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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

L'art de profiter des sinistres

Publié dans Du côté des élites
L'art de profiter des sinistres
 
On connaissait les "profiteurs de guerre", l’ère de la globalisation multiplie les "profiteurs de sinistres" actifs dans la culture.
La Biennale d’art contemporain de Venise a ouvert avec en vedette l'épave d'un bateau ayant sombré en avril 2015 : mille morts, soit le pire naufrage de migrants en Méditerranée. La carcasse, en l’état, est exposée à Venise jusqu’au 20 novembre par l'artiste suisse Christoph Buchel, livrée aux voyeurs, sans installation autour, ni explication non plus. Un grand humaniste, ce Buchel, pas du tout provocateur ; lors de la Biennale 2015, il avait transformé en mosquée une ancienne église vénitienne. La thématique du pire entre dès les années 90 dans la carrière du commissaire de la Biennale, l’américain Ralph Rugoff, avec ses expositions "Just Pathetic" et "Scene of Crime". C’est lui qui a invité 79 artistes contemporains "à créer des œuvres sur les drames du monde moderne". La Coréenne Lee Bul dédie une installation au naufrage du ferry Sewol, au large de la Corée du Sud en 2014 : 304 morts, des lycéens pour la plupart, ont droit à "une montagne de vieux chiffons (qui) se gonfle pour représenter la douleur, la peur, l'étonnement et l'impuissance". C’est sûr leurs parents iront mieux après, mais notre Boltanski pourrait en revendiquer le concept. Lee Bul, une femme sensible et délicate : au Moma de New-York en 1997, son installation "Majestueuse splendeur" composée de poissons morts ornés de bijoux clinquants et se décomposant, puait tellement que le musée dut la retirer. A Venise on trouve une autre thanatologue : la Mexicaine Teresa Margolles qui "expose un mur érigé de barbelés et constitué de blocs de ciment d'une école où l'on peut voir les impacts de balles, là où quatre personnes ont été tuées.". Une artiste qui frise la sainteté : en l’an 2000, la mère d’un punk décédé n’avait pas de quoi payer un cercueil. L’artiste, charitable, le fournit contre une partie du cadavre qu’elle exposa "comme un ready-made" sic : la langue du jeune punk mort. Il y eu même un évêque, Mgr Rouet, pour applaudir (voir "Les mirages de l’Art contemporain", La Table Ronde, 2018, p.226, 227).
 
Les "profiteurs de sinistres" voudraient aussi accrocher Notre-Dame à leur tableau de chasse. Marianne a révélé que, dès 2016, un rapport du CNRS avait alerté le gouvernement sur l’état désastreux de la sécurité de la cathédrale. Le rapport a  été classé "confidentiel défense" et rien n’a été fait. On sait l’emballement suspect déployé par le gouvernement Macron pour "reconstruire" (alors qu’il faudrait seulement restaurer) ; tout s’éclaire à la découverte du projet de refonte globale de l’ile de la Cité, présenté au président Hollande, toujours en 2016. Ce rapport Perrault et Bélaval s’attaquait au vrai problème de Notre-Dame : elle reçoit de 13 à 14 millions de touristes "qui ne seraient pas bien accueillis". Traduisez en marketing : il y a là une manne financière insuffisamment exploitée et qui ne retombe pas dans les bonnes poches ! D’où 35 propositions et un projet révolutionnaire : une gigantesque dalle transparente à la place du parvis de Notre-Dame, au-dessus de la crypte archéologique, avec débarcadère, plates-formes flottantes, piscine, cafés, restaurants, salles de concerts. Certains se plaignent de la muséification des villes européennes : mais avec l’Hôtel-Dieu qui part, les policiers du quai des orfèvres qui ont déménagé, l’île de la Cité est vidée peu à peu de sa sève (administrative) et pourrait devenir un juteux centre touristique. Les dessins de ce projet futuriste sont glaçants. Seul détail enquiquinant pour ses promoteurs : les 22 hectares de l’île de la Cité sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco et protégés par des nombreuses contraintes règlementaires. On s’étonne donc moins que M. Macron ait préparé une loi d'exception pour accélérer la reconstruction de Notre-Dame, déroger au code du patrimoine, s’affranchir des procédures en vigueur pour les monuments historiques sur un site qui n’en compte pas moins de 35 (1) ! Jusqu’à prendre ses distances avec le Code des marchés publics. Le rapport en concluait, à l’époque, qu’un tel projet "n’a aucune chance de voir le jour" sauf évènement "inattendu et improbable » qui autoriserait le bouleversement d’un des sites architecturaux les plus protégés de France…Comme les sinistres attendus et probables font bien les choses, non ? Vous avez aimé Koons à Versailles ? Vous allez adorer la privatisation de l’île de la Cité !
(plus d’infos cliquez)
 
