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Les révolutions géopolitiques de l’art contemporain
 
Le XXe siècle a été le siècle de l’instrumentalisation politique du pouvoir des intellectuels et des artistes concepteurs d’utopies.  Certaines de leurs théories fabuleuses y ont connu à la fois leur avènement et leur mort, ainsi celles du communisme soviétique et chinois. Cependant, d’autres utopies exerçant dans un champ plus limité ont perduré au-delà et existent encore, telles que la valeur financière sans rigoureuse contrepartie et l’art unique international.
 
L’art unique, contemporain, international
La première "avant-garde" totale a été conçue et imposée par Staline en 1934. La deuxième voit le jour en 1960, et est en fait une élaboration stratégique des agents d’influence américains, arme symétrique au Réalisme socialiste.
L’Amérique, en 1947, comprend qu’elle ne gagnera pas une guerre mondiale encore en cours, si elle ne réplique pas à l’agression ennemie par une guerre impliquant l’art et les idées. Il s’agit de séduire intellectuels et artistes du monde entier pour les attirer dans leur camp.  Que faire pour exister face à un art "d’avant-garde", révolutionnaire, engagé, magnifiant "l’Homme nouveau" ? La première tentative, "l’Expressionnisme abstrait" comme modernité américaine indépassable, échoue. Pour l’Europe, vieille et vaincue certes, mais néanmoins bouillonnante d’art, abstraction et expressionnisme existaient déjà avant 1914, tant à Moscou qu’à Paris !
Au tournant des années 60, les agents d’influence mettent en place un second stratagème afin de déclasser à la fois l’Europe d’Est et d’Ouest.  La nouvelle avant-garde sera un hybride Pop-conceptuel. Elle a l’avantage de créer un schisme, une rupture avec toute démarche esthétique, fondée sur le discours, la critique, la déconstruction et la sérialité. Ce courant est incompatible avec les autres formes de la modernité, il les rend obsolètes et anachroniques. C’est l’arme parfaite pour mener cette guerre bipolaire.
Elle ne peut s’imposer que par une mise en place simultanée d’un système de cotation rapide des œuvres à New York. Ces dernières sont acquises en amont de leur exposition publique par les collectionneurs et musées privés américains, pour circuler ensuite internationalement, grâce à des réseaux de galeries secrètement amies. Leur visibilité est prise en charge par des médias bien traités. Une célébrité se construit désormais en deux ans. Vingt ans plus tard, à mesure que se créent Foires internationales et Centres d’Art contemporain connectés avec New York, l’Europe n’est plus la référence et l’épicentre du marché. Ainsi, l’exception européenne qui consistait en la présence de tous les courants de l’art, de l’académisme au conceptualisme, de savoirs millénaires, d’amateurs cultivés, ne compte plus face au mécanisme efficace de la cotation financière new-yorkaise. La guerre froide culturelle semble gagnée dès 1975.  Apparaît alors l’appellation "Art contemporain" (AC ou ACI, acronymes permettant de contourner la captation sémantique des mots "Art" et "contemporain") pour désigner le nouvel art unique international allant dans le "sens de l’Histoire". Réalisme socialiste et École de Paris sont déclassés !
 
1991-2010 : l’hégémonie américaine de l’Art contemporain
En 1991 ont lieu à la fois la chute du système soviétique et le premier krach planétaire du marché financier. Ils entraînent la chute du marché de l’AC et de l’Art. Le conflit mondial bipolaire laisse place à une période hégémonique de l’Amérique.
L’utopie de l’Art unique-contemporain aurait pu alors disparaître avec la guerre froide. Ce ne fut pas les cas, bien au contraire. L’AC a été recyclé pour une nouvelle mission, non sans quelques métamorphoses. On ne parle plus de guerre mais de "soft power", plus adapté à la globalisation. Le système de l’AC se perfectionne, se dépolitise, s’étend, s’interconnecte, devient à la fois monnaie-produit financier-plateforme d’affaires-support de propagande d’un multiculturalisme qui discrédite les Etats et honore les communautés. La nouvelle légitimité de l’ACI est la cote financière et le discours moralisateur, libertaire, humanitariste.
En 2000, le système se perfectionne : les maisons de vente Christie’s et Sotheby’s, créent un nouveau département dévoué à l’AC, aux artistes vivants, différent du département d’Art moderne et Impressionniste. Les joueurs s’emparent ainsi du premier marché et créent des cotes, visibles du monde entier, en un quart d’heure. Plus question de spéculer ! On collectionne rationnellement en réseau, on sécurise la valeur, on ne vend pas sans l’autorisation de tous. Celui qui renchérit paye le pas de porte pour entrer dans un réseau d’affaires. La chaîne de production de la valeur est désormais complète : le premier cercle est celui des collectionneurs, le second celui des médias, suivent salles des ventes, galeries, Centres d’AC, ports francs, institutions et musées légitiment, in fine. Ainsi, les deux krachs financiers de 2003 et 2008, n’ont pas entraîné l’AC dans leur chute. Les cotes d’AC connaissent une ascension fulgurante, atteignant rapidement le million, puis les dizaines de millions de dollars.
 
2010-2020 : sommet et fin de l’utopie de l’Art unique ?
Cette nouvelle décennie connaîtra le perfectionnement absolu du système : les cinq continents sont entrés dans la boucle de l’AC. Les records de cotes se sont succédés. Au seuil de 2020, l’œuvre sérielle d’un artiste vivant américain a atteint 92 millions de dollars. Les acteurs du marché (artistes, collectionneurs, galeries, directeurs de musées et institutions) ont obligatoirement des carrières internationales, ils contribuent à la standardisation de l’AC qui obéit désormais à des labels très précis. La fermeture du système rend rapide et efficace la fabrication de la valeur en réseau, garantit sa rentabilité, sécurise les cotes du très haut marché au-dessus du million de dollars. Ses protagonistes forment une société internationale modèle de l’utopie multi-culturaliste du vivre très agréablement ensemble, en partageant des intérêts communs.
Mais un système fermé a aussi des inconvénients que ses acteurs signalent depuis peu.
Le premier est une lassitude, une usure due à la répétition de la marchandise, à la difficulté de trouver un renouvellement. Les froids et austères critères de l’AC : conceptualisme, sérialité, fabrication industrielle tous formats, tous supports, alliés à l’obligation de pratiquer rupture, dérision, critique, ne favorisent pas la création. De plus, sont systématiquement écartées les œuvres singulières dans la suite de l’art des grandes civilisations.
Le deuxième acide est le fonctionnement de type pyramide de Ponzi de cette illusion de marché. L’entrée permanente de nouveaux collectionneurs est indispensable pour consolider la partie non sécurisée du marché, celle des œuvres en dessous du million.
Le troisième acide qui ronge le système est une concurrence à l’intérieur du système entre hyper galeries, salles des ventes, foires, ports francs, musées dont les budgets de fonctionnement sont très élevés en raison de l’investissement astronomique qu’exigent production et médiatisation.
 
