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MONTETY de  Etienne

MONTETY de Etienne

Né le 2 mai 1965
Marié – 5 enfants
 
Journaliste,

Ecrivain
 

Maîtrise de droit et sciences politiques
DESS de sciences politiques
 
Directeur adjoint de la rédaction du Figaro
Directeur du Figaro littéraire (depuis 2006)
Dirige également les pages "Débats Opinions" du quotidien depuis 2008
Anime une chronique quotidienne intitulée "Encore un mot".
 
Ouvrages
- Thierry Maulnier (biographie) (1994) -  Salut à Kléber Haedens (1996) - Honoré d’Estienne d'Orves, un héros français (2001)     Prix littéraire de l'armée de terre - Erwan Bergot en 2001 - Des Hommes irréguliers (2006) - L’Article de la mort (2009) - Encore un mot : billets du "Figaro" (2012) - La Route du salut (2013) -

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L'honneur d'un commandant

Publié dans Devant l'histoire
Hélie de Saint Marc, l'honneur d'un commandant
 
Le maire de Béziers a inauguré samedi une rue Hélie Denoix de Saint Marc. L'électorat pied-noir, nombreux dans cette ville, a certainement été sensible à ce geste qui met à l'honneur une figure des dernières heures de la présence française en Algérie.
La gauche, elle, s'est indignée. Manuel Valls a commenté la cérémonie : "C'est rance, c'est triste" et Stéphane Le Foll dénoncé "la nostalgie de l'Algérie française".
"Rance", "nostalgie", des mots qui conviennent bien mal à la personnalité du commandant de Saint Marc.
 
Né en 1922, il était entré très jeune dans la Résistance (réseau Jade Amicol). Est-il rance ce geste de révolte, cet engagement courageux qui lui valut d'être arrêté par la police allemande et déporté à Buchenwald où il passera dix-huit mois dans un des pires satellites du camp, Langenstein ?
"Les justes mouraient comme des chiens, écrira-t-il plus tard dans ses Mémoires. Les crapules avaient leur chance (…). Dans ma chute, j'ai éprouvé la validité de quelques attitudes éthiques élémentaires: refuser la lâcheté, la délation, l'avilissement."
 
Après la Libération, il choisira la carrière des armes, servant en Indochine et en Algérie. En désaccord avec la politique du général de Gaulle -notamment le choix du FLN comme unique interlocuteur des négociations pour l'indépendance-, il entraîna le 1er régiment étranger de parachutistes dans la sédition, en rejoignant les généraux du putsch d'Alger. Il paiera cet acte d'une condamnation de dix ans de réclusion.
À son procès, de nombreux observateurs comme Jean Daniel, Jacques Duquesne, Gilles Perrault furent frappés par sa personnalité lumineuse et sa hauteur de vues. Sa déclaration devant le tribunal militaire en avait saisi plus d'un : "Depuis mon âge d'homme, Monsieur le Président, j'ai vécu pas mal d'épreuves : la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d'Algérie, Suez et puis, encore, la guerre d'Algérie…"
Il n'était ni un idéologue, ni un factieux.
 
Fut-il nostalgique l'homme qui, tournant le dos à tout militantisme, se lança dans l'écriture de livres (avec le concours de son neveu l'éditeur Laurent Beccaria) qui rencontrèrent un large public? Leur qualité valut à l'un d'eux, Les Champs de braises, de recevoir le prix Femina. Et l'armée française lui décerna son prix littéraire Erwan-Bergot.
À la même époque, Saint Marc prononça des centaines de conférences. À chaque fois, son auditoire était frappé par son souci de faire des événements qu'il avait vécus un récit apaisé. Il parlait posément de sa vie, de ses passions, de ses doutes, de ses contradictions, sans que jamais n'affleure l'esprit de revanche. Son message évoquait souvent la résistance, c'est-à-dire un état d'esprit face à l'oppression ou à des ordres qui heurtent manifestement la conscience de l'homme. L'actualité du monde (terrorisme islamique, menace technologique, dérives médicales) donnait à ses propos une résonance exceptionnelle.
 
