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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

Une amnésie française : ...

Publié dans Du côté des élites
Une amnésie française : l’art engagé
 
La revue
Ligeia (1) vient de faire paraître un article auquel j’attache la plus grande importance : "Loin des Gilets Jaunes : l’Art politisé de la France des années 60/70". Attention, pas un article purement rétrospectif, encore moins nostalgique. Il a l’ambition de combler une lacune ou plutôt une amnésie collective, un vide de la pensée soigneusement entretenu par nos actuels médias : que s’est-il vraiment passé entre l’Ecole dite de Paris, où régnaient les PICASSO, MATISSE, CHAGALL etc. et la période actuelle, en gros celle qui commence avec Jack LANG au ministère de la culture ? Comment, d’une époque où Paris dominait l’art contemporain (au plein sens chronologique) et même l’art au niveau planétaire, est-on arrivé à une France culturellement à la traîne, voire assistée : pour restaurer notre patrimoine, il faut désormais faire appel aux compétences… des chinois, ce fut annoncé cette semaine pour Notre-Dame ; tant mieux pour le monument, (bravo aux chinois !) mais où est passée notre expertise ? Bref, il s’agit de la période qui précède immédiatement celle couverte par "Les mirages de l’Art contemporain" voir la vidéo de présentation cliquer (2).
Comment un monde où la Peinture-peinture était en pointe, prestigieuse, a pu faire place à l’indécrottable art bureaucratique d’aujourd’hui qui soutient essentiellement les productions conceptuelles et/ou mainstream, d’essence américaine, transformant nos centres d’art en tête de gondole de l’Art mondialisé ? Entre-temps, la peinture a été ringardisée et les quelques rares peintres qui sont tolérés aujourd’hui en avant de la scène française, sont comme les arbres qui cachent la déforestation où tous les autres végètent.
 
La conclusion de mon article donne une explication… inavouable. Car il fut un temps, les années 60/70, où les peintres crurent pouvoir faire bouger les choses à coups de pinceaux. Si on sait encore leur implication, en mai 1968, dans l’Atelier Populaire des Beaux-Arts avec les fameuses affiches, on a oublié leurs luttes pour défendre le patrimoine (sauvegarde de la Cité fleurie, contre les bulldozers des promoteurs) ou pour acquérir des droits sociaux : bien des artistes qui bénéficient de la sécurité sociale, par exemple, pensent qu’il en a toujours été ainsi et ne savent plus qu’ils doivent cette avancée sociale aux luttes de leurs aînés. Les artistes étaient sur tous les fronts y compris juridiques : en procès contre la Cavar, caisse de retraite spoliatrice imposée par l’Etat aux artistes, et dont le directeur partit sans laisser d’adresse… Contrastant avec l’actuelle atonie, (la crise des Gilets Jaunes, exceptées une pétition et quelques œuvres de Street Art, n’a guère ébranlé le milieu culturel), la France connaissait alors un art politisé, dont un des axes était le Salon de la Jeune Peinture,(3) longtemps installé au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Or ce Salon remuant est aujourd’hui méconnu au point même d’être difficilement concevable…
 
Ces luttes ont été mises sous le boisseau car elles ont probablement inquiété le pouvoir qui, lui, a de la mémoire et décida d’une mise au pas des trublions culturels (ce sera le fameux subvention/subversion où la subvention musèle, apprivoise la subversion) mais aussi la réalisation du Centre Pompidou (contre lequel les artistes d’alors menèrent une bronca, qui s’en souvient ?). Ce courant artistique fut vigoureux jusqu’au début des années 80, mais au moment où, suite à l’élection de MITTERRAND, ces artistes crurent avoir gagné la partie, la situation fut habilement retournée. Raconter cette vingtaine d’années trépidantes dépasse le cadre de ce blog : je vous renvoie donc vers Ligeia, revue courageuse, qui a osé publier un article … censuré ailleurs ! Or c’est un travail d’historienne, qui examine pour tenter de comprendre. Mais il semble que quelques implications, disons "géopolitiques", aient apeuré (on rêve !) certains. Ce genre d’avanie prouve que la liberté d’expression est en grand danger en France et je crains, hélas, d’avoir à en reparler à propos de la récente publication d’une autre analyste mais n’anticipons pas … à suivre…
 
(1) Ligeia : N°173-176 juillet-décembre 2019 
http://www.revue-ligeia.com/contenu.php
(2) Christine SOURGINS, "Les mirages de l’Art contemporain", La Table Ronde, 2018. voir la video.
(3) A ne pas confondre avec l’appellation "jeune peinture" désignant un courant pictural de l’entre-deux-guerres dans le sillage de DERAIN…L’histoire de ce salon est éclairée par l’ouvrage de Francis PARENT, Raymond PERROT ; Pierre BOUVIER, François DERIVERY, Claude LAZAR, "Le Salon de la Jeune Peinture, une histoire", Patou, 2016 ; réédition augmentée de l’ouvrage de 1983.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 12 novembte 2019

C'est confirmé...

