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SOREL-SUTTER Malika

SOREL-SUTTER Malika

Née en France
École maternelle et primaire en France puis 15 ans en Algérie
     avant de revenir s’installer définitivement en France.

Essayiste
Ancien membre du Collège du Haut Conseil à l'Intégration

Ingénieur de l’École Polytechnique d’Alger
Troisième cycle de gestion de l’Institut d’Études Politiques de Paris (Major de promotion)
 
Membre du jury du 'Grand prix de l’impertinence' de la Fondation prospective et innovation,
     présidé par le recteur Christian Forestier, administrateur général du CNAM.
Membre de la commission laïcité du Haut Conseil à l’Intégration.
Membre du conseil d’administration
     de l’association de géopolitique et de défense Géostratégies 2000
 
Ouvrages 
Le Puzzle de l’intégration. Les pièces qui vous manquent - Fayard/Mille et une nuits (2007)
De quoi l’avenir intellectuel sera-t-il fait ? Ouvrage collectif - Le Débat, Gallimard (2010)
Immigration-Intégration : le langage de vérité - Fayard/Mille et une nuits (2011)
 
 
Articles publiés
Le Débat, Gallimard, mars 2012 : 'Regarder la réalité en face', critique de deux ouvrages de Gilles Kepel.
Le Débat, Galimard, septembre-octobre 2011 : 'Intégration, le devoir de vérité'
Le Débat, Gallimard, septembre 2008 : 'Penser l’intégration'
Revue AFAE (Association Française des Administrateurs de l’Éducation), décembre 2011 :'L’école face au défi de l’inclusion'
Revue AFAE (Association Française des Administrateurs de l’Éducation), décembre 2010 :'Quand le communautarisme
     s’invite à la table de la République'
Enjeux et Débats de la Revue parlementaire : 'Le modèle français d’intégration n’a pas échoué, il n’a guère été appliqué', juin 2011
Les Échos de la fonction publique, juin-juillet 2011 : 'De l’immigration et de l’intégration'
L’Expansion, septembre 2011 : 'La République doit l’emporter sur les diasporas'
Le Figaro Magazine, mai 2011 :'Tout immigré doit puiser en lui la force de s’insérer dans la société française'
Valeurs actuelles, avril 2011 : 'Sur l’intégration, la France fait trop de concessions'
Le spectacle du monde, octobre 2010 : 'La France s’autodétruit sans rendre service aux immigrés'
Le Figaro, mars 2010 : 'Identité nationale : levons les tabous !'
La Libre Belgique, 8 octobre 2010 : 'Notre société a créé des fauves'

URL du site internet:

L'école, grande absente...

Publié dans En France
"L'école, cette grande absente de la campagne présidentielle"
 
Malika Sorel est conseillère de François Fillon sur les questions liées à la nation, à son unité et à son avenir. Ingénieur de l'École polytechnique d'Alger, diplômée de Sciences Po Paris, elle est ancien membre du Haut Conseil à l'intégration, institution rattachée au Premier ministre. Elle est l'auteur de Décomposition française (éd. Fayard, 2015) qui a reçu le prix "Honneur et Patrie" des Membres de la Société de la Légion d'honneur et qui vient de paraître en édition "poche".
 
La campagne pour l'élection présidentielle s'achève. Selon l'enquête d'Harris Interactive pour la Fondation pour l'innovation politique, elle déçoit une majorité d'électeurs. 80 % d'entre eux la jugent "décevante", et 76 % "ratée". En réalité, nous n'avons pas eu de vraie campagne présidentielle. Nous avons été dépossédés par les médias de l'élection qui est à nos yeux la plus importante, car elle dessine les contours de la société française que nous voulons pour demain.
Parmi les sujets qui auraient dû être versés à la délibération collective aux côtés de la résorption de notre dette abyssale figure celui de l'école, car c'est à l'école que se construit l'avenir de la France. C'est à l'école qu'incombe la délicate mission de former les citoyens de demain à partir des enfants qui lui sont confiés et qui ne sont pas tous éduqués, loin s'en faut, avec le même référentiel de principes et de valeurs. C'est aussi à l'école qu'incombe la lourde responsabilité de préparer les adultes qui participeront demain à créer de la valeur pour assurer la croissance, dans un monde en rapide évolution où plus que jamais, la maîtrise des savoirs devient un enjeu pour épouser les mutations du marché de l'emploi.
 
