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PINTON Michel

PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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Macron peut-il gagner ?

Publié dans Du côté des élites
Macron peut-il gagner ?
 
 La candidature d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République suscite l’intérêt d’une partie importante de l’opinion publique. Les sondages lui accordent une audience remarquable –quelque 20% des intentions de vote- et lui font espérer sa qualification pour le 2ème tour de l’élection présidentielle. Alors il se trouverait seul face à Marine Le Pen  et selon ces mêmes sondages, l’emporterait aisément.
Les deux mois qui restent à courir sont-ils susceptibles de confirmer cet aboutissement ? Apporter une réponse nécessite une analyse précise à laquelle je vais me risquer ici.
 
Il convient d’abord d’observer que Macron n’est rien d’autre qu’un candidat centriste, au sens le plus traditionnel de ce terme. Il représente une résurgence des tentatives électorales menées jadis par Lecanuet, Giscard, Barre et enfin Bayrou. Le fait qu’il vienne du centre-gauche alors que tous ses prédécesseurs étaient issus du centre-droit ne change pas grand-chose à la nature de son programme. En définitive, sa campagne s’inspire des trois principes posés par Giscard il y a près de cinquante ans : Macron est centriste (c'est-à-dire à égale distance de la droite et de la gauche), libéral et européen. S’il se singularise, c’est surtout par des bourdes de débutant comme il l’a fait au sujet de notre passé colonial ou de l’immigration.
Les candidats centristes à l’élection présidentielle ont tous échoué sauf un et une seule fois. C’était Giscard en 1974. Macron peut-il renouveler l’exploit de son illustre ancêtre politique ? Considérons successivement les facteurs qui lui sont favorables et ceux qui le desservent.
 
L’actuel candidat du centre est aidé par une chance que ses aînés n’ont pas connue. Ses rivaux les plus dangereux ont le plus grand mal à faire marcher leurs troupes. A sa droite, Fillon est embourbé dans des affaires qui sapent son autorité et son crédit. A sa gauche, Hamon ne parvient pas à donner un nouvel élan à un parti socialiste démoralisé et divisé. Le champ s’ouvre largement pour celui qui proclame sa volonté de réunir les modérés des deux rives contre les extrémistes Le Pen et Mélenchon. Ce n’est pas tout. Macron dispose d’atouts qui lui sont propres : il est encore plus jeune que Giscard en 1974 et déborde d’une vitalité contagieuse. Enfin il a montré un savoir-faire remarquable dans sa façon de tourner à son profit les évènements à mesure qu’elles se présentaient. Telles sont les raisons qui expliquent son envolée dans les intentions de vote.
           
Mais, précisément, son succès se ramène pour l’essentiel à l’exploitation de circonstances heureuses. Le processus électoral ne se limite pas à cela. Il obéit aussi à des évolutions en profondeur qui cheminent lentement, de façon souterraine et dont la puissance l’emporte sur celle de la conjoncture. Un candidat qui se fait le champion des valeurs centristes, libérales et européennes se place-t-il dans un courant d’opinion qui le porte aujourd’hui autant qu’elle le faisait il y a dix ans encore ? 
Il est facile de voir que le centrisme est, en tant que force politique, presque mort. Il est loin, le temps où Giscard rassemblait sans difficultés les soutiens de partis organisés et de parlementaires accourus de diverses formations, y compris de droite. Aujourd’hui Macron s’agite dans le vide. Son allié le plus prestigieux, Bayrou, est un lui aussi un homme seul. Les comités hâtivement constitués sous l’égide "d’En marche !" n’ont aucun enracinement populaire, aucune expérience militante, aucun réseau d’élus. Leur activisme bruyant cache mal leur maigre influence.
        
