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PINTON Michel

PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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L’agonie de l’Europe...

Publié dans Avec l'Europe
L’agonie de l’Europe a commencé
 
Samedi dernier, l’Union européenne a atteint son soixantième anniversaire. Les 27 Chefs des Etats membres, réunis à Rome pour la circonstance, ont proclamé leur volonté de poursuivre et "approfondir" l’œuvre des Pères fondateurs. Mais le cœur n’y était pas. Les participants avaient sous les yeux les nombreuses fissures qui menacent la solidité de l’édifice communautaire. Trois d’entre elles sont particulièrement préoccupantes. Les difficultés financières de la Grèce hypothèquent l’avenir de la zone euro. L’afflux d’immigrés africains met en péril le principe de libre circulation entre Etats. Le Brexit, enfin, fait s’effondrer l’idée d’une union irréversible. Les serments pompeux des Chefs d’Etat n’ont pas réussi à cacher leur désarroi.
              
Les fidèles de la religion européenne ont tenté de voler à leur secours. Selon eux, les problèmes d’aujourd’hui peuvent être facilement résolus. Ils ont présenté, avant le "sommet" de Rome, une profusion de plans qu’à leur avis, il suffirait d’appliquer pour que l’espérance renaisse. Tous reviennent à élargir les pouvoirs des instances communautaires. Les difficultés de la zone euro ? Les techniciens de la Banque centrale font très bien leur travail ; il n’est que de leur accorder une autorité plus grande. L’immigration ? Qu’on laisse la Commission de Bruxelles fixer les contingents d’Africains et d’Afghans que chacun des Etats sera tenu d’accueillir. Le Brexit ? Si le peuple anglais est assez aveugle pour s’engager dans une impasse, que la Commission – encore elle - lui fasse payer un prix qui servira d’exemple. L’Europe redeviendra alors ce qu’elle doit être : une "entreprise extraordinaire" de réconciliation entre ses peuples et de prospérité partagée.
 
L’optimisme de ces fervents de l’Union a du mal à convaincre nos Chefs d’Etat, qui sentent l’insuffisance des mesures qui leur sont proposées. Le problème grec, par exemple, n’est plus dans la nature des prêts accordés au gouvernement d’Athènes. Il s’est déplacé vers l’effrayant coût humain de l’austérité imposée à la population. 4 enfants sur dix vivent maintenant sous le seuil de pauvreté ; plus de la moitié des habitants est sous alimentée ; le quart au moins des adultes est au chômage ; le taux de suicides a augmenté d’un tiers en deux ans ; bien d’autres statistiques témoignent tristement des ravages sociaux que la monnaie unique a provoqués. Il n’y a plus en Europe de prospérité partagée mais un abîme grandissant entre ceux qui profitent de l’euro et ceux qui en souffrent. Modifier quelques procédures de gestion n’y changera rien. Les Chefs d’Etat ne peuvent plus l’ignorer.
                 
Un aspect  plus pernicieux du malaise européen se cache dans ce qu’on appelle pudiquement à Bruxelles, le "déficit démocratique" de l’Union. Nos véritables dirigeants sont les 27 membres de la Commission. Ils n’ont aucune légitimité populaire et ne la recherchent pas. "Nous ne changeons pas de politique en fonction des élection" proclamait un vice-président de leur collège, il y a dix-huit mois. En théorie, leurs décisions sont contrôlées par le Parlement de Strasbourg. Mais ce dernier n’est qu’une pâle copie de pouvoir législatif. Ses élus représentent des courants d’opinion souvent instables, toujours minoritaires et qui n’ont reçu que des mandats populaires ténus et confus. Le Conseil européen, qui rassemble les Chefs des Etats de l’Union a, lui, une légitimité incontestable. Mais il ne se réunit que 4 jours par an et il est trop divisé pour imposer à la Commission quelque volonté que ce soit.
              
Il y a vingt ans, on pensait que ce déficit démocratique serait compensé par les consultations populaires qui étaient organisées chaque fois qu’un nouveau traité "approfondissait" l’Union. Mais les référendums ont vite fait apparaître le contraire de ce qui était espéré. Les Danois, les Irlandais, les Britanniques, les Français, les Néerlandais,  ont voté "non" à l’intégration européenne. Surpris et dépités, les fidèles de l’espérance supranationale en sont arrivés à la conclusion brutalement exprimée par Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission : "Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens". Les verdicts populaires ont été corrigés par des référendums de rattrapage, comme en Irlande, ou contournés par d’autres procédures, comme en France. Pour que l’Europe progresse, les instances de l’Union n’ont pas hésité à piétiner les souverainetés nationales et leurs expressions les sacrées : des votes libres.
            
