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SALVAN   Jean

SALVAN Jean

Né le 3 mars 1932
Marié (1953) – 5 enfants



Officier, général de corps d'armée


Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr
Ecole d’Etat-Major 
Ecole supérieure de guerre (ESG)

Commandant la IVème Région militaire
Général de corps d’armée (1988)
Représentant français auprès du Commandement Centre-Europe de l’OTAN (1986-1988) 
Commandant de la 1ère Division blindée (1983-1985)
Commandant du 3ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine
Professeur à l’Ecole supérieure de guerre

Membre correspondant du Muséum d’Histoire Naturelle en 1964
Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées de droit public
Professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux (1989-1994) ("Société et Défense") 
Président de l’Union des blessés de la face (les Gueules cassées) (1995-2002)

Ouvrages 
Liban 1978, les Casques bleus de la France (1979) - L’avifaune du Gard et du Vaucluse (1983) -

La paix et la guerre (1992) - Soldat de la guerre, soldat de la paix (2005)

Distinctions
Grand Officier de la Légion d’Honneur
Croix de la Valeur Militaire
Commandeur de l’Ordre du Cèdre du Liban
Croix d’Honneur en or de la Bundeswehr

URL du site internet:

Algérie

Publié dans Devant l'histoire

Algérie - Origine de l'intervention

En ce qui concerne notre conquête de l'Algérie, trop de Français en sont restés aux idées simplistes propagées par Lavisse dans les écoles primaires de la première moitié du XX° siècle. L'annonce de la création d'une Fondation pour la mémoire des combats de d'Algérie, de Tunisie et du Maroc, m'ont incité à rechercher les véritables causes de notre engagement en Afrique du Nord à partir de 1830.

L'Algérie, terme récent
En 1721, le Dictionnaire universel (T.1, p. 821) signalait : "La Barbarie forme la partie de l'Afrique au nord des côtes de la Méditerranée. Du latin Barbaria. La Barbarie a l'Egypte à l'orient, le Bidulgerid et le Mont Atlas au midi, l'Océan ou mer Atlantique au couchant et la Mer Méditerranée au septentrion. La Barbarie est habitée par trois nations différentes : les Barbares ou Africains naturels et originaires du pays, les Arabes et les Turcs".
Ce n'est qu'après la conquête française que le terme d'Algérie fut étendu au territoire actuel. Initialement, l'Algérie, d'après le dictionnaire de Trévoux, c'étaient les environs d'Alger (de l'arabe Al Djezaïr, le port).

Un contentieux ancien
Le contentieux entre Chrétiens et Musulmans en Méditerranée date de longtemps. Chypre est prise par les Arabes en 648-649 ; des coups de main sont conduits contre Cos, Rhodes et la Crète en 653-654 ; Constantinople est attaquée dès 663 ; Malte est prise en 700. Gibraltar est franchi en 711, et débute la progression vers le nord. La Sicile est conquise entre 827 et 902. Marseille est détruite en 848, Arles et la Camargue en 850. La région comprise entre Saint-Tropez et La Garde Freinet est occupée de 889 à 980.
Bien entendu, les chrétiens ripostèrent par des descentes sur les côtes tenues par les Musulmans, sans pouvoir s'’établir durablement sur les côtes africaines ou du Proche-Orient, avant le XIX° siècle, en dehors de Ceuta et Melilla.
Mais on ne peut rien comprendre à l'expédition d'Alger en 1830 sans revenir sur la pratique de la piraterie par les marins du Maghreb du IX au XIX° siècle. Cette piraterie s'exerça essentiellement en Méditerranée, mais également sur les rivages de l'Atlantique : Madère est pillée en 1617 (1200 esclaves capturés) ; l'Islande en 1627 (242 captifs) ; Plymouth en 1650.  De 1609 à 1616, 466 bâtiments britanniques furent pris par les Barbaresques. Il faut rappeler que, du VII° au XIX° siècles, les sociétés musulmanes furent basées sur l'esclavage : les travaux pénibles ou dangereux étaient réservés aux esclaves. La Turquie disposait même d'esclaves d'Etat avec les janissaires ! En 1821, les Barbaresques d'Alger relancèrent la piraterie : ils avaient mal saisi que l'époque avait changé. Le Congrès de Vienne avait condamné l'esclavage et la piraterie. En 1823, la flotte turque fut détruite à Navarin, ce qui laissait Alger à la merci de la première entreprise de débarquement. 

