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SAROCCHI Jean

SAROCCHI Jean

Né en 1933
Veuf – sans enfants


Professeur honoraire à l'Université de Toulouse



Doctorat d'Etat (La Sorbonne).
     "Albert Camus et la recherche du père".

Agrégation de Lettres classiques.
CAPES (Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement Supérieur)
Diplôme d'études supérieures
     "Socrate et Montaigne"

Licence de philosophie.


Maître de conférences à l'Université de Tunis.
Maître-assistant à l'Université de Strasbourg.
Professeur de philosophie, français, latin, grec (Oran).

Ouvrages
Julien Benda, portrait d'un intellectuel
Albert Camus et la recherche du père (thèse éditée)
Albert Camus philosophe
Le dernier Camus ou le Premier Homme
Variations Camus
Camus le juste ?
Versions Proust
Giono de père en fils
Rabelais et l'instance paternelle
La Colère
Pourquoi pas ?
in the Summer Time (roman)

URL du site internet:

Camus selon Onfray

Publié dans Au delà
Camus et Plotin/Augustin selon Michel Onfray

Onfray est un apôtre zélé de Camus, et l’on ne peut que s’en réjouir. Mais son zèle l’emportant jusqu’à la frénésie il est opportun de souligner que, par distraction, désinvolture ou dérive mentale (menteuse ?), il lui arrive de se tromper. Je reprends, en cette période sinistrement électorale qui fait de l’actualité une sorte de Cloaca Maxima, des réflexions esquissées au colloque d’Evora, en novembre 2013. L’actualité sérieuse, la seule qui vaille qu’on s’y intéresse, commence avec l’ère chrétienne. (Je laisse résonner en mon for intime ce mot lumineux de Bloy : "Quand je veux savoir les dernières nouvelles, je lis saint Paul").

