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PINTON Michel

PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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Le désastre syrien

Publié dans En France
Le désastre syrien
 
Le conflit qui ravage la Syrie depuis cinq ans touche à sa fin. La reconquête d’Alep par l’armée régulière a été une bataille décisive. Elle a fixé l’issue de la guerre. On sait désormais avec certitude le nom du vainqueur. Le cessez le feu qui commence et les négociations qui vont suivre seront peut-être longues et heurtées. Ce à quoi elles aboutiront ne fait plus de doute.
           
La perspective du triomphe de Bachar-El-Assad est repoussée avec horreur par notre gouvernement, nos intellectuels les plus en vue et nos grands médias. Depuis que les troubles ont commencé d’ébranler son pouvoir, ils ont pris contre lui un parti passionné soutenu par une analyse simple. Selon eux, il y avait deux camps bien visibles : d’un côté un peuple désarmé se battait pour la liberté et la démocratie ; de l’autre un tyran sanguinaire (un boucher, disait notre Premier ministre Manuel Valls) n’hésitait pas à ordonner des crimes contre l’humanité pour rester en place. Après avoir cru que la chute du dictateur était inéluctable et imminente, François Hollande, constatant la prolongation des combats, a apporté aux insurgés l’appui de notre Etat. Il leur a accordé à la fois une reconnaissance diplomatique et une aide militaire. Il était persuadé d’avoir fait un choix conforme aux exigences des droits de l’homme comme aux intérêts de la France. Il vient de le répéter dans son allocution de nouvel an.
Je n’ai cessé de protester, avec quelques autres, contre cette description imaginaire des forces en présence. Elle était contredite par les témoignages de personnalités locales et les analyses d’observateurs indépendants. Comme toutes les chimères, elle me paraissait conduire notre politique à une triple faillite : morale, diplomatique et militaire. Nous y sommes. Notre obstination dans l’erreur va entraîner une longue éclipse de notre prestige en Orient et un affaiblissement de notre influence universelle.
                 
Commençons par l’aspect moral. Notre gouvernement a bonne conscience. Il a été plus actif qu’aucun autre dans la défense des droits de l’homme en Syrie. Il a dénoncé vigoureusement tous les crimes de guerre commis, pris l’initiative de toutes les résolutions présentées au Conseil de sécurité sur ce sujet et étudié tous les moyens de traîner les coupables devant une cour de justice internationale. Mais ce n’était qu’une apparence. En réalité nos dirigeants, nos médias et nos intellectuels se sont bornés à une gesticulation précipitée, partiale et vaine. Leur indignation a pris feu au souffle de rumeurs sans se donner la peine de connaître précisément les faits ni de mener une enquête impartiale ; leur condamnation a toujours visé le même accusé ; la violence de leurs dénonciations n’a pas réussi à dissimuler leur impuissance à peser sur les évènements. C’est assez pour que les peuples de l’Orient et d’ailleurs ne prennent plus au sérieux les postures morales de ceux qui parlent au nom de la France.
                  
Notre échec est aussi net sur le plan militaire. Il était encore plus prévisible. Il n’y a jamais eu d’insurrection démocratique en Syrie. Les "modérés" que nous avons soutenus ont toujours formé une branche minoritaire de la rébellion. De plus ils ont été incapables de s’unir. Leurs opérations ont consisté en harcèlements décousus suivis par des replis dans des zones tenues par les djihadistes. Leur faiblesse leur a interdit une action décisive. Aujourd’hui ces "insurgés démocrates" n’ont plus d’autre issue que négocier leur ralliement au régime qu’ils prétendaient renverser. Nous perdons la seule carte dont nous comptions disposer pour participer au règlement du conflit.
                   