2020 : un monde de l’Art multipolaire
Mais le plus important, le moins visible réside dans les grandes métamorphoses géopolitiques. Face au pouvoir hégémonique des USA, c’est l’avènement économique et politique de grandes puissances non occidentales. Ces pays anciennement communistes ou du tiers monde ont le désir d’exister pleinement, sans effacer leur identité. Le krach mondial financier de 2008 a semé le doute sur la capacité occidentale à diriger le monde. Ces pays ont pris conscience que l’arbitraire a présidé dans l’affirmation des valeurs financières, que les critères de valeur n’étaient pas partageables ni la contrepartie tangible. Le parallèle a été fait rapidement avec la réelle valeur de l’AC. Pourquoi ces pays n’auraient-ils pas alors eux aussi une modernité découlant naturellement de leur civilisation, partageable à égalité avec le reste du monde ?
Ces dix dernières années, la Chine a été soit en tête du marché de l’AC ou à égalité avec les USA.  Elle a le plus grand nombre d’artistes cotés au-dessus du million de dollars. Parmi eux sont présents tous les courants, du conceptualisme à la peinture traditionnelle à l’encre. La Chine a imposé la peinture au-dessus du million. L’AC, art mondial unique et conceptuel, appartient d’ores et déjà au passé, la réalité du marché réside dans la diversité des courants. On l’observe grâce à l’accès pour tous à l’information fournie par les Big Data. Elles permettent de constater qu’il existe non pas un unique marché international de l’art mais plusieurs.
Silencieusement, la révolution technologique numérique a permis de court-circuiter les intermédiaires dominants et institutionnels, de passer par-dessus les frontières.  D’autres formes de commerce, de consécration, de visibilité et de légitimité se mettent en place. Ce n’est plus un marché de l’offre proposé par le cercle microscopique des hyper collectionneurs, mais des marchés de la demande, obéissant à d’autres mobiles : acquérir ce que l’on aime, ce à quoi on est sensible. Réapparaissent amateurs et artistes recherchant un art plus esthétique que discursif et moralisant.  L’image, rayonnante, unique, reprend ses droits, elle circule fluidement sur les écrans sans l’obstacle des langues et frontières.
D’autres modèles économiques se mettent en place pour rendre viables ces nouveaux marchés concernant des millions de personnes. Dans l’art comme dans d’autres domaines, l’utopie globale uniforme de l’AC laisse place à une relation plus réelle entre le local enraciné et l’International avec lequel il aspire à échanger mais librement, par choix et affinité.

Envoyé par l'auteur, paru dans Art critique, 20 décembre 2019
Publié dans De par le monde
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La cécité économique
 
Je suis surpris par la "cécité" économique de nombreux intervenants sur les plateaux télé et autres au sujet de la réforme des retraites ; pourtant les données sont sans appel et parlent d'elles-mêmes ; comment un pays qui a :
- une durée du travail hebdomadaire de 35 h par semaine (la plus basse en Europe)
- un départ légal à la retraite de 62 ans (là aussi un "record européen)
- un taux d'endettement de 100 % de son PIB, un taux qui augmente et endettement qui finance en partie le fonctionnement de l'Etat
- un déficit lancinant des finances publiques depuis plusieurs dizaines d'années (à part ici ou là une année sans déficit)
- un taux de chômage qui avoisine les 10 %
- un classement "PISA" qui voit la France stagner dans le milieu du tableau,
- un système social qui prend l'eau (gestion discutable du système de santé, défaut d'incitation des chômeurs à rechercher du travail),  
- une croissance (logiquement) faible, car elle reflète les blocages et les distorsions de notre économie 
… etc.
donc comment un tel pays ne serait-il pas dans l'ardente obligation de se reformer et vite ? 
 
A défaut l'ajustement sera un jour brutal et douloureux pour une majorité de Francais à l'exception peut-être de ceux et celles qui prônent un statu quo socio-economique et qui auront pris leurs précautions pour éviter les conséquences des ajustements inévitables à venir.
J'ai pu suivre ce qui pourrait être "notre scenario" dans le futur ; lorsque j'étais ambassadeur à Chypre (2012-2015) ; suite à la crise économique de 2008 qui s'est prolongée jusqu'en 2010 la "coupe de cheveux" qui en résulta fut très sévère (baisse des pensions de moitié, frais médicaux non remboursés alors qu'ils étaient gratuits auparavant, exode massif des jeunes vers l'Allemagne en particulier, …), les Grecs ont connu cela également … Il suffit de voyager au-delà de nos frontières chez nos voisins pour constater que les conditions de vie des retraités sont moins favorables que celles existant en France (Italie, Allemagne, Espagne par exemple). Or la France qui a décroché du peloton d'excellence économique dépassée par des pays comme la Chine mais aussi par d'autre pays européens, est ainsi tirée encore plus vers le bas par une partie de sa population qui n'est pas en mesure jusqu'à présent de rentrer dans le cercle vertueux de l'ascenseur social (formation insuffisante, manque "d'appétence" pour l'effort, couplé avec un manque d'incitation à entrer sur le marché du travail, … etc.) 
Les journalistes qui pratiquent de plus en plus une sorte de "radio crochet" débilitant et complice de ceux qui ne veulent aucun changement, ceux-là même qui ferment les yeux sur les réalités à l'instar de syndicalistes (CGT entre autres) qui de surcroît sont loin d'être représentatifs de la population laborieuse mais qui ne savent que dire "non" à toute réforme et qui "monopolisent" indûment les antennes, contribuent ainsi à "l'envasement" du bateau France.

Envoyé par l'auteur, 21 décembre 2019
Publié dans Du côté des élites
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Les lois de la géopolitique des populations aident à comprendre le monde de demain
 
Entretien avec le recteur Gérard-François DUMONT
 
L'étude des relations entre questions démographiques et géopolitiques est-elleancienne ? On ne dispose que récemmentd'outils statistiques sur les populations...
En réalité, la réflexion sur les questions de population est extrêmement ancienne. Effectivement, dans le passé, la plupart des auteurs qui traitent de ces questions ne disposent guère de statistiques, Mais cela ne les empêche pas de discourir ou d'écrire sur ces sujets, comme CONFUCIUS, PLATON, ARISTOTE, … Certes, en Europe, en gros au premier millénaire, cette question est mise un peu de côté. Dans cette période de l'Europe, celle de la chrétienté, le regard porté sur les questions de population se centre sur des questions morales, à l'instar de Saint THOMAS D'AQUIN. Puis les questions politiques de population, dans leurs dimensions peuplement, natalité, mortalité ou migration, réapparaissent à la Renaissance avec de différents auteurs - comme MACHIAVEL - et se poursuivent avec FENELON, VAUBAN, … Pratiquement tous les grands auteurs sont amenés, à un moment ou à un autre, à parler de questions démographiques et des liens entre la démographie et le politique. Bien entendu, depuis qu'il existe des statistiques démographiques régulières - en gros depuis la fin du XVIIIe siècle - un certain nombre d'auteurs ont pu utiliser la connaissance statistique – qui est un moyen et non une fin - pour en tirer des analyses.
 
Précisément, comment la démographie, qui s'est appelée jadis arithmétique politique, a-t-elle dépassé l'aspect comptable pour investir le champ sociétal ?
Dès son origine. Le premier livre scientifique dans cette discipline qui ne s'appelle pas encore démographie, néologisme qui date de 1855 (1) est celui de l'anglais John GRAUNT en 1662 (2) dans une discipline qui s'intitule alors Arithmétique politique. L'idée du lien inévitable entre le politique et le démographique se trouve dans les sous-titres du livre. En 1751, La définition de l'Arithmétique politique dans l'Encyclopédie de DIDEROT et D'ALEMBERT reprend l'idée du lien entre "l'art de gouverner" et le peuplement et ses évolutions. Par exemple, il faut rappeler que la langue française est demeurée la langue de la diplomatie en Europe jusqu'en 1914, que les traités internationaux n'avaient de valeur juridique qu'en français, que nombre d'enfants des chefs d'États européens étaient élevés par un maître français ou envoyés à Paris pour y être formés. Tout cela tenait à ce que la France était, de très loin, le pays le plus peuplé d'Europe, il avait donc une influence liée à son nombre qui expliquait l'importance de la présence diplomatique française dans les rapports de force géopolitiques en Europe. L'une des raisons qui a permis à LOUIS XIV de résister aux coalitions européennes est l'importance de sa ressource humaine, nettement supérieure à celle des autres pays.
 