Ces deux exemples montrent que la mal dont souffre l’Europe ne peut trouver son vrai remède dans des recettes aussi simplistes que la création d’un poste de ministre des finances de la zone euro ou un nouveau fonds de garantie commune. Si l’on va au fond du problème, on aboutit à un constat simple : ce qui est en cause, c’est l’idéologie européenne elle-même. Elle a pour principe central la croyance selon laquelle les identités nationales sont devenues des anachronismes et doivent être dépassées. Dépassées par quoi ? Par une organisation post-identitaire qui se substitue peu à peu à nos vieilles nations et qui repose sur quatre piliers. Ce sont les "quatre libertés" que François Hollande vient de proclamer irréversibles et non-négociables : libertés de circulation des biens, des services, des hommes et des capitaux. Les partisans de l’ordre post-identitaire croient tellement que leur idéologie répond à l’appel de l’Histoire qu’ils tiennent pour secondaires, voire négligeables, les volontés nationales. Elles expriment des identités moribondes. Ils attendent avec ferveur la naissance d’un homme nouveau – le citoyen européen - et une communauté politique nouvelle – l’Union européenne.
             
Leur ambition est-elle réaliste ? En pratique, l’intégration menée au nom des quatre libertés a abouti à la formation d’une oligarchie technocratique et financière qui, comme espéré, s’est détachée des anciennes patries. Les peuples, eux, n’ont pas cette chance. Ils sont menacés par des formes nouvelles d’aliénation qui s’appellent précarisation du travail, appauvrissement et exclusion. Les Grecs en éprouvent douloureusement le poids. Mais la plus répandue, la plus redoutable des aliénations provoquées par l’Europe, c’est la privation d’identité nationale. Amputer l’être humain d’une part essentielle de son identité, qui est l’appartenance à une nation, c’est lui faire violence et s’exposer à de virulents chocs en retour. L’accroissement des pouvoirs abandonnés à Bruxelles a eu pour conséquence inévitable l’audience grandissante des partis dits identitaires comme le Front national en France et l’UKIP en Angleterre. Ailleurs les circonstances ont porté les électeurs vers des identités nationales de substitution comme on le voit en Ecosse, en Catalogne, en Lombardie, voire en Corse. Nos gouvernants, qui croient de leur devoir de faire progresser le projet européen, sont désemparés devant ce contrecoup qu’ils n’avaient pas prévu. Ne sachant comment le parer, ils se répandent en vaines incantations.
               
Le rêve d’une Europe post-identitaire a soulevé les espoirs de la génération devenue adulte en 1968. Il se dissipe à mesure que cette génération quitte la scène et que ses illusions deviennent criantes. Il laisse derrière lui des nœuds de contradictions que la génération montante aura beaucoup de mal à défaire. Les Anglais sont les premiers à s’y essayer, sans doute parce qu’ils sont les plus chatouilleux quant à leur identité et les plus menacés par son déchirement. D’autres peuples suivront. Les Allemands viendront en dernier. L’agonie de l’Europe post-identitaire sera alors terminée.

La journée des dupes

Publié dans En France
La journée des dupes
 
Le 16 novembre 1630, l’opinion publique de notre pays était persuadée que la carrière du premier ministre de l’époque, touchait à son terme. Pris dans le tourbillon d’une campagne d’attaques personnelles, Armand de Richelieu semblait discrédité. On supputait qu’il allait laisser sa place à celui qui avait la faveur des notables : Marcillac. Le souverain, de qui la décision dépendait en dernier ressort, paraissait ébranlé par les assauts portés contre l’homme qu’il avait choisi peu de temps auparavant. Mais, contrairement à toute attente, Louis XIII se ressaisit. Au lieu de la disgrâce prévue, il confirma sa confiance à Richelieu. Les notables, surpris et penauds, durent s’incliner. Cet évènement est resté dans notre histoire sous le nom de journée des dupes.
               