A propos de Koons, le 16 mai son Rabbit, a été vendue 91,1 millions de dollars à New York, chez Christie's. Koons redevient ainsi l'artiste vivant le plus cher au monde. Dans la construction de la valeur de ce  "lapin" l’exposition à Versailles en 2008 a compté, mais, depuis, Jeff et son bouquet de tulipes avait été contestés à Paris par les milieux culturels. Il fallait d’urgence raffermir l’étalon du marché new-yorkais. Les financiers et les politiques viennent de remettre les pendules du marché à l’heure américaine…
(1) l’État est propriétaire du site à 57 % et la Ville de Paris à 43 %.

Paru sur www.sourgins.fr, 21 mai 2019

Le diable est dans les détails

Publié dans A tout un chacun
Le diable est dans les détails
 
Après le Louvre "crassepouille", voir
chronique du 9 avril, voici le musée en taulier bon chic bon genre. Pour fêter les 30 ans de sa pyramide, Le Louvre s’est-il associé avec le Musée du Caire, le British Museum, ou l’Ägyptisches Museum de Berlin ? Mais non, avec Airbnb pour organiser un concours mondial récompensé par un apéro face à la Joconde, suivi d’un dîner avec la Vénus de Milo et d’un concert dans les appartements de Napoléon III… La gagnante, Daniela, une Canadienne de 26 ans, est étudiante en restauration aux Beaux-Arts de Newcastle où elle a rencontré son compagnon. Les tourtereaux ont donc fini leur nuit au musée sous la couette, en dessous de la pyramide : on espère que, par décence, les caméras de surveillance avaient été débranchées… oui mais alors, et la sécurité ? Car le diable est dans les détails : la seule question posée était "Pourquoi seriez-vous le meilleur invité de la Joconde ?". Vous pensez que Daniela, étudiante en art, a gagné grâce à une réponse subtile, érudite ou spirituelle ? Elle a répondu "par une incitation à découvrir le Spritz, un cocktail branché, avec des chips". Waouh, c’est peu de dire que la prétendue démocratisation de la culture a été le faux nez du consumérisme ambiant !

Autre exemple. Mardi 30 avril, la plus vieille rue de Reims a vu une entreprise peindre ses pavés de couleurs différentes, à la demande de la Ville et des commerçants. Street art ou animation commerciale pour "dynamiser le secteur" sic ? La polémique enfle entre les partisans d’un cadre "authentique" et ceux qui veulent du "festif à tous les étages". La manifestation est éphémère, nous promet-on, mais l’important est ailleurs : une infirmière a été condamnée à 500 euros d'amende et à un stage de citoyenneté pour avoir dessiné des coquelicots sur les marches de l'Hôtel de Ville de Reims, à quelques mètres de cette rue, en signe de protestation contre les pesticides de synthèse. Les bobos extasiés comprendront-ils que si le festif, le rigolo, le déjanté ont acquis de tels droits, c’est pour mieux cacher combien l’expression populaire authentique, celle qui revendique et porte sens, est sévèrement condamnée !
 
