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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

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Paris colonisé par ...

Publié dans Du côté des élites
Paris colonisé par l'Art financier
 
Jeff Koons vient de "donner" une œuvre à Paris : un clinquant bouquet de tulipes brandi par une main gigantesque, qui dépareillera l’espace entre le Palais de Tokyo et le musée d’Art moderne de la Ville de Paris… tant la différence d’échelle et de matériaux est choquante. Pour implanter ce bronze polychrome de douze mètres de haut et 33 tonnes, les riverains n’ont pas été consultés, pas plus que les architectes des bâtiments de France : la loi Pellerin a été promulguée précisément pour rendre l’AC incontestable, incritiquable. L’ambassadrice américaine s’est donc unie à une mairie de Paris aux ordres et à un collectionneur (M. Pinault grand amateur de Koons était présent lors de l’annonce) imposant n’importe quoi, n’importe où, puisque, Loi oblige, il suffit d’invoquer le label magique d "Art contemporain". "Donner" est mensonge : à condition que l’on paye le vase a titré Le Monde, enfin lucide ! Le don n’est pas financé et son coût serait de 3 millions d’euros … Emmanuelle et Jérôme de Noirmont, anciens marchands parisiens de Jeff Koons, reconvertis producteurs, sont chargés de collecter les fonds via du mécénat privé : collaborateurs de la colonisation culturelle à vos chéquiers ! Mais ce mécénat privé va investir l’espace public :  en réalité c’est Paris qui se donne . Koons accapare le bien commun, le prestige parisien, pour augmenter encore sa cote. Même quand on est l’artiste vivant le plus cher au monde, l’Art financier fonctionne comme une bicyclette : si on n’avance pas sans cesse, on tombe. Le battage permettra en outre à Koons d’installer enfin une de ses œuvres dans l’espace public de son propre pays…

Toute cette stratégie est maquillée en "signe de fraternité après les attentats de novembre 2015". Comédie cousue de fil blanc : les lieux n’ont aucun rapport avec les attentats et l’excuse compassionnelle colle mal avec la référence "aux fleurs rococo de François Boucher ou de Jean-Honoré Fragonard" : un peu de frivolité pour parfumer une tuerie ? Quant à la main, elle évoquerait celle de la statue de la Liberté (éclairant le monde), œuvre de Bartholdi donnée par la France aux Etats-Unis en 1886. N’est-ce pas plutôt "la fameuse main invisible du marché" ? Koons vient-il fleurir la tombe de la culture européenne soumise à la finance mondialisée : quand on sait que la tulipe (1) engendra une spéculation féroce au XVIIème siècle, on ne saurait rêver de symbole plus fort marquant l’emprise de l’Art Financier au cœur de Paris !
L’opération est d’autant plus écœurante que l’espace de la rue est actuellement celui des Sdf, refugiés et autres sans abris qui eux, visiblement, ne sont pas suffisamment "contemporains" pour qu’on dépense ces 3 millions d’euros pour les aider, mieux vaut dorloter les cotes de l’Art financier. Françoise Monnin rédactrice en chef d’Artension a eu l’idée d’une pétition "SOW BEAUTIFUL" proposant en remplacement de la Koonserie un hommage à Ousmane Sow qui vient de nous quitter. Mais d’autres pétitions circulent
cliquer.
L’année finit mal avec la mort de ce sculpteur et académicien, et l’élection à l’Académie de Bustamante, artiste conceptuel au siège de… Zao Wou-Ki ! Tandis que le siège du peintre abstrait Georges Mathieu n’est, après 3 scrutins, toujours pas pourvu…. Bizarre, d’éminents peintres étaient pourtant postulants… A suivre en 2017.
www.sourgins.fr
(1) Certains voient dans cette fleur une allusion à la Hollande et une forme de soutien de Mme Hidalgo envers son cher François…