Berbères, Musulmans et la mer
Pourtant, les Berbères maghrébins, comme les premiers Musulmans, issus du désert d'Arabie, avaient peur de la mer et l'on utilisa la religion pour justifier cette crainte. Le marin n'est considéré par l'Islam que comme un rebelle, au mieux comme un pécheur. Deux hadith sont sans appel : "La mer c'est l'enfer et c'est Satan qui règne sur les eaux" ; "Celui qui s'embarque deux fois sur la mer est un Infidèle". La mer pose en effet des problèmes de conscience au musulman intégriste, pour les ablutions, la prière vers la Mecque, le jeûne, l'inhumation des défunts, ... etc. Même si les Turcs furent contraints, pour leurs conquêtes et la défense de leur empire, de disposer d'une marine de guerre, elle ne fut jamais la priorité de sultans, et son histoire, c'est une succession d'essors sans lendemain et de déliquescences. Et il n'y eut pas, avant le XX° siècle, de marine de commerce turque ou musulmane : les commerçants musulmans nolisaient des navires chrétiens pour leur trafic, y compris pour le pèlerinage à la Mecque ! C'est seulement pendant la colonisation que des pêcheurs et des marins de commerce furent formés en Afrique du Nord.

Comment firent-ils ?
Jusqu'au XI° siècle, les navires musulmans furent pilotés par des marins coptes et renégats andalous, grecs, scandinaves ou slaves, grassement payés ; seule la troupe d'abordage ou de débarquement était musulmane. Pour l'expédition contre Chypre en 648, les marins étaient grecs et coptes. Ensuite, les Musulmans affrétèrent des bateaux génois ou catalans, ou utilisèrent des renégats pour créer leurs flottes, leurs arsenaux, pour fonder des communautés aimant la mer et la navigation, en particulier au Maroc, en Tunisie et sur les côtes du Maghreb. Ce n'est qu'à partir de la conversion à l'Islam des riverains du nord de la Méditerranée, Andalous et Catalans surtout, et du golfe arabo-persique, que les marins musulmans devinrent de redoutables pirates en Europe et les maîtres de l'Océan Indien. En dépit des légendes, Sinbad le marin est surtout un commerçant ...
Notons que dès 875 de notre ère, des marins andalous convertis à l'Islam s'installèrent dans l'Algérie actuelle, à Ténès, puis à Oran en 902, et enfin  à Bougie et La Calle. Ces groupes furent constamment renforcés par des apports d'expulsés d'Espagne, ivres de vengeance. C'est cet apport qui relança la piraterie en Méditerranée au XVI° siècle. La plupart des pirates étaient des renégats, comme le nota le Père Dan dès 1635 : "C'est chose assurée que sans leur aide, les infâmes et malheureuses républiques d'Alger, de Tunis, de Salé, de Tripoli ne pourraient maintenir leur piraterie puisque leurs meilleurs hommes de marine, voire même la plupart des corsaires sont des renégats ! Tous ces Barbares ne favorisent personne à l'égal des corsaires, pour ce qu'ils doivent à leurs brigandages tout ce qu'ils ont de munitions, de force et de richesse. Aussi, à vrai dire, sans leur appui, ce serait peu de chose que la Barbarie, vu que les peuples qui l'habitent ne se mêlent presque d'aucun trafic, comme gens fainéants, et qui n'ont point d'industrie à gagner leur vie par un honnête travail".
C'est un renégat hollandais qui apprit aux Musulmans comment traverser le détroit de Gibraltar, et c'est lui qui introduisit à Alger les navires ronds manoeuvrant surtout à la voile. C'est un renégat grec, Mami Raïs, qui introduisit cette innovation à Tripoli. C'est le renégat vénitien Ali Piccinino qui fut l'amiral de la flotte algéroise de 1621 à 1646. Au début du XVIII° siècle, c'est le renégat marseillais Sanson, devenu Mami Semsoun, qui fut l'amiral de cette flotte, ... etc.
Le syndicat des patrons pirates d'Alger (el taïffa el raïs) était le principal contrepoids au Dey ou Pacha d'Alger qui percevait 12% des prises des corsaires : ce qui ne l'incitait pas à mettre fin à ce trafic !

