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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

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De la chine (5) et l'Europe ?

Publié dans De par le monde
De la chine (5) et l'Europe ?
           
Il est important de respecter les "bonnes manières", peut être quelques-unes des 110 règles édictées par le bon père de la Nation américaine George Washington, "Aller en société avec des ongles et des dents propres, des souliers cirés...être souriant (mais pas trop), digne et modeste"...et surtout (N°110) " Conserver dans la poitrine cette petite étincelle de feu céleste qu'on nomme Conscience".
 
Monsieur Xi, pour sa tournée européenne, ajouta à son maintien impeccable, une épouse souriante, une touche de Confucius bienveillant et quelques brins de ce que l'on apprend à l'Ecole du Parti. Surtout, fin Avril, lors du 2éme Forum mondial des Routes de la soie, réuni à Pékin, Il s'est efforcé de persuader les 160 chefs d'état et de gouvernement présents, des bonnes intentions morales et des splendides opportunités économiques que la République Populaire offrait au monde.
Il doit aussi rire sous cape, visitant un sous-continent en pleine confusion - malgré son potentiel économique – dont il a déjà débusqué quelques fleurons et commencé d'annexer plusieurs secteurs. Ce Brexit ahurissant, les gilets et bonnets de toutes les couleurs, les insoumis de l'Ex-Est, les cafouillages, inerties, surdités, l'étrange frénésie électorale... Tout cela laisse pantois, non seulement Monsieur Xi mais la planète tout entière.
 
Il est bien tard... pour l'Europe, de prendre publiquement conscience de l'importance du nouvel Empire du Milieu. Fort heureusement, beaucoup de groupes financiers, bancaires, industriels, ont eux, épluché le dossier en long, large et travers, avec déjà des agendas de travail prêts à accompagner le "nouveau mouvement planétaire". Par ailleurs, l'Union Européenne a, elle aussi, quelques cartouches présentables dans sa besace.
Il est désormais nécessaire que l'Europe se présente comme un "bloc", et non en pièces détachées. C'est ce que souhaite ardemment la Chine, outre les accords bilatéraux qu'elle peut avoir avec différent Etats membres. Ce qu'il faut drastiquement évacuer est cette vénéneuse image de loup garou chinois que des médias assez bornés diffusent dans l'opinion. La République Populaire a autant besoin des Européens que les Européens souhaitent collaborer avec elle.
La sagesse est de regarder la relation par ses "deux côtés" et non de s'enfermer dans une sorte d'européo-mondialisme aussi verbeux qu'irréel. La Chine, assise sur son opulente puissance financière, s'est lancé à "l'assaut du monde", et tente - sur du long terme - de le reconfigurer à son profit. Mais ce n'est pas vraiment nouveau : cela a commencé avec le virage d'ouverture de Deng Xiaoping à partir de 1977. L'Europe, elle, voit s'effilocher implacablement l'univers de sa puissance bâtie depuis... disons... Vasco de Gama, Elisabeth Ière et Richelieu. Sombre drame... et puis cette manie de se détruire les uns les autres, sans arrêt, depuis 2 siècles, au moindre absurde prétexte !
 
Bref, parlons clair : le but de la République chinoise est de modifier les circuits commerciaux mondiaux, de revoir la golden belt maritime, cette fameuse ceinture d'or par Suez et Panama créée par les Européens à la fin du 19ème siècle, tournant sans arrêt autour de la planète. Le second pion est de doubler et épauler cette innovation par un réseau de voies terrestres établies sur l'ensemble du continent sino européen. C'est cela l'astuce : Monsieur XI dit aux Européens "Longs nez bornés, regardez seulement un atlas : vous voyez bien que l'Asie et l'Europe forment un continent unique ! (avec, en plus, des ramifications vers le sous-continent de l'Inde et le Moyen Orient) L'Amérique ne veut plus de nous ! Ni de vous ! Tant mieux ! Laissons-la dans son coin et jouons ensemble à conquérir le progrès".
 
Plusieurs aspects dessinent clairement la stratégie de la République Populaire :
Première préoccupation : construire, solidifier la nouvelle Ceinture d'or maritime, des ports de Chine jusqu'à l'Europe, la Manche et l'Atlantique : il y a déjà beaucoup d'argent dans le port de Singapour ; Colombo est une affaire faite, différents points du Moyen Orient associés (avec en plus les perspectives de reconstructions d'après-guerre et la relation vers l'Iran par voie terrestre). En Méditerranée, Le Pirée est acquis (à un bon prix), plus loin Trieste et Gènes commencent leur cycle chinois. Pourquoi pas Marseille ? Valence est en vue. Gibraltar n'est pas possible car c'est un arsenal, mais en face il y a les côtes du Maghreb, Ceuta ou Oran ? Dans l'Atlantique, Cadix ? Le Portugal ? Et après ?... La technique est connue : l'investissement s'accompagne d'une modernisation permettant une bien meilleure exploitation et la prospérité nouvelle. Le financement en est assuré par des emprunts faits... auprès de Banques chinoises…
 