Il existe un grand impensé de l'école, c'est la rapide augmentation de la proportion des jeunes d'origine étrangère dans la démographie scolaire et ses conséquences sur l'école et sur l'ensemble de notre société. Cette évolution démographique a été analysée par les démographes Michèle Tribalat et Bernard Aubry. Entre 1968 et 2011, cette proportion est passé de 13,1 à 26,8 % pour les communes de 10 000 à 30 000 habitants ; de 14,2 % à 36 % pour les communes de 30 000 à 50 000 habitants ; de 14,3 % à 36,5 % pour les communes de 50 000 à 100 000 ; et pour les communes dont la population excède 100 000 habitants, cette proportion des jeunes de moins de 18 ans d'origine étrangère est passée de 14,8 % à 33,5 %. Ces chiffres ne sont qu'une photographie. Dès 2011, on notait que 46,2 % des enfants qui naissaient en Île-de-France avaient au moins un parent né à l'étranger. En Provence-Alpes-Côte-d'Azur ces naissances représentaient 32,5 %, et en Alsace 31,2 %.
 
À l'automne 2016, l'Insee communique les chiffres qui dessinent le nouveau visage de la France: depuis 2011, les naissances d'enfants issus de deux parents nés en France ont diminué de 7,8 %, tandis que celles d'enfants dont l'un ou les deux parents sont nés à l'étranger ont augmenté de 6 %.
Selon le politologue Jérôme Sainte-Marie, "l'immigration est devenue un enjeu total. Il ne s'agit pas, dans l'esprit de plus en plus de citoyens, d'une question isolée des enjeux économiques, sociaux et culturels, mais d'un sujet qui synthétise un rapport au monde". Je n'ai eu de cesse d'en faire la démonstration au long de mes publications. Non pour porter quelque accusation que ce soit contre les immigrés et leurs descendants, qui deviennent souvent eux-mêmes otages d'une situation qui les dépasse ; mais pour tracer la voie qui permettra à la France de relever les redoutables défis auxquels elle se trouve confrontée. Penser que l'évolution de la démographie scolaire n'a qu'une incidence mineure sur notre devenir, c'est gravement sous-estimer ces défis que notre société, et en première ligne ses enseignants, doivent relever si l'on souhaite éviter la partition de la France. "Car c'est quand même ça qui est en train de se produire : la partition", constate le Président François Hollande, qui s'en inquiète dans ses confidences aux journalistes Davet et Lhomme.
 
Lorsque l'enfant rencontre ses premiers instituteurs, ses parents, premiers éducateurs qu'il trouve sur son chemin, lui ont déjà imprimé leur marque. L'élève n'entre jamais à l'école à l'état d'une page blanche sur laquelle son enseignant peut librement écrire, et ses parents continueront d'écrire sur cette page même lorsque le corps enseignant aura entamé la mission qui lui est confiée par la République. Pour l'élève, les problèmes surgissent dès lors que les valeurs de sa culture familiale sont "contraires aux traditions de la société du pays d'accueil", pour reprendre les mots d'un rapport des instances européennes de 1987. En 2007, la commission du linguiste Alain Bentolila qui planche sur l'école maternelle évoque à son tour l'existence d'un "risque transculturel pour tout enfant de migrant ou pour les enfants venus d'ailleurs" et soulève pour ces derniers la question de la compatibilité culturelle entre l'école et la maison.
 
