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RIGNAC Paul

RIGNAC Paul

Né en 1955
Marié - trois enfants


Essayiste, écrivain


Licence en droit
 
* Au service d’associations humanitaires œuvrant dans le Sud-Est Asiatique.
     Sa fréquentation du terrain humanitaire et de ses acteurs l’a amené à écrire sur l’histoire commune et sur le choc des cultures entre la France et l’Asie.
* Directeur de collection chez Arconce Éditions (Maison d’édition régionaliste)
     Ses recherches le portent à une réflexion sur les identités culturelles, leurs fondements, leurs limites et leurs possibilités d’ouverture dans un monde de plus en plus globalisé.
 
Ouvrages
Indochine, les mensonges de l’anticolonialisme (2007) - La guerre d’Indochine en questions (2009) - Une vie pour l’Indochine (2012) - La désinformation autour de la fin de l’Indochine française (2013) - Le Mystère des Blancs (2013) - Charolles, une promenade en photos (2013) -
 
Coauteur de
Présence française outre-mer
     publié par l’Académie des sciences d’outre-mer (Editions Karthala)
Dictionnaire de la guerre d’Indochine, à paraître prochainement (Robert Laffont, collection Bouquins).
 
Conférences 
Régulièrement sollicité pour des conférences
     (Commission française d’histoire militaire, ... et pour diverses manifestations du souvenir de l’Indochine française)

URL du site internet:

26 mars 1962

Publié dans Devant l'histoire
26 mars 1962, le grand tournant
 
 
19 mars 1962, Evian. Les accords signés par le gouvernement français et le GPRA (gouvernement provisoire de la république algérienne) mettent officiellement fin à la guerre d’Algérie.
22 mars 1962, Alger. Des hommes de l’OAS (organisation armée secrète) abattent six soldats français du contingent qui circulaient à bord d’un camion. L’embuscade a été tendue place Desaix, dans le quartier populaire de Bab el Oued. Ce lâche assassinat de jeunes appelés soulève l’indignation et provoque immédiatement une réaction des autorités françaises. Mais pas directement contre l’OAS : contre la population algéroise elle-même, soupçonnée de soutenir les assassins. En bonne doctrine de guerre civile contrerévolutionnaire, cela s’appelle vider l’eau pour asphyxier les poissons.
 
Bab el Oued est en état de siège. L’aviation mitraille le quartier. L’armée et les forces de l’ordre se livrent à un quadrillage impitoyable, pâté de maison par pâté de maison, immeuble par immeuble, appartement par appartement. Les habitants sont totalement isolés du reste d’Alger et soumis à une répression violente, aveugle, qui n’épargne personne.
Bouleversée par le sort des habitants de Bab el Oued, la population européenne d’Alger se mobilise. Une foule de plusieurs milliers de manifestants se rassemble devant la Grande Poste le 26 mars pour se porter pacifiquement au secours des assiégés.
Entre les manifestants et les assiégés, il y a des forces de l’ordre. Parmi celles-ci, les tirailleurs du 4e RTA (4e régiment de tirailleurs algériens) sont en position stratégique, en barrage rue d’Isly. Le choix de disposer à cet endroit et dans ces circonstances une telle unité est pour le moins surprenant. Ces soldats ne sont absolument pas formés à la mission qui leur est assignée. Ce sont des troupes ordinairement affectées à la pacification du bled, pas au maintien de l’ordre en ville. Le choix des armes dont ils disposent n’est pas moins surprenant : des fusils mitrailleurs AA 52. De plus, la section du barrage de la rue d’Isly est commandée par un jeune officier inexpérimenté, le sous-lieutenant Ouchene Daoud. La consigne est de "ne pas céder aux manifestants".
 