Libéral ? Le candidat l’est et son programme en témoigne. Mais est-ce vraiment à plus de libéralisme que les Français aspirent ? C’était peut-être vrai il y a dix ans. La crise qui a éclatée en 2008 a changé leurs attentes. Aujourd’hui le libéralisme est synonyme de pouvoir arbitraire des banquiers, d’inégalités excessives, de délocalisations, chômage et immigration incontrôlée. On veut restreindre son empire, pas l’augmenter. Et Macron n’ajoute rien à son prestige par son appartenance passée au monde des privilégiés de la haute finance.
Enfin, il y a l’Europe. Il n’est pas besoin de longs développements pour montrer qu’elle n’attire plus grand monde. Malade de ses contradictions, paralysée par ses erreurs, elle offre le triste spectacle d’un projet brisé. Macron propose d’aller plus loin dans l’intégration des Etats du continent. C’est une recette éculée qui n’a aucune chance de séduire une part significative de l’électorat.
 
Au total, les évolutions profondes de notre époque vont contre les idées du candidat Macron. Elles le vouent à un reflux massif des intentions de vote qui le portent aujourd’hui sur le devant de la scène. Il a réussi à échapper à son destin jusqu’à présent grâce à une suite inattendue de circonstances heureuses et parce que son projet était mal identifié. Il serait hasardeux de prédire que cette double chance lui sourira encore, semaine après semaine, jusqu’à l’échéance du 23 avril.

Le désastre syrien

Publié dans En France
Le désastre syrien
 
Le conflit qui ravage la Syrie depuis cinq ans touche à sa fin. La reconquête d’Alep par l’armée régulière a été une bataille décisive. Elle a fixé l’issue de la guerre. On sait désormais avec certitude le nom du vainqueur. Le cessez le feu qui commence et les négociations qui vont suivre seront peut-être longues et heurtées. Ce à quoi elles aboutiront ne fait plus de doute.
           
La perspective du triomphe de Bachar-El-Assad est repoussée avec horreur par notre gouvernement, nos intellectuels les plus en vue et nos grands médias. Depuis que les troubles ont commencé d’ébranler son pouvoir, ils ont pris contre lui un parti passionné soutenu par une analyse simple. Selon eux, il y avait deux camps bien visibles : d’un côté un peuple désarmé se battait pour la liberté et la démocratie ; de l’autre un tyran sanguinaire (un boucher, disait notre Premier ministre Manuel Valls) n’hésitait pas à ordonner des crimes contre l’humanité pour rester en place. Après avoir cru que la chute du dictateur était inéluctable et imminente, François Hollande, constatant la prolongation des combats, a apporté aux insurgés l’appui de notre Etat. Il leur a accordé à la fois une reconnaissance diplomatique et une aide militaire. Il était persuadé d’avoir fait un choix conforme aux exigences des droits de l’homme comme aux intérêts de la France. Il vient de le répéter dans son allocution de nouvel an.
Je n’ai cessé de protester, avec quelques autres, contre cette description imaginaire des forces en présence. Elle était contredite par les témoignages de personnalités locales et les analyses d’observateurs indépendants. Comme toutes les chimères, elle me paraissait conduire notre politique à une triple faillite : morale, diplomatique et militaire. Nous y sommes. Notre obstination dans l’erreur va entraîner une longue éclipse de notre prestige en Orient et un affaiblissement de notre influence universelle.
                 
Commençons par l’aspect moral. Notre gouvernement a bonne conscience. Il a été plus actif qu’aucun autre dans la défense des droits de l’homme en Syrie. Il a dénoncé vigoureusement tous les crimes de guerre commis, pris l’initiative de toutes les résolutions présentées au Conseil de sécurité sur ce sujet et étudié tous les moyens de traîner les coupables devant une cour de justice internationale. Mais ce n’était qu’une apparence. En réalité nos dirigeants, nos médias et nos intellectuels se sont bornés à une gesticulation précipitée, partiale et vaine. Leur indignation a pris feu au souffle de rumeurs sans se donner la peine de connaître précisément les faits ni de mener une enquête impartiale ; leur condamnation a toujours visé le même accusé ; la violence de leurs dénonciations n’a pas réussi à dissimuler leur impuissance à peser sur les évènements. C’est assez pour que les peuples de l’Orient et d’ailleurs ne prennent plus au sérieux les postures morales de ceux qui parlent au nom de la France.
                  