Le dimanche 5 mars a été une nouvelle journée de dupes. Le matin, les dirigeants de la droite avaient presque tous retiré leur soutien à l’homme choisi quatre mois plus tôt par le souverain de notre époque : le vote populaire. Les attaques personnelles semblaient avoir eu raison de Fillon. Le chœur des medias annonçait sa chute imminente et son remplacement par le candidat des grands notables, Alain Juppé. Le dirigeant traqué, à bout de moyens, se résolut à lancer un ultime appel au souverain. Sa tentative parut futile mais, contre toute attente, elle réussit. Le "peuple de droite", bravant les intempéries, le délai très court de sa convocation et l’improvisation du déplacement, est venu massivement confirmer son choix. Il ne restait plus aux notables de la droite, surpris et dépités, qu’à se soumettre au verdict du souverain. Certains l’ont fait de fort mauvaise grâce mais tous ont dû s’incliner.
Lorsque, après avoir gravi la pente de la colline de Chaillot, j’ai découvert l’immense foule qui avait envahi la place du Trocadéro, j’ai aussitôt compris que Fillon avait gagné son pari. La suite aurait été toute différente si, au lieu de rassembler 50 000 participants, il n’en avait réuni que 5 000. Il l’a avoué lui-même. Alain Juppé, l’homme des notables, serait aujourd’hui le champion de la droite et Fillon aurait disparu sous les huées.
                
La décision de Louis XIII n’était pas seulement une appréciation des circonstances. Elle impliquait un choix politique de vastes conséquences. L’histoire de notre pays au XVIIe siècle en a été marquée. J’ose écrire que le 5 mars pourrait aussi mettre son empreinte sur notre destin des décennies à venir.
Notre peuple est aujourd’hui appelé à renouveler ou non sa confiance dans une politique qui a été invariablement menée par notre classe dirigeante depuis quarante ans. Elle se caractérise par quelques traits bien connus : effacement de nos frontières à l’entrée des capitaux, des produits et des hommes venus de l’étranger, recul systématique de l’autorité de l’Etat, intégration européenne, libéralisme des mœurs. Comme le libre échange exhibe de plus en plus ses contradictions, l’Europe sa faiblesse, l’Etat ses carences et le libéralisme ses abus, notre peuple est devenu attentif à ceux qui proposent d’en prendre le contre-pied. L’extrême droite fait de grands progrès. Fillon incarne une sorte de compromis entre ces deux forces politiques rivales. Il envisage de sauver le projet européen en le réformant ; de limiter l’immigration sans y mettre un terme brutal ; de restaurer l’autorité de l’Etat de façon prudente ; d’arrêter le mouvement de libéralisation des mœurs sans le refouler.       
Il nous propose un pari risqué. Trop teinté de "populisme" pour les uns, trop libéral pour les autres, son projet est fragile. S’il est élu, Fillon verra de redoutables obstacles se dresser aussitôt devant lui. Mais, comme je l’ai écrit dans ces colonnes en novembre dernier, nos élites doivent se faire à l’idée qu’il est leur dernier rempart contre Marine Le Pen. Ni Juppé, représentant obstiné d’un centre droit moribond, ni Macron, candidat artificiel d’un centre gauche discrédité, ne sont capables d’attirer le bloc décisif des électeurs de droite. Si ces derniers sont frustrés de leurs attentes, ils feront basculer la Fortune dans le camp de l’extrême droite.
Michel Pinton
ancien secrétaire général de l’UDF

Macron peut-il gagner ?

Publié dans Du côté des élites
Macron peut-il gagner ?
 
 La candidature d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République suscite l’intérêt d’une partie importante de l’opinion publique. Les sondages lui accordent une audience remarquable –quelque 20% des intentions de vote- et lui font espérer sa qualification pour le 2ème tour de l’élection présidentielle. Alors il se trouverait seul face à Marine Le Pen  et selon ces mêmes sondages, l’emporterait aisément.
Les deux mois qui restent à courir sont-ils susceptibles de confirmer cet aboutissement ? Apporter une réponse nécessite une analyse précise à laquelle je vais me risquer ici.
 