Ces manifestants sont sans armes, visiblement pacifiques, certains transportent des victuailles pour les assiégés, beaucoup brandissent des drapeaux français. En début d’après-midi, une première ligne de tirailleurs est franchie par la foule sans incidents quand soudain éclate une fusillade. Qui a tiré ? D’où sont partis ces premiers tirs ? Au-delà des controverses qui se sont développées après la tragédie (des tirs seraient partis depuis les toits d’immeubles environnants), tous les témoignages concordent sur le fait que les tirailleurs du 4e RTA ouvrent le feu sur la foule au fusil mitrailleur. Le sous-lieutenant Ouchene Daoud est totalement dépassé par la situation. On dispose d’un témoignage accablant, filmé et enregistré par un journaliste (René Duval), où l’on entend une voix d’homme supplier le sous-lieutenant d’ordonner "Halte au feu". Mais le crépitement des armes se déchaîne toujours sur les femmes, les enfants, les vieillards. Douze minutes de fusillade unilatérale et ininterrompue. Les manifestants sont abattus alors qu’ils ne représentent aucune menace, quand ils cherchent seulement à se réfugier n’importe où, dans l’anfractuosité d’une porte d’immeuble, derrière un arbre ou à l’abri dérisoire d’un trottoir… et c’est un massacre. Après les rafales de fusils mitrailleurs, les blessés sont achevés au fusil. On relèvera plus de 80 morts et des centaines de blessés.
 
Quelles que soient les origines des premiers tirs, il demeure un fait incontestable et accablant : des soldats français lourdement armés ont ouvert le feu sur une foule pacifique et sans armes. Et ces soldats avaient une consigne officielle : ne pas laisser passer les manifestants. Ils ont obéi à cette consigne. C’est un tournant tragique dans l’histoire de France. Un grand basculement dont on ne mesure pas toujours l’ampleur. Ce n’était plus un combat entre soldats, fût-ce une lâche embuscade comme celle du 22 mars. Des éléments de l’armée française, sur ordre, ont massacré des civils dont le seul tort était d’avoir voulu manifester pacifiquement leur volonté de rester français.
Le sentiment d’un acte délibéré de la part du pouvoir politique est encore aggravé par le silence assourdissant du général de Gaulle qui s’exprime le soir même à la télévision sans faire une seule allusion à cette tragédie. Imaginons que pareil massacre se produise aujourd’hui dans une ville française et que l’actuel président de la République n’en souffle pas un mot en intervenant à la télévision le même jour ! Non, c’est tout simplement inimaginable.
 
Le 26 mars 1962, on est en présence d’un acte fondateur de l’autodestruction française qui mine notre pays à coups de haine de soi, de repentance, d’auto-culpabilisation, de détestation de son passé, de mépris de ses aïeux. C’est une date charnière à partir de laquelle le suicide français, si bien analysé par Eric Zemmour, s’est concrétisé de façon physique, massive, et parfaitement assumée à la tête de l’État. Un événement à méditer et dont on n’a pas fini de mesurer la portée. Grâce aux travaux de Francine Dessaigne, de Nicole Ferrandis, de Jean-Pax Méfret et de Jean Monneret (entre autres), grâce aux nombreux témoignages recueillis, on va peut-être commencer à entrevoir la portée de cette tragédie en s’en tenant aux faits constatés, et rien qu’aux faits.
Il y aura, face à l’Histoire, un avant et un après 26 mars 1962. La reconstruction de la France passera nécessairement par une prise de conscience collective que c’est ce jour-là qu’a commencé de façon ordonnée, institutionnelle, volontaire et délibérée une descente aux enfers dont nous souffrons encore aujourd’hui. Le massacre de la rue d’Isly ne fut pas un malencontreux hasard, une simple bavure, mais l’un des multiples aspects d’une entreprise planifiée, sinistrement cohérente, dont on retrouvera les caractéristiques le 5 juillet 1962 lors des massacres d’Oran et pendant de longs mois lors des massacres de harkis dans toute l’Algérie. La seule différence, c’est qu’à Oran et pour les harkis l’armée française aura reçu l’ordre de rester l’arme aux pieds pendant que les égorgeurs du FLN faisaient le sale boulot. Le principe et le résultat étaient les mêmes.
 