Un moment important de la vie d'Hélie de Saint Marc avait été ce jour de septembre 1982 où il avait été réintégré dans ses droits ; ses décorations lui avaient été restituées. Cette réhabilitation, il la devait à un personnage qui a façonné François Hollande et que tout le PS révère: c'était le président Mitterrand. En novembre 2011, par les mains du président Nicolas Sarkozy, la République française l'avait fait grand-croix de la Légion d'honneur.
 
À ses obsèques à Lyon, en août 2013, se pressaient tous les corps constitués de l'État, au premier rang desquels le sénateur maire de la ville, Gérard Collomb, qui salua alors "une figure d'une extrême intégrité, un être authentique habité d'un humanisme profond". Honneurs, décorations, reconnaissances : Hélie de Saint-Marc n'était cependant pas dupe des grandeurs d'établissements : "Je cherche constamment à décaper sur mon visage, écrivait-il, le fard insensible qui vient à ceux qui accède à une petite renommée, ceux qu'on mentionne en note dans les livres d'histoire (…). Je me souviens du Revier de Langenstein, de la cellule de Tulle et d'une chambre d'hôpital la nuit. Là, j'ai rencontré la vérité de mon destin." Rance ? Nostalgique ?
Manuel Valls et Stéphane Le Foll devraient s'inspirer du conseil qu'Hélie de Saint Marc donnait à ses jeunes lecteurs : "comprendre avant de juger".

Paru sur Figarovox, 16 mars 2015

Michel Houellebecq

Publié dans A tout un chacun
Michel Houellebecq voyageur du bout de nos nuits

La séquence sanglante vécue en France aurait pu briser la carrière de ce livre. Le lecteur, se demandait-on, choqué par deux attentats meurtriers provoqués par des terroristes islamistes aurait-il le cœur à lire un roman dont le thème est la conversion massive de la France à l’islam. La réponse est là : le livre se vend.
Le grand mérite de Houellebecq, que lui reconnaissent ses lecteurs, est de se colleter àson époque. Il n’a jamais refusé l’affrontement. Tentation de l’eugénisme, horreur économique, obsession sexuelle, il a toujours osé l’exploration des zones d’ombre de l’homme contemporain. Il le fait avec ses armes d’écrivain : l’ironie, l’absurde.

Il y a plusieurs livres dans Soumission, habilement entrelacés.
D’abord le récit d’un écrivain naturaliste. Son héros, le mot est un peu fort pour ce piteux professeur d’université, s’appelle François. Houellebecq décrit son état, ses pauvres aspirations et pour ainsi dire sa vie quotidienne. Il est réduit à une humanité préoccupée de la satisfaction immédiate de ses besoins. C’est dans ce contexte morose d’une société à bout de souffle que l’écrivain imagine le surgissement dans la vie politique française de 2022 d’un parti musulman dont le leader, un brillant sujet, accède au pouvoir suprême. Les partis traditionnels font alliance avec lui pour écarter Marine Le Pen. Horresco referens.
La petite société politique et médiatique, avec ses mœurs panurgiques, son vocabulaire attendu, ses acteurs (de François Bayrou à David Pujadas), et donc ses limites, est décrite avec une précision de journaliste politique. Parfois un bon roman vaut mieux qu’un long discours.

L’autre livre est celui d’un critique littéraire qui étudie Huysmans, mais aussi Péguy, Bloy et consorts. Quelle est la raison de cette excursion ? Faire montre de sa culture ? L’auteur ne s’empare de l’auteur d’Àrebours que pour s’interroger sur l’attente de Dieu qui hante nos sociétés modernes. C’est là peut-être le cœur du livre, sa dimension la plus forte. François se lance dans une enquête sur l’œuvre et la vie de Huysmans, qui le conduit jusqu’à Ligugé, pour arriver à ce verdict : au XIXe siècle, sa recherche mena Huysmans au pied de la Croix. Aujourd’hui pense Houellebecq, elle le conduirait à la mosquée. Cette question de "la revanche de Dieu" dépasse le roman et même l’actualité immédiate. Sa conclusion est fortement discutable. Elle ne peut cependant pas être écartée d’un revers de manche.

