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Entretien sur les événements au Chili
 
Des troubles très graves secouent en ce moment le Chili. Avant-hier, j'ai interrogé sur ce sujet un intellectuel chilien, fondateur, directeur durant 23 ans et actuellement président du Conseil, d’une des plus importante revues sud-américaines, HUMANITAS. Précédemment éditeur des pages Culture du quotidien El Mercurio, de Santiago. Docteur en philosophie, Jaime ANTUNEZ a enseigné à la Pontificia Universidad Católica de Santiago et diverses autres universités. Auteur d’une demie douzaine d’ouvrages, dont Crónica de las Ideas, Ed.Encuentro, Madrid.  
 
Que s’est-il passé au Chili ? 
Je résume. Au départ, un fait presque insignifiant : une augmentation de 30 pesos du ticket de métro le mois dernier (le cours du peso était alors à 720 pesos pour 1 US$...). Tout de suite après, jeudi 17 octobre, invasion du métro par une vague estudiantine, et le lendemain, à l’heure de fermeture du métro, des activistes usant de bombes incendiaires sophistiquées brûlent vingt stations de métro, en endommagent gravement 41 autres. Toutes les bombes explosent en même temps. Dans le même temps, incendie de l’ENEL, principale centrale de distribution d’électricité de la région métropolitaine. Heureusement le feu fut stoppé, ce qui évita le blackout à la capitale et alentours. La même nuit, mise à sac de 325 grands supermarchés, et 41 d’entre eux sont brûlés, non seulement dans la capitale, mais aussi à Concepción, seconde ville du pays, 400 km plus au sud, et à Valparaiso. En plein centre-ville, incendie de l’immeuble d’El Mercurio de Valparaiso, le plus ancien journal de langue espagnole, et la cathédrale est profanée. Samedi 19, les attaques incendiaires s’étendent jusqu’à Arica, à la frontière du Pérou, et à Punta Arenas, cinq mille kilomètres plus au sud. Le gouvernement, complètement pris de court, déclare l’état d’urgence et envoie l’Armée dans les rues. Mais celle-ci mal préparée à ce genre de situation, est inhibée dans l’action par la crainte de l’écho médiatique et bientôt l’état d’urgence est levé. Vient alors une manifestation pacifique d’un million deux cents mille personnes dans Santiago. Le gouvernement cède sur son programme d’orthodoxie fiscale, annonce de grands changements et suspend les événements internationaux (APEC et COP25 qui devaient avoir lieu à Santiago en octobre et novembre). Mercredi 13 novembre, nouvelles protestations violentes, journée de grève nationale, de nouveau des mises à sac de supermarchés et l’incendie d’une des plus anciennes églises de la capitale. Un semblant de tranquillité ne s’est rétabli qu’avec la promesse faite par le Président chilien PIÑERA de convoquer l’an prochain un plébiscite et une assemblée constituante pour refaire la constitution du pays.  
 
Faut-il chercher derrière ces événements la main et les manœuvres de puissances étrangères ? 
La CIA n’a sans doute rien à voir avec ce qui se passe, puisque le gouvernement du Président PIÑERA était assez proche des États-Unis. Par contre, un désordre durable et généralisé en Amérique du Sud, remettant en cause l’alignement de ce continent sur les positions de Washington, poserait aux États-Unis un grave problème. À cet égard, le Parti Communiste chilien garde des liens avec Cuba et le Venezuela, peut-être aussi des liens historiques avec la Russie. Mais c’est un très petit parti, dont l’influence est beaucoup plus faible que celle du Frente Amplio, coalition “postmoderne”, l'analogue du parti Podemos en Espagne. Des manipulations, si elles existaient, n’auraient pas été possibles de toute façon sans l’énorme potentiel de révolte qui s’est accumulé à l’intérieur du pays.
 
S’agit-il de pauvreté ? 
Pas principalement. Le Chili est actuellement le plus développé de tous les pays d’Amérique latine, avec un produit par tête de 24.600 US$ en 2017, en gros la moitié de celui de l’Allemagne. Comparer en Europe avec la Pologne (29.300) ou le Portugal (30.300), et avec ses voisins, Argentine (20.700), Brésil (15.550) ou Bolivie (7.500). La croissance économique est ralentie depuis sept ans, mais elle a été longtemps continuelle et très élevée depuis la libéralisation de l’économie par le régime militaire (1974-1990), poursuivie après le retour du régime démocratique (environ 7 % par an). Globalement, le pays est sorti de la pauvreté. Les inégalités restent très fortes, mais la très grande pauvreté longtemps très répandue a quand même été éliminée. Subjectivement, l’impression peut bien sûr être différente. La situation est à cet égard comparable, peut-être, à celle de la France en 1968, avec une forte croissance économique, combinée à une explosion d’insatisfaction sociale. Il y a aussi les craintes que suscitent, comme chez vous, la révolution technologique et la mise sous pression à la fois de l’économie et de la solidarité par la financiarisation excessive du capitalisme néolibéral. C’est pourquoi la classe moyenne est anxieuse. 
 
Il s’agirait alors de la culture ? 
C’est sans aucun doute une dimension majeure du problème. La culture dominante au Chili, comme partout en Occident, est un mélange d’idéologie postmoderne, libertarienne, et de vision purement technicienne/technocratique. Le relativisme banal entraîne une focalisation sur le matériel. Et le matérialisme suscite des attentes fantasmatiques, qui se terminent inévitablement dans les sentiments de frustration correspondants. 
 
N’y a-t-il pas des injustices ?
Sans aucun doute, mais on en trouvera toujours et partout, y compris quand tout reste calme. Parfois, c’est vrai, leur exagération structure une lutte de classes qui devient le facteur explicatif dominant. Mais ici et maintenant, au Chili, je crois qu’on est forcé de penser à quelque chose d’autre et de plus profond. C’est culturel et psychique. Le matériel ou le social, même réels, servent de prétexte à l’expression de l’angoisse et de l’insatisfaction profonde, inconsciente, métaphysique. Le champ politique devient un immense défouloir. Le fond des choses, c’est qu’à partir d’un certain moment, la permissivité et la société de consommation rendent les gens très malheureux.
 
Mais pourtant les gens y adhèrent ? 
Hélas ! oui. En tout cas, une majorité, semble-t-il. Il faut comprendre que notre continent vient de la grande pauvreté. Les gens adhèrent donc volontiers aux promesses et aux bienfaits du progrès technique. Mais ils adhèrent aussi aux illusions du progrès. Hier c’était la révolution prolétarienne. Aujourd’hui, c’est la prospérité petite-bourgeoise et la libération sexuelle. Comme chez vous en 1968… On compte maintenant au Chili 30 % d’athées et à peine une moitié de personnes qui se déclarent chrétiennes. Et cela ne date pas des derniers problèmes que l'on sait.
 
