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TANDONNET Maxime

TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

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Réponse à Pierre Moscovici

Publié dans Du côté des élites
Racines chrétiennes de l'Europe : réponse à Pierre Moscovici
 
Pierre Moscovici, commissaire européen en charge de l'économie, a déclaré le 8 mai qu'il ne "croyait pas aux origines chrétiennes de l'Europe". Le débat n'est pas nouveau. Il avait dominé les travaux de rédaction de la "Constitution européenne" en 2005. A l'époque, la France et le président Jacques Chirac étaient en pointe du refus d'inscription de cette notion dans le texte, s'opposant à la Pologne, l'Italie, l'Allemagne. Finalement, l'idée d'inscrire les racines chrétiennes dans la Constitution européenne avait été écartée. Puis, cette dernière avait été rejetée par les référendums français de mai et hollandais de juin 2005.
 
D'un point de vue historique, la négation des racines chrétiennes de l'Europe est une contre-vérité. L'Europe est née sur les ruines de l'empire l'Empire romain dont le christianisme était devenu la religion officielle à la suite de la conversion de Constantin en 312. Elle est issue d'une longue épreuve d'affrontement entre des peuples germains convertis au christianisme pour la domination politique sur le continent. Le baptême de Clovis en 532, puis l'alliance des Carolingiens avec le pape ont constitué des étapes décisives de l'apparition de l'Europe. L'Empire de Charlemagne, proclamé en 800, qui couvre grosso modo un territoire correspondant à l'Europe occidentale, se confond avec la chrétienté. Il en est le protecteur et le bras armé. Il se donne pour objectif la conversion des peuples voisins (saxons, Frisons, Avars) et le début de la reconquista de l'Espagne musulmane.
Jusqu'au XVIIIe siècle, pendant au moins treize siècles, le christianisme est, de fait, le ciment des sociétés européennes. Dans les périodes obscures du Moyen-âge, de chaos, d'invasions, de destructions, le savoir est préservés dans les monastères et les abbayes. Les croisades pour la reconquête des "lieux saints" obsèdent les esprits pendant deux siècles. La légitimité du monarque est "de droit divin". La féodalité est soudée par des liens de vassalité, d'essence religieuse. Le christianisme et ses rituels imprègnent profondément la vie quotidienne. Le clergé dispense l'enseignement, soigne les malades, assiste les pauvres, encadre l'existence quotidienne. L'intervention divine est l'explication de tout événement : épidémie, guérison, bonne ou mauvaise récolte, défaite ou victoire militaire... D'ailleurs, s'il est une caractéristique commune au patrimoine architectural de l'Europe, c'est bien la présence partout des églises.
 
Quand M. Moscovici affirme "ne pas croire aux racines chrétiennes de l'Europe", il se situe sur un terrain inapproprié. Le sujet ne relève pas de la croyance mais du savoir. De fait, il prononce des paroles de nature idéologique. Il porte un jugement personnel sur une question qui est de l'ordre factuel. Dans son esprit, la négation des racines chrétiennes de l'Europe vaut reconnaissance du caractère multiculturel de l'Europe et de sa vocation à intégrer la Turquie. Il opère une confusion, classique, entre histoire et idéologie. Or les deux ne sont pas forcément liées. Rien ne l'empêcherait d'admettre la vérité historique - l'Europe a des racines chrétiennes - et d'ajouter que de son point de vue, l'Europe doit changer, poursuivre sa déchristianisation et sa marche vers une société multiculturelle.
 
De fait, la négation de l'histoire, au sens de la connaissance des faits, du passé, des racines, est devenue l'un des piliers de l'Europe moderne. Il n'est pas innocent que l'histoire chronologique ait été largement bannie de l'enseignement et des manuels scolaires. La droite au pouvoir n'est pas exempte de tout reproche. N'a-t-elle pas supprimé en 2010 l'enseignement de l'histoire en terminale scientifique au prétexte d'un rééquilibrage entre les filières ? Aujourd'hui, le latin et le grec disparaissent du programme des collèges. La "mémoire" n'existe que pour aviver la mauvaise conscience. La connaissance de l'histoire, voire la simple curiosité historique, factuelle, bien au contraire, paraissent vouées à s'effacer. La logique dominante est celle de la table rase, héritée des idéologies totalitaires du XXe siècle. L'entreprise de déculturation bat son plein: l'histoire politique et littéraire, les langues anciennes, l'orthographe. L'idéal, conscient ou inconscient, est d'engendrer peu à peu un homme neuf, un Européen parfait, apuré de son patrimoine culturel, religieux, intellectuel. C'est-à-dire un homme réduit à sa fonction de consommateur et d'agent économique, privé des outils de l'esprit critique et qui se prêtera plus facilement à toutes les manipulations idéologiques y compris extrémistes, de droite comme de gauche.