Quelques pages, dans Camus libertaire, sont dévolues au diplôme d’études supérieures de Camus, Métaphysique chrétienne et néoplatonisme. Elles comportent de si grossières inexactitudes, si ce ne sont des mensonges calibrés, qu’on en reste pantois. (En 2013 Michael Parayre fait paraître Michel Onfray une imposture intellectuelle, cependant que Serge Tribolet déjà, dans son livre Plotin et Lacan, tenait Onfray  pour un militant camouflé en faux philosophe).
J’examine donc les pages 179 à 184 de l’ouvrage. Titre : Plotinien, donc communiste. Déduction aberrante. Quel en est le spécieux argument ? Camus entre au Parti à l’instigation de son ami Claude de Fréminville dans le temps qu’il lit les Ennéades (ou au moins des travaux érudits sur les Ennéades). Or Plotin voulait fonder à l’instar de Platon une cité idéale qu’il eût appelée Platonopolis. Cette Platonopolis, rêvée sinon réalisée, voilà l’argument de Michel Onfray. O combien spécieux ! Nul moins communiste, par tout ce qu’on sait de lui, que Plotin, nulle cité en sa conception moins communiste que sa Platonopolis : fils de famille dans son Egypte natale, à Rome vivant chez Gémina, épouse puis veuve de l’empereur Trébonien, familier d’un autre empereur, Gallien, et de sa femme Salonine, ayant pour auditeurs de ses cours des médecins, des hommes d’affaires, des sénateurs, n’ayant pour la foule des travailleurs manuels que mépris (1) il est patent que sa cité idéale eût été exclusivement aristocratique, la plèbe n’y étant admise que pour les services domestiques.
Puis sont énumérées vingt-et-une "thèses" des Ennéades "séduisantes", selon Onfray, pour Camus. C’est exact pour quelques-unes d’entre elles, faux ou douteux pour la plupart ; nombre d’entre elles déformées ou même falsifiées. Deux exemples suffiront : "le plaisir réside dans l’ataraxie totale" : total contre-sens et sur la pensée plotinienne et sur la libido camusienne. Etre heureux ce serait "posséder la vie des sens et raisonner correctement" (2) : mais pour Plotin le bonheur ne se trouve nullement dans la vie des sens et le raisonner – to logistikon – est le plus bas degré de la performance intellectuelle ; quant à imaginer que là serait pour Camus le bonheur, quelle galéjade ! 
Echappons à ces simplifications trompeuses. L’auteur de L’Ordre libertaire ne présente un Camus fervent de Plotin que pour souligner son allergie à Augustin. La réalité, pour autant qu’elle s’inscrive dans les textes, est beaucoup plus complexe. Dans une lettre de fin 1934 ou début 1935 Camus sermonne son ami de Fréminville : "Je pense tout d’un coup au divertissement pascalien. Non, Pascal ne se divertit pas avec Dieu. C’est une phrase. Et, au pis-aller, mieux vaut se divertir avec Dieu qu’avec le Bien ou l’Idée pure. Ne tourne pas si résolument le dos à tout ce qui ressemble à du divin". Le Dieu de Pascal est le Dieu d’Augustin – cela ne fait nul doute – et l’on dirait qu’ici Camus disqualifie les grandes notions du néo-platonisme. Mais par ailleurs Pascal et Plotin sont loin d’être incompatibles, comme en témoigne cette remarque du Diplôme  - "En une certaine mesure la Raison plotinienne est déjà le cœur de Pascal" - et comme on peut l’inférer d’un texte de 1933 (Camus est en hypokhâgne) dont l’exergue est emprunté aux Pensées, où Claudel est mentionné comme un "maniaque de l’Unité" et où se trouve citée  l’Ennéade I, 6 (Du Beau ) à propos de l’architecture de la maison mauresque : "l’être extérieur de la maison /…./ n’est que l’idée intérieure, divisée selon la masse extérieure de la matière et manifestant dans la multiplicité son être indivisible". L’art dans la communion  respire Plotin sur le mode approbatif par le vœu d’unité qui s’y affirme et sur le mode déceptif par l’aveu final d’un échec à la réaliser dans l’ordinaire d’une expérience sensible et intellectuelle condamnée écrit-il aux "dualités".  Bref, plotinisme et augustinisme sont, à l’époque du mémoire d’études supérieures, fort loin de s’opposer.
Et Noces, qui à l’évidence est un exercice de polémiste lyrique contre Augustin, l’est aussi, n’en déplaise à Onfray, contre Plotin. Il faut avoir la berlue pour ne s’en rendre pas compte. A preuve tout l’essai ! Et plus précisément l’alinéa qui mentionne Plotin : "Et sans doute cela ne peut suffire. Mais à cette patrie de l’âme tout aspire à certaines minutes. "Oui, c’est là-bas qu’il nous faut retourner". Cette union que souhaitait Plotin, quoi d’étrange à la retrouver sur la terre ?" Autant dire, poliment mais fermement : "cause toujours" - c’est le titre d’un film – ou (titre d’un autre film) : "cause toujours, tu m’intéresses".
Sauf votre respect, cher Michel Onfray, c’est cela qu’il convient de vous dire, quand vous parlez de Camus et de Plotin et/ou Augustin : "cause toujours", "cause toujours, tu m’intéresses". On peut lire, avant le titre aberrant plotinien, donc communiste : "Camus le païen, l’antichrétien, le nietzschéen, l’hédoniste", quatre épithètes, quatre inexactitudes grossières. Doit-on se mettre en quatre pour les redresser ?
      
(1) Ennéade II, 9.
(2) On lit bien, dans l’Ennéade I, 4 ("Du Bonheur"), "l’homme a la vie complète quand il possède non seulement la vie des sens, mais la faculté de raisonner" mais Plotin continue : "et l’intelligence véritable" ;  en scotomisant ce membre de phrase Onfray élimine, consciemment ou non, la perspective plotinienne des degrés ascendants et de l’accomplissement de soi dans un mouvement de transcendance par-delà et les sens et le  raisonner.

L’albesse blonde (Caroline Fourest)

