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Le Festin de Qu Dongyu (Chine)       
                                    
Le 23 Juin 2019 Qu Dongyu, vice-ministre chinois de l'agriculture a été élu à la Présidence de la F.A.O. (Food and Agricultural Organisation) pour un mandat de 4 ans à une majorité écrasante de 108 voix, succédant ainsi aux 2 mandats du brésilien José Graziano da Silva (2011/2019).
C'est la première fois qu'un Chinois occupe un poste clef dans le cadre des 12 Organisations-mères qui forment le noyau dur de l'ONU. La FAO en est une des plus importantes avec l'OMS (santé), l'OMC (Commerce), le FMI et la Banque Mondiale.
La FAO c'est "la nourriture du monde", des futurs 8 milliards d'habitants de la planète ; elle l'encourage, la surveille, la finance, l'oriente, en délivre les statistiques, la prévoit, tente d'enrayer les plus grosses sottises, les plus grandes tricheries, établit les compensations, surveille l'eau, les grains, les poissons, les poulets, le bétail, les forêts. Les sacs de farine ou de riz, distribués dans le monde avec leurs sigles imprimés en bleu pâle, c'est elle.
Mettre un ministre chinois à cette présidence, c'est dire le chemin parcouru tant par les décideurs onusiens que par la République Populaire dans son intégration au monde international. De plus, voilà une manière de reconnaître l'expertise chinoise en matière d'alimentation.La nourriture c'est l'obsession de la Chine : on y a eu tellement faim ; les famines y ont été millénaires, les plus récentes – celles générées par l'occupation japonaise puis celles du système Mao (le Grand Bond en Avant : affamer les campagnes pour nourrir les villes naissantes) et sont dans la mémoire collective et dans celles des dirigeants du Parti : la croissance chinoise et sa paix intérieure dépendent de son alimentation. Tant que chaque Chinois aura son bol de riz quotidien il se soumettra ; le slogan actuel étant qu'il "mange de la viande au moins une fois par semaine".
Cette prégnante obsession fait que depuis les années 70, la Chine exploite, achète des terres agricoles dans le monde entier, encourage et finance toutes sortes d'expériences en ces domaines, notamment en Afrique (ex anglaise ou française), divers pays d'Asie du sud-est (le Vietnam), et même en Europe (en France la Beauce, les vignobles, le bois) et en Amérique du sud. Leader dans de nombreux secteurs d'expérimentation et de recherche, la Chine s'est imposée dans un consensus très favorable.
 
L'autre aspect intéressant de cet "entrisme" dans les rouages les plus essentiels de l'ONU est qu'il illustre très bien, que la Chine profite du vide laissé par les Etats Unis : en se retirant délibérément de certains Traités internationaux, le traité de Paris sur le Climat, le Trans Pacific, en réduisant (ou prévoyant de le faire) ses contributions à de nombreuses organisations (l'OTAN entre autres), en mettant des bâtons dans les roues aux accords d'échanges de l'Alena avec le Canada et le Mexique, avec les Latinos au nom d'"America first", en taxant jusqu'à l'extravagance toutes sortes d'échanges, la Maison Blanche finit (ou finira) à court terme par être contreproductive, pour tout le monde y compris les Etats Unis.
On a compris que Donald Trump hait le multilatéralisme, veut exploser l'OMC, la Banque Mondiale et le FMI, veut la peau de tout pays ou structure – en particulier l'Europe - qui se mettrait en travers de sa mirobolante route.
Et puis, il y a Pékin, désormais deuxième contributeur des opérations de maintien de la paix au sein de l'ONU, qui exporte sa vision du monde, basée sur la collaboration, une stratégie d'influence et de patience. Les essaims de diplomates chinois multiplient les contacts avec leurs homologues dans tous les domaines, même avec les Japonais et la République Indienne. Ce qui était impensable il y a 10 ans. Il ne faut pas oublier non plus qu'au-delà du Cirque Donald et ses rodomontades, les échanges agricoles entre la République populaire et les Etats Unis sont importants : le blé, le maïs, le thé le riz et le soja...et du bétail, des herbes, des fruits, des légumes, des poulets et toutes sortes d'autres choses... comme le lithium par exemple. En fait, la grande peur américaine est de ne plus être l'incontestable Number One.
La Réunion du G20 à Osaka n'a pas, sur le fond des problèmes, apporté de grandes nouveautés. Mais c'est l'esprit qui a changé : 19 Etats, chefs d'Etats et premiers ministres ont clairement fait comprendre que LE problème était la dangerosité de la politique américaine, qui d'ailleurs n'est pas une politique, mais un zigzag échevelé, et n'a rien à voir avec les apaisements nécessaires aux relations internationales.
 
Donc cette entrée (brillante) à la FAO est un véritable signe de changement : la Chine a été acceptée tardivement à l'OMC, en trainant les pieds et avec des restrictions car l'Occident considère que sa pratique des échanges n'est pas conforme et s'avère souvent douteuse. Si les Etats Unis restent cramponnés à la Doctrine Monroe de l'isolationnisme de 1823, ils sont réellement déconnectés des réalités contemporaines : cette Doctrine aura 200 ans en 2023 ; ce sera l'année de l'inauguration de l'OBOR à Duisbourg. Il est visible, que passée le premier réflexe de sidération, un front international nouveau se dessine et y intègre la République Populaire.
Hélas !...Cet avancée glorieuse, dorée, est gravement (et piteusement) remise en cause par l'affaire de Hong Kong ; brutale, incongrue, inutile. Peut-on faire confiance ? Voilà la question. 2 aspects : pour la Chine elle-même la révolte des Hongkongais risque de mettre le feu à l'intérieur même de la Chine. Et la péninsule autonome lui est d'une grande utilité financière car totalement intégrée au système occidental. Pour le monde entier c'est l'indéniable signe du profond malaise généré par la gestion chinoise. Avoir déployé le drapeau de Dominion britannique dans l'enceinte du pseudo parlement est le signe d'un terrible danger et d'un immense désespoir.
Envoyé par l'auteur, 11 juillet 2019
Publié dans De par le monde
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Les Français veulent de l’ordre
 
Stop aux fausses bonnes consciences, aux faux humanistes, aux faux pacifistes, aux faux hommes de gauche qui hurlent à la dictature dès que l'on tente de rétablir l'ordre. 
 