Les divisions européennes
Constamment,  les Européens furent très divisés dans la lutte contre la piraterie en Méditerranée. En particulier, les Hollandais alimentèrent en armement, en munitions, en bateau et agrès les pirates algérois de 1680 à 1711. Suédois et Danois ne furent pas en reste. Les Etats-Unis, en 1792, offrirent au Dey d'Alger une frégate de 36 canons, immédiatement utilisée pour la guerre de course.
Pourtant, dès 1628, Savary de Brèves avait bien vu l'importance de la mer pour briser la puissance turque et barbaresque : "C'est ... par la mer que l'on peut aysément ruiner cette puissance là et non par terre. Il faut premièrement l'attaquer par la mer et que l'armée de terre se garde de combattre, qu'elle n'ayt appris la victoire de la navale qui est inévitable si Dieu, pour nos péchez, n'en vouloit empêcher l'effect ".

La lutte contre la piraterie
Dès 1125, Roger II de Sicile s'installa sur les côtes tunisiennes pour lutter contre les pirates, comme Saint Louis à Tunis en 1270. Les Espagnols prirent Oran en 1509, Bougie et Tripoli en 1510, Alger en 1511, Tunis en 1529. Ils tinrent Tripoli jusqu'en 1551, Bougie jusqu'en 1555, les forts de La Goulette près de Tunis jusqu'en 1574. L'abandon de ces places fortes se fit immédiatement sentir...
Dès 1560, les consuls de Marseille se plaignent à Catherine de Médicis de la prise de navires par les corsaires d'Alger. En 1572, François de Noailles, dans une lettre à Charles IX, évalue le nombre d'esclaves français à Alger à 500. En 1602, une supplique est adressée à Henri IV par les autorités marseillaises pour signaler que "les courses et ravages que cette pauvre ville souffre des Turcs viennent principalement du côté de la Barbarie - les dites courses et ravages des Turcs ne sont pas seulement sur les vaisseaux et marchandises de vos sujets, mais pis est sur les jeunes hommes et petits enfants qu'ils contraignent et forcent par des cruautés inouïes, vraiment barbares, à renoncer au christianisme au grand scandale de la chrétienté".
Il y avait alors près de 600 vaisseaux armés par les Barbaresques qui se livraient à la guerre de course en Méditerranée. Cette activité rapportait gros. Grammont rapporte que le renégat Ali Piccinino possédait 3 000 captifs sur sa flotte et sur ses propriétés, et 5 à 600 dans son bagne particulier d'Alger.
Un décompte des prises amenées à Alger de 1613 à 1622 fait état de 963 navires dont 253 français. Quant aux sujets du Roi tombés en esclavage, ils auraient été de 8 000 pour les villes d'Alger et de Tunis en 1626 (mémoire adressé à Richelieu par le chevalier de Malte Isaac de Razilly). Bono estime qu'il y avait, au début du XVII° siècle, de 20 000 à 25 000 esclaves chrétiens à Alger, 10 000 à Tunis, 4 ou 500 à Tripoli. En 1650, il estimait le nombre d'esclaves chrétiens à Alger à 8 000, 6 000 à Tunis, 1 500 à Tripoli ; 7 000 encore à Alger en 1749. La plupart de ces malheureux étaient utilisés sur les galères des pirates. Jusqu'en 1765, de nombreux renégats furent fournis par les déserteurs espagnols des Presides, et surtout d'Oran (30 000 de 1732 à 1765).

