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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

Peinture sans peinture

Publié dans A tout un chacun
Peinture sans peinture
 
La technique vient de parachever la dématérialisation totale de l’art : on peut maintenant peindre directement dans l’espace et y convier le spectateur muni d’un casque adéquat.
Une application de dessin en réalité virtuelle, Tilt Brush, vendue 20 dollars, aurait atteint le chiffre de 190 000 utilisateurs, un an seulement après le début de sa commercialisation par Google : deux commandes manuelles remplacent crayons, pinceaux et burins. Portrait de l’artiste en pilote informatique ? En fait, cet outil fut créé pour le divertissement d’un public d’amateurs mais des artistes s’en sont emparés, séduits par son côté "immersif" si tendance : le spectateur n’est plus face à l’art mais dedans ! Peut-on en conclure que la technique réalise un des rêves ancestraux de l’artiste : "mettre le spectateur dans son propre monde" ? Assiste-t-on à une apothéose ou à une déconfiture totale des arts visuels ? Car dans l’art traditionnel, le spectateur n’est pas conquis d’avance, il faut manier ses instruments de manière pertinente pour attirer son attention, sinon le public se détourne. Dans le cas de la réalité virtuelle, le spectateur est captif d’avance, par définition. Reste que, lassé ou déçu par ce qu’il découvre, il peut toujours enlever le casque. Il semble que les premiers essais de peinture virtuelle soient répétitifs avec abus de couleurs criardes et multiplication d’effets faciles, néon, fluo ou paillettes. Bref, il ne faudrait pas confondre réussite technique et brio esthétique…
Les musées ont depuis longtemps compris l‘intérêt pédagogique de la réalité virtuelle qui permet, par exemple, de reconstituer des architectures ou des événements passés, de manière vivante pour les cervelles avides de sensations. Les artistes, eux, expérimentent et certains rêvent déjà de travailler à plusieurs sur un même espace virtuel : la peinture deviendrait-elle un jeu vidéo comme un autre ? Beaucoup se demandent comment en vivre : en étant rémunéré lors de performances comme pour un spectacle ? Les galeries ne savent pas encore comment exposer les œuvres de réalités virtuelles. Mais cet art participatif a-t-il encore besoin d’un intermédiaire en galerie ? Voilà une invention qui risque de fuser, les réseaux sociaux aidant, par-dessus la tête des marchands comme des experts.
La technique, elle, a déjà une longueur d’avance : Google a mis au point des pinceaux sensibles aux sons qui réagissent en temps réel à la musique. A quand l’œuvre d’art connectée qui fasse grille-pain et réservation auto ?

Paru sur www.sourgins.fr, 27 juin 2017

Un humaniste s'en est allé...

Publié dans Du côté des élites
Un humaniste s'en est allé...

2017 aurait du commencer par une bonne nouvelle (le lancement d’un livre atypique : "Eco enluminures, cris de la terre" de Sérgio Bello) , hélas nous apprenons la disparition de Laurent Danchin, grande figure de la dissidence française.
Commissaire de nombreuses expositions d’Art Brut à la Halle St Pierre, correspondant de la revue internationale Raw Vision, Laurent Danchin fut un des premiers à publier contre l’AC (soit l’Art officiel, potentiellement financier), terme qu’il avait contribué à créer et diffuser. Il vit ces dernières annéesl’AC s’accaparer et financiariser un Art Brut méprisé jusque-là. Longtemps, Danchin imagina que l’Art Brut apporterait  fraîcheur et innocence "au sein d’une scène artistique particulièrement perturbée et indéchiffrable, (…) tout en rappelant, contre l’abus et l’imposture, ce qu’est la vraie création, Mais "cet enfant sauvage, mal élevé, qui n’aurait jamais été admis à la table des bourgeois, fait désormais l’objet, tous azimuts, d’une intense campagne de nettoyage et de récupération, (…) submergé au passage par la foule des opportunistes, des arrivistes ou des imposteurs", écrivait-il en 2014 (1).


Fils d’universitaire, Danchin  détestait l’Université pour son absence de curiosité, son fractionnement du savoir, ou son approche de l’Art théorique, "objective", en un mot conceptuelle. Diplôme en histoire de l’art à Paris X, titulaire d’ un DEA d’esthétique à la Sorbonne, il fit Normal Sup et devint professeur de lettres à Nanterre et Boulogne Billancourt expérimentant au quotidien, pendant 30 ans, la banlieue et les marges : il en gardait une passion pour la culture générale, seule capable d’empêcher l’émiettement d’une société devenue babélique. C’est ainsi qu’un ministère de la Culture séparé de l’Education contraint automatiquement, selon lui, la Culture à devenir de la consommation, un divertissement. Ses talents de pédagogue lui permettaient de défendre brillamment sa passion pour l’Art brut,  la culture dite "populaire", les "autodidactes" ou les créateurs singuliers comme Chomo, sculpteur ermite de Fontainebleau dont il fut l’ami.