Publié dans Du côté des élites

"C’était une furie blonde, et de plus une harpie : elle en avait l’effronterie, la méchanceté, la fourbe et la violence" (Saint-Simon)
Si par un accident presque aussi improbable que la rencontre sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie Caroline Fourest venait à lire cette "Brève" qu’en ma considération pour elle je fais un peu longue, qu’elle veuille bien me pardonner. Je ne l’étrille qu’à cause de la malchance qu’elle a de porter le même nom que l’auteur facétieux de La Négresse Blonde, et par manière de divertissement. Il eût été convenable d’intituler cette esquisse 'la Blanchesse' ou 'la Pâlesse' ou 'l’Albesse' Noire. Mais à l’évidence C.F. n’est pas noire du tout, autant que 'Wikipedia' la donne à voir elle est albe, pâle, blanche à souhait ; sa blondeur, quoique fanée, ne fait pas de doute. Sa physionomie rappelle celle de l’inquiétante Vierge prédatrice qui effraya Huysmans au porche de la basilique du Rosaire à Lourdes.
Caroline Fourest fut jusqu’à l’âge de quatorze ans formée ou déformée dans un collège catholique. Je suis persuadé qu’après quelques décennies de divagations coléreuses elle se repentira, fera une confession générale, retrouvera la délicieuse fillette que je suis persuadé qu’elle fut. Cette Maud Gonne (je dis bien Gonne, avec un G) – référence à Yeats et l’Irlande  – se calmera, reprendra ses esprits, cessera de s’imaginer nécessaire à la réfection de cette "Gauche" dont elle a le mérite après Albert Camus de noter la déchéance (mais à la différence de celui-ci la naïveté d’espérer la rédemption), renoncera à se démener sur les estrades foraines et dans les défilés de rue, pliera les genoux devant le Saint-Sacrement, se taira enfin se taira ! pour le plus grand bien de la collectivité nationale et de l’espèce pensante. Cette prophétie n’est pas trop hasardée : "Internet" me donne d’elle une photo bouleversante où la pasionaria, déposé le masque de harpie, se montre dans l’ovale d’un visage aux traits paisibles et la vérité d’une pieuse et honnête jeune fille que l’on coifferait volontiers d’une cornette de nonne.
… Alors (si ma prophétie se réalise) elle saura ce qu’elle sait déjà au tréfonds de son être mais qu’elle camoufle sous un badigeon de réclames politiciennes, qu’une heure à prier lui serait plus profitable et à la planète que trois cents pages d’un bouquin truffé de vieux clichés. Alors (si ma prophétie…) elle comprendra que l’égalité telle que l’entendent les grenouilles laïques est l’iniquité même, un rouleau compresseur écrasant les différences donc annihilant la justice qui exige un ménagement délicat, subtil, astucieux des inégalités inévitables, en sorte que si par exemple on a l’infortune de n’être attiré sexuellement que par des personnes du même sexe il serait illicite de prétendre que l’on ait dans cette condition les mêmes droits (rationnels) au mariage et (fantastiques) à l’enfant que les couples constitués selon la règle commune d’un homme et d’une femme. Elle réapprendra par ailleurs son Histoire d’écolière, vérifiera que la devise républicaine, fondatrice de la France moderne et contemporaine, en ce qui touche à l’égalité n’a jamais eu, hormis la solennelle abolition le jour de la saint Jean-Marie Vianney des privilèges nobiliaires, la moindre application effective.

J’ignorais jusqu’à peu qu’il existât une C.F. Un entrefilet, dans un mensuel mal pensant, m’a révélé qu’elle accusait la France vichyssoise d’avoir exterminé 6 millions de Juifs. Six millions, diable ! On sait que le nombre de victimes juives fait l’objet d’un récurrent procès en révision. Entre les négasionistes comme on dit et les mégasionistes je ne balance pas. Une telle horreur devrait interdire les traits d’esprit. Mais, s’agissant de C.F. et de cette fascinante bourde – car "6 millions", c’est le chiffre extrême, comparable à celui des koulaks massacrés sous Staline par la Russie léniniste, que l’on impute à la rage hitlérienne sur tout le continent – je me rappelai ce banquet des anciens du lycée Lamoricière où l’un de mes commensaux, accueillant sans sourciller le chiffre de 3 000 victimes pour le pogrom du 5 juillet 1962 à Oran, me rétorqua, cependant que je lui susurrais que c’était tout de même un tantinet trop, qu’on a toujours avantage à d’abord exagérer. J’avais, environ deux lustres plus tôt, négocié à Kairouan l’achat d’un tapis de haute lice, le duel d’évaluation entre le vendeur qui exagérait dans un sens et moi dans l’autre mais ni moi ni lui ne passant la mesure s’était terminé à l’agrément de l’un et de l’autre : deux vainqueurs ! Serait-ce pas l’idéal dans toute confrontation, qu’elle soit savante, sportive, militaire ou syndicale ?
Ces "6 millions" risquent de coûter cher à C.F. Du moins confirment-ils le jugement que, selon l’article de "Wikipédia", toutes sortes de gens, çà et là, portent sur elle, l’accusant de multiplier erreurs et mensonges : n’a-t-elle pas été récemment condamnée pour complicité de diffamation ? Je serais porté, moi, à une relative indulgence : ce chiffre évidemment erroné relève d’une rhétorique de l’hyperbole ; elle eût lâché aussi bien "60 millions" si elle ne sentait pas d’instinct que l’hyperbole même ne peut passer certaine limite que fixent des données objectives (il n’y avait pas au temps d’Hitler 60 millions de Juifs dans le monde). J’essaie de la comprendre : il y a dans sa tête turbulente une suppuration de haines et une passion d’incriminer. Il faut à tout prix, au plus haut prix, fût-ce à un prix exorbitant, rendre la France détestable, infecter les Français d’une incurable culpabilité pétainiste, catholique et coloniale.