La troisième caractéristique de ce roman est de ressortir au conte philosophique. Soumission, c’est une version 2022 des Lettres persanes, où Usbek et Rica s’écrieraient : "Comment peut-on ne pas être persan ?" L’élection de Mohammed Ben Abbes imaginée par Houellebecq produit sur le pays un effet de sidération. Si l’on observe çà et là quelques troubles, force est d’admettre que la société française dans son ensemble consent rapidement à son islamisation. Les maux qui la frappent depuis trente ans s’évanouissent comme par enchantement. Les pétromonarchies investissent massivement, le chômage disparaît. L’Europe, devenue une Euroméditerranée, fonctionne enfin. Houellebecq repeint l’avenir en couleurs pimpantes. Le vert est plus que jamais la couleur de l’espérance. "Allah is watching you." Mais contrairement au Grand Frère d’Orwell, qui annonçait un avenir effrayant, dans ce livre, se "soumettre" est une attitude enviable. Qu’on en juge. La grande misère de l’homme s’évanouit au profit d’une nouvelle sociabilité, épanouissante – jusqu’à ce qu’on s’avise qu’elle passe par la polygamie.
C’est gros, mais ce faisant, le provocateur interroge la modernité, secoue notre mentalité démocratique et laïque, malmène la condition féminine contemporaine. Pis : devant nos dénégations indignées, il nous nargue, façon Baudelaire : "Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère."

Alors pourquoi le lecteur adhère-t-il àl’entreprise ? Probablement pour exorciser par la lecture de cette fiction – qui vire parfois à la farce grinçante - un spectre menaçant : l’extrême fragilitéde notre société, telle qu’elle lui est apparue tragiquement la semaine dernière.
Il lit Houellebecq  comme le bourgeois du siècle dernier allait au vaudeville : en espérant que ce dont il rit sur scène ne se réalisera pas dans sa vie. Et qu’une fois le rideau retombé, les lumières vont bien se rallumer.
Le Figaro 16 janvier 2015

Droit de vivre

Publié dans A tout un chacun
Droit de vivre
 
Le rapport Claeys-Leonetti remis vendredi à François Hollande n'épuisera probablement pas le débat sur la "fin de vie".
Notre société ultramédicalisée a rendue ténue la frontière entre la vie et la mort. Et, dans le même temps, elle ne cesse d' "évacuer" celle-ci (le mot est de Jean Leonetti lui-même). Ecrasé par cette perspective, projetant dans les situations de détresse qu'il observe à l'hôpital l'angoisse de son propre sort, l'homme moderne paraît désemparé. Témoin, le vocabulaire qu'il utilise. On ne meurt plus dans notre époque douce et froide : on "part".
Les mots ont leur importance dans ce dossier sensible. Ainsi "le droit de mourir dans la dignité", expression fétiche des militants de l'euthanasie qu'a reprise hier le président de la République. Le droit est-il suffisant pour prendre en compte toutes les facettes de la fin de vie ? Au reste, quel droit pour un malade dont la fin est proche ? Droit de mourir ou au contraire droit de vivre ses derniers moments entourés de la bienveillance et de la compassion de sa famille et du corps médical ?
 
"Droit de mourir dans la dignité", "droit à l'enfant" et, partant, "droit" à la nationalité pour celui-ci (la décision du Conseil d'Etat validant la circulaire Taubira sur les enfants nés à l'étranger par GPA est à cet égard instructive), voici que l'homme moderne s'avance jusqu'aux deux extrémités de la vie, jadis intangibles. Il veut avoir prise sur elles, fort de son droit et des avancées de la science.
Que va-t-il faire ?
S'orienter vers un monde où la question de la naissance et de la mort est abandonnée aux médecins et aux parlementaires. Ou se mobiliser pour redonner du prix à toute existence, fût-elle amoindrie par la maladie, la pauvreté, le handicap, et conférer à sa fin une signification magnifique.
 
L'homme peut bien conspirer contre la vie. La technique le lui permet. La loi l'y autorisera, un jour ou l'autre. Et après ? Au fond de lui résonne une voie intérieure qu'il ne parviendra jamais à chasser complètement : "Qu'as-tu fait de ton frère ?"

Editorial, paru dans Le Figaro, 13 décembre 2014

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