Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

23 000 œuvres d'art...

Publié dans Du côté des élites
L'Etat perd de vue 23 000 œuvres d'art
 
L’Etat "dépose", met à disposition des musées, ambassades, mairies et diverses administrations, plus de 430 000 pièces de ses collections. Or le rapport de la Commission de récolement des œuvres d’art de l’Etat (CRDOA), montre que le suivi du patrimoine est catastrophique. Les objets disparaissent sans que l’Etat ne s’en aperçoive avant des années. Si la base de données en ligne de cette commission recherche 23 000 œuvres, 1 346 plaintes seulement ont été déposées pour vol ou disparition. Pour les autres, l’Etat, si inquisiteur pour taxer le patrimoine des particuliers, ne sait pas où nos trésors sont passés.
Cliquez et vous pourrez connaître l’état des pertes dans votre département, grâce à l’enquête de Libération (après Paris, le département du Bas-Rhin (67) est bon second).
 
Certaines institutions ont double casquette : dépositaires, elles sont également déposantes, mettant à disposition de leurs établissements sous tutelle ces mêmes œuvres. A ce jeu, les ministères concentrent la majeure partie des pertes (ou vols) : près d’un tiers des plaintes déposées les concerne. Et les disparitions ne portent pas seulement sur des objets de petite taille. En 2006, cinq tapisseries de 2 sur 6 mètres se sont volatilisées à l’ambassade de France en Guinée. Les ambassades, censées assurer le rayonnement français, sèment à tous vents : 123 plaintes déposées. Mais une annexe du château de Versailles a vu aussi s’envoler un meuble en acajou de Jacob-Desmalter. Une lignée d’ébéniste très recherchée car à l’Assemblée, c’est une bergère fabriquée par le père du précédent qui s’esbigne, malgré une stricte procédure de contrôle pour les visiteurs (relevé d’identité, motif de visite, remise d’un badge…). L'art contemporain n'est pas en reste : le Centre national des arts plastiques (CNAP) qui dépend du ministère de la Culture et gère 95 000 œuvres du Fonds national d’art contemporain... est cité dans le rapport...
 
L’administration publique est à la peine ne serait-ce que pour obtenir des réponses. Fin 2014, 40 % des préfectures n’avaient pas répondu au ministère de l’intérieur. L’Outre-Mer n’avait pas localisé plus de 80 % des œuvres en dépôt... Tableaux, meubles et sculptures qui ornent les lieux de pouvoir sont rarement retrouvés … seulement 251 objets de retour depuis l’existence de la base de données.
Jacques Sallois, président de la CRDOA, a beau rappeler les difficultés liées à l’absence de procédure au XIXe siècle, où l’on déposait certes sans inventaire, on s’interroge : quoi, depuis  Napoléon III, notre brillante administration, et nos chers énarques que le monde entier nous envie, n’ont rien réformé ?
Février 2016, le sous-préfet de Normandie, mis en examen, a été placé en détention provisoire, soupçonné de vol, notamment d’un tableau de grande valeur retrouvé chez Sotheby’s. Les œuvres perdues par l’Etat ne le sont certainement pas pour tout le monde !

www.sourgins.fr

Corruption et mécénat

Publié dans Du côté des élites
Peut-on déguiser la corruption en mécénat ?

La Chine est à l’honneur à la Fondation Vuitton, au Bon Marché avec Ai Weiwei  puis, en mai, Huang Yang Ping "investira" le Grand Palais pour un énième Monumenta. Hasards du calendrier ? Pas vraiment puisque Vuitton possède le Bon Marché mais l’orchestration va plus loin : Emmanuelle Lequeux vend délicatement la mèche dans un article du Monde (1) et ce qu’elle baptise "redoutable entreprise de séduction des musées français" ressemble beaucoup à une corruption déguisée en mécénat, à moins que cela ne relève de la simonie (2).
 
