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PINTON Michel

PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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A propos de la loi Veil

Publié dans Du côté des élites
A propos de la loi Veil
 
Il est inhabituel qu’un article de Magistro commente un autre article, publié sur le même site. Je vais cependant m’y risquer. Le sujet abordé et la manière dont il a été traité soulèvent des questions trop importantes pour ne pas appeler leur approfondissement.
    
Dans la dernière livraison de Magistro, Chantal Delsol a présenté son point de vue sur la loi Veil. L’auteureest à juste titre considérée comme une représentante éminente de la pensée catholique contemporaine. Je ne pense pas déformer ses propos en les résumant comme suit : en 1974, une part majoritaire de l’opinion publique réclamait la dépénalisation de l’avortement. Giscard, alors président de la République et Simone Veil, ministre de la Santé publique, ont constaté que, "la France n’étant plus en chrétienté", il "devenait illégitime de lui imposer de vivre selon une loi" qui avait été "inspirée par l’autorité ecclésiale". Ils ont choisi de laisser aux consciences individuelles des femmes la responsabilité de décider si, oui ou non, elles devaient poursuivre leurs grossesses. La loi Veil est, pour cette raison, une "loi juste". Les catholiques ont eu le tort de s’y opposer. Ils ont manifesté une "jactance" et une "cruauté" inadmissibles qui ont "engendré des désirs de vengeance".
 
J’ai été témoin direct du processus qui a conduit à la dépénalisation de l’avortement. J’aurais beaucoup de réserves à apporter quant aux vœux supposés de l’opinion publique à cette époque et aujourd’hui encore. Je me limiterai ici à une observation. Ni Giscard ni Simone Veil n’ont pensé en termes de "rupture de civilisation". Ils savaient parfaitement que "l’autorité ecclésiale" avait été abolie en France depuis près de deux siècles et ils ne s’en souciaient nullement. L’un et l’autre étaient acquis à ce qu’ils appelaient la modernité, c’est à dire au libre choix des femmes en matière d’avortement. S’ils ont placé devant cette liberté le modeste obstacle d’un délai de huit jours entre le dépôt d’une demande à l’hôpital et l’exécution de l’acte par les médecins, ce n’était pas pour que "les consciences individuelles puissent peser gravement le pour et le contre. En citant cette phrase, Chantal Delsol ne fait que reprendre un argument de propagande. En réalité, Giscard redoutait la colère de l’électorat catholique. Il a voulu l’apaiser en donnant à la loi Veil l’apparence d’un compromis prudent et équilibré entre les camps opposés : l’avortement serait limité à des situations d’extrême détresse auxquelles personne ne pouvait refuser sa compassion, surtout si elles étaient confirmées par huit jours de réflexion. Dans les faits, l’interruption volontaire de grossesse est vite devenue le phénomène massif qui était prévisible et le législateur s’est peu à peu débarrassé des hypocrisies de la loi de 1974. Aujourd’hui il ne parle plus d’exceptions malheureuses mais de droit fondamental. Le "renversement d’intention" contre lequel Chantal Delsol proteste, n’a jamais existé. Jamais Simone Veil ni Giscard n’ont dénoncé les modifications qui auraient "fait de l’I.V.G. le contraire exact de ce qu’elle était" avec eux.
      
Cette divergence entre la philosophe et les deux responsables politiques étant exposée, il reste que tous trois se retrouvent pour affirmer leur attachement aux valeurs judéo-chrétiennes. Mais elles ne concernent que leurs personnes privées. Ils ont établi, l’une dans ses raisonnements, les deux autres par leurs actes, une séparation rigoureuse entre leurs comportements individuels et leur participation à la vie publique. Ils n’hésitent pas à trouver juste une loi qui bafoue leur morale personnelle. Ils ont renoncé à l’idée selon laquelle le christianisme a un prolongement politique et social. Ils sont d’accord pour que leur religion organise des œuvres caritatives de nature privée mais tiennent pour dépassée et blâmable l’aspiration de certains catholiques à donner un caractère légal à la morale chrétienne.
Ils ne sont pas seuls. Beaucoup de croyants pensent comme eux. C’était en 1974 le point de vue du philosophe Maurice Clavel. Il n’hésitait pas à traiter de "canaille" le cardinal archevêque de Paris au motif que le prélat s’opposait publiquement à la loi Veil.
Leur dualisme, qui fait un partage très inégal entre ce qui est dû à Dieu et ce qui est dû à César, est une application moderne de vieilles idées gnostiques, hérésie maintes fois anathémisée par l’Eglise. Mais ils ne semblent pas en être conscients.
     
