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PINTON Michel

PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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Macron à l’épreuve ...

Publié dans Du côté des élites
Macron à l’épreuve des gilets jaunes
 
Les "gilets jaunes" ne sont plus, semble-t-il, le mystère qu’ils étaient lorsqu’ils ont fait irruption sur les ronds-points routiers, les accès aux grandes surfaces et l’avenue des Champs Elysées. Journalistes, sociologues et parlementaires les ont maintenant rencontrés, étudiés et décrits. Ramenée à l’essentiel, leur conclusion commune revient à expliquer que cette éruption jaillie des profondeurs du pays exprime une double demande : les petits de notre peuple veulent, d’abord, ne plus être étranglés par des taxes trop lourdes, notamment celles qui pèsent sur l’essence ; ensuite, ils aspirent à se faire mieux entendre du gouvernement. Rien de révolutionnaire ni même de dangereux. Que nos dirigeants se montrent moins autoritaires et impatients. Qu’ils accordent aux travailleurs et aux retraités modestes les primes et les allègements d’impôts les plus appropriés. Ces mesures simples, accompagnées d’une concertation décentralisée avec les citoyens de base, devraient suffire à ramener le calme. Dans trois mois, la réforme de notre société, telle que Macron l’envisage, et qu’il a suspendue depuis novembre, pourra reprendre son cours.
Je ne crois pas que cette interprétation rassurante soit la bonne. Les manifestations des "gilets jaunes" prouvent, à mon avis, que le peuple français est déchiré par des fractures profondes. Les réduire exigera beaucoup plus que les concessions consenties par notre classe dirigeante.
 
Pour comprendre ce que signifie cette explosion inattendue de colère populaire, il faut aller plus loin que les observations immédiates et les commentaires hâtifs dont nous avons été abreuvés. Il est indispensable de nous référer au bien commun, principe fondamental que tout gouvernement doit respecter sous peine de tomber dans le discrédit et la haine.
Un gouvernement soucieux du bien commun, est tenu de rendre accessible à tous ce dont chacun a besoin pour mener une vie digne : éducation d’abord, puis travail avec une rémunération suffisante pour obtenir un logement, payer sa nourriture et fonder une famille. Le pouvoir politique a l’obligation de veiller à ce qu’aucune catégorie sociale ne soit sacrifiée au bien-être d’une autre et, pour commencer, les plus pauvres à l’enrichissement des plus riches.
 
Il suffit de comparer cette définition du bien commun à l’action du Président Macron, pour comprendre qu’elles divergent. Statistiques après statistiques montrent que l’écart entre nos riches et nos pauvres ne cesse de s’élargir sous le regard indifférent du gouvernement. Le Chef de l’Etat l’a même accru en transformant des impôts dont seuls les "premiers de cordée" devaient s’acquitter en taxes exigées de tous les contribuables. Un gouffre grandissant sépare les bons établissements d’enseignement où se réfugient les familles favorisées du niveau dégradé des autres. S’agissant du travail, la "France d’en haut",  assurée de situations bien rémunérées et stables, s’éloigne de plus en plus de la "France d’en bas" confinée dans les emplois précaires et les salaires insuffisants. La détérioration de l’habitat populaire transparaît dans tous les indices chiffrés. Les associations caritatives s’alarment de l’augmentation continue des queues aux guichets d’aide alimentaire. Le bas de l’échelle sociale se gonfle de familles éclatées, recomposées et monoparentales.
 
 Voilà la triste réalité d’une société qui n’a plus le bien commun pour but. Le mouvement des "gilets jaunes" n’est rien d’autre qu’un cri de protestation poussé par les victimes d’un ordre politique devenu injuste. Cette interprétation de leurs motivations est confirmée par un fait simple : c’est uniquement le Chef de l’Etat, responsable suprême du bien commun de la nation, qui a été interpellé par les manifestants. Comment expliquer autrement que leur seul chant ait été la Marseillaise, leur seul cri "Macron démission", leurs seules demandes des mesures de nature politique ? Pourquoi se sont-ils affranchis de tous les corps intermédiaires –partis, syndicats, associations de toute nature-  sinon parce qu’ils sentaient que leurs revendications dépassaient de loin un enjeu catégoriel ? Les grands patrons ont été tout surpris de constater que leur organisation -le Medef- était épargnée par la vague qui déferlait sur les boulevards parisiens. Ils s’en réjouissent sans bien comprendre pourquoi ils n’ont pas été une cible, eux qui représentent par excellence la "France d’en haut". Mais la "France d’en bas", elle, sait bien qu’ils n’ont jamais eu la charge du bien commun et qu’ils ne l’auront jamais.
 