Le général de Lattre, dans une perspective visionnaire, avait annoncé en 1951 qu’il fallait arrêter le "jeu infernal" au Tonkin, sans quoi il se poursuivrait en Algérie et peut-être même en Métropole. En Indochine, 10 000 civils Français avaient pu continuer à vivre et à prospérer dans Saigon devenue capitale d’un État totalement indépendant. En Algérie, ce sont les autorités françaises qui ouvrent le bal tragique du massacre, et puis celui de l’exil des survivants… Le FLN n’aura qu’à continuer la danse macabre jusqu’au départ du dernier Français d’Algérie dans le tempo et la tonalité donnés le 26 mars par le chef d’orchestre que l’on sait. De ce jour, la classe dirigeante française, dans sa très grande majorité, s’est installée pour longtemps dans une posture déterminée contre la nation et contre le peuple. Stigmatisés sous les appellations infâmantes de nationalisme et de populisme, l’amour de la nation et l’attention aux volontés du peuple sont devenus des repoussoirs.
L’aberration qui consiste à baptiser à tour de bras des rues et des places de France du nom de l’effroyable défaite diplomatique du 19 mars 1962 à Evian n’est qu’une illustration pathétique de la déliquescence morale et de l’inculture historique de trop d’élus. Nous sommes peut-être l’un des premiers peuples sinon le tout premier, dans l’histoire de l’humanité, à donner à des rues et des places le nom d’une de nos défaites les plus sanglantes et les plus humiliantes. Grâce soit rendue à Robert Ménard d’inverser courageusement cette tendance suicidaire dans sa bonne ville de Béziers, et puisse-t-il trouver bientôt de nombreux émules !

9 mars 1945

Publié dans Devant l'histoire
9 mars 1945 : la fin de l’Indochine française
 
Une commémoration importante vient de passer presque inaperçue dans le ciel médiatique : celle des évènements du 9 mars 1945 en Indochine.
Une messe aux Invalides et la pose d’une plaque commémorative… une cérémonie à la pagode du Souvenir indochinois au bois de Vincennes suivie d’un déjeuner qui a rassemblé une poignée de survivants de cette tragédie, entourés de quelques proches… c’est à peu près tout.
Au 9 mars 2015, qui se souvient encore de ce qui s’est passé exactement soixante-dix ans plus tôt en Indochine ? Ce fut pourtant un évènement clé où se joua le destin de notre colonie d’Extrême-Orient, la "perle de l’empire".
 
Le paradoxe de l’Indochine française est d’avoir été perpétuellement décalée par rapport au reste du monde à partir de juin 1940.
Alors que le Pacifique n’est pas encore entré dans la guerre mondiale (ce sera seulement le cas après Pearl Harbour le 8 décembre 1941), une menace d’invasion japonaise oblige la France à rechercher un modus vivendi avec l’Empire du Soleil levant (accord qui sera finalisé seulement le 30 août 1940). Le stationnement de troupes japonaises au nord de la colonie et certaines contraintes économiques sont imposés à la France en échange de la reconnaissance par le Japon de la souveraineté française sur l’Indochine. Pour gérer au mieux cette situation complexe, l’amiral Jean Decoux a été nommé gouverneur général de l’Indochine le 25 juin 1940 par le président de la République Albert Lebrun sur proposition du ministre socialiste Albert Rivière. La légende qui fait de Decoux une créature de Vichy est une ineptie, source de jugements historiques complètement faussés.
 
Une fois au pouvoir, malgré ses sympathies anglophiles, Decoux ne peut qu’obéir au principe de réalité et ensuite (septembre 1940) appliquer les accords conclus entre la Métropole et le Japon. Une confusion vient du fait qu’entre temps, la troisième République s’est sabordée et le régime de Vichy est arrivé au pouvoir. Accuser Decoux de "vichysme" n’explique rien. Ni la France libre ni aucun allié n’étaient en mesure de venir au secours de l’Indochine en 1940. Le gouverneur général n’avait pas d’autre choix que d’appliquer le modus vivendi ou de voir disparaître l’Indochine française.
 