S’il ne s’agissait pas que d’un problème doctrinal, il conviendrait de l’abandonner aux théologiens, profession à laquelle je n’appartiens pas. Mais le point de vue des intellectuels dont je parle, et leur forte influence sur la masse des croyants, ont d’importantes conséquences pratiques. Elle interdit que les catholiques examinent en quoi la loi Veil affecte le bien commun des Français. Si, en effet, l’avortement n’est qu’une question de choix privé sur lequel l’Etat et la société n’ont rien à dire, il devient impensable d’envisager des mesures légales qui en restreindraient l’exercice, même si ce dernier a des répercussions sur notre devenir national. J’en donne deux exemples : Notre peuple peut-il tenir pour négligeable la blessure qui lui est infligée chaque année depuis près d’un demi-siècle, par la suppression de deux cent mille vies humaines ? L’affaiblissement démographique qui en résulte a des effets considérables sur notre prospérité et notre rang dans le monde. L’immigration massive que nous devons accepter, le compense mal et contient des risques graves.  Ensuite, est-il vrai que la loi Veil ait égalisé la condition des femmes devant l’interruption volontaire de grossesse ? La réponse est évidemment oui sur le plan formel. Mais un examen, même sommaire, de la réalité sociale, montre qu’elle a accentué les inégalités entre les femmes riches et diplômées et celles qui appartiennent aux milieux défavorisés. Les premières y ont gagné en émancipation professionnelle et aisance financière ; les secondes se sont trouvé plus dépendantes des choix égoïstes des hommes. Ce n’est pas par hasard si la catégorie la plus pauvre, la plus broyée de la population française est constituée, dans son écrasante majorité, de femmes seules, chargées ou non d’enfants.
 
Giscard et  Simone Veil ont délibérément écarté les questions que la liberté d’avortement pose à notre bien commun. Leurs successeurs se sont obstinés dans le même refus, quitte à nier des réalités de plus en plus dérangeantes. Il se trouve des intellectuels chrétiens, depuis Maurice Clavel jusqu’à aujourd’hui, pour leur apporter une caution morale. C’est dommage pour le catholicisme français et c’est une grande perte pour le débat public dans notre pays.
Michel Pinton, Ancien secrétaire général de l’UDF       

Un bouleversement politique ?

Publié dans Du côté des élites
Un bouleversement politique ?
 
Comment faut-il comprendre la victoire de Macron à l’élection présidentielle et celle de ses partisans aux élections législatives qui ont suivi ? La plupart des observateurs s’accordent à les analyser comme un changement majeur, encore qu’indistinct, de notre vie nationale. François Bayrou, vétéran des combats du dernier tiers de siècle, est plus catégorique : "les moments que nous vivons" affirme-t-il en toute simplicité "figureront dans les livres d’histoire au même titre que les bouleversements politiques de la Libération ou de 1958". Selon lui, "une vague de confiance est en train de se lever". "La débâcle des partis qui exerçaient le pouvoir depuis des décennies" nous fait entrer dans "une période d’optimisme et de volonté". Les chefs des factions vaincues ne sont pas loin de penser qu’il a raison.
Bayrou ne nous indique pas les faits sur lesquels il a construit ses certitudes. Mais la "vague de confiance" qu’il voit se lever n’apparaît pas dans les statistiques électorales. Les Français ont été moins nombreux à voter en ce printemps "d’optimisme" que pendant "la période de pessimisme et de découragement" qui a porté à l’Elysée, Sarkozy d’abord et Hollande ensuite. Les électeurs "macronistes" eux-mêmes ont montré peu d’ardeur à confirmer leur choix dans les scrutins législatifs : un quart d’entre eux a boudé les urnes le 11 juin. Si l’on devait résumer en un mot  l’état d’esprit de nos compatriotes tel que les consultations électorales nous le montrent, les termes de passivité ou à la rigueur d’attentisme seraient plus adaptés que celui de confiance.
Le président du Modem rapproche audacieusement le quinquennat qui commence  avec les secousses de la Libération et les débuts de la Vè République en 1958. Il n’est pas prouvé que Macron et son gouvernement envisagent une rénovation politique et sociale d’ampleur comparable. Leurs intentions apparaissent plus modestes. En tout état de cause, les grands changements de notre passé ont été marqués par des élans populaires visibles et mesurables, notamment dans les consultations électorales. La "République en marche" est soutenue par moins d’un Français sur six et elle a été, jusqu’à aujourd’hui, incapable d’élargir son assise. Elle n’a pas les moyens de l’ambition dont Bayrou la revêt.
             
