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TABARD Guillaume

TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



A la Radio et à la télévision

- Radio classique
      éditorialiste politique sur Radio classique
- Public Sénat
- France info
- Radio-Notre-Dame

Dans la Presse écrite
Au Figaro (depuis 2000)
      rédacteur en chef et éditorialiste politique au Figaro.
à La Croix (1995-2000),
à l'Académie Prisma Presse pour la presse magazine (1994-1995),
      rédacteur en chef de l’hebdomadaire France Catholique (1991-1995),
à La Correspondance de la presse (1988-1991)

Ouvrages
- Latin or not latin (2007)
- Maïti Girtanner (2006)
- Les Amis de l'hôtel de ville (2001)

 

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Le paradoxe d’une campagne...

Publié dans Avec l'Europe
Le paradoxe d’une campagne européenne transformée par Macron en test national
 
L’implication présidentielle a fait passer le débat de fond, sur les projets européens, au second plan.
 
À regarder les têtes de liste débattre jeudi soir sur BFMTV de traités commerciaux, de règles et d’éthique migratoires, de travail détaché… on se réjouissait que la campagne commence enfin. En fait, elle s’achevait. C’est l’une de ses particularités : jamais campagne européenne ne fut aussi brève depuis le premier scrutin, en 1979. La cause en est connue, la longue séquence "gilets jaunes" - grand débat, expression d’un malaise franco-français auquel l’exécutif a apporté des réponses elles aussi nationales. Séquence suivie de la tragédie Notre-Dame, qui a renvoyé la France à son histoire, à son identité et à ses querelles. Il n’est resté qu’un mois pour s’intéresser à l’Europe. D’où un débat croupion et souvent convenu.

La seconde particularité de cette campagne fut un débat croupion. Ce n’est pas inédit: tous les présidents ont plus ou moins soutenu la liste de leur parti ; Nicolas Sarkozy avait même tenu meeting pour l’UMP en 2009. Mais Emmanuel Macron a battu tous les records, multipliant les modalités d’expression jusqu’à l’entretien de ce vendredi sur YouTube qui lui permet de contourner les délais imposés aux médias audiovisuels "classiques". Jusque dans les affiches, ce fut une campagne Macron. Le risque politique pris par le chef de l’État a été déjà abondamment commenté : cette montée en première ligne fait des européennes un référendum sur sa personne. Mais, au-delà de la tactique, cette implication a conduit à un triple dévoiement du débat européen. Peut-être involontaire mais bien réel.

Elle a d’abord transformé une confrontation idéologique en compétition arithmétique. Le président de la République a voulu initialement montrer le choc de deux visions, l’une "progressiste", l’autre "populiste". En désignant explicitement "l’ennemi", la liste du Rassemblement national, il a fait lui-même de la première place au soir du 26 mai la question essentielle, pour ne pas dire unique, de la campagne. C’est un piège que déplorent nombre de figures de son gouvernement et de sa majorité. C’est un comble : il sera ainsi préférable pour Macron que la liste Loiseau fasse moins d’élus qu’espéré mais soit un dixième de point devant la liste Bardella plutôt qu’obtenir plus d’élus - donc plus de poids dans le futur Parlement - en étant un dixième de point derrière elle.

Corollaire de la sacralisation de cet enjeu : le débat de fond, sur les projets européens, est passé au second plan, au profit d’un énième avatar d’une campagne politique nationale. Encore un comble pour le chef de l’État : il voulait mettre l’Europe au centre du débat français, c’est sa personne qui se retrouve au centre du débat européen.

Enfin cette focalisation sur le duel LREM-RN conduit à un décalage entre l’affiche française et le paysage européen. Dans le futur Parlement de Strasbourg, ces deux forces compteront, mais aucune ne sera en mesure de gouverner ou d’imposer seule le futur équilibre politique au sein de l’Union. C’est le troisième comble pour Macron : il n’a eu de cesse de promouvoir un élargissement du jeu partisan à l’échelle de l’Union, jusqu’à défendre l’idée de listes transnationales ; il a fini par valoriser un match qui ne domine l’échiquier qu’à l’échelle de la France. Il a fait ce qu’il reprochait aux autres de faire avant lui.

