Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

... de retour le 24 septembre 2017
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
De la parole aux actes
 
Le président de la République et le gouvernement répètent à l’envi que la sécurité et la lutte contre le terrorisme sont des priorités nationales. Dont acte. Alors, par curiosité, regardons les choses par le petit bout de la lorgnette, sur le terrain où l’on est en prise directe avec la réalité du quotidien, loin des déclarations fracassantes et des coups de menton de Monsieur "Je suis l’chef".
 
Entrons dans une petite unité de gendarmerie située dans la banlieue d’une grande ville. Loin des belles déclarations d’intentions du gouvernement, le chef d’unité vient d’apprendre, en ce début septembre, que son budget mensuel est subitement réduit de 8 %, rabotage qui n’est pas compris dans la coupe budgétaire drastique à l’origine de la démission du général de Villiers. C’est une possibilité que se réserve Bercy, mais cela n’a jamais été appliqué à la gendarmerie. Il y a un début à tout, surtout si les circonstances s’y prêtent…
Un officier explique avec flegme et résignation que 8 %, c’est presque la moitié de la marge de manœuvre qui lui reste pour faire fonctionner son unité une fois que les salaires ont été payés. La nouvelle coupe budgétaire devrait donc limiter considérablement les capacités d’action de nos gendarmes. Seulement, comme ce sont des hommes de devoir prêts à tous les sacrifices, ils vont trouver les moyens d’assumer leurs tâches sans un sou vaillant. Les trois véhicules de la compagnie sont en panne au garage ? On ne peut plus payer les réparations ? On fera les patrouilles à pieds. Il reste une ramette de papier à imprimante pour tenir jusqu’en 2018 ? On se débrouillera. Et ainsi de suite.
 
Mais surtout, on va être obligé de faire des coupes sombres dans certains secteurs comme l’emploi de la réserve opérationnelle. Annoncée à grand fracas de communication, entrainée et formée à grands frais, cette réserve regroupe des jeunes gens courageux qui donnent plusieurs journées de leur temps chaque mois pour seconder la gendarmerie dans toutes ses tâches : antiterrorisme, contrôles routiers, prévention et répression de la délinquance, convoyage de détenus etc. Eh bien, faute de crédits pour employer ces réservistes, ou plutôt à cause des coupes budgétaires subites, il va falloir geler ce beau projet. Cette "Garde nationale" dont on nous a tant vanté les mérites, on ne veut plus la payer ni l’équiper. Alors, on l’abandonne au milieu du gué sans avoir prévenu personne. Que d’énergies, de bonnes volontés, de compétences, de sacrifices, d’investissements ainsi gaspillés ! Que de missions importantes, voire vitales, reportées aux calendes grecques !
 
Ma génération a grandi aux échos d’un certain "Je vous ai compris", suivi d’actes exactement contraires à ce que les mots pouvaient laisser croire. Mais n’est pas Charles de Gaulle qui veut, et surtout, l’abandon qui se dessine aujourd’hui à travers ces coupes budgétaires irresponsables ne concerne pas l’autre côté de la Méditerranée, mais le territoire métropolitain. L’étau se resserre. C’est comme cela que l’on prépare la défaite face au terrorisme, à l’embrasement des banlieues ou aux mutineries des prisons. Certains, comme Bazaine en 1870, auront des comptes à rendre devant la Nation et devant l’Histoire.

Envoyé par l'auteur, 7 septembre 2017
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
La réalité, ce n'est pas l'islamophobie, mais l'occidentophobie
 
TRIBUNE - Pour la philosophe*, il est vain de chercher des causes économiques ou psychiatriques au terrorisme. La matrice idéologique des djihadistes est la haine de la civilisation occidentale. Le problème est que nous non plus ne nous aimons pas.
 
Le terrorisme qui nous frappe s'impose à nous comme un objet non identifié. Nous sommes capables de mettre en place l'état d'urgence, de détenir des services secrets performants qui sans aucun doute nous évitent bien d'autres attentats. Mais nous sommes incapables de mettre le doigt sur les causes. Au début, à partir du 11 Septembre, on a commencé par prétendre que des raisons économiques poussaient ces jeunes garçons au meurtre de masse et au suicide. L'empreinte marxiste est déterminante dans les sociétés occidentales du tournant du siècle : on pense encore que le crime ne provient que du chômage et du mal-être social. Puis on s'est rendu compte qu'il n'en était rien, puisque les coupables étaient parfaitement intégrés et instruits. Aujourd'hui une nouvelle explication, non moins risible, court sur les antennes : les terroristes seraient des malades mentaux. On installe des "cellules de déradicalisation" aussi ridicules qu'inutiles, comme si on pouvait lutter contre des croyances avec les armes de la raison bureaucratique. La seconde explication a aussi peu de sens que la première. Car la véritable raison est étalée sous nos yeux, pendant que nous refusons de la voir, comme la lettre volée.
 
Le déni de réalité est tel qu'on voit ces jours-ci des Espagnols défiler contre le terrorisme aux cris de "non à l'islamophobie", comme si la raison de tout cela n'était pas, évidemment, l'occidentophobie. Qu'on le croie ou non, l'aveuglement des ex-communistes vis-à-vis des crimes de Lénine/Staline a été encore dépassé par l'aveuglement de nos contemporains devant les meurtres de masse auxquels nous sommes pratiquement habitués…
On ne parle pas de l'occidentophobie. Et probablement, il est suspect d'en parler, parce que c'est une manière de mettre en cause une branche de l'islam. Pourtant, les attentats qui secouent nos villes à intervalles de plus en plus rapprochés, sont bien le fruit de l'occidentophobie. Il s'agit d'une récusation profonde de notre culture telle qu'elle se déploie dans nos sociétés, Europe et Amérique confondues. L'Américain John Updike a bien décrit cela dans son roman Terroriste: son héros, le jeune Ahmad Mulloy, ne supporte pas le spectacle de la vie quotidienne américaine : la consommation permanente et la passion des choses superflues ; les filles offertes dans un abus de nudité et de laxisme, où plus rien n'est interdit ; la vulgarité, la bagatellisation de tout, le refus de toute spiritualité.
 