Elargissons notre horizon.
Le cycle électoral qui s’achève peut être aisément comparé aux deux qui l’ont précédé en 2007 puis en 2012. Le premier, dans lequel Sarkozy et Royal se sont affrontés au nom de la droite et de la gauche, a passionné les Français. 16 % seulement des électeurs n’ont pas participé au premier tour de scrutin et les deux candidats arrivés en tête ont réuni ensemble près de la moitié du corps électoral. Le cycle suivant, en 2012, a montré un début de désenchantement et de confusion : les abstentionnistes ont été plus nombreux (20 %) et les deux finalistes, Sarkozy et Hollande, n’ont attiré que 43 % des Français. L’élection présidentielle de 2017 ne fait que poursuivre et amplifier le déclin des dix dernières années. L’abstention croît encore (22 %) et les électeurs se dispersent davantage entre des candidats dont aucun ne parvient à mobiliser un Français sur cinq. Ensemble, les deux premiers, Macron et Marine Le Pen, rassemblent péniblement un tiers du corps électoral. Celui qui l’a emporté, doit sa victoire à des circonstances fortuites autant qu’à ses propres mérites. Le processus d’affaiblissement des grandes coalitions de droite et de gauche a commencé avant la "République en marche" et ce qui lui succède n’est pas une recomposition historique des forces partisanes mais un éclatement entre des allégeances fragiles, étroites et instables.
Telle est la réalité politique avec laquelle Macron devra gouverner. Elle est l’image d’un peuple profondément divisé. Les habitants de nos grandes villes voient l'avenir national tout autrement que les ruraux ; le même antagonisme oppose les zones de vieille industrie et les pôles d’activité numérique ; les partisans du multiculturalisme et ceux qui mettent en avant leur attachement identitaire ; les enrichis et les appauvris de la mondialisation ; les euroenthousiastes et les eurosceptiques. Macron porte les attentes de certains groupes ; il suscite la méfiance des autres. Il ne rassemble pas.
                    
 
L’Amérique de Trump, l’Angleterre de May, l’Italie de Renzi et même l’Allemagne de Merkel sont tiraillées par les mêmes forces irréconciliables, paralysées par les mêmes mouvements d’opinion flous et changeants, menacées par la même instabilité politique. Notre pays mériterait d’être appelé exemplaire et le moment présent d’être qualifié d’historique si ceux qui nous dirigent savaient surmonter nos divergences, dépasser nos contradictions et nous unir dans une recherche renouvelée de notre bien commun. Nous en sommes loin. Quel que soit l’enthousiasme de Bayrou pour le quinquennat qui commence, nous ne sommes pas plus avancés que les autres nations d’Europe et d’Amérique. Sauf fait nouveau, notre gouvernement va donc trébucher autant que les autres.

Michel Pinton, Ancien secrétaire général de l’UDF

Macron, un nouveau Giscard ?

Publié dans Du côté des élites
Macron, un nouveau Giscard ?
 
