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SOREL-SUTTER Malika

SOREL-SUTTER Malika

Née en France
École maternelle et primaire en France puis 15 ans en Algérie
     avant de revenir s’installer définitivement en France.

Essayiste
Ancien membre du Collège du Haut Conseil à l'Intégration

Ingénieur de l’École Polytechnique d’Alger
Troisième cycle de gestion de l’Institut d’Études Politiques de Paris (Major de promotion)
 
Membre du jury du 'Grand prix de l’impertinence' de la Fondation prospective et innovation,
     présidé par le recteur Christian Forestier, administrateur général du CNAM.
Membre de la commission laïcité du Haut Conseil à l’Intégration.
Membre du conseil d’administration
     de l’association de géopolitique et de défense Géostratégies 2000
 
Ouvrages 
Le Puzzle de l’intégration. Les pièces qui vous manquent - Fayard/Mille et une nuits (2007)
De quoi l’avenir intellectuel sera-t-il fait ? Ouvrage collectif - Le Débat, Gallimard (2010)
Immigration-Intégration : le langage de vérité - Fayard/Mille et une nuits (2011)
 
 
Articles publiés
Le Débat, Gallimard, mars 2012 : 'Regarder la réalité en face', critique de deux ouvrages de Gilles Kepel.
Le Débat, Galimard, septembre-octobre 2011 : 'Intégration, le devoir de vérité'
Le Débat, Gallimard, septembre 2008 : 'Penser l’intégration'
Revue AFAE (Association Française des Administrateurs de l’Éducation), décembre 2011 :'L’école face au défi de l’inclusion'
Revue AFAE (Association Française des Administrateurs de l’Éducation), décembre 2010 :'Quand le communautarisme
     s’invite à la table de la République'
Enjeux et Débats de la Revue parlementaire : 'Le modèle français d’intégration n’a pas échoué, il n’a guère été appliqué', juin 2011
Les Échos de la fonction publique, juin-juillet 2011 : 'De l’immigration et de l’intégration'
L’Expansion, septembre 2011 : 'La République doit l’emporter sur les diasporas'
Le Figaro Magazine, mai 2011 :'Tout immigré doit puiser en lui la force de s’insérer dans la société française'
Valeurs actuelles, avril 2011 : 'Sur l’intégration, la France fait trop de concessions'
Le spectacle du monde, octobre 2010 : 'La France s’autodétruit sans rendre service aux immigrés'
Le Figaro, mars 2010 : 'Identité nationale : levons les tabous !'
La Libre Belgique, 8 octobre 2010 : 'Notre société a créé des fauves'

URL du site internet:

M. Macron, la discrimination...

Publié dans Du côté des élites
"M. Macron, la discrimination positive fracture la France"
 
Lors de son déplacement aux Mureaux, Emmanuel Macron a dévoilé, dans toute sa splendeur, son ignorance du réel et son mépris de classe pour la part des enfants issus de l'immigration qui habitent les "quartiers difficiles", selon son expression : "pour s'en sortir quand on vient des quartiers, il faut bien jouer au football ou être comique ou acteur."
Voilà donc l'idée qu'il se fait de ces populations.
À n'en pas douter, Emmanuel Macron est otage de préjugés bien-pensants véhiculés ces dernières décennies, qui posent sur l'immigré, ou ses descendants, un regard misérabiliste et empreint de condescendance. Ses propos aux Mureaux rappellent furieusement ceux qu'il avait tenus en septembre 2014 sur l'antenne d'Europe 1 au sujet des ouvrières de l'entreprise Gad : "Il y a dans cette société une majorité de femmes, pour beaucoup illettrées". Comme l'avait alors souligné Patrick Piguel, délégué CFDT chez Gad, "pour nous, ouvriers, c'est une insulte stigmatisante". Être considéré sur la base de ce que l'on est en tant qu'individu, et non à l'aune de clichés éculés sur des catégories de populations, demeure un combat.
Nombreux sont pourtant les enfants des quartiers qui ont pu gravir, une à une, les marches de l'ascension sociale ; et qui l'ont fait le plus souvent en dépit de lourds handicaps de départ. La sociologue finlandaise Jouni Välijärvi l'avait en effet très justement analysé dans le Rapport mondial de suivi sur l'éducation de l'Unesco : "on sait que les performances des élèves ont pour moteur le capital culturel et les centres d'intérêt qu'ils apportent de chez eux à l'école".
 