Inspectons le fond du pot. (Ce pot dont une héroïne de Proust, lesbienne déjà de choc, disait à sa compagne : "je vais te casser le pot"). La haine de Caroline, qu’on peut synthétiser en haine du Fascisme, cet avatar bon chic bon genre de Satan, dont les sept "esprits", pour parodier l’Apocalypse, sont racisme, antisémitisme, machisme, islamophobie, homophobie, misogynie, pédophilie, est en vérité, je le soupçonne, une haine de soi : elle hait la femme qu’elle est, l’amante d’un homme vraiment viril qu’elle aurait pu être,  l’épouse, la mère qu’elle aurait pu être, la catholique, la française qu’elle ne laisse pas d’être ; elle hait sa tignasse raide comme ses principes dont la blondeur rappelle le cuivre des lèchefrites, son visage trop anguleux et vierge de spiritualité, sa carence patente de vertus d’écrivaine, la médiocrité de ses arguments en faveur de la démocratie et de la gaycratie ; elle hait enfin le fanatisme, l’intégrisme homosexuel dont elle s’est vêtue comme d’une camisole de force. Bref, elle hait son propre Fascisme, si évident quand on la voit sur des clichés imparables serrer de près serrée de près d’autres forçats femelles en état de combustion vaginale et d’éréthisme militant.

Albesse blonde, Albesse de Casse-pot, vous me faites peur. J’avais connu, dans mes vertes années, une autre Caroline, celle du Mariage secret, opéra dont je suis sûr que vous ignorez, Albesse, qu’il avait enchanté l’auteur d’Henry Brulard lequel ne se remettait pas d’avoir perdu très tôt sa mère elle-même prénommée Caroline. Vous m’effrayez, Caroline : à quel point l’obsession fanatique du féminisme peut altérer, défaire, faner, détruire, en un être féminin la féminité ! Quel accident de puberté vous a donc infligé cette danse de saint-guy permanente, cette chorée, cette logorrhée ?
Albesse de Casse-Pot, vous me faites peur. J’apprends, par "Wikipédia", que vous défendez mordicus, morbleu, "les libertés individuelles contre toute idéologie dogmatique, liberticide, essentialiste, raciste ou intégriste". Ah ! Tombant sous le coup de ces imprécations je passe aux aveux : ne suis-je pas en effet un idéologue "dogmatique" (je récite chaque dimanche le Credo nicéen), "liberticide" (je priverais Caroline, si je le pouvais, de la liberté d’infester l’espace public de ses anathèmes), "essentialiste" (je crois à l’hypocheimenon d’Aristote et qu’il m’est essentiel d’être homme, essentiel à Caroline d’être femme,), "raciste" (je préfère, blond aux yeux bleus, les brunes ou noires aux albesses et je suis donc  pour les discriminations), "intégriste" (disciple de saint Paul je veux maintenir intact le dépôt de la foi et j’aime les hymnes latines) ?  Alors, quelle chance aurais-je d’en réchapper, ogresse blonde "assise, toute nue, sur une peau de kanguroo, dans l’île de Tamamourou", si je  tombais sous tes dents démocrates et cannibales ? Albesse, je t’apporte ici mon cœur et ma cervelle aussi, va bâfre tout….