C’est sur le plan diplomatique que notre échec est le plus grave. La France revendique, à juste titre, le titre de grande puissance, c’est à dire une responsabilité particulière dans la politique mondiale. Le conflit syrien aurait pu illustrer notre vocation de façon éclatante. Voilà une région avec laquelle nous avons des relations anciennes et suivies, un Etat que nous avons fait naître, un peuple dont les élites sont francophones, une  terre où nous gardons des intérêts importants. Nous avions la possibilité et le devoir d’apporter dans cette guerre civile qui a attiré tant de convoitises étrangères, un jugement impartial, une action pacificatrice, une autorité désintéressée qui auraient rendu au peuple syrien le droit à disposer de lui-même. Nos dirigeants ont préféré se mettre dans le sillage des deux puissances anglo-saxonnes.
On me dira que nous nous sommes simplement trouvés unis à Washington et Londres pour défendre les droits de l’homme foulés aux pieds par un tyran. Je répondrai que les principes humanitaires sont commodes pour couvrir des calculs d’intérêt. Les Anglo-saxons ont en Orient une politique presque séculaire qui consiste à dominer la région par l’intermédiaire de gouvernements inféodés. L’Arabie, la Jordanie, les Emirats du golfe leur sont soumis de cette manière depuis qu’ils existent comme Etats. L’Irak et l’Egypte se cabrent parfois mais reviennent toujours, de gré ou de force, sous la férule de Londres et Washington. La Syrie est le seul Etat d’Orient à leur avoir échappé. Les convulsions qui ont suivi le "printemps arabe" ont paru leur offrir une occasion inespérée. Sous couvert de défense des droits de l’homme, les deux capitales ont tenté de faire basculer Damas dans leur orbite.
                
Pourquoi la France devait-elle s’y opposer ? La volonté de conserver sa propre zone d’influence aurait été une raison suffisante, d’autant que cette influence était légère et pacifique. Mais il y a plus. L’impérialisme anglo-saxon, là où il s’exerce, s’avère être un élément de déstabilisation et de conflits. On lui doit l’injustice faite aux Palestiniens, le maintien de la monarchie obscurantiste d’Arabie saoudite, la situation désastreuse de l’Irak, le pourrissement des relations entre Israël et les Arabes. En préserver la Syrie aurait pu être un but raisonnable de la diplomatie française.
                
Nos dirigeants ont préféré se ranger derrière les Etats-Unis. Ils ont poussé leur empressement à livrer la Syrie aux Américains jusqu’à offrir de faire accompagner les bombardiers chargés de "punir Bachar-El-Assad" par nos Rafales. La prudence d’Obama a finalement repoussé cette tentation dangereuse. Mais les Russes n’ont pas tardé à occuper la place laissée libre par la dérive française. Ils sont intervenus, à leur manière, pour arracher la Syrie à l’orbite anglo-saxonne. Et notre diplomatie se trouve dans une impasse, sans moyen ni responsabilité propres. Les chancelleries et les peuples du monde entier en prendront certainement note.

François Fillon...

Publié dans En France
François Fillon l’homme qu’il nous faut ?
 
Les commentaires qui ont salué la victoire de François Fillon aux "primaires de la droite", reflètent l’espoir qu’une part importante de l’opinion publique met en lui. Sa personnalité attire la sympathie ; son programme suscite l’adhésion. Ceux qui ont voté pour lui le pensent capable de rétablir la situation dégradée de notre pays.
J’aimerais partager l’engouement de tant de mes concitoyens. L’examen des réalités m’oblige à plus de circonspection.
 
Parlons d’abord de la France. Laissons de côté les indicateurs économiques et sociaux. Chacun sait qu’ils ne sont pas bons mais ils ne montrent pas ce qui est le plus inquiétant. Allons droit à notre situation politique. Elle se caractérise par des fractures qui s’agrandissent et des tensions qui s’accroissent entre catégories de citoyens devenus étrangers les uns aux autres. Certaines des cassures sont anciennes : elles trouvent leur origine à l’époque pendant laquelle Giscard était notre Président. C’est le cas, par exemple, de la séparation qui s’est faite entre les cités habitées par les familles d’immigrés maghrébins et africains et les quartiers où vit la population de souche française ; d’autres remontent à Mitterrand : ainsi le gouffre qui s’est creusé entre les gagnants de la mondialisation –les favorisés des grandes métropoles- et les perdants –les classes moyennes des villes de province-. D’autres encore sont apparues plus tard. Le référendum organisé par Chirac, en 2005, a révélé le divorce provoqué par la construction européenne entre la "France d’en haut" et celle "d’en bas". Les lois sociales voulues par la gauche et notamment celle des "35 heures" ont exacerbé l’opposition entre les salariés protégés du secteur public et ceux qui reçoivent de plein fouet les coups de la concurrence universelle.
          