Manifestement, Emmanuel Macron ne s'est pas donné la peine de simplement écouter le maire des Mureaux François Garay, comme nous l'avons fait dans le cadre de la Section prospective du Conseil économique, social et environnemental régional d'Ile-de-France. À rebours de la discrimination positive qu'Emmanuel Macron dit vouloir assumer pour les quartiers, François Garay a mis en œuvre une multitude de mesures judicieuses qui, toutes, s'inscrivent dans le respect de nos principes républicains, comme par exemple des partenariats noués avec des entreprises pour financer les études de jeunes qui intègrent nos grandes écoles d'ingénieurs, ou encore l'école Boulle qui participe de la culture de l'excellence et contribue au rayonnement de la France. En contrepartie, ces jeunes doivent encadrer d'autres jeunes du quartier pendant un mois, durant l'été. Eh oui, Monsieur Macron, des enfants issus des quartiers ont d'ores et déjà intégré nos écoles d'ingénieurs et bien d'autres formations de haut niveau ! S'il y a un domaine où l'on ne peut tricher sur les acquis, c'est bien celui des sciences et technologies. Demandons donc à Emmanuel Macron s'il préférera monter dans un avion conçu par des équipes recrutées sur la base de sa discrimination positive, ou bien selon notre méritocratie républicaine...
 
La discrimination positive n'a rien de moderne. Elle a déjà été déployée aux États-Unis. Elle y a fait les preuves de sa haute toxicité. C'est un poison qui sème le ressentiment dans le cœur des hommes, car elle prend appui sur le postulat selon lequel les uns discriminent les autres. Qui peut imaginer récolter la paix, après avoir ainsi divisé le corps social entre victimes et bourreaux ?
Dans un discours prononcé à Philadelphie en mars 2008, Barack Obama l'avait même rendue responsable de la fracture raciale dont son pays est prisonnier, avec les conséquences dévastatrices que nous savons sur le vivre ensemble entre Noirs et Blancs. En privilégiant les uns, elle se transforme en discrimination négative pour tous les autres. Elle installe de nouvelles fractures au sein de la société. Les uns après les autres, les États des États-Unis ont fini par l'abroger. Est-il responsable de proposer une telle politique inégalitaire en France alors même que de nombreuses familles des classes moyennes basculent chaque jour dans la pauvreté ? Est-il raisonnable d'instaurer une nouvelle source de tensions entre groupes, alors que les tensions n'ont cessé de s'exacerber au fil des ans ? La France n'a nul besoin d'apprentis sorciers.
 
Lors de ce déplacement, Emmanuel Macron a également exprimé sa volonté de "favoriser l'accès à la nationalité française". Il s'inscrit dans la parfaite continuité de ce qui a été accompli par les socialistes depuis leur arrivée au pouvoir en 2012. Un petit retour en arrière s'impose. Dès l'arrivée au pouvoir de François Hollande, Manuel Valls, qui s'installe Place Beauvau, adresse de nouvelles directives aux préfets. C'est ainsi que, l'année suivante, les naturalisations font un bond de 14 %. Cela ne suffit pas aux socialistes, puisque quelques mois plus tard, Manuel Valls prend de nouvelles dispositions pour "faciliter l'accès à la nationalité des précaires, des jeunes et des talents, notamment". Comme l'avait rapporté Le Point dans une enquête publiée en août 2013, les consignes de Manuel Valls "ont eu leur effet : sur l'ensemble des demandes, 40 % obtenaient un avis favorable des préfets en 2011, ce taux est remonté à 61 %".
Manuel Valls a également introduit la notion de "présomption d'assimilation": il suffit aux moins de 25 ans d'avoir résidé plus de dix ans en France et y avoir été scolarisés au moins cinq ans sans discontinuer pour en bénéficier. Nous spéculons sans fin autour des sondages en ce début 2017 alors que la totale inconnue, à cette heure, demeure l'influence de la modification induite par toutes ces mesures sur la composition du corps électoral, celui qui ira déposer un bulletin dans l'urne pour la prochaine élection présidentielle et les législatives qui suivront.
 
