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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

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Brexit, Alea jacta est...

Publié dans Avec l'Europe
Brexit, Alea jacta est...                                                               
 
Le sort en est jeté : le Brexit existera. Theresa May a tenu son calendrier, même si beaucoup de travail comptable et juridique reste à faire. Le handicap principal étant que les Britanniques – membres de l'Union – ont supprimé à Londres presque tous les "conseillers" juristes et financiers, délégant l'essentiel au personnel de l'Union basé à Bruxelles ou auprès de Parlement et des Cours. Il a fallu, dans l'urgence, reconstituer un tissu d'analystes compétents ; exercice scabreux et coûteux. Rien n'avait été prévu en ce sens, tellement le résultat du référendum paraissait être de rester européen.
David Cameron restera dans la mémoire britannique et dans l'histoire de l'Angleterre comme celui qui a jeté son pays dans un maelstrom aussi violent qu'inattendu. Un exercice aussi difficile que la fin de l'Empire, laquelle s'était cependant opérée beaucoup plus lentement. La Reine, riche de ses 91 années et de ses 64 ans de règne aura vécu, à la fois en tant que souveraine et citoyenne britannique, l'évolution la plus extraordinaire de son pays, à la fois régressive dans la puissance, mais maintenue par la langue, la finance, et la banque.
 
Fin mars 2017, le fameux article 50 sera donc déclenché, ouvrant officiellement les négociations de sortie - le leave  - déjà entreprises officieusement, dans un climat d'ailleurs assez houleux. Chacun devra alors revenir à la raison et aborder ce gigantesque dossier avec patience et résignation. Le Livre Blanc en 77 chapitres sera entièrement examiné, ainsi que bien d'autres points, qui surgiront sans doute au fur et à mesure de la négociation. Le Brexit déclenche, certes, des effets visibles et immédiats, mais aussi des conséquences collatérales innombrables dans de nombreux domaines et cela à l'échelle de la planète entière, ce qui dépasse largement les intérêts strictement européens. Ces ricochets risquent de se maintenir pendant des décennies.
Trois aspects sont à retenir : le Royaume Uni, l'Union, le monde.
 
Le Royaume Unide Grande Bretagne est une structure fédérative complexe que le Brexit risque de faire exploser. Le Royaume Uni émane de la réunion en 1707 de deux Royaumes distincts : celui d'Angleterre et celui d'Ecosse. L'Ecosse est une vraie nation, avec sa langue, sa religion, ses coutumes et un système légal particularisé.
Quant à la Grande Bretagne, elle amalgame au Royaume le Pays de Galles, selon un système légal imposé par Henry VIII ; les Gallois n'ont plus que leur langue pour se distinguer des autres populations. Quant à l'Irlande du Nord, malgré de lourdes querelles internes, essentiellement basées sur les différences religieuses, les Unionistes l'ont emporté et ont obtenu de rester dans l'Union britannique.
Tout cela ne s'est pas fait dans la dentelle : de farouches luttes quasi permanentes, d'invraisemblables cruautés et aliénations ont émaillé cette histoire tragique, largement basée sur l'intérêt économique. Au 20ème siècle, les deux guerres mondiales, les progrès éducatifs et économiques ont permis un apaisement, mais qui reste émaillé de violences, notamment en Irlande. Soyons lucides : Irlandais, Gallois, Ecossais ont, en secret, l'âme révoltée.
 
Or le Brexit met en péril ce laborieux montage : les 3 acolytes annexés – car il s'agit  bien d'annexions – ont tous trois largement voté pour rester dans l'Union Européenne, et dans les 3 cas, à plus de 60 % des votes exprimés. Autrement dit les deux tiers de ces trois peuples – Ecossais, Gallois et Irlandais du Nord – contredisent fortement les Anglais brexiteurs  et si on ajoute à cela les plus de 45 % d'Anglais partisans du stay , cela fait beaucoup d'opposants au leave  en marche.
Sous la houlette de leur virulente Prime Minister Nicola Sturgeon, les Ecossais n'en démordent pas. Cette dernière a réclamé début mars un second référendum sur l'indépendance de l'Ecosse, assorti d'un stay in UE pour le début de l'année 2018. De plus les Ecossais sont furieux que les projets du gouvernement britannique soient surtout votés par Westminster et que l'assemblée écossaise ne soit pas davantage consultée. Ils considèrent cela comme un "comportement vexatoire". Les deux autres sont plus discrets mais non moins engagés dans une reconsidération de leur statut : les Gallois en ont marre de n'être que des joueurs de rugby, et si l'héritier du royaume est prince de Galles, cela ne les impressionne plus guère. En Irlande du Nord le Brexit a en quelque sorte réanimé les querelles religieuses : Catholiques et Protestants s'opposent une fois de plus ; mais beaucoup voudraient bien profiter de la situation afin de rejoindre la florissante République d'Irlande arrachée au Royaume Uni en 1922. Il est historiquement stupéfiant de voir, entre autres, le SNP et le Sinn Fein ambitionner de quitter le Royaume Uni et de rester dans l'Union Européenne !
 
