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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

Balance ton mécène !

Publié dans Du côté des élites
Balance ton mécène !
 
C’est une déferlante dans les musées : mettre dehors les mécènes compromettants ! En avril, à la Galerie Serpentine de Londres, que dirige le célèbre Hans-Ultrich Obrist, exit les Sackler, malgré un don de 7 millions de dollars. Motif ? Ces médecins reconvertis dans l’industrie pharmaceutique sont impliqués dans le scandale des opioïdes responsable aux USA d’overdoses mortelles. En mars 2018, c’est Nan Goldin, célèbre photographe et victime de la firme des Sackler, qui organisait non pas un sit-in mais un "die-in" au Metropolitain muséum. Ces institutions et le Guggenheim (malgré cette fois un don de 9 millions de dollars) ont renoncé au mécénat des Sackler ; idem le National portrait Gallery à Londres. La Foire Photo London arrêtait, elle, son partenariat avec une chaîne d’hôtel aux mains du Sultan de Bruneï qui a instauré la peine de mort contre l’homosexualité ou l’adultère ; l’Hôtel Meurice suspendait son prix d’art contemporain dans la foulée. En mars 2018, une association écologiste s’allongeait devant le radeau de la Méduse, au Louvre, pour protester contre le mécénat de Total. De 2014 à 2017 le Palais de Tokyo avait, lui, accepté un mécénat "orienté" pour la prospection des scènes asiatiques… réservée aux seuls pays où cette firme est présente : joli critère artistique !
 
A l’exemple du greenwashing (recyclage de l’argent sale dans la vertueuse écologie) il y aurait donc de l’art washing dans l’air. Car au Louvre, depuis 10 ans, le budget double mais les subventions publiques stagnent et les gentils mécènes s’empressent ! Comme le cimentier Lafarge, mécène de l’Islam au Louvre et du musée de Cluny, suspecté d’avoir financé, via une filiale, l’Etat islamique. Un collectif "d’art-activistes", Libérons le Louvre, milite depuis 2017 pour que les musées renoncent à ce type de mécénat. Mme Pégard, qui préside Versailles, regrette "qu’on mélange beaucoup de sujets" puis élude la question. On ne saura rien sur la manière dont le Château trie ses mécènes potentiels (notons que ne pas savoir ce que font les agents de l’Etat culturel avec l’argent du contribuable n’est pas nouveau). A l’étranger, la transparence n’est pas non plus de mise : la composition du comité éthique de la National Portrait Gallery, par exemple, semble un secret d’état.
 
La charte du Louvre et du Quai Branly stipule que le musée se réserve le droit de refuser le mécénat d’entreprise lié au marché de l’art : plus faux-cul, tu meurs car cela signifie qu’en fait, il peut y en avoir ! Le photographe et financier Ahaé dont nous avions conté les mésaventures (1) pourrait couter cher au Louvre et à Versailles qui reçurent ses largesses (et ses œuvres !) : les fonds donnés pourraient être récupérés car frauduleux (2). Et voilà que Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris en charge du logement, tance le Louvre pour son acoquinement avec Airbnb, qui s’offre Mona Lisa sans guère payer d’impôts en France… bref une "utilisation répétée du patrimoine public à des fins commerciales par un géant du numérique". Sur le point d’être inaugurées au Petit Palais, le 4 octobre, les tulipes de Koons tremblent déjà… car ça balance pas mal à Paris.
(1) Ch. Sourgins, “Les mirages de l’art contemporain”, La Table Ronde, 2018, p. 251
(2) Plus d’infos dans l’excellent article de Roxana Azimi, “L’art embarrassé par ses mécènes”, M, le magazine du Monde, 15 juin 2019, p.43 à 45.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 16 septembre 2019

... "vacances" de la Culture...

Publié dans Du côté des élites
Sur quelques "vacances" de la Culture...
 
