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SAROCCHI Jean

SAROCCHI Jean

Né en 1933
Veuf – sans enfants


Professeur honoraire à l'Université de Toulouse



Doctorat d'Etat (La Sorbonne).
     "Albert Camus et la recherche du père".

Agrégation de Lettres classiques.
CAPES (Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement Supérieur)
Diplôme d'études supérieures
     "Socrate et Montaigne"

Licence de philosophie.


Maître de conférences à l'Université de Tunis.
Maître-assistant à l'Université de Strasbourg.
Professeur de philosophie, français, latin, grec (Oran).

Ouvrages
Julien Benda, portrait d'un intellectuel
Albert Camus et la recherche du père (thèse éditée)
Albert Camus philosophe
Le dernier Camus ou le Premier Homme
Variations Camus
Camus le juste ?
Versions Proust
Giono de père en fils
Rabelais et l'instance paternelle
La Colère
Pourquoi pas ?
in the Summer Time (roman)

URL du site internet:

Taoïstes ou voltairiens ?

Publié dans A tout un chacun
Lie-tseu rapporte l’anecdote d’un prince feudataire chinois qui, prié de prouver sa force par le roi Siuan de Tcheou, se dit capable de briser une cuisse de sauterelle ou de porter les ailes d’une cigale.
Nos médiacres sont taillés (je crois, j’espère) sur ce modèle : taoïstes de subtil exercice. Presse écrite, bulletins de radio ces dernières semaines ont donné lieu (il s’agissait des élections européennes puis de l’affaire Bygmalion) à une logorrhée de débats superlativement creuse, à une inflation exceptionnelle de caquetages, à une énurésie de stéréotypes. J’entendais notamment sur nos chaînes publiques parler de la "Démocratie" par des êtres dont le zèle pour cette grande Dame semblait dû à l’application sur leurs génitoires  cérébrales d’un vibro-masseur idéologique. Des heures et des heures d’émission, des pages et des pages de journaux étaient dévolues par ces démocrates à s’interroger sur la victoire "nauséabonde" (sic) de Marine Le Pen, sur les chances ou non de Sarkozy de s’en tirer puis de tirer la France du cul-de-sac où la fourre son actuel catastrophique président, etc.
 
Il y a, en ce juin, pire. L’approche du "Mondial "de foot produit dans les mass media une incontinence de puérilités, un débordement de niaiseries plus désastreux sur le plan mental  que sur le pays bigourdan la grande crue 2013 de la Garonne. Ainsi ne tarit-on pas (c’est un exemple) de considérations angoissées sur le cas de la "mégastar" Ribery. Ira-t-il à Rio ? Autour de lui, plus exactement de son rachis, s’épaissit chaque jour le "mystère" ; le "staff" des Bleus s’inquiète ; certes son hématome du nerf fessier a été opéré avec succès, certes il peut kiffer, certes il peut beugler "pep pep pep", certes il évacue son spleen sur le jeu "Call of duty" ; mais le tabloïd Bald lui inflige une mauvaise note et l’on craint qu’il n’ait "un coup de mou dans la tête" (allusion insidieuse à sa conversion à l’Islam ?).
…. N’insistons pas. L’hypothèse où les journalistes, politiques ou sportifs, prendraient au sérieux de tels pipis gouttant de leur vessie mentale doit être rejetée : elle signifierait une grave infection, une cystite pour le moins de l’organe pensant. Je les soupçonne d’être des Lie-tseu de la presse, qui nous lâchent des giclées de balivernes comme faisait par moquerie le prince feudataire chinois.
Taoïstes ? Ou seulement voltairiens, qui servent à la racaille (lecteurs du Monde  etc. auditeurs d’Europe 1,… etc. ) une miction de déchets informatifs et se réservent, égoïstes et gourmands, la dégustation des nouvelles et des commentaires dignes d’intérêt ?

J’informe la planète que mon transit intestinal, en ce juin 2014, est satisfaisant.