Il n'est pas besoin d'être de droite et encore moins d'extrême-droite pour avoir une envie irrésistible "d'ordre" ces derniers jours. Soyons honnêtes, laissons-nous aller, avouons : nous en avons marre, mais vraiment marre !
 
Il ne s'agit pas de mauvais sentiments qui auraient remplacé le politiquement correct relégué au placard, ni de près ou de loin d'un relent "fasciste" (l'accusation à la mode), ni de racisme, ni de ségrégation, ni de discrimination... Aucun rapport avec tous ces mots que l'on nous assène avec un index médiatique menaçant pour cette culpabilisation incessante qui nous gagne peu à peu pour notre plus grand mal.
Nous en avons seulement par-dessus la tête de ces violences, de ces attaques, de ces scandales dont on nous abreuve jusqu'à la lie jusqu'à ce que le suivant chasse l'autre.
Qu'avons-nous fait au Bon Dieu ?
Nous en avons assez que le plus beau feu d'artifice qui soit, celui du
14 juilletde cette année accompagné d'un concert féerique, ait été l'occasion pour que des minables cassent, encore, ce qu'ils trouvent sur les Champs-Elysées. La fête nationale une bonne occasion ? Nous sommes outrés que le même soir des individus sous prétexte qu'ils gagnent une demi-finale de football se comportent comme des voyous prenant même le périphérique à l'envers ! Marre que des hordes régulièrement s'en prennent aux forces de l'ordre, aux pompiers à coups de mortier dans les banlieues… 195 voitures brûlées à Paris en deux nuits, mais ça c'est presque de l'ordinaire ! D'ailleurs, la préfecture ne veut plus communiquer de chiffres, ils ont peur que les intéressés veuillent établir des records. Nous en avons assez que nos policiers et nos gendarmes "principalement pris pour cible" soient épuisés et impuissants et que les mêmes scénarios se reproduisent sans cesse.
Nous en avons assez des fausses bonnes consciences, des faux humanistes, des faux pacifistes, des faux hommes de gauche le cœur dans la poche (même plus sur la main) qui hurlent à la dictature dès que l'on tente de rétablir l'ordre. On ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs et tout un chacun comprend qu'au bout de ces mois d'exaspération, on ait le coup de matraque trop leste.
 
Reprendre la France en main
Ras-le-bol qu'on nous gâche la vie, qu'on nous abîme le plaisir de ce magnifique défilé de nos Armées qui sont notre dernier rempart, incarnant le sens de l'honneur et du dévouement et qu'on en profite pour siffler le chef de l'Etat ! Honte que des politiciens s'en saisissent pour en remettre un peu sur le dos d'
Emmanuel Macron, comme si c'était lui qui provoquait ces crachats républicains.
Ras-le-bol que des
profs
qui croient avoir la science infuse confisquent les copies du bac de nos enfants au nom d'une "non-concertation", sachant qu'ils ont géré quasi seuls l'Education nationale depuis des années pour en faire un mammouth qui perd des places tous les ans.
Ras-le-bol que tous les "interpellés" (434 agités violents le 14 juillet) soient relâchés sans sanction après chaque manif, ce qui est une véritable incitation à recommencer. Nous sommes exaspérés et de tout cœur avec tous ceux qui ont perdu du chiffre d'affaires, ceux dont les voitures ont été brûlées, les vitrines saccagées, les produits volés, les riverains qui ne sortent plus. Nous ne supportons plus non plus, le déni, le prétexte du droit au droit de grève, les apitoiements sur les manifestants molestés et les reculades. Nous ne comprenons pas cette immigration passoire indifférenciée qui fait de ces malheureux immigrés des parias cachés dans des conditions insalubres et dangereuses, tout cela parce que nous sommes incapables de les accueillir et que nous faisons semblant ...
Mais quand va-t-on reprendre la France en main ? Faire preuve d’autorité, de ce minimum répressif qui garantit la sécurité et la vie d'une vraie démocratie ? De quoi les gouvernants ont-ils si peur ? Est-ce parce qu’ils sont impuissants, parce qu’ils ont peur de s'attaquer à tous ces sujets de société ? C’est évidemment plus facile de dérembourser l'homéopathie ou d'interdire la fessée !
 
Proposer un minimum d’ébauches de solutions
La France silencieuse n'en peut plus, la France macroniste, la France de droite, la France de gauche, la France du bon sens, la France des valeurs partagées et non pas celle du fameux "populisme " que nous encourageons au contraire en ne réagissant pas, de peur d'être qualifiés... de populistes !
Nous finissons par mépriser ces reculades, ces errements, ce manque de courage, ces ministres pas si intègres que ça et ces conseillers pas si vertueux... Cette dégradation nous ronge depuis des années, maintenant nous voulons un chef qui n'ait pas la main qui tremble lorsqu'il s'agit de prendre les moyens d'arrêter ce climat de mini guerre civile larvée. Nous voulons un ministre de l'Intérieur exemplaire qui fasse peur aux casseurs et aux délinquants, une justice implacable et l'exécution des peines prononcées : 80 % des mandats d'amener ne sont pas exécutés, selon la gendarmerie.
Et si nous n'avons pas les moyens de nettoyer certaines zones de trafic et de banditisme, si nous n'avons pas assez de prisons, pas assez de forces de l'ordre, etc., qu'on le dise et que l'on nous annonce au moins des ébauches de solutions au lieu de baigner dans ce non aveu d'impuissance permanent. Sinon les "braves" Français iront chercher ailleurs cet ordre républicain et gageons que nous n'y gagnerons pas au change.
En attendant comme dit la chanson : Vive les vacances ! Les dossiers au feu, les ministres au milieu !

Paru dans Challenges, 18 juillet 2019
Publié dans En France
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Brandir un drapeau est un acte éminemment politique
 
FIGAROVOX/ENTRETIEN - L’auteur de Décomposition française* a analysé avec une rare justesse le processus d’intégration. Elle voit dans les débordements qui ont émaillé les victoires de l’Algérie lors de la Coupe d’Afrique des nations l’expression d’une défiance d’une partie des enfants de l’immigration à l’égard de la France.
 