Il y a beaucoup de similitude entre Emmanuel Macron et Valery Giscard d’Estaing. L’un et l’autre sont issus de la même école, l’ENA ; l’un et l’autre ont fait l’apprentissage des affaires publiques dans le corps de l’inspection des finances ; l’un et l’autre ont accédé à la magistrature suprême en bousculant les appareils partisans de la droite et de la gauche ; l’un et l’autre ont commencé leur mandat avec l’auréole de la jeunesse et du changement ; l’un et l’autre, enfin, se sont proclamé centristes, libéraux et européens et ont annoncé que leur action obéirait à ces trois principes. Il n’en faut pas plus pour soulever une question simple : Macron est-il voué à échouer comme Giscard ou réussira-t-il  la "révolution" que son prédécesseur n’a pu mener à bien ?
Ayant été mêlé de près aux projets et aux décisions qui ont marqué le septennat giscardien, je crois pouvoir apporter quelques éléments de réponse. Avant de les présenter, il me semble indispensable de faire une réserve importante : il est hasardeux de juger un Chef d’Etat sur ses intentions ; ses actes peuvent s’en écarter. Le programme que, par exemple, Hollande avait présenté aux Français en 2012, a peu de points communs avec les décisions de son quinquennat. Nous ignorons tous, y compris l’intéressé, ce que Macron fera quand il se heurtera aux réalités des années à venir.
Si donc nous nous limitons au projet présenté par notre nouveau Président, nous arrivons à une constatation étonnante : Macron semble n’avoir tiré aucune leçon du destin de son prédécesseur. Rien ne montre qu’il ait réfléchi aux causes de son échec. Pour cette raison, il risque de connaitre un sort comparable. 
Entrons dans une description plus précise.
 
Tous deux se proclament d’abord des libéraux. Qu’entendent-ils par ce terme ? Principalement une politique qui ouvre notre société à la concurrence mondialisée. Elle met sa confiance dans l’énergie et l’imagination de nos chefs d’entreprise. Giscard avait commencé de démanteler l’appareil de contraintes et de procédures qui les plaçait sous la tutelle de l’Etat. Il leur avait rendu la liberté des prix. Il avait mis fin aux autorisations administratives de licenciement. Macron entend aller plus loin. Il a annoncé son intention de "simplifier" le code du travail (entendez : en assouplir les obligations contractuelles) et de diminuer les prélèvements qui pèsent sur les employeurs. Il en attend, comme son prédécesseur, des entreprises plus compétitives, des salariés plus productifs et des embauches plus nombreuses.
Les espoirs de Giscard ont été déçus. Son septennat a été marqué par les débuts du chômage de masse, de la précarité des emplois et de l’exclusion des plus pauvres. Il a bien essayé d’éviter ces trois fléaux en augmentant fortement les indemnités de licenciement, les allocations de chômage et les budgets de formation permanente. Mais sa parade s’est avérée à la fois très coûteuse et peu efficace. Les finances publiques en ont été fortement déséquilibrées sans que le nombre des marginalisés fut réduit. Macron n’a pas imaginé d’autre remède. Il propose de pallier les effets mauvais de la mondialisation en accroissant encore l’assistance à ses victimes : il veut faire de l’assurance-chômage un droit universel, augmenter les indemnités de licenciement et lancer un plan "inédit" de formation et qualification. Il parie qu’en allant plus loin que Giscard sur la même voie, il va déboucher sur une issue.  L’expérience montre qu’il risque fort d’entrainer notre pays dans un système encore plus coûteux sans être plus efficace.
 
Façonné par l’ENA, Giscard était persuadé que l’Etat et lui seul avait la capacité de courir au secours des individus broyés par le marché libre. En plus des prestations versées sous la surveillance vigilante des administrations, il a tout naturellement confié le monopole des offres d’emploi à une agence publique. Macron, qui a reçu la même formation que son prédécesseur, accentue son choix. Il a annoncé son intention de nationaliser les organismes qui gèrent l’assurance–chômage et ceux qui s’occupent de formation professionnelle.  Il n’a tiré aucune leçon de l’expérience des quarante dernières années. Il ne voit pas que la centralisation administrative des affaires sociales déshumanise l’aide aux démunis, accroît démesurément son coût et la rend plus lourde et plus opaque.
 
On sait aujourd’hui que l’adaptation d’une nation au défi de la mondialisation dépend beaucoup plus de l’agilité de ses territoires que des règlements imaginés par ses bureaucraties centrales. Giscard l’ignorait ; il a négligé d’étendre la décentralisation initiée par Charles de Gaulle. Son erreur était celle de sa génération. Mais il est étrange qu’aujourd’hui Macron soit encore plus indifférent à cette grande tâche nationale que son prédécesseur d’il y a un demi-siècle. Son programme n’en dit à peu près rien. Il va même au rebours des nécessités de notre époque : en nationalisant la taxe d’habitation, il réduit la liberté communale au lieu de l’élargir.
 
