Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

TABARD Guillaume

TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



A la Radio et à la télévision

- Radio classique
      éditorialiste politique sur Radio classique
- Public Sénat
- France info
- Radio-Notre-Dame

Dans la Presse écrite
Au Figaro (depuis 2000)
      rédacteur en chef et éditorialiste politique au Figaro.
à La Croix (1995-2000),
à l'Académie Prisma Presse pour la presse magazine (1994-1995),
      rédacteur en chef de l’hebdomadaire France Catholique (1991-1995),
à La Correspondance de la presse (1988-1991)

Ouvrages
- Latin or not latin (2007)
- Maïti Girtanner (2006)
- Les Amis de l'hôtel de ville (2001)

 

URL du site internet:

Un signal d’alarme pour les...

Publié dans Du côté des élites
Un signal d’alarme pour les deux finalistes de 2017
 
La rengaine est connue : les sondages se trompent, les sondages ne veulent rien dire ; surtout à lointaine échéance d’un scrutin. Il est de fait facile d’opposer les résultats d’une élection aux chiffres publiés par les instituts quelques mois à l’avance. Mais, comme en toute matière, une donnée brute est inintelligible sans clés de lecture. En l’occurrence que dit le sondage Ifop publié dans Le Figaro ? Les Français s’attendent à un duel Macron-Le Pen, mais ils n’en veulent pas. Et c’est ce décalage qui peut conduire à chambouler l’offre qui leur est faite aujourd’hui.

En matière électorale, il existe trois types de mesures : le pronostic, le souhait et l’intention de vote proprement dite. Le premier n’exprime aucune préférence personnelle mais résulte d’une analyse de la situation du moment. Or, c’est un fait que, depuis le premier tour de la présidentielle de 2017, le duo Emmanuel Macron- Marine Le Pen domine le paysage, ni la droite ni la gauche qui ont exercé le pouvoir durant six décennies ne semblant à ce jour en mesure de reprendre la main. Un même pronostic peut donc réunir ceux qui s’en réjouissent (85 % des électeurs RN) et ceux qui le déplorent (81 % des sympathisants LR).
L’intention de vote, ensuite, exprime un choix ; mais sur la base d’une liste de candidats proposés, laquelle ne correspond pas obligatoirement au désir prioritaire du sondé. L’intention de vote est donc en partie un choix par défaut. On peut ainsi dire voter pour tel candidat pour faire barrage à tel autre, ou même si on se sent plus proche d’une autre personnalité, mais dont le nom n’est pas proposé. Le souhait, enfin, est sans doute ce qui correspond le mieux à l’intention profonde du citoyen sondé, mais il fait abstraction de l’offre effective.
Souvent, l’ensemble des indices (pronostic, intention de vote, souhait) finit par se rapprocher. Mais il peut arriver à l’inverse qu’ils divergent. Et que cette divergence impose un changement de la donne. C’est ce que l’on a appelé le "dégagisme", lequel s’est manifesté en 2017 avec l’irruption d’un Macron, inconnu deux ans plus tôt, la qualification de Marine Le Pen et la percée de Jean-Luc Mélenchon. Il est frappant de constater que le refus d’un duel Macron-Le Pen est quasi identique à celui d’un duel Hollande-Sarkozy, envisagé à même échéance en 2015.

Pourtant, le match retour semblait inscrit d’avance entre un président en exercice que personne n’imaginait alors ne pas être candidat et celui qui venait de reprendre la tête de l’UMP. L’offre semblait s’imposer. Les sondages d’opinion se sont chargés de dissuader Hollande et la primaire de la droite a éliminé Sarkozy. Les intentions de vote pouvaient être justes sur le moment et le pronostic aller de soi, la mesure du souhait aurait dû mettre la puce à l’oreille des acteurs et des observateurs. Un refus si manifeste de la revanche Macron-Le Pen est donc plus qu’une alerte pour les deux finalistes de la dernière présidentielle.

Paru dans Le Figaro, 12 novembre 2019

Quand MELENCHON assimile ...