Cette culture postmoderne est en pleine crise. Le manque de Sens (sagesse ou religion) engendre une frustration fondamentale, mais qui n’est pas identifiée. 
C’est la raison pour laquelle les gens se heurtent à un mur sans rien y comprendre. Ils cherchent des boucs émissaires et décompensent. Par exemple, on a mis à sac les cathédrales de Valparaiso et de Puerto Montt, et brûlé l’antique église Vera Cruz. La violence explose, typique réaction d’échec, cherchant à détruire, moins pour détruire que pour se venger de la vie. 
 
Ce que vous décrivez, c’est le mécanisme d’une crise d’hystérie. Le Chili serait donc en pleine névrose et crise d’hystérie. C’est l’hystérie produite par la culture de ce monde qui nous rend fous. 
Peut-être bien. Je le crains. Cela dit, tout ne se ramène pas à une sorte de problème psychique. Ce qui est très puissant, derrière l’esthétique de la violence, c’est le très fort désir qu’a une large classe moyenne émergente de monter dans le train de la véritable richesse, sa prise de conscience des limites de l’enrichissement possible, dans un contexte d’inégalités sensibles, et aussi sa peur soudaine des perspectives de reprolétarisation.  
 
Le mouvement a-t-il des chefs ?
Non. Ni chef, ni doctrine, ni programme. Comme pour vos Gilets Jaunes ? Le projet, c’est de tout changer. Le mot d’ordre, c’est la "dignité". Le moyen choisi, c’est le débat constitutionnel national. 
 
N’est-ce pas une contradiction flagrante que de réclamer la dignité tout en adhérant à une culture qui l’exclut ? Car si pour la technocratie l’Homme est une chose, un robot, où est sa dignité ? Et pour le relativisme, la "dignité" n’est qu’une construction mentale artificielle, comme tout le reste. Alors ?
Hélas, mon ami ! Vous raisonnez. Bien sûr, la "dignité" est un héritage du christianisme et des Lumières, religion et philosophie auxquelles beaucoup disent ne plus croire. Mais le raisonnement n’a plus de place dans notre société en ce moment. On dirait que la confusion des esprits est à son comble et le niveau de rationalité à l’étiage. Par ailleurs, je ne suis pas sûr que la populace incendiaire pense beaucoup à la culture, technocratique ou autre. 
 
Il est donc à craindre que votre débat soit mené l’an prochain par des irrationnels névrosés. Si la culture dominante régit ce débat constitutionnel, vous allez droit au chaos économique et à l’impuissance politique. Et à la fin, vous aurez droit à la dictature d’un Léviathan.
Que faire ? 
 
N’y a-t-il donc pas de leader dans ce pays ?
La classe politique est rejetée dans son ensemble. Elle est impuissante face à la financiarisation de l’économie. Mais s’il y en avait, pour le moment, ils ne pourraient pas émerger ou ne seraient pas suivis. Par exemple, le Parti socialiste chilien, aux élections présidentielles, il y a seulement deux ans, a préféré à l’ancien président LAGOS, qui unit sagesse et expérience, un présentateur de télévision parfaitement inculte et superficiel. 
 
Alors ? 
Si tout allait toujours vers le bas, l’Homme aurait disparu depuis longtemps. Il y a des mécanismes correcteurs. Un jour ou l’autre, les erreurs de la culture seront rejetées, et des leaders de valeur émergeront. 
 
On a l’impression que vos analyses pourraient s’appliquer à d’autres pays.
Je crois en effet que la situation au Chili a quelque chose de paradigmatique.
 

Propos recueillis par Henri HUDE
Paru sur www.henrihude.fr, 4 décembre 2019
Publié dans De par le monde
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Paralysie du pays : guérirons-nous un jour du mal français ?
 
À la veille d’une réforme essentielle annoncée et programmée, et après un an de manifestations hebdomadaires des "gilets jaunes", la France se trouve encore en état de soulèvement. La situation peut être résumée d’un trait : tout le monde est mécontent.
Il faut dire d’entrée que le gouvernement a tout fait pour s’aliéner l’ensemble des catégories, par ses atermoiements, ses contradictions, et ses excès. Même les professions libérales, naturellement enclines à critiquer les vieilles lunes du socialisme, comprennent qu’on va "sucrer" leurs excédents propres pour alimenter le tonneau des Danaïdes des régimes spéciaux. À force de tout vouloir "en même temps", le pouvoir s’est aliéné l’ensemble du pays.
Il reste qu’une société ou une nation s’avance dans l’histoire et paye son tribut au temps. Or on dirait que la France se soustrait à ce destin : elle demeure, elle, pratiquement immobile. Les grèves que nous connaissons aujourd’hui se sont déroulées il y a vingt-quatre ans, on s’en souvient, pour refuser la même réforme, qui avait dû être retirée devant le blocage interminable du pays. Les régimes spéciaux, les avantages de statuts, correspondaient à la période des Trente Glorieuses et du plein-emploi. Tous les pays européens l’ont compris. Voilà peu, la Suisse a supprimé une grande partie de sa fonction publique sans qu’il en coûte une larme. Il y a quelques années, l’Italie de MONTI a réformé drastiquement le statut des retraites, obtenant l’acquiescement de la population ; on pourrait multiplier les exemples.
Une partie des Français, eux, exigent à coups de blocages de conserver tous les avantages acquis aux périodes d’abondance. À ce jeu, les finances du pays sont exsangues, et de décennie en décennie, creusant toujours plus la dette, les mêmes grèves et slogans et paralysies du pays se répètent indéfiniment, comme les gestes toujours recommencés des simulacres de Bioy CASARES. Cependant la France, elle aussi, existe dans l’histoire, qu’elle le veuille ou non, et dans l’histoire, celui qui n’avance pas, qui ne s’adapte pas, recule et s’étiole.
 