D’abord il y a les dons. Depuis celui du cheval de Troie, on sait qu’il faut s’en méfier. Mais le musée national d’art moderne ayant accepté en 2015 ceux de tycoons asiatiques, les généreux donateurs s’enhardissent : le bel Adrian Cheng, milliardaire de 35 ans, vient d’entraîner le centre Pompidou dans un "partenariat" privé/ public décoiffant ; il a créé à Beaubourg un poste de conservateur dévolu à l’art chinois, entièrement à sa charge (ou plutôt à celle de sa fondation K11, organisme à but non lucratif, c’est plus rassurant). Le plus drôle, c’est que tout le monde fait mine de ne pas s’apercevoir que c’est aussi à son service. Certes, Beaubourg n’a pas renoncé à son rêve d’installer un clone du Centre à Shanghai ou ailleurs ; certes, les conservateurs français se plaignent de payer parfois eux-mêmes l’hôtel aux artistes invités. Mais à ce prix-là, celui d’un entrisme caractérisé, mieux vaudrait avoir une politique culturelle moins ambitieuse qui reste libre et démocratique ! Car les œuvres achetées sur le conseil du conservateur pro-chinois, resteront à charge du Centre, donc du contribuable français, qui devra financer expositions, assurances, restaurations… si les choix sont mauvais, un fonctionnaire devrait devoir en répondre mais le conservateur par intérim sera envolé depuis longtemps.
 
Les institutions, et les institutionnels, sont donc à vendre ? Leurs fanfaronnades ne trompent personne : "aucune puissance privée ne saurait interférer sur sic nos choix, pas question de favoriser la reconnaissance d’un artiste qui arrangerait notre mécène". Le phénomène se généralise : au Palais de Tokyo, c’est le poste du directeur artistique adjoint, "pas moins" qui est financé à parts égales par Total et le même Adrian Cheng, pour 3 ans. Là aussi, la main sur le cœur, toute ingérence est réfutée. Or Cheng, s’il nie promouvoir sa propre collection, ne fait pas mystère de vouloir "un écosystème international, une plateforme où les jeunes artistes chinois puissent avoir leur place". Il revendique pour le collectionneur de nouveaux rôles : producteur, promoteur et… perturbateur sic.
Les artistes français, qui ne disposent d’aucune place dans aucun écosystème, comprennent mieux pourquoi : ceux qui sont chargés de les aider, avec l’argent du contribuable, sont occupés à mieux, voire à laisser les manettes au plus offrant ! "Tous les jours, je reçois des emails de russes ou d’Ouzbeks qui offrent 300 000 euros pour montrer leur collection : nous refusons bien sûr ces "compromissions" s’exclame-t-on au Palais de Tokyo (ou de Pékin ?).
Doit –on comprendre qu’à 300 000 euros c’est une compromission, mais qu’une somme plus conséquente, offerte par un milliardaire plus branché, transforme l’opération en fécond partenariat ? Car Adrian Cheng est le promoteur du concept de "centre-commercial-musée" qui mixe AC et shopping, opération à but bien lucratif cette fois ! Le Monde est quand même gêné aux entournures, la ficelle est grosse. Le premier chinois à avoir fait l’objet d’une exposition personnelle au palais de Tokyo, l’été 2015, dans le cadre d’un accord avec Cheng et sa fondation K11, n’a convaincu personne même pas Le Monde : son imagerie kitsch succédait à une expo franco-chinoise organisée déjà par K11 et qualifiée de "ratée". Le Palais de Tokyo-Pékin promet dans 3 ans de mettre le cap sur l’Afrique. Sur l’A-fric plutôt alors ? Pour devenir le Palais de Bamako peut-être ?
 
Fabrice Hergott qui dirige, en face, le musée d’Art moderne de la ville de Paris, avoue qu’en 2013 il aurait bien eu du mal à présenter le peintre Zeng Fanzhi sans l’aide d’un autre milliardaire, Budi Tek. Mais il reconnait qu’il aurait pu faire l’expo quand même. Visiblement nos dirigeants des grands centres d’art sont lancés dans une course effrénée au point de se doper à tous les financements. On peut préférer des champions moins performants, moins people, mais plus propres, plus transparents, plus démocratiques… Hergott avoue une raison de vouloir son expo : montrer qu’on pouvait regarder un artiste chinois "comme tout autre artiste" sans chercher de "particularisme chinois". Bref il lui importait de prouver que la Chine était de plein pied dans la mondialisation ; (la démonstration intéressait son financier, Budi Tek, encore plus). Le palais de Tokyo peut donc se transformer en Palais de Pékin, de Bamako demain, de Miami par la suite : ici, c’est comme partout dans l’ailleurs globalisé.
 