Voilà l'imbroglio. Il est de taille et sous silence pour l'instant, mais il est embarrassant. A cela s'ajoute en Angleterre une situation sociale catastrophique, avec un nombre croissant de "pauvres et très pauvres", des comtés devenus des déserts sociaux, la perte de vitesse de la santé et de l'éducation. C'est, traitreusement, ce que narre avec beaucoup d'exactitude, le film de Ken Loach, I, Daniel Blake, couronné dans le monde entier. Comme le dit en souriant le réalisateur "L'art peut parfois servir de détonateur".
Pour l'instant, le seul effet de la perspective du Brexit est une notable augmentation du coût de la vie (une grande part de l'alimentation des iles britanniques est importée ainsi que les vêtements, les chaussures et les objets les plus usuels), une baisse de la Livre (encore relative) et la crainte de voir partir les acteurs de la vie financière. Le rôle de Londres, capitale de la finance européenne risque peut être de "fondre" au fur et à mesure de l'avancée effective du leave. Ce vote a été obtenu sur la la question du contrôle de l'immigration : même si c'était une vue justifiée, elle était parcellaire, ne tenant pas compte du véritable malaise social britannique.
 
L'Union Européenne
Le Livre Blanc définit les principaux chapitres du divorce. La négociation avec la Commission chargée de réaliser la rupture, pourra commencer en avril et prévue au maximum pour deux années. Elle s'avère délicate, et du côté européen le leader désigné – le Français Michel Barnier – n'est pas spécialement amène vis à vis de ses interlocuteurs. Néanmoins il faudra arrondir les angles si l'on veut aboutir à un schéma vivable des deux côtés de la Manche.
Le principal reproche britannique, au-delà de la question migratoire, est la concentration de tous les pouvoirs d’État à Bruxelles et d'avoir "réduit les Etats Européens au statut de provinces soumises aux directives". La Grande Bretagne ne supporte plus d'être ficelée dans des règles contraignantes aux antipodes de ses propres intérêts, des interdits jugés absurdes, des obligations harassantes et une paperasserie lunatique. Par ailleurs, même hors Euro, le Royaume Uni est très imbriqué dans le système européen, (contrairement à ce que l'on croit) : un des plus importants contributeurs, il influence activement les choix stratégiques économiques et financiers, de même que le droit européen. Les Cours européennes, même si l'influence juridique est très marquée par le droit continental (français et allemand), utilisent aussi, largement, le savoir procédurier britannique. Bref, plus on pénètre à l'intérieur du dossier de divorce, plus on se rend compte de l'enchevêtrement des données. Il ne s'agit pas de savoir "qui gardera le chien" mais "comment le découper ?". Un élément reste crucial : les 4 protagonistes insulaires veulent retrouver leur "identité" pleine et entière, ne plus appartenir à une entité administrative abstraite, autoritaire et globalisante. En fait tout cela est un vaste refus de la globalisation, de cette "mondialisation" négatrice de l'âme des peuples.
 