Comment peut-on intégrer, au sein d'une démographie politique, la démographie qui a des effets plutôt à long terme, sauf accident, et la géopolitique qui peut, au contraire, occasionner des surprises à court terme ?
La temporalité peut être différente dans le déroulement d'un événement et dans ses conséquences. En démographie, des événements - modification significative du niveau de natalité, brusque changement de la mortalité, exode... - peuvent se dérouler sur une période très courte, puis engendrer des effets très longs. Par exemple, j'ai publié une analyse intitulée La tragédie de la chancelière Merkel (3), au sujet des événements migratoires en Allemagne de 2015-2016. Le flux massif d'entrées migratoires se déploie sur une période courte - septembre 2015 à mars 2016-. Pourtant, les éléments explicatifs des décisions politiques conduisant à ce flux supposent de remonter plusieurs décennies passées, puis exercent des effets majeurs à court terme, puis en exerceront à moyen et long terme. En étudiant, à la lumière des lois de la géopolitique des populations (4), ce type de ruptures au moment où elle survient, on peut avancer ses conséquences probables. Dans d'autres cas, comme ce que j'ai appelé "l'hiver démographique" en Europe, la rupture s'étale sur plusieurs décennies, et les conséquences également, liées à la diminution du poids démographique relatif de l'Europe dans le monde
 
Comment êtes-vous arrivé à l'idée de lois de la géopolitique des populations ?
Nous sommes en sciences sociales : il n'est pas possible de faire des expériences comme en science physique pour en déterminer des lois. Mais nous pouvons recourir à ce que j'appelle des expérimentations invoquées pour observer les interrelations entre des réalités démographiques et géopolitiques. À partir du moment où des analyses conduisent à mettre en évidence un enchaînement de phénomènes semblables sur différents territoires à différentes périodes, on peut en conclure que la régularité de ces enchaînements, dans des périodes et contextes différents, livre l'équivalent de lois. C'est ainsi que j'ai pu parvenir à définir dix lois de la géopolitique des populations, dont la loi du nombre, la loi du repoussement ou la loi des diasporas. Ces lois sont des outils qui aident à comprendre le monde d'hier, le monde d'aujourd'hui et surtout le monde de demain, car ces lois vont s'appliquer incontestablement, même s'il y a des variétés dans leur déroulement. Le phénomène de la loi des diasporas est, par exemple, devenu essentiel
 
À cet égard, la diaspora chinoise dans le monde, industrieuse et parfois nombreuse, est-elle porteuse de signification politique localement ?
C'est intéressant de citer les diasporas chinoises. A priori, ce sont des diasporas spécifiques, dans la mesure où elles se tiennent très à l'écart des questions politiques, privilégiant la réussite économique et l'éducation des enfants. Et pourtant, qu'elles le veuillent ou non, elles exercent inévitablement un rôle politique de deux façons. Premièrement, parce que le gouvernement chinois les contrôle autant que possible pour qu'elles ne lui soient pas défavorables et ne se mêlent pas de la politique intérieure chinoise. Deuxièmement, ces diasporas chinoises participent inévitablement au soft power chinois dans la mesure où elles diffusent leurs spécificités culturelles dans les pays où elles sont implantées. Elles participent ainsi inévitablement à un regard éventuellement positif sur la Chine à travers certaines de leurs façons de vivre. Ainsi, de façon générale, toute diaspora est un acteur géopolitique même si elle ne le souhaite pas, par le tait même de sa propre présence. On vient de le constater à nouveau à l'été 2019 en Afrique du Sud où la diaspora nigériane n'avait pourtant aucune envie d'exercer un rôle géopolitique. Mais une xénophobie de Sud-Africains s'est traduite par des violences sur cette diaspora nigériane. Il en est résulté une forte tension géopolitique dans les relations entre les deux États
 
Vous avez mentionné "l'hiver démographique" en Europe. Comment devrait s'appliquer à l'Europe la loi du nombre, dans les grandes instances internationales ?
Dans les grandes Instances internationales, la loi du nombre est à l'œuvre et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle a été créé le G20 en 1999, groupe de pays dont la composition traduit une diminution du poids relatif des pays européens. Par ailleurs, des pays, dont le Brésil et l'Inde (5), demandent à avoir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Tenue de tenir compte de la loi du nombre et des changements de rapports de force, la France a dû officiellement considérer qu'il est légitime que le Brésil et l'Inde (5) demandent à être membres permanents, compte tenu de leur poids démographique. À chaque fois qu'un ministre français se rend en Inde, l'une de ses premières déclarations consiste à dire que la France soutient la demande indienne d'entrer au Conseil de sécurité.
 
Cette loi du nombre entraîne des conséquences qu'il est toujours dommageable de ne pas prendre en compte. Mon maître Alfred SAUVY montra au Général de GAULLE, début 1954, avant le début de la Guerre d'Algérie, les différentes dynamiques démographiques française et algérienne, qui rendaient intenable l'Algérie française.
 
(1) Par Achille GULLLARD, dans : Éléments de statistique humaine, ou Démographie comparée.
(2) Natural and Political Observations... upon the Bills of Mortality.
(3) DUMONT Gérard-François, Allemagne. Géopolitique des migrations : les cinq actes de la tragédie de la chancelière Merkel, Diploweb.com, La revue géopolitique, 16 décembre 2018. Cet article a été rédigé avant que Mme MERKEL annonce qu'elle ne se représenterait pas à la présidence de la CDU et donc à la Chancellerie.
(4) DUMONT, Gérard-François, Démographie politique, Les lois de la géopolitique des populations, Paris, Ellipses, 2007.
(5) L'Inde est la 2ème puissance démographique au monde, sans doute la 1ère dans quelques décennies. Le Brésil est en 5ème position

Envoyé par l'auteur, paru sur Défense, sept-oct 2019

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Les retraites en Europe : quelles perspectives ?
 
La question des retraites en Europe prend une importance majeure dans les années 1880 avec la décision de l’Allemagne, dirigée par le chancelier BISMARCK d’instaurer des assurances sociales obligatoires pour les ouvriers allemands. BISMARCK (1) installe un système d’assurance pension couvrant l’invalidité et la retraite, financé en capitalisation par les employeurs, les ouvriers et l’État à parts égales. Les cotisations sont proportionnelles au revenu, tout comme le montant de leur future retraite (2)
 
L’on raconte que pour décider de l’âge de la retraite, BISMARCK recueillit l’avis de démographes. Ces derniers n’eurent pas de difficulté à lui faire comprendre que s’il fixait cet âge à 70 ans, les besoins de financement des retraites seraient limités compte tenu de la faible espérance de vie dont la population disposait alors dans ces dernières décennies du XIXe siècle. Il est vrai qu’en 1889, l’espérance de vie à la naissance en Europe était du même ordre de grandeur qu’en France, soit 44 ans pour les hommes et moins de 47 ans pour les femmes. Et la très grande majorité des retraités ne sont tout simplement plus en état physique de travailler. Cet âge fut ramené à 65 ans en 1916. Mais, jusque dans les années 1960, la majorité des salariés allemands partaient en invalidité (3) avant cet âge.
 
Avec les considérables progrès économiques, médicaux, pharmaceutiques et sanitaires survenus depuis (4), la situation a structurellement changé. Dans les pays européens, la très grande majorité des retraités ne sont pas des personnes invalides ou souffrant de lourdes incapacités limitant considérablement leurs possibilités d’activité ; elles disposent d’une espérance de vie significative et peuvent donc considérer leur retraite comme une sorte de vie nouvelle qui elles.
 
Le contexte démographique de la question des retraites s’est donc profondément modifié depuis BISMARCK : il importe d’abord d’en prendre la mesure actuelle et future, puis de préciser quelques paramètres incontournables. Face aux solutions techniques envisageables pour surmonter la question du financement des retraites, il importe de considérer des réalités essentielles et quelques idées de base.
 