Au fond, ce qui est mis en cause ici, c'est l'athéisme, la sécularisation générale, l'égalité des sexes, le matérialisme, la priorité du plaisir. Les terroristes sont d'abord des gens qui ne supportent pas les droits égaux pour les femmes, la laïcité, la fin du machisme patriarcal.
Un certain pourcentage de musulmans hébergés par l'Occident hait l'Occident. C'est un fait. Ils ont été accueillis ici mais se révoltent contre leur culture d'adoption. Ce sont des choses qui arrivent, et ce n'est pas la première fois dans l'histoire. Il ne s'agit pas d'un simple dégoût, sinon nos terroristes pourraient aller vivre dans des pays où le gouvernement est musulman et les femmes voilées. Il s'agit d'une haine, d'une volonté de faire disparaître une culture : une idéologie - cet islam veut le monde. Beaucoup d'Occidentaux croient naïvement que les idéologies, après l'enfer puis après le communisme, ont été supprimées. En réalité nous nous trouvons devant une nouvelle "guerre contre l'Ouest", héritière de celle dont parlait le Hongrois Aurel Kolnai en parlant du nazisme.
Les Occidentaux ont énormément de mal à admettre que des gens commandités par l'islam (même si évidemment aucun islam n'est tout l'islam) ont désigné l'Occident comme ennemi au point d'y commettre des massacres de masse. Car les musulmans, comme anciennes minorités opprimées, ont toujours raison : tel est notre mode de pensée. Incriminer des causes économiques ou psychiatriques des attentats, est chaque fois un moyen d'en rejeter la faute indirectement sur nous.
 
Cet aveuglement a des raisons intéressantes, et des conséquences non négligeables. Nous sommes parfaitement capables d'expliquer pourquoi nous, Occidentaux, devons être occidentophobes : toute la culture de la déconstruction nous le répète à satiété depuis un demi-siècle. Nous sommes capables d'expliquer comment la culture occidentale, responsable des guerres de religions et des guerres mondiales, est haïssable. Mais nous sommes bien incapables de comprendre et d'expliquer pourquoi un jeune musulman d'aujourd'hui, abrité et éduqué par l'Occident, va haïr la laïcité et l'émancipation des femmes : nous n'avons pas encore accepté cette réalité, tant elle nous insupporte, parce qu'elle déprécie une minorité que nous avons opprimée, c'est-à-dire un groupe de héros.
Nous avons depuis longtemps perdu l'habitude de défendre notre culture, de plaider pour elle. Faire l'apologie de la culture occidentale, nous pensons que c'est vichyssois, voilà tout. Aussi demeurons-nous pétrifiés et impuissants, incapables de comprendre avant même de répondre. Il faudrait justifier nos propres racines, que nous passons notre temps à ridiculiser depuis cinquante ans. Nous ne savons même plus où elles sont. La tâche est pour nous effrayante. Elle nous demande un retournement complet.
 
On ferait bien de cesser de pleurnicher sur la soi-disant islamophobie, qui n'existe que dans la mauvaise conscience, en ce cas mauvaise conseillère. La vraie réalité, qui se compte en nombre de morts, et cela est bien réel, c'est l'occidentophobie (qu'il vaudrait mieux appeler misoccidentie, si le mot n'était dissonant) : la haine de l'Occident. Il est probable qu'à force de vouloir nous déconstruire nous-mêmes, nous avons donné des armes à ceux qui déjà ne nous aimaient pas beaucoup - quand on bat sa coulpe en permanence, on finit par apparaître comme un raté. Mais enfin le mal est fait. Il nous faut tenter de comprendre, quand nous serons parvenus à prononcer ce mot, pourquoi pullulent les occidentophobes, habités par la nostalgie d'une société religieuse, patriarcale et machiste. Il ne nous suffira pas de les traquer physiquement, car c'est une bataille de croyances - on n'embastille pas des croyances. Où sont nos croyances ? Nous pourrions, avec profit, les rattraper dans le ruisseau où nous les avions imprudemment abandonnées.

Paru dans Le Figaro, 7 septembre 2017
 
*Membre de l'Institut, fondatrice de l'Institut Hannah Arendt, Chantal Delsol est philosophe et historienne des idées. Elle a dernièrement publié "Un personnage d'aventure. Petite philosophie de l'enfance" (Éditions du Cerf).
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Le déni de la réalité
 
Nous assistons à un double déni de la réalité : pour les dirigeants et diplomates français, depuis cinq ans, il n’y aurait pas de solution en Syrie sans la mise à l’écart de Bachar el Assad. Donald Trump, depuis un an, s’imagine pouvoir arrêter la course nord-coréenne aux armements nucléaires, soit par des menaces, soit par des pressions sur la Chine. Français et Américains vivent dans l’illusion. L’armée de  Bachar el Assad vient de libérer Deir el Zor pendant que nous pérorons : il se prépare à reprendre le contrôle de toute la Syrie. Que dirons-nous alors, faute de pouvoir agir ?
Donald Trump se refuse à admettre plusieurs réalités :
- Le régime héréditaire nord-coréen, présidé par Kim Jong-Un, croit que l’arme nucléaire assurera sa survie et lui évitera le sort de Kadhafi ;
- La Chine ne veut pas d’une réunification sous l’égide de la Corée du Sud, qui amènerai un allié des Etats-Unis à sa frontière ;
- La Chine ne veut pas d’un effondrement du régime nord-coréen, qui provoquerait un chaos aux conséquences imprévisibles.

La seule solution consisterait à admettre que le problème nord-coréen doit se résoudre en acceptant le statut de puissance nucléaire pour cet Etat, et des négociations directes entre les dirigeants américains et nord-coréens.
Pour la Syrie également, aussi longtemps que nous ne reprendrons pas des discussions directes avec Bachar el Assad, en constatant qu’il est incontournable, nous en resterons à vaines incantations. Et pendant ce temps, la Russie nous évince de Syrie et compte les coups.

Envoyé par l'auteur, 6 septembre 2017
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Corée : ne pas confondre coercition et dissuasion
 
La crise coréenne ne peut plus être résolue par une intervention militaire, qui ne pourrait être que nucléaire et donc apocalyptique, mais uniquement par la négociation.
 