Paru dans Le Figaro, 25 mai 2019

Macron : plutôt non à Le Pen ...

Publié dans Du côté des élites
L’engagement de Macron, obtenir un "non à Le Pen" plus qu’un "oui à l’Europe"
 
CONTRE-POINT - Emmanuel Macron espère réveiller son propre électorat en agitant l’épouvantail de l'extrême droite et admet ainsi l’incapacité à mobiliser sur sa vision européenne.
 
Dramatisation de l’enjeu, simplification du message, personnalisation de la campagne. C’est le triptyque d’Emmanuel Macron pour arracher une victoire aux élections européennes. L’entretien qu’il accorde à la presse quotidienne régionale en est une nouvelle illustration. Alors que les sondages les plus récents placent la liste RN de Jordan Bardella sensiblement devant celle de son parti, LREM, conduite par Nathalie Loiseau, le chef de l’État prend un risque : celui de surdimensionner l’impact d’une éventuelle seconde place. Mais a-t-il d’autre choix que de prendre ce risque ?
Même si le chef de l’État ne s’était pas impliqué à ce point dans la campagne, le résultat de la liste Loiseau aurait été lu comme un baromètre de sa popularité. Comprenant qu’il n’échapperait pas à la dimension de référendum sur sa présidence, l’occupant de l’Élysée a préféré assumer jusqu’au bout cette logique. En tentant de transformer cette contrainte en outil de mobilisation. Dans un scrutin marqué par une forte abstention, la seule stratégie utile pour une force politique est en effet de parvenir à faire se déplacer ses sympathisants hésitants. Et, avec un dispositif de la majorité de faible envergure, seul Macron peut réveiller les macronistes.

Cet engagement personnel a un triple prix. Pour la fonction présidentielle d’abord. En ciblant directement un parti politique, le RN, Emmanuel Macron met à mal sa vocation à incarner l’unité nationale. Chef de l’État et chef de campagne appartiennent à deux registres différents. Même si, foin d’hypocrisie, tous ses prédécesseurs sont descendus d’une manière ou d’une autre dans l’arène électorale durant leur mandat. Le second prix est payé par le débat européen. Car la mise en scène du match entre les listes LREM et RN ramène cette campagne à un simple défi arithmétique. D’ici au 26 mai, il y a fort à parier que la préoccupation politique et, par ricochet, l’écho médiatique ne tourneront qu’autour de cette seule question : qui décrochera la première place ? La confrontation des visions s’effacera derrière la comparaison des sondages. La bataille des courbes plutôt que le choc des idées.

Le président de la République pourra légitimement prétendre que, loin de vouloir échapper à la confrontation idéologique, il la provoque en pointant la menace que représente à ses yeux une percée des "populistes". Mais, et c’est le troisième prix de cette implication frontale contre le parti lepéniste, le choix de la dramatisation le conduit à jouer en contre plutôt qu’à attirer sur un projet positif. Le pari initial d’Emmanuel Macron était de convaincre les Français de la pertinence et du pouvoir attractif d’un idéal européen. En agitant l’épouvantail de l’extrême droite, il admet implicitement l’incapacité à mobiliser sur sa vision européenne. Il voulait que le débat, en France et dans toute l’Union, s’organise autour de ses propositions à lui ; c’est en mettant Marine Le Pen et ses alliés au centre du jeu, qu’il espère réveiller in fine son propre électorat.
Par son entretien à plusieurs quotidiens régionaux, le chef de l’État s’efforce, cette fois, de mieux valoriser les apports de la construction européenne. Mais, parce qu’il reste moins d’une semaine, le mouvement naturel de la campagne conduira plus certainement à la simplification du duel qu’à l’explication de l’action ou d’une vision. C’est en obtenant un "non à Le Pen" plus qu’un "oui à l’Europe" que Macron peut encore remporter la bataille du 26 mai.