Publié dans Du côté des élites
C'est confirmé...

C’est confirmé : Christo va bien emballer l’Arc de triomphe entre le 6 et le 19 avril 2020 avec 25 000 mètres carrés de tissu recyclable en propylène bleu argenté et 7 000 mètres de corde rouge (on aimerait quand même connaître l’empreinte carbone totale). En 2018 des manifestations avaient saccagé ce symbole de la Nation, notre élite culturelle va donc l’occulter comme si les bâches couvrant Notre-Dame, autre lieu emblématique de la Capitale, ne suffisaient pas.
 
C’est confirmé, l’auto-découpage d’une œuvre du street-artiste Banksy en pleine vente chez Sotheby’s en 2018 a bien été, non pas une contestation de l’hégémonie de l’argent dans l’Art mais un coup de maître de l’Art Financier préparant des cotes vertigineuses. Seuls les naïfs crûrent à une rébellion contre les ventes aux enchères. Son tableau représentant le parlement britannique peuplé de singes, estimé entre 1,68 et 2,24 millions d’euros s’est envolé en 13 minutes à 11,13 millions, toujours chez Sotheby’s et toujours à Londres : cqfd ! Officiellement (sans rire) c’est la faute au Brexit !
 
C’est confirmé, le vent tourne dans le discours des grandes institutions culturelles qui prennent leurs distances, au moins en paroles, avec la mondialisation. Serge LAVIGNES président du Centre Pompidou a rappelé : "la nécessité de l’ancrage", "le besoin de se retrouver face à un territoire, un terroir" (1). Alors que le musée d’Art moderne de la Ville de Paris, lui, vient de réorganiser la présentation de ses salles, Fabrice HERGOTT, qui le préside, veut mettre en valeur le rôle de Paris dans l’histoire récente des arts : "une collection très majoritairement française, au sens de "fait en France" et non évidemment de par la nationalité de naissance des artistes" (2). Au point que l’identité visuelle du musée est maintenant fondée sur la Tour Eiffel peinte par Robert DELAUNAY. Comme son jumeau le Palais de Tokyo géré par l’Etat, ce musée de la Ville de Paris est né en 1937 du constat de l’absence d’un musée d’art contemporain. D’où venait ce retard par rapport à New-York ? Pour Le Monde (et Philippe DAGEN) l’explication officielle et la faute, impardonnable, vient de "l’ignorance en matière d’avant-garde et (du) nationalisme traditionaliste de la plupart des conservateurs français depuis la fin du XIXème siècle". C’est un peu court. Car New-York, pour ravir la première place à Paris dans les arts, a eu besoin moins d’une politique culturelle brillante que d’une judicieuse politique fiscale (3). Or les fonctionnaires français n’étaient pas tous de vieilles ganaches, certains étaient mus par un idéal républicain (le "traditionalisme" du Monde) où l’Etat ne se mêle pas de création, reste impartial, refuse de favoriser par ses achats ou expositions tel artiste plutôt que tel autre : on laissait la spéculation à la porte du musée. Un des premiers à avoir flairé le problème est Emile ZOLA. Il est sollicité le 22 juillet 1889 par MONET qui organise une souscription pour faire entrer la célèbre Olympia de MANET (mort en 1883) au musée du Luxembourg (le musée "contemporain" de l’époque, antichambre du Louvre). Dès le 23, ZOLA, qui a tant écrit sur le rôle de l’argent dans la société, refuse violemment : "cette forme détournée de cadeau sentira la coterie et la réclame". En dépit de tout l’intérêt esthétique qu’il a pu porter à MANET, la manœuvre de la donation ne lui a pas échappé : une générosité (5) rentable puisque c’est un "placement de produit", le prestige d’appartenance à une collection nationale rejaillissant sur toutes les autres œuvres détenues par les collectionneurs privés. Aujourd’hui, "réseaux" ou "lobby" ont remplacé "coterie" et la "réclame" s’est transformée en Art financier. On rêve au "J’accuse !" qu’aurait écrit ZOLA suite à la donation d’un certain bouquet de tulipes …
 
C’est confirmé, les grands médias français sont toujours empêtrés dans le politiquement correct !

(1) "Pompidou doit affirmer son originalité", Le Monde, 1er octobre 2019, p.26.
(2) Cahier Le Monde, 11 octobre 2019, p.2.
(3) Voir la démonstration : Aude de Kerros, “Nouvelle géopolitique de l’Art contemporain”, Eyrolles, 2019, p. 171
(5) Les partisans de la souscription répandirent le bruit que l’achat du tableau à la veuve de l’artiste permettrait d’aider discrètement celle-ci. Le procédé déplut à Suzanne Manet qui fit officiellement savoir qu’elle n’avait nul besoin d’aide… via le Figaro.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 29 octobre 2019

Une nouvelle géopolitique ...