Publié dans Du côté des élites
Quand MELENCHON assimile réunification à "annexion"
 
Comme François MAURIAC autrefois, Jean-Luc MELENCHON aimait-il à ce point l’Allemagne qu’il préférait quand il y en avait deux ? Au moment où l’on célèbre le trentième anniversaire de la réunification, le leader de La France insoumise tempête contre "l’annexion" de l’ex-RDA par l’ex-RFA.
 
Le mot n’est pas de lui. C’est le mensuel Le Monde diplomatique qui titre "Allemagne de l’Est, l’histoire d’une annexion" en parlant, à propos de la chute du mur de Berlin, du "symbole équivoque" d’un "mythe fondateur" de l’Union européenne. Jean-Luc MELENCHON a retweeté cette une avec le commentaire suivant : "Enfin le mot juste pour nommer ce qui s’est passé il y a 30 ans. Une violence qui n’en finit plus de se payer."  Le "mot juste", c’est lui qui le dit. Pas d’erreur possible, le député de Marseille ne s’est pas cette fois laissé emporter par son tempérament, il a bien voulu parler d’"annexion" et de "violence" à propos de la réunification allemande.
Si le mot est juste, donc, c’est qu’il n’y avait aucune légitimité à revenir sur la séparation décidée à Yalta - une annexion est toujours une décision unilatérale au détriment d’un plus faible - et que les Allemands de l’Est se sont vu imposer par la force une décision dont ils ne voulaient pas.
 
Dans ses explications, Jean-Luc MELENCHON vise trois domaines : les institutions, la modification du régime de propriété et"la violence sociale inouïe" contre"certains acquis". Que la remise à niveau d’un pays engoncé quatre décennies durant dans une économie administrée ne se soit pas faite sans difficulté est une évidence, comme en témoignent la résurgence du PDS, ex-communiste, et la percée de l’AfD d’extrême droite. Mais il est sidérant que le leader de La France insoumise occulte l’événement proprement dit que fut l’émancipation du joug soviétique.
Faut-il rappeler que le mot "annexion" se dit "anschluss" en allemand ? Les larmes de joie des Allemands de l’Est s’engouffrant dans les toutes premières brèches du Mur ouvert ressemblaient-elles vraiment aux larmes de détresse des Autrichiens en 1938 ? La "violence" subie explique-t-elle que, dès leur premier scrutin libre, les "Ossies" aient plébiscité le parti du chancelier KOHL, leur supposé occupant ?
 
Par le choix de ses mots et par le caractère unilatéralement critique de son réquisitoire sur le bilan de la réunification allemande, Jean-Luc MELENCHON, grand admirateur de la Révolution française, semble passer par pertes et profit le combat pour la liberté et se faire le porte-parole de "radio nostalgie Allemagne de l’Est", selon les mots de Daniel COHN-BENDIT, qui a dénoncé sur France inter la "bêtise incroyable" des mots de Mélenchon. À moins que, selon le patron de LFI, tout ce que fait l’Allemagne soit par principe condamnable. Ne serait-ce pas la définition de la "germanophobie" ?

Paru dans Le Figaro, 5 novembre 2019

Chirac et la droite : ...

Publié dans Du côté des élites
Chirac et la droite : je t’aime, moi non plus

ANALYSE - Les "barons" lui ont toujours reproché d’être plus chiraquien que gaulliste et son tempérament de «hussard» lui a longtemps fait rechercher la confrontation plus que le consensus.
 
