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PINTON Michel

PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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Bientôt la PMA pour toutes ?

Publié dans Du côté des élites
Bientôt la PMA pour toutes ?
 
Le 15 juin dernier, le comité consultatif national d’éthique (CCNE) a donné un "avis " qui a fait beaucoup de bruit : il a recommandé aux pouvoirs publics d’octroyer aux femmes, un droit inconditionnel à la procréation médicale assistée (PMA).
Jusqu’à présent, la PMA est réservée à celles qui vivent en couple stable avec un homme et sont affligées d’une infécondité dûment constatée par un médecin. Le CCNE suggère d’étendre la sollicitude de la loi aux célibataires et à celles qui partagent leurs existences avec une autre femme, même si elles sont fécondes par nature.
En lui-même, l’avis du CCNE n’a aucune importance. Il ne représente qu’une somme d’opinions individuelles, qui ne sont pas toutes qualifiées sur le plan moral. Si les médias lui ont accordé tant d’attention, c’est parce qu’Emmanuel Macron avait promis, pendant sa campagne présidentielle, d’appliquer ce que le comité recommanderait. Voici l’avis rendu. La défausse que le candidat pensait habile est devenue une obligation délicate pour le Président.
A première vue, en effet, l’élargissement proposé paraît d’importance secondaire. Il intéresse des catégories très minoritaires, lesbiennes ou femmes seules désirant avoir un enfant. Mais il soulève de graves questions que les "sages" du comité contournent prudemment. Macron serait avisé de les peser avec soin. Examinons-les.
               
Le CCNE explique son avis favorable par un seul argument : il est vrai, écrit-il, que les femmes appartenant aux deux groupes visés ne sont a priori victimes d’aucune infirmité physique qui justifierait une intervention médicale. Mais elles sont atteintes "d’infécondité de choix ". Leur orientation sexuelle dans un cas, leur volonté d’autonomie individuelle dans l’autre, les privent de leur "droit à l’enfant ". Le gouvernement est invité à "pallier à leur souffrance" en leur donnant accès à un moyen artificiel de devenir enceintes.
Voici donc le pouvoir politique appelé à montrer sa compassion pour des frustrations qui ont un caractère purement subjectif. C’est une mission inhabituelle pour lui. Il a toujours mis son honneur à ne pas sortir du rationnel et de l’objectif. Je ne connais que deux exceptions. Les "souffrances" qui sont invoquées aujourd’hui prennent la suite des "extrêmes détresses" qui avaient ouvert le droit à l’avortement et des "humiliations insupportables" éprouvées par les homosexuels dont les unions ne pouvaient devenir des mariages. Une fois de plus, l’autorité politique est sommée, non pas de servir l’intérêt général et ses nécessités objectives, mais de contenter des désirs particuliers qui se sentent contrariés. L’expérience montre que donner satisfaction à des exigences de cette nature entraîne le législateur, à ses risques et périls, vers des terrains mouvants et obscurs.    
                 
Ne nous arrêtons pas aux élans sentimentaux dans lesquels le CCNE veut nous enfermer. Examinons "la PMA pour toutes" à la lumière du bien commun. Elle pose trois problèmes principaux.
                 
Le premier est de caractère pratique. La PMA n’est pas une opération simple. Elle coûte cher. Qui va la payer ? La secrétaire d’Etat aux droits des femmes a fait savoir qu’elle proposerait une prise en charge générale par des fonds publics, au nom de l’égalité des patientes. Il n’est pas évident, du point de vue de l’intérêt général, que le budget de l’assurance maladie ou celui de l’Etat, aujourd’hui déficitaires, n’aient pas d’obligations plus pressantes que de satisfaire des "désirs d’enfant" artificiels. Et puis, les statistiques montrent que les donneurs de sperme ne seront pas assez nombreux pour répondre à l’accroissement prévisible de la demande. Certains groupes de pression ont une solution toute simple : que l’Etat (encore lui) prenne à sa charge des campagnes publicitaires d’incitation au don de sperme, comme il le fait pour le sang. Cette mesure ayant peu de chances de convaincre un nombre suffisant d’hommes, l’Etat (toujours lui) est invité à étudier un système de rétribution anonyme. Le CCNE, si bienveillant qu’il soit à la cause des lesbiennes, se sent obligé de mettre le gouvernement en garde contre le risque de "marchandisation des produits du corps humain".  Comme on le voit, les dépenses publiques qu’entraînerait "le droit à la PMA pour toutes" sont susceptibles d’un emballement difficilement maîtrisable et feraient surgir, en prime, de délicats problèmes d’éthique. L’Etat serait pris dans un engrenage dont on ne voit pas l’aboutissement.
                 
