servi avec la France pendant 132 ans, de 1830 à 1962.
 
Sans vouloir faire une biographie d’Hubert Lyautey (1854-1934), il est intéressant d’évoquer sa période marocaine où il joint la passion à l'action. Car, c'est au Maroc que s'épanouit pleinement son génie créateur. Il y restera treize ans de 1912 à 1925. Dans une conjoncture parfois difficile, souvent en désaccord avec le gouvernement français, il fait des merveilles sans jamais se laisser arrêter par les difficultés. Il pacifie le pays qui aurait pu voir plusieurs prétendants au Trône s’affronter, en appliquant avec succès sa théorie dite de la “tache d’huile”.
Il jette les bases du Maroc moderne tout en respectant son Sultan, ses forces traditionnelles, sa religion, son patrimoine culturel et architectural, avec le dessein avoué de l'amener à son indépendance dans les meilleures conditions. 
C’est pourquoi, il dote le pays des infrastructures nécessaires pour son évolution économique et sociale. On y construit les premières routes goudronnées, des voies ferrées, ports, écoles primaires et professionnelles, collèges, dispensaires, hôpitaux, la première maternité - dite de la Maréchale - à Rabat, bâtiments pour les services publics créés, etc .... 
Le Maroc est en chantier. Lyautey se révèle un urbaniste. Il édicte des consignes strictes pour les constructions nouvelles et le respect des Marocains, de leurs mœurs et de leur patrimoine. Fait significatif, dès son arrivée en 1912, il fait restaurer la porte monumentale de la casbah des Oudayas à Rabat qui avait dû être murée.
On ne souligne jamais assez ses réalisations dans le domaine de la Santé publique où tout était à faire. A son arrivée, Lyautey dispose dans l’urgence des médecins militaires qui prodiguent des soins et vaccinent au cours de tournées médicales. 
Pour sa part, Madame Lyautey (1862-1953), qui, au début du siècle dernier, avait initié des actions du type “Infirmières sans frontières” se dépense sans compter pour l’organisation d’actions sanitaires et la création d’oeuvres pour l’enfance. Plus tard, pendant la guerre 1939-45, elle organise des collectes à Paris pour envoyer des colis aux soldats marocains prisonniers de guerre en Allemagne.
 
Les travaux gigantesques entrepris au port de Casablanca sont critiqués en France. Mais Lyautey a de l’intuition. Après la découverte du phosphate, il a imaginé que ce serait une richesse pour le Maroc à condition qu’il puisse être exporté. Taxé de "mégalomanie", il s’en explique : "Je ne construis pas pour le présent, mais pour l'avenir. Or, l'avenir a le pouvoir de rendre tout trop petit."
Appelé comme Ministre de la Guerre fin 1916, il préférera démissionner quelques mois plus tard, plutôt que de composer avec des hommes politiques qui refusent de prendre les décisions dictées par la situation. Il restera amer de n’avoir pu ni empêcher l’offensive du Général Nivelle, dont il avait pressenti le dramatique échec, ni installer un commandement unique interallié, gage d’efficacité, dont Clémenceau s’attribuera le mérite un peu plus tard.
De retour au Maroc, il poursuit son œuvre de bâtisseur tout en continuant à participer à l’effort de guerre contre l’Allemagne dont les agents cherchent à soulever les tribus. Il ne cesse d’envoyer en France vivres, matières premières et renforts de troupes. Il continue de créer et d’entraîner des unités marocaines : tirailleurs, spahis, goumiers, qui une fois aguerries partent à leur tour pour le front où métropolitains, pieds-noirs et marocains mêlent leur sueur et leur sang pour défendre la France.
 
Clairvoyant, Lyautey en véritable Homme d’Etat, avait perçu après le premier conflit mondial la révolution technologique et industrielle qui allait secouer le monde, la révolution économique qui suivrait, mais aussi la modification des équilibres dans les sociétés et entre les sociétés. Il y avait préparé le Maroc. 
Chef, dans toute l'acceptation du terme, il tenait en horreur ceux qui pratiquent la division pour régner. Au contraire, l'un de ses leitmotiv était "la recherche du dénominateur commun qui unit les Hommes."
Respectueux du traité de Protectorat et de sa mission, il affirmait avec vigueur : 
" Le Maroc est un État autonome dont la France assure la protection, mais qui reste sous la souveraineté du Sultan, avec son statut propre. Une des premières conditions de mon rôle est d'assurer l'intégrité de ce régime et le respect de ce statut." Et, comme il le prévoyait, à peine avait-il quitté le Maroc que le gouvernement français - qui l’avait acculé à la démission - s’employait à prendre le contre-pied de sa politique et à accumuler les erreurs.
Du moins, avait-il quitté le Maroc, en octobre 1925, avec ce rêve inachevé que SM Mohammed V n'a eu de cesse de réaliser : "Ce que je rêve, c'est que, parmi tant de désordres qui ébranlent le monde au point de se demander quand et comment il reprendra jamais son équilibre, il s'élabore au Maroc un édifice solide, ordonné et harmonieux, qu'il offre le spectacle d'un groupement d'humanité où des hommes si divers d'origine, d'habits, de professions et de races poursuivent, sans rien abdiquer de leurs conceptions individuelles, la recherche d'un idéal commun, d'une commune raison de vivre."