Éloquent, le nombre d’ouvrages français récents qui s’alarment du mauvais moral des Français. Yann ALGAN et Pierre CAHUC : La Société de défiance, avec pour sous-titre Comment le modèle français s’autodétruit (2007) ; Marcel GAUCHET : Comprendre le malheur français (2016) ; Jérôme FOURQUET : L’Archipel français, naissance d’une nation multiple et divisée (2019) ; Hervé LE BRAS : Se sentir mal dans une France qui va bien. La société paradoxale (2019) ; Denis OLIVENNES : Le Délicieux Malheur français (2019)… Les exemples pourraient être multipliés : la France est, depuis quelques décennies déjà, et probablement depuis la fin des Trente Glorieuses, un pays dépressif.
C’est là le mystère. Car elle est moins touchée par la crise que beaucoup d’autres de ses voisins. Son espérance de vie figure parmi les meilleures des pays développés. Elle consacre à la santé, aux retraites, aux prestations sociales, toujours l’un des trois PIB les plus élevés. Les inégalités sont plus faibles en France que dans la moyenne européenne. Les chiffres l’attestent : elle bat tous les records de redistribution sociale. Ses citoyens sont soignés et instruits gratuitement, entre autres avantages, ce qui est une pure exception dans le monde du XXIe siècle.
Mais les Français sont malheureux.
On pense à ce que répondait le déjà célèbre Jules RENARD au jeune GIRAUDOUX, visiteur intimidé, un jour de décembre 1909 : "Je dis que je reviendrai un autre jour, raconte GIRAUDOUX. - Quel jour ? - Un jour où vous serez moins occupé. - Je ne suis pas occupé, me dit-il. Je suis malheureux. Non. Tout le monde va bien chez moi. Ma femme m’aime, mes enfants sont charmants. Mes amis sont dévoués. Ma pièce a du succès. Mes livres se vendent. Le chien de la concierge aussi m’adore. La famille, l’amitié, le travail, tout me réussit. Mais je suis malheureux." Les Français pourraient s’approprier ce constat. Ils sont à la fois très bien lotis, et très mécontents parce que persuadés d’être très mal lotis.
 
Il ne s’agit pas pour autant de prendre à la légère le malheur qui s’exprime. Une nation n’est pas dépressive par hasard.
Ce qui compte le plus, pour un citoyen français, c’est l’égalité. Il porte cela dans ses gênes historiques - il y a des raisons à ce tropisme, qui ont été analysées maintes fois. C’est probablement cette exigence qui a porté nos gouvernements successifs à instaurer finalement le régime social le plus égalitaire de tous. Oui, seulement l’égalitarisme a cette caractéristique : il est insatiable. Il ne s’arrête jamais qu’il n’ait obtenu un aplanissement total, lequel n’est ni possible ni souhaitable (toute Soviétie appauvrit en recréant des nomenklaturas). Et surtout, il est plus malheureux et plus exigeant à mesure que l’égalité s’accroît. Vieux principe analysé par TOCQUEVILLE : lorsque la démocratie produit une grande égalité, les petites inégalités qui restent apparaissent plus insupportables que jamais. Nous nous trouvons probablement devant une manifestation spectaculaire du syndrome de TOCQUEVILLE.
L’égalité française requiert d’ailleurs une hypocrisie permanente, parce qu’elle ressortit à une utopie. Elle produit par exemple les écoles d’élite pour l’élite républicaine, et les régimes spéciaux pour les corporations qui sont en capacité de bloquer le pays. Il y a une schizophrénie en France, qui tient au déni de réalité. Naturellement, tout cela ne signifie pas que le malheur ressenti par les "gilets jaunes" ou par une partie des manifestants de ces jours-ci, est imaginaire. Il est bien réel. Ce n’est pas parce qu’un smicard français est soigné et instruit gratuitement, donc mieux loti qu’un smicard roumain ou anglais, qu’il ne ressent pas sa pauvreté avec accablement. Sa pauvreté est réelle, quoique relative. Le problème est qu’il ne la mesure pas aux possibilités économiques d’un pays qui redistribue déjà sa richesse plus qu’aucun autre, mais à un idéal qui se situe pour ainsi dire dans les cieux. Ce dont il n’est pas le premier responsable, loin de là. On lui a tellement seriné qu’il avait droit à tout en raison de sa dignité propre, et sans rien mériter, qu’il exige simplement ce qu’on lui a promis.
 
Dans son livre L’Âge de la colère paru cette année, l’écrivain indien Pankaj MISHRA montre que le culte de la consommation et de l’expansion de soi par la croissance illimitée produit un ressentiment lui aussi illimité chez tous ceux qui ne peuvent acquérir la richesse annoncée. Le discours insidieux, lâche et démagogique qui rampe dans la bouche gouvernante, est celui-ci : Vous avez droit à tout ; ce que vous ne parvenez pas à obtenir, nous vous le devons ; si vous manquez de quelque chose, c’est que vous êtes une victime, débiteur d’une réparation.
La grève du 5 décembre, très difficile à comprendre pour les étrangers, tient dans le fait que l’État-providence ne peut jamais combler tous les souhaits ni soulager les citoyens de leurs responsabilités propres. Le discours de la bouche gouvernante est mensonger. Les citoyens ont des responsabilités personnelles, dont l’État ne peut pas réparer tous les dégâts. Nous sommes heureux de nos libertés, et nous y tenons à juste titre. Mais nous avons à en assumer les conséquences, que nous le voulions ou non. L’étudiant qui ne travaille pas assez et triple son année handicape son avenir professionnel. Le divorce et la famille monoparentale sont sources d’appauvrissement. Il ne suffira pas de se donner pour victime, de réclamer des bourses et des subsides de l’État. Une doxa létale a fait croire aux citoyens, fallacieusement, que l’Instance suprême allait assumer à leur place toutes les conséquences de leur liberté. Ce qui est impossible, et n’existe pas dans le monde réel.
 
Enfin, il reste dans notre pays une tension idéologique non résolue depuis les années d’après-guerre. La reconstruction, le gaullisme, la puissance du Parti communiste, alors aux marches du pouvoir, avaient suscité la création de grands services publics. Comme il arrive toujours dans les sociétés socialistes planifiées, les services publics se sont institués en forteresses puissantes et népotiques - et plus la foi idéologique faiblit, plus se déploie le corporatisme, compensateur des illusions mortes. Aujourd’hui, nous trouvons sous nos yeux, et c’est bien ce que le gouvernement s’est juré de défaire, des corporations redoutables (menaçant les gouvernements par leur capacité à paralyser le pays), jalouses de leurs privilèges qu’elles défendent avec une mauvaise foi confondante, et demeurées obstinément dans le sillage de l’idéologie socialiste-corporatiste. Il faudrait tout de même se demander pourquoi ceux qui manifestent et bloquent le pays par la grève sont, pour une grande part, des agents du service public, qui en cette période si précaire sont les seuls à ne pas craindre le chômage.

