Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

SALVAN   Jean

SALVAN Jean

Né le 3 mars 1932
Marié (1953) – 5 enfants



Officier, général de corps d'armée


Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr
Ecole d’Etat-Major 
Ecole supérieure de guerre (ESG)

Commandant la IVème Région militaire
Général de corps d’armée (1988)
Représentant français auprès du Commandement Centre-Europe de l’OTAN (1986-1988) 
Commandant de la 1ère Division blindée (1983-1985)
Commandant du 3ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine
Professeur à l’Ecole supérieure de guerre

Membre correspondant du Muséum d’Histoire Naturelle en 1964
Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées de droit public
Professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux (1989-1994) ("Société et Défense") 
Président de l’Union des blessés de la face (les Gueules cassées) (1995-2002)

Ouvrages 
Liban 1978, les Casques bleus de la France (1979) - L’avifaune du Gard et du Vaucluse (1983) -

La paix et la guerre (1992) - Soldat de la guerre, soldat de la paix (2005)

Distinctions
Grand Officier de la Légion d’Honneur
Croix de la Valeur Militaire
Commandeur de l’Ordre du Cèdre du Liban
Croix d’Honneur en or de la Bundeswehr

URL du site internet:

L’émotion et le cynisme

Publié dans De par le monde
L’émotion et le cynisme
 
L’attaque suivie d’un épandage de gaz toxique (sarin ? ) le 4 avril dernier  à Khan Cheikhoun (province d’Idlib) a provoqué une émotion dans laquelle l’observatoire syrien des droits de l’homme s’est engouffré : le coupable ne pouvait être que Bachar el Assad et son régime. Je rappelle que cet "Observatoire syrien des droits de l’homme" est une officine islamiste basée à Londres : elle ne signale que les turpitudes de Bachar el Assad et elle occulte celles de ses ennemis. Immédiatement Donald Trump a voulu redorer son image : à la différence de son prédécesseur, il entend prouver qu’il ne recule devant rien, il donne satisfaction à ses alliés sunnites d’Arabie saoudite et du Golfe, il montre qu’il sait tenir compte des émotions des chaumières. Il a donc fait bombarder par des missiles de croisière la base aérienne d’où seraient partis les avions qui ont bombardé Khan Cheikhoun, le 7 avril, avant la moindre enquête sérieuse. Car enfin, tous, l’ONU en tête, s’étaient félicités de la destruction des stocks syrien de gaz de combat : les enquêteurs auraient-ils mal fait leur travail ? Les opposants à Bachar el Assad ont déjà utilisé des gaz toxiques récupérés dans les dépôts de Kadhafi : est-on certain que la thèse russe est fausse,  selon laquelle un bombardement syrien aurait touché un arsenal de Daech contenant des gaz asphyxiants ?
 
Cela dit, le bombardement de la base de Charit (orthographe incertaine) semble avoir eu des effets limités : la piste paraît toujours utilisable. Et les Russes vont vraisemblablement installer un système anti missile en Syrie. Peut-on croire qu’il n’y a pas risque d’escalade ?
La France a perdu toute capacité d’influence en Syrie depuis les fautes commises par Fabius quand il était ministre des affaires étrangères : le départ de Bachar el Assad est un préalable répétait-il. Faut-il en plus se mettre à la remorque des Etats-Unis ?
Mais le cœur du problème est ailleurs. Impose-t-on la démocratie et les droits de l’homme par des bombardements ? Si Bachar el Assad est éliminé, qui lui succèdera ? Quelques Syriens se prétendent démocrates, mais quand on voit leur façon de combattre en multipliant crimes de guerre, on reste sceptique... Les précédentes interventions occidentales n’incitent guère à l’optimisme : un Etat maffieux règne au Kosovo, le chaos est durablement installé en Libye, en Afghanistan et en Irak. Faut-il l’aggraver en Syrie ?

Et la Corée du Nord ?

Publié dans De par le monde
Et la Corée du Nord ?
 
Un proverbe congolais dit "Quand des éléphants se battent, il vaut mieux se mettre à l’abri". Constatons que les candidats à la présidence de la république française ne semblent guère se préoccuper de la Corée du Nord et de son programme atomique, si loin de nos réels soucis : emplois fictifs, sondages, népotisme, … etc. La Corée du Nord vient de lancer un missile à longue portée, ce qui laisse nos candidats indifférents.
Pourtant s’il existe un risque de déflagration nucléaire, c’est bien en Extrême-Orient qu’il existe, comme le rappelle l’hebdomadaire "Time" du 3 avril. Résumons en quelques mots une équation à plusieurs inconnues. 
 
Kim Jong Un est l’avatar contemporain du Prince de Machiavel : après avoir fait fusiller son oncle, il vient de faire assassiner son demi-frère. Il ne veut pas être éliminé comme Kadhafi l’a été. Il entend donc disposer d’armes nucléaires capables de frapper les Etats-Unis, de façon à être invulnérable et imposer ses choix pour une réunification de la péninsule coréenne.
La Chine ne veut pas d’une réunification des deux Corée, qui mettrait un allié des Etats-Unis à sa frontière. Même si la politique nucléaire de la Corée du Nord ne l’enchante pas, elle maintient avec le régime de Pyongyang des relations  économiques qui annulent l’effet des sanctions imposées par les Etats-Unis et ses alliés.
Les Etats-Unis sont depuis longtemps inquiets du potentiel nucléaire de la Corée du Nord. Le Président Clinton avait entamé des négociations pour arrêter le programme atomique coréen : les résultats ne furent pas évidents. Le Président Obama eut d’autres priorités, mais il avertit son successeur du défi que la Corée du Nord serait durant sa présidence.
 