Hélas, l’hôte du palais de l’Elysée ne semble pas saisir ce qui est attendu de lui. Son message de vœux montre qu’il s’entête à poursuivre un autre but, celui qui consiste, selon ses propres termes, à adapter la France aux exigences du libéralisme contemporain dont l’Union européenne est le modèle achevé, avec ses quatre libertés fondamentales : liberté de circulation des capitaux, des hommes, des produits et des services. Il ne voit pas que ce libéralisme-là a des conséquences politiques et sociales qui sont contraires à notre bien commun. L’expérience des quarante dernières années l’a montré. Il est étrange que le Chef de l’Etat ne l’ait pas médité. Mais, après tout, notre classe dirigeante n’est pas plus clairvoyante que son représentant suprême.
 
Si mon analyse est la bonne, la déchirure entre France d’en haut et France d’en bas n’est pas près d’être réparée. La "concertation" que Macron va organiser ce mois-ci aboutira au mieux à une trêve entre les deux parties. Notre classe dirigeante aura l’illusion d’avoir gagné. En réalité, elle aura obtenu un sursis avant une nouvelle explosion, probablement plus étendue et plus violente. Tant que le bien commun ne sera pas remis au cœur de la politique nationale, notre avenir restera sombre et menaçant.
 
PS : je prends la liberté d’indiquer que les idées présentées ici sont développées dans un livre que j’ai publié il y a neuf mois : Identitarisme contre bien commun chez FYP éditions. Une personnalité éminente a bien voulu écrire que ce livre était la clef des évènements récents. Il annonce et explique le phénomène des "gilets jaunes".

Envoyé par l'auteur, 3 janvier 2019

Remous écologiques

Publié dans Du côté des élites
Remous écologiques

Le réchauffement climatique a accaparé l’actualité de ces dernières semaines. Démission brutale de Nicolas Hulot, rapport alarmiste du GIEC, agitation des "gilets jaunes", déclaration solennelle d’Emmanuel Macron, nouveau plan national de "transition énergétique" … ces évènements ont été à la fois précipités et confus. Je propose ici de clarifier leur enchainement et d’éclairer leur signification.
 
Le réchauffement de notre planète est une réalité prouvée scientifiquement. Aucune autorité qualifiée ne la nie. Perplexes, les experts ont voulu savoir sa cause. La majorité d’entre eux croient la trouver dans l’activité humaine sous deux de ses aspects : l’utilisation intensive des combustibles fossiles –charbon, pétrole et, dans une moindre mesure le gaz- d’une part ; la déforestation d’autre part, notamment celle des deux "poumons verts" de la planète, l’Amazonie et le bassin du Congo. La première libère une quantité énorme de gaz à effet de serre (dioxide de carbone et méthane principalement). Les plantes sont d’autant moins capables de l’absorber que la seconde réduit le nombre d’arbres. Les gaz à effet de serre restent dans l’atmosphère et y retiennent la chaleur des rayons du soleil.
Tel est le diagnostic généralement accepté par les spécialistes. Il faut bien voir qu’il ne se fonde sur aucune certitude. Comme dans une investigation policière, les enquêteurs ont réuni un important faisceau de présomptions sur l’identité du coupable, mais aucune preuve irréfutable. C’est pourquoi certains scientifiques, qu’on appelle climato sceptiques, rejettent l’accusation portée contre l’activité humaine. Ils affirment qu’elle n’est pas la cause principale du réchauffement.
 
