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SEGAL Michel

SEGAL Michel

Marié - 3 enfants. 
 

Professeur de mathématiques


Maîtrise de Mathématiques Paris VI
CAPES de Mathématiques
DU de Russe à Paris IV
 
Conservatoire National de Région - 1er prix de piano
Licence de concert - Ecole Normale de Musique de Paris -
Créateur d'une société de production
Conducteur musical de retransmission de concerts
Professeur de piano dans les conservatoires
Classes préparatoires de mathématiques
     Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Enseignant en collèges (banlieues) et lycées (Sèvres, El Salvador)

 
Ouvrages
Autopsie de l'école républicaine (2008) - Violences scolaires, responsables et coupables (2010) - Collège unique, l'intelligence humiliée (2011) - Ukraine, histoires d'une guerre (2014) - 

Tribunes dans Le Figaro, Les Echos, Le Monde

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Nouveau plan-banlieue

Publié dans Du côté des élites
Nouveau plan-banlieue : le retour des années 80
 
Pour Emmanuel Macron, protéger l’emploi c’est détruire le code du travail et privatiser les services publics. Et dans son monde, œuvrer pour la paix c’est apporter un soutien inconditionnel à la gendarmisation du monde par les Etats-Unis et à leurs interventions. En fait, Macron est une sorte de réincarnation de Thatcher et Reagan à lui tout seul. Son monde, c’est celui des années 80 et c’est donc naturellement  à Jean-Louis Borloo qu’il s’est adressé pour un plan banlieue, sans doute après avoir hésité à consulter Bernard Tapie ou Roland Castro.
Et il faut reconnaitre que dans le genre Retour vers le futur, on n’est pas déçu en découvrant les propositions du célèbre avocat d’affaires qui vient de remettre son rapport à Matignon : création d’un fond de 5 milliards d’euros (ça ne coûte rien, dit-il, puisque cet argent sera prélevé sur les bénéfices des privatisations), création de Maisons Marianne (associations subventionnées de soutien aux femmes actives dans la vie du quartier), investissement d’un milliard d’euros dans le développement du RER, amélioration substantielle des statuts et salaires des travailleurs sociaux sur place, création d’une Cour d’équité territoriale pour punir les dirigeants qui ne feraient pas assez pour les banlieues, financement de coachs d’insertion par le sport, de campus numériques (pour des raisons restant secrètes, les banlieues auraient évidemment un avenir numérique majeur précise l’expert), plans de formation, emplois francs, petit-déjeuner gratuits, académie des leaders (sorte d’ENA réservée aux étudiants de banlieue), développement et relance de l’apprentissage, dédoublement de classes à l’école, etc. 

Dans cette énumération se retrouvent toutes les vieilles recettes des années 80 qui ont transformé les banlieues en enfer après les avoir fait passer par la case émeutes en 2005. La question est donc de savoir si nos dirigeants sont aveugles ou de mauvaise foi.
Le premier non-sens de ce plan est son absence de bilan qui aurait dû servir à la formulation d’une problématique, puis à l’élaboration d’une stratégie. Au lieu de cela, on nous sert les misérables tartes à la crème du Retour de la République, de la Transformation des territoires perdus en territoires gagnants ou encore de la Lutte anti-apartheid (Marc Vuillemot, maire de la Seyne sur mer, incontestable champion avec son imbattable : Inverser notre réalité et refaire République). Cette absence de cap, inadmissible à ce niveau de dépenses, se vérifie dans l’éparpillement des mesures préconisées et leur entassement sans objectif ni même une seule direction commune. C’est sans doute une modernité absolue – voire de l’art contemporain – que d’annoncer un plan de 48 milliards d’euros sans énoncer ni constat, ni objectif à atteindre.

Le deuxième non-sens de ce plan est de penser encore en 2018 qu’en arrosant les habitants avec de l’argent public par le biais de travailleurs sociaux, de coachs sportifs, d’éducateurs de rue ou d’associations en tout genre (ordinateurs, grands frères ou femmes émancipées), on résoudra un problème que l’on n’a même pas énoncé. L’idée d’acheter la paix sociale à coup de subventions est séduisante car elle calme la douleur, mais elle ne donne à terme que de très mauvais résultats : pour preuve, on en voit aujourd’hui le résultat. 