Longtemps, l'attention du plus grand nombre s'est focalisée sur le collège. Avec les piteux résultats que nous connaissons: le déclassement de la France dans le programme international PISA qui mesure les acquis des élèves, auquel il convient désormais d'ajouter un sentiment de honte: la France est au dernier rang des pays de l'OCDE pour le respect de la discipline en classe. Les conditions de la transmission des savoirs ne sont plus réunies. Pourtant les données étaient déjà connues, qui attestaient du fait que les élèves se trouvant en difficulté à l'entrée au collège l'étaient déjà en quasi-totalité dès leur entrée au CP. L'égalité des chances se prépare dès la maternelle. Le collège n'est que l'heure de vérité. C'est l'étape de la scolarité où explosent tous les problèmes qui se sont accumulés. Celle où il n'est plus possible de dissimuler le fait que les apprentissages ne peuvent réussir sans la maîtrise des prérequis.
 
Dès la petite enfance, de nombreuses actions doivent être conduites simultanément. Il est primordial d'aider chaque enfant à se construire des attaches affectives et culturelles avec notre société. Cela se fait par la lecture de contes qui permettent de se construire un imaginaire qui plonge ses racines dans la culture franco-européenne. Par l'acquisition d'un répertoire de comptines et de chansons enfantines françaises. Cela passe également par un apprentissage exigeant de la langue française basé sur des écrits de bonne qualité littéraire. Comme l'avait fort bien pensé le professeur Michel Zorman, le dictionnaire de mots maîtrisé par le très jeune enfant va jouer un rôle décisif, de même que sa maîtrise du code alphabétique de la langue. D'où la nécessité d'instaurer, dès la grande section et jusqu'à la fin du CE1, un entraînement soutenu dans l'apprentissage de la lecture puis de l'écriture. Aujourd'hui, le plus souvent, seuls les enfants qui ont eu le privilège d'évoluer dans un milieu familial dont l'usage de la langue française n'est pas atrophié, disposent d'une chance d'aborder les apprentissages de l'école primaire sur leurs deux jambes. Les autres trébuchent dès les premières semaines. Parmi eux, certains se relèveront. D'autres seront traînés de classe en classe en attendant l'âge légal de fin de la scolarité obligatoire.
 
Combien de parents ou de grands-parents savent-ils qu'en une poignée de décennies, les élèves du primaire ont perdu l'équivalent d'une année d'enseignement du français? Les volumes horaires d'enseignement de la langue française doivent être rétablis à l'école primaire aussi bien qu'au collège. Alain Viala, qui présidait la commission chargée de réformer les programmes d'enseignement du français, avait reconnu que la modification des programmes d'enseignement du français introduite en 2000 avait pour préoccupation première le public de l'immigration extra-européenne. Cette réforme tant décriée avait été accusée, à juste titre, d'empêcher un grand nombre d'élèves de parvenir à habiter et investir une langue désormais le plus souvent présentée comme un simple corps inerte à disséquer. L'approche des linguistes, qui a toute sa place dans le cycle de l'enseignement supérieur, doit être pourchassée et éliminée de tous les cycles précédents. Il en va de l'appropriation de la langue française par le plus grand nombre d'enfants. La langue n'est pas un banal outil de communication: elle est le véritable véhicule de la pensée, de la vision et de la représentation des autres et du monde.
 