Envoyé par l'auteur,18 septembre 2019
Publié dans Devant l'histoire
Écrit par
En savoir plus... 0
L’obsession des effets concrets pour les citoyens
 
LE CONTRE-POINT - Le chef de l’État n’est pas tant intéressé par la notation de ses ministres que la perception par les citoyens de l’impact réel des réformes votées.
 
En ce jour anniversaire du discours sur la "nouvelle société", il est tentant de présenter Emmanuel Macron en nouveau Jacques Chaban-Delmas, habité par le même désir de transformer le pays en sortant des clivages politiques traditionnels. Pourtant, il y a aussi du Georges Pompidou chez le chef de l’État. Ce même Pompidou qui limogea Chaban et jeta à la poubelle ce discours aujourd’hui présenté comme visionnaire.
Ce que reprochait en effet le président d’alors à son premier ministre n’était pas le caractère libéral et progressiste de son projet mais plutôt l’écart entre les belles incantations et leur transcription dans la vie quotidienne des Français. Pompidou voulait du concret, du tangible. Pas des mots. Macron aussi. Et plus encore au moment de lancer l’acte II de son quinquennat.
C’est à l’aune de cette exigence renouvelée qu’il faut comprendre l’exercice d’évaluation auquel sont soumis les ministres. Révélée notamment par Le Figaro, l’application utilisée pour mesurer  le "taux d’exécution" des chantiers ouverts par chacun d’eux est la mise en œuvre d’un engagement  de campagne du candidat En marche. Une lettre de mission, des objectifs à atteindre et une évaluation : le triptyque n’avait d’ailleurs rien d’original ; Nicolas Sarkozy avait annoncé le même avant de mettre en place un système d’évaluation des ministres, construit avec le concours d’un cabinet de conseil spécialisé. Celle-ci n’avait d’ailleurs pas été au-delà de l’effet d’annonce.
On voit mal comment il en serait autrement cette fois. Difficile en effet de définir des critères objectifs de réussite ou d’échec quand des réformes produisent leur effet avec un décalage de plusieurs années, ou que l’action gouvernementale est par nature soumise aux aléas de l’actualité.  Le ministre des Comptes publics, pour ne prendre qu’un exemple, peut-il être sanctionné pour ne pas avoir respecté un objectif de déficit, à cause de dépenses décidées par le président de la République lui-même ?
L’idée même d’évaluation est par ailleurs à double tranchant. D’un côté, elle rejoint l’exigence de l’opinion qui attend des ministres qu’ils rendent compte de leur action et qu’ils en soient responsables.  Mais de l’autre, en introduisant dans la sphère politique les méthodes de management de la sphère économique, elle instruit le procès souvent fait à Emmanuel Macron de croire qu’un pays se gère comme une entreprise.
Mais l’obsession du chef de l’État est moins la notation de ses ministres que la perception par les citoyens de l’impact réel des réformes votées. Durant la crise des "gilets jaunes", il enrageait de voir tant de décisions prises au sommet se perdre dans les sables de l’administration. "La vie des gens, c’est un sujet présidentiel", confiait-il pour justifier l’injonction faite à ses ministres de ne pas croire leur travail achevé une fois une loi votée. Cette invitation à changer "l’État profond" est la véritable révolution copernicienne que  le président de la République attend de ses ministres. Même si c’est loin d’être le premier. Pompidou, déjà…
Paru dans Le Figaro, 17 septembre 2019
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
La stratégie hybride de l’Iran face à Trump
 
CHRONIQUE - Nous ne sommes pas dans la guerre napoléonienne. Pas de déclaration de guerre, pas de batailles frontales, pas de règle du jeu diplomatique. Comme dans la cyberguerre, il s’agit de rendre très difficile l’attribution des actes hostiles.
 