Notre échec est aussi net sur le plan militaire. Il était encore plus prévisible. Il n’y a jamais eu d’insurrection démocratique en Syrie. Les "modérés" que nous avons soutenus ont toujours formé une branche minoritaire de la rébellion. De plus ils ont été incapables de s’unir. Leurs opérations ont consisté en harcèlements décousus suivis par des replis dans des zones tenues par les djihadistes. Leur faiblesse leur a interdit une action décisive. Aujourd’hui ces "insurgés démocrates" n’ont plus d’autre issue que négocier leur ralliement au régime qu’ils prétendaient renverser. Nous perdons la seule carte dont nous comptions disposer pour participer au règlement du conflit.
                   
C’est sur le plan diplomatique que notre échec est le plus grave. La France revendique, à juste titre, le titre de grande puissance, c’est à dire une responsabilité particulière dans la politique mondiale. Le conflit syrien aurait pu illustrer notre vocation de façon éclatante. Voilà une région avec laquelle nous avons des relations anciennes et suivies, un Etat que nous avons fait naître, un peuple dont les élites sont francophones, une  terre où nous gardons des intérêts importants. Nous avions la possibilité et le devoir d’apporter dans cette guerre civile qui a attiré tant de convoitises étrangères, un jugement impartial, une action pacificatrice, une autorité désintéressée qui auraient rendu au peuple syrien le droit à disposer de lui-même. Nos dirigeants ont préféré se mettre dans le sillage des deux puissances anglo-saxonnes.
On me dira que nous nous sommes simplement trouvés unis à Washington et Londres pour défendre les droits de l’homme foulés aux pieds par un tyran. Je répondrai que les principes humanitaires sont commodes pour couvrir des calculs d’intérêt. Les Anglo-saxons ont en Orient une politique presque séculaire qui consiste à dominer la région par l’intermédiaire de gouvernements inféodés. L’Arabie, la Jordanie, les Emirats du golfe leur sont soumis de cette manière depuis qu’ils existent comme Etats. L’Irak et l’Egypte se cabrent parfois mais reviennent toujours, de gré ou de force, sous la férule de Londres et Washington. La Syrie est le seul Etat d’Orient à leur avoir échappé. Les convulsions qui ont suivi le "printemps arabe" ont paru leur offrir une occasion inespérée. Sous couvert de défense des droits de l’homme, les deux capitales ont tenté de faire basculer Damas dans leur orbite.
                
Pourquoi la France devait-elle s’y opposer ? La volonté de conserver sa propre zone d’influence aurait été une raison suffisante, d’autant que cette influence était légère et pacifique. Mais il y a plus. L’impérialisme anglo-saxon, là où il s’exerce, s’avère être un élément de déstabilisation et de conflits. On lui doit l’injustice faite aux Palestiniens, le maintien de la monarchie obscurantiste d’Arabie saoudite, la situation désastreuse de l’Irak, le pourrissement des relations entre Israël et les Arabes. En préserver la Syrie aurait pu être un but raisonnable de la diplomatie française.
                
Nos dirigeants ont préféré se ranger derrière les Etats-Unis. Ils ont poussé leur empressement à livrer la Syrie aux Américains jusqu’à offrir de faire accompagner les bombardiers chargés de "punir Bachar-El-Assad" par nos Rafales. La prudence d’Obama a finalement repoussé cette tentation dangereuse. Mais les Russes n’ont pas tardé à occuper la place laissée libre par la dérive française. Ils sont intervenus, à leur manière, pour arracher la Syrie à l’orbite anglo-saxonne. Et notre diplomatie se trouve dans une impasse, sans moyen ni responsabilité propres. Les chancelleries et les peuples du monde entier en prendront certainement note.

François Fillon...

Publié dans En France
François Fillon l’homme qu’il nous faut ?
 
Les commentaires qui ont salué la victoire de François Fillon aux "primaires de la droite", reflètent l’espoir qu’une part importante de l’opinion publique met en lui. Sa personnalité attire la sympathie ; son programme suscite l’adhésion. Ceux qui ont voté pour lui le pensent capable de rétablir la situation dégradée de notre pays.
J’aimerais partager l’engouement de tant de mes concitoyens. L’examen des réalités m’oblige à plus de circonspection.
 