Le troisième non-sens du plan est cette obstination à ne pas connaître la réalité de l’école : le problème n’est pas de financer un dédoublement de classes ou de nouvelles ouvertures, mais de trouver des enseignants. On ignore donc encore dans les allées du pouvoir que l’école a été mise dans un tel état depuis ces années 80 que non seulement plus personne ne veut y travailler, mais encore que les rares candidats aux concours d’enseignants (donc dotés d’un bac+4) sont d’un niveau trop faible pour être recrutés en nombre suffisant. Sans parler de la proposition écoeurante de mépris de créer une ENA pour la banlieue – idée très justement dénoncée par Rachida Dati d’un côté et Malek Boutih de l’autre, les propositions du rapport concernant l’enseignement sont d’une naïveté qui frise l’incompétence, notamment lorsqu’il est question d’apprentissage alors que le collège unique obligatoire le rend quasiment impossible parce que l’autorisant beaucoup trop tard et dans des conditions trop contraignantes. Que dire également de ces hypothétiques cités éducatives, nouveaux gros machins souhaités par Borloo, quand les acteurs de terrain savent parfaitement que la petite taille d’un établissement scolaire (deux ou trois cents élèves maximum) est un atout important pour sa réussite. 

Cet amateurisme navrant pourrait prêter à sourire si les dépenses et l'enjeu n’étaient pas de poids. Ce qui rend ce plan réellement dangereux pour les banlieues mais aussi pour la nation, c’est le refus de comprendre que le pire mal dont souffrent ces quartiers périphériques est le sentiment profond de la disparition de l’Etat. Et lorsque l’Etat recule, c’est la loi du plus fort qui avance, depuis la cour d’école jusqu’à la cage d’escalier. Ecole, sécurité, justice ou transports, ce n’est pas la République qui est en cause mais l’Etat, et sa disparition est sans doute une des raisons de l’islamisation de ces quartiers qui se tournent naturellement vers d’autres autorités. A ce titre, cynique et révoltante est la proposition de financer des mesures par l’argent des privatisations, donc par la vente des services publics et du retrait de l’Etat, puisque c’est précisément de cela dont ces quartiers ont un besoin absolu. Et quand, de plus, le plan propose d’encourager la co-production de sécurité, alors on est partagé entre le dégoût et la colère. A fortiori dans ces quartiers, la sécurité des biens et des personnes doit être exclusivement dévolue à la police nationale et à la gendarmerie, et pas à des vigiles, ni à de la police municipale, ni à des grands-frères, et encore moins à des associations religieuses comme cela s’est produit en 2005. L’Etat doit au contraire être très présent car il doit être vu pour exister. Dans ces quartiers, ce n’est pas de mots et de gargarismes républicains dont les habitants ont besoin, mais de la présence permanente et visible d’une police qui assure la tranquillité des gens et le respect de la loi, d’une justice rapide et ferme qui neutralise durablement les fauteurs de troubles, d’une école dont les cours se déroulent pacifiquement dans des niveaux homogènes (actuellement interdits par le ministère), et de transports dans lesquels on puisse rentrer tard la nuit si on est une jeune femme. Tout cela est faisable à moindres coûts mais suppose de ne plus traiter ces pauvres banlieues à travers des prismes idéologiques.
Le premier droit de tout citoyen dans un pays comme le nôtre devrait être de vivre en sécurité avec ses enfants et de bénéficier de services publics en bon état de marche. C’est du refus par l’Etat de leur accorder ce droit que les banlieues souffrent en premier lieu. Finalement, en lisant ces propositions, on en perçoit le seul objectif, et on comprend qu’il n’ait pas été annoncé : avoir la paix pour quelques années encore. 

Envoyé par l'auteur, paru sur causeur.fr, 30 avril 2018

Ecolière à Hong Kong

Publié dans A tout un chacun
Lau Sin Yi, écolière à Hong Kong
 
La maman de Lau Sin Yi élève seule sa fille à Hong Kong. Née au Vietnam il y a un peu plus de trente-cinq ans, elle avait émigré clandestinement en Chine alors qu’elle n’avait encore que quelques jours, emmenée sous le bras par son père qui fuyait avec femme et enfants son pays ravagé par les guerres américaines. Adulte, elle était finalement arrivée à Hong Kong dans des conditions difficiles alors que sa fille avait un an.
Dix ans plus tard, celle-ci termine l’école primaire et vient de remplir les fiches de vœux pour son affectation dans le secondaire. Pour cela, comme tous les écoliers de Hong Kong, Lau Sin Yi s’est informée sur les collèges et les différentes options, a tenu des échanges animés dans la cour de récréation et à la maison, a suivi des réunions d’information et passé des entretiens d’admission dans les collèges souhaités. Elle a onze ans, l’âge auquel sa maman avait commencé à travailler.
 