Paru sur Figarovox, 10 mai 2016

Destruction ignorée à Mossoul

Publié dans Du côté des élites
Église de Mossoul : la destruction ignorée
 
Une nouvelle, en ce mardi 26 avril, est passée presque inaperçue : l'Etat islamique a dynamité le clocher d'une église de Mossoul, offert aux chrétiens d'Orient par la reine Eugénie, épouse de Napoléon III, en 1860. Cette information ne semble pas de nature à émouvoir les médias, le monde politique et les intellectuels, indifférents, tant les massacres, les destructions, les atrocités commises par Daech depuis deux ans sont désormais entrés dans la routine.
Pour la première fois, semble-t-il, l'Etat islamique s'en prend à un symbole français. Le silence des politiques de tout bord, obnubilés par leur destin personnel, est tout aussi éloquent. Nul communiqué, nulle déclaration ne sont venus condamner cet acte, contrairement à la pratique habituelle. Et pour cause ! Cette nouvelle destruction renvoie à des souvenirs guère prisés dans les élites françaises : la France protectrice des chrétiens, Napoléon III, la reine Eugénie...
 
Et puis, visiblement, on préfère ne pas s'attarder sur un événement qui pourrait rappeler que jadis la France est venue au secours des chrétiens massacrés au Moyen-Orient. Les chrétiens de Syrie et d'Irak, du Liban, comme les coptes d'Egypte, ont une tradition francophile ancienne. Ils considèrent parfois la France comme leur deuxième patrie. Qu'a-t-elle fait, cette fois-ci, la France, pour leur venir en aide ? Où sont passés les défenseurs des droits de l'homme ? Les juristes, les intellectuels, les diplomates et les experts en tout genre ont longuement ergoté sur la pertinence du mot "génocide" à propos des chrétiens d'Orient... Qui a osé parler de "purification ethnique" concernant 3 000 d'entre eux qui ont dû fuir Mossoul pour échapper à l'extermination ? La destruction de Palmyre a fait couler beaucoup d'encre mais en revanche, il n'a guère été question des centaines d'églises incendiées à Mossoul et dans les territoires conquis par Daech. La haine de soi, la honte des origines chrétiennes du monde occidental, a débouché sur un invraisemblable déni de la réalité, comme s'il était inadmissible que des chrétiens puissent être des victimes en tant que chrétiens.
C'est pourtant bel et bien une logique totalitaire qui s'exprime dans la destruction sauvage des églises et des lieux sacrés en général. Cette pratique relève du culte de la table rase et de l'effacement des traces du passé, à l'image des Enragés de la révolution qui s'en prenaient déjà aux édifices religieux, aux khmers rouges détruisant les temples d'Angkor ou aux talibans dynamitant les Bouddhas. La même utopie sanglante revient sous des formes diverses, engendrer un nouvel homme, apuré de toutes les traces du passé, dans la quête d'une pureté absolue, idéologique, ethnique ou religieuse.
 
L'Etat islamique, paraît-il, serait partout en recul, en Syrie comme en Irak et Mossoul pourrait être libéré avant la fin de l'année par l'armée irakienne.
Quelle que soit l'issue de cette guerre, rien ne fera oublier l'attitude honteuse des grandes puissances qui ont laissé faire des actes dignes des heures les plus sombres de l'humanité : otages et prisonniers de guerre décapités, villageois massacrés, femmes chrétiennes et yézidies égorgées pour avoir refusé l'esclavage sexuel, génocide des minorités religieuses, crucifixions, destruction de merveilles du patrimoine de l'humanité, sans parler des attentats qui ont ensanglanté Paris et Bruxelles.
Cette tragédie quoi qu'il arrive, aura montré l'effarante impuissance de la civilisation face à la barbarie. L'Europe s'est montrée misérable, inexistante, incapable de s'entendre pour intervenir et mettre fin à un chaos qui l'a frappée dans sa chair, à travers la crise des migrants et la flambée terroriste. Les grandes puissances de la planète, dont les moyens militaires réunis équivalent à dix millions de fois ceux de l'Etat islamique, se sont révélées dans l'incapacité absolue de s'organiser et d'intervenir collectivement pour mettre fin à une épouvantable tuerie. Compte tenu de cette faiblesse, lâcheté et indécision de la soi-disant communauté internationale, on a du mal à croire que pour Daech, ce soit vraiment le début de fin.

Paru sur Figarovox, 26 avril 2016

Prolifération de candidatures...

