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MONTETY de  Etienne

MONTETY de Etienne

Né le 2 mai 1965
Marié – 5 enfants
 
Journaliste,

Ecrivain
 

Maîtrise de droit et sciences politiques
DESS de sciences politiques
 
Directeur adjoint de la rédaction du Figaro
Directeur du Figaro littéraire (depuis 2006)
Dirige également les pages "Débats Opinions" du quotidien depuis 2008
Anime une chronique quotidienne intitulée "Encore un mot".
 
Ouvrages
- Thierry Maulnier (biographie) (1994) -  Salut à Kléber Haedens (1996) - Honoré d’Estienne d'Orves, un héros français (2001)     Prix littéraire de l'armée de terre - Erwan Bergot en 2001 - Des Hommes irréguliers (2006) - L’Article de la mort (2009) - Encore un mot : billets du "Figaro" (2012) - La Route du salut (2013) -

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Trissotin et Trissotine

Publié dans A tout un chacun
Trissotin et Trissotine
 
"Byzance tomba aux mains des Turcs en discutant du sexe des anges."
Cette phrase de Jean-François Revel aurait dû clore le débat sur l'écriture inclusive. En effet, en France, l'apprentissage de la lecture, l'acquisition de l'orthographe et de la grammaire sont en crise, notamment dans les milieux les plus défavorisés, et pendant ce temps, de beaux esprits, certainement passés par les meilleures écoles de la République, s'offrent la coquetterie de promouvoir une nouvelle écriture. Bien sûr, au nom de la lutte contre "les stéréotypes", et pour l'égalité.
Le premier ministre, le ministre de l'Éducation nationale se sont certes prononcés contre cette pratique, décrétant qu'elle serait bannie des textes officiels, mais rien n'y a fait. L'inclusif prospère dans les ministères et les institutions publiques.
Traditionnellement, c'est l'usage qui polit la langue, et la fait évoluer, pas l'intervention de Trissotin et Trissotine, armés d'entonnoirs pour faire ingurgiter de force au bas peuple un indigeste brouet de mots et de morse.
Au passage, Revel le notait aussi, ces militants distingués confondent tout, notamment le genre grammatical et le sexe : un homme peut fort bien être une canaille et une femme un génie, sans rien perdre de ce qui fait leur éminente dignité. D'ailleurs, qui a décrété que le "e" final féminisait forcément un mot : que fait-on alors de la clé, de l'amitié, et à l'inverse du lycée? C'est ainsi : la langue française est pleine d'exceptions, de chausse-trapes. Il suffit de les expliquer, et surtout d'apprendre aux élèves le recours fréquent au dictionnaire.
Cette histoire serait risible si l'épidémie de points médians, et la cacophonie qu'elle entraîne, ne risquait pas de créer, selon les mots de l'Académie, "une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l'illisibilité".
À l'heure où le délitement du tissu national demanderait plutôt qu'on offre aux Français un langage commun, qu'on le nomme celui de Molière, de Senghor ou de Yourcenar, l'entreprise inclusive ressemble bien à une navrante expérience d'apprenti sorcier.

Editorial paru dans Le Figaro, 7 septembre 2018

Devoir d'humanité

Publié dans A tout un chacun
Devoir d'humanité
 
En se rendant au Vatican pour recevoir son titre de chanoine de Latran, Emmanuel Macron prend une nouvelle fois acte de la très vieille histoire qui unit la France à l'Église catholique.
Mais s'il ne s'agissait que d'une vieille coutume voulant que le président de la sixième puissance mondiale vienne accepter un honneur désuet des mains de chanoines dans une basilique de Rome, ce voyage n'aurait guère de sens. Gageons que, deux mois après le discours des Bernardins, il est un nouvel épisode des efforts du chef de l'État pour renouer le lien "abîmé" entre l'Église et sa fille prodigue, quoique aînée.
Ce mardi matin, François et Emmanuel Macron vont se parler. Migrants, crise de la conscience européenne, l'actualité donne à la rencontre une acuité exceptionnelle : peut-être que pendant l'échange des oreilles tinteront dans l'Urbs, sinon dans l'Orbs : le Vatican n'est pas si loin du Viminal, le siège du ministère de l'Intérieur italien occupé par Matteo Salvini.
Auprès de l'Église "experte en humanité" (Paul VI), Macron tentera de justifier sa politique, faite d'un réalisme qui ne voudrait jamais manquer à la solidarité. Les récentes déclarations du Pape rappelant que les gouvernements ont le droit de faire preuve de "prudence" quant à leur capacité à "accueillir, accompagner, organiser, intégrer" contribueront à les rapprocher.
Mais que serait cette humanité - le président français lui préférera le terme d'humanisme - sur laquelle s'est construite l'Europe, cette philosophie qui court de saint Martin et saint François et se prolonge jusqu'à Schuman et De Gasperi, si soudain l'Europe consentait à ce que le mot fût pris dans une acception restrictive ? Car que dire d'un monde soucieux de s'acquitter de son devoir d'humanité envers quelques sujets essentiels, les migrants en sont un, et qui en négligerait d'autres : miséreux des rues, enfants à naître de PMA pour toutes ou de GPA (les privant de père ou de mère), malades en fin de vie menacés d'euthanasie ? Bernanos avait résumé la situation d'un mot terrible : une société au cœur dur et à la tripe sensible.

Paru dans Le Figaro, éditorial, 26 juin 2018

Les ciseaux vertueux

Publié dans Du côté des élites
Les ciseaux vertueux
 
La maison de Pierre Loti est menacée d'être exclue des chefs-d'œuvre à restaurer à cause de propos peu amènes tenus il y a un siècle par son propriétaire. Notre époque s'installe imprudemment dans le "chrono-centrisme". Qu'est-ce que ce terme, aussi barbare que ce qu'il désigne ? Le promoteur du loto du patrimoine, Stéphane Bern, le définit, en mettant en garde : "Ne mettons pas notre regard d'aujourd'hui sur des personnages du XIXe siècle."
Après la polémique sur Hergé jugé raciste ou Bizet phallocrate, cet incident n'est que le nouvel épisode d'un mouvement de fond. Tel Javert poursuivant Valjean jusqu'à son dernier souffle, sans indulgence ni intelligence, la pratique se répand de porter des jugements anachroniques.
Le procureur Pinard peut être fier de sa postérité : celui qui poursuivit Flaubert et fit condamner Baudelaire au nom de la "morale publique" a une belle descendance. Dans des associations, et aux États-Unis dans des maisons d'édition, des esprits vétilleux travaillent à surveiller les arts et lettres. Leurs ciseaux vertueux n'ont rien à envier aux censeurs de jadis. Ils traquent les romans sans égard pour le génie de leur auteur, scrutent les toiles de maîtres, auditionnent les opéras avec l'oreille d'un juge d'instruction.
Comment en est-on arrivé là ?
La vision philosophique de l'homme fondée sur la liberté, sur quoi repose notre société, a depuis trente ans fait place à une défense des individus, de leur mémoire et de leurs droits particuliers. Pour protéger ceux-ci, le politiquement correct américain invente les contrôles "de sensibilité" - ah qu'en termes galants ces choses-là sont dites ! Mais qui dresse la liste des "sensibilités" ? La loi ? Ou les militants politiques et les communautés ?
Un spectre se dresse devant nous : la littérature, fille de Don Juan et de Boule de Suif, élevée sans corset, tant bien que mal, perd de ses belles couleurs et de sa vitalité. Le traitement à la "moraline" que lui inflige notre époque ne lui vaut rien. Son teint blafard annonce un monde bien triste.

Paru dans Le Figaro, 9 juin 2018

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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