Le second problème concerne la relation entre le savoir et la morale. Depuis la plus haute antiquité jusqu’à aujourd’hui, la médecine a eu pour but exclusif de restaurer autant que possible l’intégrité du corps humain, en prévenant, en guérissant ou en soulageant  les maladies et infirmités qui l’amoindrissent. Le praticien est tenu de suivre une règle morale stricte : il s’interdit de mettre ses connaissances au service d’une autre cause que celle-là. Notre époque a apporté une exception à sa mission. Depuis 1974, le code de la santé publique admet que le médecin se fasse l’exécuteur d’avortements voulus par des femmes enceintes sans autre justification que leur désir d’interrompre leur grossesse. Dans ce cas, le praticien renonce à se laisser guider par l’impératif moral de sa profession ; il applique passivement la volonté de sa cliente. "La PMA pour toutes" ouvrirait une autre brèche dans l’éthique médicale. Aider une lesbienne à avoir artificiellement un enfant, ce n’est pas soigner une maladie, mais contenter un désir. Le professionnel de la santé qui s’y prêterait, descendrait pour la seconde fois du rang de libre serviteur d’une morale universelle à celui d’esclave d’exigences individuelles. Le CCNE le pressent quand il s’inquiète timidement d’une dérive qui pousserait les praticiens à "répondre à une demande sociétale" au lieu de soigner des malades. L’accroissement des capacités techniques de la médecine s’accompagnerait de l’irresponsabilité morale du médecin. Une distorsion aussi flagrante menace notre société de débordements terrifiants.
                   
Le troisième problème touche l’enfant qui serait né d’une "PMA pour toutes". Le CCNE a l’honnêteté de reconnaître que "l’absence de partenaire masculin " n’est pas sans conséquences. Elle prive l’enfant d’un père non seulement dans sa vie, mais encore dans la connaissance de ses origines. Elle heurte un droit humain élémentaire. Certains idéologues croient pouvoir nous rassurer, exemples à l’appui : pour ce qui est des lesbiennes, la présence d’une seconde femme compense, disent-ils, l’inexistence d’homme ; les enfants élevés par ce genre de "couples" ne se distinguent pas des autres. Ne nous laissons pas égarer par leurs démonstrations intéressées. Elles n’ont aucune valeur probante. Le CCNE lui-même avoue qu’en ce domaine, il y a "absence de recherche fiable ". Les rares études menées avec une véritable rigueur scientifique rejoignent ce que le bon sens fait pressentir : les adolescents sans père, sont plus exposés que les autres aux troubles de la personnalité, à la drogue, à l’échec scolaire, au suicide. La présence d’une seconde mère, loin de les protéger, les perturbe davantage. En attendant d’y voir définitivement clair, il serait sage que notre classe politique applique le "principe de précaution", inscrit dans notre Constitution depuis quinze ans. Il n’a été invoqué que pour protéger les produits de l’agriculture. Nos enfants valent au moins autant que les plantes.
                    
Au total, "la PMA pour toutes" n’apporte rien de substantiel au bien commun des Français. Elle le met au contraire en danger sur le triple plan politique, moral et social. Quel homme d’Etat digne de ce nom pourrait dès lors prendre la responsabilité d’en faire une loi ?             

Envoyé par l'auteur, 12 septembre 2017

Vaincre le terrorisme

Publié dans De par le monde
Vaincre le terrorisme
 
L’Espagne vient de connaître un enchaînement d’évènements qui est familier à tous les peuples d’Europe. Des musulmans extrémistes attaquent à l’improviste une foule paisible et insouciante. Les morts et les blessés jonchent le sol. Ce massacre d’innocents soulève l’indignation populaire. Des manifestations rassemblent toutes les classes sociales, tous les partis politiques, toutes les confessions religieuses. Le gouvernement suit le mouvement. Il dénonce une agression ignoble et prend des mesures d’urgence : traque des complices survivants, démantèlement des filières qui les aident, patrouilles militaires dans les rues, surveillance accrue des mosquées salafistes, renforcement des services de renseignement. L’attentat de Barcelone a répété la séquence qui avait suivi les attentats de Paris, Nice, Manchester et Berlin.