Le vote anglais exprime le fort désir de redevenir ou de rester indépendant, au-delà des intérêts économiques. Toutefois, il faut aussi avouer que les budgets européens contribuent énormément à cette identité nationale par le biais de financements et d'incitations, par exemple dans le sauvetage des patrimoines naturels et artistiques, dans l'éducation et l'aide sociale, dans l'organisation de nombreuses manifestations nationales. Les anti européens prêchent l'aspect "complètement artificiel" de la construction européenne, alors que eux, dans leur île, sont un vrai peuple et une vraie nation. La question migratoire, sous cet angle, a été très mal vécue, et le refus d'absorber des populations non désirées est catégorique. Le Royaume Uni a été depuis des décennies l'ultime employeur d'une Europe en perte d'emplois, et il est devenu hors de propos de continuer de la même manière, jugée pénalisante pour les citoyens britanniques.
Comme on le voit, tout cela est très contradictoire. De son côté l'Union Européenne, pressent le désordre que va générer la perte de ce partenaire important, l'amputation financière des budgets et la perte d'influence au niveau mondial, par le biais, notamment du Commonwealth, lequel partira avec son maître britannique. Au stade où nous en sommes, même si les pré-études sont très avancées, de nombreux aspects n'ont pas du tout été abordés, et l'on découvre à chaque pas de nouveaux corridors de perplexités.
 
Au niveau mondial, Theresa May a délibérément affiché son entente fondamentale et ses connivences avec les Etats Unis d'Amérique. La langue commune, l'histoire commune, le mode de vie de la Côte Est, les origines sociales, tout contribue à cette entente. Les Britanniques comptent beaucoup sur la vision bilatéraliste de Donald Trump dans les relations économiques et commerciales. L'autre point fort est le Commonwealth, structure informelle des 52 Etats ex-membres de l'Empire, restés dans le giron britannique par un solide tissu financier, bancaire et commercial et près de 2 milliards d'individus. Une part énorme de l'alimentation anglaise provient des pays du Commonwealth ; la bourse mondiale du thé (maintenant informatisée) est à Edimbourg, et celles de nombreux produits tropicaux en Angleterre. La culture de ces Etats devenus indépendants reste profondément marquée par le mode de vie anglo-saxon. Les prochains Jeux du Commonwealth (qui alternent tous les deux ans entre les Jeux Olympiques), avec leurs sports typiquement insulaires (cricket, polo, badminton, squash, lawn bowls, etc...) se dérouleront au Canada en 2018 et à Durban en Afrique du Sud en 2022. Le phénomène d'appartenance est très visible dans la presse people  : tous les membres de la Famille Royale se baladent sans arrêt dans ces pays ex-impériaux rappelant sans cesse cette appartenance plus que bicentenaire.
L'Europe va perdre gros avec l'éloignement de ces accords commerciaux infra Commonwealth : plus de 300 conventions d'échanges préférentiels vont devoir être renégociées. Lourd et long travail et fort handicap car les droits de douanes vont changer d'allure. Reste également en suspens l'installation des entreprises privées au Royaume Uni : resteront ? resteront pas ? Theresa a annoncé en novembre dernier qu'elle comptait faire de Londres le "Singapour de l'Europe" avec des droits d'installation et d'imposition très préférentiels. Mais cela est-il possible ?
 
Sans jouer aux devins, on peut conjecturer – si on est mentalement positif – que le Brexit sera "adouci" à la sortie des négociations : l'intérêt commun est de ne pas tout casser ; il est probable que certains chapitres feront l'objet d'accords particuliers, voire préférentiels, permettant la continuation de relations indispensables, et que d'autres marqueront une vraie rupture. C'est sans doute cela que réclament les Brexiteurs, comme toujours : garder les avantages et abandonner les inconvénients.
 
Bref, le Brexit, c'est la Suite de Fibonacci : on ne sait pas vraiment où l'on va !

Fondamentaux de la démocratie

Publié dans A tout un chacun
Les deux fondamentaux de la démocratie                   
 
L'existence réelle de la Démocratie dans un pays se mesure à la qualité de ses deux éléments fondamentaux : l'Education et la Justice.
Rien d'autre.
Leur qualité ou leur absence, leur délabrement ou leur fiabilité permettent clairement de savoir quel est le degré de réalité du principe démocratique. Quel est le principe ? Certes, il est selon la définition traditionnelle "le gouvernement du peuple par le peuple" ; mais ce slogan recouvre en fait la nécessité pour ce peuple qui veut se gouverner lui-même - par l'intermédiaire de ses élus et de ses institutions – d'accéder au niveau de connaissances nécessaires pour ce faire, et ainsi de pouvoir assurer, directement ou indirectement, l'ordre social et la paix publique. Les deux outils fondamentaux de l'ordre démocratique sont donc l'Education et la Justice.
                             
