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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

Eloge du vide

Publié dans Du côté des élites
En cette rentrée 2014, l’artiste américaine Lana Newstrom pense, du haut de ses 27 ans, avoir l’idée de génie du siècle en vendant… de l’invisible ? Pour voir l’invisible. Ses premières expositions ayant eu peu de succès, elle s’avise de ne rien faire mais de le faire savoir. Son expo cartonne, avec le soutien de son galiériste : 4 oeuvres vendues pour plus de 35000 $ chacune. De l’art interactif qui obtient du spectateur ce que voulait Duchamp qui disait "ce sont les regardeurs qui font les tableaux" ? Et qui réalise le rêve de l’hyper finance : vendre le néant à prix d’or ? Un observateur en conclut qu’il est plus facile de critiquer quand on peut voir l’oeuvre… autrement dit, le vide, lui, prête peu le flanc à la critique : quel serait un "mauvais vide" ? Un néant défectueux ? Un rien erroné ? Contrairement aux apparences, il est possible que Paris ait eu la primeur d’un néant monumentalement  raté….
L’art contemporain excelle à réinventer le fil à couper le leurre tous les 4 matins. On se rappelle qu’Yves Klein avait exposé le vide dans la Galerie d’Iris Clert dès 1958… quelques disciples et épigones plus tard, le centre Pompidou avait organisé, en 2009, une rétrospective du vide, une première mondiale nous assurait-il : 9 salles entièrement vides et un catalogue de 500 pages. Mais pourquoi 9 salles ?  Est-ce pour la symbolique du chiffre neuf ? En quoi ces 9 vides sont-ils différents ? Parce que les artistes ne sont pas parvenus au néant de la même manière, pardi ! Prenez 9 bocaux identiques : dans l’un il y a des cornichons, dans un autre des clous, dans le 3ème de petits cailloux, ... etc. Videz-les. Le premier vide est censé vous inspirer des sensations gustatives, le second des souvenirs piquants et douloureux, le 3ème avec un peu d’imagination vous conduira au petit Poucet,.. etc. Notez la richesse du vide, inépuisable, quand les mots s’en emparent, opposé au désarroi du béotien confronté à neuf salles vides dans un musée dont il est le financier obligé…le visiteur se sent soudain une parenté shakespearienne avec le roi Lear : "nothing come from nothing" a-t-il envie d’hurler…
Mais  les initiés (maintenant vous l’êtes) à la richesse de signification du vide, ne peuvent, eux, que déplorer la timidité Beaubourienne, la pingrerie du Centre Pompidou si chiche de son vide intérieur : quoi, neuf petites salles seulement pour un projet si grandiose ! Cela s’appelle gâcher une première mondiale ; c’est tout Beaubourg qu’il eut fallu vider pour montrer, avec courage, ce que la politique culturelle officielle avait dans le ventre.
Petit gag de rentrée qui peaufine notre initiation à la vacuité : Lana Newstrom est un de ces leurres qu’affectionne internet … mais qui manquent singulièrement de pédagogie… De qui Lana Newstrom est-elle le nom ? Incontestablement de toute une mouvance de l’AC, mais le hoax montre que le discours a changé. Klein justifiait sa quête d’immatérialité par les théories Roses+Croix. Le jeune Buren refusait d’exposer car l’œuvre dématérialisée se voulait un vertueux contournement du système mercantile. Notez qu’aujourd’hui ceci ne serait plus crédible, il faut, pour être entendu, afficher 35000 $, au moins.
La réalité a depuis longtemps dépassé la fiction : l’exposition de Klein, celle de
Buren (et déroulez la page jusqu’en bas) la rétrospective sur le vide du centre Pompidou, n’ont pas fait l’objet du même buzz… dommage…
Paru sur le blog de Christine Sourgins - http://www.sourgins.fr/

L’Art contemporain...

Publié dans Du côté des élites
L'art dit contemporain, de fraîcheur en décrépitude ...

D’où vient, chez nos élites, cette désinvolture vis-à-vis du patrimoine (1) ?
Pourquoi traitent-ils les chefs d’œuvre de l’art ancien, vénérables mais fragiles, comme s’ils étaient de vulgaires biens de consommation ?
Ce mépris de la pérennité des œuvres s’est accru avec l’hégémonie de l’Art dit contemporain, l’AC, où l’œuvre, le plus souvent conceptuelle, peut souvent se résumer à un mode d’emploi qu’on actualise au gré des expositions : l’aspect matériel est donc secondaire, le jetable règne. Les artistes d’AC (et même déjà certains artistes modernes) ayant volontiers privilégié des matériaux nouveaux ou choisis hors des matières habituellement sollicitées par l’art, le boomerang de la réalité revient à l’envoyeur ….
 