En l’état actuel des choses, l’élévation globale de la température est un peu supérieure à 1°C par rapport à ce qu’elle était avant l’ère industrielle, c'est-à-dire avant que le charbon puis le pétrole soient utilisés massivement. Que se passerait-il si cette hausse se poursuivait dans les décennies à venir ? Pour y voir plus clair, la communauté des Etats a demandé à un groupe international d’experts, le GIEC, quelles conséquences auraient pour la planète en général et pour l’humanité en particulier une augmentation de 1,5°C au-delà de ce qu’elle était au début de l’ère industrielle, et une autre, pire, allant jusqu’à 2°C.
Le GIEC a rendu son rapport en octobre. L’exercice auquel il s’est livré est très risqué. J’en parle en connaissance de cause. Ayant été prévisionniste moi aussi, je sais les démentis cinglants que les évènements s’amusent à opposer aux spéculations de l’esprit. Faire des prévisions à échéance de dix ou trente ans est une gageure surtout quand le champ à examiner inclut des domaines aussi divers que les phénomènes météorologiques –sécheresses, inondations, fonte des glaces-, la biodiversité, la qualité de vie, les migrations et même les risques de guerres. Dans un souci de prudence scientifique, le GIEC s’est entouré de conditionnels. Il n’attache aucune certitude à aucune de ses prévisions. Il se contente de leur attribuer trois niveaux de probabilités : faible, moyen et fort.
 
En définitive, ce qui est dit de notre avenir dans la prochaine décennie et les suivantes, n’est rien d’autre qu’un édifice de probabilités hissées les unes sur les autres. Elles sont scientifiquement fragiles. Elles sont d’autant moins fiables sur un plan pratique qu’elles concernent la Terre entière et non pas un pays donné. Les variations seront grandes d’une zone géographique à une autre.
Le rapport du GIEC est difficilement compréhensible par les non-spécialistes. Son entrelacement d’hypothèses croisées et de déductions aléatoires déconcerte une opinion publique qui s’inquiète du réchauffement climatique et qui a besoin de causes certaines et de décisions claires. Elle se tourne vers ceux qu’elle croit être des intermédiaires qualifiés : les porte-paroles de l’écologie politique. Chez nous, le plus écouté d’entre eux s’appelle Nicolas Hulot. Quelle leçon pratique tire-t-il du rapport ? Il l’a expliqué dans une émission télévisée de presque deux heures, il y a quinze jours. Selon lui, il faut en conclure que les énergies fossiles "sont les pires ennemies de l’humanité". "Le temps est court" affirme-t-il, avant que vienne "l’irréparable". Il annonce même un point de non-retour "dans deux ans et demi". Si nous ne réagissons pas, "la fin du monde" ou, tout au moins "la fin de l’humanité" sont inéluctables. Elles seront précédées par "la fin de la démocratie", des "migrations gigantesques" et des "guerres sanglantes". Hulot n’a aucune culture scientifique sérieuse. Cela ne l’empêche pas de transformer les prudentes estimations des experts en certitudes apocalyptiques. C’est ce que devient la science quand elle est récupérée par l’idéologie.
 
Emmanuel Macron avait cru habile de nommer ce prophète de la fin du monde au ministère de la "transition écologique". Le visionnaire de l’écologie salvatrice s’est brusquement trouvé au contact des réalités de notre société. Le choc a été rude.  Surpris et déçu par les résistances qu’il a rencontrées, Hulot a interprété ses échecs selon sa manière de considérer notre époque. "Les lobbys", proclame-t-il, lui ont barré la voie ; "l’urgence écologique" exigeait une "union sacrée" mais le gouvernement n’a pas osé la révolution qui s’imposait ; il a choisi une méthode stérile de "petits pas". Constatant qu’il dirigeait un "ministère de l’impossible", Hulot a démissionné avec fracas. Le gouvernement des hommes s’accommode mal des illuminations du prophète. 
 
Nos dirigeants politiques se sont retrouvés obligés de fixer un cap sans pouvoir se réclamer d’une nécessité prouvée par la science ni se cacher derrière le voile d’une idéologie. Ils ont dû se résigner à faire tout simplement leur métier : gérer les réalités. Le Président de la République en personne s’y est essayé mardi dernier.
Vue sans passion, sa tâche était assez facile. La France participe, selon certains calculs, pour moins de 1% à la production mondiale de gaz à effet de serre. Elle est loin derrière les grands pollueurs que sont les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. Elle est loin aussi derrière l’Allemagne. Notre politique de production d’électricité par l’énergie nucléaire –par définition indemne de toute émission de dioxyde de carbone- est citée avec éloge par le GIEC. Et puis la forêt, loin de reculer sur notre territoire, ne cesse de progresser. Nous n’avons pas à nous précipiter vers des décisions urgentes, ni en matière d’énergie éolienne, ni en ce qui concerne la voiture électrique ni en aucune matière délicate. Les nouveaux modes de "dé carbonisation" de l’air sont loin d’être au point techniquement et financièrement. Ils nécessitent encore de grands efforts de recherche. L’Etat doit encourager ces efforts mais n’a pas besoin de brusquer leur aboutissement.
 