Publié dans De par le monde
Une nouvelle géopolitique de l’Art
 
A l’heure où les tulipes de Koons, qui viennent d’être inaugurées à Paris, sont taxées de "marqueur de puissance géopolitique" à Sciences PO (1)… Aude de Kerros publie un livre intitulé "Nouvelle géopolitique de l’Art contemporain" aux éditions Eyrolles. Nous lui avons posé 3 questions.
 
Depuis quand parle-t-on de géopolitique de l’art ?
De tous temps l’art fut le butin des vainqueurs mais l’art trouvant sa justification dans la politique, la révolution, la propagande (donc dans les idées) ne devient patent qu’à partir de 1917 :  le grand public ignore la continuité de ce phénomène qui se métamorphose au long du XXème siècle pour s’imposer aujourd’hui sous l’étiquette AC qui prétend être le seul, le vrai, art "contemporain". On peut même parler d’ACI : Art Contemporain International, à la circulation mondiale et fluide. L’Amérique y détient une puissance culturelle hégémonique où l’art est à la fois "soft power" et produit financier, construit en réseau autour de collectionneurs "hors normes", ce qui tient plus à leur fortune qu’à leur amour de l’art. On savait que médias, foires, salles des ventes, ports francs, galeries, etc. institutions muséales et universitaires légitiment, in fine, les cotes de leurs poulains. Outre qu’il rend de multiples services annexes, une autre caractéristique de ce système apparaît désormais : ne pouvoir fonctionner que de façon fermée. C’est la condition pour atteindre des très hautes cotes et garantir leur valeur. Il est possible aujourd’hui de cartographier ce phénomène : mondial, fermé, rentable parce que transfrontières.
 
Votre livre s’intitule “nouvelle” géopolitique de l’AC : en quoi est-il nouveau ? Par rapport à une autre manière de penser le sujet ou bien y-a-t-il une évolution mondiale qui le justifie ?
Le système de l’ACI dont le cœur bat à New York se porte bien si l’on en croit les cotes faramineuses, il est même réputé pérenne parce qu’universel et vertueux. Or il s’emballe, comme en Arabie Saoudite où en une seule année, 2018, tous les rouages du système apparaissent d’un coup. Cette réussite planétaire de l’ACI, presque trop parfaite, est un trompe l’œil qui dissimule un envers. Il existe un autre monde de l’Art, non labellisé "Art Contemporain International", ni coopté ni financiarisé, et pourtant ce monde vaste et varié fait l’objet d’échanges au-delà du local, orientés par des affinités naturelles. L’émergence de ce marché guidé par la considération de l’art lui-même, est, en partie, lié à la révolution technologique numérique : internet diffuse l’image mieux et plus facilement que le concept. Internet désenclave et relie ce que le système ostracise de facto. Après avoir observé le système ACI, j’ai voulu décrire aussi ce monde-là car la mondialisation a mis dans la boucle des échanges artistiques les 5 continents. Le monde occidental ne représente que 1 milliard de personnes sur 7 : il n’est pas possible d’imposer un art, aussi vide, kitsch et global soit-il, à l’humanité tout entière. Plus la mondialisation avance, plus les diversités surgissent et sont valorisées, aimées, assimilées par des publics même lointains, qui ne veulent pas pour autant renoncer à leur propre culture. Les rapports entre le local et le global ne se produisent pas dans le sens de l’uniformisation, comme le prévoyaient les théoriciens de l’ACI, les seuls jusqu’ici à prendre la parole.
 
Quelle est la place de la France dans cette géopolitique ?
La France est le seul pays à avoir un art officiel, où ses fonctionnaires inspecteurs de la création rejettent tout ce qui n’est pas conceptuel, pour s’aligner sur le système ACI. Le résultat est qu’il n’y a pas d’artistes français, (même conceptuels !) vraiment visibles internationalement. En France, la scène française n’est pas la priorité ni des institutions ni des collectionneurs : les conflits d’intérêts sont multiples car tout semble permis dès que le mot magique "art" est prononcé. Aucun autre pays n’agit ainsi de façon aussi radicale. En Amérique, en Russie, en Chine, dans les autres pays d’Europe, coexistent les divers courants de l’art de la peinture au ready made, ils se concurrencent à l’intérieur des frontières, même si seuls sont cooptés pour le circuit international ceux qui répondent au label ACI. La situation française apparaît donc comme une exception… anti-culturelle, ce livre l’établit clairement.
Propos recueillis par Ch. Sourgins
(1) L’expression est de Nathalie Obadia, galeriste qui enseigne à Sciences Po, auteur d’un livre sur le sujet mais d’un point de vue… plus "ACIquement" correct

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 15 octobre 2019

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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