Souvenons-nous ici des stratégies élaborées par le laboratoire d'idées de la gauche Terra Nova : "Une nouvelle coalition émerge. Elle dessine une nouvelle identité sociologique de la gauche, la France de demain, face à une droite dépositaire de la France traditionnelle. […] La population des Français issus de l'immigration est en expansion démographique et en mutation identitaire […] Au-delà des non-religieux, ce sont aussi tous les non-catholiques, notamment les individus d'“autres religions”, composés à 80 % de musulmans, qui sont plutôt enclins à voter à gauche. Dans ces conditions, la dynamique démographique est très favorable à la gauche." En l'absence d'intégration culturelle massive ou d'assimilation, une question se fait jour : sommes-nous déjà, ou non, en passe de basculer d'une démocratie fondée sur les idées à une démocratie basée sur la démographie ? À quelles fins les socialistes ont-ils souhaité modifier la loi électorale, et notamment la date limite d'inscription sur les listes électorales, de sorte que tous ceux qui atteignent 18 ans entre le 1er janvier et le 22 avril 2017 (pour la présidentielle) ou le 10 juin 2017 (pour les législatives), ainsi que toute personne acquérant la nationalité française ou retrouvant l'exercice du droit de vote après le 1er janvier 2017, puisse aller voter?
Par les volontés qu'il a exprimées lors de son déplacement aux Mureaux, Emmanuel Macron vient une nouvelle fois confirmer la véracité de la confidence faite par François Hollande aux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme : "Emmanuel Macron, c'est moi".

Paru sur Figarovox, 8 mars 2017

... Chez Fillon, chez Macron

Publié dans Du côté des élites
"Fillon veut continuer la France quand, pour Macron, la culture française n'existe pas"
 
 
FIGAROVOX - Quelles sont les orientations de Macron et Fillon à propos des questions régaliennes et culturelles, en particulier concernant la question de l'intégration ?
Avant l'intégration, il convient d'aborder l'immigration. Fillon veut "réduire l'immigration légale au strict minimum" et que le Parlement adopte chaque année des "quotas limitant le nombre d'étrangers qui pourront être admis en France, en fonction de nos besoins économiques et de nos capacités d'intégration." Macron s'est rendu à Berlin pour y rendre un vibrant hommage à la politique d'accueil d'Angela Merkel. Rappelons que l'Allemagne a accueilli 1,1 million de demandeurs d'asile sur la seule année de 2015. L'approche de Macron est dangereuse. Concernant les propositions de François Fillon, je ferai observer, au vu de l'expérience qui a été la mienne au sein du Haut Conseil à l'intégration (HCI), que le Parlement n'est pas le mieux placé pour décider des entrées sur notre territoire. Cette décision, en raison même des conséquences sur le présent et l'avenir de la nation, doit relever du domaine réservé du chef de l'Etat.
 