C’est aux Etats-Unis, il y a seize ans, que tout a commencé. L’attaque du Centre du commerce mondial et ses trois mille morts avaient suscité une émotion immense. Le Président américain avait, le premier, "déclaré la guerre au terrorisme" et déployé, pour la gagner, toute la force de son pays. Les Etats d’Europe s’y sont associés les uns après les autres. Il faut malheureusement reconnaître que cette vaste coalition n’a pas encore réussi à vaincre son ennemi. Les attentats sont, d’année en année, plus nombreux, leurs auteurs plus divers, leurs cibles plus variées et leur cruauté plus aveugle.
Ce qui nous trouble le plus, c’est le caractère insaisissable de ce terrorisme. Pourquoi ces attaques et pourquoi leur barbarie ? Nous pratiquons chez nous et notamment vis à vis de nos immigrés musulmans, une politique qui met au-dessus de tout la liberté individuelle, la tolérance et l’égalité. Et nous recevons en retour la haine et la violence. Des sociologues, des psychiatres, des juges et des policiers essaient depuis quinze ans de percer ce mystère. Ils analysent les mécanismes mentaux par lesquels de jeunes hommes, souvent nés en Occident, éduqués selon nos valeurs, intégrés dans notre société, se retournent soudain contre elle, tuent au hasard et se suicident ensuite. Différentes écoles s’opposent sur le cheminement de leur pensée mais toutes s’accordent à reconnaître le caractère nihiliste de son aboutissement. Les terroristes islamistes n’ont apparemment pas d’autre ressort que l’exécration de notre liberté ni d’autre but que semer la mort. La bonne réponse, répétée inlassablement par nos dirigeants politiques, c’est de leur montrer que notre attachement aux droits de l’homme est plus fort que leur volonté de les détruire. Nous finirons par décourager leur fanatisme.
 
Je crains que cette méthode ait peu de chances de mettre un terme au terrorisme islamiste parce qu’elle se fonde sur une explication inexacte de ses causes.  Si nous voulons comprendre les raisons qui animent les auteurs de presque tous les attentats, il nous faut franchir les limites de l’Europe et examiner ce qui se passe chez les peuples arabes. Ce n’est pas seulement moi qui le suggère. C’est ce que demandent les terroristes eux-mêmes, à commencer par le plus célèbre d’entre eux : Oussama Ben Laden. A l’origine de leur haine de l’Occident, on trouve un sursaut de révolte contre la manière dont nos gouvernements piétinent les droits de l’homme en Orient tout en proclamant les servir.
Donnons quelques exemples. C’est au nom des droits de l’homme que Bush et Blair ont envahi l’Irak, occupé le pays, dissous son armée, changé son gouvernement, incarcéré et torturé des milliers d’individus et réprimé brutalement les révoltes populaires. C’est encore au nom des droits de l’homme que Sarkozy, suivi par Cameron et Obama, a bombardé la Libye, armé des milices et renversé le régime par la force. C’est au nom des droits de l’homme enfin que Hollande a alimenté la guerre civile en Syrie, en s’alliant aux gouvernements les plus obscurantistes du voisinage. Nos dirigeants ont envoyé des chars et des bombardiers semer la démocratie chez les peuples arabes. A leur grande surprise, ils ont récolté le djihadisme. Et ce djihadisme déborde maintenant chez nous.
Le tableau que j’esquisse serait incomplet si je passais la Palestine sous silence. Depuis un demi-siècle, les droits les plus élémentaires de la population arabe y sont piétinés au vu et au su du monde entier. Les gouvernements occidentaux n’en portent pas la responsabilité directe mais leur timidité à dénoncer le coupable, leur refus de le gêner de quelque façon que ce soit contrastent singulièrement avec la sévérité des punitions qu’ils infligent aux dirigeants arabes accusés des mêmes abus. Il n’est pas étonnant que les opinions publiques, en Orient, voient en nous des intrus d’une partialité insupportable.