"La société  … un enfer de sauveurs". Nous ne voulons pas de l’infernal salut de l’Albesse blonde. Elle continue la tradition usée, éculée, épuisée de ce Tchernychevski dont l’inepte roman Que faire ? qui secoua Lénine, inspira à l’humoriste Rozanov la spirituelle réponse : "que faire ?" ramasser des baies en saison, en faire des confitures, l’hiver les savourer en buvant du thé vert. Oui, comme on les aime, ces êtres qui se dispensent de pratiquer l’amour du "Prochoix " (1) et se rendent précieux par ne s’agiter pas ! Il y eut jadis un agité du bocal qui se piquait de secourir les colonisés ou les prolétaires. Il y a aujourd’hui des agitées du boxon. Lesbiennes ? On le veut croire. Mais ça ne leur va guère si l’on en juge à leur vibrionisme. Imaginez-vous Saphô dans ces transes mentales ? Caroline, je vous croirais lesbienne en vérité, en volupté, si l’art des caresses profondes vous avait rendue sereine, séduisante, et dotée d’un style. C’est "l’âpre stérilité de votre jouissance" qui vous rejette dans une agitation de majorette et une prose de supérette. Où l’érotique échoue arde la politique. Mais vous ne guérirez pas la "Gauche" : on guérit d’un cancer, on ne guérit pas un cancer. Vous ne guérirez pas la "démocratie" : celle-ci est aujourd’hui incurable. C’est vous-même, Caroline, fleur fanée de jeune fille, qu’il importe de guérir.
… Chère Lesbienne,  que ne te nommes-tu Lesbie ! Je t’aurais offert un moineau avec un petit poème de Tibulle. Mais puisque tu te nommes Caroline je ne me contenterai pas, en guise d’envoi, de rappeler combien la Caroline de Cimarosa, qui enchanta Stendhal, est de ces créatures d’opéra qui par la magie de la voix libèrent en tout individu capable d’écoute les harmoniques de la note intime la plus exquise. Une autre Caroline, hier découverte dans le Figaro, me paraît jouir d’une de ces libertés individuelles qui ne s’épuisent pas en agitations et proférations stériles mais obtiennent dans la patience d’un honnête labeur de ces choses qui enchantent la vie humblement quotidienne : Caroline de Marchi ne travaille pas des concepts froissés, fripés, foireux ("gauche", "laïcité", "égalité", "démocratie"), mais des réalités sensibles, les cuirs, qu’elle élève, à l’école d’un artisan génois, à la dignité de petites œuvres d’art  pour la joie des femmes qui n’ont pas honte de se croire des femmes.


Note conjointe
Caroline Fourest a déjà beaucoup publié. Elle publiera beaucoup encore. La lire est une pénitence que je ne m’inflige, persuadé que sa prose, à l’instar de sa gesticulation, s’enlise dans les sables mouvants de l’actualité merdigère, que sa seule chance de bien écrire eût été d’ajouter un essai ou un roman à la littérature ( il est vrai trop copieuse et déjà obsolète) des femmes analysant leurs sensations vaginales et/ou clitoridiennes. Ce qui m’a poussé (comme on pousse, chez le Duc de Saint-Simon, une selle) à tenter, avec elle pour matière, cet exercice de style, c’est l’actualité luxurieuse du "mariage homosexuel" dont Caroline, qui n’en manque pas une, est évidemment partie prenante et propagandiste zélée. Que ledit mariage soit un monstre juridique, moral, cultuel, culturel, qu’il ne représente nullement une "liberté" heureuse à conquérir mais une agression haineuse contre le sacrement juif ou chrétien il n’y a pour en douter que des cervelles molles et je ne consacrerais pas dix secondes à le démontrer, ce travail étant admirablement fait par Anne-Marie Pourhiet, s’il ne m’était pas venu, un soir où je savourais quelques gouttes d’un petit vin des coteaux du Gers, une métaphore que je crois susceptible non pas d’agir sur les cervelles molles – elles sont incurables - mais de ragaillardir celles qui ne le sont point et leur fournir une espèce d’argument par l’image (2). (…) Le mariage (la conjugalité, l’union de l’homme et de la femme scellée pour la vie en vue d’autres vies) est le grand cru de l’accouplement. Oser nommer "mariage" l’assortiment de deux verges ou de deux vagins, c’est un abus de langage, une fraude, une tentative malodorante de faire prendre de la piquette pour du château Peyrabon. Et pour tout dire en quelques mots, il me suffit de citer le pieux Tobie : "maintenant, Seigneur, tu le sais ; si j’épouse cette fille d’Israël, ce n’est pas pour satisfaire mes passions, mais seulement par désir de fonder une famille qui bénira ton nom dans la suite des siècles"
Qui bénira ton nom … Le dimanche 18 novembre l’Institut "Civitas" organisait à Paris un défilé familial de protestation contre l’ineptie du mariage "gay". Quelques harpies, rassemblées en faisceau, s’attaquèrent par le brocard et le blasphème à ces catholiques mal pensants ; plusieurs d’entre elles s’étaient coiffées d’une cornette de bonne sœur, d’autres dépoitraillées, une des plus hardies, adoubée, encouragée par Caroline Fourest, levant le poing à la manière fasciste, exhibait entre ses seins une consigne tout hitlérienne : "Fuck God ". Foutre Dieu ? Ma belle espères-tu d’un éjaculat émouvoir le Mont Blanc ? Les vigoureux gaillards qui formaient le service d’ordre du défilé s’attaquèrent à ces tourmentées de la glande, les molestèrent. En cela ils avaient tort  … "que dirai-je aux insultes ? Ouïr ta voix ligure en nénie ô maman !" … Mais par un de ces retournements perfides dont l’Opinion a le secret (de polichinelle) les médias s’empressèrent d’incriminer ceux-ci baptisés intégristes et de plaindre les harpies appelées victimes. Caroline  exprima sur ordinateur son amertume d’avoir été traitée de "gouine". Elle eut tort, car "gouine" est un vieux mot pour le moins aussi croustilleux que "gay".