La Beauté remboursée par la Sécu

Publié dans A tout un chacun
La Beauté bientôt remboursée par la Sécu
 
Le neurologue Pierre Lemarquis a publié L’empathie esthétique, entre Mozart et Michel-Ange aux éditions Odile Jacob, livre qui démontre que l’art devrait être remboursé par la Sécu. En effet, la Beauté d’une œuvre provoque la sécrétion de neuro-transmetteurs du bien-être, un vrai cocktail de vitalité : la dopamine, ce stimulant du désir, les endomorphines qui apaisent la douleur, l’adrénaline qui renforce l’énergie mais aussi la sérotonine, à l’action anxiolytique. Bref, la Beauté de l’art serait un antidépresseur sans effets secondaires ravageurs…
 
L’Art pourrait non seulement nous conduire à l’extase, mais certains spectacles effrayants pourraient s’avérer bénéfiques, grâce aux vertus cathartiques de la représentation, ce qu’Aristote notait déjà à propos du théâtre.
Mais la science du neurologue s’arrête là, n’ayant pas encore intégré, qu’aujourd’hui, tout ce qui porte le nom d’art peut revêtir des natures différentes voire antagonistes. Si voir une re-présentation, une nouvelle monstration du réel, fictionnelle, peut avoir un effet cathartique, il n’en est pas de même d’un certain art dit contemporain qui, au prétexte que "l’art c’est la vie", abolit la re-présentation au profit d’une simple présentation, voire d’une prédation du réel. De l’hémoglobine d’Opéra et du sang réellement versé lors d’une "performance"n’ont pas le même sens et ne déclenchent pas les mêmes réactions.
 
De même, on peut être sceptique de voir notre homme de science vanter les mérites du Ballon Flower de Jeff Koons, dont les formes arrondies nous renverraient vers l’enfance : si toute grande œuvre a une relation avec l’enfance, lieu d’émotions et sentiments des plus forts, on peut rêver pour l’art d’un autre destin que la régression infantile. Il serait bon de dire que si la Beauté nous offre plein de neuro-transmetteurs, la réciproque n’est pas vraie : la présence d’adrénaline ou de dopamine peut signifier la présence de tout autre chose. Tout ce qui modifie notre humeur, nous détend et nous met en appétit de vivre n’est pas forcément Beau. Pour certains, le commérage ou la calomnie ont des effets revigorants, exaltants : où est le Beau ? Pour d’autres, lire dans un magazine people les misères des "stars" est hautement jouissif ; un accident de voiture en extasie un troisième, d’où les voyeurs qui s’amassent avec gourmandise au bord des routes. Pour le dire plus simplement : si la Beauté, incontestablement, nous émeut, tout ce qui nous émeut n’est pas forcément Beau.
 
Il n’en reste pas moins que l’amateur d’art jugera instructif d’apprendre que notre cerveau découvrant une œuvre d’art met 2 secondes pour la rejeter et quatre pour s’y intéresser, que celui qui goûte un tableau abstrait s’y projette d’une manière identique à celui qui savoure une œuvre figurative. En cause nos neurones miroirs, connectées au cerveau dionysien, celui des émotions. L’émotion esthétique, que développe ce cerveau dionysien, est différente du jugement esthétique, qui, lui, siège dans l’autre partie du cerveau, l’apollinien, dédié à l’intellect et à la culture pour reprend les catégories Nietzschéennes, alors que d’autres préfèrent évoquer "cerveau droit/ cerveau gauche", pour faire court.
Conclusion : le neurologue ne s’étonne pas qu’on puisse ne pas aimer des œuvres que l’on trouve belles … ni aimer certaines que l’on juge peu réussies mais qui résonnent en nous émotionnellement.
 
Il voit bien l’intérêt des régimes totalitaires du XXème siècle à confisquer cette bouffée d’oxygène offerte à la population. Mais justement, une approche plus fine de l’histoire de l’art aurait pu conduire notre scientifique à s’interroger sur la situation présente. A savoir, la relégation de certains arts de la représentation (comme la Peinture) au profit des détournements, performances et autres installations prédatrices du réel. De même, dans la Peinture officiellement tolérée, l’importance d’un courant conceptuel anesthésié et anesthésiant qui contrebalance son exact contraire : une picturalité qui, elle, joue complaisamment sur le registre "affreux, sale et méchant" dont se goinfre notre ego dionysiaque...
 