Venons-en à l'intégration. Pour les citoyens, "intégration" signifie "intégration culturelle". C'est le résultat d'un processus qui conduit, lorsqu'il réussit, à l'assimilation. C'est l'appropriation des normes collectives et leur transmission à ses propres descendants. Or, Emmanuel Macron a décrété qu' "il n'y a pas de culture française". L'intégration est son angle mort, ce qui explique son positionnement par rapport à la laïcité. Manuel Valls balayé, plus aucun candidat de gauche ne porte l'exigence, incontournable pour préserver le vivre ensemble, du respect de la laïcité. François Fillon est dans une approche opposée. Référence aux valeurs, donc à l'identité française. Il évoque la nécessité de respecter le Code civil qui "fait mention à plusieurs reprises de l'exigence d'assimilation". Il lui reste à en tirer les conséquences. La démocratie suppose l'existence d'un corps politique. Or, citoyenneté et identité ont été dissociées. Elles doivent de nouveau coïncider. Il est aujourd'hui bien plus aisé d'obtenir la nationalité française qu'un titre de séjour. C'est une hérésie.
 
Le programme de Macron reste flou. A-t-il réellement une ligne définie sur ces questions ?
Son programme n'est ni flou ni inconnu. Il a précisé à plusieurs reprises avec clarté la ligne qui était la sienne : mondialiste et multiculturelle. D'où son positionnement cohérent sur les flux migratoires et la culture française : une France aux portes et fenêtres battantes placée sous le règne de la culture buffet. Chacun dépose ses plats sur la table et n'y puise que ce qui lui sied.
 
Existe-t-il également un vrai clivage en matière d'éducation ?
Ils se rejoignent dans la prise de conscience que la réussite ou l'échec scolaire se jouent très tôt. Mais ni l'un ni l'autre n'identifient les vraies sources de ce drame. Et, en effet, cela se joue dès la maternelle, en grande partie au travers du dictionnaire de mots maîtrisés par le jeune enfant ainsi que par l'attitude des parents vis-à-vis de la culture de l'école. Vont-ils l'accompagner ou, sans le vouloir, entraver les enseignants dans leur mission en raison de l'existence de problèmes de "compatibilité culturelle entre l'école et la maison" (voir le rapport Bentolila de 2007)?
Concernant leurs programmes, je distingue deux volets : la transmission culturelle et la pure gestion.
Dans le premier, il n'y a guère de point commun entre les deux candidats, et pour cause. Pour l'un, la culture française n'existe pas, quand l'autre s'inscrit dans une volonté de continuer la France d'un point de vue culturel. Par contre, tous deux prônent une plus grande autonomie du système éducatif, pensant - à tort - que là réside l'un des principaux remèdes à la régression scolaire. Or les innombrables alertes remontées au HCI ont montré que l'urgence commande, tout au contraire, de tourner le dos à la libéralisation de notre système éducatif. De veiller à l'unicité des programmes et à un contrôle effectif des connaissances à travers tout le territoire. De faire en sorte que le corps enseignant continue de dépendre hiérarchiquement du ministère, et non des chefs d'établissement. Si l'État avait promptement réagi pour soutenir les enseignants à chaque fois que l'un d'eux s'est trouvé confronté à une remise en cause des contenus ou du bien-fondé des principes républicains (laïcité, égalité filles-garçons), nous n'en serions pas là ! Combien d'enseignants, voulant signaler des situations anormales, se sont vu accuser de ne pas savoir "tenir leur classe", de ne pas être suffisamment "accommodants", parfois abandonnés par leurs chefs d'établissement et leurs autorités académiques. Certains ont abdiqué, quand ils ne se sont pas convertis au relativisme culturel pour avoir la paix. Si j'avais été ministre de l'Éducation nationale, j'aurais aussitôt installé une ligne directe entre le cabinet et le corps enseignant afin que chacun puisse obtenir écoute et soutien. L'Éducation est le domaine régalien par excellence.
 