Paru dans Le Figaro, 7 décembre 2019
Publié dans En France
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Réforme des retraites : Pourquoi tout est à reprendre à zéro
 
Personne ne voit comment le gouvernement peut se tirer de cette réforme des retraites mal engagée. Personne ne comprend à quoi ont servi deux années et demie de pseudo concertation. Personne ne comprend de quoi il s'agit et ce qui est prioritaire. Plus on appelle des spécialistes, économistes de préférence pour nous expliquer, moins on comprend.
Emmanuel MACRON a eu le mérite de s'attaquer à la question, mais même ses électeurs en ont assez. Reste un problème de compréhension devenu général. En politique, on ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment mais l’adage a ses limites et pour l'instant personne n'a l'air pressé d'en sortir.
La seule solution ne serait-elle pas d'être capable de faire marche arrière, non pas pour "renoncer" mais pour tout reprendre à zéro ? "Le gouvernement ne cédera pas", nous expliquent "les initiés" (de qui et de quoi ?). Mais l'intelligence n'est pas de céder ou ne pas céder, l'intelligence est de constater que la méthode et les mesures ne sont d'évidence pas les bonnes, tout le monde peut se tromper, le drame c'est de persévérer. "Système systémique ou système paramétrique" ? La seule terminologie est inquiétante et ne peut pas susciter un grand enthousiasme pour calculer le montant de sa future retraite. Pour arranger tout ça, on nous balance l'idée brillante d'un système de "permis de vieillir à points" (on en rêve !), dont personne ne sait quelle sera la valeur du fameux point tout au long des 20, 30 ou 40 ans de la constitution d'une retraite.
Pour l'instant, on attend de voir si le 5 décembre aura été une journée dramatique, juste paralysante ou finalement classique dans sa nuisance ! Une évolution du principe labellisé bien français de la technique du ballon d’essai pour aller dans le sens du vent, et qui fait que nous n'allons nulle part. Mais qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu pour se retrouver dans une situation pareille ?
La sagesse et le courage seraient donc de repartir sur de bonnes bases, de s'appuyer sur une analyse de bon sens en essayant de comprendre les Français et de se mettre à leur place.
D'abord et avant tout il faut que le système soit juste, c'est-à-dire que les Français soient à peu près égaux devant l'acquisition de leur droit à la retraite. Alors évidement la question des régimes sociaux se pose vraiment…
 
Régimes spéciaux : pas tous dans le même sac
D'un autre côté, il n'est "pas juste" que des gens qui se sont engagés sous un contrat subissent la rupture de ce contrat. Personne dans le secteur privé n'accepterait la rupture d'un contrat ou alors lui coûterait en contrepartie de très forts dédommagements.
Il n’est pas juste, de considérer que les systèmes spéciaux sont spéciaux et qu'il faut les mettre tous dans le même panier. Rien à voir entre un policier et un agent de la RATP, entre un guichetier à la SNCF et une infirmière aux urgences On ne va pas supprimer les avantages-retraite de policiers qui gagnent 1.500 euros par mois ? Dans ce cas, il deviendra impossible de recruter de nouveaux policiers ou du personnel médical. Ils n’ont pas mérité cette non-reconnaissance de la difficulté de leur métier.
Il n’est pas juste, sous le louable prétexte de créer un système égalitaire pour tous, de piquer les économies de ceux qui se sont constitué leurs propres caisses de retraites équilibrées sans rien demander à personne ! On estime que les avocats, les professions libérales et autres "fourmis" doivent payer pour les cigales nationales, on peut comprendre les fourmis. Outre le fait que l'on assiste en ce moment à la perspective d'une réelle spoliation des fourmis, on se dirige vers une inquiétante nationalisation du système général des retraites et, quand on voit le talent de gestionnaire de l'Etat on est en droit de se révolter.
Retenons effectivement qu'équilibrer les comptes est une priorité mais justement tels que nous sommes partis les inévitables "compensations" coûteront aussi cher que les régimes spéciaux.
La logique consisterait en une réforme paramétrique de base, c'est-à-dire tout simplement que l'on recule l’âge de la retraite pour tout le monde, ce qu'on peut comprendre avec un peu de bon sens sachant que l'allongement de la durée de la vie rend cet allongement non seulement juste mais franchement logique, voire inévitable. Alors après, on peut discuter pénibilité tranquillement. Il faudrait logiquement passer à une durée de travail de 44 ans (on a pris 40 ans d'espérance de vie depuis 1900 avec ou sans âge limite. En revanche, le Big Bang actuel qui part d'une bonne intention est injouable : comment supprimer d'un coup de "baguette Delevoye" 42 ans d'histoires sectorielles plus ou moins légitimes ? Par ailleurs, une réforme par point coûtera plus cher et, au moment où l'on veut simplifier, entraînera dans de nouvelles usines à gaz à côté desquelles on n’a rien vu...
 
Les femmes et les mères de famille nombreuse lésées
Pourquoi ne pas commencer par examiner une dizaine de régimes spéciaux, très spéciaux, qui exaspèrent tout le monde par leur injustice évidente. Si je comprends bien (rien n'est moins sûr), on fait tout cela pour se débarrasser du système SNCF qui pollue l'existence de beaucoup et depuis longtemps, sans vergogne, et avec un pouvoir de nuisance discrétionnaire ?
En revanche, c'est une excellente nouvelle idée que de décider que personne n'ait une retraite inférieure à 1.000 euros. A l'inverse, c'est une idée déplorable qui a présidé à ce que le nouveau système pour les familles nombreuses contribue en fin de compte à léser fortement
les femmes et les mères. Comment peut-on penser que ce sera perçu comme "normal" ? Et comment peut-on imaginer sérieusement que cela va être facile et juste de "compenser" ? Nouvelle source de conflits, re-usine à gaz, injustice garantie, en remplaçant un bricolage par un autre.
Le refus du bon sens pour privilégier des complexités indigestes et inacceptables passe de moins en moins. Du bon sens en pensant vraiment à l'intérêt général et non aux opportunités politiques et syndicales diverses et variées. Au passage : 400 millions d’euros la journée de grève à Paris ...
Qui peut, à part des énarques, penser qu'on va réussir une réforme dans laquelle tout le monde est perdant ? Et tout cela aussi parce que les caisses sont vides car les mêmes qui pensent si bien et qui savent nous construire une retraite à l’économie, ne savent pas eux comment réduire les dépenses de l'Etat.
On peut toujours rêver de faire cesser la révolte et la grève, et de raccommoder ces délires avec des bouts de ficelles...  Mais de fait, c'est planté et bien planté.
Allez ! On a droit à une deuxième chance : on repart à zéro et tout le monde y met du sien... Cela aurait de la gueule, non pas de reculer pas à pas en cédant minablement point par point, mais de reconnaître que ça ne va pas et qu'on va penser autrement. L’honneur serait sauf et l’espoir renaîtrait…

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 5 décembre 2019
Publié dans Du côté des élites
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Le piège de l’immobilisme menace Macron
 
Courageux, Emmanuel MACRON ? Une chose est de rendre hommage à la vaillance des soldats qui donnent leur vie pour la France. Une autre est de laisser croire que cette témérité imprégnerait aussi sa présidence. Lundi, aux Invalides, le chef de l’État s’est impeccablement glissé dans son rôle de chef de la nation, martial et inspiré. Il a fait l’éloge que méritaient, en ces temps de doute sur l’avenir de la patrie, les treize militaires tués accidentellement au Mali lors d’une attaque contre l’ennemi islamiste. La France est remarquable quand elle résiste, seule, à la pression djihadiste au Sahel. "Mon adversaire, c’est l’islamisme !" va même jusqu’à déclarer désormais Christophe CASTANER, le ministre de l’Intérieur. Gérald DARMANIN, ministre de l’Action et des Comptes publics, renchérit dans le JDD, sur le dossier des retraites cette fois, en rappelant l’esprit du gouvernement : "Être courageux, très courageux (…)". Néanmoins, cette auto-valorisation dissimule mal les faiblesses d’un pouvoir pusillanime.
 