Les choses vont encore se compliquer après Pearl Harbour.
Présence militaire japonaise accrue sur tout le territoire, contraintes économiques et financières croissantes, blocus total des Alliés, l’Indochine va vivre désormais dans une bulle. Situation invraisemblable, elle devient un havre de paix dans un monde en plein chaos. Les Indochinois eux-mêmes, encouragés par une habile politique de mise ne valeur des cultures nationales, apprécient le sort qui leur est réservé. Ils vivent en paix. Les colons déploient des trésors d’ingéniosité et de courage pour survivre en autarcie. Quelques zones d’ombre cependant viendront obérer un bilan remarquable : l’application, même très modérée, des lois raciales et antimaçonniques de Vichy ainsi que la persécution d’un petit groupe de gaullistes militants.
 
Pendant tout ce temps, une efficace résistance de renseignement, militaire et civile, rassemblant environ 2000 Français d’Indochine, informe les Alliés sur les effectifs et les mouvements de troupes des Japonais. En aucune façon la situation de l’Indochine ne peut être assimilée à l’occupation et à la collaboration qui se déroulent alors en Métropole. Cet amalgame, pour employer un mot à la mode, est à l’origine d’une incompréhension totale de la situation réelle de la colonie.
Tant bien que mal, avec un art diplomatique consommé, Decoux va faire le pari de conduire l’Indochine saine et sauve jusqu’aux derniers jours de la Deuxième Guerre mondiale. Il s’en est fallu d’un cheveu qu’il réussisse.
 
Dès Pearl Harbour, la France libre s’est déclarée en guerre contre le Japon. À partir d’août 1944, quand le général de Gaulle est au pouvoir à Paris, la Métropole est donc officiellement en guerre contre l’Empire du Soleil levant. Les jours de l’Indochine française semblent comptés. Au mois d’octobre 1944, le gouvernement japonais décide de mettre un terme à la souveraineté française en Indochine. Mais, si le principe est arrêté à Tokyo, la date n’est pas encore fixée et c’est sur ce délai que tout va se jouer.
 
À Saigon, le 9 mars 1945 à 18 h, l’ambassadeur japonais Matsumoto soumet un ultimatum à l’amiral Decoux. Dans les deux heures qui suivent, l’administration et les forces militaires françaises devront se placer sous les ordres du Japon. Contrairement à une légende toujours malveillante, Decoux ne capitule pas, mais il rejette courageusement cet ultimatum. Il est alors fait prisonnier avec les chefs de son administration et les principaux chefs militaires. Le même scénario se déroule avec les responsables demeurés à Hanoi. Le commandant en chef, le général Mordant a été particulièrement imprévoyant. Ce n’était pas l’homme de la situation. Il va se rendre aux Japonais de façon pitoyable, le 10 mars, après s’être blessé en s’enfuyant de la citadelle… C’est pourtant cet homme que le général de Gaulle avait choisi pour être son délégué en Indochine… Le chef du gouvernement provisoire avait même placé secrètement Mordant au-dessus de Decoux dans la hiérarchie indochinoise ! Ainsi fut créée une dyarchie insensée où personne ne savait plus à qui obéir ni à qui faire remonter les informations. La cheville ouvrière de cette usine à gaz fut l’émissaire du général de Gaulle, François de Langlade. Il est le grain de sable qui a paralysé une mécanique administrative magnifiquement entretenue par Decoux pendant cinq ans.
 
Quelles sont les forces en présence au soir du 9 mars ?
Côté japonais, une armée redoutable de 60 000 hommes, armés, équipés et entraînés pour la guerre mondiale. En face d’eux, 12 000 Français (dont 2000 officiers) et environ 40 000 Indochinois mal armés, seulement entraînés au maintien de l’ordre intérieur et dotés de munition pour moins de deux heures de combat. Dans cette lutte inégale, Français et Indochinois vont se comporter héroïquement jusqu’à leurs dernières cartouches. On comptera 20 % de morts au combat chez les militaires français, soit un pourcentage plus élevé qu’à Verdun. On ne peut évoquer ici tous les héros de cette guerre. À Langson, le général Lemonnier, le résident Auphelle et le colonel Robert sont décapités au sabre. Certains Français réussissent à prendre le maquis et à tenir plus ou moins longtemps dans des conditions très difficiles, comme le capitaine d’Hers en Cochinchine. À Hanoi, la garnison de la citadelle perd la moitié de ses effectifs dans une résistance qui lui vaut une reddition en armes avec les honneurs de la guerre.
 