L’école de Lau Sin Yi est publique, donc gratuite, mais internationale, et c’est un premier choix. Cela signifie que la totalité des cours sont en anglais, "sauf les cours de chinois" ajoute la petite fille très sérieusement. Il faut savoir que les enfants apprennent deux langues chinoises : le cantonais, langue locale, et le mandarin, langue nationale. Son niveau d’anglais est celui d’un bon lycéen de terminale en France et elle suit sans difficulté des films en mandarin non sous-titrés. Ceci est le résultat d’un travail long, répétitif et souvent rébarbatif. Mais ici, ce type de travail n’est pas méprisé, l’effort et la difficulté ne sont pas pourchassés et bannis de l’école, bien au contraire. Ainsi, Lau Sin Yi parle trois langues.
 
La localisation n’est pas déterminante dans l’attribution des écoles et celle de Lau Sin Yi – où elle se rend depuis l’âge de cinq ans – se trouve à plus d’une demi-heure de chez elle mais des minibus scolaires sillonnent la ville pour aller chercher les élèves près de leur domicile. Dans son école, on trouve majoritairement des enfants d’immigrés occupant les métiers les plus difficiles et les moins bien rémunérés. Musulmans pour beaucoup, ce sont souvent des Pakistanais, des Indiens, des Indonésiens ou des Philippins. Les élèves portent un uniforme sans autre consigne vestimentaire, si bien que certaines filles sont voilées, certains garçons ont les cheveux noués dans le turban des sikhs, et d’autres encore portent une croix bien visible sur leur poitrine. Son école est mixte et c’est aussi un critère de choix car ici, il n’y a pas de mixité forcée. Pour l’année prochaine, Lau Sin Yi a décidé de choisir un collège exclusivement pour filles car, dit-elle d’un ton las, "les garçons, c’est bête".
 
Sur les sites internet des collèges, la petite fille trouve les descriptifs de leurs priorités éducatives et des valeurs morales qu’ils défendent. Ici, il n’y pas de religion d’Etat imposée autoritairement, fût-elle de ne pas en avoir, et même si les programmes sont obligatoires et appliqués dans toutes les écoles, ils laissent une certaine latitude aux établissements, comme une souplesse dans les horaires et le choix des valeurs morales mises en application. Ainsi, tel collège mettra en avant sa priorité pour les sciences, l’enseignement de l’espagnol et la mise en pratique des principes de telle religion, tandis que tel autre affichera son intérêt pour la littérature et l’écologie. Lau Sin Yi se documente avec intérêt : "le chinois et l’histoire, j’aime bienmais je veux surtout avoir des cours de piscine. Je veux apprendre à nager".
 
Ici, la sélection n’est pas interdite car le bien-être des enfants est prioritaire sur celui des hauts fonctionnaires. Aussi, pendant les trois dernières années de primaire, un écolier de Hong Kong passe deux séries d’examens par an – chacun d’une dizaine d’heures – et les résultats de l’ensemble de ces tests déterminent à quel groupe de niveau il appartient : A, B ou C. La quantité d’examens ainsi que la longue période sur laquelle ils sont organisés permettent d’éviter tout résultat accidentel. Chaque collège étant dédié à un de ces trois niveaux, l’écolier peut donc inscrire sur sa fiche de vœux les collèges de son groupe dans l’ordre de ses préférences. Ici, les notes ne risquent pas de disparaitre car une priorité de l’éducation est de préparer les enfants au monde réel ; il s’agit de leur apprendre à se connaître pour les rendre plus forts, et aptes à trouver leur place dans la société. Ainsi, le taux de chômage local (moins de 3%) est une conséquence directe du système éducatif, autant par ses contenus que par ses méthodes et son esprit.
 
Le coup de génie de cette procédure des affectations est que celles-ci sont attribuées non par classement, mais par tirage au sort à l’intérieur de chaque groupe de niveau. Ainsi, il y a une saine cohésion des classes à l’intérieur de chaque collège, mais aussi une bonne homogénéité des collèges à l’intérieur de chacun des trois groupes, ce qui n’évite d’ailleurs pas une concurrence entre établissements pour susciter le plus de demandes possibles. Enfin, détail remarquable et honneur du système, il existe aussi une procédure hors niveau : chaque écolier est autorisé à demander deux collèges de son choix sans restriction. Il dépose un dossier dans ces collèges puis se présente à un entretien d’admission au cours duquel il mettra en valeur d’autres qualités que celles purement scolaires. L’établissement pourra alors décider de le recruter directement.
 