"Ils ne passeront pas !", préviennent en substance les macroniens, mobilisés pour l’affrontement sur la réforme des retraites. Cependant, les grévistes du 5 décembre ont bien noté les reculs du président "inflexible". Les 15 milliards d’euros décrochés par les "gilets jaunes", sous la pression de la violence, ont montré la vulnérabilité de Macron. Par la suite, les policiers en colère se sont vus accorder une prime de 40 euros par mois et 10 milliards d’euros de dette des hôpitaux ont été repris par l’État pour calmer les personnels hospitaliers. Les avocats ont à peine protesté qu’ils ont gardé la maîtrise de leurs retraites. Depuis que l’État s’est libéré des contraintes européennes limitant l’endettement et que les taux d’intérêt dérisoires poussent à l’emprunt, l’argent public est prêt à être déversé pour éteindre le feu social. C’est ce qu’ont compris les enseignants, les pompiers et les oubliés du moment. Alors, courageux, MACRON ? Ses évitements parlent pour lui.
 
Trop de discours fleuve, de mots gonflés, de forfanteries puériles annonçant des "big bangs" à chaque réforme ont dévalorisé la parole présidentielle. L’optimisme élyséen, fruit d’un volontarisme déclamé et d’un mépris pour les plaintifs, est devenu une provocation pour une société lucide sur sa fragilité. La suppression des régimes spéciaux et l’alignement du régime public des retraites sur celui du privé sont des objectifs louables. Mais le pouvoir a tout fait pour obscurcir ses intentions, au point de rendre son projet illisible. Cette maladresse s’ajoute à la crise de confiance qui s’enracine. Le chef de l’État n’a pas fini de payer son incompréhension de la colère populaire. Elle vient d’une France en rupture avec ses dirigeants. La défiance rend suspecte la moindre des intentions du gouvernement. Dans ce contexte, le pari de MACRON de mener à bien une réforme systémique s’annonce improbable.
 
La République est en Marche, mais sur la tête. Le parti macronien avait fait du bougisme sa marque réformiste. Or MACRON est menacé d’immobilisme. Les forces en présence donnent une idée de ce qu’est un pays encalminé, faute d’avoir été dirigé sous les vents portants. Voici un président en mal de soutien qui se trouve confronté à des syndicats désertés par leurs syndiqués, mais qui se montrent décidés à défendre, pour la SNCF et la RATP, des régimes spéciaux ayant toutes les caractéristiques de passe-droits corporatistes. Les manifestations d’hier ont eu leur part d’absurdité, en faisant descendre dans les rues des protestataires enrôlés malgré eux dans le maintien de privilèges dont eux-mêmes sont exclus mais qu’ils financent par les impôts et les taxes. La convergence des luttes, dont rêve l’extrême gauche subclaquante, est peu probable. Pour autant, une addition désordonnée et violente de mécontents indomptables reste plausible pour ces prochains jours. Dans un pays inflammable, on ne joue pas avec des allumettes.

Paru dans Le Figaro, 6 décembre 2019
Publié dans Du côté des élites
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La faute de Christian JACOB
 
Il fut un temps pas si lointain où les partis politiques se refusaient, par principe, à exclure quiconque. Le souvenir des purges staliniennes au sein du Parti communiste était trop frais ; les communicants craignaient "l’effet d’image" auprès de médias qui dénonçaient le moindre acte de sectarisme partisan ; les chefs des mouvements politiques ne voulaient pas donner une auréole de "victime" à un rival ou même à un second couteau. Il semble que ce temps soit révolu. Chez LR en tout cas, on n’a plus peur de rien. La procédure d’exclusion engagée contre Erik TEGNER le prouve. Ce jeune militant a commis un seul crime, celui de faire activement campagne pour l’"union des droites". Il faut noter qu’il est en cela d’accord, selon tous les sondages, avec au moins 30 % des sympathisants LR. Faut-il eux aussi les exclure ? Ce parti ressemblait déjà de plus en plus à un club de retraités de la Côte d’Azur ; il se dirigerait alors vers la cabine téléphonique.
La tête juvénile de TEGNER au bout d’une pique est le cadeau de sacre de Christian JACOB. Avec JACOB, ce sont les chiraquiens qui reviennent en force à la tête du parti. Des chiraquiens dont on ne sait jamais si le plus grave est qu’ils n’aient pas de convictions ou qu’ils se soumettent toujours au politiquement correct. Des chiraquiens qui ont retourné l’antique principe "pas d’ennemi à droite" en "pas d’ennemi à gauche". Des chiraquiens qui estiment qu’on peut s’allier à LREM, mais pas au RN.
 
L’analyse des chiraquiens est simple : la défaite cuisante de BELLAMY aux européennes est celle de la ligne WAUQUIEZ ; et la ligne WAUQUIEZ est la "droitisation" du mouvement. Leur conclusion est simple, voire simpliste : il faut retourner dare-dare au centre. C’est bien la ligne CHIRAC, celle d’après 1981, qui a conduit le RPR gaulliste dans les bras de l’UDF giscardo-centriste. Une stratégie qui a tué le gaullisme, puis la droite, et a fait du Front national, qui n’en demandait pas tant, le réceptacle d’un électorat populaire en manque de nation, de drapeau, d’autorité, d’État. Croire que BELLAMY a perdu parce qu’il était trop à droite, c’est croire que SARKOZY a perdu la présidentielle en 2012 parce qu’il était trop à droite, alors qu’il a justement perdu parce qu’il ne le fut pas assez pendant son quinquennat.
 
Comme d’habitude, les chiraquiens reprennent l’analyse des médias quel qu’en soit le coût. Les chefs LR sont mûrs pour rallier MACRON, tandis que l’électorat va continuer de se diviser entre les pôles macronien et lepéniste. Cette histoire de l’alliance avec l’extrême droite empoisonne la droite depuis les années 1980. En 1983, Raymond ARON était favorable à l’alliance du RPR et du FN à Dreux. En 1986, Charles PASQUA proposait d’incorporer dans la majorité les députés FN entrés à l’Assemblée. En 1997, après la dissolution perdue, Alain PEYREFITTE montait à la tribune du RPR pour réclamer cette même alliance. Christian JACOB les aurait-il exclus ?