Paru sur www.sourgins.fr

Monumenta ment..

Publié dans Du côté des élites
Monumenta ment... monumentalement
 
Presqu’à chaque fois, l’exposition parisienne Monumenta, au Grand Palais, est barrée visuellement par un mur, histoire d’intriguer le chaland et de le pousser à acheter une entrée. J’entre, spontanément je me dirige vers la gauche, un gardien surgit : "Non Madame ! Il faut aller à droite". Cette exposition du chinois Huang Yong Ping nous est présentée comme une allégorie de la mondialisation : effectivement, il faut filer droit. Bon, je m’exécute, je longe des containers, encore des containers, toujours des containers. Ennui cumulatif. En ce vendredi 27 mai 2016, il fait lourd mais le soleil d’après-midi est voilé. La nef parait terne, encombrée par ce jeu de lego géant et les anneaux d’un serpent colossal ; on nous annonçait que son ossature métallique "dialoguait" avec la verrière, effet d’annonce : les deux armatures luttent et se détruisent visuellement l’une l’autre… Le dossier de presse assurait que "l’artiste substitue aux éléments des paysages chinois des formes contemporaines : les conteneurs pour les montagnes", sans omettre le vide permettant la circulation des énergies. Or l’expo n’est pas vide mais creuse.
 
Ah, j’aperçois une sorte de calot dressé en équilibre, ce doit être l’autre vedette annoncée : l’arrière du chapeau géant de Napoléon (à la bataille d’Eylau SVP) ; il illustre le titre de l’exposition "Empires". Effectivement, je me prépare alors à savourer le clou de l’expo : la gueule béante du serpent de la mondialisation attaquant le glorieux bicorne ! Ca, même Hollywood n’y avait pas pensé : le chapeau de Napoléon dans le rôle de la mangouste. Mais la tête du serpent décharné est loin du chapeau, sa gueule, au lieu de se dresser à l’assaut de l’impériale coiffe, se vautre lamentablement sur le sol, pauvre bête ! Elle est si mal en point qu’on doit la soutenir par des piliers de métal qui portent encore des chiffres de fabrication ou de montage et cassent l’ambiance. Le malheureux serpent, avec ses béquilles, inspire plus de commisération que de frayeur. Dire que, selon le dossier de presse, ce piteux reptile serait cousin des dragons, évoquerait les cycles des créations et destructions…Déception. L’affirmation "Le concept en est simple mais brasse des idées complexes" me paraît gratuite (mais pas l’expo, 10 euros)
 
J’avise la boutique, avec ses sacs en toile imprimée d’un squelette serpentin (24 euros), des boîtes métalliques, réductions de container (24 euros) et des chapeaux de Napoléon en feutre, pliables, pour 11 euros seulement. Mon œil est attiré par les cartes postales de l’exposition : comme toujours les dispositifs conceptuels sont photogéniques, les photos étant prises par temps ensoleillé, avec l’ombre des verrières pour animer une composition si morne au naturel. Beaucoup de livres aussi, un titre attire mon attention : "Mao et moi". Je ne feuillette pas, je préfère imaginer, qui sait, des scènes torrides … et sortir.
Je me dirige par où je suis entrée, c’est ainsi que fonctionnent beaucoup de salons et d’expositions au Grand Palais mais arrivée devant la porte : "Non Madame, la sortie est de l’autre côté !". C’est stupide, les portes sont libres, mais le gardien est intraitable. Décidemment, on ne circule pas comme on veut dans la mondialisation. J'obéis en râlant ; avant de sortir, je jette un dernier coup d’œil et là, ô miracle, apparaît une vraie mise en scène autour du célèbre bicorne. Certes, le sens est toujours "téléphoné" avec un container vert estampé CAPITAL, le côté "Mao et moi" de Huang Yong Ping, sans doute. Certes, le serpent a cette fois des allures de montagnes russes, dévoilant la nature de l’ensemble, un parc de loisirs bobo, mais le panorama est bel et bien composé plastiquement. Beaucoup de visiteurs ne s’en apercevront pas, puisque s’en allant, ils lui tourneront le dos. L’expo est à l’envers : pas de problème, un conceptuel soutiendra que c’est signifiant. Une fois dehors, repassant devant l’entrée de Monumenta, j’observe un second serpent métallique bien plus signifiant que le premier. Celui des barrières prévues pour contenir la masse des visiteurs. Ce reptile extérieur est aussi vide que l’autre : "Empires" ne fait pas courir les foules.
 