Sous cet angle, la forme du gouvernement importe peu : la démocratie peut s'exercer dans un royaume, une république, voire un empire ou toute autre forme d'aménagement du pouvoir et de la société ; il peut y avoir un contexte religieux ou idéologique, ou rien de ce genre. Cela peut être très variable. Mais l'essentiel, dans l'objectif d'une démocratie véritable restent l'Education et la Justice : que chaque enfant, chaque citoyen, puisse de manière équitable, égalitaire et partagée, accéder à la connaissance ; que chaque citoyen puisse, sans crainte, compter sur une appréciation juste, équitable et égalitaire de sa situation lorsqu'il y a conflit ou faute sociale.
Une société qui se dote de manière solide et continue de ces deux éléments fondamentaux, peut être considérée comme démocratique.
 
L'Education
Dans notre contexte contemporain, certains pays se sont dotés d'un système d'enseignement très performant, de manière à obtenir un tissu social cohérent et suffisamment responsable. Cela commence tôt, dès la nursery et le primaire. On y apprend non seulement à lire, écrire, compter, mais aussi les bonnes manières, la propreté, le respect d'autrui et de l'environnement ainsi que le respect des institutions. On y développe dès l'enfance le sens de la responsabilité et le poids éventuel d'une sanction. Cela se fait aussi dans la pluralité des opinions et des groupes sociaux, chacun pouvant afficher son appartenance ; mais cette pluralité encouragée à la tolérance, est encadrée  sous la responsabilité de l'Etat. Dans un monde désormais "ouvert", il est précieux de ne pas aboutir à l'univocalité.
 
En Europe, les pionniers ont sans doute été les Nordiques, la Confédération Helvétique. La France de la 3ème République a ainsi "francisé" des centaines de milliers d’enfants, qu'ils soient Bretons, Basques, Auvergnats, ou de familles venues d'Italie, de Pologne, de l'ex Empire Austro-Hongrois. L'école de Pagnol et de Duhamel a "inventé" la France du XXème siècle.
Plus récemment, le Japon, la Corée du sud, Singapour, et même l'Australie se présentent comme des "pays fous d'éducation" : de judicieux budgets et des programmes planifiés sur 3 ou 4 générations d'élèves leur ont permis, d'une part d'absorber et surtout d'intégrer culturellement les populations très diverses auxquelles ils ont dû et doivent continuer à faire face. Après leur avoir été longuement fermée, l'Australie est désormais une des nations parmi les plus ouvertes aux Asiatiques. Singapour a dû faire face à une population aux origines multiples, souvent peu éduquée ; il a donc fallu créer pendant un demi-siècle un système à la fois respectueux des particularismes et fédérateur d'une fierté nationale : deux ou trois langues obligatoires selon l'ethnie, une culture commune et l'interdiction de tout prosélytisme. Plus de 280 établissements privés distillent sous le contrôle de l'Etat un enseignement commun et particularisé. La Corée du Sud devait, dès la paix venue, prouver qu'elle était capable d'exister : elle l'a fait en renouant avec les traditions agrégées à un enseignement moderne de haut niveau, demandant à ses enfants un effort continu ; le résultat est là : dans le Top 30 des Universités mondiales, 14 sont de la zone Pacifique-Asie. L'Etat fédéré de Victoria (Australie) s'affiche même "l'Etat de l'éducation" (c'est écrit sur les plaques d'immatriculation des véhicules : Victoria the state of education).
Chacun sait que les deux extrémités du corps social sont les plus coûteuses : la jeunesse et son éducation (sans avoir la certitude d'un retour à l'investissement) et les anciens, les plus âgés. Pour financer ces deux pôles coûteux, les "actifs" et le marché du travail doivent être prospères et bien fonctionner : tout est lié. Autrement dit, si l'économie est défaillante, fonctionne mal, voire pas du tout, un des premier postes laissé à l'abandon sera l'Education. Et si, en plus, on plombe cette dernière de méthodes saugrenues, d'attitudes xénophobes et d'innovations permanentes vite oubliées, on peut être assuré de retrouver les enfants et les adolescents dans la rue, sans bagage pour l'avenir.
 