Que vous inspirent les propos de Macron sur la guerre d'Algérie ?
Du sel sur des plaies non cicatrisées. Une accusation qui alimente la bataille des mémoires et la pente victimaire. Une accusation lourde à l'encontre de la France qui se trouve invalidée dès qu'on compare la démographie algérienne entre 1830 et 1962. À l'évidence, l'objectif était de séduire une partie de l'électorat issu des anciennes colonies vibrant encore à l'unisson de la terre de ses ancêtres. Cette accusation susceptible de dresser les uns contre les autres est d'une gravité extrême à l'heure où la France se trouve en guerre, ciblée par des terroristes qui justifient leurs actes par ce qu'elle est et ce qu'elle a été.
 
Macron rejoue-t-il la stratégie Terra Nova de François Hollande ?
Il suffit d'analyser ses propositions et l'électorat qu'il cible pour le comprendre. Macron s'inscrit dans la continuité de cette stratégie qui avait donné lieu à la refondation des politiques d'intégration en 2013 par Jean-Marc Ayrault. Avant d'accoucher de cinq rapports qui nous promettaient, en guise de projet de société, l' "apprentissage d'un savoir-faire avec l'hétérogénéité et dans la conflictualité", cette refondation s'était d'abord appuyée sur le rapport "La grande nation pour une société inclusive" du conseiller d'État Thierry Tuot, qui y moquait l'attachement des Français à leurs grands principes : "Droits et Devoirs ! Citoyenneté ! Histoire ! Œuvre ! Civilisation Française ! Patrie ! Identité ! France ! [...] Au XXIe siècle, on ne peut plus parler en ces termes à des générations de migrants [...] on ne peut plus leur tenir un discours qui fait sourire nos compatriotes par son archaïsme et sa boursouflure." Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, c'est au même Thierry Tuot qu'Emmanuel Macron confie une mission de réflexion et de propositions.
 
D'après les sondages, les Français jugent Marine Le Pen plus crédible sur ces questions...
Marine Le Pen a beaucoup fait évoluer son parti sur les points abordés ici depuis l'époque où le député Jean-Marie Le Pen déclarait, à l'Assemblée nationale, le 28 janvier 1958 : "Ce qu'il faut dire aux Algériens, si nous voulons en faire des Français, ce n'est pas qu'ils ont besoin de la France, mais que la France a besoin d'eux." Il y affirmait que "sur l'essentiel, les préceptes de la religion musulmane sont les mêmes que la religion chrétienne" et s'interrogeait : "Qui peut évaluer en milliards de dollars ou de roubles ce que vaut pour une nation le fait d'avoir dix millions de citoyens de plus ?" Aujourd'hui, Marine Le Pen regarde un certain nombre de réalités en face. Mais le "on est chez nous" scandé à tout-va dans ses meetings signale que le logiciel de ses troupes est resté à l'heure du seul droit du sang. Or les véritables artisans de la décomposition française sont les apprentis-sorciers occidentaux (donc "de souche") de la mondialisation, pour qui l'immigration a été une véritable aubaine. Ce sujet ne se réglera pas par un lapidaire "on est chez nous".
 
Le FN est au plus haut. François Hollande a-t-il une responsabilité dans cet état de fait ?
Dans le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, François Hollande s'interroge : "Comment on peut éviter la partition ? [...] Car c'est quand même ça qui est en train de se produire : la partition." Hollande "pense, depuis le début de l'année 2015, que le thème de l'identité sera au cœur de la prochaine échéance présidentielle." Ma conviction est qu'aujourd'hui un certain nombre d'opérations de diversion sont mises en œuvre pour empêcher que ce thème soit versé au débat. En ce domaine, la gauche est la première responsable de la décomposition française. Or, François Hollande le dit : "Emmanuel Macron, c'est moi !" Si ce thème venait à être versé au débat, Macron en serait comptable.