Diplomatie ou canonnière ?
Les tentatives pour régler ces problèmes par la diplomatie, commencées en 1563, n'eurent aucun résultat. En 1571, la bataille de Lépante donna un coup d'arrêt temporaire à la puissance navale turque : 200 vaisseaux sur 230 furent détruits, 20 000 Turcs tués , 15 000 esclaves chrétiens furent libérés. En 1608, Henri IV fit armer une escadre aux ordres de Philippe de Beaulieu-Persac : en juillet 1609, la flotte tunisienne fut détruite en rade de la Goulette. A partir de 1610, la ville de Marseille finança la lutte contre la piraterie barbaresque. Le Capitaine Simon Danser fut chargé d'accompagner les vaisseaux de la ville lors de leurs allers et retours du Levant. En 1616, Marseille confia à un chevalier de Malte, Jacques de Vincheguerre, le commandement de cinq vaisseaux et trois pataches pour courir contre les corsaires de Barbarie. En dépit de ces actions guerrières, le commerce ne cessa jamais entre la Barbarie et Marseille. Finalement, Marseille traita souvent avec la régence d'Alger, laissant de côté la Sublime Porte : d'éphémères traités furent signés en 1628 et 1640.
Le même modèle vaut avec le Maroc : au début du XVII° siècle, la piraterie prit un rapide essor à Salé. Isaac de Razilly mena une première démonstration de force en 1629, puis en 1630 : il obtint la libération de 200 esclaves français. Mais la piraterie, alors, rapportait trop et il fallut sans cesse mener de nouvelles expéditions. En 1635, une nouvelle intervention fut menée par l'archevêque de Bordeaux, Henri d'Escoubleau de Sourdise.
A partir de 1659, grâce à la paix avec l'Espagne, le Roi de France envisagea d'intensifier la lutte et de confier des escadres au chevalier Paul ou au duc de Beaufort. Un débarquement eut lieu à Djidjelli entre Bône et Bougie et il tourna au désastre en 1664. En dépit de cet échec, Tunis en 1665 et Alger en 1666 durent signer des traités, sans grands résultats.
Grâce aux flottes construites par Colbert, à la paix avec l'Espagne, à la fin de la guerre de Hollande, Louis XIV décida une politique de la canonnière : en 1681, des vaisseaux tripolitains furent détruits en rade de Chio. Des attaques furent lancées contre Alger en 1682, 1683, 1688 ; Salé fut bloqué en 1681 ; Tripoli fut attaqué en 1685. Négociations et traités suivirent : Alger en 1684 et 1689 ; Maroc en 1682 ; Tripoli en 1681 et 1685 ; Tunis en 1685.
En fait il s'agissait de trêves : face à la reprise de la guerre de course, Louis XV dut déclarer la guerre à Tripoli en 1728, d'où un nouveau traité en 1729. Après la conquête de la Corse, une escadre royale bombarda Bizerte, Port-Farine et Sousse en 1770.

Déclin de la piraterie et extorsion de fonds
Mais il faut constater, à partir du milieu du XVIII° siècle, que la piraterie ne payait plus face aux mesures prises par les Européens : navires marchands armés, escorte des convois. Simultanément, comme la valeur des esclaves avait considérablement augmenté, on ne les risquait plus sur les bateaux pirates. Il y eut un déclin manifeste de la piraterie de 1750 à 1827.
Tripoli effectua, de 1679 à 1685, 130 sorties de pirates pour 75 prises. De 1766 à 1773, il y eut 44 sorties et 4 prises. Et les sorties devenaient plus dangereuses : en 1750 Tripoli prit 50 navires et en perdit 41. Simultanément, les bey et pacha organisèrent eux mêmes la piraterie publique ou d'Etat.
A Alger, il y eut, de 1764 à 1820, 1 454 sorties de navires pirates : 1 081 furent privées, 373 publiques. De 1816 à 1820, il y eut 29 sorties publiques et 3 privées. Mais cette piraterie publique permettait d'extorquer des tributs aux principales puissances. Par exemple, le pacha de Tripoli reçut, de 1794 à 1797, 320 000 piastres de tributs (soit 1 700 000 francs or). L'Espagne paya 30 000 piastres, Naples 5 000, Venise 23 000, les Etats-Unis 49 000, Raguse 4 000, le Danemark 97 000, la Suède 103 000 !