Libéralisme veut dire aussi, selon nos deux Présidents, extension des droits individuels, notamment sur le plan des mœurs. Giscard a créé le droit à l’avortement. Macron se dit prêt à donner aux couples de lesbiennes le droit à la PMA. Il n’a manifestement pas médité les leçons du passé. Heurter les consciences d’innombrables citoyens pour une cause discutable, c’est prendre la responsabilité de graves divisions dans l’opinion publique et ébranler l’autorité du Chef de l’Etat.
 
Après le libéralisme, l’Europe. Elle est le second pilier de la politique commune à nos deux Présidents. Giscard a fait naître le Parlement européen et préparé la venue de la monnaie unique. Macron ambitionne de créer un Parlement de la zone euro et veut lui donner un budget commun. Ils poursuivent le même but : une "union toujours plus étroite" entre les vingt-sept Etats-membres.
Mais la situation n’est plus la même. En 1974, "l’espérance européenne" semblait avoir l’avenir pour elle. Aujourd’hui elle est chargée de déceptions et de difficultés pratiques. L’euro, notamment, fait peser de lourdes contraintes sur la France. Il freine la compétitivité de nos entreprises. Il ralentit la croissance de notre production. Et, plus que tout, il nous oblige à équilibrer nos comptes publics. Or le déficit de nos recettes par rapport à nos dépenses est, en 2017, à la limite de ce que les autorités de Bruxelles peuvent tolérer, c'est-à-dire 3 % de notre produit national. Comment notre nouveau Président pourra-t-il à la fois être un Européen modèle, qui réduira l’excès des dépenses publiques, et financer ses multiples promesses de largesses nouvelles ? Ne s’est-il pas engagé à supprimer une part importante des cotisations sociales, accorder un droit universel aux allocations-chômage, recruter des dizaines de milliers de policiers et d’enseignants, investir "massivement" dans les hôpitaux, lancer un plan non moins massif de formation continue et d’autres débours encore ? La contradiction de ses intentions est trop flagrante pour ne pas l’obliger à un reniement. Je suis prêt à parier que la pression de Bruxelles sera la plus forte.  Macron lui cèdera. Mais il rendra son ambition européenne encore moins populaire. Il se souviendra peut-être à ce moment que la politique du "franc fort" a jadis mené Giscard à sa perte. Ce sera trop tard.
 
Il reste à examiner le troisième principe qui a guidé les deux hommes : le centrisme. C’est une doctrine qui rejette le "vieux clivage" entre droite et gauche, "système qui a été incapable" affirme Macron, "de répondre aux problèmes de notre pays depuis trente ans". Comme on le voit,  notre nouveau Président exonère Giscard de toute participation au "système".  Il pense, comme son lointain prédécesseur, que l’avenir appartient à des gouvernements capables de réunir les modérés des deux camps autour d’un programme équilibré qui prend à son compte les idées les plus raisonnables de droite et de gauche.    
En pratique, Giscard a gagné l’élection présidentielle en associant la droite modérée aux partis du centre. Il a ensuite essayé d’élargir sa majorité en attirant à lui les modérés de gauche. Aujourd’hui, Macron est arrivé au sommet en formant une alliance entre le centre et la gauche modérée. Il rêve de s’assurer une assise moins étroite en annexant les modérés de droite. Les deux Présidents ont pris des chemins différents mais vers le même but.
"L’ouverture" de Giscard vers le centre-gauche n’a guère eu de succès. Sa "société libérale avancée" est restée penchée sur son côté droit. La gauche a retrouvé sa cohésion et sa pugnacité en quelques mois. La droite, sonnée par sa défaite inattendue, a mis deux ans pour se ressaisir. Ensuite le centre, pris entre deux feux, s’est lentement effrité.
Est-ce le sort qui attend Macron et sa "République en marche" ? Nous le saurons dans peu de mois. Les contradictions dans lesquelles le candidat s’est enfermé, les difficultés qui vont l’assaillir, seront autant d’aubaines pour les familles traditionnelles de la droite et de la gauche. Alors elles reprendront des forces. Ceux qui proclament  l’avènement d’une ère nouvelle, une transformation radicale et définitive de notre paysage politique, s’extasient un peu vite.  

Michel Pinton, ancien secrétaire général de l’UDF

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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