Le malheur de la France tient à ce qu’aucun de ses responsables politiques n’a sérieusement tenté, depuis quarante ans, de réduire les fissures quand elles sont apparues. Elles ont prospéré insidieusement, sont devenues lézardes puis coupures. François Hollande en a hérité. Loin de les réduire, il les a volontairement agrandies et en a même ouvert d’autres. Sa manière de faire, toute en cautèle et équivoque, a dressé les syndicats contre les entreprises, les conservateurs contre les féministes et les catholiques contre les homosexuels. Il va laisser la France plus profondément et plus gravement divisée qu’elle ne l’était quand il a pris le pouvoir. L’une des fractures qu’il a cru habile de cultiver est devenue particulièrement inquiétante : l’immigration désordonnée suscite une violence multiforme devant laquelle les pouvoirs publics sont désemparés.
                
Les candidats au poste suprême doivent être jugés d’abord en fonction de leurs capacités à recoudre les déchirures de notre tissu social. Les quatre millions de citoyens qui ont participé à la primaire de la droite l’ont senti d’instinct. Ils ont écarté Sarkozy et Juppé. Le premier a trop exhibé ce que les journalistes appellent son caractère clivant. Il n’est pas l’homme de la situation. Le second en est resté à des recettes du passé, qu’on sait inopérantes. Le choix des électeurs s’est porté sur Fillon. Il a su donner l’impression d’un homme d’Etat clairvoyant, calme et ferme. Ce sont les qualités dont nous avons besoin aujourd’hui au palais de l’Elysée.
La question est de savoir si Fillon est celui que la campagne a fait paraitre. A lire le détail de son programme, à écouter attentivement ses discours, à fouiller son passé de député et de ministre, la réponse n’est pas claire. On y découvre des ambigüités, des revirements, voire des retournements qui laissent perplexe. Et puis, comme si les redoutables défis qui l’attendent ne suffisaient pas à sa tâche, le candidat de la droite s’en est ajouté d’autres. Il s’est engagé à organiser cinq référendums successifs, dont deux dès septembre prochain. Je n’arrive pas à démêler les raisons de ces étranges consultations populaires : je crains qu’elles soient comprises comme le renfort qu’appellera un Président peu sûr de lui ou bien l’alibi dont il aura besoin pour justifier ses abandons.
                   
Il y a très peu de chances que notre peuple confie son destin, en mai prochain, à un candidat issu de la gauche. Elle a fait beaucoup de mal à la cohésion nationale. Tant qu’elle ne changera pas son projet politique, elle ne retrouvera pas la confiance de la majorité des électeurs ni même celle d’une minorité à ménager à tout prix. Le danger qui menace François Fillon vient de sa droite. Pour s’en préserver, l’ancien premier ministre doit convaincre les Français qu’il est réellement le chef que les circonstances appellent. S’il n’y parvient pas, la victoire ira à Marine Le Pen.

D’H. Clinton à F. Hollande

Publié dans Du côté des élites
D’Hillary Clinton à François Hollande
 
Ma dernière chronique a essayé de dégager les traits saillants de l’électorat qui a porté Trump à la Maison Blanche. Je propose aujourd’hui de revenir au scrutin du 8 novembre mais en tournant l’attention de mon lecteur vers l’électorat de la vaincue, Hillary Clinton. Sa défaite est pleine d’enseignements pour la vie politique française.
La candidate de gauche espérait gagner la bataille présidentielle en appliquant la méthode qui avait conduit Obama à la victoire en 2008 puis en 2012. Elle a tenté de rassembler, comme lui, tous les Américains qui se sentaient maltraités, marginalisés ou exclus dans leur identité propre : les Noirs, les Hispaniques, les femmes, les homosexuels, les très pauvres et d’autres catégories encore. Leur coalition, animée par les élites "progressistes" des grandes villes, allait former, selon les calculs de ses conseillers, une majorité électorale. Qui plus est, cette majorité, constamment grossie par l’adhésion grandissante des femmes, l’accroissement des immigrés "latinos" et le remplacement naturel des vieux par les jeunes, donnerait une suprématie durable au parti démocrate.
          
En quoi le projet de la gauche américaine nous intéresse-t-il ? En ce qu’il a été repris par la gauche française. En 2011, les intellectuels socialistes de "Terra nova" ont suggéré à François Hollande de l’appliquer à l’élection présidentielle qui approchait. Ils estimaient dépassée la stratégie d’une campagne "classe contre classe" à la manière de Mitterrand ou Jospin. Selon eux, le bloc ouvrier, socle de l’électorat de gauche, était irrémédiablement fissuré et affaibli. Le parti socialiste devait se transformer en porte-parole des identités refoulées : les femmes, les homosexuels, les immigrés et leurs descendants, les jeunes des banlieues notamment.
Les événements ont paru leur donner raison, comme aux Etats-Unis. Hollande a été élu en suivant leurs conseils. Mais ensuite, des deux côtés de l’Atlantique, l’opinion publique a évolué autrement que prévu. Le plus souvent, les analystes de gauche font retomber sur leur candidat la responsabilité des déconvenues. Ils mettent en avant la fadeur, les erreurs de jugement et les défauts de caractère d’Hillary Clinton dans un cas, de François Hollande dans l’autre. Il y a une part de vérité dans cette explication. Mais elle empêche de voir des failles beaucoup plus profondes. Je ne puis les explorer dans cet article. Je me limiterai à décrire leurs manifestations les plus voyantes.
      