Paru dans Le Figaro Magazine, 6 décembre 2019
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Classement Pisa, la France reléguée dans les pays "moyens", ou la facture du laisser-aller
 
"Les Français sont le peuple le plus intelligent de la Terre", aurait dit Voltaire. Le nouveau classement Pisa de l’OCDE, évaluation des connaissances des élèves de 15 ans dans 79 pays rendue publique hier, dément cette image d’Épinal. Si un seul mot devait refléter la performance française, ce serait celui de médiocrité. À la vingt-troisième place, la France est reléguée à des années-lumière des pays asiatiques, de la Chine qui caracole en tête, de Singapour et Hongkong. La patrie de Descartes est nettement devancée par d’autres pays occidentaux, comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou la Suède. En mathématiques, discipline où notre pays se targue de briller (record des médailles Field), la France n’est pas mieux lotie. En lecture, ou compréhension de textes écrits, le pays de Montaigne, de Chateaubriand et de Victor Hugo, cette "mère bienfaitrice de la pensée" selon Bergson, stagne au même niveau, ce médiocre vingt-troisième rang.
 
Ce classement est sans doute un fidèle reflet de la hiérarchie planétaire à venir, dominée par la puissance chinoise. Le déclin intellectuel d’une nation est la source essentielle de son décrochage sur le long terme : de piètres performances en mathématiques, en sciences, se traduisent inévitablement par l’affaiblissement de ses capacités d’innovation et de dynamisme. Les échecs scolaires d’aujourd’hui préparent l’aggravation du déclin scientifique et industriel de demain. Quant à l’effondrement de la culture générale, il prépare l’abolition de la citoyenneté et de l’esprit critique. Le glissement de la vie politique française dans le spectacle narcissique au détriment de l’intérêt général, dans un climat dominé par l’indifférence, en est déjà le produit tragique. Parmi tous les signes du recul français, l’abaissement de l’exigence intellectuelle est sans aucun doute le plus dramatique, car à la base de tous les autres.
 
Ce phénomène est la conséquence directe des politiques de nivellement par le bas, conduites par les différentes majorités au pouvoir depuis des décennies : saccage de l’apprentissage de la lecture en raison d’expériences pédagogiques douteuses (méthode globale), et de l’enseignement du français à travers le mépris de l’orthographe et de la grammaire, disparition de l’histoire chronologique, affaiblissement du niveau en mathématiques et en sciences. Il résulte de choix idéologiques. Pour atteindre l’objectif emblématique des quatre cinquièmes d’une classe d’âge au niveau du bac, cet examen a été totalement édulcoré : 90 % des candidats obtiennent aujourd’hui ce diplôme. Sa transformation en contrôle continu et en supposé "grand oral" l’éloigne toujours davantage du critère de la performance intellectuelle, et achèvera de le décrédibiliser.
 
Tous les signaux vont dans le même sens : bradage des diplômes universitaires, suppression du concours d’entrée à Sciences Po, qui exprime le renoncement à une sélection par l’intelligence et le travail, au profit de choix discrétionnaires tenant au profil des candidats.
Cette politique, dominée par un idéal égalitariste, se traduit paradoxalement, selon Pisa, par un triste record : la France figure parmi les quatre ou cinq pays les plus inégalitaires de la planète au vu des performances scolaires. En renonçant aux notions d’exigence et d’effort au profit d’expériences démagogiques, les pouvoirs politiques ont affaibli les outils de la méritocratie républicaine, ces examens et ces concours qui peuvent permettre à des enfants issus de milieux défavorisés de s’élever par la volonté et l’intelligence. Cette démission s’est traduite par un renforcement de la sélection sociale, à travers les "bons collèges et lycées" des "bons quartiers" et des grandes écoles auxquelles on accède par des "prépas" coûteuses.
 
Le classement Pisa révèle un autre record obtenu par la France, et qui en dit long: notre pays figure parmi les nations où "l’indiscipline et le chahut" dans les salles de classe sont les plus virulents. Un élève sur deux s’en plaint "dans la plupart ou la totalité des cours", contre un sur trois en moyenne. L’enseignement français est rongé par la violence et les incivilités : chaque jour, l’actualité offre son lot de professeurs agressés, parfois à l’arme blanche, de collégiens et lycéens tabassés. Le métier d’enseignant - qui devrait être le plus beau métier du monde - est fortement dévalorisé si l’on en juge d’après le recul du nombre de candidats aux concours. Certes, l’Éducation nationale est le premier budget de la nation avec près de 74 milliards d’euros chaque année. Mais il est inutile d’augmenter encore ce budget si la peur et le chaos dans les salles de classe, aggravés, dans les quartiers les plus déshérités, par les phénomènes communautaristes, interdisent aux professeurs d’enseigner et aux collégiens et lycéens motivés d’étudier. La France n’est-elle pas le pays qui a porté le slogan soixante-huitard "il est interdit d’interdire" au rang de dogme ? Dans le discours, et même dans certaines décisions, M. Blanquer s’affiche à contre-courant, de cette déconstruction. Pour que les actes suivent fermement les discours, il lui faudra du temps.

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 4 décembre 2019
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Ouigours et compagnie
 
Un consortium de dix-sept média internationaux don Le Monde du 26 novembre viennent d’intervenir pour la défense des Ouïgours contre la répression chinoise. Le Figaro a immédiatement suivi. Cette campagne est beaucoup trop orchestrée pour être spontanée et on peut se demander quel est son but. Que l’on s’en prenne à la Chine pour la révolte de Hongkong, très bien, elle veut soumettre cette région à un régime d’oppression qui est tout sauf démocratique.
 
La question ouïgoure est très différente : les Ouïgours - ethnie turcophone musulmane sunnite, implantée dans la province autonome du Xinjiang au nord-ouest de la Chine - résistent à l’intégration et surtout ont eu à plusieurs occasions recours au terrorisme : le 28 octobre 2013 des terroristes ouïgours commettent un attentat place Tien An Men qui fait cinq morts et quarante blessés. Le 1er mars 2014 un attentat dans la gare de Kunming fait vingt-neuf morts chinois et 130 blessés.
Depuis la Chine surveille la région comme le lait sur le feu et a mis en place un programme antiterroriste très strict mais qui semble efficace. Le fichage est généralisé pour des prétextes divers, il existe une base de données de surveillance de la population.
On a ouvert de nombreux camps de rééducation où auraient transité un million d’ouïgours sur une population totale de 11,5 millions.
 