Je suis convaincu que le terrorisme dont nos peuples sont les victimes, serait coupé de sa principale racine, si nos gouvernements, dans un sursaut de lucidité et de courage, mettaient leurs actes en accord avec leurs principes. La défense des droits de l’homme en Orient ne nécessite de notre part aucune intervention armée, aucune alliance inavouable avec un Etat oppresseur. Elle se limite à un appel actif au respect de la liberté des personnes et des peuples. Pratiquée par nous sans hypocrisie ni réserve, elle porterait un coup décisif à l’argumentation des djihadistes. Il est vrai que les passions sont devenues trop vives, les problèmes trop embrouillés, pour que l’effet en soit immédiat. Les erreurs de nos dirigeants passés pèsent sur nous. Mais si nous ne changeons pas notre politique, le terrorisme va s’étendre encore en Occident. Si nos partenaires américains et anglais sont incapables de le comprendre, que la France le fasse seule. Elle y gagnerait, chez elle plus de calme et en Orient une audience qu’elle a perdue depuis dix ans au moins.

Envoyé par l'auteur, 25 août 2017            

L’honneur de la France

Publié dans Devant l'histoire
L’honneur de la France
 
Dimanche dernier, le Président de la République a commémoré l’arrestation, les 16 et 17 juillet 1942, de treize mille Juifs par la police parisienne, leur internement au Vel d’Hiv et leur livraison à l’occupant allemand. Il est juste que les plus hautes autorités de l’Etat manifestent par leur présence, le regret et la douleur de la nation devant cet acte cruel. Nous savons aujourd’hui que ces déportés ont presque tous péri dans les camps de concentration nazis.
Mais Emmanuel Macron a cru bon de faire plus. Reprenant un thème initié par Jacques Chirac en 1995 et développé par François Hollande en 2012, il a affirmé que la responsabilité de la sinistre rafle retombait exclusivement sur notre peuple. Il a fustigé une salissure indélébile sur notre honneur national : "C’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation". "Pas un seul Allemand n’y prêta la main".
     
Dans le demi-siècle qui a suivi la guerre, cette interprétation ignominieuse de l’événement en question a été repoussée par tous les responsables de l’Etat. De Charles de Gaulle à François Mitterrand, ils ont fait la distinction entre la France, qui s’opposait à l’occupant, et quelques Français dévoyés qui collaboraient avec lui. Une autre génération est aujourd’hui au pouvoir. Elle se croit meilleure juge de notre histoire que ceux qui l’ont faite. Elle affirme s’appuyer sur les recherches historiques les plus récentes pour rétablir la vérité.
Si faible que soit ma voix, je veux dénoncer ce qui est aujourd’hui un mensonge officiel. Il m’est insupportable que quiconque et surtout le chef de notre propre Etat, porte des coups à la dignité de la France. Certes, comme l’a dit le même Macron, un peuple se grandit quand il reconnaît les fautes qu’il a commises. L’Allemagne nous en donne l’exemple. Mais imputer à notre patrie un crime dont elle est innocente, c’est l’humilier et l’abaisser.
Pour prouver la culpabilité nationale, le Président nous présente un raisonnement simple. Les ordres d’arrestation sont venus de Vichy. Or "Vichy était le gouvernement de la France". Donc la France est responsable de la rafle.
       
Jusqu’en 1995, pareille énormité aurait scandalisé l’opinion publique. Jacques Chirac avait veillé à en atténuer l’effet en proclamant l’existence de deux France, l’une à Vichy, l’autre à Londres, l’une mauvaise, l’autre bonne. L’héroïsme de la seconde ne rachetait pas le crime de  la première mais il lui était une sorte de contrepoids. Sarkozy et Hollande ont repris cette thèse embrouillée et contradictoire sans rien y changer.  Macron ne s’embarrasse plus des précautions de ses trois prédécesseurs. Il choisit d’aller droit à ce qu’il considère comme une vérité "implacable". Pour lui, il n’y a jamais eu qu’un seul Etat français et une seule France : celle dont le chef s’appelait Pétain. Certes le régime a eu des adversaires : "ceux qui s’étaient engagés dans la résistance intérieure et extérieure" et ceux qui ont sauvé des Juifs. Mais ils n’étaient pas la France. Ils ne constituaient même pas une force significative. La preuve ?  Vichy "a pu compter sur toutes les forces vives du pays pour mener sa politique de collaboration". De glissement en glissement, le régime de Vichy retrouve aujourd’hui sa légitimité et la "France libre" perd la sienne.  Macron offre aux maudits de notre passé une revanche éclatante. Je ne sais pas s’il en est conscient.         
        