Ainsi les PVC finissent par exsuder des molécules visqueuses recouvrant la surface de l’œuvre d’une couche de poisse, merveilleuse attrape-poussière. Cette crasse gluante n’est pas facile à extirper. Les ludiques "Pénétrables" que Soto produisit à partir de 1967 sont composés de tubes PVC souples où le visiteur, généralement juvénile, aime à se faufiler.. Le Centre Pompidou ne cesse de remplacer ces tubes afin d’éviter que "les enfants soient englués comme dans un piège à mouches" sic !
Autre danger : les animaux empaillés, "et surtout les insectes naturalisés, qui sont des mets de choix pour …les insectes nécrophages" dixit la restauratrice Grazia Nicosia (2) qui s’est inquiétée des coléoptères séchés constituant le matériel de prédilection du très officiel Jan Fabre, grand artiste d’AC, pour qui naguère le Louvre a déroulé le tapis afin qu’il vienne redorer (infecter ?) le musée : ces ravageurs ayant tendance "à s’échapper pour aller contaminer d’autres œuvres".

Le plus cocasse pour un art qui se dit "in", "branché top mode", à la fine pointe du contemporain est qu’il est plus vite que d’autres, frappé d’obsolescence technologique. Les machines de Tinguely s’arrêtent, les installations vidéo du coréen Nam June Paik tombent en panne, celles de Boltanski sont menacées par la disparition des lampes à incandescence car les nouvelles ampoules n’ont pas une lumière de même température, l’effet visuel produit semble alors "anachronique". Toutes sont victimes de la loi du marché : une technologie chasse l’autre et c’est à juste titre que certains ont repris, pour les œuvres d’AC, la phrase que Levi-Strauss appliquait aux villes américaines : "elles vont de la fraîcheur à la décrépitude sans passer par l’ancienneté"
 
Comment réagit le monde de l’AC face à ce retour de la réalité ?
"Nous ne nous interdisons jamais d’acquérir une œuvre simplement parce qu’elle serait éphémère ou à priori trop fragile" précise le directeur du CNAP. Le centre national des arts plastiques considère donc que tout va bien, tant que le contribuable paye comptant. Certains responsables se sentent cependant confortés dans leurs achats d’œuvres immatérielles. Le Frac Lorraine s’est spécialisé dans ces œuvres qui ne risquent pas de s’abîmer mais quand même d’être vite oubliées à force d’exister si peu, sa directrice Béatrice Josse déclarant "Cela m’amuse de souligner que le capitalisme est capable d’acheter tout et n’importe quoi !"(3).
Les artistes n’ont pas l’intention de changer non plus et Morgane Tschiember déclare "si j’ai envie d’utiliser du papier journal, je ne vais pas m’interdire de le faire au prétexte que c’est trop fragile". Certes, chacun est libre d’œuvrer comme il l’entend, c’est sûr,…à condition de ne pas berner le client.
Et celui-ci commence à regimber ainsi que certains galeristes, devenus méfiants suite aux retours pour réparations qui engloutissent les marges.
Mais la palme de la franchise revient à l’artiste François Morellet, ses propos font montre d’un humanisme débordant et permettent de ne plus s’étonner de rien : "Mon œuvre quand je serai mort, je m’en fous complètement, sincèrement du fond du cœur…Tous ces cons qui seront encore vivants, alors que je serai mort, qu’ils crèvent aussi"
A méditer par nos très opaques commissions d’achats qui ne donnent jamais leurs critères de choix, ni les prix , ni les intermédiaires vendeurs… rien que la note à payer aux contribuables.

(1) voir le dernier Grain de sel et les misères d'Apollon à Versailles –
(2) Le Monde du 22/03/14, pages 4 et 5. –
(3) Le Monde du 23/04/2013 et cf
le Grain de Sel du Mardi 25 janvier 2011


 
 

Mécénat ou OPA ?

Publié dans Du côté des élites
En avril 1814, Fontainebleau avait vu l’abdication de Napoléon ; ce château, en avril 2014, semble devenu le théâtre de l’abdication des élites républicaines. Inspiré de celui de Marie-Antoinette à Versailles, le théâtre impérial construit par Napoléon III est devenu le "théâtre Cheikh Khalifa bin Zahed al-Nahyan", suite aux 5 millions de pétrodollars déboursés par l’émir d’Abu Dhabi, pour financer des travaux de restauration. Laissons de côté les commentaires désobligeants relatifs à la nationalité et à la religion du financier, concentrons-nous sur les faits.

L’affaire s’est enclenchée sous Nicolas Sarkozy dans la foulée de l’accord historique conclu avec les Émirats, sur le Louvre Abu Dhabi. C’est M. Renaud Donnedieu de Vabres qui, en 2007, a accepté cette "contrepartie". Or s’il y a contrepartie, il ne s’agit plus de mécénat : le mécène est, par définition, un homme aussi riche que généreux, qui ne marchande pas son aide. Il est normal de le remercier, par des discours, des cérémonies, d’apposer une plaque sur un mur, bien en vue, rappelant son geste méritant. S’il y a une vraie "contrepartie" du mécénat, elle est dans l’estime que la population et de tous les amoureux de l’art, d’où qu’ils viennent, portent au bienfaiteur ; bref, en ce qu’autrefois on nommait "la Renommée".
Or ici, puisque l’émir achète un nom, il ne s’agit plus de mécénat mais d’une vile OPA, déguisée en mécénat. Cette offre d’achat, ici, n’est même pas publique : c’est une offre d’achat privatisant un bien public. Or acheter le nom de Napoléon pour (à terme) 10 millions d’euros, c’est brader le patrimoine historique … Le patronyme de Napoléon a donc été soldé, vitam aeternam, pour moins de la moitié du salaire annuel d’un sportif parisien, tel Zlatan Ibrahimovic qui a gagné 23,5 millions d'euros en 2013.