Le niveau de technologie nucléaire atteint par la Corée du Nord ne permet plus de l’attaquer militairement sans qu’elle déclenche le feu nucléaire sur son assaillant ou son voisin du Sud, même si les arguties sur ce niveau-puissance de ses bombes, leur miniaturisation, précision des porteurs balistiques- cherchent à occulter le fait que la dissuasion nucléaire "du faible au fort" s’applique désormais inéluctablement. Kim Jong Un a parfaitement intégré ce concept que, encore aujourd’hui, certains stratèges ne semblent pas avoir assimilé.
Alain Peyrefitte dans son œuvre magistrale "C’était de Gaulle" rapporte comment le Général lui explique après l’explosion de la première bombe atomique française, qui n’était encore qu’une bombe A, le principe de la dissuasion :
"J’allais lui demander : ça ne vous fait rien de penser que vous pourriez… (Tuer vingt millions d’hommes deux heures après le déclenchement d’une agression)
Il me répond tranquillement : Précisément, nous ne les tuerons pas, parce qu’on saura que nous pourrions le faire. Et, à cause de ça, personne n’osera plus nous attaquer. Il ne s’agit plus de faire la guerre, comme depuis que l’homme est homme, mais de la rendre impossible comme on n’avait jamais réussi à le faire. Nous allons devenir un des quatre pays invulnérables. Qui s’y frotterait s’y piquerait mortellement. La force de frappe n’est pas faite pour frapper mais pour ne pas être frappé"
 
Les généraux et les stratèges américains le savent très bien, ou alors ils ne sont pas à la hauteur de leurs fonctions, mais les dirigeants et diplomates qui profèrent des menaces militaires l’ignorent ou font semblant de l’ignorer.
Les Etats-Unis auraient pu facilement soumettre à leur volonté la Corée du Nord par la coercition militaire en raison de l’immense différence de puissance en leur faveur avant que la dynastie des Kim n’atteigne pour leur pays le niveau nucléaire-si toutefois l’URSS puis la Russie, ainsi que la Chine les avaient laissé faire- mais désormais détenteur de l’arme fatale, même si loin de la parité, le petit pays ne peut plus être détruit sans déclencher des représailles insupportables pour la superpuissance.
C’est le principe de la dissuasion "du faible au fort" qui s’impose dont je rappelle la définition par le général Pierre-Marie Gallois, un des grands stratèges du vingtième siècle :
"Aussi, soudainement plongée dans l’ère de l’atome, l’opinion y a-t-elle raisonné ainsi qu’elle aurait pu rationnellement continuer de le faire dans le cycle classique. Elle pensait coercition, alors qu’il s’agissait de dissuasion. Elle comparait numériquement les forces en présence alors qu’il eût fallu qu’elle évaluât les dommages dont aurait souffert le plus fort, quelle que fût sa puissance, s’il s’en était pris à l’existence du plus faible."
 
Le Président Donald Trump avait montré au cours de sa campagne électorale une compréhension très grande des nouveaux équilibres mondiaux et annoncé qu’il voulait mettre fin à l’idée que les Etats-Unis devaient dicter leurs conduites à tous les états du monde, au prix de guerres coûtant trop cher en vies humaines et en argent, reprochant à l’administration précédente d’avoir jeté la Russie dans les bras de la Chine par une politique stupidement hostile, allant même jusqu’à dire au début de son mandat qu’il était prêt à parler avec Kim Jong Un. Mais on a vu que sur ce sujet comme sur bien d’autres, Russie, Afghanistan, Syrie, Chine, repris en main par le puissant complexe militaro-industriel dont  le Président Eisenhower disait le 17 janvier 1961 au moment de quitter sa présidence qu’il était un danger mortel, il a dû rentrer dans le rang pour mener la politique que "l’état profond" américain considère comme indispensable à  la suprématie de la première puissance militaire mondiale, dont l’économie est maintenant défiée par des puissances asiatiques. Il serait intéressant de savoir comment ces pressions s’exercent sur la direction de ce grand pays ami de la France depuis sa naissance, surtout dans les moments de crise, pour empêcher son gouvernement de mener une politique clairvoyante et raisonnable pour le monde et bénéfique "in fine" aux Etats-Unis eux-mêmes.
 
La Corée du Nord a atteint le niveau d’invulnérabilité que lui confère la détention de l’arme absolue, affirmant même sa maîtrise de la bombe à hydrogène comme le montre son dernier essai souterrain. Les sanctions ne l’ont pas empêché de progresser technologiquement, et même économiquement de façon modérée.
Ce n’est donc pas par ce moyen que quiconque pourra amener le pays à renoncer à l’arme de la souveraineté et de l’invulnérabilité, Kim Jong Un ayant en mémoire, en outre, le sort que les Etats-Unis ont réservé à Saddam Hussein et Kadhafi qui ne pouvaient résister à l’immense supériorité militaire américaine qui a pu exercer la coercition en l’absence de toute dissuasion. Le chef emblématique de la Corée du Nord ne correspond sans doute pas à la caricature qu’en font les journalistes occidentaux : loin d’être imprévisible, il applique une politique obstinée de souveraineté nationale dans laquelle il a grandi et s’est formé à l’imitation de son grand-père et de son père, intégrant maintenant la nouvelle puissance que ses aïeux ne possédaient pas mais ont travaillé à obtenir, et manie avec efficacité le concept de la dissuasion. Il cherche à préserver son pays d’un sort qui lui serait imposé de l’extérieur mais n’envisage pas de détruire la Corée du Sud et les milliers d’Américains qui s’y trouvent et ne présente donc pas une menace existentielle pour les Etats-Unis.
 
Pourtant une négociation est possible avec le gouvernement du Nord qui ne fait qu’assurer sa survie et n’entend pas convertir le Sud au communisme. Le nouveau Président Moon avait d’ailleurs indiqué sitôt après son élection qu’il était prêt à discuter avec Kim Jong Un pour avancer dans la normalisation de leurs relations. L’avenir de la péninsule est évidemment d’être un jour réunie : la question est de savoir par quelles modalités et sous quelle forme entre les deux entités si différentes politiquement mais si proches humainement. Une chose est certaine, c’est par le dialogue et la diplomatie que l’objectif doit être poursuivi, et non par une action militaire qui serait catastrophique pour la région et même pour la planète entière.
La Chine, au premier rang, peut et a intérêt à aider à ce règlement diplomatique, de même que la Russie. Les liens de ces deux grands pays avec la Corée du Nord sont anciens et connus des spécialistes qui peuvent disserter longtemps sur les aides qu’ils lui ont apporté autrefois dans les domaines scientifique et économique, directement ou par l’intermédiaire de pays tiers comme le Pakistan ou l’Ukraine, en d’autres circonstances, mais tous les deux ont intérêt à ramener le calme dans la région. Ce calme doit évidemment s’accompagner d’une diminution de la présence militaire américaine qui présente une menace toute proche pour plusieurs pays de la région, en tout premier lieu pour la Chine.
L’avenir n’est pas dans la résolution des différends par la coercition militaire mais par le dialogue prenant en compte les intérêts stratégiques et économiques raisonnables des acteurs régionaux. Les BRICS, avec les projets de développement inclus dans la nouvelle route de la soie proposent une participation "gagnant-gagnant" à ceux qui le souhaitent, sans domination de l’un ou de l’autre mais en proportion de l’investissement apporté. Ce projet économique mondial ne peut aboutir si certains pays se trouvent soumis à une menace militaire à ses frontières.
Envoyé par l'auteur, 5 septembre 2017
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Hystérie coréenne
 