Pour la Justice,
c'est plus délicat : la Justice est en principe "le Troisième pouvoir" comme l'ont théorisé Locke et Montesquieu. Diderot est d'accord. Proudhon dans sa violence dit aussi que c'est "le lieu le plus pourri" d'une nation. Que le pouvoir judiciaire soit nommé, élu ou coopté, son aménagement est toujours difficile et son impartialité aléatoire, car il repose sur un amalgame complexe : en premier lieu les règles de droit et de procédure doivent être bien fixées et stables. C'est ce que nous avons en France. Elles doivent aussi être adaptées au corps social qu’elles sont censés pacifier. Là, il y a sans doute sérieusement à revoir. Ensuite, le corps judiciaire doit être aussi impartial que possible et ne pas entretenir les fractures entre les différents groupes composant le tissu humain. Enfin il y a "l'âme et conscience" de chaque acteur du corps judiciaire, ses faiblesses, ses choix personnels ses a priori dans le jugement qu'il doit avoir de ses semblables. C'est très compliqué. Le principe : "le droit, rien que le droit" est inapplicable autant que le laxisme systématique.
Par ailleurs, dire que "la justice est la même pour tous" est une vue de l'esprit... Selon que vous serez puissant ou misérable"... n'est pas une moralité fabuliste passée de mode, bien que de réels progrès aient été accompli pour "égaliser" procédures et peines.
 
En France,  le pouvoir judiciaire, a toujours été au service de l'Etat : Il est fait pour cela ; "faire régner l'ordre" autant que faire se peut. La satisfaction du citoyen, vient ensuite. La pratique révolutionnaire des Comités de Salut public et de Sûreté en sont une image vivace, même en les atténuant avec les 3 articles de sûreté, 7, 8, et 9, de la Déclaration des droits du 26 Aout 1789. C'est aussi très visible sous les Empires et la Restauration (Monte Cristo, Edmond Dantès sacrifié), et la 3ème République a mené une lutte acharnée contre la criminalité en même temps qu'elle éduquait les enfants (Jean Valjean, la bande à Bonot), faisant de la crainte du bagne un argument de conformité sociale. La longueur du service militaire obligatoire était aussi un puissant "calmant" social.
Une justice totalement vertueuse n'existe pas. Toutefois, en France, nous avons la chance qu'elle ne soit pas totalement minée par la corruption, comme c'est le cas dans de nombreux pays : il suffit de "payer" pour être exonéré ; néanmoins, sa politisation sous la 5ème République est une cause majeure de son délabrement : chaque parti au pouvoir, détruit ce que le précédent a tenté. En ne lui accordant pas toujours les moyens dont elle a vraiment besoin pour remplir une tâche de plus en plus multiforme. Cette stratégie de délabrement volontaire est une véritable catastrophe.
 
Certes qu'il s'agisse d'Education ou de Justice, il y aura toujours des marginaux, des violents, des ingérables non détectés ; mais le bon fonctionnement de ces deux Fondamentaux limite les accidents majeurs d'un parcours social qui n'est jamais évident, quel que soit le pouvoir en place.
Une des dernières stupidités à la mode est de donner en exemple aux Français "le modèle suédois". Quelle lubie !!
Nous comparer à la Suède ou à tout autre Nordique est absurde : ce sont des pays à "petite population" (5 ou 6 millions d'habitants). Tout le monde se connait, il est très difficile de tricher ; la gestion collective est à la fois minutieuse et simplifiée. Cela est quasi impossible pour une population de plus de 65 millions d'habitants (très diversifiés) et des villes dépassant les 2 millions.
Ce sont des sociétés très "solidaires", qui ont eu et gardent le souvenir de vies très dures (la dernière "grande famine" autre que due à une guerre est Finlandaise vers 1880, d'où l'émigration massive vers l'Amérique). Il n'est pas question de mettre en péril le groupe social pour protéger un intérêt particulier qui ne servirait pas l'ensemble de la communauté ;
Ce sont des pays très majoritairement protestants, avec des principes d'honnêteté et de loyauté ; l'éducation porte fortement cette marque. La bonne fortune est un don de Dieu, elle doit donc être vertueuse. Le travail est une valeur fondamentale. Tout comportement "suspect" peut être "signalé", sans que cela soit automatiquement agressif ; cela consiste généralement en une "remise au pas", et un encouragement à être meilleur. Parfois il y a "aide au recadrage".
Les acteurs politiques sont soumis à de stricts contrôles financiers et moraux. Les sanctions sont sévères et sans appel. Il en est de même pour les familles régnantes dont les "listes civiles" sont soigneusement justifiées. Si elles se permettent quelques frais somptuaires pour des célébrations généralement familiales et dynastiques, celles-ci sont financées sur leurs "cassettes privées", et les dons éventuels sont dument contrôlés.
Nous sommes en France, pour le moins, très loin de ces schémas.