Dimanche dernier, après la qualification de l’Algérie, il y a eu 282 interpellations suite aux désordres causés par des supporteurs algériens. Doit-on y voir de simples "débordements" liés à la liesse ou le symptôme d’un malaise plus profond ?
Ce n’est pas la première fois qu’on observe ce phénomène, et cela prend une ampleur inquiétante, du fait du nombre de personnes enclines à braver l’ordre républicain. Par ailleurs, hisser ou planter un drapeau n’est jamais anodin. C’est un acte éminemment politique qui symbolise, tout comme l’hymne national, un ancrage moral, l’attachement à un socle de principes et de valeurs, et bien sûr un enracinement sentimental. Brandir le drapeau sous le nez de l’ancien pays colonial, c’est l’expression d’une revanche sur l’Histoire. Une revanche qui s’est trouvée légitimée par le candidat Macron lorsqu’il a accusé la France de "crime contre l’humanité".
L’Occident freudien justifie, excuse, et son monde politique affiche au grand jour sa trouille des "jeunes" de l’immigration. Il est donc perçu comme accommodant, conciliant, peureux : traduire "dévirilisé". Cet Occident n’inspire plus ni respect ni crainte, sentiments ici intimement liés. Est désormais profondément ancrée la conviction que pour obtenir, il faut faire peur ; terrible spirale !
 
Au-delà des violences, comment expliquez-vous ce besoin d’afficher bruyamment leur identité d’origine pour des jeunes souvent nés en France ?
C’est bien la démonstration que la naissance en France n’est pas un critère d’analyse pertinent ! L’arrivée continue de migrants produit un ré-enracinement dans les mœurs d’origine. L’intégration s’est dégradée dans le temps avec le refus croissant de respecter les principes républicains, à commencer par la laïcité et la liberté qui permet à chacun de choisir sa propre vie. Ce sont les femmes qui en subissent de plein fouet les conséquences. J’ai souvent pensé que si les menaces avaient pesé en priorité sur les hommes, nos gouvernants auraient su réagir promptement.
Afficher son identité d’origine, c’est montrer son allégeance et ainsi avoir la paix, car à mesure que l’État cédait aux revendications communautaires, le groupe culturel d’origine accroissait sa pression - voire sa répression - sur chacun des membres supposés lui appartenir. C’est la capitulation de l’État qui pousse un nombre croissant de personnes de l’immigration à tourner le dos à l’intégration culturelle.
Autre faute : avoir installé une prime à la non-assimilation. Du fait des politiques de discrimination positive progressivement mises en place, s’afficher ou se revendiquer de la "diversité" peut parfois faire office de coupe-file. Il n’y a plus vraiment de raison pour que les enfants de l’immigration s’assimilent. Or, le gouvernement prévoit d’intensifier ces politiques.
 
"C’est un pauvre cœur que celui auquel il est interdit de renfermer plus d’une tendresse", expliquait Marc Bloch dans L’Étrange Défaite. Peut-on reprocher aux enfants de l’immigration leur fierté pour leurs origines ? Celle-ci est-elle incompatible avec le respect, voire l’amour, de la France ?
Nul n’interdit de renfermer plusieurs tendresses dans son cœur, mais Marc Bloch disait bien plus important : que la France était la patrie dont il ne saurait déraciner son cœur et qu’il s’était efforcé de la défendre de son mieux. Il est mort pour la France ! Nous ne sommes pas du tout dans la même situation.
Nombre de parents éduquent leurs enfants dans un respect quasi religieux de leur pays d’origine. Et c’est lui qui devient ainsi le vrai pays de leurs enfants. Un pays qui n’a rien fait pour eux et qu’ils adulent. Quant à la France, c’est elle qui leur a donné ce qu’ils possèdent, les prend en charge si besoin… Le problème n’est donc pas économique, et l’amour ne se décrète ni ne s’achète !
Le passé douloureux de la France se trouve constamment remis sur le devant de la scène, et il n’est plus question que de lutte contre des discriminations et une "islamophobie" dont les Français de souche se rendraient coupables. Des lois sont votées pour contraindre l’expression et empêcher ainsi les Français de dire ce qu’ils ont sur le cœur. Il ne fait plus bon être français dans ce pays que je ne reconnais plus. Mon chagrin est infini.
 
Dans votre dernier livre notamment, Décomposition française, vous montrez toute la complexité du processus d’assimilation. Est-ce toujours un choix douloureux ?
Oui. S’assimiler à un autre peuple que celui de ses ancêtres est une décision personnelle, intime, qui se joue entièrement sur le registre affectif et moral. Au sein d’une même famille, et évoluant dans un même environnement, certains enfants s’assimilent, d’autres pas. Cette problématique dépasse par ailleurs largement l’approche simpliste et nuisible de l’origine des prénoms. Ayant travaillé à l’intérieur du système politique et administratif, je peux témoigner du fait que beaucoup de ceux qui ont participé à mener la France dans la situation actuelle portaient des prénoms chrétiens.
 
Vous plaidez plutôt pour l’intégration…
Je plaide pour la reconnaissance du fait que l’intégration est un processus à l’issue non prédictible qui peut déboucher ou pas sur une assimilation. Or le code civil, qui imposait que l’octroi de la nationalité française soit subordonné à l’assimilation, a été violé. La citoyenneté a été vidée de sa substance. Plus grave encore, les papiers d’identité confèrent un droit de propriété sur la terre. Les élites ont donc disposé de la France comme si elle leur appartenait en propre, ce qui est contraire au principe démocratique inscrit dans la Constitution : "Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple".
 