Qui débarquera le premier ?
On peut donc comprendre l'exaspération des nations européennes. D'autant plus que la décrépitude de l'empire ottoman à partir de 1770  incita nos monarques à participer au dépeçage des possessions ottomanes. 1770, c'est l'écrasement par les Russes de la flotte ottomane à Tchechme.
La monarchie lança des reconnaissances pour un débarquement en force sur la côte algérienne dès le XVIII° siècle, en particulier la mission du baron de Tott et de l'orientaliste Venture de Paradis en 1777-1778. Bonaparte envoya en 1802 un officier d'artillerie, le Capitaine Berge : sous couvert de la remise d'une lettre au Dey, il recensa les fortifications et l'hydrographie autour d'Alger. En 1808, ce fut le chef de Bataillon Boutin, officier du Génie, qui rechercha les points possibles pour un débarquement : il proposa les plages de Sidi Ferruch où nos force mirent pied à terre trente ans plus tard.
En 1816, Lord Exmouth bombarda Alger, y effectua une descente et libéra 1600 captifs. En 1821, la flotte britannique bloqua le port d'Alger.  En 1827, une division de navires de guerre aux ordres du capitaine de vaisseau Collet entama le blocus du port d'Alger pour appuyer les négociations pour faire cesser la piraterie : sans résultat, il fallut se résigner à débarquer en 1830. Les capitaines de frégate Taradel et Dupetit Thouars établirent les plans du débarquement à partir des reconnaissances et rapports du Chef de Bataillon Boutin. 

Tout n'est pas si simple
Cela dit, il faut être conscient que, comme toujours, les torts furent partagés. Face au manque de condamnés pour les galères de Louis XIV, le Roi donna l'ordre d'acheter des esclaves musulmans sur les marchés de Livourne, Gênes et Malte. Entre 1689 et 1693, 1 250 esclaves musulmans furent immatriculés à la chiourme de Toulon. Le cynisme de nos diplomates fut total. En 1670, le marquis de Nointel, envoyé par Louis XIV pour renouveler les traités avec la Porte, écrivit au Roi : "J'ai songé que le renouvellement des capitulations devait comprendre la délivrance des esclaves de part et d'autre et que, par ce moyen, il fallait dépouiller les galères de deux mille Turcs qui font la meilleure partie de la chiourme et qu'ainsi, il serait peut-être à propos d'omettre cet article".
L'Ordre de Malte pratiquait la "contre-course" : il s'agissait de détruire les navires pirates et de capturer des Musulmans pour les échanger contre des captifs chrétiens. Au XVIII° siècle, les chevaliers de Malte firent prisonniers 500 Musulmans par an en moyenne !
En 1718, Alger exigea la libération de 9 esclaves détenus à Marseille. En 1750, une émeute éclata en Crète, quand la population apprit que 8 Crétois étaient mis à la chaîne sur nos galères.

Les vraies raisons de l'intervention française de 1830
Les dirigeants politiques sont parfois des sources plus sûres que des historiens comme Lavisse. Le Prince de Polignac déclara en 1830 à la Chambre, avant le départ de l'expédition  que les buts de cette entreprise étaient : "la destruction de l'esclavage, de la piraterie et des tributs, la sécurité de la navigation, rendre le rivage de cette mer à la production, à la civilisation, au commerce, à la libre fréquentation de toutes les nations"

Conclusion
Cela dit, la piraterie se poursuivit quelques temps après la prise d'Alger. En 1839, un bâtiment de commerce français fut pris par des pirates basés à Cherchell, ce qui entraîna la prise de cette ville par les Français et l'extension de notre colonisation. Des repaires de pirates se maintinrent en particulier sur les côtes du Rif au Maroc jusqu'aux interventions françaises et espagnoles. Mais c'est bien le contentieux entre la France et les pirates algériens qui entraîna l'expédition de 1830 : la Monarchie et l'Empire y songeaient depuis longtemps !

Bibliographie
Arkoun M. : Histoire de l'Islam et des musulmans en France, Albin Michel, 2006
Bennassar B. & L., Les chrétiens d'Allah, l'histoire extraordinaire des renégats, XVI - XVIII° siècles, Perrin, 1989
Bono S.,  I corsari barbareschi, 1964 , Rome
Brèves (Savary de ) Relation du voyage de Monsieur Savary de Brèves et c. 1628, Paris.
Crochet B. & Piouffre G : La guerre d'Algérie, Editions de Lodi , 2007
Dan P. Histoire de la Barbarie et de ses corsaires, 1649, Paris
Dictionnaire universel français et latin, 1721
Différents auteurs : La guerre de course en Méditerranée (1515-1830), Presses de l'université de Paris Sorbonne et Ajaccio, A.Piazzola, 2000
Planhol (Xavier de) L'Islam et la mer - La mosquée et le matelots, Perrin, 2000
Poumarède G., La France et les Barbaresques : police des mers et relations internationales en Méditerranée, Revue d'histoire maritime, 4, 2005
Rouard de Card E.,Traités de la France avec les pays d'Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Tripolitaine, Maroc), Pedone, 1906
Turbet-Delof  G.: l'Afrique barbaresque dans la littérature française au XVI & XVII° siècles, Genève, Droz, 1973