Le clonage du Louvre à Abu Dhabi devait nous rapporter prestige et monceaux d’or. Que de couleuvres avalées pour cela : les conservateurs français mettant leur expertise au service du Louvre des sables, donc aux dépens du Louvre parisien ; puis, sur le chantier, le traitement réservé aux ouvriers qui montra que le pays des Droits de l’Homme était aux abonnés absents. Or, un an et demi après l’inauguration de ce Louvre bis par les époux Macron, la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme (1). Non seulement les engagements initiaux n’ont pas été tenus mais ils ont été renégociés par le Louvre… en sa défaveur. De l’art de se tirer une balle dans le pied et d’être le dindon de la farce : question prestige, c’est mal parti. Il a fallu attendre onze ans pour que les 2 parties signent un accord définitif et là (surprise !) le taux minimum des royalties sur les produits dérivés de 8 % devient un taux maximal ! Génial non ? Ainsi un taux zéro est possible. De plus, les sous-licences qui devaient être exceptionnelles s’avèrent de règle maintenant avec, déjà, une compagnie aérienne locale qui exploite gratis le nom et le logo du Louvre ! Le gouvernement devrait dénoncer ce contrat léonin devant les tribunaux mais n’y a-t-il pas derrière d’autres négociations, plus politiques, dont le Louvre ferait les frais ? Auquel cas se vérifie le peu de cas que font du patrimoine nos politiques….
Autre exemple le "Salvator Mundi" de Léonard de Vinci, le tableau le plus cher au monde, acheté par le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, avait disparu des radars. Un achat de prestige problématique pour une monarchie islamique plutôt rigoureuse, d’autant que planent des doutes sur l’authenticité de l’oeuvre. La solution ? Le Messie de Léonard serait parti en croisière sur le yacht du prince. Voilà qui risque, avec les embruns, l’humidité ou les naufrages, de ne pas arranger cette peinture déjà très restaurée. Les conditions seraient-elles réunies pour faire disparaître une œuvre problématique ? Placer des œuvres dans des conditions épouvantables, et une fois le malheur arrivé, crier : "c’est la faute à pas de chance !" … cela ne vous rappelle rien ?
 
Notre-Dame n’est pas tirée d’affaire : moins de 10 % des dons promis ont été versés. Les lubies architecturales nées de la légèreté gouvernementale ont tari l’enthousiasme des donateurs : donner oui, mais pas pour financer n’importe quoi. J’en connais prêts à trainer le gouvernement en justice (genre class action) si leur don est détourné et si la double identité de la cathédrale n’est pas respectée : gothique et romantique. La cathédrale est en effet aussi le dernier chef d’œuvre de l’architecture romantique française. A ce propos vous pouvez lire un article où Victor Hugo vient à la rescousse d’une reconstruction à l’identique qui privilégie le bois
cliquer. Ou signer une pétition en ligne demandant la prise en compte de l’acoustique dans la restauration (celle de Reims est mauvaise, or sa charpente fut reconstruite en béton) cliquer.
(1) "les royalties du Louvre se perdent dans les sables d’Abu Dhabi", Le Canard Enchaîné , 29 mai 2019, p.3
Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 18 juin 2019

N-D de Paris : le bois porte l'âme...

Publié dans A tout un chacun
Incendie de Notre-Dame de Paris : le bois porte l’âme d’une cathédrale
 
Pour la reconstruction du toit de Notre-Dame, beaucoup sont indifférents aux matériaux utilisés, "pourvu que l’apparence visuelle soit sauve", taxant leurs contradicteurs de "fétichistes". S’il faut bien sûr tenir compte de la fragilité du monument sinistré, de nombreuses raisons, symboliques, culturelles, sociales, écologiques etc. montrent que le bois est préférable et doit être utilisé le plus possible. Une reconstruction à l’identique, outre qu’elle respecte l’histoire de l’Art, à savoir que Notre-Dame est une cathédrale médiévale et le dernier chef-d’œuvre de l’architecture romantique, permettrait de revaloriser tout un secteur économique.
 
Pas de cathédrale sans pierres et sans forêt de bois
Une cathédrale est une société de pierres polies, ajustées les unes aux autres, triomphant de la pesanteur grâce aux clés de voûte : des voûtes coulées en béton détruiraient cette leçon grandiose sur le "vivre ensemble". À l’intérieur, s’élancent des fûts de pierre qui s’épanouissent en chapiteaux, souvent floraux, prolongés de nervures. Ces futaies minérales sont protégées par l’armature d’une vraie forêt, c’était d’ailleurs le surnom de la charpente de Notre-Dame, chef d’œuvre de la charpenterie gothique. Car la cathédrale synthétise le parcours biblique de l’humanité qui commence aux arbres du jardin d’Eden, et finit en ville, dans la Jérusalem céleste. En plan, une cathédrale représente une croix, transposition architecturale de celle, en bois, du Christ, fils adoptif d’un charpentier…
Pas de cathédrale sans nef ou vaisseau non plus : l’Église n’est-elle pas la barque de Pierre ? Il n’est pas interdit de voir dans la charpente une carène renversée qui navigue ventre au ciel, sur une île de la Cité qui ressemble à un navire échoué dans la Seine pour reprendre les termes de Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris. Ce roman multiplie les métaphores arborées. Opposant "la prodigieuse variété extérieure de ces édifices" à leur fond permanent, Hugo écrit : "Le tronc de l’arbre est immuable, la végétation est capricieuse". Ces "puissantes bâtisses dont nous avons expliqué ailleurs le mode de formation et de végétation, n’avaient pas simplement des fondations, mais pour ainsi dire des racines qui s’allaient ramifiant dans le sol… " La cathédrale évolue-t-elle ? C’est sans rupture, sans grand geste architectural, pour Hugo : "la chose s’accomplit sans trouble, sans effort, sans réaction, suivant une loi naturelle et tranquille. C’est une greffe qui survient, une sève qui circule, une végétation qui reprend".  Lorsque Quasimodo part à la recherche d’Esméralda "au détour de la galerie qui donne sur les toits des bas-côtés, il aperçut l’étroite logette […] tapie sous un grand arc-boutant comme un nid d’oiseau sous une branche… "
 