Parlons d'argent

Publié dans De par le monde
Parlons d'argent                                                 
 
Ce qui se passe en France, en ces semaines chaotiques, n'est intéressant que si on le replace dans un contexte comparatif : comme il l'a déjà été exprimé, l'Europe (et peut être le monde) est sans doute à la fin d'un cycle politique : cela arrive régulièrement, sur de plus ou moins longues périodes.
Deux nouveautés interviennent cette fois : les procédés de nouvelles technologies avec leur information instantanée à laquelle résistent bien mal les procédures politiques classiques. L'omniprésence de l'argent dans toutes les démarches politiques de quelque importance. La dernière élection nord-américaine en est une démonstration flagrante : l'utilisation ou le torpillage de tout acte ou déclaration (même privée) dans les médias avec la guerre sournoise que se livrent informateurs et gens de politique sont désormais étalés sans retenue. Enfin, le gagnant est celui (ou celle) qui paie le plus, au cours de campagnes électorales délirantes qui s'étalent désormais sur pratiquement la dernière moitié du mandat présidentiel. Les "soutiens" sont avoués, avouables, recherchés. Le nouveau Dieu s'appelle Dollar, même si on continue à prêter serment sur la Bible. Où est l'intérêt des citoyens dans ce magma confus ?
 
En Europe, certes, c'est plus modeste. On a encore un peu de moralité et une longue pratique des abus perpétrés par les différents pouvoirs. L'Europe politique a appris une certaine discrétion, un moindre apparat, même si cela n'élimine pas les scandales dus à l'ambition ou à l'aveuglement de certains. Les acteurs du monde politique perdent parfois le sens des plus simples réalités. Trop de pouvoir rend fou, c'est bien connu, surtout si l'on vient de très loin dans la hiérarchie sociale. Il y a eu aussi, pendant des siècles, confusion de l'argent public et de l'argent privé : les Médicis faisaient peu la différence ; Richelieu, Mazarin, ont bâti de colossales fortunes privées tout en prêtant à l'Etat sur leurs propres deniers. Bonaparte piochait dans la caisse pour doter sa famille... les exemples sont innombrables. La richesse de nos Empires et de nos industries recouvrait d'un épais rideau de fumée patriotique les démarches les plus extravagantes. Ce n'est plus le cas. Car le "tout dire et tout savoir" a transformé l'information en censeur.
 
La naïveté n'est plus de mise ; soyons clairs : nous sommes en Ploutocratie, cette forme dévoyée de l'oligarchie, que craignaient tant les Anciens, qui mit à genoux Athènes et Rome ; système d'une caste tournée vers ses intérêts personnels, ses profits et avantages, avant le souci du mieux-être collectif. Cela a toujours existé et existera toujours. On le sait : on paie pour exister, pour réaliser, pour avancer... On se fait payer pour autoriser à exister, à réaliser, à avancer. Ainsi va la nature humaine dans la perpétuelle quête de la réussite, du pouvoir. Souvent la politique n'a qu'une morale de façade. Régulièrement, en France, le plus souvent à la suite d'un nouveau scandale, on refabrique et l'on vote des textes sur "la transparence" des financements de la vie politique, des élections ; cela peut être un assainissement salutaire, mais toujours provisoire car l'argent prend ses propres chemins, toujours pleins d'imagination.
 
Le très intéressant Bureau de la Transparence Internationale basé à Berlin, après avoir soigneusement éreinté les Européens, s'est penché sur la corruption dans 16 pays de la Zone Asie. C'est d'autant plus intéressant que le monde occidental est désormais très imbriqué dans des relations financières et commerciales avec ces pays, et la contamination est tentante. L'Europe méditerranéenne était largement épinglée : Espagne et Italie, également la Grèce où la pauvreté endémique depuis 15 ans a enclenché un monde de "combinaisons". Pas le Portugal, à la population peu nombreuse, donc contrôlable. Les Nordiques ne sont pas loin de l'angélisme mais pas tout à fait, avec des "accidents" dus surtout à des placements off-shore très discrets. Il y a peu, le Royaume Uni a connu de retentissants scandales, mais la rigueur a été instituée avec détermination, et le "off-shore" permet quelques "arrangements" au sein du Commonwealth. La Pologne n'était pas bon élève. La Turquie (liée au bassin méditerranéen) appréciée comme "douteuse" sur de nombreux points.
 
