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RIGNAC Paul

RIGNAC Paul

Né en 1955
Marié - trois enfants


Essayiste, écrivain


Licence en droit
 
* Au service d’associations humanitaires œuvrant dans le Sud-Est Asiatique.
     Sa fréquentation du terrain humanitaire et de ses acteurs l’a amené à écrire sur l’histoire commune et sur le choc des cultures entre la France et l’Asie.
* Directeur de collection chez Arconce Éditions (Maison d’édition régionaliste)
     Ses recherches le portent à une réflexion sur les identités culturelles, leurs fondements, leurs limites et leurs possibilités d’ouverture dans un monde de plus en plus globalisé.
 
Ouvrages
Indochine, les mensonges de l’anticolonialisme (2007) - La guerre d’Indochine en questions (2009) - Une vie pour l’Indochine (2012) - La désinformation autour de la fin de l’Indochine française (2013) - Le Mystère des Blancs (2013) - Charolles, une promenade en photos (2013) -
 
Coauteur de
Présence française outre-mer
     publié par l’Académie des sciences d’outre-mer (Editions Karthala)
Dictionnaire de la guerre d’Indochine, à paraître prochainement (Robert Laffont, collection Bouquins).
 
Conférences 
Régulièrement sollicité pour des conférences
     (Commission française d’histoire militaire, ... et pour diverses manifestations du souvenir de l’Indochine française)

URL du site internet:

... du Vietnam d’aujourd’hui

Publié dans De par le monde
Aspects du Vietnam d’aujourd’hui
 
Le Vietnam fut longtemps sous les feux de la rampe médiatique : guerre d’Indochine, puis guerre américaine, "libération" du Sud par le Nord communiste sous les applaudissements de la bien-pensance, tragédie des boat people, regain passager d’intérêt pour l’ancienne colonie avec l’ "ouverture" (Doï Moï) des années 90, retour d’un tourisme souvent empreint de nostalgie, quelques beaux films réalisés (dont "L’Amant", d’après le roman de Marguerite Duras), un foisonnement d’études historiques qui ont fait avancer considérablement la connaissance du pays, des souvenirs, des romans, des colloques et des expositions où le meilleur a côtoyé le pire. Et puis, l’intérêt s’est estompé peu à peu.
 
Si l’on doit résumer en quelques mots la situation actuelle du Vietnam, la phrase de l’écrivain dissident Duyen Anh est la première et la plus juste qui vient à l’esprit : "Communisme et capitalisme sont comme les lèvres et les dents, quand les premières s’ouvrent, c’est pour que les secondes mordent." C’est bien ainsi que se présente l’ "ouverture" politique à laquelle le gouvernement vietnamien fut contraint après la disparition de son mentor, l’Union soviétique. Le pays cumule depuis lors les pires excès d’un capitalisme sauvage et d’un régime dictatorial qui ne laisse pas la moindre place à une quelconque opposition. Les pères fondateurs du communisme vietnamien ont disparu (Ho Chi Minh, Giap, Le Duc Tho…), ils sont remplacés par des apparatchiks dont le public étranger ignore même le nom. Qui sait que l’actuel président de la République s’appelle Tran Dai Quang, que la réalité du pouvoir est détenue par le secrétaire général du parti communiste, Nguyen Phu Trong, et que le Premier ministre est Nguyen Xuan Phuc ? Qui connaît leurs attributions et leurs bilans ? En réalité, ces gens sont les commis d’un système maffieux où les "élites" du parti communiste se sont approprié la terre et les outils de production autrefois collectivisés. Leur mission est de proroger cette domination économique et politique. Ils s’y emploient par tous les moyens, dont un régime policier ultra-répressif. Le peuple est maintenu dans une grande pauvreté et privé de libertés tandis que la nomenklatura s’enrichit dans des proportions considérables.
 
La relation de l’état avec les religions est un jeu du chat et de la souris, où tantôt le pouvoir semble lâcher du lest, tantôt il resserre la vis. Aujourd’hui, nous sommes dans le deuxième cas de figure. Les négociations avec le Vatican (grand enjeu de liberté religieuse) marquent le pas malgré une récente visite à Rome du président Tran Dai Quang. Des occidentaux suspectés "d’action humanitaire non-autorisée" (sic) ont été récemment expulsés du pays manu militari. Car même pour aider les plus pauvres, il faut cracher au bassinet de la corruption en payant à l’état un droit de verser des dons.
 