Pourtant le dossier de presse est un modèle du genre. On y trouve de la "pensée faible", savourez cette déclaration de l’artiste : "dans ma démarche, le hasard a une place primordiale, (…) je ne savais pas que le mot français "nef" signifiait également "bateau". Cette coïncidence renforce le lien avec l’eau qui, sans être présente, fait partie de l’œuvre. Cela me prouve que la démarche est juste !". On y croise aussi de la pensée "Marabout de ficelle" (l’ "empire" c’est aussi ce qui "devient pire" sic) ; sans oublier les demi-aveux révélant que dans une installation "le spectateur devient presque un cobaye". Il n’y manque pas non plus l’infantilisation du visiteur : "tout le monde peut s’emparer du chapeau ! D’ailleurs, tous pourront passer dessous et endosser le rôle de l’Empereur pour quelques minutes" ! Présentes aussi, les références tirées par les cheveux comme celle à "Pluie, vapeur, vitesse", pauvre Turner. Plus quelques trouvailles langagières qui assaisonnent le tout, tels les très chics "frottements esthétiques".
Et surtout on nous bombarde de chiffres propres à épater la galerie. Sous les 13 500 m² de la nef du Grand Palais, le serpent mesure 254 m avec 316 vertèbres et 568 côtes ; les 305 containers, représentent les deux millions de conteneurs qui circulent dans le monde, dont 80 % passent par la mer et arrivent de Chine. Les porte-conteneurs en transportent parfois jusqu’à 18 000. Les aller-retours entre l’Europe et la Chine mettent 56 jours etc. Cet éloge des containers, et de la puissance économique, se termine par une allusion "aux migrants qu’on y loge à Calais" : c’est la petite note humanitaire. Mais le rebelle d’opérette qu’est devenu Huang Yong Ping se gardera bien d’évoquer les sujets qui fâchent : en 2015, quand l’Union européenne a découvert des produits dangereux dans ces containers, dans 62 % des cas, les produits venaient… de Chine ! (Que Choisir N°548, juin 2016, p.12)
Personne non plus pour s’offusquer de quelques cumuls : sur 7 éditions de Monumenta, Jean de Loisy est commissaire pour la seconde fois ; le galeriste Kamel Mennour s’incruste pour une troisième : "Je pense qu’il faut savoir rester fidèle à ses artistes, à ses idées et à ses collaborateurs." dit-il.  Ben voyons, les peintres qu’il a lâchés au tournant de l’an 2000 pour passer à des activités conceptuelles plus lucratives, apprécieront !
 
Bref, tous les chiffres sont généreusement communiqués… sauf celui du budget de l’exposition ! Mais les temps changent, même Philippe Dagen du Monde s’en étonne. Il est vrai que le marché de l’art décélère quelque peu cette année ; en cause, dit-on, le ralentissement chinois, dû aux lois anti-corruption qui auraient là-bas plombé le trafic des œuvres d’art… Façon de faire porter le chapeau aux Chinois quand le boa de l’AC, l'Art financier, se mord la queue ?
Paru sur www.sourgins.fr 

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