Les projections largement influencées par le double vieillissement
Examinons la question à l’échelle de l’Union européenne à 28 (donc avec le Royaume-Uni, que nous désignerons UE28). Considérons la composition par âge en retenant les bornes – certes discutables – généralement utilisées dans les bases de données statistiques, soit 0-14 ans pour les enfants, 15-64 ans pour la population d’âge actif et 65 ans ou plus pour les retraités. La pyramide des âges de l’UE28 au milieu des années 2010 présente une forme de toupie Comme le montre clairement la pyramide des âges de 2014, la population d’âge actif susceptible de travailler pour créer des richesses servant à honorer les retraités est nettement plus nombreuse que celle des retraités si l’on fixe l’âge de la retraite à 65 ans. Cette population doit également financer l’investissement en capital humain, donc les enfants, mais les effectifs des générations de ces derniers sont moindres que ceux des générations d’âge actif en raison de cette faiblesse de la fécondité en Europe depuis le milieu des années 1970 que j’ai dénommé "l’hiver démographique" (5).


 


Examinons désormais la pyramide des âges à l’horizon 2080 selon la projection moyenne réalisée par Eurostat qui annonce, pour l’UE28, 520 millions d’habitants en 2080 contre 508 millions fin 2014 (6), essentiellement grâce à un solde migratoire positif. Cet horizon peut paraître fort lointain. Pourtant, en démographie, compte tenu de la longue unité d’œuvre et des logiques de longue durée de cette discipline, cet horizon, sur la question des retraites, est presque du court terme. En effet, tous les enfants nés avant 2015 auront plus de 65 ans en 2080.
 
Selon la projection moyenne, la pyramide des âges en 2080 ressemble à un cylindre en position debout qui s’élargit légèrement et progressivement vers le haut, puis est surmonté d’un cône qui prend forme après l’âge de 72 ans.
 
Les effectifs des seniors seraient nettement plus nombreux en 2080 (149 millions) qu’en 2014 (94 millions). En revanche, les 15-64 ans diminueraient de 334 millions en 2014 à 292 millions en 2080, tandis que le nombre des 0-14 ans serait presque sans changement. La population de l’Europe connaîtrait donc un double vieillissement "par le haut" (7), lié à l’augmentation de l’espérance de vie des seniors, et un vieillissement "par le bas", dû à une faible fécondité.

 



Une autre façon de mesurer ce vieillissement consiste à considérer l’âge médian, c’est-à-dire l’âge qui sépare en deux la série des âges, donc selon lequel la moitié de la population a un âge inférieur et l’autre moitié un âge supérieur. En 2015, cet âge médian est de 42,4 ans. Il pourrait s’élever jusqu’à 46,7 ans en 2040, soit une hausse de 4,3 ans en un quart de siècle. Il devrait ensuite demeurer relativement stable jusqu’en 2080.
 
Le trépied de l’équilibre des retraites
Ces projections moyennes de la pyramide des âges et de l’âge médian posent la question de l’équilibre des retraites qui repose sur des paramètres incontournables dont est nécessaire de rappeler les principaux éléments.
 
Le premier tient aux effectifs des générations arrivant à l’âge de la retraite. Comme précisés ci-dessus, ces derniers peuvent être aisément projetés puisque toutes les personnes qui auront 65 ans ou plus en 2080 sont toutes déjà nées. Seuls peuvent changer les taux de survie d’ici cette date. Mais, si l’on considère des dates plus proches, 2025, 2030 ou 2035, sauf catastrophes majeures, les projections de retraités paraissent assez fiables puisqu’elles portent sur des générations ayant déjà vécu 55, 50 ou 45 ans, donc dont on connaît les comportements de vie en termes de prévention sanitaire et d’hygiène et donc les effets de ces comportements sur leurs taux de survie

 
Le deuxième paramètre concerne le nombre d’années de retraite. Là aussi, l’histoire démographique passée des pays européens éclaire cette question. Dans les années 1950 et 1960, l’espérance de vie des retraités stagnait car la médecine et la pharmacie se concentraient sur l’objectif consistant à abaisser davantage les mortalités infantile, adolescente et maternelle. À compter des années 1970, après les formidables résultats atteints contre ces trois mortalités, la gérontologie se déploie et les taux de survie des personnes âgées s’améliorent.
 


Le troisième paramètre tient au nombre de personnes susceptibles de créer des richesses. Si l’on en reste aux bornes de 15 et 64 ans, leur nombre diminuerait, dans l’UE28, de 335 millions en 2014 à 292 millions en 2080, soit de 12%.
 
Ces évolutions peuvent être résumées par celle des pourcentages de ces trois classes d’âge. En 2014, les enfants de 0-14 ans composaient 15,6 % de la population. Leur part diminuerait à 14,6 % en 2040, puis remonterait légèrement à 15,1 % à l’horizon 2080 dans la mesure où la projection moyenne fait l’hypothèse d’un léger redressement de la fécondité et du nombre de femmes en âge de procréer, porté par des arrivées migratoires. La proportion des personnes arrivant à l’âge de 65 ans gagnerait près de 10 points, en passant de 18,5 % en 2014 à 28 % en 2050, puis demeurerait au-dessus de ce pourcentage. À l’inverse, le pourcentage des 15-64 ans baisserait de 65,9 % en 2014 à 56,9 % en 2050 pour demeurer constamment en dessous de 57 % par la suite.




Il est possible d’éclairer ces trois paramètres, soit les effectifs des générations arrivant à l’âge de 65 ans, retenu conventionnellement ici comme l’âge de la retraite, le nombre d’années de retraite et les effectifs de la population en âge de créer des richesses, par la projection du nombre des actifs 15-64 ans pour un 65 ans ou plus dans l’UE28 et des rapports de dépendance.




En 2016, l’UE28 comptait 3,4 personnes de la tranche d’âge des 15-64 ans pour une personne de 65 ans ou plus. Ce chiffre pourrait s’abaisser au-dessous de 3 en 2024, au-dessous de 2,5 en 2033, puis au-dessous de2 en 2055, pour ensuite demeurer pratiquement à 1,9.
 



Les enseignements des données et des projections sont clairs : un nombre très accru de personnes en retraite si cette dernière est effective à 65 ans, un nombre abaissé de personnes en âge d’activité. Comment financer les retraites face à cette forte divergence ? Quatre solutions possibles se présentent.
 
Comptablement, quatre solutions possibles...
La première solution consiste à comprimer ou à diminuer la masse financière des pensions versées aux retraités. Une telle solution peut être considérée comme injuste, surtout vis-à-vis des retraités qui, en élevant des enfants, ont préparé les cotisants de demain. En réalité, cette mesure consistant à diminuer le montant des retraites est déjà en application dans certains pays européens. Il faut en effet rappeler que certaines caisses de retraite ont déjà abaissé le montant relatif des retraites en ne valorisant pas certaines années le quantum des points de retraite ou en l’augmentant d’autres années moins que le taux d’inflation ou que le niveau moyen d’augmentation des salaires. Avec les conséquences de la crise financière de 2008, nombre de pays européens ont baissé les retraites (8)
 
Une deuxième solution consiste à augmenter les prélèvements sur le travail des actifs, soit les cotisations pour les retraites par répartition, soit les intérêts et les dividendes versés à des fonds de capitalisation. Quels que soient les modalités techniques de ces prélèvements et le statut qui leur est donné (comme un fonds de réserve des retraites), il s’agit toujours de ponctions sur l’économie.
 
Augmenter la population active en âge de travailler est la troisième solution, qui se décompose en trois possibilités : augmenter le nombre des actifs en retardant l’âge effectif de départ à la retraite, diminuer le taux de chômage par une vitalité économique plus grande et davantage d’esprit d’entreprise, augmenter les entrées dans la population d’âge actif, ce qui est envisageable si les effectifs des générations augmentent, c’est-à-dire si la natalité s’accroît.
 