Autre détail. M. Macron est allé fêter Léonard de Vinci et déjeuner au Clos-Lucé, propriété de la famille Saint-Bris, puisque l’artiste mourut en ce manoir le  2 mai 1519. Le chef de l’Etat n’a donc été nullement gêné d’être reçu par des amis sur qui pèsent un signalement pour "travaux sur monument historique sans autorisation" et "destruction de monument historique" suite à des transformations réalisées avant 2017. Un massacre suivant La Tribune de l’Art : trois salons entièrement détruits, des boiseries du XVIIIe et une cheminée d’époque arrachées, le niveau des sols changé, les plafonds modifiés, des fenêtres bouchées d’autres percées etc. " Ces trois pièces, parmi les rares éléments authentiques, avaient la malchance de dater du XVIIIe siècle. Elles furent sacrifiées pour "reconstituer" un atelier de Léonard de Vinci "totalement fantaisiste", bref "une problématique de parc d’attractions" ne laissant  aucune possibilité de remise en  état originel.
 
Ce "Clos-Lucé plus beau qu’avant" augure mal de la reconstruction de Notre-Dame avec un Président qui vient d’envoyer promener le code du Patrimoine. Pour ceux qui s’intéressent au sujet : j’ai commis un nouvel article, publié par le site de Causeur :  "Notre-Dame n’est pas perdue pour tout le monde"
cliquez. Pour comprendre pourquoi il faut défendre l’œuvre de Viollet-le-Duc, (qui a la malchance, lui, d’être du XIXe !) regardez la vidéo qui interroge l’écrivain Pierre Lamalattie (le propos est sérieux et argumenté, bien que la mise en scène soit distanciée) sur le site de Marcelline l’Aubergine cliquez.
Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 7 mai 2019

N-D : si le pire était à venir ?

Publié dans Du côté des élites
Incendie de Notre-Dame : et si le pire était à venir ?
 
La cathédrale Notre-Dame ravagée pendant des heures par les flammes, scalpée, éventrée : avouez que vous n’auriez jamais cru qu’au XXIème siècle, en plein Paris, en temps de Paix, cela puisse arriver. Certes, il faut saluer le courage des pompiers qui ont évité le pire, à savoir un effondrement total de l’édifice et de peu, à un quart d’heure près, nous dit-on. Mais leur dévouement ne doit pas masquer le scandaleux abandon du patrimoine historique par l’Etat, qui est la toile de fond de cet incendie qui risque d’être suivi par d’autres. Il y a quelques semaines, c’est à Saint Sulpice qu’un feu se déclarait : malveillance ? Didier Rykner, le rédacteur de la Tribune de l’art, a vu des prises électriques “absolument pas aux normes” à l’Eglise de la Madeleine : n’est-ce pas une autre forme de malveillance ?

A Notre-Dame, le feu s’est propagé très vite et d’une manière anormale. Sur LCI, interrogé par David Pujadas, Benjamin Mouton, l’ancien architecte en chef du monument se dit  stupéfait : “du vieux chêne, il faut beaucoup de petit bois pour le faire brûler… sic", d’autant que l’installation électrique et les alarmes (pour une fois !), avaient été refaites … Prudent, l’architecte "se perd en conjectures" mais ne prononce pas le mot "criminel". Inutile, dès l’ouverture de l’enquête, la cause était entendue : la police scientifique ne pouvait pas encore aller sur place mais "tout montrait un accident", curieuse célérité. Mettons que ce soit un accident, dans ce cas, il y a eu, soit désinvolture, soit incompétence.
Mais faire pleurer Margot sur "la faute à pas de chance" est indigne. Quoi, un tel patrimoine qui a résisté aux révolutionnaires, aux communards, aux nazis, aurait été détruit par un mégot, où tout autre geste aussi idiot qu’évitable ? Les fautes ne sont peut-être pas à imputer aux entreprises qui menaient le chantier. Les causes de ce gâchis sont en amont. Nombre de spécialistes dénoncent le laxisme des prescriptions pour les travaux sur les monuments historiques.