Un cas de 'beatise'

Publié dans A tout un chacun
Ce vendredi matin 25 avril un jeune homme me tend, place du Capitole, avec de prestes vœux de "bon week- end", le journal "Metronews", dont les "news" sont niaises à souhait, il le faut.
Aussi le feuilleté-je si je puis dire au pas de course, mais mon œil est attiré en page 4 par le titre Rome béat devant ses papes, qu’illustre une photo composite où l’on voit Jean XXIII, Jean-Paul II et on le devine Benoît XVI. Mais il y a en sus un intrus, une sorte de Taubira mâle, au premier plan, comme un bourbillon en voie d’obombrer de son ironique noirceur les "deux papes" (je cite) "en voie de sanctification".
S’ensuit un article décemment bâclé comme il s’en fait jour après jour j’imagine des millions de par le monde et même Le Monde, mais ce qui n’a pas été bâclé c’est comme pour servir de base à cette actualité religieuse le fait divers judicieusement choisi d’ "un pèlerin tué par une croix du Christ". "Cela ressemble", note le jubilant chroniqueur, "à un châtiment divin. Un jeune pèlerin de 20 ans est mort hier écrasé dans l’effondrement d’une croix du Christ de plus de 30 mètres. Cruelle ironie /…/". Ce chroniqueur se gardera, soyez sûrs, de signaler d’autres cas de "cruelle ironie", en Syrie par exemple où des jeunes chrétiens parce que réfractaires à la "shahada" sont crucifiés, selon le témoignage de sœur Raghid, par les héros du Djihad.

Que conclure de tout cela ? Evidemment que la croix ne peut rien contre la cruauté, que les papes sont de grands imposteurs, que le grand cirque du Vatican pontifical ne mérite que dérision, mais … voici les news du jour, et … "bon week-end". Ah ! Ici, mon pote, je m’insurge. Pas de ouiquinde pour moi, le sabbat, le dimanche. C’est un dimanche, ce dimanche dit de la Miséricorde, que sont canonisés Jean XXIII et Jean-Paul II.
Guido Ceronetti (au reste fort peu papiste) : "Le sabbat est le fils de la sagesse, le week-end l’enfant du désespoir". Le même, dans un beau texte intitulé Mort de la prière, où la 'béatise' assiégeante, embastillante des médias dont "Metronews" est une émanation parmi d’autres est clouée sur la croix d’un lumineux diagnostic, écrit ceci : "Dans l’air s’agitent des mots en quantité épouvantable, et ce sont tous des mots d’épouvante, qui assaillent l’homme, qui nous désagrègent : mêlés à ces mots, il y en a aussi d’autres, venus des psaumes, emprisonnés dans cette foule de sons homicides comme le Christ porte-croix de Bosch, irradiant /…/".
Quant aux news … Je relève, en vrac : les bonheurs du festival de Bourges où the Strypes ont donné une leçon de rock, où Carbon Airways a produit un électro choc ; l’heure imminente de la finale pour le "Bachelor", où s’affrontent, subjuguées par le mec Paul, ("physiquement super canon !"), la douce Elodie et Alix la piquante (non ! c’est l’inverse). Et quoi encore ? N’en jetez plus.
Quant aux béatifiés du Vatican, on s’en torche. La béatise bat son plein. Na !
"Quand je veux savoir les dernières news" (non, nouvelles), écrivait Léon Bloy, "je lis saint Paul".

Camus antichrétien ?