Publié dans Du côté des élites
Présidentielle : prolifération de candidatures et désintégration de la politique
 
Madame Rama Yade a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2017. A la lecture de la presse et des commentaires, cette nouvelle suscite nombre de quolibets et de réactions ironiques. "Elle n'est plus ministre depuis longtemps, n'a plus le moindre mandat électoral et n'a même plus de parti" constate un grand journal parisien... "Elle n'a même pas de mandat" ou encore "c'est de l'ambition", a-t-on pu lire ou entendre de la part de ses ex-amis politiques.
Pourtant, sa démarche en elle-même n'a rien de scandaleux ni d'hérétique au regard des institutions républicaines. Rien n'oblige le chef de l'Etat à être l'émanation d'un parti ou d'une idéologie, ni même un notable de la classe dirigeante. Le choix de l'ancienne ministre des droits de l'homme de s'affranchir des primaires est lui aussi conforme à l'esprit de la Ve République. En principe, la désignation du président de la République exprime une relation de confiance entre le peuple français dans sa globalité et un homme ou une femme. Or, les primaires scindent artificiellement le peuple français en faisant désigner le candidat "de droite" par une partie de ce même peuple se reconnaissant "dans les valeurs de la droite". Ces primaires sont donc parfaitement contraires à l'esprit de la Ve République. De plus, la démarche de Mme Yade s'accompagne d'une volonté de réflexion collective et d'élaboration d'un projet. Dès lors, la virulence des critiques à son égard semble injuste et infondée. Elle n'a pas moins de légitimité qu'un autre - tel M. Macron, coqueluche du monde médiatique - à solliciter les suffrages des Français. Elle ne mérite en aucun cas les réactions dédaigneuses qui ont suivi son annonce; en tout cas pas plus qu'un autre.
 
En revanche, au-delà de son cas particulier, la prolifération des candidats à l'élection présidentielle de 2017 soulève de multiples interrogations. Ils sont douze annoncés aux primaires de la droite, mais aussi, innombrables en prenant en compte les candidatures diverses de la droite, de l'extrême droite, du centre, de la gauche et de l'extrême gauche, dont beaucoup, déclarées ou probables, ne suscitent qu'indifférence du monde médiatique. Il s'en compterait une quarantaine aujourd'hui, et encore n'est-on qu'à un an du suffrage...
Cette explosion du nombre des candidatures est un signe supplémentaire, un symptôme patent, de la vertigineuse désintégration de la vie politique française.
 
Tout d'abord, elle est le signe de la banalisation de la fonction présidentielle, qui n'a jamais cessé de s'aggraver depuis la mort de Georges Pompidou. Le président a perdu le prestige souverain qui s'attachait à sa personne au début de la Ve République et faisait de lui le guide de la France. Désormais privé de l'autorité morale, de l'image de sagesse et de visionnaire qui faisait jadis de lui un monarque républicain, il est devenu un personnage public comme un autre, une sorte de "super député" dont le territoire national est l'unique circonscription. Loin d'être perçu comme le chef de la Nation, il se présente aujourd'hui bien davantage comme le réceptacle des frustrations et des échecs, un symbole d'impuissance publique et une sorte de bouc émissaire français. Le chef de l'Etat incarne aujourd'hui "Monsieur Tout-le-monde". Il est logique que le poste attire tant de vocations: chacun se sent la capacité à assumer une fonction publique ressentie comme banale, ou à tout le moins, "normale"...
 
Ensuite, cet appétit présidentiel reflète un néant politique croissant. La fonction élyséenne, tout en étant banalisée, se retrouve hyper médiatisée. Le chef de l'Etat est présent du matin au soir dans la presse et les caméras de télévision. Toute la vie publique semble se concentrer dans ses faits et gestes, à l'image d'un régime d'opérette. Et quand on ne parle pas de lui, il n'est question que de ceux qui convoitent sa place... Ce culte de la personnalité à outrance sert à masquer le vide et l'absence de projet, d'idées, de volonté, de sens d'un destin collectif. Il exprime aussi la perte de tout esprit du bien commun. Jadis, sous la IIIe, la IVe, la Ve à ses débuts, servir efficacement et utilement la France comme Premier ministre ou ministre, voire député ou sénateur, prendre une part dans l'œuvre collective d'un gouvernement ou d'une majorité, constituait un immense honneur et suffisait à combler la carrière d'un homme ou d'une femme politique. Désormais, il faut être président de la République à tout prix ; étinceler sous les dorures de l'Elysée, ou rien. Pourquoi ? Parce que l'obsession narcissique d'être "numéro un" n'en finit pas d'écraser le sens de l'intérêt général et de contribuer au décrochage de la France, en Europe et dans le monde.

Paru sur Figarovox, 25 avril 2016

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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