On a peine à croire qu’un ministre ait si mal conseillé l’émir car, pour ce qui est de renforcer la renommée d’Abu Dhabi, c’est raté : la bronca va bon train et une pétition circule pour exiger le maintien du nom d’origine. Mme Filippetti va-t-elle rattraper cette bévue ? On pouvait l’espérer, tant M. Hollande, homme de gauche, s’est employé à défaire les œuvres de son prédécesseur, homme de droite. De plus, on se souvient que, lors de la campagne présidentielle, la future ministre de la culture avait publiquement regretté que le nom de l’entrepreneur lorrain, Wendel, soit inscrit sur les murs du centre Pompidou Metz. Wendel, qui a reçu en 2012 la distinction de "Grand Mécène de la Culture", n’avait pourtant pas demandé qu’on baptise le centre "Pompidou-Wendel". Ce genre d’achat de nom, travesti en mécénat, est courant en Amérique du Nord, pas en France, ainsi que le déclare Gilles Fuchs créateur de l’Adiaf (1): "je pense que le mécénat se caractérise avant tout par la générosité et la discrétion" (2). 
Mais la collusion des fonctionnaires de la Culture avec le marché et la finance a sournoisement engendré la servilité des hommes de l‘Etat : le prestige de servir le Bien public leur est apparu fort terne, face aux plaisirs (et aux avantages sans doute) de complaire à l’oligarchie financière. La ministre a donc mangé son chapeau, pour venir, tout sourire, inaugurer le théâtre de Fontainebleau, avec Cheikh Sultan Bin Tahnoon al-Nahyan, membre de la famille royale.  

Que faire ? Il y a peu de chance qu’on débaptise le théâtre ; des complications diplomatiques seraient en vue. Peut-être faudrait-il plutôt pétitionner pour qu’un projet de loi interdise explicitement de vendre nos appellations d’origines contrôlées. D’ailleurs celles-ci ne sont-elles pas inaliénables au même titre que n’importe quel patrimoine culturel de la France ? N’y-a-t-il pas, là, une grave infraction au principe d’inaliénabilité, caractéristique du droit français ? Les descendants de l’Empereur vont-ils attaquer en justice pour défendre les droits d’auteur de leur ancêtre, Napoléon III, constructeur du théâtre ? Ce serait tout à leur honneur… et à leur avantage si on se souvient des précédents exploits de M. Renaud Donnedieu de Vabres.

Ainsi, quand le bâtiment du ministère de la Culture, rue Saint-Honoré à Paris, a été emballé d’une résille en métal qui dénaturait les lignes de l’édifice initial, celui de l’architecte Georges Vaudoyer, ses héritiers attaquèrent l’Etat. Le tribunal administratif de Paris condamnait, en 2007, le ministère à leur payer un euro symbolique tout en déclarant irrecevable la demande de dépose de la résille. Mais il laissait ouverte la voie d’une demande gracieuse devant le ministre, celle-ci étant susceptible de recours. Afin d’éteindre tout risque de poursuite du contentieux, Renaud Donnedieu de Vabres a signé aux héritiers Vaudoyer un chèque de 300 000 euros... contre l’avis du comptable de son propre ministère. Selon le site du Nouvel Obs (3), la Cour des Comptes note que "la convention conclue à cette occasion, par laquelle l’État a contracté une dette qui n’existait pas, suscite d’importantes réserves".

On notera les coïncidences de dates des deux affaires (2007) et le "contracté une dette qui n’existe pas" ! Ainsi marche l’affairisme culturel : distribution dans l’urgence de chèques pour colmater des brèches que le ministère crée lui-même par impéritie et non-respect des lois (du droit moral en particulier ); puis, les caisses étant vides, recours flagorneur au premier carnet de chèques venu… plus quelques hausses d’impôts et le bal peut continuer….. Est-il admissible que l'autorité de tutelle ait laissé Mme Baldassari déraper de 30 à 52 millions d’euros, pour rénover le musée Picasso ? 
Les relations de l'Etat et de la Culture ne sont affaire de convictions ni de gauche, ni de droite : c'est une affaire d'intérêts financiers...

(1) Association pour la Diffusion Internationale de l'Art Français
(2) Martine Boulart, "Artsistes et mécènes" Ellipse, 2014, p.384. 
(3) http://rue89.nouvelobs.com/2010/02/14/avec-donnedieu-des-ayants-droit-touchent-300-000-fois-la-mise-138147

http://sourgins.over-blog.com/

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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