Parlons d’abord de la France. Laissons de côté les indicateurs économiques et sociaux. Chacun sait qu’ils ne sont pas bons mais ils ne montrent pas ce qui est le plus inquiétant. Allons droit à notre situation politique. Elle se caractérise par des fractures qui s’agrandissent et des tensions qui s’accroissent entre catégories de citoyens devenus étrangers les uns aux autres. Certaines des cassures sont anciennes : elles trouvent leur origine à l’époque pendant laquelle Giscard était notre Président. C’est le cas, par exemple, de la séparation qui s’est faite entre les cités habitées par les familles d’immigrés maghrébins et africains et les quartiers où vit la population de souche française ; d’autres remontent à Mitterrand : ainsi le gouffre qui s’est creusé entre les gagnants de la mondialisation –les favorisés des grandes métropoles- et les perdants –les classes moyennes des villes de province-. D’autres encore sont apparues plus tard. Le référendum organisé par Chirac, en 2005, a révélé le divorce provoqué par la construction européenne entre la "France d’en haut" et celle "d’en bas". Les lois sociales voulues par la gauche et notamment celle des "35 heures" ont exacerbé l’opposition entre les salariés protégés du secteur public et ceux qui reçoivent de plein fouet les coups de la concurrence universelle.
          
Le malheur de la France tient à ce qu’aucun de ses responsables politiques n’a sérieusement tenté, depuis quarante ans, de réduire les fissures quand elles sont apparues. Elles ont prospéré insidieusement, sont devenues lézardes puis coupures. François Hollande en a hérité. Loin de les réduire, il les a volontairement agrandies et en a même ouvert d’autres. Sa manière de faire, toute en cautèle et équivoque, a dressé les syndicats contre les entreprises, les conservateurs contre les féministes et les catholiques contre les homosexuels. Il va laisser la France plus profondément et plus gravement divisée qu’elle ne l’était quand il a pris le pouvoir. L’une des fractures qu’il a cru habile de cultiver est devenue particulièrement inquiétante : l’immigration désordonnée suscite une violence multiforme devant laquelle les pouvoirs publics sont désemparés.
                
Les candidats au poste suprême doivent être jugés d’abord en fonction de leurs capacités à recoudre les déchirures de notre tissu social. Les quatre millions de citoyens qui ont participé à la primaire de la droite l’ont senti d’instinct. Ils ont écarté Sarkozy et Juppé. Le premier a trop exhibé ce que les journalistes appellent son caractère clivant. Il n’est pas l’homme de la situation. Le second en est resté à des recettes du passé, qu’on sait inopérantes. Le choix des électeurs s’est porté sur Fillon. Il a su donner l’impression d’un homme d’Etat clairvoyant, calme et ferme. Ce sont les qualités dont nous avons besoin aujourd’hui au palais de l’Elysée.
La question est de savoir si Fillon est celui que la campagne a fait paraitre. A lire le détail de son programme, à écouter attentivement ses discours, à fouiller son passé de député et de ministre, la réponse n’est pas claire. On y découvre des ambigüités, des revirements, voire des retournements qui laissent perplexe. Et puis, comme si les redoutables défis qui l’attendent ne suffisaient pas à sa tâche, le candidat de la droite s’en est ajouté d’autres. Il s’est engagé à organiser cinq référendums successifs, dont deux dès septembre prochain. Je n’arrive pas à démêler les raisons de ces étranges consultations populaires : je crains qu’elles soient comprises comme le renfort qu’appellera un Président peu sûr de lui ou bien l’alibi dont il aura besoin pour justifier ses abandons.
                   
Il y a très peu de chances que notre peuple confie son destin, en mai prochain, à un candidat issu de la gauche. Elle a fait beaucoup de mal à la cohésion nationale. Tant qu’elle ne changera pas son projet politique, elle ne retrouvera pas la confiance de la majorité des électeurs ni même celle d’une minorité à ménager à tout prix. Le danger qui menace François Fillon vient de sa droite. Pour s’en préserver, l’ancien premier ministre doit convaincre les Français qu’il est réellement le chef que les circonstances appellent. S’il n’y parvient pas, la victoire ira à Marine Le Pen.

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