Paru sur Figarovox,  5 mars 2017

"cessons de reculer"

Publié dans En France
"Dans les banlieues, cessons de reculer"
 
FIGAROVOX - Après le viol présumé de Théo à Aulnay-sous-Bois, des émeutes urbaines ont éclaté en Seine-Saint-Denis. Dans quelle mesure peut-on dire que cette dégradation du climat sécuritaire est l'illustration d'une crise sociale et politique ?
Ce qui est frappant, c'est le climat d'hystérie qui s'empare de plus en plus souvent de notre société. Chacun, ou presque, a son mot à dire sur ce qui s'est produit et voudrait imposer aux enquêteurs et même à la Justice la qualification des faits ainsi que la sentence. Les juges sont placés sous une pression inacceptable dans une démocratie.
Alors sommes-nous dans la traduction d'une crise sociale et politique ? Une crise politique, assurément car c'est bien l'ordre établi et tous ceux qui l'incarnent de près ou de loin qui se trouvent un jour ou l'autre contestés, et parfois placés dans l'incapacité d'exercer leur mission. Des guet-apens sont tendus à des pompiers. Des policiers tombent dans des embuscades ou sont attaqués car leur surveillance dérange. Un nombre croissant d'enseignants refusent d'exercer leur mission en certains lieux. De même en va-t-il pour des médecins et bien d'autres professions.
Quant à la crise sociale, tout dépend de ce que vous mettez dans le terme "social. Si vous l'entendez au sens qui a cours depuis le début des années quatre-vingt, alors non, nous ne sommes pas dans la simple traduction d'une crise sociale. Le problème est beaucoup plus profond, et surtout multidimensionnel. L'État, qu'il ait été piloté par la droite ou par la gauche, a consenti de lourdes dépenses dont le contenu n'a pas été suffisamment porté à la connaissance de l'opinion publique. L'État devrait communiquer davantage afin que l'on cesse de l'accuser de n'avoir pas assez investi. Ces accusations répétées - de toutes parts - nourrissent le ressentiment et parfois même la haine à l'égard des institutions et de leurs représentants.
 
N'y a-t-il pas aussi une dimension culturelle voire religieuse à cette crise des banlieues ?
C'était le cas en 2005. Pourtant les médias ont persisté à répéter que tout ce qui se produisait était lié à la mort effroyable des deux jeunes dans un transformateur. Gilles Kepel a mis en évidence que l'embrasement des banlieues avait eu pour origine le lancement non intentionnel d'une grenade à proximité d'un lieu qui présentait l'aspect extérieur d'un entrepôt. Les policiers ignoraient que ce bâtiment était utilisé comme lieu de culte. Sur place, l'information a été aussitôt propagée que la mosquée avait été visée délibérément, et qu'il s'agissait d'une attaque de l'État contre l'islam et les musulmans. Il convient de s'interroger sur les groupes de pression et d'influence qui trouvent intérêt à diviser la société selon la croyance, l'ethnie ou la "race".
Il est prématuré de tirer des conclusions sur ce qui se produit aujourd'hui et qui se propage à travers un nombre croissant de territoires. Nous sommes en présence d'une population sous le choc de ce qui vient d'arriver et qui se retrouve très vraisemblablement instrumentalisée. Il appartient à nos services de renseignement d'identifier au plus vite quelles sont les forces qui s'activent en sous-main et qui ont intérêt à ce que la police ne puisse plus pénétrer certains quartiers, ou même que la situation échappe à tout contrôle.
 