A propos du "Dictionnaire de la colonisation"

Publié dans Devant l'histoire

sous la direction de Claude Liauzu, un "Dictionnaire de la colonisation".
A la lecture de cet ouvrage, il faut se poser la question : est-ce un dictionnaire de la colonisation ou de l'anticolonialisme ?
Trois simples remarques, car le début de la probité intellectuelle, cela consiste à vérifier les sources que l'on utilise. Il est clair que la colonisation, comme toute activité humaine, a eu ses pages noires. N'y a-t-il eu que cela ?

Pour Sétif en mai 1945, peut-on rappeler que l'administrateur en charge de la région de Sétif était Monsieur Benmebarek, père de l'ancien préfet de l'Aveyron - toujours vivant à l'heure actuelle. La population de la région de Sétif comportait, en 1945, soixante trois mille habitants (63 000). Qui peut sérieusement croire qu'un habitant sur trois aurait été massacré ? Les chiffres recensés par Monsieur Benmebarek s'élèvent à  deux mille morts, ce qui est important, mais loin des chiffres fantaisistes du Dictionnaire ou du gouvernement algérien.
Pour Madagascar en 1947, remarque similaire. Jean Frémigacci, maître de conférence à Paris I et Madame Rabearimanana, professeur à l'Université de Tananarive, viennent d'effectuer des recherches pour évaluer sérieusement le chiffre des victimes de ce conflit. La presse française avança souvent le chiffre de quatre-vingt mille (80 000) morts.
Les recherches de ces deux historiens montrent qu'il y eut :
- cent quarante (140) Français et deux mille (2000) Malgaches tués par les insurgés ;
- entre mille (1000) et deux mille (2000) Malgaches tués par les autodéfenses européennes ;
- entre cinq mille (5000) et six mille (6000) insurgés malgaches tués par nos armées.
Y a-t-il eu des milliers de Malgaches à périr dans la brousse ? Je suis passé dans la forêt malgache de 1969 à 1971, j'ai partout été accueilli aimablement, les villages étaient prospères, en particulier autour de Moramanga, haut lieu de la rébellion.

Enfin, pour le Tchad, je crois devoir rappeler que la dernière caravane d'esclaves noirs destinés à l'Arabie saoudite fut interceptée par l'armée française en 1919. Abéché, capitale du Ouaddaï, fut jusqu'en 1911, date de l'arrivée des Français, le principal centre de "fabrication" d'eunuques destinés aux harems turcs et saoudiens. L'opération s'effectuait sur des gamins, jamais volontaires, avec un taux de pertes de 60%.
En quoi la situation au Darfour serait-elle aujourd'hui plus préoccupante que celle qui prévalait en Afrique au XIX° siècle, avec des caravanes d'esclaves capturés par les négriers africains et dirigées vers les ports de l'Atlantique, de la Méditerranée et de la Mer Rouge, à destination de la Turquie et de l'Arabie ? Chacun appréciera.
Général (2° section) J.G. Salvan, ancien d'Algérie, de Madagascar et du Tchad.