Il nous faut également écarter la querelle éducation/instruction, tant elle est devenue, au fil de la transformation de notre société, surréaliste. L'esprit de responsabilité commande la conjugaison des efforts de la famille et de l'école, d'autant qu'éducation et instruction s'entremêlent étroitement. Les parents doivent comprendre que leur intérêt et celui de leurs enfants est d'accompagner le travail des enseignants, de le faciliter. Il n'est pas nécessaire de comprendre soi-même le contenu des programmes scolaires. Seulement de s'acquitter, avec esprit de responsabilité, de son rôle de parent de préparer son enfant à être réceptif et toujours respectueux des enseignants, des autres élèves et de son environnement.
Les remises en cause de nos principes républicains de liberté individuelle, d'égalité homme-femme et de laïcité sont le plus souvent, à tort ou à raison mais là n'est pas le sujet, le fait de commandements religieux qui se retrouvent placés au-dessus des lois de la République. Comme le disait Régis Debray au Père Jean-Michel Poffet lors d'une discussion au Salon du livre de Paris en mars 2008, "l'intrusion de Dieu dans cette bagarre est une catastrophe. Pourquoi? Parce qu'on transige sur des intérêts, on négocie en ce qui concerne un territoire. Sur le sacré, on ne transige pas." Ceux qui préconisent l'enseignement du fait religieux à l'école se comportent, sans nécessairement en avoir conscience, en apprentis-sorciers qui jouent avec la paix dans notre société. L'enfer est souvent pavé de bonnes intentions ; les problèmes auxquels nous sommes confrontés ne résultent en aucune manière d'une ignorance à laquelle la simple pédagogie serait à même de remédier.
 
Pour remettre nos enseignants en capacité d'assurer pleinement leur mission, l'école doit être impérativement de nouveau protégée des querelles des hommes. La laïcité est la digue qui protège la France. Ceux qui travaillent à l'affaiblir porteront une responsabilité face à l'Histoire. Les hommes passent ; leurs écrits et prises de position au sein de la cité demeureront.
La question de la liberté est vitale, car elle conditionne l'innovation et la croissance de demain. C'est la liberté de pensée qui permet de repousser sans cesse les portes de l'imaginaire et du possible. La liberté est le sein nourricier de l'innovation. Le doute, avec son questionnement sous-jacent, éveille la curiosité, qui libère la pensée et incite à aller de l'avant. La capacité à douter est une des caractéristiques fortes de l'esprit occidental auquel l'écrivain Édouard Glissant rend un vibrant hommage : "La pensée occidentale s'allie somptueusement à la puissance et au désir de découverte. La passion de la découverte est une spécificité occidentale". Je confirme.
Le tsunami des flux migratoires de cultures non européennes a placé l'école face à des difficultés inédites, auxquelles elle n'était pas préparée. Remettre les savoirs au centre du système éducatif permettra à une grande partie des enfants d'accepter de saisir la main de l'enseignant, y compris lorsque ce dernier diffère de son propre parent de par les connaissances qu'il transmet. C'est là que se situe le nœud du problème, d'autant que, comme le note la sociologue finlandaise Jouni Välijärvi dans un rapport de l'Unesco, "on sait que les performances des élèves ont pour moteur le capital culturel et les centres d'intérêt qu'ils apportent de chez eux à l'école". Lorsque l'enfant rejette la main de l'enseignant, la réussite de l'élève relève alors du miracle.

Paru sur Figarovox, 19 avril 2017

M. Macron, la discrimination...

Publié dans Du côté des élites
"M. Macron, la discrimination positive fracture la France"
 
Lors de son déplacement aux Mureaux, Emmanuel Macron a dévoilé, dans toute sa splendeur, son ignorance du réel et son mépris de classe pour la part des enfants issus de l'immigration qui habitent les "quartiers difficiles", selon son expression : "pour s'en sortir quand on vient des quartiers, il faut bien jouer au football ou être comique ou acteur."
Voilà donc l'idée qu'il se fait de ces populations.
À n'en pas douter, Emmanuel Macron est otage de préjugés bien-pensants véhiculés ces dernières décennies, qui posent sur l'immigré, ou ses descendants, un regard misérabiliste et empreint de condescendance. Ses propos aux Mureaux rappellent furieusement ceux qu'il avait tenus en septembre 2014 sur l'antenne d'Europe 1 au sujet des ouvrières de l'entreprise Gad : "Il y a dans cette société une majorité de femmes, pour beaucoup illettrées". Comme l'avait alors souligné Patrick Piguel, délégué CFDT chez Gad, "pour nous, ouvriers, c'est une insulte stigmatisante". Être considéré sur la base de ce que l'on est en tant qu'individu, et non à l'aune de clichés éculés sur des catégories de populations, demeure un combat.
Nombreux sont pourtant les enfants des quartiers qui ont pu gravir, une à une, les marches de l'ascension sociale ; et qui l'ont fait le plus souvent en dépit de lourds handicaps de départ. La sociologue finlandaise Jouni Välijärvi l'avait en effet très justement analysé dans le Rapport mondial de suivi sur l'éducation de l'Unesco : "on sait que les performances des élèves ont pour moteur le capital culturel et les centres d'intérêt qu'ils apportent de chez eux à l'école".
 