"Moi j’ai le droit de choisir des écoles du niveau A", précise Lau Sin Yi. Ici, pas d’aveuglement par une interdiction des classements, mais pas non plus de stress et de stigmatisation des plus faibles puisqu’il n’y a de division de l’ensemble des élèves qu’en trois groupes. Lau Sin Yi a bien gagné sa place en niveau A car elle consacre souvent plus de dix heures hebdomadaires à son travail personnel pour lequel sa maman ne peut pas l’aider. Ici, la justice sociale par la réussite au mérite n’est ni un discours, ni un projet, ni un souvenir : c’est une réalité vécue par les familles comme une nécessité, et par le gouvernement comme un devoir. Ici, savoir apprendre par cœur n’est pas perçu comme une tare mais comme une fierté, savoir admettre ce qui n’a pas été compris n’est pas une honte mais une vertu. Ici, les connaissances ne sont pas l’objet de débats contradictoires mais de respect, car ici, on sait que l’esprit critique ne s’acquiert pas par un entrainement à la critique, mais par un usage raisonné de solides connaissances organisées dans des disciplines tracées au cordeau.
 
L’interdisciplinarité généralisée ferait rire élèves et professeurs – mais certainement pas les parents – car ici, l’école est au service des élèves, et ceux-ci ne servent pas de cobayes à d’obscurs théoriciens. Peut-être à cause des langues chinoises qui nécessitent autant d’heures d’apprentissage laborieux, ici, on ne craint pas d’affronter l’ennui dans les études. Ici, on sait que l’ennui est un cap nécessaire à dépasser pour vaincre l’esclavage du plaisir immédiat. Ici, on sait que les approches ludiques ne débouchent que sur un ennui insubmersible et une immaturité chronique, ne faisant que dévaster la capacité des enfants à apprendre à s’intéresser au monde, c’est-à-dire à autre chose qu’à eux-mêmes.
Ce n’est pas un hasard si les systèmes asiatiques explosent tous les classements internationaux, tant en termes de performances qu’en termes de réduction des écarts, donc de justice sociale, voire en termes de bien-être des enfants.
 
Mais quel serait l’avenir scolaire de Lau Sin Yi en France ?
La bulle éducative finlandaise et son escroquerie a finalement éclaté. Singapour, Hong Kong, Taiwan et quelques autres creusent les écarts avec les pays occidentaux qui adoptent dans une joyeuse irresponsabilité des réformes qui ne servent plus qu’à glorifier une morale d’Etat et qui mènent à des systèmes de plus en plus inégalitaires aux résultats de plus en plus médiocres. Devant la volonté de certains de ces pays à accélérer leur chute, il est légitime de se poser la question de l’inconscient collectif : pour reconstruire, ne faut-il pas avoir auparavant totalement achevé de détruire ?

Publié sur Les Echos le 26 mai, envoyé par l'auteur

Ukraine

Publié dans Avec l'Europe


Lorsque l’on se sent coupable d’un méfait, on cherche parfois à en accuser les autres avec d’autant plus de véhémence que l’on tente ainsi de se convaincre de sa propre innocence. Cette mésaventure est un peu celle de l’Europe face à la guerre en Ukraine. L’Union Européenne qui nous avait promis la paix, aura ainsi provoqué une guerre civile et plongé la pauvre Ukraine dans l’horreur et la misère tout en causant un tort économique considérable à ses propres membres.
Rapidement, avec l’aide des Etats-Unis, seuls bénéficiaires de ce suicide européen, l’Europe désignera un coupable idéal : la Russie.
On assistera alors à un déchaînement d’accusations – non pas de la "communauté internationale" comme cela a été dit à tort, mais de l’occident, et de l’occident seulement – parfois  hystériques, revigorant ainsi une OTAN en mal d’ennemi et de budgets conséquents.
La presse va alors se mettre entièrement au service de l’Etat et se livrer à une propagande d’un autre âge. Le journal Le Monde, autrefois journal éclairé, se transformera en vitrine russophobe masquant mal sa haine d’un peuple par celle de ses dirigeants, Le Figaro, autrefois journal gaulliste, étalera une propagande indécente pour un atlantisme sans retenue pendant que Libération, autrefois défendant des causes nobles, lancera quasiment des appels à la guerre.
Depuis le 21 novembre 2013, lorsque Ianoukovitch ajourne les accords d’union douanière avec l’UE, jusqu’au 5 septembre, date des premiers accords de paix de Minsk, c’est l’histoire de cette crise que je reconstitue à travers ce livre : l’histoire de cette propagande occidentale, l’histoire de l’Union Européenne aveuglée et soumise aux Etats-Unis, l’histoire d’une suite d’élections démocratiques validées par l’OSCE et méprisées par un coup d’état, l’histoire du gaz russe, celle des manœuvres diplomatiques et quelques autres encore. Toutes ces histoires constituent le corps de cette crise qui pourrait bien être une vraie guerre de civilisation, mais la vraie cette fois : d’un côté un pouvoir païen soumis aux idoles de la toute-puissance des entreprises et de la finance, rêvant un monde de consommation unicolore, unisexe et uniculturel, et de l’autre côté, un pouvoir revendiquant l’héritage de valeurs morales, religieuses, culturelles et humanistes. (Michel Segal)

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