Paru dans Le Figaro, 21 mai 2019

Le nouvel équilibre européen de Macron

Publié dans Avec l'Europe
Des valeurs et des frontières, le nouvel équilibre européen de Macron
 
Plus original dans la forme, plus classique sur le fond. S’adresser directement et simultanément aux habitants des vingt-huit pays de l’Union européenne - Royaume-Uni compris -, c’est inédit pour un dirigeant européen. Ce choix recèle un double message. Le premier est qu’Emmanuel Macron croit en une citoyenneté européenne transcendant les appartenances nationales. Ce n’est pas une surprise. Dans son discours de la Sorbonne, il avait plaidé pour des listes transnationales aux européennes. Ce projet a été balayé par ses partenaires, il en reprend l’esprit à travers cette tribune.
Second message : par cet appel direct, il rompt avec la pratique habituelle des europhiles qui, au nom de la logique communautaire, se méfient à la fois de toute mise en avant personnelle et de toute adresse directe aux peuples. C’est une nouvelle forme du "en même temp" macronien : faire le pari de l’élan individuel et solitaire pour relancer un projet collectif. Comme s’il voulait marier le style d’un de Gaulle et les convictions d’un Delors.
Cette synthèse assumée sort des figures imposées du débat européen où les "fédéralistes" s’opposent en tout point aux "souverainistes". Bien sûr, Emmanuel Macron ne change pas radicalement de grille de lecture. Son combat reste plus que jamais tourné contre les "nationalistes" - qu’il a renoncé depuis quelques mois déjà à appeler "populistes". Contre ce "repli nationaliste" qui est "un rejet sans projet" ; contre ces "exploiteurs de colère, soutenus par les fausses informations qui promettent tout et son contraire".
Mais le président français procède à deux inflexions majeures. La première est de sortir de la réponse frontale. Au "nationalisme", il n’oppose pas le "fédéralisme", mais la "souveraineté européenne", notion autrement plus tempérée et équilibrée. Au "repli", il n’oppose pas "l’ouverture", mais la "protection". Face à ceux qui veulent moins d’Europe, il ne propose pas plus d’Europe, mais au contraire un retour à ses "valeurs" fondatrices : liberté, protection, progrès.
Une expression résume sa vision : "une Europe qui protège à la fois ses valeurs et ses frontières". Ce dernier mot est essentiel. Longtemps l’invocation des frontières appartenait au registre des souverainistes. Il était synonyme de fermeture, de repli. C’était un mot-clé de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, lorsqu’il voulait reconquérir l’électorat FN. Certes, les frontières que défend Macron sont à l’échelle de l’ensemble de l’Union, pas à celle des États. Mais les europhiles, dont il est, ont admis que le projet européen serait définitivement rejeté par les peuples s’il ne répondait pas d’abord à ce besoin de protection dans tous les domaines (commercial, social, identitaire, sécuritaire…). Macron a compris que les "nationalistes" avaient prospéré sur l’impuissance, voire le refus, des instances communautaires à prendre en compte les peurs des peuples.
D’où sa deuxième inflexion : ne plus entretenir un clivage interne à l’Union en pointant du doigt les "méchants": la Hongrie, l’Italie, la Pologne ; mais tenter de susciter un sentiment commun d’appartenance face aux menaces extérieures de la Russie, la Chine ou les États-Unis.
Pour gagner son match avec Marine Le Pen, Emmanuel Macron rejette la carte d’une eurobéatitude qui n’a plus guère d’adeptes. S’il sort de la caricature, il lui reste malgré tout à réenchanter le rêve européen. Une "agence", une "conférence", un "office", une "banque"… Les propositions formulées dans sa tribune sont peut-être pertinentes. Mais insuffisantes pour croire à la "renaissance européenne" qu’il appelle de ses vœux.

Paru dans Le Figaro, 5 mars 2019

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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