Son œuvre a participé à la prise de conscience du totalitarisme "soft" que nous subissons. Il est l’auteur d’une grande bibliographie sur l’Art contemporain montrant, depuis 1980, l’ampleur du débat, quoique  souvent souterrain.
Son érudition, sa bonhommie et sa profondeur nous manqueront.
Il nous reste plusieurs vidéos, comme celle sur " la critique cultivée de l'Art contemporain"
cliquez . Animé avec Jean-Luc Giraud, son site Mycélium, cliquez  dont le nom suggère que les idées et les formes cheminent comme  les ramifications souterraines des champignons. Un des derniers textes publiés par Laurent Danchin figure dans le livre du plasticien brésilien Sérgio Bello "Eco enluminures, cris de la Terre". Cet ouvrage, à travers l’Amazonie, est un plaidoyer pour la Terre que l’homme assassine ; il est constitué de 27 enluminures poétiques et engagées, accompagnées de textes rédigés par 27 personnalités d’origine diverse, en écho à l’impact des images (site de Sérgio Bello cliquez ). Laurent Danchin s’y associa, comme le sociologue et philosophe Edgar Morin, l’astrophysicien Hubert Reeves, le critique d’art Gérard Xuriguerra etc... J’eus le plaisir d’en écrire le prélude,  Danielle Mitterrand la préface (texte inédit)… (diffusion du livre ;  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. )   

Un acte de lutte et de résistance, le pinceau ou la plume à la main, pour ouvrir dignement 2017 !

 




1) Préface de Aux frontières de l’art brut, un parcours dans l’art des marges, de Laurent Danchin, Collection mycelium, Éd. lelivredart 640 p.
Paru sur www.sourgins.fr
 

Paris colonisé par ...

Publié dans Du côté des élites
Paris colonisé par l'Art financier
 
Jeff Koons vient de "donner" une œuvre à Paris : un clinquant bouquet de tulipes brandi par une main gigantesque, qui dépareillera l’espace entre le Palais de Tokyo et le musée d’Art moderne de la Ville de Paris… tant la différence d’échelle et de matériaux est choquante. Pour implanter ce bronze polychrome de douze mètres de haut et 33 tonnes, les riverains n’ont pas été consultés, pas plus que les architectes des bâtiments de France : la loi Pellerin a été promulguée précisément pour rendre l’AC incontestable, incritiquable. L’ambassadrice américaine s’est donc unie à une mairie de Paris aux ordres et à un collectionneur (M. Pinault grand amateur de Koons était présent lors de l’annonce) imposant n’importe quoi, n’importe où, puisque, Loi oblige, il suffit d’invoquer le label magique d "Art contemporain". "Donner" est mensonge : à condition que l’on paye le vase a titré Le Monde, enfin lucide ! Le don n’est pas financé et son coût serait de 3 millions d’euros … Emmanuelle et Jérôme de Noirmont, anciens marchands parisiens de Jeff Koons, reconvertis producteurs, sont chargés de collecter les fonds via du mécénat privé : collaborateurs de la colonisation culturelle à vos chéquiers ! Mais ce mécénat privé va investir l’espace public :  en réalité c’est Paris qui se donne . Koons accapare le bien commun, le prestige parisien, pour augmenter encore sa cote. Même quand on est l’artiste vivant le plus cher au monde, l’Art financier fonctionne comme une bicyclette : si on n’avance pas sans cesse, on tombe. Le battage permettra en outre à Koons d’installer enfin une de ses œuvres dans l’espace public de son propre pays…

Toute cette stratégie est maquillée en "signe de fraternité après les attentats de novembre 2015". Comédie cousue de fil blanc : les lieux n’ont aucun rapport avec les attentats et l’excuse compassionnelle colle mal avec la référence "aux fleurs rococo de François Boucher ou de Jean-Honoré Fragonard" : un peu de frivolité pour parfumer une tuerie ? Quant à la main, elle évoquerait celle de la statue de la Liberté (éclairant le monde), œuvre de Bartholdi donnée par la France aux Etats-Unis en 1886. N’est-ce pas plutôt "la fameuse main invisible du marché" ? Koons vient-il fleurir la tombe de la culture européenne soumise à la finance mondialisée : quand on sait que la tulipe (1) engendra une spéculation féroce au XVIIème siècle, on ne saurait rêver de symbole plus fort marquant l’emprise de l’Art Financier au cœur de Paris !
L’opération est d’autant plus écœurante que l’espace de la rue est actuellement celui des Sdf, refugiés et autres sans abris qui eux, visiblement, ne sont pas suffisamment "contemporains" pour qu’on dépense ces 3 millions d’euros pour les aider, mieux vaut dorloter les cotes de l’Art financier. Françoise Monnin rédactrice en chef d’Artension a eu l’idée d’une pétition "SOW BEAUTIFUL" proposant en remplacement de la Koonserie un hommage à Ousmane Sow qui vient de nous quitter. Mais d’autres pétitions circulent
cliquer.
L’année finit mal avec la mort de ce sculpteur et académicien, et l’élection à l’Académie de Bustamante, artiste conceptuel au siège de… Zao Wou-Ki ! Tandis que le siège du peintre abstrait Georges Mathieu n’est, après 3 scrutins, toujours pas pourvu…. Bizarre, d’éminents peintres étaient pourtant postulants… A suivre en 2017.
www.sourgins.fr
(1) Certains voient dans cette fleur une allusion à la Hollande et une forme de soutien de Mme Hidalgo envers son cher François…

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