Manifestement, Emmanuel Macron ne s'est pas donné la peine de simplement écouter le maire des Mureaux François Garay, comme nous l'avons fait dans le cadre de la Section prospective du Conseil économique, social et environnemental régional d'Ile-de-France. À rebours de la discrimination positive qu'Emmanuel Macron dit vouloir assumer pour les quartiers, François Garay a mis en œuvre une multitude de mesures judicieuses qui, toutes, s'inscrivent dans le respect de nos principes républicains, comme par exemple des partenariats noués avec des entreprises pour financer les études de jeunes qui intègrent nos grandes écoles d'ingénieurs, ou encore l'école Boulle qui participe de la culture de l'excellence et contribue au rayonnement de la France. En contrepartie, ces jeunes doivent encadrer d'autres jeunes du quartier pendant un mois, durant l'été. Eh oui, Monsieur Macron, des enfants issus des quartiers ont d'ores et déjà intégré nos écoles d'ingénieurs et bien d'autres formations de haut niveau ! S'il y a un domaine où l'on ne peut tricher sur les acquis, c'est bien celui des sciences et technologies. Demandons donc à Emmanuel Macron s'il préférera monter dans un avion conçu par des équipes recrutées sur la base de sa discrimination positive, ou bien selon notre méritocratie républicaine...
 
La discrimination positive n'a rien de moderne. Elle a déjà été déployée aux États-Unis. Elle y a fait les preuves de sa haute toxicité. C'est un poison qui sème le ressentiment dans le cœur des hommes, car elle prend appui sur le postulat selon lequel les uns discriminent les autres. Qui peut imaginer récolter la paix, après avoir ainsi divisé le corps social entre victimes et bourreaux ?
Dans un discours prononcé à Philadelphie en mars 2008, Barack Obama l'avait même rendue responsable de la fracture raciale dont son pays est prisonnier, avec les conséquences dévastatrices que nous savons sur le vivre ensemble entre Noirs et Blancs. En privilégiant les uns, elle se transforme en discrimination négative pour tous les autres. Elle installe de nouvelles fractures au sein de la société. Les uns après les autres, les États des États-Unis ont fini par l'abroger. Est-il responsable de proposer une telle politique inégalitaire en France alors même que de nombreuses familles des classes moyennes basculent chaque jour dans la pauvreté ? Est-il raisonnable d'instaurer une nouvelle source de tensions entre groupes, alors que les tensions n'ont cessé de s'exacerber au fil des ans ? La France n'a nul besoin d'apprentis sorciers.
 