Plus grave, une affaire de pollution à grande échelle vient encore corroborer la collusion de l’état avec de grands complexes industriels au détriment des populations les plus faibles. Une usine du groupe taïwanais Formosa a provoqué une catastrophe écologique sans précédent en rejetant dans la mer de Chine (avril 2016) des produits hautement toxiques. Les côtes de la province du Nghe Anh (Centre-Nord) ont été dévastées. Des tonnes de poissons morts se sont échouées sur les rivages. Par endroits, les coquillages ont totalement disparu. En l’absence de liberté de communication sur le sujet, il est difficile de connaître les conséquences exactes de ce désastre. On ignore donc beaucoup de choses, dont l’impact sur la santé des populations elles-mêmes. Le gouvernement vietnamien n’a même pas inscrit cette catastrophe sur la liste officielle des évènements écologiques de l’année 2016. Formosa a indemnisé une partie des populations concernées (500 000 dollars en tout), mais c’est loin d’être suffisant et la révolte gronde. Les habitants de plusieurs villages de la province de Vinh ont voulu porter plainte contre Formosa. Le gouvernement a fait interdire la circulation de tout véhicule transportant d’éventuels plaignants ! Qu’à cela ne tienne, les villageois ont décidé de se rendre au tribunal à pieds, sous la conduite de leur curé. C’était compter sans la folie répressive d’un système aux racines staliniennes : les marcheurs ont été dispersés par la police avec une violence inouïe. Le prêtre lui-même a été frappé. Le droit élémentaire (et constitutionnel au Vietnam) de porter plainte a été ouvertement bafoué. Sur cette affaire, le silence des écolo-gauchistes et de la presse française est total. Il y a sans doute les bons et les mauvais pollueurs, les bonnes et les mauvaises victimes. Où sont les manifestations médiatiques indignées et les pétitions d’artistes engagés ? Où sont les cris d’alarme des sauveurs de la planète ? On cherche en vain…
 
Autre signe inquiétant : la reprise des expropriations de terrains dévolus à des congrégations religieuses ou à des paroisses, et l’emprisonnement de ceux qui ne sont pas d’accord. A Saigon, l’un des plus anciens couvents catholiques du Vietnam est menacé par un projet immobilier. Il s’agit de bâtiments que l'on peut qualifier d'historiques, puisqu’ils remontent à une présence catholique antérieure à la colonisation française. C’est donc une rareté, et un témoignage exceptionnel. Eh bien, ce que des guerres impitoyables et des révolutions sanglantes n’ont pas réussi à faire, la cupidité de la nomenklatura risque d’y parvenir.
 
En somme, malgré une augmentation sensible du niveau de vie moyen (un peu plus de 100 dollars par mois par habitant), une industrialisation importante, le développement significatif du tourisme et certaines apparences de modernité, le Vietnam reste, par bien des aspects, englué dans une tradition politique stalinienne. Une manifestation notable de l’emprise idéologique marxiste vient toutefois de disparaître, et l’on ne peut que s’en réjouir : les haut-parleurs qui diffusaient la propagande d’état dans les rues sont retirés progressivement du paysage. Plus personne n’y faisait attention ; c’est moins un renoncement du pouvoir que l’application d’un principe de réalité face à l’influence déterminante d’autres moyens de propagande.
 
Au-delà de la propagande, pour le contrôle effectif des populations demeure le très efficace système de l’ilotage : chaque unité d’habitation collective, chaque pâté de maisons, chaque quartier possède son indicateur, lequel fait un ou plusieurs rapports quotidiens à la police. La marchande de fleurs installée au coin de la rue est vraisemblablement un de ces indics. Le portier de votre petit hôtel, le guide touristique obligatoire, comme des milliers de Vietnamiens, émargent ainsi à ce système de délation généralisé. Le pouvoir tient encore grâce à ce maillage impressionnant, assez bien caché au touriste lambda, mais qui saute aux yeux dès que l’on sort des sentiers battus. On ne voit guère d’issue à cette situation, tant la dictature est solidement implantée et tant elle sait très habilement éviter une révolution en maintenant la grande masse du peuple légèrement au-dessus du seuil, non pas de pauvreté, mais de misère. On se demande seulement pourquoi, après avoir eu les yeux de Chimène pour le Nord-Vietnam communiste, les médias occidentaux semblent se désintéresser complètement du Vietnam d'aujourd'hui.

Du fait colonial

Publié dans Devant l'histoire
Du fait colonial
 
J’ai eu l’occasion de dire, dans une récente lettre ouverte, tout le mal que je pensais de la déclaration de Monsieur Macron à propos de la colonisation. Passé le temps de la réaction à chaud, je voudrais revenir sur quelques fondamentaux toujours oubliés par les médias et par les donneurs de leçons de morale historique. Plusieurs décennies d’enseignement obligatoire de la haine de soi ont fait beaucoup de dégâts. L’ignorance des faits historiques et la perversion du vocabulaire ont rendu l’opinion publique perméable à toutes les instrumentalisations, en témoigne un sondage effarant qui indique que 51 % des Français penseraient que la colonisation est effectivement un crime contre l’humanité.
 