François Hollande, dans Un président ne devrait pas dire cela, évoquait le risque de la partition. Comment l’éviter ?
J’ai abordé à maintes reprises la liste des erreurs à éviter et des politiques à déployer. L’urgence ici, c’est d’alerter sur deux projets en cours qui pèseront sur la cohésion nationale. Le président a évoqué l’idée d’une organisation de l’"Islam de France". L’opération a déjà commencé dans les territoires avec une circulaire adressée aux préfets par le ministre Castaner. L’expérience montre que le risque existe que certains membres partagent de près ou de loin des idéologies incompatibles avec la République.
Or, la défense de l’intérêt général commande non pas le placement sous tutelle d’une partie des descendants de l’immigration, mais au contraire leur émancipation pour qu’ils puissent vivre leur religion dans sa seule dimension de foi, donc dépouillée de ses dimensions politiques. Par ailleurs, en reconnaissant récemment les diasporas africaines, le président donne corps à l’existence de plusieurs peuples sur un même territoire : les diasporas sont des peuples qui gardent un sentiment de leur unité malgré l’éclatement géographique (Dominique Schnapper). Il accélère, là aussi sans le vouloir, la partition de la France. Qui saura lui faire entendre raison? Il y a urgence.
 
* "Décomposition française. Comment en est-on arrivé là ?" (Fayard) a reçu le prix Honneur et Patrie de la Société des membres de la Légion d’honneur.

Paru dans Le Figaro, 19 juillet 2019 (entretien avec Alexandre Devecchio, du Figaro)
Publié dans Du côté des élites
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L’appartenance nationale mise en question

Les drapeaux algériens brandis dans les rues à la suite de la qualification des Fennecs, dimanche, interrogent sur la nature du sentiment d’appartenance nationale.
 
C’est un match qui avait marqué les esprits. Et avivé les tensions politiques à l’aube d’une campagne présidentielle dont on a surtout retenu la présence de Jean-Marie Le Pen. Le 6 octobre 2001, les équipes de football de la France et de l’Algérie s’étaient opposées au Stade de France. Le score a été oublié, mais pas les sifflets qui recouvraient La Marseillaise et accompagnaient chaque action d’un joueur français. Les jeunes supporters de l’équipe algérienne présents au Stade de France avaient pourtant la nationalité française pour l’immense majorité d’entre eux. Le débat avait alors été nourri sur les ratés de l’intégration.
Près de vingt ans plus tard, la question se pose toujours. La compétition, cette fois, ne concerne pas la France, mais le seul continent africain. Mais à chaque fois que l’Algérie dispute un match important, les espoirs et les craintes, les explosions de joie ou les déceptions s’expriment de ce côté-ci de la Méditerranée. Deux questions distinctes d’ailleurs posent autour des débordements qui ont accompagné la qualification des Fennecs, en demi-finale la semaine dernière, en finale ce dimanche. Il y a bien entendu celle des violences qui ont conduit à 282  interpellations et à 249 gardes à vue ; à des forces de l’ordre caillassées à Marseille et des véhicules incendiés à Lyon. Mais ces attitudes sont loin d’être l’apanage de ces supporters-là.

L’autre question est celle de ces drapeaux algériens brandis dans les rues et qui interrogent sur la nature du sentiment d’appartenance nationale. Pour ces jeunes, pour la plupart de la troisième génération, donc nés en France de parents souvent eux-mêmes français, s’envelopper de ce drapeau n’est en rien comparable à des supporters de Rennes arborant le drapeau breton. Il ne s’agit pas de fierté régionale mais d’une sorte de carte d’identité, désignant le pays auquel ils se sont attachés en priorité.
Des études ont montré que loin de s’atténuer au fil des générations - les plus récentes n’ayant jamais vécu ailleurs qu’en France -, ce sentiment s’affirmait plus fortement encore chez les plus jeunes. Comme en témoigne la forte progression de prénoms "arabo-musulmans" donnés à la naissance, selon les calculs du politologue Jérôme Fourquet.

Phénomène marginal ? Minoritaire ? Impossible à quantifier en tout cas. Mais il y a bien un conflit d’appartenance qui constitue un défi pour la cohésion nationale. La communauté algérienne en France est évaluée à quelque 500.000 ressortissants. Mais le consulat recense 815.000 électeurs, en raison du nombre des binationaux. Enfin, l’universitaire Michèle Tribalat estime à 2,5 millions la population française "d’origine algérienne", c’est-à-dire englobant trois générations successives. C’est auprès de l’ensemble de cette communauté que la question est posée de la capacité de la France - de son histoire, de ses traditions, de son modèle de société - à être le creuset commun d’une société plurielle dans ses origines. Et à faire du 14 Juillet la véritable fête nationale de tous ceux qui habitent sur son sol.

Paru dans Le Figaro,16 juillet 2019
Publié dans En France
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Le cancer islamiste s’incruste dans le monde
 
CHRONIQUE - Depuis 2001, le cancer islamiste a plus progressé que régressé dans le monde. La contre-offensive occidentale a globalement échoué.
 
Presque une génération a passé depuis les attentats islamistes du 11 septembre 2001 à New York et Washington. À l’époque, du fait d’un nombre comparable de victimes américaines, les analystes du monde entier avaient comparé cette attaque à celle du 7 décembre 1941 à Pearl Harbor. Mais il fallut moins de quatre ans aux États-Unis pour détruire la menace nippone, et quelques années de plus pour transformer l’Archipel en allié stratégique en Asie, ce qu’il demeure aujourd’hui. Contrairement à leurs lointains prédécesseurs japonais, les kamikazes du 11 Septembre n’avaient pas d’État à défendre, seulement une idéologie à répandre. Force est de reconnaître que, malgré les moyens gigantesques mis par l’Amérique de George Bush dans sa contre-offensive, ces djihadistes, pour la plupart saoudiens, n’ont pas échoué dans leur opération de propagande.
 