Ce n’est pas cette voie de sagesse et de prudence que vient de prendre Emmanuel Macron. Tiraillé entre les sollicitations contradictoires des écologistes, des industriels, de la Commission européenne et d’autres encore, il a été incapable de se hisser jusqu’à l’essentiel et fixer une ligne claire et cohérente.  Nous sommes, plus qu’avant, encombrés de programmes inutiles, irréalistes, contradictoires et, au total, excessivement coûteux. Je ne les détaillerai pas ici. Mais, comme chacun le sait, ils ont conduit le gouvernement à nous imposer une "taxe carbone" fort peu nécessaire. La révolte des "gilets jaunes" en est sortie. Par un retournement inattendu mais compréhensible, la "transition écologique" par laquelle nos dirigeants pensaient se rendre populaires, est devenue synonyme de contraintes insupportables et de taxes injustes.
Le réchauffement climatique pose un curieux problème à notre bien commun. La science refuse de nous fournir une vérité solide qui servirait de base à un projet national. Les guides auxquels l’opinion est prête à faire confiance, se révèlent n’être que des songe-creux. Nos responsables politiques s’agitent entre dépenses incohérentes et impôts aveugles. Il est triste d’observer la dilapidation de nos forces.  Mais peut-il en aller autrement quand les élites flottent dans l’incertitude de la pensée et de l’action ?
Envoyé par l'auteur, 30 novembre 2018

La chancelière nous quitte

Publié dans Avec l'Europe
La chancelière nous quitte
 
La chancelière allemande a annoncé qu’elle mettrait fin à sa carrière politique dans trois ans. Sa décision a semé la consternation chez ses nombreux admirateurs à Berlin mais aussi à Bruxelles, Paris et même Washington. Pour eux, elle est une figure majeure de notre époque et une dirigeante indispensable. Elle défend avec une énergie inlassable, les valeurs les plus hautes du libéralisme avancé : les droits de l’homme, la libre circulation des biens et des capitaux, l’accueil généreux des migrants chassés de leurs pays, la soumission des intérêts nationaux à des règles universelles, impartiales et équilibrées. Sans elle, les grandes institutions qui soutiennent l’ordre libéral, comme l’Union européenne, l’Otan ou l’Organisation mondiale du commerce, seront-elles capables de résister aux assauts furieux des Trump, Poutine et autres Orban ?
 
Je n’ai jamais eu l’honneur de rencontrer madame Merkel. Ses idées me sont connues seulement par l’orientation de ses décisions publiques. Vues à travers ce prisme, elles sont assez claires pour m’avoir fait comprendre depuis longtemps que la chancelière n’est pas celle que ses zélateurs nous décrivent. Je vais essayer ci-après de peindre un portrait d’elle plus proche de la réalité.
 
Angela Merkel est essentiellement une fille de la culture prussienne. Sur le plan de la pensée et de l’action politiques, cette culture produit des personnalités qui associent sans effort apparent deux traits que nous Français pensons incompatibles : rigueur morale et cynisme pratique. Bismarck en a été le modèle le plus remarquable. Merkel est issue du même terreau. Comme son illustre prédécesseur, elle utilise tout naturellement une méthode qui mêle l’affirmation intransigeante de principes élevés et le calcul le plus égoïste. Nos dirigeants, formés à l’école de la politesse allusive et du compromis équilibré, en sont facilement désarçonnés. Napoléon III a été désorienté par les manœuvres de Bismarck. Sarkozy puis Hollande n’ont pas su comment s’opposer aux exigences de Merkel. Ils ont invariablement plié devant elle et ont souvent sacrifié l’intérêt français, au bien supposé de l’Europe et au bénéfice certain de l’Allemagne.
 