Néanmoins les trois solutions évoquées ci-dessus restent délicates à mettre en œuvre. Limiter les revenus des retraités, c’est engendrer des difficultés sociales liées à des insuffisances de pouvoir d’achat et contrarier une catégorie électorale de plus en plus nombreuse. Augmenter les prélèvements sur l’activité pour financer les retraites, c’est diminuer le pouvoir d’achat des actifs, leur capacité d’investissement dans le capital humain (l’accueil de nouveaux enfants) et freiner les possibilités d’investir dans les entreprises. Augmenter les taux d’emploi, c’est déployer un ensemble de politiques touchant les questions de formation initiale et continue, l’investissement dans la recherche-développement et les infrastructures dont il ne faut négliger également le bon entretien, la réglementation du travail, la priorité donnée à la stimulation de l’entrepreneuriat...
 
Une quatrième solution pour le financement des retraites consiste à faire supporter leurs charges actuelles par les générations futures grâce à des emprunts. C’est, dans une certaine mesure, le cas pour les pensions de la fonction publique dans des pays dont l’État est fort endetté comme en France.
 
Face à ces solutions envisageables, il convient de cerner quelques réalités essentielles.
 
... mais la question n’est pas seulement technique
Il est souvent pensé que le financement des retraites est une question technique et qu’il suffirait de recourir à de meilleures techniques pour y satisfaire (9)
 
Or, quelles que soient les modalités techniques des systèmes de retraite (10) (capitalisation et répartition), leur financement repose toujours sur le travail des actifs (soit sur leurs revenus monétaires, soit sur les revenus financiers qu’ils ne se sont pas partagés), donc sur un prélèvement d’une part du Produit intérieur brut. Pour le dire autrement, une pyramide des âges signifiant une hausse des taux de dépendance senior mine tout système de retraite, qu’il soit par répartition ou par capitalisation. Certes, c’est moins directement évident pour la capitalisation. Mais, pour que les titres de capitalisation gardent leur valeur et leur rendement, il faut que les entreprises aient suffisamment d’employés dans les bonnes spécialités et de clients. D’ailleurs, dans la quasi-totalité des pays européens et occidentaux, pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier technique, il existe à la fois de la répartition et de la capitalisation.
 
En deuxième lieu, on croit souvent que les équilibres ou plutôt les déséquilibres dans le financement des retraites pour les vingt prochaines années sont définitivement établis. Or, ce n’est pas totalement exact. Il est vrai que les flux d’entrée dans la population active sont déjà largement déterminés par la natalité du dernier quart de siècle combinée avec les flux migratoires futurs, tant d’émigration et d’immigration, et leur composition par âge. Mais au sein de la population active, il importe de considérer la population active ayant un emploi, ceci étant aussi lié à l’âge moyen d’entrée et de sortie dans la vie professionnelle. Mais la capacité de l’Europe à créer des richesses, donc à être performante dans les vingt prochaines années afin de financer les retraites, dépend du dynamisme de l’économie, lié à différents facteurs, dont la politique économique et monétaire, la politique budgétaire, la qualité des compétences ou la vitalité démographique.
 
Considérons les éléments ci-dessus sur la question des retraites, il est possible d’énoncer quelques idées de base.
 
Réalisme, clarté, égalité, solidarité
La première idée concerne l’âge de la retraite. Les choix de départ doivent être considérablement assouplis (11), ce qui signifie, dans certains pays européens de revenir sur des abaissements précédents (12), qui se sont caractérisés en outre par plusieurs effets antisociaux pourtant omis dans des rapports ayant pour objet d’en dresser le bilan et d’offrir des perspectives(13). Toute diminution de l’âge de départ à la retraite doit être résolument écartée, comme cela figure –de façon démagogique –dans les programmes de plusieurs partis politiques en Europe.
 
Dans les pays qui n’ont que légèrement relevé l’âge réglementaire de départ à la retraite, cela doit être considéré comme une solution temporaire et insatisfaisante. Il s’agit d’encourager les personnes à travailler plus longtemps(14), même s’il convient de prendre en considération celles qui ont assumé des tâches à forte pénibilité, ce qui peut être analysé de façon objective en mettant en place des grilles d’analyse comme cela existe pour l’examen des niveaux d’incapacité des personnes âgées.
 
La deuxième idée est de combattre l’opacité qui résulte de la complexité des systèmes de retraite. Certains pays, comme la Suède, ont grandement avancé dans ce sens. En France, depuis la réforme de 2003 renforcée par celle de 2014, l’information des actifs sur leurs droits à retraite et la coopération entre les régimes ont progressé. Le retraité potentiel doit pouvoir être clairement informé à l’avance du montant de sa pension future.
 
Une troisième idée repose sur l’égalité, qui est au cœur des traités européens. Celle-ci nécessite de supprimer les distorsions injustifiées, pour des métiers semblables, pouvant exister sur l’âge donnant droit au départ à la retraite ou sur le quantum des pensions. Cette égalité doit être doublée d’une systématisation du système par points à la place ses systèmes par annuités. Il convient de préciser que les techniques permettant de passer d’une gestion par annuités à une gestion par points sont connues.
 
Quatrième élément, pour réaliser la solidarité intergénérationnelle, l’Europe a besoin d’actifs, ce qui suppose une dynamique démographique, soit, dans l’idéal, une Europe qui sorte de son hiver démographique, ce qui est possible car l’étude des relations entre politique familiale et fécondité met en évidence une incontestable corrélation. Les pays qui consacrent davantage aux prestations familiales ont la fécondité la plus élevée. Autrement dit, "les politiques familiales ont un impact positif et significatif sur la fécondité" (15). En revanche, ceux qui ont une politique familiale fort réduite comptent une fécondité plus faible.
 
La politique familiale se justifie par la prise en comptede la solidaritéentre les générations, mais aussi en tant qu’un investissement en ressource humaine, à la fois de court terme, par les dynamiques qui l’accompagne et, àlong terme, par ses effets sur le potentiel de population active. Alfred Sauvy l’avait formulé simplement en écrivant : "nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations, mais par nos enfants". Pour le formuler différemment, écrivons que les pensions de retraite constituent les dividendes obtenus grâce à l’investissement dans le capital humain.
 
En outre, même des retraités bénéficiant de revenus de niveau satisfaisant pourraient éprouver des difficultés, s’il n’y apas assez de population active pour satisfaire leurs besoins et services, comme nous l’avons montré avec la parabole des boulangers et infirmières(16).
 
Un cinquième élément concerne la dynamique économique, qui suppose d’optimiser les taux d’emploi de la population d’âge actif. Elle nécessite une politique efficace reposant d’abord sur la qualité de l’éducation et de la formation, puis sur la formation continue et des modes de régulation de l’emploi qui le facilite.
 
Conclusion
En conclusion, mettre en œuvre des réponses techniques à la question des retraites est nécessaire qu’il s’agisse de rendre plus souples, plus transparentes, plus égalitaires ou mieux gouvernables, les caisses par répartition, ou de faciliter la capitalisation avec des fonds de pension indispensables pour les nécessaires investissements à long terme. Mais ces réponses techniques ne sont que les vagues de surface de deux lames de fond essentielles: la dynamique démographique et la dynamique économique. En effet, le financement structurel des retraitesest toujours la combinaison entre des variables démographiques, qui engendrent les niveaux de rapports de dépendance, et des variables économiques, qui concourent au niveau de création de richesses. Plus précisément, des niveaux de retraite satisfaisants pour les pensionnés supposent à la fois une bonne dynamique démographique, qui dépend de la politiquedes âges et des générations,et de la dynamique économique, qui dépend de la bonne gouvernance. Si nécessaires et souhaitables que soient des réformestechniques, ellesne sont jamais suffisantes pour satisfaire la durabilité du financement des retraites (17).
Envoyé par l'auteur, paru dans Populations et avenir, décembre 2019
 