Bien sur on ne se réjouira pas de l’entrée de la Corée du Nord dans le club des puissances nucléaires. De là à déclencher l’hystérie actuelle allant jusqu’à la baisse des marchés financiers, c’est peut être excessif. A cette aune on aurait du s’inquiéter des arsenaux nucléaires, pakistanais, indiens ou israéliens. Surtout, alors que le plus grand détenteur d’armes nucléaires de la planète se voit déjà sous le feu nucléaire, il apparaît que le but recherché par le satrape coréen est plus la dissuasion pour la survie du régime que l’idée de s’en prendre à autrui, en particulier à la première puissance militaire du monde, ce qui serait proprement suicidaire.
Il s’agit donc de considérer la nouvelle situation calmement plutôt que de déclencher une nouvelle crise. Si les Etats Unis garantissent fermement la sécurité des voisins de la Corée du Nord : Corée du Sud, Japon, on ne voit pas comment cela pourrait dégénérer, la Corée du Nord ne pouvant risquer une totale destruction.
La Corée du Nord ayant dénoncé le Traité de Non Prolifération (TNP), on comprend mal l’indignation de l’ONU alors que cet organisme admet sans réaction que les cinq grandes puissances nucléaires continuent de moderniser les porteurs et les armes nucléaires au mépris du TNP qu’elles ont ratifié et qui prévoit un désarmement progressif. D’autant que la situation mondiale actuelle ne justifie pas un tel développement des forces de dissuasion. La France n’est pas en reste qui prévoit à court terme le renouvellement complet de ses deux composantes, porteurs, missiles et têtes nucléaires.
Evidemment on peut appliquer des sanctions économiques à la Corée du Nord mais ce n’est pas cela qui amènera Kim Jong Un à renoncer à son arsenal.
Une question qu’il faudrait se poser c’est de comprendre comment la Corée du Nord a pu développer à un tel rythme armes et missiles sans une aide extérieure.

Envoyé par l'auteur, dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 6 septembre 2017
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Et si Orwell avait vu juste ?
Notre société est-elle totalement exempte des ingrédients de la société tyrannique décrite dans 1984 ?

 
Le monde décrit par Orwell dans les années 30 est organisé autour de trois pôles dirigés chacun par des tyrannies collectives qui se font la guerre sans aucune visée expansionniste, soucieux de conforter mutuellement leur pouvoir. Ils se contentent d’organiser des conflits mineurs sur des régions limitrophes pour avoir accès à de la main-d’œuvre par chère ou à des minéraux précieux. Le coût de ces conflits leur permet d’utiliser les plus-values de la mécanisation et des progrès techniques et d’éviter ainsi d’améliorer le sort des prolétaires que l’oligarchie dirigeante veut  maintenir dans un état de survie et de conscience limité. Contrairement au communisme ou au nazisme, ces dictatures ne revendiquent même pas d’objectifs philanthropiques, leur but étant le pouvoir pour le pouvoir et la toute-puissance de l’oligarchie regroupée dans chaque pôle au sein d’un  Parti.
 
Winston le héros du livre est un membre du Parti d’Oceania, un des trois pôles, mais il n’est que dans la catégorie 2 du parti et ne peut passer dans la catégorie 1 qui regroupe les privilégiés dont on est suffisamment sûr, qu’après avoir fait la preuve de sa fidélité aveugle au régime. Or il doute et se refuse à suivre le troupeau des prolétaires et à subir les exigences des oligarques du Parti ; il est donc surveillé de très près du fait de l’omniprésence du "telécran" qui voit et qui parle mais aussi des micros cachés, des délations ou des trahisons ; il est espionné à toute heure du jour jusqu’à ce que ses doutes et sa contestation intérieure soit dévoilée : il est alors "pris en main", torturé, afin de le faire rentrer dans le droit chemin.
Les prolétaires sont naturellement les plus nombreux mais sont délibérément laissés libres de leur mouvement contrairement aux membres du Parti de catégorie 2, sélectionnés par les oligarques de catégorie 1 parmi le prolétariat pour leur capacité de réflexion et leur aptitude à la contestation ou à la révolte. Les prolétaires sont ainsi par définition le reliquat peu dangereux dont on peut négliger la surveillance quotidienne, considérant que leur inconscience et leur passivité sont des garanties suffisantes pour l’oligarchie régnante. 
 
À première vue notre monde d’aujourd’hui ne se résume pas, tant s’en faut,  à trois grands Pôles, aux mains de dictatures conciliantes, le "télécran" n’existe pas, l’oligarchie n’est pas regroupée dans un parti unique, les cadres et les élites montantes ne sont pas surveillées et torturées, l’importance de la classe moyenne et du niveau de vie ne permet pas de parler de prolétariat, l’absurdité des principes développés par nos dirigeants n’est pas aussi évidente que celle à laquelle se heurtait Winston, qui se refusait à admettre que deux et deux font cinq, et de cautionner un Parti  pour qui "l’hérésie des hérésies" était le "sens commun".
Mais en réalité, en y regardant bien, un grand nombre de caractéristiques du monde imaginé par Orwell sont bien présentes de façon insidieuse dans nos sociétés : les grandes puissances ne  ménagent elles pas leur prééminence respective, notamment au sein du conseil de sécurité et du G8, tout en contribuant plus ou moins directement aux conflits multiples qui se déroulent dans leur zone d’influence ? Les gains de productivité de nos sociétés ne sont-ils pas consacrés en grande partie à l’augmentation des budgets de la défense et du commerce des armements ? Le but principal est-il  bien de consacrer les produits de la mécanisation et de la mondialisation à l’amélioration du sort des classes défavorisées ? L’oligarchie transnationale bénéficiaire de l’économie de  marché et de la globalisation n’est-elle pas une réalité ? N’y a-t-il pas une coupure très marquée entre l’oligarchie dirigeante et la majorité de la population considérée, sinon comme des prolétaires, du moins comme une partie négligeable destinée à consommer des biens, des services, des allocations et des distractions diverses et variées ? Nos règles ne sont-elles pas souvent également absurdes pour l’individu et ne mettons-nous pas en place des moyens  de surveillance et de coercition qui limitent nos libertés ? Ne peut-on considérer qu’il y a une multiplication d’instruments de flicage des individus, au nom de la circulation routière, de l’équilibre de la sécurité sociale, de la survie des assurances, de l’exhaustivité des rentrées fiscales, de la sécurité des réseaux financiers, et plus généralement de la maîtrise du monde virtuel et de la quantité incalculable des données qui circulent à travers Internet et les échanges inter planétaires (soigneusement enregistrés dans Big Data par des enquêteurs de tout poil), sans compter les caméras de surveillance, les écoutes téléphoniques et la délation encouragée ?
 