Lors de ce déplacement, Emmanuel Macron a également exprimé sa volonté de "favoriser l'accès à la nationalité française". Il s'inscrit dans la parfaite continuité de ce qui a été accompli par les socialistes depuis leur arrivée au pouvoir en 2012. Un petit retour en arrière s'impose. Dès l'arrivée au pouvoir de François Hollande, Manuel Valls, qui s'installe Place Beauvau, adresse de nouvelles directives aux préfets. C'est ainsi que, l'année suivante, les naturalisations font un bond de 14 %. Cela ne suffit pas aux socialistes, puisque quelques mois plus tard, Manuel Valls prend de nouvelles dispositions pour "faciliter l'accès à la nationalité des précaires, des jeunes et des talents, notamment". Comme l'avait rapporté Le Point dans une enquête publiée en août 2013, les consignes de Manuel Valls "ont eu leur effet : sur l'ensemble des demandes, 40 % obtenaient un avis favorable des préfets en 2011, ce taux est remonté à 61 %".
Manuel Valls a également introduit la notion de "présomption d'assimilation": il suffit aux moins de 25 ans d'avoir résidé plus de dix ans en France et y avoir été scolarisés au moins cinq ans sans discontinuer pour en bénéficier. Nous spéculons sans fin autour des sondages en ce début 2017 alors que la totale inconnue, à cette heure, demeure l'influence de la modification induite par toutes ces mesures sur la composition du corps électoral, celui qui ira déposer un bulletin dans l'urne pour la prochaine élection présidentielle et les législatives qui suivront.
 
Souvenons-nous ici des stratégies élaborées par le laboratoire d'idées de la gauche Terra Nova : "Une nouvelle coalition émerge. Elle dessine une nouvelle identité sociologique de la gauche, la France de demain, face à une droite dépositaire de la France traditionnelle. […] La population des Français issus de l'immigration est en expansion démographique et en mutation identitaire […] Au-delà des non-religieux, ce sont aussi tous les non-catholiques, notamment les individus d'“autres religions”, composés à 80 % de musulmans, qui sont plutôt enclins à voter à gauche. Dans ces conditions, la dynamique démographique est très favorable à la gauche." En l'absence d'intégration culturelle massive ou d'assimilation, une question se fait jour : sommes-nous déjà, ou non, en passe de basculer d'une démocratie fondée sur les idées à une démocratie basée sur la démographie ? À quelles fins les socialistes ont-ils souhaité modifier la loi électorale, et notamment la date limite d'inscription sur les listes électorales, de sorte que tous ceux qui atteignent 18 ans entre le 1er janvier et le 22 avril 2017 (pour la présidentielle) ou le 10 juin 2017 (pour les législatives), ainsi que toute personne acquérant la nationalité française ou retrouvant l'exercice du droit de vote après le 1er janvier 2017, puisse aller voter?
Par les volontés qu'il a exprimées lors de son déplacement aux Mureaux, Emmanuel Macron vient une nouvelle fois confirmer la véracité de la confidence faite par François Hollande aux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme : "Emmanuel Macron, c'est moi".

Paru sur Figarovox, 8 mars 2017

... Chez Fillon, chez Macron

Publié dans Du côté des élites
"Fillon veut continuer la France quand, pour Macron, la culture française n'existe pas"
 
 
FIGAROVOX - Quelles sont les orientations de Macron et Fillon à propos des questions régaliennes et culturelles, en particulier concernant la question de l'intégration ?
Avant l'intégration, il convient d'aborder l'immigration. Fillon veut "réduire l'immigration légale au strict minimum" et que le Parlement adopte chaque année des "quotas limitant le nombre d'étrangers qui pourront être admis en France, en fonction de nos besoins économiques et de nos capacités d'intégration." Macron s'est rendu à Berlin pour y rendre un vibrant hommage à la politique d'accueil d'Angela Merkel. Rappelons que l'Allemagne a accueilli 1,1 million de demandeurs d'asile sur la seule année de 2015. L'approche de Macron est dangereuse. Concernant les propositions de François Fillon, je ferai observer, au vu de l'expérience qui a été la mienne au sein du Haut Conseil à l'intégration (HCI), que le Parlement n'est pas le mieux placé pour décider des entrées sur notre territoire. Cette décision, en raison même des conséquences sur le présent et l'avenir de la nation, doit relever du domaine réservé du chef de l'Etat.
 