Depuis 2001, le cancer islamiste a plus progressé que régressé dans le monde. La contre-offensive occidentale a globalement échoué.
En Afghanistan, les Américains cherchent par tous les moyens une sortie "honorable", où le pays serait en fait remis, après un délai de décence, aux mains des talibans. Au Pakistan, pays dont les élites sont souvent formées aux États-Unis, il a fallu neuf ans au système judiciaire pour innocenter la mère de famille chrétienne Asia Bibi, accusée à tort, en 2010, d’avoir "insulté" Mahomet.
En Indonésie, le modèle de tolérance religieuse hérité des pères de l’indépendance est en train de s’effondrer. À Sumatra, dans la province d’Aceh, la charia est entrée en application. À Jakarta, l’ascension politique du très populaire Ahok (un chrétien) a été arrêtée net par une condamnation d’offense à l’islam (nullement avérée). Dans tout le pays, le nombre d’attaques contre les lieux de culte chrétiens connaît une croissance exponentielle.
Le cancer islamiste s’est propagé vers l’île de Mindanao, dans le sud de l’archipel des Philippines. Financés par l’Arabie saoudite et formés par les islamistes indonésiens, les islamistes philippins rêvent d’installer un califat sur l’île, avec pour capitale la ville de Marawi, qu’ils ont un moment investie (en 2017), non sans avoir égorgé nombre de civils chrétiens.
Au Moyen-Orient, région de naissance et d’expansion du christianisme six siècles avant l’islam, les communautés chrétiennes n’ont jamais été autant menacées par l’intolérance musulmane. Partout, que ce soit en Irak, en Syrie ou en Égypte, ces communautés rétrécissent (à l’exception notable du Kurdistan irakien, où l’actuelle administration Barzani a réussi à instaurer un vivre-ensemble entre ses différentes communautés religieuses). En mars 2003, le très chrétien George Bush a ordonné l’invasion de l’Irak baasiste, avant de confier sa vision d’un "Grand Moyen-Orient démocratique". Le chaos qui a suivi n’a pas accouché d’une démocratie ; il a seulement incité les chrétiens, victimes d’un nombre croissant d’agressions de leurs voisins musulmans, à fuir en grand nombre.
 
Le cancer islamiste trouve parfois d’infranchissables obstacles à sa propagation. La montagne libanaise en est un, car chacun sait que les chrétiens maronites n’ont pas peur de se battre pour défendre leur foi et leur liberté. Mais, en Afrique noire, le cancer islamiste progresse à pas de géant, sans que les gouvernements locaux aient trouvé le moyen de l’enrayer. Qui aurait pu imaginer il y a vingt ans que des prêtres burkinabés finiraient assassinés dans leurs églises ?
Le cancer islamiste survit à tous les changements de latitude. En Europe, il s’incruste au sein de la jeunesse issue de l’immigration musulmane, alors même qu’elle est passée par un enseignement laïque, obligatoire et gratuit, censé prêcher la tolérance et le doute méthodique. Réfugiée en Allemagne, une ex-esclave yazidie de Daech s’est retrouvée, un jour d’août 2018, nez à nez à Stuttgart avec son ancien tortionnaire de Mossoul, qui avait décidé de profiter de la générosité de Mme Merkel pour y faire une demande d’asile. Il n’avait renoncé ni à sa barbe, ni à son idéologie. Loin d’afficher le moindre remords, il jeta à la jeune fille : "Je suis Abou Humam et tu étais avec moi pendant un moment à Mossoul. Et je sais où tu vis, avec qui tu vis et ce que tu fais !" Effrayée par le laxisme migratoire de l’Allemagne, la jeune fille yazidie décida de fuir le pays.
 
Quelles sont les origines de ce cancer islamiste, dont les premières victimes sont les pays musulmans eux-mêmes ? Il y a le mélange explosif entre le wahhabisme saoudien et l’argent du pétrole. Il y a l’ineptie de la politique américaine au Moyen-Orient, depuis le pacte du Quincy (février 1945 entre Roosevelt et Ibn Saoud), jusqu’aux guerres du Golfe (bientôt une quatrième ?). Il y a surtout, sur des masses ignorantes et politiquement frustrées, la force d’attraction d’une idéologie simplificatrice et normative. Avec le mouvement des Frères musulmans (né en 1928 en Égypte), l’islam a connu sa réforme. Mais ce fut une réforme régressive, fondée sur le mythe de l’âge d’or des quatre premiers califes "bien guidés" (qui fut en réalité une époque extrêmement violente).
L’islam a désespérément besoin d’une réforme, qui rétablisse l’ijtihâd (la faculté d’interpréter les textes sacrés fondateurs) et l’ouverture à la science. Mais cette réforme ne pourra jamais être imposée de l’extérieur. Elle ne pourra jaillir que des musulmans eux-mêmes.

Paru dans Le Figaro, 16 juillet 2019
Publié dans De par le monde
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Ne nous haïssons plus les uns les autres … c’est la loi
 
La loi Avia, qui vise à lutter contre les propos haineux sur internet, vient d'être votée à l'Assemblée nationale. Elle confie aux Gafa et internautes la police de notre pensée avec tous les risques que cela incombe.
 
L'impuissance a dorénavant une solution : la loi. Par la suite, Ponce Pilate peut tranquillement se laver les mains en déléguant aux réseaux sociaux la police de la bien-pensance planétaire.
Faut-il se réjouir de ce catalogue à la Prévert voté le mardi 9 juillet à l'Assemblée Nationale ? On y égrène le mal sous toutes ses formes informatiques, depuis l'apologie du terrorisme, les messages de discrimination (toutes les discriminations), le harcèlement sexuel à la pornographie, et bien sûr la haine, etc.
Mais qu'est-ce que la haine ? Qui la définit ? La perception que l'on en a est-elle la même pour tous ? Effacer un message, est-ce effacer la haine ?
Ainsi, l'insulte simple (haineuse) ne tombe pas sous le coup de la loi. Libération par écrit ou sur la toile pourra continuer de titrer "Casses-toi riche con" en insultant l'un de nos plus prestigieux PDG, à moins que le message ne soit qualifié de "manifestement illicite", c'est-à-dire qu'il n'y ait pas de doute possible sur son caractère illégal. Mais est-ce illégal en France de haïr les riches ? Je te hais, je pense que tu me hais parce que je te hais et je vais te dénoncer de me haïr. Une subjectivité assez vile quand on y pense.
Sur le fond n'importe qui pourra dénoncer son voisin pour des contenus "de mauvaise foi"... La dénonciation fait définitivement partie de la morale du nouveau monde, faut-il s'en réjouir ?
Et comment va-t-on s'y prendre ? C'est aussi là que le bât blesse. Les services en ligne disposeront de 24 heures pour retirer les contenus illicites. Usine à gaz programmée mais, la France excelle dans cette forme d'industrie. (3 pages de descriptif-mode d'emploi, quasi incompréhensible).
Plus grave, cette forme d'étouffoir de l'expression, aussi sordide soit-elle, ne fait pas progresser la morale mais cache les symptômes de la haine collective et du mal vivre ensemble. La parole libérée, même haineuse, peut être un exutoire qui peut éviter de passer au stade suivant : l'acte de violence. Que deviendront tous ces haineux muets qui se tairont, plus haineux encore ? Alors évidemment il faut lutter contre ce déferlement affolant et protéger les plus faibles, les enfants en particuliers... La censure de la parole va crescendo : le politiquement correct a commencé doucement par le remplacement des mots qui atténuerait une discrimination ou des situations que nous ne supportons plus, les mots de plus en plus tabous, les opinions encadrées qui doivent refléter un consensus bienveillant, le "prêt à penser" qui fait office de réflexion, etc. Tout cela tend à réduire non seulement notre liberté d'expression mais notre liberté de penser, de convaincre, de n'être pas d'accord.
 