Mais reprenons les termes mêmes d’Orwell, sinon dans la lettre mais dans l’esprit, afin de détecter des similitudes et des différences avec ce qui se passe dans le  monde d’aujourd’hui.
"Depuis l’origine le monde a été divisé en trois classes, la supérieure la moyenne et l’inférieure. Le groupe supérieur a pour but de rester en place alors que le groupe moyen désire prendre sa place avec l’aide du groupe inférieur lequel voudrait abolir toute distinction et obtenir l’égalité. Au début du XXe siècle l’égalité humaine était devenue techniquement possible car il n’y avait plus aucun besoin réel de distinction de classe ou de différences importantes de richesse… mais les élites au pouvoir en ont décidé autrement en optant pour la guerre et en utilisant ainsi les plus-values issues de la mécanisation à d’autres fins."
Peut-on dire que la situation a changé sur ce point ? L’organisation du pouvoir et les moyens de coercition sont-ils très différents aujourd’hui (A) ? La structuration de la société et l’absurdité des règles en vigueur ne sont-elles pas assez semblables (B) ?
 
(A)
"Le pouvoir est collectif, l’individu n’a de pouvoir qu’autant qu’il cesse d’être un individu : l’esclavage c’est la liberté. Le pouvoir est le pouvoir sur les esprits ; la réalité est à l’intérieur du crâne, rien n’existe que la conscience humaine. Le pouvoir est d’infliger des souffrances et des humiliations, de déchirer l’esprit humain en morceaux que l’on rassemble sous de nouvelles formes préalablement choisies. L’esprit doit entourer d’un mur sans issue toute pensée dangereuse…  Celui qui contrôle le passé a le contrôle du futur, le contrôle de la réalité. L’orthodoxie c’est l’inconscience, c’est l’absence de pensée… Il faut restreindre les limites de la pensée en réduisant le nombre de mots et en restreignant le champ de la conscience…  L’hérésie des hérésies était le sens commun ; le parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire… "
 
Notre société veille aussi à exercer son pouvoir sur les esprits par l’école, la télévision, l’idéologie capitaliste et consumériste, la moralisation, l’exacerbation desémotions, la sensiblerie excessive,  l’exploitation de l’empathie et la projection des égos au détriment de la raison et de la mesure. Elle encourage aussi l’absence de pensée par le développement de la consommation de biens et de services, facilitant les voyages, la communication virtuelle et les jeux de toutes sortes ; avec l’omniprésence de la publicité elle maintient la conscience à un niveau faible : le spot paraît, l’esprit se ferme ! Elle contrôle la pensée par la mode, le politiquement correct, les lois mémorielles et autres dispositions de principe qui flattent les individus en les anesthésiant. Les normes, les règles et les décisions absurdes justifiées par des motifs les plus divers et notamment par la nécessité de financer la machine économique et apaiser les conflits sociaux pour maintenir le système en place, confinent bien souvent à l’absurde. (1)
 
Dans chaque société occidentale, les pouvoirs en places’appliquent à utiliser les produits de la croissance, de l’endettement ou de la cession de leurs patrimoines hérités du passé, pour calmer le peuple par des aides diverses et accroître exagérément sa sécurité. Deux alibis essentiels pour asseoir leur autorité et pour majorer les budgets des forces de l’ordre et encourager la vente d’armements au niveau de au détriment du niveau de vie des plus défavorisés. Il est important de susciter la peur qui occulte la conscience par médias interposés et par la dramatisation des événements par le pouvoir…(2)
 
Au niveau international, tout un chacun peut constater la rivalité complice des Etats tendant à conforter leur pouvoir respectif par des règles internationales protectrices comme l’intangibilité des frontières et la souveraineté des états, sans pour autant renoncer à leurs intérêts respectifs par la diplomatie ou les conflits localisés destinés à accroître leur influence et à développer leur marché sur les zones périphériques.
Parallèlement on peut constater la  mise en place de moyens de surveillance et de coercition redoutables au nom d’une surveillance justifiée par la paix sociale, le bon fonctionnement des institutions oligarchiques, la délinquance, les incivilités, le chômage ou le terrorisme : l’accumulation des données dématérialisées (Big data, fichiers de police, constats d’assurance, dossiers médicaux, casier judiciaire, radars, caméras, écoutes téléphoniques  etc.) sans compter les sanctions redoutables pour certains prisonniers ou internés mentaux délinquants emprisonnés, et l’ostracisme médiatique pour les intellectuels rebelles mis au ban de la société et condamnés au silence… Les institutions sont ce que les hommes les font et qui maîtrise les hommes en place maîtrise les institutions ; l’appartenance des policiers, magistrats et  organes de contrôle au pouvoir oligarchique, les rendent de fait solidaires du système en place, condamnés pour la plupart à l’autocensure pour éviter l’ostracisme et la placardisation.
 