Pour les 16 Asiatiques, avec plus de 20 000 consultations, il est avéré que près de 900 millions de personnes sont impliquées dans des actions de corruptions (corrupteurs ou corrompus) : le taux le plus élevé est en Inde et au Vietnam (69 et 65 % des actes examinés ont un "lien" de corruption) ; viennent ensuite la Thaïlande, le Myanmar, le Cambodge et le Pakistan (40%). Le moins corrompu étant le Japon (moins de 2 %). La Chine reste dans une marge "raisonnable" (26 %). Les services les plus corrompus sont la Police (à 30 %), les administrations gouvernementales et territoriales (notamment pour l'obtention de papiers d'identité, de bulletins de vote, de permis de tous ordres), les Cours de justice (23 %), l'accès aux écoles publiques (22 %) et à l'hôpital (18 %).
Une évaluation prévisionnelle permet de parier sur une augmentation phénoménale de ces comportements, liée à l'augmentation des populations et à l'écart de plus en plus grand entre les différentes classes sociales : dans les 10 ans à venir, la Chine, l'Indonésie, la Malaisie, le Vietnam et la Corée du Sud devraient franchir la barre des 50 % d'actes corrompus. Singapour n'apparait pas dans ce bilan, bien qu'actuellement un des patrons de la BP locale soit assigné pour avoir reçu plus de 4 millions de dollars Singapour pour "services rendus" à des contractants.
 
La France est, dans ces analyses, est très moyennement corrompue : désormais Etat moyen, l'argent en cause n'a rien à voir avec les masses de dollars remuées dans d'autres pays. Toutefois, on peut s'interroger sur le train de vie de la République. La corruption à la française réside souvent dans une exploitation des ressources de l'Etat par ses acteurs : on vit "sur la bête", dans des systèmes de gestion administrativo-politiques très peu contrôlés. Une obsession très fréquente est le logement gratuit ou de fonction (très ancienne tradition de l'Etat central) de même que la voiture avec chauffeur. Alors que leurs homologues européens rentrent paisiblement dans leur logis après leur journée, nos responsables restent dans nos palais. C'est même "post mortem politica" puisque le Décret présidentiel 2016-1302 en date du 4 octobre 2016 (J.O.)  prévoit pour les 5 années suivant la fin de sa fonction, bureaux, personnels, véhicule, et autres facilités, pour le Président sortant. Ce n'est pas nouveau, mais dans le contexte actuel, c'est plutôt choquant, eu égard à l'abondance de moyens à disposition. Quant à la corruption classique, les liens financiers Public-Privé, elle reste anecdotique, nos élus étant le plus souvent des hommes de bien essayant d'être utiles à leurs administrés. La "grande corruption" reste dans l'omerta ou n'est peut-être pas dans nos moyens ?
 
La France a inventé un nouveau genre politique : le shadow president ou président fantôme : depuis son renoncement à "rempiler" (un bruit court... d'intention secrète, mais il est peu crédible), jusqu'en fonction à la mi-mai notre président a pris un style très Quatrième République, inaugurateur d'expositions et de colloques, louant le tricentenaire maçonnique, jouant le racommodeur d'Europe en pleine zizanie, se taisant sur la politique interne, mais louant ou sermonnant les responsables étrangers.
Cela ne veut pas dire qu'il ne fait rien : dans l'ombre de la renonciation, conservant ses habitudes de manœuvrier de parti politique, il continue certainement de tirer les ficelles sous la nappe d'un apparent festin d'adieu.
En juin, il aura peut-être la nostalgie de la pompe présidentielle (bien qu'il ait proclamé sa détestation du palais de l'Elysée), de la domesticité, des égards, d'être protégé comme un précieux tanagra. Mais il partira avec son Décret sous le bras, lequel témoigne d'une longue préparation de ce départ et de la suite... Il a certainement pris goût aux costumes sur mesure, aux souliers griffés qui permettent de rester debout si longtemps sans souffrir, à serrer des mains et couper des rubans. Aura-t-il le droit de les emporter ? Après tout, ce sont des "avantages de fonction". S'il était Suédois, peut-être devrait-il les restituer à la Chancellerie, laquelle les redistribuerait à des associations caritatives afin de vêtir "ceux qui sont un peu nus et mal chaussés" ?

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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