(1) D’Yvoire, Arnaud, "Le développement des retraites et l’émergence de modèles", La lettre de l’Observatoire des retraites, n°19, mais 2013.
(2) Rappelons que ce modèle bismarkien diffère de ce qu’on appellera le modèle beveridgiren, selon lequel les retraites assurent aux retraités un revenu minimum, ce qui signifie que les pensions versées ne dépendent donc pas de l'activité professionnelle antérieure.
(3) Comme le régime des marins créé par COLBERT en 1673 et qui ne distingua la pension pour âge de la pension pour invalidité qu’à partir de 1768, l’assurance pension allemande réunit l’invalidité et la retraite.
(4) DUMONT, Gérard-François, Géographie des populations. Concepts, dynamiques, prospectives, Paris, Armand Colin, 2018
(5) Cf. par exemple : DUMONT, Gérard-François, "L’Union européenne entre "hiver démographique" et crise des migrants", Diplomatie, Les grands dossiers, n°36, décembre 2016–janvier 2017 ; "Union européenne : dépopulation ou dépeuplement ?", Population & Avenir, n°743, mai-juin 2019.
(6) People in the EU-population projections in : People in the EU : who are we and how do we live ?, Eurostat https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=People_in_the_EU_–_who_are_we_and_how_do_we_live%3F, consulté le 27 octobre 2018.
(7) Sur les concepts du vieillissement, cf. DUMONT, Gérard-François (direction), Les territoires face au vieillissement en France et en Europe, Paris, Ellipses, 2006
(8) Suède, Portugal, pays baltes, Chypre, Grèce, Hongrie ou Roumanie.
(9) Par exemple, en France les réformes BALLADUR (1993), RAFFARIN-FILLON (2003) et SARKOZY-FILLON-WOERTH (2010), si salutaires ont-elles été pour revenir sur l’erreur, d’abord démographique, de l’instauration de la retraite à 60 ans en 1982, ne peuvent résoudre tous les problèmes à venir et pérenniser une société de solidarité. Pourtant, les partis dans l’opposition qui avaient condamnés ces réformes ne les ont pas remises en cause, ou seulement à la marge, une fois arrivés au pouvoir
(10) MONTENAY, Yves, "Retraite : réforme technique ou prise en compte des réalités démographiques ?", Population & Avenir, n°741, janvier-février2019
(11) BICHOT, Jacques, La retraite en liberté, Paris, Le Cherche Midi, 2017
(12) En France, près de 40 ans après l’abaissement de la retraite à de 65 à 60 ans décidé en 1982, cette erreur démographique et sociale n’est toujours pas réparé, puisque l’âge réglementaire à la retraite n’est remonté qu’à 62 ans.
(13) DUMONT Gérard-François, "Retraite: lumières et ombres du rapport CHARPIN», Population & Avenir, n°642, mars-avril 1999.
(14) De LAROZIERE, Jacques, "Le problème des retraites en France : inextricable ou très simple", Les Cahiers de Centre, n°38, novembre 2018.
(15) Selon la formulation de Fent, Thomas,Aparicio Diaz, Belinda,Prskawetz, Alexia, "Family policies in the context of low fertility and social structure",www.demographic-research.org/volumes/vol29/37, 13 november 2013.Cf. DUMONT, Gérard-François, "Politique familiale et fécondité en Europe", Population & Avenir, n°681, janvier-février 2007; "La fécondité en Europe: quelle influence de la politique familiale ?", Population & Avenir, n°716, janvier-février 2014. "Quelle géographie de la fécondité en Europe?", Population & Avenir, n°736, janvier-février 2018
(16) DUMONT Gérard-François, MONTENAY, Yves, "Retraites: la parabole des boulangers et des infirmières", Population & Avenir, n°662, mars-avril 2003.
(17) Pour une analyse plus complète, cf. DUMONT, Gérard-François, "La quest
ion des retraites en Europe: les données structurelles", Les cahiers du Centre, Centre des professions financières, mars 2019
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Avec JOHNSON, une droite qui gagne ; avec JACOB, une droite qui perd
 
La perfide Albion a encore frappé. Contrairement à ce que prétendaient les médias français, les Anglais ne regrettent pas leur vote en faveur du Brexit. Contrairement à la droite française, qui perd toutes les élections, son homologue anglaise triomphe. Contrairement aux Républicains français qui sont allés chercher l’obscur Christian JACOB pour les présider sur une ligne la plus centriste et politiquement correcte possible, les Conservateurs anglais ont mis le flamboyant Boris JOHNSON pour sonner une charge souverainiste et nationaliste.
Quand les Français se convertissent à un libéralisme tardif et décalé, les conservateurs anglais enterrent le rigorisme thatchérien et promettent le grand retour de l’Etat dans la santé et l’éducation.
Quand les Républicains français se réduisent désormais à un club de retraités de la Côte d’Azur, les conservateurs anglais arrachent à la gauche ses bastions ouvriers séculaires du Yorkshire et des Midlands. Quand Boris JOHNSON prend pour modèle Donald TRUMP, les Républicains français ont pour ennemi principal le Rassemblement national. Quand les Conservateurs anglais assument un "populisme" sans fard, les Républicains français assument un "modérantisme" sans éclat. Pas d’ennemi à droite, clament les Anglais, et le souverainiste Nigel FARAGE retire ses candidats pour ne pas écorner la victoire de JOHNSON. Pas d’ennemi au centre clament les Républicains français, et de nombreux maires LR préparent des accords avec En Marche. Deux stratégies radicalement opposées, une qui gagne, une qui perd.
 
Le Brexit reposait sur trois refus portés par l’électorat populaire blanc, l’Angleterre périphérique, pour reprendre la terminologie de Christophe GUILLUY : l’immigration de masse qui désagrège l’Angleterre traditionnelle, la désindustrialisation qui détruit les emplois ouvriers, et l’autorité lointaine des technocrates bruxellois et des juges européens qui vide de sa substance la démocratie parlementaire britannique. Les Conservateurs ont repris à leur compte ces trois refus. L’électorat populaire blanc les a suivis avec enthousiasme. L’identité, le social, la souveraineté.
L’ethnos et le demos. C’est le grand retour de la nation comme instrument privilégié d’expression du peuple. La droite française, renouant avec ses fondamentaux chiraquiens et centristes, refuse ce qu’elle voit comme un nationalisme désuet ou dangereux. Le défi pour JOHNSON est gigantesque : montrer que, contrairement à la doxa dominante depuis trente ans, une nation séculaire, une ancienne grande puissance devenue moyenne, peut reprendre en main son destin et ne plus subir passivement les effets délétères de la mondialisation : grand remplacement et grand déclassement. S’il échoue, les chiraquiens danseront autour de son bûcher. S’il réussit, la droite française s’alignera. Comme d’habitude. Avec retard. Comme d’habitude. En moins bien. Comme d’habitude.

Avec l'autorisation de l'auteur, paru dans Le Figaro Magazine, 20 décembre 2019
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Usine à gaz (Retraites)
 
Si le but principal du gouvernement était d’avoir la peau des régimes spéciaux, qui ne sont absolument plus justifiés et coutent un "pognon dingue" c’est raté. Plutôt que de traiter simplement et ouvertement le problème, ce qui aurait provoqué certainement des mouvements de grèves identiques aux actuels mais qui n’aurait probablement pas recueilli de soutien populaire, le gouvernement a préféré noyer le poisson dans une refonte totale du régime des retraites. Cette façon de faire a déclenché, probablement à juste titre, l’inquiétude et le refus des futurs retraités, le pouvoir ayant perdu toute crédibilité comme l’a démontré amplement le mouvement des gilets jaunes. Deux ans de négociation avec les corps intermédiaires - on se demande à quoi sert le parlement -  n’ayant conduit à rien, le gouvernement a choisi l’époque de Noël pour dévoiler un projet qu’on peut qualifier de fumeux au point de provoquer l’opposition générale et non seulement celle des bénéficiaires de régimes spéciaux à l’évidence abusifs.
 
