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PINTON Michel

PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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La justice selon Hollande

Publié dans En France
La justice internationale selon Hollande
 
Il y a dix jours, quelques images diffusées par une milice de Syrie, étaient reprises par toutes les chaines de télévision et soulevaient une immense émotion médiatique. Elles montraient des civils, et plus particulièrement des enfants, allongés sur le sol et suffoquant. Les commentaires fournis par la milice en question indiquaient qu’ils étaient les victimes d’une attaque au gaz sarin. Aussitôt la presse désigna le coupable : c’était Bachar El Assad.
L’intéressé a rejeté l’accusation qui, à vrai dire, manquait de preuves. Il a demandé une enquête impartiale et dénoncé une falsification de la réalité. En vain. Les dirigeants français l’ont immédiatement condamné, suivis par les Anglais puis les Américains. Emporté par une juste indignation, le Président Trump a décidé de "punir" Bachar en lançant une salve de missiles sur une base de l’armée syrienne. Il a expliqué que l’humanité, horrifiée par le souvenir des hécatombes provoquées par l’utilisation du gaz moutarde pendant la première guerre mondiale, ne pouvait tolérer que, cent ans plus tard, un dictateur aux abois ose rompre le consensus universel qui interdit de telles armes. Il saurait, a-t-il dit, protéger à la fois sa nation et toutes les autres d’un retour à la guerre chimique. Il a été chaudement applaudi par notre Président qui n’a pas hésité à qualifier de "légitimes" les frappes américaines. Peu importe qu’aucune enquête qualifiée n’ait confirmé la responsabilité de Bachar, que Trump se soit attribué sans aucun mandat la mission de justicier international et que l’approbation bruyante de Hollande cache mal le malaise de la majorité des Etats. L’essentiel était de faire savoir au  monde entier que l’emploi  d’armes chimiques où que ce soit et par qui que ce soit se heurterait à des sanctions immédiates.
 
Huit jours ont passé. Voici qu’un général américain haut placé nous annonce avoir anéanti un nid de rebelles afghans affiliés, semble-t-il, à l’Etat islamique. Ils étaient cachés dans des grottes reliées entre elles par un réseau de tunnels. Plutôt que de risquer la vie de ses soldats dans un combat long et difficile, le Pentagone a choisi une méthode rapide et sans perte aucune : il a ordonné de lançer sur les insurgés une bombe –une seule- qui les a anéantis tous et sans délai. "Cette bombe (dite GBU 43) est la solution optimale pour venir à bout de tels obstacles" a déclaré le général avec satisfaction.
 
Je propose à mon lecteur  de nous  pencher quelques instants sur cette arme aussi merveilleuse que mystérieuse.
Sous sa forme actuelle, la GBU 43 est un monstre de 10 tonnes qu’aucun bombardier ne peut contenir.  On l’installe dans un avion de transport géant. Celui-ci la largue à plus de deux mille mêtres au-dessus de sa cible. Elle descend en dansant gaiement jusqu’à une distance au sol calculée à l’avance. Elle disperse alors dans l’air un immense aérosol, mélange de polystyrène, de poudre d’aluminium et de nitrate d’ammonium. Un détonateur y met le feu. L’air, l’eau et la terre, pénétrés de milliers de particules incandescentes, brûlent instantanément dans un rayon de plusieurs centaines de mètres. Rien n’y échappe.
Les effets dévastateurs de la "faucheuse de marguerites" -daisy cutter en américain- ne s’arrêtent pas à cette boule infernale.Son explosion provoque aussi une gigantesque surpression, à laquelle aucun mur, aucune porte blindée ne résistent. Son souffleest aussi puissant que celui  d’une bombe atomique de petit calibre. Même les mines enterrées dans le sol, lui cèdent. Elles sautent toutes en même temps.
Plus spectaculaire encore : pour entretenir sa combustion, Daisy Cutter (appelée aussi la Mère de toutes les bombes) aspire en son centre tout l’oxygène de l’air. Elle n’en laisse aucun résidu aux êtres vivants qui ont la mauvaise fortune d’être pris dans ses tourbillons. Les bunkers, les souterrains même, ne protègent pas contre cet effet-là. Ceux qui se croient à l’abri dans de profonds refuges, sont proprement asphyxiés. Selon les descriptions les plus précises, leurs poumons leur sont arrachés du corps.
              