Une partie de la division du Tonkin sous les ordres des généraux Sabattier et Alessandri avait eu la présence d’esprit de gagner la brousse pour échapper aux pièges des garnisons citadines. Sabattier va créer en Haute-Région un réduit qui sera "l’Indochine française libre". Mais la première capitale choisie est vite jugée indéfendable. C’est un village encore inconnu, du nom de Diên Biên Phu... On transfère alors la "capitale" à Phong Saly, mais l’irrésistible avancée des Japonais oblige les diverses colonnes françaises du Tonkin à retraiter vers la Chine nationaliste. Elles y seront maintenues en état de quasi-détention par les Alliés jusqu’en décembre 1945.
 
Tous les Français d’Indochine sont emprisonnés. Les militaires sont détenus dans des camps, dont certains sont des camps de la mort (le plus tristement célèbre est celui de Hoa Binh). Les civils sont regroupés dans cinq ou six grands centres urbains, sous étroite surveillance. Les suspects de "résistance" sont affreusement torturés dans les geôles de la Kempetaï (gendarmerie japonaise). Le maillage administratif et militaire français est anéanti. De facto, l’Indochine française a cessé d’exister. Les monarques du Vietnam, du Cambodge et du Laos ne vont pas tarder à traduire cette situation de jure en proclamant les indépendances de leurs pays respectifs dès le 11 mars. Mais ils ne possèdent ni l’administration ni l’armée pour assumer les responsabilités gouvernementales qui leur échoient. L’Indochine va sombrer peu à peu dans l’anarchie et le chaos, laissant le champ libre au mouvement le mieux structuré, le mieux épaulé de l’étranger et le mieux préparé à saisir le pouvoir : le Vietminh.
 
Au mois d’avril 1945, les troupes américaines débarquent à Okinawa, territoire japonais, obligeant l’armée du Mikkado à se concentrer sur la défense du sol national. On peut légitimement penser qu’à quelques semaines près, le coup de force du 9 mars aurait pu ne pas avoir lieu… Les Japonais vont occuper l’Indochine jusqu’au 15 juillet 1945, date d’une capitulation qui sera signée le 2 septembre. En vertu des accords de Potsdam conclus entre les Alliés (sans la France) au mois de juillet, le nord du 16e parallèle sera "libéré" par les Chinois et le sud le sera par les Britanniques. Les Français d’Indochine resteront prisonniers sous la garde des Japonais vaincus. Dans cette confusion s’installe la légende de la "collaboration" des Français d’Indochine avec l’ennemi. La Métropole elle-même surenchérit. Au lieu de trouver des compatriotes libérateurs, les Français d’Indochine trouvent des inquisiteurs qui les insultent et les font tous passer devant des commissions d’épuration. Les sanctions seront faibles et très limitées, même l’amiral Decoux bénéficiera d’un non-lieu, mais cette inquisition sera massive et aveugle. Elle sera pratiquée sans aucun discernement par des gens, soit qui ne connaissaient strictement rien à la situation indochinoise, soit qui avaient quelque vengeance à assouvir après des échecs coloniaux personnels mal digérés. L’effet le plus désastreux de l’épuration franco-française en Indochine sera le discrédit jeté sur tous les Français aux yeux des Indochinois. De cela, la présence française en Indochine ne se relèvera jamais.
 
La guerre d’Indochine, qui commence le jour où le premier soldat français reprend pied sur le sol indochinois à l’automne de 1945, sera une malheureuse et interminable tentative de reconquête d’une colonie qui a été perdue le 9 mars 1945. Cette date doit rester à jamais marquée d’une pierre noire dans l’histoire de la France et de son empire colonial. Il faut aussi combattre ces instruments de repentance suicidaire que sont les accusations mensongères de collaboration et de capitulation. Les Français d’Indochine ont fait leur devoir. Ils se sont battus avec un courage exemplaire. Soixante-dix ans après leur sacrifice, rendons-leur hommage et justice.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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