Dans ses dernières confidences à son ultime biographe, Jean-Luc Barré, l’aveu est lâché comme un cri du cœur : "Je n’ai jamais été de droite !" (nos éditions d’hier). Cette prise de distance peut surprendre de la part de celui qui a été de tous ses combats durant plus de quatre décennies. C’est un des nombreux paradoxes chiraquiens, qui renvoie aussi à la conception que l’on se fait et qu’il se faisait de l’identité de la droite.
Sur le strict plan de la géographie politique, son appartenance à ce camp-là est difficilement contestable. Au-delà de l’anecdote de la vente de L’Humanité à la criée, à 17 ans, toute sa carrière électorale et gouvernementale s’est déroulée à droite. Et jusqu’à la présidentielle de 1988, c’est-à-dire durant plus de vingt ans, dans une droite hostile à toutes les tentatives d’ouverture. En disciple de Pompidou, il a combattu la "nouvelle société" de Jacques Chaban-Delmas ; en rival de Valéry Giscard d’Estaing il a ferraillé contre le "libéralisme avancé" de celui dont il fut premier ministre.

En créant le RPR, il a bâti une machine militante qui a le plus souvent été située plus clairement à droite que l’UDF giscardienne, laquelle se voulait de centre droit. Certes, le RPR s’inscrivant dans la lignée du gaullisme et revendiquant à son exemple la mystique du "rassemblement", par-delà le clivage gauche-droite, la réalité est plus nuancée. Mais le rapport de Chirac au gaullisme fut lui aussi complexe. Les "barons" lui ont toujours reproché d’être plus chiraquien que gaulliste et son tempérament de "hussard" lui a longtemps fait rechercher la confrontation plus que le consensus. À la tête du gouvernement en 1986, il a voulu mener une politique clairement libérale (les privatisations, la suppression de l’ISF) et droitière sur le plan régalien.

Sa défaite face à Mitterrand en 1988 marque un tournant incontestable. Il rompt avec le libéralisme, et plus globalement avec le réformisme. Sa campagne de 1995 sur la "fracture sociale" signe cette évolution, même si son premier souci fut tactique: Édouard Balladur occupant pleinement l’espace traditionnel de la droite, il a décidé de le contourner par la gauche. Avec le succès que l’on sait. Sa présidence fut ensuite dominée par son refus, jusqu’à l’obsession, d’être trop marqué de ce côté-là. Même si, y compris avec sa victoire contre Jean-Marie Le Pen en 2002, il n’a en rien cherché à élargir sa majorité à gauche.

La création de l’UMP fut au contraire le moyen de garantir la domination de la droite. Contrairement à la légende, l’UMP ne fut pas une réponse au choc du 21 avril 2002, mais l’aboutissement d’un processus de plusieurs années censé prendre acte de l’unification idéologique de toutes les sensibilités de la droite et du centre ; et accessoirement d’étouffer François Bayrou. Chirac fut l’artisan de ce parti unique. Avec cette contradiction : l’élargissement politique a correspondu à un rétrécissement idéologique. Tant qu’il ferraillait contre l’UDF, le président du RPR a entretenu la spécificité du parti issu du gaullisme : un discours centré sur la nation, une assise plus populaire, un primat de l’État sur les baronnies locales, un refus de l’atlantisme. L’unification de ces partis fut à la fois le fruit et l’accélérateur de l’uniformisation de la droite. Le souverainisme, notamment, n’eut plus sa place en son sein ; et Chirac l’a payé lors du référendum européen de 2005.
Cette évolution structurelle de la droite, qui a correspondu à l’évolution personnelle de l’ancien chef de l’État, a sa part de responsabilité dans cet autre paradoxe chiraquien : il s’est érigé en rempart absolu contre le Front national, mais a échoué à endiguer sa progression. Si Le Pen a approché puis franchi la barre des 15 % en 1988, 1995 et 2002, c’est parce que Mitterrand et la gauche ont su jouer de ce piège diabolique, mais aussi parce que Chirac et la droite n’ont pas su retenir une large partie de leurs électeurs.
Entre ceux qui lui reprochent de n’avoir pas voulu élargir la droite et ceux qui l’accusent de l’avoir vidée de sa substance, Jacques Chirac n’a au fond jamais cherché à définir la sienne. Devenant au fil des ans de plus en plus attiré par un grand large culturel l’éloignant des rivages traditionnels de la droite. Jusqu’à s’en méfier, presque à la rejeter, elle qui l’avait amené au pouvoir.

Paru dans Le Figaro, 28 septembre 2019

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version