Car il n’y a pas d’options satisfaisantes.
Ne rien faire ? Après tout, Israël, l’Inde, le Pakistan se sont dotés d’un arsenal nucléaire, au mépris de tous les traités visant à réserver l’arme atomique aux membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU. Le monde n’est pas devenu plus dangereux pour autant. Toutefois, la tentation de la Corée du Sud et du Japon de se munir d’un arsenal nucléaire ne peut être sous-estimée, surtout si les Etats-Unis semblent s’accommoder de la situation actuelle.
 
Une frappe préemptive serait-elle possible ? Plusieurs présidents américains y auraient pensé selon  Gregory F. Treverton, ancien président du conseil américain pour le renseignement national. Mais il n’est pas sûr qu’une frappe pourrait éliminer la totalité de l’appareil nucléaire nord-coréen. Beaucoup d’installations sont cachées, secrètes, et les missiles sont mobiles. Une frappe devrait conjuguer des bombardements aériens, des "cyber-attaques", des raids de commandos.
Il faut rappeler que la capitale de la Corée du Sud est à portée de l’artillerie nord-coréenne. Toute action contre les installations atomiques de la Corée du Nord devrait être accompagnée d’une neutralisation d’une partie des moyens classiques. Une riposte "classique" du régime de Pyongyang serait probable, donc une seconde "guerre de Corée".
 
Eliminer Kim Jong Un serait-il plus sûr ? L’élimination de Kadhafi a amené le chaos en  Libye : peut-on être certain des réactions de la famille du dictateur, de son armée, de la population ? Comment assurer ensuite la maîtrise de l’arsenal nucléaire ? Kim Jong Un passe pour boire outre mesure et conduire dangereusement ses voitures. Peut-on espérer qu’un accident nous débarrasse de lui ?
L’équipe qui entoure le Président Trump souhaiterait que la Chine fasse pression sur la Corée du Nord, pour la contraindre à abandonner son programme nucléaire. Compte tenu des relations économiques entre la Chine et les Etats-Unis, c’est un rêve pieux : il n’y a guère de moyens de pression sur la Chine.
Nous sommes en présence de problèmes sans bonne solution. Espérons que nul ne perdra ses nerfs ou la maîtrise de cette crise… 

Il parle d’or, mais pas d’argent…

Publié dans En France
Il  parle d’or, mais pas d’argent…
 
Le 18 mars au matin, Monsieur Macron, un favori des médias pour la prochaine élection présidentielle, annonçait son programme en matière de défense. Comme aurait dit mon grand-père : "il parle d’or mais pas d’argent".
Monsieur Macron entend assumer ses responsabilités, avec un langage martial, citant Foch et de Gaulle : "Ma vision de la France, c’est celle d’une nation… qui a une vocation mondiale. Je refuse la tentation du repli sur le territoire et même sur le continent européen... J’assumerai pleinement mon rôle de chef des armées… et de responsable de la dissuasion". Il entend donc rester dans l’OTAN, maintenir nos liens avec nos alliés, rétablir les conseils de défense franco-allemand, au niveau du président et de la chancelière, conseils tombés hélas en désuétude.
Pour lui, la situation géopolitique mondiale doit tenir compte du caractère imprévisible de l’actuelle administration américaine, d’une Russie agressive, d’une Chine qui veut être respectée en Asie, d’un Moyen-Orient chaotique et d’un terrorisme militarisé. Cela dit, Monsieur Macron n’évoque pas ses fins et buts politiques ou stratégiques au Proche et au Moyen-Orient ou en Afrique. Pourquoi  y engager nos forces ?
Certes, Monsieur Macron veut une défense forte, modernisée, où la dissuasion nucléaire joue une partition clé. Il entend conserver une force opérationnelle de 77  000 hommes. Il serait conscient de l’usure de nos armées : "Elles sont utilisées aux maximum de leurs capacités, nos forces n’ont plus le temps de se reposer ni de s’entraîner… Nous ferons décroître progressivement l’opération Sentinelle en fonction de l’évolution de la menace terroriste." 
Cerise sur le gâteau, Monsieur Macron propose le rétablissement d’un service militaire universel, court, d’un mois, dès que les jeunes Français auront atteint l’âge de 18 ans "pour qu’ils aient l’occasion, même brève, de connaître la vie militaire… pour refonder le lien–nation".
Il convient de rappeler qu’une classe d’âge est de 700 à 800 000 jeunes gens. Il faudrait donc en incorporer 20 000 environ chaque mois : ce serait possible dans des conditions rustiques dans nos camps militaires. Le hic, c’est l’encadrement, au minimum un officier et trois sous-officiers pour 30 recrues. Il conviendrait donc de recruter de 600 à 700 officiers et autour de 2000 à 2200 sous-officiers. Le Monde du 21 mars dernier évoque un coût de 15 milliards d’euros pour la mise en place et de 2 ou 3 milliards annuels pour le fonctionnement. Où trouver cet argent, alors que Monsieur Macron envisage de ne porter le budget de la défense à 2  % du PIB qu’en 2025 ?
Monsieur Macron est-il conscient de l’état de nos forces ? Le général Desportes rappelait récemment que notre défense s’écroule : 40 % des hélicoptères sont indisponibles, les munitions manquent, les immeubles sont mal entretenus, l’entraînement est insuffisant,… etc.
Nos armées n’ont pas besoin de discours, mais d’une thérapie budgétaire de choc.  Comme je l’écrivais il y a trente ans : "les véritables choix stratégiques, c’est dans les budgets militaires qu’ils sont inscrits."

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version