La colonisation est un type de conquête territoriale qui a toujours existé. L’expansion coloniale s’est pratiquée sur tous les continents depuis la nuit des temps, à partir du moment où un peuple débordant de vitalité, d’ardeur guerrière ou de technologie, a pu s’éloigner de ses bases pour conquérir d’autres terres et soumettre d’autres populations à sa loi. Les changements climatiques, la faim, la recherche de nouveaux débouchés ont aussi conduit des peuples vers des migrations qui ont pris la forme de la colonisation.
Les Européens n’ont pas été les seuls colonisateurs de l’histoire. Les populations asiatiques qui ont franchi le détroit de Behring pour peupler les Amériques et donner naissance aux populations indiennes sont un bel exemple de réussite d’une colonisation de peuplement. Les Arabes, partis de la péninsule arabique au VIIe siècle, ont colonisé la quasi-totalité du pourtour méditerranéen, y compris une grande part de l’Europe méridionale. Les Ottomans s’en sont pris aux mêmes espaces après avoir conquis l’empire byzantin. En témoigne, entre autres, la régence turque sur Alger jusqu’à l’intervention française de 1830. Les Chinois, les Japonais, ont été à certaines époques de leur développement des colonisateurs, pour des raisons différentes, avec des objectifs et des méthodes différentes : les Chinois avec une emprise commerciale et financière quasi monopolistique sur l’Asie du Sud-est. Les Japonais avec des conquêtes militaires continentales et insulaires. Même des Américains, peuple anticolonialiste par essence, ont un temps colonisé les Philippines.
 
Le mot colonisation regroupe donc des types de conquêtes extrêmement divers en fonction des époques, des pays colonisateurs, des pays colonisés, et des formes de domination coloniale choisies. L’extrême complexité des faits coloniaux met en lumière toute l’inanité de la simplification caricaturale qu’est la réduction à la notion de crime. À de notables exceptions près, comme au Laos avec Auguste Pavie ou au Congo avec Savorgnan de Brazza, toute conquête coloniale est généralement une conquête violente. De la "conquête des cœurs" accomplie au Laos par Pavie à l’extermination des aborigènes d’Australie, il existe une infinité de graduations dans la violence coloniale, et très peu d’entre elles sont susceptibles d’entrer dans la catégorie juridique des crimes contre l’humanité. La colonisation n’est pas forcément liée à la volonté délibérée et planifiée d’exterminer tout un peuple. Au contraire, la France a toujours justifié ses conquêtes coloniales par le désir de propager le progrès et la civilisation dont elle était porteuse. Elle s’est livrée à des combats, parfois à des massacres et des crimes abominables, mais jamais à une entreprise génocidaire organisée.
 
Si l’on se limite donc à l’observation de l’entreprise coloniale française dans sa deuxième phase, c’est-à-dire aux XIXe et XXe siècles, on voit d’abord trois formes de colonisation : les comptoirs commerciaux et/ou militaires (concession de Shangaï, territoire à bail de Kouang Tchéou Wan, etc.), les colonies d’exploitation (Indochine, Afrique du Nord, Afrique noire, etc.) et une colonie de peuplement, l’Algérie, devenue partie intégrante du territoire national sous la forme juridique de départements français (et non plus de colonie). On peut aussi distinguer les territoires confiés par mandat international à la France, comme le Liban et la Syrie, qui n’étaient pas à proprement parler des conquêtes coloniales ni des colonies d’exploitation.
 
Dans les comptoirs commerciaux et/ou militaires, la présence métropolitaine fut toujours relativement légère, avec quelques dizaines ou quelques centaines de "colons" au maximum. La France y était visible en raison de son habitude de construire des bâtiments officiels et des équipements collectifs avant même d’avoir obtenu le premier rendement économique ou politique de cette nouvelle "conquête". À ce sujet, l’histoire du territoire chinois de Kouang Tchéou Wan est emblématique de la méthodologie française qui a souvent consisté à mettre la charrue avant les bœufs en dotant l’espace colonisé d’infrastructures considérables, souvent inadaptées aux besoins réels des populations locales. Alors que les Anglais ont d’abord fait de Hong Kong un carrefour incontournable du commerce et de la finance, les Français ont créé à peu de distance un copié-collé de sous-préfecture française relativement décalé. Le mot "exploitation" n’a jamais été aussi inapproprié tant la France y a investi massivement en pure perte. On retrouvera la même caractéristique avec les grands travaux indochinois entrepris par Paul Doumer, admirables de notre point de vue européen, mais souvent inadaptés au contexte local.
 