Pour des généraux soucieux d’efficacité, la faucheuse de marguerites est une arme parfaite quand ils veulent  se débarrasser de rebelles afghans retranchés dans des montagnes difficilement accessibles. Mais, sur le plan de l’éthique, elle pose problème. Elle est, par sa nature même, une arme chimique. Elle est même une arme chimique de destruction massive qui, dans l’horreur, laisse loin derrière elle les bricolages au sarin auxquels se livrent les factions syriennes.
Trump ne semble pas se soucier de la contradiction dans laquelle il enferme la politique de son pays. Mais on sait que le personnage ne brille pas par la cohérence de sa pensée. Et Hollande ? On aurait pu imaginer qu’il s’indigne, condamne ou simplement s’inquiète, émette des réserves. Non. Cette fois, Il ne bouge pas. La France ne présente aucune motion au Conseil de sécurité des Nations-Unies ; notre ministre des affaires étrangères ne s’active pas à faire signer un communiqué commun aux Etats de l’Union européenne ; notre Président ne fait aucune déclaration publique, ne laisse filtrer aucune réprobation.
C’est cela la justice internationale selon François Hollande. Peut-être s’imagine-t-il servir ainsi la cause de l’humanisme et la grandeur de la France.
Michel Pinton, Ancien député au Parlement européen

L’agonie de l’Europe...

Publié dans Avec l'Europe
L’agonie de l’Europe a commencé
 
Samedi dernier, l’Union européenne a atteint son soixantième anniversaire. Les 27 Chefs des Etats membres, réunis à Rome pour la circonstance, ont proclamé leur volonté de poursuivre et "approfondir" l’œuvre des Pères fondateurs. Mais le cœur n’y était pas. Les participants avaient sous les yeux les nombreuses fissures qui menacent la solidité de l’édifice communautaire. Trois d’entre elles sont particulièrement préoccupantes. Les difficultés financières de la Grèce hypothèquent l’avenir de la zone euro. L’afflux d’immigrés africains met en péril le principe de libre circulation entre Etats. Le Brexit, enfin, fait s’effondrer l’idée d’une union irréversible. Les serments pompeux des Chefs d’Etat n’ont pas réussi à cacher leur désarroi.
              
Les fidèles de la religion européenne ont tenté de voler à leur secours. Selon eux, les problèmes d’aujourd’hui peuvent être facilement résolus. Ils ont présenté, avant le "sommet" de Rome, une profusion de plans qu’à leur avis, il suffirait d’appliquer pour que l’espérance renaisse. Tous reviennent à élargir les pouvoirs des instances communautaires. Les difficultés de la zone euro ? Les techniciens de la Banque centrale font très bien leur travail ; il n’est que de leur accorder une autorité plus grande. L’immigration ? Qu’on laisse la Commission de Bruxelles fixer les contingents d’Africains et d’Afghans que chacun des Etats sera tenu d’accueillir. Le Brexit ? Si le peuple anglais est assez aveugle pour s’engager dans une impasse, que la Commission – encore elle - lui fasse payer un prix qui servira d’exemple. L’Europe redeviendra alors ce qu’elle doit être : une "entreprise extraordinaire" de réconciliation entre ses peuples et de prospérité partagée.
 
L’optimisme de ces fervents de l’Union a du mal à convaincre nos Chefs d’Etat, qui sentent l’insuffisance des mesures qui leur sont proposées. Le problème grec, par exemple, n’est plus dans la nature des prêts accordés au gouvernement d’Athènes. Il s’est déplacé vers l’effrayant coût humain de l’austérité imposée à la population. 4 enfants sur dix vivent maintenant sous le seuil de pauvreté ; plus de la moitié des habitants est sous alimentée ; le quart au moins des adultes est au chômage ; le taux de suicides a augmenté d’un tiers en deux ans ; bien d’autres statistiques témoignent tristement des ravages sociaux que la monnaie unique a provoqués. Il n’y a plus en Europe de prospérité partagée mais un abîme grandissant entre ceux qui profitent de l’euro et ceux qui en souffrent. Modifier quelques procédures de gestion n’y changera rien. Les Chefs d’Etat ne peuvent plus l’ignorer.
                 