L'Histoire, c'est aussi une collection de fautes, de crimes et de tyrans, chez nous comme ailleurs. Louis XIV et le sac du Palatinat, le Terreur, ... etc.
Cela dit, raconter l'Histoire en partie simple, où les Français et les Européens seraient capables d'horreurs que les autres se seraient gardés de commettre, c'est à la fois simpliste et faux.
La colonisation a aujourd'hui mauvaise presse. Je saisis mal comment on peut à la fois vouer aux gémonies la colonisation européenne passée, et prôner aujourd'hui le devoir d'ingérence au Congo ou au Darfour. La situation au Darfour ou en république démocratique du Congo serait-elles pires aujourd'hui que celles qu'Archinard ou Lamy rencontrèrent en Afrique, il y a un ou deux siècles ? J'observe tout d'abord que nul ne se permet de mettre en cause les colonisations musulmanes et turques qui se poursuivirent du VII° au XIX° siècles, jusqu'à ce que nous les arrêtions. Or les Turcs laissèrent de forts mauvais souvenirs au Liban, en Syrie et en Jordanie ; relisez Lawrence d'Arabie et les Sept Piliers de la Sagesse !
Comme mon ami l'ambassadeur de Coignac, je crois que la colonisation européenne fut le moins mauvais moyen que l'on ait trouvé pour partager les techniques et les richesses, pour faire évoluer les mentalités et pour arrêter d'intolérables abus. En Amérique latine, dans le Pacifique, en Afrique, la colonisation a permis d'arrêter les sacrifices humains : un cas de cannibalisme en AOF fut encore jugé en 1952. Je voudrais insister sur le problème de l'esclavage, remis à la mode par Madame Taubira, Dieudonné et leurs compères. Après la malheureuse expédition menée à Haïti de 1791 à 1803, par les troupes de la Révolution et de Bonaparte, pour tenter d'y maintenir notre domination et l'esclavage, à partir de 1830, nos armées ont lutté contre la traite négrière, en particulier en Afrique, et notre pays a interdit l'esclavage à partir de 1848. Quel Etat musulman en fit autant ? Quel auteur musulman ou africain critiqua colonisation et esclavage avant le XX° siècle ?
Rappelons que l'on estime que, du XV° au XIX° siècle, environ 40 millions d'Africains furent capturés par des négriers noirs ou musulmans. 11 millions furent vendus sur les côtes de l'Atlantique aux négriers européens et déportés aux Amériques. 17 millions furent vendus en Afrique du Nord et au Proche-Orient par les négriers musulmans. 12 millions furent vendus en Afrique noire. (O. Pétré-Grenouilleau : Traites négrières, 2004. Le piège des mémoires antagonistes, professeur G. Meynier, Le Monde du 12 mai 2005)
L'expédition d'Alger en 1830 mit fin à la piraterie en Méditerranée et permit de libérer 30 000 esclaves. Les livres scolaires en Afrique présentent Béhanzin, Samory, Rabah comme des résistants, alors qu'ils furent aussi des négriers. Nos troupes coloniales arrêtèrent la traite négrière en Afrique occidentale et centrale à partir de 1875 avec Savorgnan de Brazza. Oui, il fallut recourir à la force.
En 1911, deux ans après notre arrivée à Abéché, au Ouaddaï, dans l'Est du Tchad actuel, voici ce qu'écrivait le commandant Hilaire, futur général : "A la base de l'organisation sociale ouadaienne, sa pierre angulaire, était encore en 1911 l'esclavage, la captivité de case, c'est-à-dire la domesticité à vie, faisant partie des biens de famille et en constituant même l'article essentiel. Cet esclavage constituait l'unique main-d'oeuvre du pays. La captivité de case, familiale, héréditaire et inaliénable, n'avait rien de barbare, de cruel. Il en allait, hélas, tout autrement de la traite extérieure, qui avait constitué, jusqu'à notre conquête, le principal trafic d'exportation du Ouaddaï, vente intensive d'esclaves jeunes ou adultes, des deux sexes - et même, hélas, si je puis dire - d'un troisième, l'eunuchat, le mieux payé. L'atroce mutilation se pratiquait en grand - c'était l'occasion de grandes fêtes - avec une révoltante sauvagerie, sur de malheureux enfants résignés, au prix d'une mortalité de 60 %. Un captif, sous les anciens sultans, se vendait couramment pour un fusil Gras, Martini ou Remington, soit 40 francs. Et, à la côte, l'esclave, lorsqu'il y arrivait, était revendu suivant l'âge, le sexe, la force, la beauté, de 200 à 500 francs or. Les jeunes eunuques, qui faisaient prime pour les harems de Turquie, dépassaient notablement ces prix. Il va de soi que nous arrêtâmes net cette traite extérieure. Il suffit de rigoureux exemples sur des négriers obstinés pour y mettre un terme rapide et définitif. Quant à l'esclavage de case, nous arrivâmes patiemment, à la longue, c'est-à-dire au bout de cinq ou six années d'occupation, à le supprimer".
(Du Congo au Nil, par le général Jean Hilaire, ASCG Marseille 1930)
Le commandant Hilaire se trompait : les troupes françaises interceptèrent au Tchad en 1919 le dernier convoi d'esclaves destinés à l'Arabie.

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