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PINTON Michel

PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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Un autre regard sur Trump

Publié dans Du côté des élites
Un autre regard sur Trump
 
L’accession de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis suscite une vive inquiétude. Que peut-on attendre d’un homme qui s’est fait élire en divisant profondément ses compatriotes par ses propos sexistes, racistes, xénophobes et nationalistes ? Il a brisé l’unité de son pays et le fait entrer dans une ère d’instabilité et d’incertitude dangereuses pour l’équilibre du monde.
Je prends le risque d’apporter une autre opinion, non pas que je porte à Trump une confiance particulière mais parce que la situation actuelle de l’Amérique me semble différente de celle que nos observateurs décrivent.
 
Le point de départ que je propose, est une constatation objective : la nation américaine était déjà profondément divisée avant l’irruption de Trump sur la scène politique. Depuis des années, il était visible que les riches s’écartaient des pauvres, les Noirs des Blancs, les femmes des hommes, les chrétiens des athées etc.. La plupart de leurs divergences ont commencé d’apparaître il y a quinze ans. Elles se sont cristallisées dans une polarisation de plus en plus forte entre le bloc de la droite et celui de la gauche. Ces deux familles politiques ont cessé de se comprendre et de s’estimer. Je n’entrerai pas ici dans le détail des désaccords pratiques que les évènements ont fait surgir année après année. Ni Georges Bush ni Barack Obama, qui ont présidé aux destinées des Etats-Unis depuis l’an 2000 n’ont su réduire la fracture droite-gauche. L’un et l’autre ont vite déçu les espoirs qui les avaient portés au pouvoir. Tous deux ont laissé une Amérique plus déchirée qu’ils ne l’avaient trouvée au début de leurs mandats respectifs.
        
Trump n’est donc pas la cause des divisions qui traversent la société américaine. L’accusation est mal fondée. Mais ne peut-on pas lui reprocher d’avoir élargi les plaies et exacerbé les oppositions ? Nous avons un moyen objectif de le savoir. Les études statistiques dont les sociologues américains sont si friands, nous renseignent avec des chiffres précis. A-t-il, par exemple, attisé la guerre des sexes par ses déclarations machistes ? Nullement. La répartition des votes féminins entre droite et gauche est, en 2016, exactement la même qu’aux élections de 2012. Trump n’a pas fait moins bien que Romney, supposé plus ouvert aux préoccupations des femmes. Il y a plus surprenant encore : Hillary Clinton, qui s’était présentée comme un symbole des revendications féministes, a recueilli moins de votes féminins qu’Obama quatre ans plus tôt. La fracture de l’opinion demeure mais la campagne de Trump ne l’a pas agrandie.
               
Il est non moins inexact de l’accuser d’avoir accru les déchirures entre populations de races différentes. Il a reçu la même proportion de votes blancs et de votes noirs que Reagan. La division électorale entre les premiers et les seconds n’a pas empiré depuis un tiers de siècle. De même, il est faux de voir en Trump un "populiste" impénitent. Les classes cultivées ne le rejettent pas. Les Américains qui ont un diplôme universitaire lui ont donné leurs voix en majorité, du moins chez les Blancs. Enfin, si les juifs et les athées ont voté, comme à leur habitude, pour la candidate démocrate, les fidèles catholiques et protestants de race blanche se sont portés sans états d’âme sur le républicain. Trump a profité de divisions bien connues ; il ne les a ni créées ni élargies.
Quel a été alors son apport à l’élection présidentielle de 2016 ? On le trouve en un point et un seul : il a attiré à lui les votes de l’Amérique oubliée, celle du petit peuple des ouvriers et employés, marginalisés par la "mondialisation heureuse", concurrencés par la venue désordonnée d’immigrants peu regardants sur leurs conditions de travail, bousculés dans leurs vies familiales par la libéralisation des mœurs.
 
Chez nous, cette population "périphérique", négligée par les deux grands partis "de gouvernement" a rejoint le Front national. Aux Etats-Unis, le système politique étouffe toute tentative de troisième force.
L’astuce de Trump est d’avoir su parler à ces électeurs en déshérence. Aucun des candidats républicains qui l’ont précédé, même Reagan, n’a été capable d’obtenir un soutien aussi massif dans la catégorie des "non diplômés". Trump est une sorte de Le Pen qui aurait concouru à la primaire de la droite et du centre, l’aurait emporté sur Juppé, Sarkozy et les autres grâce au poids de l’extrême-droite et qui, réussissant à fédérer toutes les "sensibilités" derrière lui, aurait écrasé la gauche à l’élection présidentielle. 
             
Pour autant, il ne faut surestimer sa victoire. Elle est fragile. La coalition qui l’a porté au pouvoir est soumise à des pressions contradictoires qui pourraient conduire à son éclatement. Et puis, la gauche américaine est puissante. Elle a été vaincue de peu. Il suffirait d’un accident politique ou social pour retourner le rapport de forces. L’avenir du "trumpisme" est entouré d’incertitudes.  
Ne connaissant pas l’homme ni la sincérité de ses promesses, je me garderai de tout pronostic. Je me hasarde simplement à avancer qu’il ne me semble rien avoir d’un doctrinaire entêté dans ses vues. Il me paraît pragmatique, voire opportuniste. Ce ne sont pas des défauts dans la responsabilité qui va être la sienne. Ronald Reagan, son populaire prédécesseur, a montré qu’une certaine outrance verbale s’accommodait sans dommages de souplesse dans l’action. Le réalisme l’a rendu très prudent dans ses décisions. Peut-être Trump suivra-t-il la même voie.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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