Le surlendemain une chaîne de télé présenta quelques images de ces harpies agressives et agressées, outrageantes et outragées. Selon l’éthique et la politique de l’équité, de l’égalité, il aurait fallu présenter en regard quelques images des fidèles de l’Institut Civitas. Nos médias sont hémiplégiques. Toutefois en l’occurrence je me demande si le reporter n’était pas un rusé fripon qui sous couleur d’exciter la pitié à l’égard de cette colonie de lesbiennes n’avait pas cherché à les rendre grotesques. Lesbos !... Je pense à la rigueur, à la sérénité, au talent, à la réserve, à l’écriture fine et forte d’une Marguerite Yourcenar. Je pense aux jeunes filles en fleurs de Proust, à la "petite bande", tant d’ébats délicieux sur la plage de Balbec, je pense au sismographe subtil de la volupté comme le déroule au fil de l’intrigue l’auteur de La Recherche, aux conséquences imprévisibles et heureuses de l’amour gomorrhéen  quand il permet grâce au talent d’Andrée le déchiffrage du septuor de Vinteuil dont l’œuvre catholique se trouve sauvée grâce au libertinage de sa fille. Eh bien, si peu exercé que l’on soit à doubler du regard du Christ guérisseur son propre regard on ne peut voir ces fausses "libérées" que comme de pauvres filles en proie à un vilain petit diable, prises dans les rets de l’idéologie homo-sectaire, tristes chiennes d’un désir mal diverti en jappements revendicatifs, qu’il faudrait confier à un exorciste ou ridiculiser par un Aristophane. "L’Assemblée des femmes", c’est à cette comédie des ekklêsiastikai – ecclésiastiques privées de l’organe – que je pensai tout de go, voyant ces femmes se contorsionner en émettant des vociférations à caractère revendicatif. Mais c’est aux "Grenouilles" enfin que j’arrêtai mon choix, aux "Batraciennes" dont le fin mot, qui résume la logorrhée démocratique de Caroline Fourest, fin mot qui n’eut, n’a, n’aura sur le cours de l’Histoire pas plus d’effet que n’en peuvent avoir les productions de cette harpiste du répertoire Gauche Gay, est le fameux, l’intraduisible mais immédiatement intelligible par tout être animé, le redondant, l’obstiné, l’entêté, le frénétique brekekekex koax koax.