La colonie d’exploitation est la forme de colonisation la plus répandue. Sous un régime juridique de colonie (administration directe) ou de protectorat (administration partagée avec le pouvoir local), elle a pour caractéristiques d’être provisoire et de ne concerner qu’un petit nombre de "colons". J’emploie à dessein le mot colon entre guillemets. Pour quelques dizaines de gros propriétaires, grands chefs d’entreprises ou hauts fonctionnaires, la grande majorité des "colons" était souvent constituée de gens appartenant à la classe moyenne, voire des petits employés, artisans ou commerçants aux ressources modestes.
 
-Exploitation : le mot n’est pas à prendre au sens péjoratif marxiste. Il peut aussi vouloir dire mettre en valeur, comme un exploitant agricole met sa terre en valeur. Un exploitant n’est pas un criminel. En Indochine, la colonisation d’exploitation a mis en valeur les ressources naturelles préexistantes et créé de nouvelles ressources comme l’introduction de l’hévéa, l’arbre à caoutchouc, indissociable aujourd’hui de l’image du Vietnam et du Cambodge.
 
-Provisoire : le but officiel des colonisateurs était d’accompagner les colonisés jusqu’à un certain niveau de développement. La réalité fut quelque peu différente, et beaucoup moins philanthropique. Une fois installé dans une position dominante relativement confortable, il est difficile de rendre les clés de la maison au premier occupant… C’est une des failles de ce système de colonisation, voire une des raisons essentielles de son échec. Le principe de base d’une colonisation d’exploitation n’était vraisemblablement pas viable. À la fin du processus colonial, on assista presque partout à une fuite en avant pour éviter de transmettre la totalité du pouvoir aux autochtones.
 
-Un petit nombre de "colons" : à la fin des années 30, à l’apogée de la colonisation française en Indochine, sur un territoire grand comme une fois et demie la France, on comptait moins de 25 000 "colons" auxquels s’ajoutaient environ 15 000 militaires. C’est très peu pour un territoire de cette dimension. La pax gallica qui régna sur l’Indochine pendant près d’un siècle ne peut pas s’expliquer uniquement par le recours à la force. Même si la force fut employée, et quelquefois de façon très violente, il y eut obligatoirement un consentement des populations pour supporter, au moins provisoirement, le joug colonial. Dans le cadre de cette relation équivoque et complexe, il y eut une véritable interpénétration culturelle, certains Indochinois adoptant tout ou partie de la culture française, certains colons français consacrant toute leur vie et toute leur énergie au développement et au rayonnement des cultures indochinoises. Là encore, ne voir qu’un crime dans un contexte historique aussi riche, aussi dense et aussi varié est une absurdité. De même qu’il est absurde de nier les spoliations et les violences engendrées par ce type de domination.
 
L’Algérie connut une colonisation de peuplement. Pour atteindre son objectif, cette forme de colonisation demande soit l’assimilation totale de la population autochtone à la culture du colonisateur, soit le développement séparé, soit l’extermination des autochtones. Contrairement à d’autres colonisateurs européens, c’est l’honneur de la France de ne pas avoir exterminé les populations algériennes, même si l’on ne doit pas oublier de terribles exactions commises au cours des cent trente années de présence française. La croissance démographique exponentielle des populations musulmanes est là pour prouver l’inanité des thèses "génocidaires".
L’assimilation totale a été délibérément refusée, afin de respecter le caractère propre (musulman) de ces populations dans le cadre d’une république laïque. Restait le développement séparé. Il y avait, certes, une forme de démocratie participative, mais avec deux collèges électoraux, l’un pour les Français, l’autre pour les musulmans. Ce système a prévalu jusqu’à ce que De Gaulle annonce en 1958 qu’il n’y avait plus en Algérie que "des Français à part entière", on connaît la suite donnée à cet engagement… Toujours est-il que la perte de l’Algérie française tient peut-être au fait qu’il n’y a pas eu assez de peuplement de souche européenne. 10 % d’européens, ne pouvaient pas faire le poids face à 90 % de musulmans. Une population européenne beaucoup plus nombreuse eut sans doute changé le cours des évènements.
 