Venons-en à l'intégration. Pour les citoyens, "intégration" signifie "intégration culturelle". C'est le résultat d'un processus qui conduit, lorsqu'il réussit, à l'assimilation. C'est l'appropriation des normes collectives et leur transmission à ses propres descendants. Or, Emmanuel Macron a décrété qu' "il n'y a pas de culture française". L'intégration est son angle mort, ce qui explique son positionnement par rapport à la laïcité. Manuel Valls balayé, plus aucun candidat de gauche ne porte l'exigence, incontournable pour préserver le vivre ensemble, du respect de la laïcité. François Fillon est dans une approche opposée. Référence aux valeurs, donc à l'identité française. Il évoque la nécessité de respecter le Code civil qui "fait mention à plusieurs reprises de l'exigence d'assimilation". Il lui reste à en tirer les conséquences. La démocratie suppose l'existence d'un corps politique. Or, citoyenneté et identité ont été dissociées. Elles doivent de nouveau coïncider. Il est aujourd'hui bien plus aisé d'obtenir la nationalité française qu'un titre de séjour. C'est une hérésie.
 
Le programme de Macron reste flou. A-t-il réellement une ligne définie sur ces questions ?
Son programme n'est ni flou ni inconnu. Il a précisé à plusieurs reprises avec clarté la ligne qui était la sienne : mondialiste et multiculturelle. D'où son positionnement cohérent sur les flux migratoires et la culture française : une France aux portes et fenêtres battantes placée sous le règne de la culture buffet. Chacun dépose ses plats sur la table et n'y puise que ce qui lui sied.
 
Existe-t-il également un vrai clivage en matière d'éducation ?
Ils se rejoignent dans la prise de conscience que la réussite ou l'échec scolaire se jouent très tôt. Mais ni l'un ni l'autre n'identifient les vraies sources de ce drame. Et, en effet, cela se joue dès la maternelle, en grande partie au travers du dictionnaire de mots maîtrisés par le jeune enfant ainsi que par l'attitude des parents vis-à-vis de la culture de l'école. Vont-ils l'accompagner ou, sans le vouloir, entraver les enseignants dans leur mission en raison de l'existence de problèmes de "compatibilité culturelle entre l'école et la maison" (voir le rapport Bentolila de 2007)?
Concernant leurs programmes, je distingue deux volets : la transmission culturelle et la pure gestion.
Dans le premier, il n'y a guère de point commun entre les deux candidats, et pour cause. Pour l'un, la culture française n'existe pas, quand l'autre s'inscrit dans une volonté de continuer la France d'un point de vue culturel. Par contre, tous deux prônent une plus grande autonomie du système éducatif, pensant - à tort - que là réside l'un des principaux remèdes à la régression scolaire. Or les innombrables alertes remontées au HCI ont montré que l'urgence commande, tout au contraire, de tourner le dos à la libéralisation de notre système éducatif. De veiller à l'unicité des programmes et à un contrôle effectif des connaissances à travers tout le territoire. De faire en sorte que le corps enseignant continue de dépendre hiérarchiquement du ministère, et non des chefs d'établissement. Si l'État avait promptement réagi pour soutenir les enseignants à chaque fois que l'un d'eux s'est trouvé confronté à une remise en cause des contenus ou du bien-fondé des principes républicains (laïcité, égalité filles-garçons), nous n'en serions pas là ! Combien d'enseignants, voulant signaler des situations anormales, se sont vu accuser de ne pas savoir "tenir leur classe", de ne pas être suffisamment "accommodants", parfois abandonnés par leurs chefs d'établissement et leurs autorités académiques. Certains ont abdiqué, quand ils ne se sont pas convertis au relativisme culturel pour avoir la paix. Si j'avais été ministre de l'Éducation nationale, j'aurais aussitôt installé une ligne directe entre le cabinet et le corps enseignant afin que chacun puisse obtenir écoute et soutien. L'Éducation est le domaine régalien par excellence.
 