Ce qui est étonnant c’est qu’alors que l’Occident combat partout l’islamisme on prenne sa défense en Chine.
Il est vrai que les méthodes chinoises ne sont pas transférables en Occident, mais sont-elles pires que Guantanamo ou les assassinats ciblés sans compter les interventions en Afghanistan ou en Syrie ?
Il y a déjà eu le précédent Rohingyas : les Rohingyas qui sont aussi musulmans sunnites venus du Bangladesh s’étaient installés en Birmanie ou ils ne respectaient pas les lois birmanes et vivaient selon la charia. A la suite d’attaques régulières de postes de douane et de commissariats de police, les Birmans décidèrent de les expulser au Bengladesh qui n’en voulait pas les considérant comme des fauteurs de trouble : Indignation des grandes âmes occidentales.
C’est le même comportement étrange qui amena les Etats Unis et leurs alliés à s’en prendre à la Serbie pour l’obliger à se séparer du Kosovo qui est devenu un pseudo état musulman ou règnent le désordre et la corruption.
 
L’Europe dont la France, combat depuis des années le terrorisme islamiste y compris sur son territoire, les victimes se comptent par centaines et les cités périphériques de grandes villes ont pratiquement fait sécession et sont de plus en plus incontrôlables. Nous allons voir revenir des centaines de Français djihadistes partis nous combattre en Syrie, une immigration de masse traverse la Méditerranée par les îles grecques, la Libye, la Tunisie, Gibraltar… La France combat l’islamisme au Sahel depuis des années au prix de pertes importantes. Est-ce bien nécessaire de défendre les Ouïgours ?

Envoyé par l'auteur, 3 décembre 2019
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Pour un dialogue libre avec la Russie
 
Snober la Russie, pour la rejeter dans les bras des Chinois, constitue une faute stratégique cardinale de la part des Européens.
 
Au sommet de l’Otan, qui se déroulera à Londres les 3 et 4 décembre 2019, on parlera beaucoup de la Russie et assez peu du Kosovo et de l’Afghanistan, deux missions où, agissant en dehors de son cadre initial, la structure militaire du traité de l’Atlantique Nord n’a pas particulièrement brillé.
Mise en place en 1949, l’Otan a réussi sa mission initiale, qui était de protéger les pays d’Europe occidentale des velléités de prédation soviétique. Depuis la crise géorgienne de 2008, et plus encore depuis la crise ukrainienne de 2014, les pays membres de l’Otan frontaliers de la Russie (Norvège, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne) ne cachent pas leur inquiétude quant aux intentions de Moscou à leur égard, réelles ou supposées. Ils estiment que le Kremlin cherche à limiter leur souveraineté par tous les moyens : l’intimidation politique, les pressions économiques, le cyber-harcèlement, l’intrusion militaire navale (sous-marins en mer Baltique et le long des fjords de Norvège) ou aérienne. Ils pensent que Vladimir POUTINE poursuit le projet secret de les "finlandiser", comme on disait pendant la guerre froide, après le traité entre Helsinki et Moscou d’avril 1948. Ils envisagent même l’hypothèse d’une invasion militaire russe de tout ou partie de leurs territoires. En conséquence, ils ont demandé, et obtenu, la présence chez eux de soldats appartenant aux trois grandes puissances militaires de l’Otan (Amérique, France, Angleterre).
 
Leurs alarmes sont sans doute exagérées, car Vladimir POUTINE est davantage un centriste qu’un extrémiste dans son pays. Le 2 mai 2014, après que 31 militants prorusses eurent péri dans un incendie criminel à Odessa, il aurait très bien pu saisir ce prétexte et s’emparer de la ville portuaire, emblématique de l’histoire russe révolutionnaire. Personne en Ukraine n’aurait eu les moyens de l’en empêcher, et personne en Occident n’en aurait eu la volonté. Il ne l’a pourtant pas fait.
C’est vrai que Poutine a dit un jour : "Quiconque n’a pas été attristé par la disparition de l’Union soviétique n’a pas de cœur !"  Mais on oublie toujours de citer la seconde phrase de la formule :"Quiconque entend la rétablir n’a pas de raison !"  Néanmoins, les Polonais et les Baltes ont un passé avec la Russie qui les autorise pleinement à s’en méfier. L’Otan est donc dans son rôle quand elle effectue des manœuvres militaires interalliés dans ces pays, afin de les rassurer.
 
Mais si l’on prend de la distance, spatiale et temporelle, si l’on se projette stratégiquement dans l’avenir, la confrontation Europe-Russie actuelle a quelque chose d’anachronique. Il suffit de passer quelques jours dans cette capitale brillante qu’est devenue Moscou, de converser avec quelques étudiants ou jeunes entrepreneurs, pour sentir que les Russes se sentent culturellement européens. Snober la Russie, pour la rejeter dans les bras des Chinois, constitue une faute stratégique cardinale de la part des Européens. Les sanctions que l’Union européenne (UE) a imposées à la Russie sont dommageables aux deux ; elles ne profitent objectivement qu’aux Américains et aux Chinois. Il est faux de dire que l’obsession de POUTINE est de briser l’UE, quand la banque centrale russe privilégie actuellement l’euro sur le dollar dans l’accroissement de ses réserves de change.
 
C’est quelque chose qu’Emmanuel MACRON a compris. Indifférent aux grognements des néoconservateurs français alignés sur la politique étrangère américaine, le président de la République a décidé de nouer un dialogue stratégique indépendant avec la Russie. Est-ce à dire qu’il faudrait désarmer devant elle ? Certainement pas ! Les Russes respectent le muscle. Ce n’est pas un hasard si de GAULLE fit sa visite historique en Russie (où il proposa "la détente, l’entente et la coopération") en juin 1966, au moment même où la force de frappe nucléaire française était devenue opérationnelle.
S’ouvre, entre le 9 décembre 2019 et le 9 mai 2020, une exceptionnelle fenêtre d’opportunité pour la relation franco-russe. Le 9 décembre aura lieu à Paris un sommet sur l’Ukraine en format "Normandie" entre les leaders français, allemand, russe et ukrainien, afin de parvenir à un règlement définitif du conflit au Donbass. Kiev et Moscou ont déjà fait des gestes de bonne volonté. ZELENSKY accordera-t-il une amnistie générale et une autonomie culturelle aux rebelles russophones du Donbass ? POUTINE donnera-t-il en échange aux navires ukrainiens un accès en mer d’Azov ? C’est le seul 'deal' raisonnable.
Une fois ce dossier réglé, MACRON et POUTINE pourraient avancer à grands pas dans la reprise de la coopération franco-russe et célébrer l’amitié retrouvée le 9 mai à Moscou, pour le 75ème anniversaire de la victoire contre le nazisme. Est-ce un rêve éveillé ? Non. C’est juste de la realpolitik.

Paru dans Le Figaro, 3 décembre 2019
Publié dans Avec l'Europe
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Les intellectuels doivent-ils se rendre sur les plateaux de télévision ?
 