Publié dans Au delà
Citant Onfray dans ma précédente chronique – "Camus le païen, l’antichrétien, le nietzschéen, l’hédoniste" - je commentais : quatre épithètes, quatre inexactitudes grossières. C’est "l’antichrétien" que je conteste aujourd’hui, l’actualité nous invitant à déplorer les hénaurmes sottises que lâche sur ce sujet un ministre faussement appelé de l’éducation.
Je discerne en Michel Onfray un catholique refoulé qui refile à Camus, au prix de le lire avec une méticuleuse inattention, les clichés antichrétiens les plus grossiers, les plus éculés, dont la redondance dans les cinq cents pages et quelques de son Ordre libertaire a quelque chose de pathétique et de désopilant. Aura-t-il donc oublié les semonces de Zarathoustra contre l’esprit de lourdeur ? Son affirmation que les pensées décisives sont comme portées sur des pattes de colombe ? Certes Nietzsche philosophe "au marteau" - et parfois, notamment dans L’Antéchrist, son marteau n’écrase que les mouches de sa vision troublée - mais il avait horreur de cette race d’esprit qui ne possède aucun doigté pour la nuance, et il n’était, lui, ni "de gauche", ni gauche. (Dois-je souligner qu’un nietzschéen "de gauche" n’existe pas plus que l’hircocerf des scolastiques, dois-je démontrer que Camus, quand il est "de gauche" n’est pas nietzschéen, quand il est nietzschéen n’est pas "de gauche" ?).                      

La relation de Camus au Christ, au christianisme, au catholicisme (ces distinguo sont nécessaires) n’est pas simple. Même dans la longue période de sa vie d’écrivain (disons : entre 1936 et 1948) où il se prononce manifestement contre, Pascal ne laisse pas d’être pour lui un grand ascendant, et il lui arrive de reprocher à son ami de Fréminville des propos désinvoltes sur le recours à Dieu de l’auteur des Pensées. Puis, dans (environ) les douze années consécutives tout ce qu’il écrit contre le Pape et l’institution ecclésiale a été filtré, subrepticement nuancé par la lecture bouleversante de Simone Weil, elle-même très critique à l’endroit de l’Eglise mais accueillante à ses principaux dogmes et à ses sacrements. Il est très remarquable que dans un ouvrage qui fait pourtant la part belle à l’anarcho-syndicalisme dont celle-ci était fort proche Onfray ne la mentionne que trois fois et de façon très anodine. Mais il est encore plus frappant que, non content de s’être fermé à l’évidence que La Chute est une variation sur le péché originel il ait scotomisé tous les derniers textes et les dernières confidences de Camus qui dénotent une évolution indubitable vers le christianisme.

En 1953 Camus écrivait dans ses Carnets : "Je demande une seule chose, et je la demande humblement, bien que je sache qu’elle est exorbitante : être lu avec attention". Onfray se flatte d’avoir été un lecteur attentif. Il ne l’a pas été, et doublement : d’abord par utiliser une loupe grossissante et déformante qui donne valeur excessive à l’écrivain politique au détriment de l’artiste et confère l’exemplarité d’une vie philosophique à une existence chahutée, cahotée, voire chaotique ; ensuite et surtout parce que le mauvais œil du ressentiment lui a interdit de discerner les prodromes puis le tropisme chrétiens d’une œuvre qui, les eût-elle éliminés, en serait raplatie, unidimensionnelle.
"Toutes les chances d’erreur – pire de mauvais goût, de facilité vulgaire sont avec celui qui hait", il est navrant, ou comique, de penser que ce mot testamentaire de Valéry se vérifie dans cet ouvrage de piété, presque de bigoterie, qu’est L’Ordre libertaire.  Etre un calotin de Camus, soit, pourvu qu’on ne se fasse pas un "curé laïque" bêtement enragé contre la calotte. (Puis-je au moins dédier à Michel Onfray l’indication "mit Dämpfung" que, pianiste nietzschéen, je trouve bissée, trissée dans l’opus 11 de Schönberg  – et "martellato" seulement une fois ?). (Ou lui recommander, s’il prétend philosopher contre l’Eglise "au marteau", de n’utiliser que le petit marteau de pollen du lys blanc ?).
Je renvoie, sur la question de Camus antichrétien, à mon article paru dans le numéro 37 de la revue Képhas, repris dans Camus philosophe  L’enfant et la mort (Ovadia,  2014).

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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