Alors cette loi va-t-elle nous rendre meilleurs ?
"Gommez ce tweet que je ne saurais lire" : tout ce que nous ayons trouvé consiste à zapper la liberté de blâmer, même s'il s'agit d'insultes pires qu'un simple blâme la liberté d'expression ne peut pas se détailler en tranches de saucissons.
Le problème de cette loi, c'est aussi le pouvoir donné aux grandes entreprises mondialisées sur la régulation de la liberté d'expression, sur leurs propres plates-formes. Un pouvoir exorbitant, celui de juger, la justice n'intervient qu'ensuite et sous certaines conditions.
Il faut aussi souligner et c'est grave, que notre pays la France perdra ainsi sa souveraineté, ce n'est plus nous qui régulons et en France on ne peut pas passer sous silence le recul de la mission du juge. Alors qu'il devrait être en première ligne pour jouer son rôle de contrôle de respect des libertés, il est relégué derrière les entreprises du numérique et derrière l'État incarné par le CSA. La Justice, mission régalienne de l'Etat est mise à mal. 
Par ailleurs, le fait que la détection des contenus suspects soit dénoncée par les internautes eux-mêmes hors de nos frontières pose question sur l'avenir et la transformation de ces documents. Ce n'est pas une entreprise, sous-traitante ou non, qui va détecter le contenu mais bien le simple utilisateur. Cette mission sera créatrice de richesse pour les plateformes, ou comment faire travailler gratuitement des internautes pour le compte des géants du numérique, le gouvernement a trouvé la solution !
De surcroît, à chaque fois, qu'un message mis en ligne sera considéré comme haineux, il sera stocké par les plateformes avec la possibilité de constituer une base de données dangereuse et exploitable par des gens mal intentionnés, avec des conséquences que nous ignorons encore.
L'objectif est louable, mais l'enfer est pavé de bonnes intentions et la liberté d'expression est notre bien le plus cher, c'est la meilleure garantie d'équilibre d'un peuple. Nous la grignotons peu à peu sous d'excellents prétextes. Toutes nos libertés sont de plus en plus menacées, Messieurs les Censeurs...

Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 11 juillet 2019
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D’où vient l’homosexualité ?
 
Sujet tabou s’il en est tellement les conséquences de la réponse sont impressionnantes. Est-elle génétique ? Vient-elle de l’éducation ? Est-ce l’effet d’une éducation sur un terrain génétiquement favorable ? Pourquoi la question dérange-t-elle tellement  et pourquoi n’a-t-elle pas droit de cité ?
Aborder le sujet c’est avancer sans protection sur un terrain défendu par des archers vigilants et très réactifs, mais l’étendard arc-en-ciel est tellement brandi actuellement qu’il est déraisonnable de ne pas s’interroger.
S’interroger n’est pas répondre, mais déjà se demander s’il n’y a que ces réponses possibles. Et l’on constate curieusement l’oubli de la réponse que les Grecs apportaient à cette question. Pour eux l’homosexualité était un passage organisé de l’adolescence qu’il fallait savoir vivre et dont il fallait savoir sortir.
Les familles grecques cultivées sortaient leurs garçons vers 12 ans de la tutelle féminine pour le confier en tant qu’éromène à un éraste de 17 à 20 ans qui l’ouvrait à la sexualité et à la complexité du monde des adultes. Dans l’Iliade d’Homère, Achille est l’éromène de son éraste Patrocle dont il vengera la mort devant Troie. Mais pour les Grecs, l’homosexualité n’était qu’un passage et malheur à ceux qui y restaient enfermés ! L’homosexualité devait rester initiatique et sacrée.
Aujourd’hui l’indifférence portée à cette approche est surprenante tant elle semble pourtant cohérente. Ne serait-il pas en effet naturel qu’après la découverte de son propre corps et avant la découverte d’un corps vraiment complémentaire, il y ait d’abord pour certains une envie de partage avec ce qui n’est pas trop différent de soi, une fille pour une fille et un garçon pour un garçon ? Ne serait-il pas alors naturel que, dans une société qui prendrait à tort ce passage pour définitif, les adolescents qui ressentiraient cette envie se précipitent sur le sexe opposé, pour se prouver à eux-mêmes qu’ils ne sont pas homosexuels ? Ne verrait-on pas alors des adultes se marier et avoir des enfants juste pour se prouver qu’ils ne sont pas homosexuels tout en enfouissant ce désir ressenti comme infamant ? Ne générerait-on pas alors tout naturellement une réaction à cette hypocrisie en valorisant cette tendance non évacuée que l’on présenterait comme une orientation factuelle dont la source serait inconnue mais dont on pourrait, ou même devrait, être fier ? N’en déduirait-on pas une certaine lassitude du mariage et son abandon progressif au profit de concubinats temporaires ou même de mariages pour tous ? Ne verrait-on pas alors des adultes mariés avec enfants tout quitter vers la quarantaine pour partir avec quelqu’un de leur sexe ?
A la réflexion il apparaît prudent de rejeter avec vigueur cette réponse grecque à la question de l’origine de l’homosexualité car, si nous la faisions nôtre, nous verrions les homosexuels adultes, hommes ou femmes, comme de grand ados intelligents, hypersensibles mais non aboutis, ce qui poserait un gros problème tellement ils inondent actuellement la politique, les médias et tous les tréteaux en voulant supprimer le genre et superposer les sexes pour les égaliser ? Ne pas rejeter l’interprétation de l’homosexualité de la Grèce antique qui la vivait sans lui donner de nom, ébranlerait tellement l’édifice que, pour la sauvegarde de cet édifice, il vaut probablement mieux rester dans le flou très sécurisant d’une orientation sexuelle définitive dont la cause serait inconnue et ses adeptes épatants. Après tout, si nous avons tort, ce ne sont que nos descendants qui paieront la sauvegarde de cet édifice.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 11 juillet 2019
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La fessée
 
Pas de fumée sans feu, pas de fesse sans fessée.
C’est la loi de nature.

