Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

MONTETY de  Etienne

MONTETY de Etienne

Né le 2 mai 1965
Marié – 5 enfants
 
Journaliste,

Ecrivain
 

Maîtrise de droit et sciences politiques
DESS de sciences politiques
 
Directeur adjoint de la rédaction du Figaro
Directeur du Figaro littéraire (depuis 2006)
Dirige également les pages "Débats Opinions" du quotidien depuis 2008
Anime une chronique quotidienne intitulée "Encore un mot".
 
Ouvrages
- Thierry Maulnier (biographie) (1994) -  Salut à Kléber Haedens (1996) - Honoré d’Estienne d'Orves, un héros français (2001)     Prix littéraire de l'armée de terre - Erwan Bergot en 2001 - Des Hommes irréguliers (2006) - L’Article de la mort (2009) - Encore un mot : billets du "Figaro" (2012) - La Route du salut (2013) -

URL du site internet:

Le paradoxe de Prométhée

Publié dans A tout un chacun
Le paradoxe de Prométhée
 
Cassandre l’annonçait et nous la détestions. Cette fois, le cri d’alarme vient des experts les plus compétents. Sur les 8 millions d’espèces, plantes et bêtes que compte notre planète, 1 million sont menacées. Un million qui pourrait rejoindre le dinosaure et autres dodos au rayon des animaux devenus mythiques. Et cette fois non à cause de cataclysmes naturels et climatiques, mais par la seule faute de la Créature, qui s’avère pour la Création un dangereux apprenti sorcier.
L’homme vit le paradoxe de Prométhée : il a reçu le feu, synonyme de force, de vie et de progrès, et, avec ce même feu, il est en passe de détruire la Terre. Champs pollués, forêts mises à bas, mers appauvries… les pommes du jardin des Hespérides ont un goût amer. L’hubris fait des ravages.
Dans notre quotidien, des détails ont pu nous alerter. On voit moins de papillons, et on entend moins l’alouette des champs grisoller. Plus loin de nous, des amphibiens, des reptiles, des mammifères sont gravement menacés.
Nous assistons interdits et impuissants à un terrible spectacle : la nature se meurt, elle est désormais un chef-d’œuvre vivant en péril. Soyons francs, nous ne sommes pas à une contradiction près: nous voulons des pelouses impeccables, sans couleuvres ni taupes, nous aimons les abeilles pour le miel qu’elles produisent mais à condition qu’elles ne viennent pas bourdonner à nos oreilles.
Bien sûr, une prise de conscience est nécessaire. Des comportements individuels sont à amender pour que soit préservé ce que le poète résumait d’un vers : le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui. Mais le rapport est formel : les destructions ont pour cause l’activité humaine : surpêche, agriculture intensive, urbanisation.
Comment renchaîner Prométhée ? La croissance mondiale a pour effet de sortir une partie de l’humanité du sous-développement. À quel prix pour l’environnement ? De l’homme ou de la nature, qui sauver ? Surtout quand celui-là a impérativement besoin de celle-ci… Moderne dilemme que nous n’avons pas fini de méditer…

Paru dans Le Figaro, 7 mai 2019

Prudence

Publié dans A tout un chacun
Prudence
 
"Nous ne pouvons vivre en nous haïssant."
Emmanuel Macron est trop lettré pour ne pas connaître ce mot d'Albert Camus. Alors que le projet de loi portant sur la révision des lois bioéthiques est imminent, le chef de l'État sait que le sujet de la procréation médicalement assistée (PMA) étendue à toutes les femmes divise. Sidéré par le climat exécrable ayant entouré le débat sur le mariage pour tous, il s'est promis de ne pas réitérer les erreurs commises par son prédécesseur. Les États généraux ont permis à nombre d'associations et de scientifiques de faire valoir leurs arguments de prudence quant à cette extension, à laquelle le Comité national d'éthique se montre favorable.
La discorde traverse aussi la droite et la gauche. "Progressistes" et "réactionnaires", ces mots commodes de la logomachie politique n'opèrent plus pour qualifier toutes les opinions dissonantes exprimées à l'intérieur même des camps.
 
La PMA pour toutes serait-elle inéluctable ? Voire ! Ici on avoue son embarras, ses réserves ou son opposition à la conception d'enfant sans père, qui constitue une vertigineuse rupture anthropologique. Là on met en garde contre la transformation de ce qui était un recours médical à l'infertilité en un "service à la fécondation", doublé à courte échéance de la naissance d'un marché international des gamètes, avec ses dérives.
Ces points méritent au moins réflexion.
 
Il y a autre chose. "La PMA est une promesse de campagne", disent ses promoteurs. C'est vrai, au milieu de dizaines d'autres. En janvier 2018, un sondage Kantar Sofres-OnePoint révélait les priorités des Français parmi les réformes promises par Macron : la PMA figurait en 22ème position (sur 24), loin derrière la lutte contre le terrorisme, la lutte contre l'immigration clandestine, l'aide à l'emploi pour les jeunes, la baisse des impôts.
Autant de dossiers qui sont aussi des promesses de campagne du candidat Macron. Ils concernent la vie quotidienne de tous, notamment des plus pauvres, des plus exposés, qui attendent des mesures et des résultats.

Paru dans Le Figaro, éditorial, 29 octobre 2018

Trissotin et Trissotine

Publié dans A tout un chacun
Trissotin et Trissotine
 
"Byzance tomba aux mains des Turcs en discutant du sexe des anges."
Cette phrase de Jean-François Revel aurait dû clore le débat sur l'écriture inclusive. En effet, en France, l'apprentissage de la lecture, l'acquisition de l'orthographe et de la grammaire sont en crise, notamment dans les milieux les plus défavorisés, et pendant ce temps, de beaux esprits, certainement passés par les meilleures écoles de la République, s'offrent la coquetterie de promouvoir une nouvelle écriture. Bien sûr, au nom de la lutte contre "les stéréotypes", et pour l'égalité.
Le premier ministre, le ministre de l'Éducation nationale se sont certes prononcés contre cette pratique, décrétant qu'elle serait bannie des textes officiels, mais rien n'y a fait. L'inclusif prospère dans les ministères et les institutions publiques.
Traditionnellement, c'est l'usage qui polit la langue, et la fait évoluer, pas l'intervention de Trissotin et Trissotine, armés d'entonnoirs pour faire ingurgiter de force au bas peuple un indigeste brouet de mots et de morse.
Au passage, Revel le notait aussi, ces militants distingués confondent tout, notamment le genre grammatical et le sexe : un homme peut fort bien être une canaille et une femme un génie, sans rien perdre de ce qui fait leur éminente dignité. D'ailleurs, qui a décrété que le "e" final féminisait forcément un mot : que fait-on alors de la clé, de l'amitié, et à l'inverse du lycée? C'est ainsi : la langue française est pleine d'exceptions, de chausse-trapes. Il suffit de les expliquer, et surtout d'apprendre aux élèves le recours fréquent au dictionnaire.
Cette histoire serait risible si l'épidémie de points médians, et la cacophonie qu'elle entraîne, ne risquait pas de créer, selon les mots de l'Académie, "une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l'illisibilité".
À l'heure où le délitement du tissu national demanderait plutôt qu'on offre aux Français un langage commun, qu'on le nomme celui de Molière, de Senghor ou de Yourcenar, l'entreprise inclusive ressemble bien à une navrante expérience d'apprenti sorcier.

Editorial paru dans Le Figaro, 7 septembre 2018

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version