Je prie mon lecteur de considérer quelques chiffres simples. De 2008 à 2016, le corps électoral américain s’est accru d’environ 10 % (de 213 millions d’électeurs à 231 millions). Selon la théorie politique que je viens d’exposer, les suffrages recueillis par la gauche auraient dû augmenter dans la même proportion et même davantage, puisque le nombre d’hispaniques, entre autres, a monté plus vite encore. Or le contraire s’est produit. Son candidat a obtenu 69 millions de voix en 2008 (Obama) mais seulement 65 en 2012 (Obama à nouveau) et 60 en 2016 (Clinton), soit une réduction lente et régulière (15% pour toute la période). Les deux mouvements sont allés en sens opposé et leur divergence précède la campagne d’Hillary Clinton.
Les politiques identitaires n’assurent visiblement pas la fidélité des électeurs concernés. Les Noirs américains ont voté massivement pour le parti démocrate en 2008. Ils s’en sont lentement détachés, au point de rejoindre en majorité la masse imposante des abstentionnistes en 2016. Un bon tiers des Hispaniques a déserté le camp démocrate et a rallié Trump. En France, les immigrés musulmans ont abandonné le parti socialiste aux dernières élections municipales et régionales. Quant aux femmes, elles votent désormais majoritairement à droite.
Il y a pire. La politique qui consiste à flatter les identités dites brimées a eu un contrecoup inattendu : elle a éveillé un puissant sentiment identitaire dans la majorité oubliée, c'est-à-dire chez ceux que la gauche appelle dédaigneusement, des deux côtés de l’Atlantique, les "petits Blancs". Toutes les études sociopolitiques montrent le désarroi et la révolte des électeurs de la "périphérie" ou de la "rust belt". Ceux-là ont rejoint en masse le pire adversaire de la gauche, le Front national en France, Trump aux Etats-Unis. Jamais un pareil aboutissement n’a été imaginé dans les plans de "Terra nova" ni par les conseillers d’Obama.
       
Pour compléter mon examen rapide des conséquences de la stratégie suivie par la gauche, il me reste à souligner encore un trait commun aux deux nations. Il y a quinze ans encore, les extrêmes étaient faibles en effectifs et influence ; les électeurs avaient tendance à se rassembler au centre. Sa conquête était l’enjeu principal des batailles entre la gauche et la droite. Mitterrand l’a emporté quand le centre français a basculé vers lui, après l’avoir longtemps rejeté. Bill Clinton a gagné le jour où il s’est tourné vers "l’homme oublié" du centre américain. Cette époque est finie. Aujourd’hui les extrêmes gagnent en puissance au point qu’il est devenu impossible de les ignorer. Trump et Marine Le Pen en ont donné la preuve pour l’extrême-droite, Sanders et Mélenchon pour l’extrême-gauche. Le centre ne fournit plus que de maigres bataillons à ceux qui s’appuient sur lui. Il est comme asséché. Hillary Clinton vient de l’apprendre à ses dépens aux Etats-Unis tout comme Juppé en France. On souhaite bien du plaisir à ceux qui, tels Bayrou ou Macron, pensent en faire le tremplin de leurs candidatures. Ils ne semblent pas avoir compris que la politique identitaire a détruit le centre.
        
C’est une mauvaise nouvelle pour nos démocraties. Le centre a été une force stabilisatrice de la vie politique. Il a, par son poids électoral, freiné et arrêté les impulsions excessivement partisanes de la droite et de la gauche. Son affaiblissement fait que les deux moitiés du corps électoral ne dialoguent plus, ne se comprennent plus et s’éloignent l’une de l’autre. Les alternances au pouvoir provoquent des secousses de plus en plus brutales dans l’administration et la société. Ceux qui ont voulu que la politique devienne identitaire, ne l’avait pas prévu mais ils en sont responsables.     

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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