Les vertus de la fessée ne sont pas contestables.
Elles ont été démontrées par Rousseau dans ses Confessions ; l’on doit sans aucun doute à mademoiselle Lambercier qui fessa le jeune Jean-Jacques une fois et encore une fois la rédaction postérieure de L’Emile, remarquable traité d’éducation.
Montaigne déjà confesse avoir "à deux coups tâté des verges" : il en résulta l’admirable chapitre des Essais : "De l’affection des pères aux enfants".
Mais c’est Max Ernst, insoupçonnable de profanation, qui en 1926 produit en peinture une apothéose de la fessée puisque c’est la Vierge Marie la meilleure des mères, qui l’administre à l’Enfant Jésus le meilleur des fils, et quand on sait ce qu’il advint de Jésus, comment douter que la fessée ait, comme la fesse, une vertu proéminente ?
Près d’un demi-siècle plus tard j’ai moi-même entendu à Strasbourg Lucien Israël, psychanalyste des plus subtils, rassurer des parents pris de scrupule : "la fessée ? si cela vous fait plaisir !".
Nous avons changé cela. Des Instances dûment qualifiées nous disent aujourd’hui que la fessée, appliquée sur les tendres fesses d’un enfant, perturbe son "équilibre sexo-affectif" (sic). D’où la loi votée ce 2 juillet, interdisant les "violences éducatives ordinaires", donc la fessée.
(Les violences éducatives extraordinaires, elles, ne sont pas interdites, par exemple le viol des tendres âmes par les images porno prodiguées, censurées guère, par les écrans initiatiques). (Mais qu’est-ce qu’une âme au prix d’une fesse ?).
     
Alors, que faire ?
La fessée pas plus que la fesse ne peut être exilée dans le ciel des Idées platoniciennes.
Puisque la fesse existe, la fessée elle aussi, doit exister. A quoi servirait la fesse sans la fessée ?
La solution préconisée par le Club LGBTQ, l’entre-fesses à l’amiable, a contre elle une longue tradition philosophique, ainsi Diogène tançant un jeune gars revenu d’une Gay Pride : "tu as le derrière évasé" - euruprôktos, s’écria-t-il.
Que faire ?
On peut suggérer une inversion de la pratique traditionnelle : autrefois le père ou la mère fessait l’enfant ; désormais c’est l’enfant qui serait instruit à fesser son père ou sa mère dont le cuir fessier n’est plus celui d’un tendron et dont la conscience par ailleurs n’est pas irréprochable.
L’actuelle évolution des mœurs va dans ce sens : la paternité est devenue délictueuse, la maternité, louable jadis au sens marial, est désormais louée au sens commercial.
Mais la meilleure solution, à mon goût, serait celle du plaisir réversible : enfants, parents se fessant selon l’occurrence selon une gracieuse réciprocité, la menue main du môme appliquée double forte sur la fesse du parent 1 ou du parent 2 (naguère "papa" ou "maman"), ceux-ci tapotant les proéminences de leur progéniture pianissimo," bien mollement" (Montaigne).
Montaigne, qui de son temps déjà déplorait la prolifération des lois, s’esclafferait à l’idée qu’on ait eu l’idée d’en concocter une pour ça.
Comme ça (l’idée) vient de Suède pourquoi ne pas instituer un prix Nobel qui honorerait chaque année un virtuose de la fessée artistement exécutée ?
Envoyé par l'auteur, 11 juillet 2019
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Réguler les Gafa, ou en faire un régulateur ?
 
Coïncidence au Parlement. Alors que le Sénat vote à son tour le projet de loi de Bruno Le Maire taxant les Gafa, l’Assemblée vote la proposition de loi de Laetitia Avia contre la haine en ligne. Les deux sujets sont bien distincts quant à leur contenu : ici, une mesure fiscale, là, la diffusion de contenus. Mais dans les deux cas, les plateformes numériques sont visées ou à tout le moins interpellées par l’autorité politique.
Si on met la taxe Gafa en regard du dispositif sur les "droits voisins" voté, sous l’impulsion de la France, au Parlement européen, l’intention est de réguler les "géants du numérique", comme on les appelle. Avec le dispositif de la proposition de loi Avia, il s’agit au contraire d’en faire des régulateurs de la diffusion de contenus qu’ils reconnaîtraient eux-mêmes comme étant haineux, racistes ou homophobes. Régulés d’un côté, régulateurs de l’autre ; taxés ou contrôlés d’un côté, érigés en "gendarmes" de l’autre : on pourrait croire à deux traitements contradictoires. L’opposition est en fait en trompe-l’œil. Dans les deux cas, les plateformes numériques sont dans le viseur du législateur.
 