Depuis que Donald Trump a renié l’accord nucléaire avec l’Iran du 14 juillet 2015 qu’avait signé John Kerry, les États-Unis ont entrepris d’étrangler économiquement le régime des mollahs, en lui interdisant de vendre son pétrole à l’étranger. L’idée des Américains est de priver la Perse de toute prééminence régionale actuelle ou future, en l’obligeant à renoncer non seulement à tout enrichissement d’uranium (étape obligatoire pour qui veut construire la bombe atomique), mais aussi à l’influence qu’elle a gagnée au cours des vingt dernières années sur quatre capitales arabes (Beyrouth, Bagdad, Damas, Sanaa).
Pour tenter de desserrer l’étranglement économique que lui font subir les Américains, l’Iran a choisi de s’attaquer à leur maillon faible au Moyen-Orient, l’Arabie saoudite. Cette monarchie sunnite, alliée stratégique des États-Unis depuis 1945, présente actuellement trois faiblesses, qui s’ajoutent à la médiocrité de ses forces armées : elle est mal aimée par les opinions publiques occidentales ; elle s’est imprudemment engagée dans une guerre contre les houthistes (montagnards chiites) du nord Yémen, qu’elle ne parvient pas à gagner ; elle comprend une minorité chiite qui se sent méprisée par le pouvoir et qui habite les régions pétrolières.

Les forces armées iraniennes obéissent à une stratégie de guerre hybride. Nous ne sommes pas dans la guerre napoléonienne. Pas de déclaration de guerre, pas de batailles frontales, pas de règle du jeu diplomatique. Tous les moyens sont bons pour parvenir au but stratégique qui a été fixé par le guide de la révolution, l’ayatollah Khamenei, mais pas question de les faire connaître à l’ennemi ou d’en faire la publicité à des fins de propagande intérieure. Comme dans la cyberguerre, il s’agit de rendre très difficile l’attribution des actes hostiles.
Le bombardement par drones, le 14 septembre 2019, de deux installations pétrolières majeures de l’Arabie saoudite, la raffinerie géante d’Abqaiq et le champ d’exploitation de Khurais, a forcé le Royaume à diviser sa production par deux et a provoqué un renchérissement de 15 % du prix international du baril. C’est un exemple parfait de guerre hybride, asymétrique, graduée. Ce sont les houthistes (amis de Téhéran) qui revendiquent l’attaque, alors qu’ils se trouvent à plus de 800 km des cibles. On utilise des drones bon marché et anonymes contre une puissance disposant d’avions intercepteurs ultramodernes. On provoque la stupeur de l’ennemi, sans l’attaquer directement. On crée un choc économique (hausse du prix du brut, report de la vente en Bourse de la compagnie pétrolière saoudienne Aramco), à même de faire réfléchir l’ennemi washingtonien.

Si elle voulait riposter par des frappes contre l’Iran, la Maison-Blanche aurait besoin de preuves irréfutables, car Téhéran nie toute responsabilité. Échaudée par les fausses preuves que le secrétaire d’État américain Colin Powell avait présentées, contre l’Irak, au Conseil de sécurité de l’ONU en février 2003, l’opinion publique américaine n’est pas disposée à se contenter d’un simple faisceau de présomptions. Il y a des "faucons", comme le sénateur républicain Graham, qui réclament des frappes contre l’Iran. Mais le président est très réticent à faire la guerre. D’abord, il n’a jamais été intellectuellement un néoconservateur ; il s’est toujours méfié des gens qui prétendaient pouvoir apporter la démocratie par la force. Il a saisi que renverser un régime était une chose, gérer ensuite le pays en était une autre.

Ensuite, Donald Trump, conseillé par le chef d’état-major des armées, le général Joseph Dunford (qui est tout sauf un va-t-en-guerre), a compris que, dans cette crise, il lui serait très difficile de bien maîtriser l’escalade. Bien sûr qu’il serait facile à l’US Air Force de procéder à un bombardement punitif de l’Iran, sur telle ou telle de ses installations militaires. Mais ce serait un acte de guerre caractérisé, auquel les Iraniens n’auraient d’autre choix que de riposter frontalement. La cible la plus facile pour eux serait les soldats américains basés en Irak. Trump se retrouverait alors piégé, lui qui avait promis, dans la campagne électorale, de mettre un terme aux aventures américaines en terre d’islam. Une nouvelle guerre d’Irak torpillerait toutes ses chances de réélection en novembre 2020. Il est donc vraisemblable que si riposte américaine il y a, elle sera également difficilement traçable, comme une cyberattaque paralysant les réseaux de communication militaires iraniens.

La seule inconnue est le nombre de mois qu’il faudra à Téhéran et Washington pour s’accorder sur le seul deal acceptable par les deux parties et que tout le monde connaît : la Perse renonce à jamais à l’arme nucléaire, mais elle conserve son influence sur l’axe chiite au Moyen-Orient.

Paru dans Le Figaro, 17 septembre 2019
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version