Il y a des moyens de détection immédiate qui permettraient d’agir vite, la surveillance vidéo par exemple. A Notre-Dame on ne les connait pas, semble-t-il : on sait que l’alarme a retenti une première fois, 23 minutes avant la seconde alerte… mais qui, que, quoi, où, on ne sait pas, la fameuse "procédure de lever de doute" est en débandade. Les grandes échelles des pompiers n’étaient pas assez hautes. Ah si, il y avait bien un camion avec une plus grande échelle mais à Versailles… le temps de venir, avec les embouteillages, Notre-Dame cramait. Paris participe à des Nuits Blanches et autres grandes parades, va financer à coup de milliards des jeux olympiques et ne peut pas se payer une très grande échelle pour sauver, ne disons pas des siècles d’histoire, mais un haut-lieu touristique, sources de devises, (langage plus compréhensible pour nos gouvernants) ?

L’historien Alexandre Gady pointe depuis des années "un budget des monuments historiques trop faible", devenu une variable d’ajustement, avec une foire aux pis-aller, le dernier étant le loto du patrimoine. Et Stéphane Bern s’ingénie à ce que ses efforts ne soient pas détournés : il n’est pas au bout de ses peines puisque la Française des jeux va être privatisée. Le patrimoine va rapporter, mais au privé. C’est pourquoi les propos du Président sont très inquiétants ; aucun regret sur la faillite de l’Etat dans sa gestion du patrimoine. Il a salué toutes les catégories de la population qui ont soutenu la cathédrale en flamme sauf une : "les croyants qui ont prié" n’existent pas (autant dire qu’on en tiendra guère compte dans la reconstruction et pourtant ils sont venus en masse). En revanche, il n’a pas oublié "les écrivains (qui) ont rêvé". En tant qu’écrivain, j’en frémis : il n’y a que Néron qui puisse rêver devant une merveille en flammes. L’inquiétude suprême est cette reconstruction au forceps, en 5 ans. Et pourquoi pas cinq mois, quitte à entrer dans le livre des records ? M. Macron s’apprêtait à faire un discours donné comme un tournant de son quinquennat, et au moment où il devait parler, la flèche s’effondre et tout doit être annulé. Or M. Macron s’est toujours voulu "le maître des horloges" : avec ses cinq ans, il reprend la main et nomme tambour battant à la tête de cette restauration… un général cinq étoiles, non, hélas, ce n’est pas un poisson d’avril ! (1)

Or il faudrait plutôt, en ces temps de mondialisation, se tourner vers le Japon dont les temples sont entièrement en bois et régulièrement reconstruits à l’identique par des charpentiers, des menuisiers dont le savoir-faire est considéré, là-bas, comme un trésor national. Nous avons encore, ici, ces corps de métiers : les compagnons par exemple. Ceux-ci ont commencé d’alerter sur le manque de personnel qualifié car, depuis des années, l’Etat ne fait pas son devoir, n’entretient pas les monuments, il asphyxie des corps de métiers qui n’embauchent pas. Cet incendie révèle en profondeur la gabegie étatique où l’on voit les collectivités territoriales faire des dons (pas forcément symboliques) qui vont cruellement manquer à l’entretien de leur patrimoine local. Restaurer le patrimoine, c’est aussi entretenir tout un savoir-faire qui est lui-même un patrimoine, directement héritier des bâtisseurs de cathédrales. Peut-être, pour des raisons de solidité, faudra-t-il panacher avec d’autres matériaux mais ne pas en faire un prétexte à n’importe quoi. Puisque M. Macron veut être un bâtisseur, qu’il s’en donne le temps, qui ne respecte jamais ce qui a été fait sans lui.