Que vous inspirent les propos de Macron sur la guerre d'Algérie ?
Du sel sur des plaies non cicatrisées. Une accusation qui alimente la bataille des mémoires et la pente victimaire. Une accusation lourde à l'encontre de la France qui se trouve invalidée dès qu'on compare la démographie algérienne entre 1830 et 1962. À l'évidence, l'objectif était de séduire une partie de l'électorat issu des anciennes colonies vibrant encore à l'unisson de la terre de ses ancêtres. Cette accusation susceptible de dresser les uns contre les autres est d'une gravité extrême à l'heure où la France se trouve en guerre, ciblée par des terroristes qui justifient leurs actes par ce qu'elle est et ce qu'elle a été.
 
Macron rejoue-t-il la stratégie Terra Nova de François Hollande ?
Il suffit d'analyser ses propositions et l'électorat qu'il cible pour le comprendre. Macron s'inscrit dans la continuité de cette stratégie qui avait donné lieu à la refondation des politiques d'intégration en 2013 par Jean-Marc Ayrault. Avant d'accoucher de cinq rapports qui nous promettaient, en guise de projet de société, l' "apprentissage d'un savoir-faire avec l'hétérogénéité et dans la conflictualité", cette refondation s'était d'abord appuyée sur le rapport "La grande nation pour une société inclusive" du conseiller d'État Thierry Tuot, qui y moquait l'attachement des Français à leurs grands principes : "Droits et Devoirs ! Citoyenneté ! Histoire ! Œuvre ! Civilisation Française ! Patrie ! Identité ! France ! [...] Au XXIe siècle, on ne peut plus parler en ces termes à des générations de migrants [...] on ne peut plus leur tenir un discours qui fait sourire nos compatriotes par son archaïsme et sa boursouflure." Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, c'est au même Thierry Tuot qu'Emmanuel Macron confie une mission de réflexion et de propositions.
 
D'après les sondages, les Français jugent Marine Le Pen plus crédible sur ces questions...
Marine Le Pen a beaucoup fait évoluer son parti sur les points abordés ici depuis l'époque où le député Jean-Marie Le Pen déclarait, à l'Assemblée nationale, le 28 janvier 1958 : "Ce qu'il faut dire aux Algériens, si nous voulons en faire des Français, ce n'est pas qu'ils ont besoin de la France, mais que la France a besoin d'eux." Il y affirmait que "sur l'essentiel, les préceptes de la religion musulmane sont les mêmes que la religion chrétienne" et s'interrogeait : "Qui peut évaluer en milliards de dollars ou de roubles ce que vaut pour une nation le fait d'avoir dix millions de citoyens de plus ?" Aujourd'hui, Marine Le Pen regarde un certain nombre de réalités en face. Mais le "on est chez nous" scandé à tout-va dans ses meetings signale que le logiciel de ses troupes est resté à l'heure du seul droit du sang. Or les véritables artisans de la décomposition française sont les apprentis-sorciers occidentaux (donc "de souche") de la mondialisation, pour qui l'immigration a été une véritable aubaine. Ce sujet ne se réglera pas par un lapidaire "on est chez nous".
 
Le FN est au plus haut. François Hollande a-t-il une responsabilité dans cet état de fait ?
Dans le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, François Hollande s'interroge : "Comment on peut éviter la partition ? [...] Car c'est quand même ça qui est en train de se produire : la partition." Hollande "pense, depuis le début de l'année 2015, que le thème de l'identité sera au cœur de la prochaine échéance présidentielle." Ma conviction est qu'aujourd'hui un certain nombre d'opérations de diversion sont mises en œuvre pour empêcher que ce thème soit versé au débat. En ce domaine, la gauche est la première responsable de la décomposition française. Or, François Hollande le dit : "Emmanuel Macron, c'est moi !" Si ce thème venait à être versé au débat, Macron en serait comptable.

Paru sur Figarovox,  5 mars 2017

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