Mais ce serait faire trop d’honneur à la chancelière fédérale que de la hisser à la hauteur du Chancelier de fer. Il était un grand homme d’Etat, qui voyait loin, devinait le sens caché de l’histoire et savait anticiper les évènements. Elle n’est qu’une bonne ménagère qui s’active à tenir sa maison en ordre. Ses pensées et ses projets ne vont pas au delà des soins immédiats. Il a bâti une nouvelle Allemagne et imaginé une autre Europe. Elle se contente de gérer au jour le jour l’héritage de ceux qui ont reconstruit son pays et dessiné l’ordre actuel de notre continent. Avec elle l’action du gouvernement fédéral est tissée d’actions prudentes, de combinaisons timides et de choix à portée limitée.
 
Sa politique sans éclat serait une bonne chose pour l’Allemagne et pour l’Europe si le monde était immobile. La paix et la prospérité de nos peuples dépendent trop de la tranquillité germanique pour ne pas souhaiter qu’elle dure, fut-ce au prix d’une médiocrité assumée. Mais l’histoire a marché. L’ordre libéral dans lequel Merkel était si à l’aise, les premières années de son mandat, menace ruine. Des secousses violentes et inattendues – crise de l’euro, pression migratoire, arrachement du Royaume-Uni à l’Union européenne - ne cessent de l’ébranler. "Mutti" est dépassée par ces évènements imprévus. Elle y répond en s’accrochant obstinément à ses habitudes de bonne ménagère, comme si l’effondrement d’une maison pouvait être conjuré par des efforts accrus de propreté. La réalité glisse hors de ses doigts. La rigueur morale de l’esprit prussien n’est plus chez elle que raideur moralisatrice et son cynisme pratique se dissipe en calculs inopérants. Elle le sent vaguement. Alors il lui arrive de décider ce qu’elle pense être un pari audacieux, susceptible de redresser son autorité. Par exemple son gouvernement renonce à l’énergie nucléaire ou ouvre les bras aux migrants. Mais ce ne sont que des coups de tête brouillons. Ce que la presse d’outre Rhin appelle flatteusement son pragmatisme, est une suite de décisions sans cohérence ni portée.  
 
Le peuple se détourne de cette dirigeante qui ne sait plus où elle va. Son parti accumule les défaites électorales et, pire encore, il a été si déboussolé par les choix contradictoires de sa chef qu’il ne sait plus quelles valeurs il représente. Le SPD, épuisé par d’interminables et douteuses combinaisons avec la chancelière, s’aperçoit avec effroi qu’il a perdu son âme et que ses électeurs l’abandonnent en masse. C’est l’extrême droite qui tire profit du mode de gouvernement d’Angela Merkel. Triste aboutissement pour une femme politique qui nous est présentée comme le champion des valeurs libérales et centristes.
 
La chancelière met l’Union européenne dans une situation encore plus périlleuse. Elle divise la communauté de peuples dont elle se veut le meilleur garant. Sa façon à la fois moralisatrice et égoïste de gérer la crise de la monnaie unique, a suscité de tenaces rancœurs. Elles explosent aujourd’hui en Grèce et en Italie. En exigeant que le million de migrants invités par elle en Allemagne soient répartis dans tous les pays membres au nom d’une solidarité unilatérale, elle a lourdement pesé dans le départ de l’Angleterre et provoqué une vive tension avec la Pologne et la Hongrie. Les sanctions qu’elle a fait imposer à la Russie, en se couvrant du droit international, exaspèrent les pays baltes, la Finlande et l’Italie, qui voient bien que l’embargo pratiqué lèse leurs intérêts tout en contournant soigneusement ceux de leur partenaire allemand. 
 
Le concert de lamentations qui a accompagné l’annonce de son départ cache un soulagement et une impatience largement partagés. En Allemagne, des manifestants se retrouvent autour d’un slogan éloquent : "Merkel muss weg !". Qu’elle s’en aille tout de suite sans attendre encore trois années interminables ! Ces manifestants ont raison. La chancelière n’a plus rien à apporter à son peuple ni à l’Europe. En démissionnant au début de 2019, elle leur rendrait un ultime service.

Envoyé par l'auteur, 8 novembre 2018

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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