(B)
"Pour le Parti les prolétaires étaient des êtres inférieurs qui devaient être tenus en état de dépendance et dont le seul horizon devait être le travail, les soucis de la maison et des enfants, les querelles mesquines entre voisins, les distractions diverses, télévision, film, football, bière et jeux… il n’y avait rien à craindre d’eux, et en conséquence, comme les animaux, les prolétaires étaient libres contrairement aux membres du parti qui étaient étroitement surveillés. L’idéal fixé par le parti était une nation de fanatiques marchant avec un ensemble parfait, pensant les mêmes pensées, clamant les mêmes slogans et travaillant perpétuellement, triomphant et persécutant… la loterie et les prix qu’elle était censée distribuer étaient le seul événement auquel les prolétaires portaient une sérieuse attention… ils ne se révolteront que lorsqu’ils seront devenus conscients et ils ne pourront devenir conscients qu’après s’être révoltés."
"La nouvelle aristocratie était constituée pour la plus grande part de bureaucrates, de savants, de technocrates, d’organisateurs de syndicats, d’experts en publicité, de sociologues, de professeurs, de journalistes et de politiciens professionnels. Ces oligarques sortaient de la classe moyenne salariée ou des rangs supérieurs de la classe ouvrière mais avaient tous étés formés par le monde du monopole industriel oligarchique et du gouvernement centralisé ; plus avides de puissance pure que les aristocraties précédentes ils étaient résolus à conserver leurs privilèges. Les nouvelles techniques leur donnaient la possibilité d’imposer un sage pas mécontent de cette uniformité d’opinion. La seule base sûre de l’oligarchie reste l’action collective car la richesse et les privilèges sont plus facilement défendus quand on les possède ensemble. Les seuls  dangers réels pour ces gouvernants seraient l’apparition d’un groupe de gens capables et conscients, occupant des postes inférieures mais avides de pouvoir ou  le développement du scepticisme dans leurs propres rangs. Outre l’impérieuse nécessité de solidarité oligarchique le problème de l’éducation du peuple et du contrôle de la pensée est donc un enjeu majeur. La perpétuation de cette oligarchie n’a pas besoin d’être physique et la transmission par cooptation, par appartenance à des réseaux est plus efficace encore que la transmission héréditaire traditionnelle. L’essentiel de la règle oligarchique n’est pas l’héritage de père en fils mais la persistance d’une certaine vue du monde et d’un certain mode de vie imposé par les morts aux vivants. Il n’est pas important de savoir qui détient le pouvoir pourvu que la structure hiérarchique demeure toujours la même. Pour diriger et continuer à diriger il faut être capable de modifier le sens de la réalité. D’où l’importance de la double pensée qui est le pouvoir de garder à l’esprit simultanément deux croyances contradictoire et de les accepter toutes deux.… Les deux buts du parti sont de conquérir le monde et d’éteindre une fois pour toutes les possibilités d’une pensée indépendante. Dans chacune des trois puissances il y a la même structure pyramidale, la même oligarchie, le même système économique… la permanence de la guerre auto entretenue, permettant d’éviter l’accroissement général de la richesse susceptible d’amener la destruction d’une société hiérarchisée et confortable pour ses élites, d’autant que la possession de tout le pouvoir par une petite caste dans un tel contexte semble être la condition naturelle et inévitable de survie pour le peuple attaché prioritairement à sa sécurité."
 
Dans nos sociétés, entre une oligarchie bénéficiaire du progrès, les classes moyennes et les classes défavorisées la coupure est bien réelle aussi, au-delà des apparences démocratiques et égalitaires. Les oligarques du Parti virtuel, unis par des liens personnels, des associations et réseaux multiples, sont à l’évidence tous les décideurs et en premier lieu les capitalistes qui détiennent le pouvoir économique et le pouvoir médiatique, les élus qui assurent la gestion politique de la société sous leur contrôle, les technocrates qui les conseillent et mettent en musique les mesures avec les cadres supérieurs, rédacteurs en chef ou patrons de syndicats. Il est possible aussi d’assimiler l’oligarchie seconde, la catégorie 2 du Parti dans la société d’Orwell, celle qui doit faire ses preuves, avec le reste des cadres, les enseignants, les agents publics, les bureaucrates, les journalistes et les syndicalistes qui ne sont pas dans le premier cercle mais profitent des progrès économiques et d’une situation confortable et qui de fait sont solidaires des institutions et de ceux qui les utilisent. Ils doivent donc bien être politiquement corrects notamment pour pouvoir envisager de passer dans la catégorie des décideurs du Parti. Comme dans la société d’Orwell la transmission du pouvoir se fait par cooptation, appartenance à des réseaux, et l’héritage est essentiellement la persistance d’une certaine vue du monde et d’un certain mode de vie propice au développement de leur oligarchie. Comme le dit Orwell la seule base sûre de l’oligarchie reste l’action collective car les privilèges et la richesse sont plus facilement défendus par un groupe que par un individu; les seuls dangers pour elle étant la constitution d’un groupe d’insoumis au sens critique en éveil, susceptibles de prendre le pouvoir,   ou encore le développement du  scepticisme et de la division dans leurs propres rangs. Il n’est donc pas très important de ce fait de savoir qui détient le pouvoir pourvu que la structure hiérarchique demeure toujours la même, et sa cohérence totale.
 
Au nom de la nécessaire efficacité, le système représentatif  et les règles qui régissent la procédure électorale et l’exercice du pouvoir sont conçus pour optimiser le pouvoir de l’oligarchie en place en empêchant les nouveaux partis d’émerger et être ainsi en mesure de continuer à gouverner sans majorité réelle dans le pays. Au nom du politiquement correct, de l’idéalisation de certains principes fictifs et de la surévaluation des valeurs liées à l’homme et à la vie, l’esprit critique et la lucidité sont combattus et sanctionnés par l’ostracisme médiatique en même temps que des avantages occultes se distribuent entre les membres de cette oligarchie.
 
Quant au peuple, classe moyenne ou catégorie défavorisée, il subit sans le savoir l’emprise de l’oligarchie comme dans la société d’Orwell : leur seul horizon est le travail, les soucis, les ennuis, la peur du lendemain, et les distractions diverses ; le pain et les jeux restant toujours le plus sûr garant de leur maintien dans le minimum de conscience, les tablettes, les i Phones et Internet jouant désormais un rôle majeur. Par les médias, les réseaux, le libéralisme débridé, l’oligarchie dominante leur impose une uniformité d’opinion, consumériste, cosmopolite et "droitsdel’homiste", contrôlant habilement leur éducation et leurs opinions en veillant à la persistance d’une certaine vue du monde et d’un certain mode de vie. Le pouvoir sous toutes ses formes s’évertue à leur cacher  la réalité des choses et d’éteindre toutes possibilités d’une pensée indépendante en évitant l’accroissement de richesses susceptible d’amener la destruction d’une société hiérarchisée et confortable pour ses élites!
 