Les aspects positifs, les erreurs et les crimes liés à la colonisation de l’Algérie ont fait l’objet d’études approfondies, chiffrées, solides, avec des raisonnements implacables comme les travaux de Jacques Marseille et de Daniel Lefeuvre, peu suspects de sympathies "colonialistes". Ces scientifiques ont démontré que rarement la colonisation avait été rentable pour la Métropole. La thèse du "pillage colonial" est donc, le plus souvent, contestable. Il semble stupéfiant que, par idéologie, certains ne tiennent aucun compte de ces travaux et n’acceptent de voir encore que le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein. Colportées par des politiciens en campagne, les interprétations simplistes de l’Histoire ont plusieurs défauts : elles mélangent les genres, notamment le politique, l’historique, le mémoriel et le judiciaire. Ce n’est jamais bon. Ensuite, elles instrumentalisent le passé au service de causes contemporaines qui n’ont pourtant pas besoin que l’on ajoute de l’huile sur le feu. En répétant continuellement aux jeunes issus de l’immigration que leur pays d’accueil est un criminel contre l’humanité, on ne fait qu’attiser leur haine et leur mépris. Et l’on ne gagne pas une once de considération dans les pays anciennement colonisés où, comme dans l’ancienne Indochine, le respect des ancêtres est officiellement érigé en culte. La façon dont les repentants traitent nos propres ancêtres nous ridiculise et déconsidère la France. Ce comportement irresponsable fait courir à notre pays des risques incommensurables, comme celui bien réel de l’implosion qui menace des pans entiers de notre territoire. Après tout, c’est peut-être ce qu’ils veulent…

Lettre ouverte à M. E. Macron

Publié dans Du côté des élites
Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron
 
Monsieur,
 
Vous venez de qualifier la colonisation de "crime contre l’humanité".
À titre personnel, vous avez le droit de penser ce que vous voulez. Au titre de candidat à la magistrature suprême, vous avez le devoir de mesurer vos interventions avant de condamner aussi lourdement votre propre pays, sur le plan historique comme sur le plan judiciaire. Vous avez failli à ce devoir.
 
L’histoire ne s’écrit pas en noir et blanc, elle s’écrit parfois en lettres de sang, parfois en lettres de noblesse, mais toujours avec un alphabet que, visiblement, vous ne maitrisez pas. D’où l’incongruité de vos propos. Avant de dire n’importe quoi, commencez par vous renseigner sur les différentes colonisations (comptoirs, exploitation, peuplement) qui ont jalonné l’histoire de l’humanité depuis la nuit des temps. Vous découvrirez peut-être la complexité de conquêtes territoriales qui ne peuvent pas se résumer au seul mot de "crime", par exemple les conquêtes coloniales musulmanes sur le Maghreb. Sans vous demander d’aller jusqu’au débat sur les méfaits ou les bienfaits des entreprises coloniales (votre position manichéenne semble déjà tranchée), renseignez-vous au moins sur les faits. À moins qu’en bon disciple de Rousseau vous ayez délibérément choisi de les écarter quand ils contrarient votre idéologie.
 
Ensuite, offrez-vous ou faites-vous offrir un petit ouvrage élémentaire du type "le droit pour les nuls" qui vous permettrait sans doute de découvrir la portée du crime contre l’humanité, crime imprescriptible et rétroactif. En reconnaissant la France coupable de ce crime devant un gouvernement étranger, alors que vous briguez la présidence de la République française, vous vous êtes engagé au nom de notre pays sur la voie de la peine la plus lourde qui soit. À Nuremberg ce fut la peine de mort. Elle n’existe plus chez nous. Alors, c’est à ce qui est le plus proche de la mort, le plus sévère, le plus irrémédiable, que vous condamnez la France et le peuple dont vous sollicitez les suffrages. On ne saurait faire pire.
 
D’une certaine façon, je vous remercie pour cette intervention. Elle a au moins le mérite de clarifier les choses : voter pour vous, c’est voter pour la condamnation de la France à la peine la plus infamante pour la faute la plus irrémissible. Comme ça, on sait où l’on va, ou du moins où l’on risque l’aller si par malheur une majorité de Français venait à vous ouvrir les portes de l’Elysée.
Repentance, auto-flagellation, indemnisations à la clé, silence radio sur les crimes du FLN passés et présents, mépris pour les harkis et les Français d’Algérie, votre chemin hasardeux vers le pouvoir est pavé d’obscénités.
 
A défaut de la considération distinguée dont je n’aurai pas l’hypocrisie de vous donner l’assurance, croyez, Monsieur, à l’expression de ma détermination farouche (vous aimez bien ce mot, moi aussi) à maintenir ma modeste plume au service du combat contre l’idéologie mortifère dont vous êtes porteur.                                                                                                                                                 
 

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