L’argument du gouvernement était qu’il y avait 42 régimes de retraite différents et qu’il convenait de les unifier en un seul régime général. Parmi ces régimes on trouve des caisses indépendantes, gérant les retraites de certaines professions généralement libérales, avocats, ingénieurs, médecins, qui ne coutent pas un sou à la collectivité.  La fusion de ces régimes en un système unique entrainerait hausse des cotisations et diminutions des retraites, bien entendu les intéressés s’y opposent.
Les retraites du privé et des fonctionnaires ne sont pas calculées de la même façon, mais sont-elles de niveaux tellement différents ? Ce n’est pas évident.
On trouve aussi parmi les régimes particuliers, les retraites de certaines professions qui ne peuvent rentrer dans le système général, en particulier pour l’âge de la retraite. Peut on demander aux danseurs de l’opéra et aux marins pêcheurs d’exercer jusqu’à 62 ans ? bien sur que non. On ne peut non plus envisager, les militaires, les policiers, les pompiers restant au service jusqu’à cet âge.
 
Il va donc falloir tenir compte dans un régime dit général de toutes les particularités et avantages acquis, le transformant en usine à gaz, toutes les dérogations faisant l’objet d’une foire d’empoigne pour la défense des différents intérêts catégoriels. La fin des régimes spéciaux ne se fera que sur des décennies, déjà le gouvernement a cédé aux policiers, promis une revalorisation du salaire des enseignants. Finalement on peut craindre que l’ensemble n’entraine une baisse générale des retraites et des injustices comme celles que doivent subir les mères de famille nombreuse.
On suivra avec intérêt l’évolution du régime de retraite des sénateurs dont la caisse dispose d’une cagnotte de l’ordre d’un milliard d’euros constituée au fil des ans sur fonds publics. Le président du Sénat s’appuie sur le principe de la séparation des pouvoirs exécutif et législatif, pour dire que c’est à lui de décider d’une éventuelle évolution du régime des retraites des sénateurs ; avec de tels arguments on peut craindre que nous ne soyons pas sortis de l’auberge.

Envoyé par l'auteur, 20 décembre 2019
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La guillotine médiatique (Affaire DELEVOYE)
 
Il faut laver plus blanc que blanc, et nos politiques en rajoutent tous les jours pour avoir l'air d'être eux-mêmes immaculés, comme si le fait de haranguer les foules sur la nécessaire transparence des biens et des actes était pour eux un passeport de probité en soi.
 
L
e cas DELEVOYE, fondamentalement, n'est pas le témoignage de la malhonnêteté d'un homme, mais bien le résultat d'un comportement admis par ses pairs et quasi général, celui d'un vieux monde solidaire dont les pratiques sont devenues courantes. Les clans, l'entre soi, les compensations de salaires, les donnant-donnant, les réseaux (pas sociaux), la complicité de classe plus forte que les oppositions politiques affichées, le tout pour aboutir à un monde à part.
Et pourtant, malgré la déception et la compréhensible exaspération, ces hommes en général ne sont ni meilleurs ni pires que les autres. Au bout du compte (c'est le cas de le dire) Jean-Paul DELEVOYE est plutôt un honnête homme mais depuis si longtemps ami des pouvoirs, occupant des fonctions importantes (jadis ministre de la Fonction Publique, président du CESE, etc.) dont il a accepté les honneurs, les présidences, les rémunérations officielles. Dans le même temps, il a prôné avec conviction la transparence. C'est un "serviteur de l'État" avec tout ce que cela peut signifier de compromissions et d'éloignement du monde réel.
 
"Tous, sauf moi" telle est la devise... Et qu'ont fait les organismes chargés d'examiner dans le détail toutes les déclarations des "recrutés" du gouvernement (HATVP) ? Doivent-il emboîter le pas à DELEVOYE et donner leur démission ? Les exigences sont là et se multiplient au rythme des organismes chargés de contrôles que l'on ferait bien de contrôler !
 
Les conflits d'intérêts sous-jacents partout en haut lieu sont effectivement peut-être une menace mais, pour exercer le pouvoir, faut-il ne pas avoir d'expérience ? Ne pas avoir travaillé dans le privé ? Être pauvre comme Job ? (Franchement l'idéal en France alors qu'aux USA ce sont les milliardaires qui inspirent confiance !) se démunir de tout lorsqu'on entre en politique ? Passer un scanner sur sa vie personnelle et professionnelle ? Objectif malsain.
De fait "ils n'en mouraient pas mais tous étaient frappés", la liste des suspects est immense et depuis des décennies : les déclarations d'impôts de CHABAN-DELMAS, les diamants de BOKASSA, les révélations sur " Mitterrand et les 40 voleurs " ... Récemment les "oublis" des déclarations fiscales frisent Alzheimer chez nos ministres : l'ex ministre de la Culture, les emplois fictifs du MODEM, les Mutuelles de Bretagne, les "affaires personnelles" justifiant la décision de l'ex-ministre des Sports et, disons-le, ce ne sont globalement pas des gens malhonnêtes, à quelques exceptions près.
Non que je cautionne le moins du monde des irrégularités devenues courantes ni le moindre manquement à l'éthique mais il faut savoir raison garder, aujourd'hui pas un homme ni une femme politique de plus de 50 ans auquel on ne pourrait pas trouver un semblant de "casserole" dans son passé. Mais la coupe est pleine et rien n'est plus toléré ni compris comme hier. Notre société est devenue haineuse et intransigeante, et on confond tout : les pinces de homard en photo sur les réseaux sociaux et les injustices entre le revenu de l'aide-soignante et celui de l'énarque de service.
 
La transparence est aussi un business ne l'oublions pas ! Pour faire vendre de l'information, des sites comme 
Mediapart 
et autres médias gratteront jusqu'à l'os pour faire du buzz. Il faut en tirer les conséquences, la tolérance zéro est au rendez-vous et il ne reste plus au gouvernement qu'à faire une grande lessive et à se montrer intransigeant, trop intransigeant même, pour les nouveaux entrants pour aider le personnel politique à tenter de retrouver une crédibilité. La tâche est d'autant plus ardue qu'il faut aller très loin et descendre bas dans l'échelle hiérarchique : tous potentiellement coupables. Nous avons vécu dans une société d'avantages en nature dont les chefs d'entreprise ont été les premiers accusés, ils ont depuis fait beaucoup le ménage. Les règles du privé sont aujourd'hui beaucoup plus exigeantes alors que les avantages et les dérogations sont la règle implicite dans l'administration et la Fonction Publique.
Ce qui est grave, ce n'est pas la dernière affaire DELEVOYE, ce sont les promesses éthiques démenties et la détestation populaire qui s'en suit dont la jalousie est une des composantes majeures. On veut à juste titre de l'exemplarité mais on n'y arrive pas ! Et d'ailleurs voulons-nous être dirigés par des incompétents "blanc-bleu" sans expérience et n'ayant pas réussi ni surtout gagné d'argent ?
 
Aucun coup de balai ne sera assez vaste pour créer le pays de rêve que nous souhaitons, un pays transparent et juste, démocratique et égalitaire, un pays qui ne veut plus d'élites, qui soupçonne son voisin et ne jure que par la démocratie directe à condition qu'elle défende son propre point de vue. C'est ce qui rend la situation explosive et dangereuse. N'y a-t-il pas comme un relent prérévolutionnaire accentué par les discours "d'irresponsables politiques" ?
La guillotine est médiatique, mais jusqu'à quand ?

Envoyé par l'auteur, 18 décembre 2019
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PMA-GPA 2020, retournement de situation ?

 

   

 

 

 

 


Chers amis,

À l’approche de Noël, je viens très simplement solliciter votre aide pour poursuivre notre combat en 2020.

Sur le projet de loi en bioéthique, comme sur tant d’autres luttes, rien n’est perdu. Des retournements sont toujours possibles !

Le texte est en ce moment examiné par la commission spéciale sur la bioéthique du Sénat, qui nous a auditionnés le 4 décembre. Nous avons bon espoir de le faire amender afin qu’il revienne à l’Assemblée Nationale avec le moins de soutien possible.