Sur LCI, mercredi soir (13 nov.), les téléspectateurs ont assisté à une étrange corrida : le lynchage et la mise à mort d’un académicien, Alain Finkielkraut. Ce dernier a voulu défendre Roman Polanski. Cette attitude est tout à son honneur car dans une société démocratique, chaque homme mis en cause a droit à un avocat quelle que soit la nature des actes qui lui sont reprochés.
Le piège était tendu. Violemment agressé par une militante féministe à titre personnel, AF s’est mis en colère. En réaction, il a prononcé des paroles sur le viol ("bien sûr, je viole ma femme tous les soirs !") dont l’intention ironique et caricaturale ne pouvait pas faire le moindre doute. AF fait aujourd’hui, l’objet d’une campagne haineuse et inquisitrice, de la pire espèce, visant à le traîner devant les tribunaux et l’interdire d’antenne pour ces propos. Jamais le tribunal médiatique n’avait frappé aussi fort. La loi des suspects est de retour avec ses Fouquier-Tinville, Garnier-Launay et Grabauval.
 
Une question mérite d’être posée : pourquoi des intellectuels et penseurs authentiques, éprouvent-ils le besoin de se rendre sur les plateaux de télévision ? Une douzaine de chaînes, généralistes ou d’information en continu, sont en concurrence pour l’audimat qui conditionne les recettes publicitaires. Le système des "plateaux" permet, à peu de frais de grappiller quelques centièmes de point. L’objectif n’y est jamais de dérouler une conversation intéressante, mais bien au contraire de provoquer des "clash" qui vont faire des "buzz" sur twitter.
Y sont invités quelques habitués des cercles les plus médiocres, intellectuellement et moralement, de la société française : militants extrémistes en tout genre, indigénistes, féministes, islamistes, démagogues de tout poil et de tout parti, sportifs, chanteurs, pseudo-journalistes, pseudo-sociologues, ou acteurs médiatisés et demi-analphabètes, promus au rang d’experts ou de maîtres-penseurs… Ainsi est composée une sorte de cour des Miracles de la bêtise arrogante qui circule de plateau en plateau et que les chaînes de télévision s’arrachent.
L’intelligence, la réflexion, l’argumentation y sont comme bannies. La règle du jeu est de s’imposer par la puissance mécanique d’un flot de paroles hystérique en prenant un air savant. Plus le contenu du propos est indigent, grotesque, misérable, et plus la fermeté du ton est censée imposer une sorte de vérité indépassable. Les cracheurs et cracheuses de haine, tirés de quelque bas-fond de la bêtise hystérique, y imposent leur joug implacable. Les plateaux de télévision deviennent ainsi une sorte de miroir inversé du débat démocratique, où règnent en maître la quintessence de la médiocrité et la crétinerie. Dans cette joute verbale, la domination se confond avec le niveau d’idiotie et d’inculture. La pensée et le dialogue sont strictement interdits de ces tribunaux de la bêtise médiatique, laboratoires de la crétinisation de masse, de la dictature et de la pensée unique.
 
Les intellectuels n’ont rien à y gagner à prendre des coups bas. Leur présence pourrait s’expliquer par la volonté d’imposer une résistance à la vague de médiocrité. Vaine tentative, à l’image d’un homme qui voudrait arrêter un torrent furieux en écartant les bras. Ils n’ont pas leur place dans le flot d’hystérie bavarde. Ils y sont comme l’albatros de Baudelaire. En participant aux plateaux hystériques, ils les cautionnent de leur présence et en ressortent meurtris. Leur intérêt n’est-il pas de se garder de la pollution quotidienne de la médiocrité ? Leur royaume n’est-il pas celui du silence des bibliothèques ? La parole rare est d’autant plus précieuse et un livre, quand il est réussi, peut changer le monde par la voie des idées. Alors pourquoi se faire tant de mal en se mêlant à la piétaille crétino-médiatique ?

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 16 novembre 2019
Publié dans Du côté des élites
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Mali : des héros français, pour oublier les lâches
 
Dans une France gangrenée par les traîtres, leur mort accidentelle prend une dimension héroïque : les treize officiers et sous-officiers qui ont été tués, lundi soir au Mali, dans une collision entre deux hélicoptères qui les transportaient, forcent l’admiration. Leur destin tragique enchantera les djihadistes du Sahel et des banlieues françaises. Mais l’exemple de ces soldats rappelle qu’il existe encore une jeunesse prête à mourir pour sa patrie, tandis que beaucoup d’autres ont capitulé ou collaborent déjà avec l’ennemi intérieur. Les victimes s’appellent Nicolas, Benjamin, Clément, Alex, Pierre, Julien, Romain, Romain, Alexandre, Antoine, Valentin, Jérémy, Andreï. Ils ont des prénoms et des noms qui se retrouvent familièrement sur les monuments aux morts des guerres passées. C’est cette même histoire, généreuse et courageuse, que ces jeunes militaires poursuivaient, en affrontant depuis 2013 les groupes djihadistes au Sahel. L’honneur de la France est de tenir ce front, seule, afin d’épargner à toute une partie de l’Afrique d’être gagnée par le califat, qui servirait alors de possible base arrière à la conquête de l’Europe. "Cette tragédie ne peut être une remise en cause de notre engagement", a précisé ce mercredi le chef d’état-major des armées, le général François LECOINTRE. Reste que la détermination française dans la lutte contre l’islamisme à l’extérieur ne se retrouve pas à l’intérieur.
La France a un rôle historique à tenir dans la guerre contre l’islamisme, ce totalitarisme du XXIe siècle. Elle ne peut se retirer du Mali, où la population est néanmoins gagnée par un sentiment anti-français, sans perdre la face et laisser un vide qui serait rempli par les mouvements terroristes. Sa présence au Sahel, avec 4500 hommes, est un rempart pour la sécurité des nations européennes. Celles-ci tardent d’ailleurs à lui prêter main forte, financièrement et militairement. L’Union européenne fait des phrases mais n’apporte rien de concret. Cette situation est anormale. Pour autant, l’observateur ne peut être que troublé quand il compare la combativité française au-delà de ses frontières et sa pusillanimité dès qu’il s’agit de résister à l’emprise fanatique dans les cités. La guerre menée au Mali contre l’islam conquérant est destinée à briser les reins d’une idéologie qui déteste l’Occident. Or le pouvoir donne le sentiment, au plan intérieur, de vouloir s’excuser de sa brutalité extérieure. Si la main de la France est ferme au Mali, elle tremble dans les banlieues rebelles. L’extrême gauche, on l’a vu lors de la manifestation de la honte du 10 novembre à Paris, a même fait alliance avec les plus rétrogrades des organisations islamistes. Tandis que des héros meurent au Mali, des lâches paradent en France. Ceux-là font honte, voilà tout.

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 27 novembre 2019
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