Un aspect  plus pernicieux du malaise européen se cache dans ce qu’on appelle pudiquement à Bruxelles, le "déficit démocratique" de l’Union. Nos véritables dirigeants sont les 27 membres de la Commission. Ils n’ont aucune légitimité populaire et ne la recherchent pas. "Nous ne changeons pas de politique en fonction des élection" proclamait un vice-président de leur collège, il y a dix-huit mois. En théorie, leurs décisions sont contrôlées par le Parlement de Strasbourg. Mais ce dernier n’est qu’une pâle copie de pouvoir législatif. Ses élus représentent des courants d’opinion souvent instables, toujours minoritaires et qui n’ont reçu que des mandats populaires ténus et confus. Le Conseil européen, qui rassemble les Chefs des Etats de l’Union a, lui, une légitimité incontestable. Mais il ne se réunit que 4 jours par an et il est trop divisé pour imposer à la Commission quelque volonté que ce soit.
              
Il y a vingt ans, on pensait que ce déficit démocratique serait compensé par les consultations populaires qui étaient organisées chaque fois qu’un nouveau traité "approfondissait" l’Union. Mais les référendums ont vite fait apparaître le contraire de ce qui était espéré. Les Danois, les Irlandais, les Britanniques, les Français, les Néerlandais,  ont voté "non" à l’intégration européenne. Surpris et dépités, les fidèles de l’espérance supranationale en sont arrivés à la conclusion brutalement exprimée par Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission : "Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens". Les verdicts populaires ont été corrigés par des référendums de rattrapage, comme en Irlande, ou contournés par d’autres procédures, comme en France. Pour que l’Europe progresse, les instances de l’Union n’ont pas hésité à piétiner les souverainetés nationales et leurs expressions les sacrées : des votes libres.
            
Ces deux exemples montrent que la mal dont souffre l’Europe ne peut trouver son vrai remède dans des recettes aussi simplistes que la création d’un poste de ministre des finances de la zone euro ou un nouveau fonds de garantie commune. Si l’on va au fond du problème, on aboutit à un constat simple : ce qui est en cause, c’est l’idéologie européenne elle-même. Elle a pour principe central la croyance selon laquelle les identités nationales sont devenues des anachronismes et doivent être dépassées. Dépassées par quoi ? Par une organisation post-identitaire qui se substitue peu à peu à nos vieilles nations et qui repose sur quatre piliers. Ce sont les "quatre libertés" que François Hollande vient de proclamer irréversibles et non-négociables : libertés de circulation des biens, des services, des hommes et des capitaux. Les partisans de l’ordre post-identitaire croient tellement que leur idéologie répond à l’appel de l’Histoire qu’ils tiennent pour secondaires, voire négligeables, les volontés nationales. Elles expriment des identités moribondes. Ils attendent avec ferveur la naissance d’un homme nouveau – le citoyen européen - et une communauté politique nouvelle – l’Union européenne.
             
Leur ambition est-elle réaliste ? En pratique, l’intégration menée au nom des quatre libertés a abouti à la formation d’une oligarchie technocratique et financière qui, comme espéré, s’est détachée des anciennes patries. Les peuples, eux, n’ont pas cette chance. Ils sont menacés par des formes nouvelles d’aliénation qui s’appellent précarisation du travail, appauvrissement et exclusion. Les Grecs en éprouvent douloureusement le poids. Mais la plus répandue, la plus redoutable des aliénations provoquées par l’Europe, c’est la privation d’identité nationale. Amputer l’être humain d’une part essentielle de son identité, qui est l’appartenance à une nation, c’est lui faire violence et s’exposer à de virulents chocs en retour. L’accroissement des pouvoirs abandonnés à Bruxelles a eu pour conséquence inévitable l’audience grandissante des partis dits identitaires comme le Front national en France et l’UKIP en Angleterre. Ailleurs les circonstances ont porté les électeurs vers des identités nationales de substitution comme on le voit en Ecosse, en Catalogne, en Lombardie, voire en Corse. Nos gouvernants, qui croient de leur devoir de faire progresser le projet européen, sont désemparés devant ce contrecoup qu’ils n’avaient pas prévu. Ne sachant comment le parer, ils se répandent en vaines incantations.
               
Le rêve d’une Europe post-identitaire a soulevé les espoirs de la génération devenue adulte en 1968. Il se dissipe à mesure que cette génération quitte la scène et que ses illusions deviennent criantes. Il laisse derrière lui des nœuds de contradictions que la génération montante aura beaucoup de mal à défaire. Les Anglais sont les premiers à s’y essayer, sans doute parce qu’ils sont les plus chatouilleux quant à leur identité et les plus menacés par son déchirement. D’autres peuples suivront. Les Allemands viendront en dernier. L’agonie de l’Europe post-identitaire sera alors terminée.