Peut-on comparer la situation actuelle aux émeutes de banlieue en 2005 ?
Depuis 2005, la situation s'est fortement dégradée. Le niveau de violence a considérablement augmenté. Cela était prévisible puisque le fond du sujet n'a jamais été véritablement abordé. On a persisté dans le déni du réel et dans la manipulation des masses. Pourtant, comme le montrent ses propos consignés dans Un président ne devrait pas dire ça, François Hollande n'ignore rien de la gravité de la situation. Évoquant la marche pour Charlie, il fait état de "ces trois France qui semblent parfaitement irréconciliables" et s'interroge : "comment on peut éviter la partition ? … Car c'est quand même ça qui est en train de se produire : la partition". En 2005, il n'aurait pas employé le terme de "partition" qui est extrêmement lourd. Quel est le bilan de François Hollande dans ce registre ? C'est celui de sa tentative de refondation des politiques d'intégration, que j'ai contribué à torpiller car elle menait tout droit à la disparition à terme de l'identité française. Nul n'a le droit de créer les conditions de l'enterrement de l'identité du peuple français. Chaque peuple a droit au respect de son identité, a fortiori sur son propre territoire. J'ai eu l'occasion d'analyser longuement les différents rapports pour Le Figaro.
Malheureusement, les choses n'en sont pas restées là, puisque nous avons eu droit ensuite à un certain nombre de réformes scolaires ainsi qu'à l'adoption de la loi "Égalité et Citoyenneté" qui partent toujours de la même approche et qui recèlent un degré non négligeable de toxicité pour notre avenir à tous. Et l'on en arrive à présent à ce qu'un postulant à la fonction suprême ose asséner qu' "il n'y a pas de culture française" !
 
Comment jugez-vous la réaction des autorités politiques à ce nouvel accès de violence ?
Il y a eu de bonnes et de mauvaises réactions. Lorsqu'une enquête est en cours, on ne doit pas tenter d'interférer. Chacun se doit de laisser la Justice suivre son cours. Aussi, la visite du président de la République à l'hôpital n'aurait pas dû se produire car non seulement elle jette du sel sur les plaies, mais elle est de surcroît perçue comme un parti pris. Il avait lui-même reproché au président Nicolas Sarkozy de réagir trop souvent, et lui, que fait-il ? Ensuite, certains politiques de premier plan se sont mis à relayer l'appel au calme lancé par la famille. On croit rêver ! Ce faisant, le politique se démet lui-même de son autorité.
Autre point : qu'une première manifestation ait été autorisée, car il est naturel que des citoyens éprouvent le besoin de marcher ensemble, on peut le comprendre. Mais nous n'en sommes plus là. D'autant que nous sommes en état d'urgence. Comment expliquer que le pouvoir expose ainsi son incapacité à faire appliquer la loi ? C'est préjudiciable pour tous, car toute faiblesse de l'État peut être interprétée comme une invitation à défier encore davantage les institutions. Or, la population a besoin d'être protégée. La sécurité est le premier des besoins.
Le refus réitéré par le gouvernement de la délivrance d'un récépissé de contrôle d'identité est une très bonne décision. Cette demande part du principe que nos policiers sont suspects. Cette mise en cause récurrente de la police nationale est catastrophique. Il ne faut pas venir ensuite s'étonner de la dégradation de la situation de la sécurité en France.
 
Que faire ?
Cesser de démissionner et de reculer en pensant que c'est la meilleure façon d'acheter la paix. Nous le voyons, c'est l'inverse qui se produit. Il faut retrouver le chemin de la raison. En revenir au traitement des individus, et des individus seuls. Considérer chaque être humain sur la base de ce qu'il est en tant qu'être humain, et donc tourner le dos à l'approche communautaire qui pourrait conduire à terme à la partition évoquée par le Président François Hollande. Travailler à retisser le lien de confiance entre notre société, l'école et le corps enseignant. Le chantier est exigeant, mais il est décisif pour l'avenir de notre société. Beaucoup peut encore être fait dans ce domaine. L'espoir est de mise. Responsabiliser les parents, mais aussi les accompagner dans leur mission car l'éducation n'est pas toujours tâche aisée, loin s'en faut ! Dans mes écrits, j'émets un grand nombre de propositions et recommandations. Simplement, il faut être bien conscient que rien ne sera possible sans prendre en compte le fait que la France n'est plus en capacité d'accueillir de nouveaux flux migratoires. Et ce n'est pas qu'une simple question d'ordre socio-économique.

Paru sur Figarovox, 14 février 2017

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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