Cette réflexion est sans doute quelque peu exagérée mais non dénuée de réalité. Le balancier de l’histoire entre liberté excessive et autorité excessive est toujours en ordre de marche. Comment allons-nous pouvoir relever le défi du dérèglement climatique et de la biodiversité sans autorité véritable et sans discipline effective au service du bien commun ? La tyrannie s’est avérée déjà dans l’histoire comme le moyen privilégié par le peuple pour réduire l’influence de l’oligarchie !
 
(1) Ainsi en est-il par exemple de l'interdiction de l'activité d'auto entrepreneur et de l'imposition d’une cotisation arbitraire en l'absence de tout revenu et de toutes prestations futures en contrepartie, pour un citoyen qui a effectué un placement financier régulier, du seul fait du type de société choisie par  le professionnel vendeur de ce service (jugement du tribunal des affaires de sécurité sociale de Paris en date du 9 janvier 2014 et du 22 juin 2017 dans lequel le tribunal lui-même reconnaît qu'il n'est pas juge de l'absurdité de la loi et qu'il n'est pas habilité à vérifier la constitutionnalité des textes qu'il applique) ; ainsi en est-il aussi de l'impossibilité de faire entretenir un chemin rural du fait du découpage intercommunal et du refus constant des deux maires concernés se renvoyant la responsabilité, encouragés par l'abstention du préfet et du conseil général. Citons aussi un permis de construire jugé illégal par la cour d'appel de Versailles après finalisation de la construction autorisée par le maire et confirmée par le tribunal administratif, en raison de la seule position du garage, d'ailleurs contigu à la construction et  non effectivement construit !
(2) Actuellement le terrorisme est largement exploité pour susciter la peur et empêcher le peuple de se poser les bonnes questions (disproportion entre le nombre de reportages médiatiques et des déclarations politiques avec le risque réel ; en deux ans 325 morts en Europe sur plus de 300 millions d'habitants). L'exacerbation des émotions est un outil remarquable pour occulter la raison et l'esprit de mesure.

Envoyé par l'auteur, 4 septembre 2017
En savoir plus... 0
Cette pièce trop connue que jouent Macron et Mélenchon

Ce fut le combat politique de l'été. Un combat de mots et d'images. Un combat complaisamment mis en scène par les médias. Un combat sans cravate et où les paquets de pâtes avaient remplacé les pavés d'antan. Un combat entre Macron et Mélenchon, qui permettait à ce dernier d'occuper la place d'opposant à Sa Majesté, qu'il avait manquée de peu, à son grand dam, au soir du premier tour de la présidentielle.
Ce titre d'opposant à Sa Majesté, c'est Macron qui l'a offert délibérément à Mélenchon. En faisant de sa réforme du code du travail la mère de toutes les batailles de son quinquennat, en s'enlisant tout l'été dans une guerre de tranchées budgétaires, Macron et son gouvernement ont donné l'impression que nous étions revenus aux temps jadis où la question sociale, et même la question ouvrière, était le cœur battant de la vie politique nationale. Ce «Vive la Sociale!» satisfait les deux adversaires, le technocrate Macron pour qui tout est économique ; et le populiste de gauche Mélenchon, pour qui tout est social.
Cette opposition est bénie par les médias pour qui elle est la seule acceptable moralement. Elle permet à Macron de conforter son opération réussie de la présidentielle de réconciliation autour de lui des deux bourgeoisies, la droite des beaux quartiers et la gauche des bobos. Leurs traditionnels représentants, Républicains d'un côté et Socialistes de l'autre, ne sont pas en mesure de rivaliser, trop occupés à organiser leurs obsèques. En cette rentrée, le Medef reçoit les ministres macroniens par fournées et avec enthousiasme. Le patronat prend son bien en patience.
Pour Mélenchon, cette stratégie macronienne, c'est pain bénit. Elle lui permet de revendiquer tout l'espace de l'opposition au libéralisme. On est décidément revenu en 1830, sous la monarchie de Juillet: Macron est Louis-Philippe ; Edouard Philippe, Guizot ; Mélenchon peut jouer à Victor Hugo écrivant Les Misérables.
Mais tout cela sent un peu trop les livres d'histoire ; la mise en scène est trop ostentatoire ; les acteurs surjouent leurs rôles.
Parfois, la trame du rideau se déchire, laissant voir ce qui ne devrait pas apparaître sur scène: les migrants qui déferlent sur les côtes européennes ; des attaques islamistes à Barcelone, Londres, ou Paris ; le grand retour de la question raciale dans les affrontements politiques aux États-Unis ; la quasi-légalisation de la PMA pour les couples homosexuels en France ; la nomination comme porte-parole de l'Élysée du journaliste Bruno Roger-Petit, grand pourfendeur de la Manif pour tous et partisan décomplexé du «grand remplacement». Événements majeurs ou dérisoires, mais qui révèlent qu'il existe d'autres conflits, d'autres thématiques, d'autres clivages, que ceux imposés par le médiatiquement correct. Et qu'une autre histoire s'écrit en dehors du combat scénarisé entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

Paru dans Le Figaro Magazine, 1er septembre 2017
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Quand la presse s'égare en politique
 
Trop de journalistes français entretiennent avec le pouvoir politique des proximités malsaines, inutiles, dévalorisantes pour la profession. L’indépendance de la presse ne sort pas grandie des connivences et courbettes qui s’observent dans le petit monde politico-médiatique. Celui-ci vient même d’officialiser son concubinage, puisque des ténors rejoignent ces jours-ci des éditorialistes sur des plateaux de radios ou de télévisions (je vais moi-même connaître ce cas de figure à RTL, où j'interviens à On refait le monde). C’est le cas d’Henri Guaino, Jean-Pierre Raffarin, Julien Dray, Aurélie Filippetti, Gaspard Gantzer, Raquel Garrido, Roselyne Bachelot, etc. Jean Messiha, qui représentait le FN, vient d’ailleurs d’être écarté par Europe 1 au prétexte, notamment, qu’il avait qualifié l’islam "d’incompatible avec la République". C’est bien dommage, car il n’y a aucune raison que le FN ne soit pas, dès lors, représenté tandis que l’est le parti de Jean-Luc Mélenchon. En réalité, il est à craindre que ces personnalités en quête de reconversion n’aggravent la pression du politiquement correct. En effet, elles n’ont jamais brillé, sinon Guaino, par leur résistance au conformisme de la pensée lisse. La nomination, mardi, de Bruno Roger-Petit, journaliste à Challenges, comme porte-parole de l’Elysée, est une autre illustration des liens qui existent entre les pouvoirs médiatique et politique. En juillet, c’est le directeur de la rédaction d’Europe 1, Nicolas Escoulan, qui avait rejoint le cabinet de Benjamin Griveaux, au ministère de l’Economie et des Finances.
 