Repentance
Je me suis bien amusé. Je dirais volontiers comme les Grenouilles que j’ai "joué et raillé en vainqueur, méritant la couronne enrubannée" – paisanta kai skôpsanta nikêsanta tainiousthai -, victoire intime, ma notoriété étant à l’étiage, moi-même ne coassant qu’à fleur d’eau. A quoi encore me font penser ces vieilles gamines exhibant leurs mamelles dans une artère parisienne sous prétexte d’outrager des calotins ? (3) Aux "mamelles de Tirésias", et mon rire redouble. Brekekekex coax coax.
Cependant il ne me plaît pas d’avoir été médisant. La médisance, notait Cioran, est un sous-produit, je dirais plutôt un laxatif de la colère. J’avais eu motif à m’irriter contre Caroline. J’ai préféré, avec mes modestes moyens de satiriste, me moquer. Est-ce de bonne guerre ? Oui. Ce n’est que riposte à une virulente agressivité. Mais je crains qu’il n’y ait, dans mes jets de verve, très peu de pitié, un rien de mépris. Suffit-il pour me disculper d’arguer comme je l’ai fait dans mon exorde que ce n’est pas Caroline en chair que j’agresse par mesure de rétorsion mais son image médiatique dont je me gausse, excité par son nom qui est le même que celui d’un délicieux humoriste ? Tout est venu de la négresse blonde : c’est Georges Fourest, la connaissance casuelle que j’en ai, qu’il faudrait mettre en cause. De même je brûle depuis deux ou trois saisons de faire un sort à Noël Mamère, non que ce viédase viride et vireux m’ait infligé le moindre mal, mais  qu’il soit une sorte de Mère Noël et qu’à ce titre il ait sanctifié dans sa mamairie le mariage de deux mâles me met dans un tel état d’hilarité que je cours le risque tel madame Verdurin de me décrocher la mâchoire sans avoir sous la main un docteur Cottard pour me la remettre en place si je ne m’en exonère par une décharge de mots. N’importe, j’aurai beau invoquer le droit de rire tout mon saoul à des fins curatives, me taraude une parole dorée de saint Thomas d’Aquin : "pardonner aux hommes, les prendre en pitié, c’est œuvre plus grande que la création du monde".

Repentance ? Certes non. Ce mot traîne dans les égouts de la subversion subventionnée. Il implique l’accusation du prochain au bénéfice de la disculpation de soi. C’est toujours l’autre qui doit la corde au cou entrer en repentance. "Repentance", je ne puis employer ce terme que par persiflage. C’est le mal de Pott dont veut nous infecter le mauvais esprit ambiant. Je ne courberai pas l’échine, je ne me casserai pas. Repentance, non. Repentir, oui. Larmes du repentir après le rire aux larmes.
Cela exige une mise au point, le dépliement de l’esprit sur au moins deux portées. Pardonner n’est pas donner quittance. Il y a de l’impardonnable : "mariage pour tous", stupidité ; "gay pride", niaise infatuation ; usage abusif et captieux du mot "démocratie" ; haine du christianisme et négation de l’évidence que l’Europe est chrétienne en ses fondations … A ces bévues, balivernes, finasseries, mensonges, calomnies il n’est pas seulement licite, il est impératif d’opposer un NON radical, décisif, le tranchant évangélique du NON. Et ce NON doit bien viser des faisceaux de personnes. Mais la plupart de celles-ci sont pardonnables pour autant – je l’ai déjà insinué sur le mode de la raillerie, je le répète en clef de miséricorde – qu’elles sont des instruments plus que des agents. Le Christ s’écrie : "Père, pardonne-leur, ils ne savent ce qu’ils font" ; saint Paul souligne que nos ennemis sont les puissances des ténèbres ; saint Augustin précise que nous n’avons qu’un seul Adversaire, Satan. Si l’on ajoute que les chrétiens corrompus par le monde ont mérité dans une certaine mesure la haine que le monde leur voue en tout état de cause, l’on comprendra qu’après m’être diverti à étriller Caroline je sois enclin à me repentir non d’avoir dénoncé, déploré et moqué  son fanatisme mais, conjurant mon ire, renonçant à mon espièglerie, de ne m’être pas  situé dans le plan de sérénité où toute l’agitation des fils et des filles d’Eve vient se briser sur l’opus magnum du pardon.

(1) Je me réjouis de n’avoir jamais vu ni revu cette Revue fondée par Caroline avec sa compagne Fiammetta.
(2) Michael Lonsdale, interrogé par Jean-Luc Jeener,  a une autre métaphore : "Comme si on voulait marier une carotte avec un pissenlit". Nombre de végétaux s’offrent par couples à qui veut couler à fond par l’image l’indécence du "mariage" gay. J’aurais dit : la carotte et la laitue (pour les femelles) ; (pour les mâles) l’artichaut et le haricot.
(3) Occasion de noter un effet boomerang de la dérision. Trompeur trompé, conte la fable.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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