Notre combat est un cri du cœur ! Il est contraire au droit d’interdire à certains enfants toute possibilité de lignée paternelle, il est injuste de rembourser des PMA à 100 %, surtout quand c'est pour des personnes fertiles. Nous ne voulons pas de la marchandisation du corps et de la vente des gamètes.

Nous avons besoin de vous pour :

- Préparer des recours juridiques devant diverses instances juridictionnelles, tant en ce qui concerne le mépris des droits des enfants que le détournement de l’argent de l’assurance maladie.
- Travailler avec des parlementaires pour rendre plus efficace l’interdiction légale de la GPA : la loi française est actuellement contournée en toute impunité avec la complaisance des juges.
- Fédérer des interlocuteurs français ou étrangers, notamment par une conférence internationale aux USA, et d’autres séminaires de travail.
- Publier de nouveaux supports d’information : une brochure pour devenir famille d‘accueil, un guide pour protéger les enfants contre des dérives scolaires, etc.
- Attaquer en justice le festival Solidays qui reçoit une subvention de 800 000 € attribuée par la région Île-de-France, alors qu'il expose des mineurs à des contenus pornographiques.

Nous devons réunir 30 000 € avant le 31 décembre pour maintenir les trois salariés de l’association et financer les frais de justice, d’huissier, les honoraires d’avocats.

Puis-je compter sur vous ? 
Je vous assure de notre engagement sans concessions

 

Joyeux Noël à vous et à vos proches,
Aude Mirkovic, Porte-parole de Juristes pour l’Enfance


PS : Vos dons bénéficient de la déduction de 66 % sur l’impôt sur le revenu et de 60 % pour les sociétés dans les limites fixées. Ainsi, donner 200 € ne vous coûte que 68 ou 60 €.
Envoyé par l'auteur, 19 décembre 2019

Publié dans A tout un chacun
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Étrange nomination à la direction du CNSMD de Paris
 
Par un arrêté du 11 décembre 2019, Monsieur Franck RIESTER, ministre de la Culture, vient de nommer Madame Émilie DELORME directrice de la prestigieuse institution qu’est le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Pour la première fois dans l’histoire de cet établissement, une femme va donc s’asseoir derrière le bureau de CHERUBINI, AUBER, THOMAS, FAURE, RABAUD et tant d’autres illustres musiciens qui se sont succédés à ce poste depuis 1795. Tous, à des degrés divers, ont apporté leur contribution au rayonnement du patrimoine musical, aussi bien par la création que par l’interprétation. Tous étaient des musiciens, beaucoup d’entre eux des compositeurs de renommée internationale.
 
Comme son nom l’indique, le Conservatoire est un lieu destiné à "conserver" les trésors de la musique en formant les hommes et les femmes destinés à en perpétuer la tradition vivante, tout en la faisant évoluer vers des horizons propres aux nouvelles générations dans le respect de l’héritage de nos anciens. Il est nécessaire de rappeler cette réalité incontournable comme préalable à toute réflexion sur le sujet.
 
Il ne s’agit évidemment pas de critiquer par avance une direction qui n’a pas encore commencée. Laissons toutes ses chances à la nouvelle directrice de cette illustre maison en lui souhaitant le succès que mérite ce haut lieu de la culture française, pensant surtout aux jeunes gens qui viennent y parfaire leur formation musicale et chorégraphique au plus haut niveau sous la houlette de professeurs exceptionnels et dans le cadre enviable des superbes locaux de La Villette. Mais accordons-nous le droit de manifester quelques inquiétudes.
 
Le curriculum vitae d’Émilie DELORME ne laisse pas de surprendre pour le rôle qui lui est imparti. En fait de musicienne, c’est une ingénieure des Mines recyclée très tôt dans l’administration de spectacles, autrement dit un pur produit de la technostructure. Elle n’est pas une artiste professionnelle (tout de même titulaire d’un diplôme d’alto du CNR de Lyon), elle n’est pas une créatrice ni une interprète, encore moins une enseignante. A son actif administratif et communicationnel, on trouve quelques stages estivaux pompeusement baptisés "Académies", comme l’Académie du Festival d’Aix en Provence. Ça fait chic, mais c’est ponctuel, occasionnel et de courte durée. Ce n’est pas un "conservatoire".
Donc pour résumer, pas d’expérience musicale professionnelle et pas davantage d’expérience de direction d’un établissement d’enseignement supérieur de type "conservatoire". Voilà deux surprenantes lacunes quand on brigue la direction du CNSMD de Paris. Les gens qui ont procédé à ce recrutement se font une bien curieuse idée des métiers de la musique et de la danse. Une idée technocratique, sans doute, en tout cas déconnectée des réalités musicales et chorégraphiques. En fait, cette nomination semble plutôt obéir à des motivations purement idéologiques.
 
Pour éviter tout procès d’intention et juger seulement sur pièces, j’invite le lecteur à consulter la tribune d’un certain Paul B. PRECIADO qu’Émilie DELORME partage sur son compte Twitter. Il s’agit de rien de moins que l’éradication des hommes (par les femmes) de la surface de la planète au nom d’un féminisme poussé jusqu’à l’absurde. On ne fait pas dans la dentelle. C’est que notre nouvelle directrice n’est pas seulement une technocrate haut de gamme issue de la bobostructure, c’est aussi apparemment une militante de l’extrême-gauche la plus radicale. Elle serait proche des indigénistes, et adepte de la pensée (si l’on peut dire) décoloniale et intersectionnelle (sic). Soit dit en passant, ces idéologies outrancières relèguent l’anticolonialisme de papa et la repentance coloniale au rayon des vielles douceurs surannées. On pourrait se demander quel est le lien entre le décolonialisme intersectionnel et l’enseignement de la musique et de la danse. Eh bien, ce lien existe, et il est très inquiétant. La haine vouée à l’ancien colonisateur, la détestation de tout (absolument tout) ce qu’il a fait conduisent quelques fanatiques à entreprendre une déconstruction impitoyable de la culture d’un pays (la France) qu’ils considèrent comme criminel contre l’humanité. Avec ces idéologies, on entre donc dans le dur, dans l’entreprise de destruction massive de la culture occidentale. L’heure n’est plus au débat d’idées, elle est à la démolition, à la revanche tant attendue des victimes du colonialisme alliées dans une convergence des luttes à toutes les minorités opprimées qui réclament leur part de vengeance contre leurs oppresseurs de jadis et d’aujourd’hui (mâles, blancs, catholiques etc.).
 
Le travail de sape a déjà commencé depuis des années dans la mise en scène des opéras et des ballets. La relecture moderniste quasi systématique des chefs d’œuvres du répertoire noie tout, le plus souvent, dans des délires paroxystiques de crasse, de scatologie, de sang et de violence sexuelle. On a vu récemment à Paris une Traviata devenue une sorte de Kim Kardashian mourant du sida entre deux tweets pornographiques. Aix en Provence (par où est passée Madame DELORME) n’est pas en reste avec (entre autres délires) une Carmen expurgée de toute référence à l’Espagne, transposée dans le bureau d’un psychanalyste et mutilée sans vergogne dans son livret et sa partition musicale. On se demande, par contre, comment ils vont faire pour déconstruire un concerto de MOZART, un quatuor de SCHUBERT ou une sonate de BEETHOVEN…
 
Plaise à Dieu que cette vision du monde haineuse et sectaire, que cette dialectique répugnante de la haine entre les races, les sexes, les religions, les générations et que sais-je encore, cette idéologie mortifère de la revanche portée par les décolonialistes et autres intersctionnalistes, oui, plaise à Dieu que ces insanités ne viennent pas ruiner la formation de nos jeunes musiciens et danseurs. Ce serait une hécatombe humaine et culturelle dont le patrimoine français aurait du mal à se relever. C’est peut-être le but recherché.

Envoyé par l'auteur, 18 décembre 2019
Publié dans Du côté des élites
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