Ces sortes de "outing" jettent la suspicion sur les informations jusqu’alors diffusées.
Les embrigadements médiatiques en faveur d'Emmanuel Macronconfirment ce que fut, durant la campagne présidentielle, la mobilisation de la presse pour l’enfant chéri. Pierre Bergé, actionnaire du Monde, avait félicité publiquement un de ses éditorialistes pour "son remarquable papier qui prédit la victoire de Macron". Dans un communiqué, la société des journalistes de Challenges, hebdomadaire économique, avait déjà dénoncé "la fréquence des articles de Bruno Roger-Petit et de Maurice Szafran (…) qui annihile totalement la tentative de rééquilibrage", qui avait consisté à embaucher des journalistes "de droite". La chaîne d’Info LCI avait préféré supprimer de son site le replay d’une émission (Médiasphère) jugée trop critique contre le leader d’En Marche ! A la veille de l’élection, le Syndicat national des journalistes (SNJ) et 34 sociétés de journalistes, dont celles du Figaro, avaient pour leur part multiplié les mises en cause de Marine Le Pen, pour valoriser d’autant le jeune candidat. Pour ma part, je suis convaincu depuis toujours que les médias se fourvoient à vouloir mimer les politiques, au point de devenir parfois leurs obligés. Les filets d’eau tiède que produisent ces alliances pantouflardes n’apportent rien au journalisme. Ce dernier a tout à gagner à consolider sa distance avec un monde politique qui tourne en rond et est attiré par la facilité des idées toutes faites.
Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol, 30 août 2017
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Les nouvelles nuisances de Monsieur Hulot
 
Monsieur Hulot a encore frappé.
Pour situer le problème de la production française de "gaz à effet de serre" il faut savoir qu’elle se limite à 1% de la production mondiale, tout ce qu’on tentera pour la diminuer aura un effet parfaitement négligeable ; la France, grâce à l’énergie nucléaire est d’ailleurs un bon élève, mais elle le sera moins quand, pour des raisons purement idéologiques, on aura arrêté, comme prévu, 17 réacteurs capables de fonctionner dix ou vingt ans de plus.
C’est à la production nationale d’hydrocarbures que s’en prend maintenant Monsieur Hulot. Un projet de loi vise à interdire tout nouveau permis d’exploration et d’exploitation sur le territoire national ce qui arrêterait la production d’hydrocarbures nationaux en 2040. Il veut en finir "avec les énergies fossiles et s’engager dans la neutralité carbone". La loi prévoit également de bannir totalement la recherche d’hydrocarbures non conventionnels et ceci même si on invente une autre méthode d’extraction que la fracturation hydraulique.
Pour les pétroles conventionnels, s’il ne s’agissait que de la métropole, il n’y aurait que demi mal, les ressources étant fort limitées mais l’interdiction couvre également le plateau continental et les 11 millions de km2 de nos Zones exclusives. Actuellement des permis de recherches d’hydrocarbures conventionnels sont en cours en Guyane et dans le canal du Mozambique près de Juan de Nova, où on a de sérieux espoirs de trouvailles importantes.
Remarquons que la prospection et la production d’hydrocarbures n’ont rien à voir avec la consommation et que nous continuerons à enrichir le Qatar, l’Arabie Saoudite et la Russie. Le Qatar pourra ainsi continuer à acheter nos clubs de football, nos palaces et construire n’importe quoi à Doha. Le Qatar et l’Arabie Saoudite pourront même continuer à financer le terrorisme qui nous frappe en France.
Quant aux pétroles non conventionnels dont on pense qu’ils sont abondants dans le sous-sol national, on préfère y renoncer a priori alors que les Etats Unis depuis qu’ils les exploitent sont excédentaires en hydrocarbures. Pour des raisons purement idéologiques on préfère continuer à dépenser bon an mal an 70 milliards d’euros, à peu près le montant de notre déficit commercial.
Pour éviter une dépense supplémentaire on compte réduire la consommation d’hydrocarbures de 30 % d’ici 2030, objectif qui semble inatteignable si on remplace dix sept réacteurs nucléaires par des milliers d’éoliennes qui nécessitent la mise en œuvre de centrales à gaz pendant les périodes où Eole refuse de souffler. La fin de la production de pétrole et de gaz est programmée pour 2040. Il est peu probable qu’à cette date on puisse se passer d’hydrocarbures qu’il faudra donc importer. Aberrant.
 
A ce sujet la construction de nouvelles éoliennes par milliers commence à rencontrer une sérieuse opposition. On leur reproche, ce qui est évident, d’atteindre aux paysages et aux monuments auprès desquels on les construit.
Dans le parc naturel régional du haut Languedoc il est prévu d’implanter trois cents éoliennes. Si on continue nos campagnes ne seront plus des campagnes et les paysages seront constellés de machines tournantes de 200m de haut. Il semble que pour les écologistes, ces considérations relatives à notre patrimoine sont de peu de poids par rapport à la nécessité de réduire les émissions de CO2,  Et pourtant la part actuelle de production d’électricité issue des énergies fossiles est très faible, de l’ordre de 4 % et l’arrêt idéologique de réacteurs nucléaires ne fera que l’augmenter. Les centrales nucléaires entrainent infiniment moins de perturbation de l’environnement que les éoliennes. Si on renonce à la prolongation de vie des centrales actuelles de dix à vingt ans cela coutera, en termes d’investissement 93 milliards d’euros. Il faudra en plus remanier entièrement le réseau de transport du courant pour desservir les 17 000 éoliennes nécessaires. Qui va payer ? le consommateur final. Ce n’est pas à la production qu’il faut s’en prendre mais à l’isolation des bâtiments, aux transports routiers.
Mais pour faire le choix de la meilleure solution il faut s’affranchir de l’idéologie actuelle qui nous amène à nous tirer une balle dans le pied. Il paraît qu’il s’agissait d’une promesse de Macron. On pourrait toutefois demander aux Français s’ils tiennent à payer l’électricité plus cher et à avoir un champ d’éoliennes dans leur fenêtre.

Envoyé par l'auteur, paru sur dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 29 août 2017
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version