La journée des dupes

Publié dans En France
La journée des dupes
 
Le 16 novembre 1630, l’opinion publique de notre pays était persuadée que la carrière du premier ministre de l’époque, touchait à son terme. Pris dans le tourbillon d’une campagne d’attaques personnelles, Armand de Richelieu semblait discrédité. On supputait qu’il allait laisser sa place à celui qui avait la faveur des notables : Marcillac. Le souverain, de qui la décision dépendait en dernier ressort, paraissait ébranlé par les assauts portés contre l’homme qu’il avait choisi peu de temps auparavant. Mais, contrairement à toute attente, Louis XIII se ressaisit. Au lieu de la disgrâce prévue, il confirma sa confiance à Richelieu. Les notables, surpris et penauds, durent s’incliner. Cet évènement est resté dans notre histoire sous le nom de journée des dupes.
               
Le dimanche 5 mars a été une nouvelle journée de dupes. Le matin, les dirigeants de la droite avaient presque tous retiré leur soutien à l’homme choisi quatre mois plus tôt par le souverain de notre époque : le vote populaire. Les attaques personnelles semblaient avoir eu raison de Fillon. Le chœur des medias annonçait sa chute imminente et son remplacement par le candidat des grands notables, Alain Juppé. Le dirigeant traqué, à bout de moyens, se résolut à lancer un ultime appel au souverain. Sa tentative parut futile mais, contre toute attente, elle réussit. Le "peuple de droite", bravant les intempéries, le délai très court de sa convocation et l’improvisation du déplacement, est venu massivement confirmer son choix. Il ne restait plus aux notables de la droite, surpris et dépités, qu’à se soumettre au verdict du souverain. Certains l’ont fait de fort mauvaise grâce mais tous ont dû s’incliner.
Lorsque, après avoir gravi la pente de la colline de Chaillot, j’ai découvert l’immense foule qui avait envahi la place du Trocadéro, j’ai aussitôt compris que Fillon avait gagné son pari. La suite aurait été toute différente si, au lieu de rassembler 50 000 participants, il n’en avait réuni que 5 000. Il l’a avoué lui-même. Alain Juppé, l’homme des notables, serait aujourd’hui le champion de la droite et Fillon aurait disparu sous les huées.
                
La décision de Louis XIII n’était pas seulement une appréciation des circonstances. Elle impliquait un choix politique de vastes conséquences. L’histoire de notre pays au XVIIe siècle en a été marquée. J’ose écrire que le 5 mars pourrait aussi mettre son empreinte sur notre destin des décennies à venir.
Notre peuple est aujourd’hui appelé à renouveler ou non sa confiance dans une politique qui a été invariablement menée par notre classe dirigeante depuis quarante ans. Elle se caractérise par quelques traits bien connus : effacement de nos frontières à l’entrée des capitaux, des produits et des hommes venus de l’étranger, recul systématique de l’autorité de l’Etat, intégration européenne, libéralisme des mœurs. Comme le libre échange exhibe de plus en plus ses contradictions, l’Europe sa faiblesse, l’Etat ses carences et le libéralisme ses abus, notre peuple est devenu attentif à ceux qui proposent d’en prendre le contre-pied. L’extrême droite fait de grands progrès. Fillon incarne une sorte de compromis entre ces deux forces politiques rivales. Il envisage de sauver le projet européen en le réformant ; de limiter l’immigration sans y mettre un terme brutal ; de restaurer l’autorité de l’Etat de façon prudente ; d’arrêter le mouvement de libéralisation des mœurs sans le refouler.       
Il nous propose un pari risqué. Trop teinté de "populisme" pour les uns, trop libéral pour les autres, son projet est fragile. S’il est élu, Fillon verra de redoutables obstacles se dresser aussitôt devant lui. Mais, comme je l’ai écrit dans ces colonnes en novembre dernier, nos élites doivent se faire à l’idée qu’il est leur dernier rempart contre Marine Le Pen. Ni Juppé, représentant obstiné d’un centre droit moribond, ni Macron, candidat artificiel d’un centre gauche discrédité, ne sont capables d’attirer le bloc décisif des électeurs de droite. Si ces derniers sont frustrés de leurs attentes, ils feront basculer la Fortune dans le camp de l’extrême droite.
Michel Pinton
ancien secrétaire général de l’UDF

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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