Le bois, ce sont aussi les artisans de France
La cathédrale est fille du Temple de Jérusalem dont on sait qu’on n’y entendit "ni marteaux, ni pics, ni aucun outil de fer" pendant sa construction ( I Roi 6,7). L’Éternel, en ses choix de matériaux serait-il "fétichiste" ? Ou peut-être visionnaire, s’étant avisé que le métal est lié à l’industrie et à ses méfaits dont notre génération ne peut nier qu’elle est en train de ravager la planète. Pour convoquer l’imaginaire du Seigneur des anneaux, plus familier à l’homme du XXIe siècle que l’univers biblique : là où règne le bois, introduire la suprématie du métal (avec ce que cela suppose d’hybris industriel), c’est comme ensemencer de l’avidité des Orques une œuvre née de la patience des Elfes. Des études ont bien montré que, dès l’origine, le fer avait été employé pour juguler les pressions s’exerçant sur les cathédrales et conforter leur stabilité : certes, mais il s’agissait d’un usage ponctuel et mesuré.
Car la manière d’incarner dans la matière n’est pas indifférente. C’est aussi un savoir-faire, un savoir être à taille humaine, qui doit s’incarner. Le bois que les compagnons travaillent toujours au corps à corps le permet. Évincer d’office tous les artisans qui descendent en droite ligne des constructeurs de cathédrales est une ignominie : c’est exactement comme si une partie de l’Amazonie ayant brûlé on en profitait pour bannir les derniers indigènes de la forêt afin de mieux exploiter la place. Là se joue la survie de ces corps d’artisanat, indispensables à la restauration de monuments historiques dont nous nous enorgueillissons… pour mieux les négliger.
C’est l’aveu caché du diktat "bannir le bois pour ne plus craindre les incendies" et qui signifie deux choses : d’abord que nous sommes devenus des minables, incapables de garder le trésor sur lequel ont veillé nos pères, ensuite que notre vénération du progrès technique est inconséquente. Car enfin, on nous promet des maisons écolos en bois, des buildings, des tours d’habitation et même ignifugés ! Et pour restaurer la cathédrale, on écarterait le bois, ce matériau ancestral, capable de conjuguer le sacro-saint progrès et le travail humain ? Et ceci alors que les charpentes récentes, (celle de la cathédrale de Chartres en métal ou celle de Reims en béton) sont loin d’avoir prouvé leur pérennité dans un pays qui dispose d’une des plus grandes forêts d’Europe, à une époque où l’écologie est à l’honneur ? On marche sur la tête.
Pascal Prunet, l’un des quatre architectes des monuments historiques chargés de la restauration de la cathédrale, vante la relative légèreté du matériau. Frédéric Epaud, chercheur au CNRS, a précisé que la fabrication du bateau L’Hermione a nécessité 2000 chênes, sans souci environnemental : soit deux fois plus que pour Notre-Dame. Que le temps de la mise en œuvre est plus rapide qu’on imagine : la construction de la charpente du XIIIe siècle de la cathédrale de Bourges aurait réclamé seulement 19 mois de travail pour une équipe de 15-20 charpentiers. Que les techniques traditionnelles sont économiquement viables et rentables pour les petites entreprises ; de plus "les bois équarris à la hache sont plus solides et de meilleure tenue que ceux sciés, ils se déforment bien moins au séchage, les bois courbes sont employés, les pertes sont minimes, l’ouvrage est plus beau". D’où le succès des chantiers traditionnels comme celui de Guédelon : un tel chantier-école sur le parvis de Notre-Dame, avec des dizaines de charpentiers équarrissant à la hache et travaillant selon les règles ancestrales serait spectaculaire, pédagogique  et prisé du grand public.
Quant à ceux qui veulent se montrer "créatifs", animés par un tout autre esprit, confondant une cathédrale avec une start-up ou un logiciel, qu’ils ouvrent un nouveau chantier mais ailleurs !  Sinon, ils prouveront qu’il y a bien un art dégénéré, qui n’est pas l’Art dit contemporain, alias l’Art financier, mais le Patrimoine, contraint sans cesse de se mettre au goût du jour, de s’actualiser, bref, de se "régénérer" à tout prix. Hugo en avait déjà jugé : "les modes ont fait plus de mal que les révolutions", ajustant "sur les blessures de l’architecture gothique, leurs misérables colifichets d’un jour"…

Envoyé par l'auteur,paru sur Contrepoints, 7 juin 2019

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