Comment explique-t-il que la vérité officielle de notre temps n’ait pas été admise par les survivants de la guerre ? Emmanuel Macron répond à nouveau sans détour. Il écarte les explications confuses de François Hollande, pour qui "l’époque (de 1945 à 1995) était à l’indifférence". "La France ne voulait ni voir ni savoir" et elle cachait le massacre "sous une chape de plomb". Notre Président refuse d’insinuer que ses deux grands prédécesseurs, Charles de Gaulle et François Mitterrand, ont été indifférents ou timorés. Il sait que personne n’y croit. Il leur accorde une excuse de nature politique : s’ils ont choisi d’être "mutiques" c’est parce qu’ils "ont fait primer l’apaisement et la réconciliation" des Français sur la vérité.
Mais cette "vérité irrévocable" est-elle aussi prouvée que Macron le proclame ? Examinons les faits. Qui exerçait le pouvoir à Vichy en juillet 1942 ? Exprimait-il la volonté libre de notre peuple ? Quatre mois plus tôt, Pétain, Chef de l’Etat en titre, s’était résigné, sous la pression de l’occupant, à nommer chef du gouvernement un homme qui n’avait pas sa confiance : Pierre Laval. "Pour avoir cédé aux intrigues de quelques Français et aux chantages des Allemands" écrit l’historien Robert Aron, le vieillard "a été forcé de couvrir de son autorité la politique de Laval sans pouvoir la modifier ni y mettre fin". Pitoyable "potiche" (l’expression est de Laval lui-même), Pétain a signé en avril un "acte constitutionnel" qui stipulait que "la direction effective de la politique extérieure et intérieure de la France est assumée par le chef du gouvernement", c’est à dire par un politicien honni par l’opinion publique, imposé par l’ennemi et engagé dans une "collaboration" que les Français vomissaient dans leur immense majorité. Qui peut, de bonne foi, prétendre que ce personnage, c’était la France ?
       
Fin juin 1942, les émissaires nazis exigent une "action" générale contre les Juifs, qu’ils soient français ou étrangers, résidant en zones libre ou occupée. Faute de quoi, ils menacent de faire subir à notre pays le sort de la Pologne martyrisée. Laval essaie, selon sa politique constante, de "finasser" sans s’opposer. Il arrive à une "transaction" : les Allemands ne déporteront pas les Juifs français de zone occupée ; en échange, la police française recevra de lui l’ordre d’arrêter les Juifs étrangers qui s’y trouvent, notamment à Paris. Laval décide seul, sans l’approbation d’aucune "force vive". Marché déshonorant, qui flétrit la mémoire de son auteur et de ses complices actifs, comme le sinistre Darquier de Pellepoix, commissaire aux affaires juives, ou passifs comme Benoît-Méchin, secrétaire d’Etat chargé des relations franco-allemandes. C’est accorder à de tels individus un honneur bien étrange que de proclamer aujourd’hui qu’ils étaient la France. Ils faisaient horreur à leurs contemporains qui les ont condamné à mort comme traîtres à la patrie. Et personne, a l’époque, n’a osé dire que de Gaulle avait tenté de les soustraire à la justice au nom de je ne sais quelle priorité à "l’apaisement et à la réconciliation".
      
La bonne question, n’est-ce pas alors de nous demander pourquoi nos dirigeants actuels s’acharnent à travestir les faits et à imposer une "vérité" outrageante ? La réponse tient en peu de mots : notre classe dirigeante déteste secrètement Charles de Gaulle et son œuvre. Elle ne supporte pas ce rebelle, qui a mis la souveraineté française plus haut que tout, a contesté l’ordre international organisé par Washington et a montré peu de tendresse pour les possédants. Elle voit en lui, à juste titre, un reproche constant à sa politique de souverainetés partagées, de solidarité atlantique à tout prix et de respect religieux de la liberté des marchés financiers. Le meilleur moyen de se débarrasser de ce gêneur, c’est de lui retirer toute légitimité. Macron s’y emploie avec l’ardeur d’un débutant. C’est pourquoi il est tant applaudi par la France d’en haut.      

Envoyé par l’auteur, Michel Pinton, Ancien député au Parlement européen, 19 juillet 2017

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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