Il est à craindre qu’on assiste à bien autre chose. François-Henri Pinault fut parmi les premiers à offrir 100 millions d’euros, LVMH et la famille Arnault surenchérissent à 200 millions, puis les grandes fortunes ont rivalisé de dons. Ne croyez pas que ce soit pour l’amour de Notre-Dame : c’est un coup de com qui va leur rapporter gros. Car ces dons sont défiscalisés au moins à 60 %, et ce pourcentage, qui ne rentre pas dans les caisses de l’Etat, c’est le contribuable qui le payera. Tous ces gens-là sont généreux du bien des autres. Car la loi Aillagon sur le mécénat est devenue une vache à lait pour traire le public. Fait notable, la famille Pinault, elle, a renoncé à la réduction d’impôt afférente, reprenant l’avantage dans cette bataille médiatique…
Mais le plus dangereux ce sont les contreparties en faveur de ces grands donateurs, collectionneurs d’Art contemporain. Cette reconstruction rapide risque d’être accompagnée d’un concours ébouriffant, jubilatoire pour nos d’architectes hypermodernes qui pourront rajeunir cette vieille dame trop gothique. Autre affirmation inquiétante de Monsieur Macron ; "nous la reconstruirons plus belle". Plus belle, sans rire, plus contemporaine peut-être ? On pourrait ajouter des coupoles lumineuses ou une toiture écolo végétalisée (proposition qui circule déjà), "un concours international afin de doter Notre-Dame d’une nouvelle flèche" est déjà dans les tuyaux (pas ceux de l’orgue, muets pour longtemps). Jeff Koons, après ses tulipes en hommage au drame du Bataclan, risque de proposer ses services pour consoler Notre-Dame : à quand le bouquet de roses ? Je ne plaisante pas : une reconstruction, surtout à la sauvette, peut être pire que ce qui vient d’arriver, si les élites qui ont mené ces politiques culturelles délétères continuent à le faire. Et elles ont mené celles-ci dans la plus grande opacité financière, je le rappelle (2). Est-ce que la générosité publique ne va pas financer l’enterrement de Notre Dame sous les strass et paillettes ? Pour fêter l’an 2000, un projet très sérieux (visible en cliquant sur ces 
documents d’archives) coiffait (temporairement mais pour 30 millions de francs) les tours de Notre-Dame de 2 derricks aussi  hauts que les tours, avec un zeste de citron (pardon : un escalier en colimaçon). Je n’invente rien : d’affreux obscurantistes ont fait échouer… ce projet qui pourrait resurgir. Une pétition est en ligne pour demander une reconstruction (le plus) à l’identique possible.

Quand une élite culturelle valide un “vagin de la reine” à Versailles, un plug annal place Vendôme, pour ne rien dire d’un Christ sur une chaise électrique dans la cathédrale de Gap (l’Eglise n’est pas en reste en matière d’Art trop contemporain), tout peut arriver. Christo va bien emballer l’Arc de triomphe, projet déjà acté, alors que ce symbole vient d’être attaqué lors d’une émeute, et voilà que notre nomenklatura nous en propose une version ludique, rigolote, en rabâchant et rebachant, 35 ans après, l’emballage du Pont Neuf. Un usage aussi désinvolte du patrimoine, où l’occident crache sur son passé, multiplie les pieds de nez transgressifs à sa culture, à ses valeurs… transforment les artistes en charogne-ART,  vivant sur le dos du patrimoine avec les deniers publics. Tout cela engendre  un air du temps cool, où tout est amusant, rien n’est important mais tout est à vendre. Et là s’installe la négligence qui tue, la camera qui manque, l’alarme qu’on n’a pas mise là où il aurait fallu, parce que c’est bien assez pour ce vieux tas de pierres…
Le patrimoine, il faut le servir et ne pas s’en servir. Quand un peuple ne mérite plus son patrimoine, il le perd. Il y a un corrélat d’ordre religieux à cette dure loi de l’effondrement des civilisations. Qu’une cathédrale brûle en pleine Semaine Sainte, en dit long : il ne faut pas être grand théologien pour se douter que les récentes affaires de mœurs nauséabondes déplaisent à la Providence divine, peu satisfaite de la manière dont l’Eglise se conduit et est conduite. Or ce sont les hauteurs de l’édifice qui sont parties en fumée, la flèche en particulier (dont les apôtres et évangélistes s’étaient absentés). C’est peut-être un hasard, bien sûr, mais c’est assurément un symbole.

(1) Dans ces conditions, pourquoi pas l’historien d’art Alexandre Gady chef d’opération au Mali ?
(2) Voir  “Brève histoire de l’art financier” in, Christine Sourgins, “Les mirages de l’Art contemporain”, édition 2018, La Table Ronde.

Envoyé par l'auteur, 23 avril 2019

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