Il convient d’abord d’observer que Macron n’est rien d’autre qu’un candidat centriste, au sens le plus traditionnel de ce terme. Il représente une résurgence des tentatives électorales menées jadis par Lecanuet, Giscard, Barre et enfin Bayrou. Le fait qu’il vienne du centre-gauche alors que tous ses prédécesseurs étaient issus du centre-droit ne change pas grand-chose à la nature de son programme. En définitive, sa campagne s’inspire des trois principes posés par Giscard il y a près de cinquante ans : Macron est centriste (c'est-à-dire à égale distance de la droite et de la gauche), libéral et européen. S’il se singularise, c’est surtout par des bourdes de débutant comme il l’a fait au sujet de notre passé colonial ou de l’immigration.
Les candidats centristes à l’élection présidentielle ont tous échoué sauf un et une seule fois. C’était Giscard en 1974. Macron peut-il renouveler l’exploit de son illustre ancêtre politique ? Considérons successivement les facteurs qui lui sont favorables et ceux qui le desservent.
 
L’actuel candidat du centre est aidé par une chance que ses aînés n’ont pas connue. Ses rivaux les plus dangereux ont le plus grand mal à faire marcher leurs troupes. A sa droite, Fillon est embourbé dans des affaires qui sapent son autorité et son crédit. A sa gauche, Hamon ne parvient pas à donner un nouvel élan à un parti socialiste démoralisé et divisé. Le champ s’ouvre largement pour celui qui proclame sa volonté de réunir les modérés des deux rives contre les extrémistes Le Pen et Mélenchon. Ce n’est pas tout. Macron dispose d’atouts qui lui sont propres : il est encore plus jeune que Giscard en 1974 et déborde d’une vitalité contagieuse. Enfin il a montré un savoir-faire remarquable dans sa façon de tourner à son profit les évènements à mesure qu’elles se présentaient. Telles sont les raisons qui expliquent son envolée dans les intentions de vote.
           
Mais, précisément, son succès se ramène pour l’essentiel à l’exploitation de circonstances heureuses. Le processus électoral ne se limite pas à cela. Il obéit aussi à des évolutions en profondeur qui cheminent lentement, de façon souterraine et dont la puissance l’emporte sur celle de la conjoncture. Un candidat qui se fait le champion des valeurs centristes, libérales et européennes se place-t-il dans un courant d’opinion qui le porte aujourd’hui autant qu’elle le faisait il y a dix ans encore ? 
Il est facile de voir que le centrisme est, en tant que force politique, presque mort. Il est loin, le temps où Giscard rassemblait sans difficultés les soutiens de partis organisés et de parlementaires accourus de diverses formations, y compris de droite. Aujourd’hui Macron s’agite dans le vide. Son allié le plus prestigieux, Bayrou, est un lui aussi un homme seul. Les comités hâtivement constitués sous l’égide "d’En marche !" n’ont aucun enracinement populaire, aucune expérience militante, aucun réseau d’élus. Leur activisme bruyant cache mal leur maigre influence.
        
Libéral ? Le candidat l’est et son programme en témoigne. Mais est-ce vraiment à plus de libéralisme que les Français aspirent ? C’était peut-être vrai il y a dix ans. La crise qui a éclatée en 2008 a changé leurs attentes. Aujourd’hui le libéralisme est synonyme de pouvoir arbitraire des banquiers, d’inégalités excessives, de délocalisations, chômage et immigration incontrôlée. On veut restreindre son empire, pas l’augmenter. Et Macron n’ajoute rien à son prestige par son appartenance passée au monde des privilégiés de la haute finance.
Enfin, il y a l’Europe. Il n’est pas besoin de longs développements pour montrer qu’elle n’attire plus grand monde. Malade de ses contradictions, paralysée par ses erreurs, elle offre le triste spectacle d’un projet brisé. Macron propose d’aller plus loin dans l’intégration des Etats du continent. C’est une recette éculée qui n’a aucune chance de séduire une part significative de l’électorat.
 
Au total, les évolutions profondes de notre époque vont contre les idées du candidat Macron. Elles le vouent à un reflux massif des intentions de vote qui le portent aujourd’hui sur le devant de la scène. Il a réussi à échapper à son destin jusqu’à présent grâce à une suite inattendue de circonstances heureuses et parce que son projet était mal identifié. Il serait hasardeux de prédire que cette double chance lui sourira encore, semaine après semaine, jusqu’à l’échéance du 23 avril.

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