Ce manège dure depuis un moment. Le 11 décembre 2012 un petit entrefilet du Monde, page 22, signalait sans s’y appesantir, la nomination de Sylvia Chivaratanond à un poste de conservateur au Centre Pompidou. Diplômée de Leicester et UCLA, ayant été commissaire de nombreuses expos aux USA et à Londres, elle avait pour mission d’enrichir nos collections nationales… en art américain. Elle n’avait pas été recrutée directement par le Musée National d’Art moderne, mais par la Fondation des amis américains du Centre Pompidou !
Peut-être serait-il bon d’édicter une règle de bonne conduite : n’accepter ce type de recrutement que s’il y a réciproque… Au moins s’explique l’attitude de la bureaucratie culturelle qui rechigne à donner ses critères d’acquisition : ce n’est même plus elle qui décide, elle s’est démise au profit du "mieux disant"…

Paru sur www.sourgins.fr

(1) "Les musées français s'éveillent à la Chine", Le Monde jeudi 11 février 2016, page 16 et 17.
(2) Dans l'histoire du christianisme : l'achat et la vente de biens spirituels, par extension, le trafic du symbolique, de la légitimation.

Le petit Noël de l'AC

Publié dans Du côté des élites
Le petit Noël de l'art contemporain
 
Vous en rêviez : votre parking personnel burénisé avec rayures noires et blanches. Ou encore votre vide-ordure transformé en white-cube : zéro déchet, zéro odeur, parfaitement "clean" !  Bref, vous rêviez d'art très contemporain à domicile : Fleur Pellerin va le faire. Jusque-là, le 1% s'appliquait aux constructions publiques, il va désormais concerner les constructions ou les rénovations de bâtiments privés. Le ministère de la culture vient de passer un accord avec treize poids-lourds de l'immobilier, tous  signataires d'une charte "1 immeuble, 1 œuvre", s'engageant à faire appel à un artiste d'art contemporain"  quelle que soit la taille du programme".
Jusqu'ici tout va bien, qui ne voudrait pas d'une fresque ou d'un relief qui égaye les parties communes de son immeuble ?
 
Problème : au lieu de laisser les acteurs s'organiser et choisir par eux-mêmes, voire demander leur avis aux habitants, ces entreprises seront prises en main par les services du ministère et bien sûr les DRAC (Directions régionales des affaires culturelles) ;" la galerie ou le représentant de l'artiste, s'il en a, seront associés". Le "comité stratégique" chargé de délivrer le label "1 immeuble, 1 œuvre" comprend deux représentants du ministère et trois personnalités qualifiées :  le président du Palais de Tokyo (eau, gaz et AC à tous les étages), Jean de Loisy, l'artiste Fabrice Hyber (connu pour n'avoir jamais eu de galeriste et avoir fait sa carrière aux frais de l'Etat) et Marion Papillon fille de la galeriste Claudine Papillon......
plus d'infos
Les entreprises prendront "en charge les coûts de production et d'installation de l'oeuvre commandée" ; elles rémunéreront l'artiste. C'est à voir. Nombre d'œuvres d'AC ne sont pas durables et se détériorent en permanence, leur entretien est un tonneau des Danaïdes qui engloutit l'argent du contribuable. Les locataires ou les petits propriétaires devront-ils payer à leur tour cet entretien défectueux ? Chacun se rappelle les exigences de Buren, pour mémoire voici l'état actuel de la perspective Karavan à Nanterre-Préfecture [ses 12 cubes de verre sont détériorés et restaurés à prix d'or depuis plus d'une décennie (1)] cliquez. Actuellement l'un d'eux porte un joli costume de contreplaqué et ô surprise, le Père Noël est déjà passé : une chaise a été glissée à l'intérieur par les petits jeunes du quartier en pleine créativité...
D'ici à ce qu'on vous impose des boîtes aux lettres Sophie Calle ou un escalier à la Boltanski, vous pouvez déjà admirer de l'art façon Potemkine, à la Roche sur Yon, où le trompe l'oeil si ringardisé par les élites culturelles, devient, tout à coup, très mode :
cliquez
Pour relooker nos égouts, la DRAC et le comité "1 immeuble 1 œuvre" ont déjà une fine équipe toute trouvée (et pour pas cher : 800 000 euros) : cliquez
Enfin, ceux qui sont d'humeur souriante  peuvent visionner un reportage de Canal plus à la FIAC  : http://www.canalplus.fr/c-emissions/c-le-petit-journal/pid8305-panayotis.html?vid=1325227 
Remarquons au passage  que la nouvelle génération, même médiatique, est moins encline à l'adoration béate de l'AC , une petit note d'espoir quand même.
Très bon Noël à tous, rendez-vous en 2016
 (1) cf Ch. Sourgins, "Les Mirages de l’Art contemporain", la Table ronde :  les mésaventures de la Perspective Karavan, pages 122 à 124, en 2000, chaque vitre coûtait 70 000 francs ; il y en a 5 par cube...

Paru sur www.sourgins.fr, 22 décembre 2015

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version