Avec la taxe Gafa ou les "droits voisins", un signal leur est envoyé leur rappelant qu’elles ne peuvent pas assécher un marché publicitaire national, en échappant à toute contribution fiscale alors que les entreprises nationales y sont astreintes. Dit autrement, les prévenir qu’elles ne peuvent pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Mais avec la lutte contre les propos haineux, le gouvernement - même si le "vecteur" choisi est une initiative parlementaire, il met en œuvre une volonté d’Emmanuel Macron - place les Gafa devant leurs responsabilités ; ou plus précisément les charge d’une responsabilité dont, c’est le moins qu’on puisse dire, ils n’étaient pas demandeurs. Sommées de retirer dans les vingt-quatre heures des contenus incriminés par la future loi, les plateformes numériques se voient transférer un pouvoir appartenant au juge.
Ce qui pose de graves questions de fond. Mais qui recèle aussi un enjeu symbolique. Emmanuel Macron est en effet souvent dépeint, pour le meilleur ou pour le pire, en président d’une "start-up nation", c’est-à-dire d’un pays tournant son économie vers l’avenir en exaltant l’univers numérique plutôt qu’en s’attachant aux vieilles industries du passé. Or, qui incarne l’envol du numérique mieux que les Gafa ? Lesquels, aux yeux de l’opinion, sont synonymes de dérégulation, de mondialisation sans contrôle, de libéralisme débridé. Dans un pays fragile, comme l’a confirmé la crise des "gilets jaunes", le chef de l’État doit donc se garder de toute assimilation à ces "ogres"-là ; et se poser en défenseur d’un modèle protecteur français. Au risque de devoir se contenter du symbole - la taxe Gafa ne serait efficace qu’à l’échelle européenne ; ou du paradoxe, en chahutant un autre modèle français : la régulation de la liberté d’expression avant tout par la précieuse et irremplaçable loi de 1881.

Paru dans Le Figaro, 9 juillet 2019
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Il faut une stratégie industrielle française
 
CHRONIQUE - La France n’a eu que de modestes "politiques industrielles", qui n’ont jamais servi qu’à placer des sparadraps dans des secteurs structurellement condamnés, afin d’afficher le sauvetage (toujours provisoire) de quelques emplois.
 
Il y a vingt ans, les Chinois admiraient encore l’industrie française. Ils nous enviaient nos "quatre A" : Alstom, Alcatel, Airbus, Areva. Aujourd’hui, ils ne nous en envient plus qu’un seul A. C’est Airbus, dont ils essaient de soutirer les secrets technologiques par tous les moyens.
Il y a seulement une génération, Alcatel caracolait dans le monde comme la plus brillante entreprise de télécommunications. Elle a fondu, à coups de dépeçages, de plans sociaux, de fusion, d’absorption. Aujourd’hui avalée par Nokia, elle n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut. Parallèlement, Huawei, qui n’était à l’époque qu’un distributeur provincial chinois, est devenu un géant technologique mondial, en avance sur tous ses concurrents en matière de 5G.
Quelle explication à ce désastre pour l’économie et l’emploi français ? Les Chinois ont une stratégie industrielle, alors que la France n’en a pas. Elle n’a eu que de modestes "politiques industrielles", qui n’ont jamais servi qu’à placer des sparadraps dans des secteurs structurellement condamnés, afin d’afficher le sauvetage (toujours provisoire) de quelques emplois. La France aurait pu faire d’Alcatel (l’ancienne Compagnie générale d’électricité) un champion industriel mondial de la taille de Huawei dans les télécommunications. Par manque de stratégie, par peur d’investir, par naïveté quant à la férocité de la concurrence mondiale, la France a laissé passer sa chance. C’était l’époque où le patron d’Alcatel rêvait d’une "entreprise sans usines" et où, à Matignon, l’on imaginait une économie française reposant sur les services. Longtemps la France officielle fit la politique de l’autruche. Elle refusa de constater, puis d’analyser, son décrochage dramatique par rapport à son voisin allemand, en termes de production industrielle, de comptes publics, de balance commerciale. Elle nia l’évidence : c’est l’innovation et l’industrie qui sont facteurs de croissance ; les services ne font que suivre.
 
Les Chinois ne sont pas les seuls à disposer d’une stratégie industrielle - qui chez eux s’appelle "made in China 2025", et qui vise à moins dépendre de la technologie occidentale. L’Allemagne, également, dispose d’une stratégie industrielle. Elle s’appelle "industrie 4.0" et est mise en œuvre par le ministère fédéral de l’Économie à Berlin. Il s’agit de digitaliser toutes les lignes de production, de créer une communication constante entre la production et les clients, au point de pouvoir fabriquer à la carte, sans augmentation de prix significative par rapport aux productions de masse standardisées. Incitée par le gouvernement fédéral à Berlin, l’industrie allemande investira 40 milliards par an dans la digitalisation des lignes de production, à partir de 2020.
Est-ce à dire que la France devrait élaborer une stratégie industrielle pour elle seule, sans considération pour son appartenance à l’Union européenne ? Bien sûr que non. On ne peut pas affronter les géants américains et chinois sans une taille minimum. Mais faisons confiance aux industriels et ne demandons pas aux fonctionnaires de l’UE ce qu’ils ne peuvent pas faire : concevoir des projets concrets, pour les exécuter ensuite dans les moindres détails. Les structures communautaires ont démontré, à une exception près (le programme de GPS européen Galileo où les Européens devraient au moins égaler les performances du GPS américain), qu’elles sont impropres à susciter de véritables percées technologiques.
Depuis 1958, la Commission européenne a dépensé pour l’innovation bien davantage que l’Arpa américaine (devenue ultérieurement Darpa). Créée par Eisenhower comme une agence d’innovation de rupture - en réaction au choc que fut le succès soviétique du Spoutnik -, la Defense Advanced Research Project Agency du Pentagone a consacré, au cours de son histoire, quelque 58 milliards de dollars actualisés à différents projets. Mais quel succès ! Elle est à l’origine des microprocesseurs, d’Internet - dont le nom initial était Arpanet -, des premiers prototypes d’avions furtifs, de percées majeures dans l’intelligence artificielle. Les clés du succès de la Darpa depuis 61 ans ? Des responsables non fonctionnaires choisis pour leur expertise scientifique ou industrielle, dont les mandats sont limités dans le temps. Un circuit de décision court et la capacité d’arrêter rapidement les programmes voués à l’échec.
Faisons preuve désormais d’imagination et de créativité, en raccourcissant les circuits bureaucratiques. Le nucléaire et l’espace doivent être préservés mais reformatés. Le défi de la 5G doit être relevé. Pas seulement par la protection mais aussi par l’industrie européenne. Seul l’État peut l’initier. Souvenons-nous du projet franco-allemand Airbus, dont le principe a été approuvé par l’un des derniers conseils restreints présidés par le général de Gaulle en 1969…

Paru dans Le Figaro, 9 juillet 2019
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