Second objectif : le bon achèvement de l'OBOR et ses annexes (One Belt One Road) et cette rouée appellation deNouvelle Route de la Soie : le tronçon-maitre aboutira, si tout va bien, en Novembre 2023 à Duisburg, au confluent de la Ruhr et du Rhin en Allemagne fédérale. Autant dire après demain. Et après ? Un rameau est en construction vers Moscou/St Pétersbourg et la Baltique, d'autres vers le Bengladesh, le Pakistan et l'Iran. Le réseau terrestre est aussi ferroviaire, technologique puisqu'il s'environne de nouvelles sources énergétiques (solaire, éoliennes), d'entrepôts robotisés, d'usines relais, faisant lien avec le trajet maritime : le port d'Anvers connaît un nouvel essor, une restructuration innovante spectaculaire depuis que des convois ferroviaires le relient déjà à Beijin plusieurs fois par semaine. Là aussi, la puissance bancaire s'avère évidente.
 
Troisième pion : des "participations-acquisitions" en tous domaines, et de manière ponctuelle ; tout marché de vente ou d'achat est bienvenu s'il s'avère, à terme, rentable : matière première, métaux (comme le cuivre en Serbie, le lithium en Asie centrale), l'exploitation céréalière, viticole, l'élevage, les manufactures textiles, les aéroports, le matériel lourd, des mines, des chaines de distribution, des fabriques de luxe (Baccarat), d'instruments de musique... La France – très important attrait touristique pour les honorables citoyens de classe moyenne – est un objectif d'investissement et de prises de participation dans l'hôtellerie, le commerce de luxe et les organisations touristiques. Le passage de la quasi-totalité des Européens au réseau 5G permet à la Chine d'avancer ses pions dans cette technologie si stratégique car elle en fabrique les indispensables bornes-relais.
Les exemples sont multiples, complexes, permettent de prendre la mesure de cette "invasion venue du Grand Est".
 
Pour l'heure, face à cette prégnante présence chinoise dont elle prend conscience avec beaucoup de retard, l'Europe (et les Européens) ont 3 attitudes à avoir :
1* tenir le registre scrupuleux de tous les investissements, accords, prises de participations chinois accomplis depuis…. disons 40 ans... dans les différents états et secteurs européens qu'ils soient privés ou publics. Cela permet de comprendre vers quels secteurs cet "enveloppement" des actifs se situe, et d'appréhender la stratégie globale de la Chine Populaire. Cela existe déjà, mais reste incomplet, les institutions européennes n'ayant pas pris la précaution d'unifier le registre de ses informations.
2* imposer les règles du jeu économique occidental de manière très précise, interdisant ou écartant les "mauvaises manières" traditionnelles aux Chinois ; la corruption, les intimidations, les chantages, l'univocalité des exigences contractuelles. Le rapport économique et financier doit demeurer sain, équilibré. L'Europe doit sortir de la naïveté et de l'indolence, imposer ses propres règles si elle veut tirer quelque avantage de cette relation qui ne doit devenir sous aucun prétexte un rapport de force.
3* enfin, dans cette foulée, l'Union et le Marché européen doivent se présenter comme un bloc : un interlocuteur unique et solide sur ses bases, représentant plus de 550 millions de citoyens, consommateurs ou fournisseurs : premier marché économique mondial face à la deuxième puissance financière et commerciale de la planète.
 
C'est de cette manière que l'Union Européenne peut tirer un remarquable renouveau de cette aventure orientaliste, laquelle est susceptible d'offrir des horizons créatifs, l'occasion d'évoluer positivement, de sortir du marasme dans lequel elle s'est enlisée, faute d'une rigueur suffisante et de perspectives sur le long terme. Faire de la banque c'est bien, mais s'interroger sur l'avenir des enfants du boulanger du coin n'est pas mal non plus.
Plaise au ciel, à Confucius et à tous les Saints du calendrier que cette prise conscience soit salutaire et que l'image du vilain dragon s'efface au profit d'un partenariat équilibré.

Envoyé par l'auteur, 9 mai 2019

De la Chine (4)

Publié dans De par le monde
De la chine (4) … et Taïwan ?             
 
Le Président Xi a peut-être vu Les 55 Jours de Pékin, film de Nicolas Ray dans lequel Ava Gardner se meurt d'amour pour le vaillant soldat US Charlton Heston et où le britannique ambassadeur David Niven met en déroute, presque à lui tout seul, les vilains Chinois. Il a peut-être aussi lu dans sa jeunesse Quand la Chine s'éveillera, ou bien encore Pearl Buck ou Lucien Bodard, ce grand nostalgique de son enfance au Sechuan… enfin tout ce folklore occidental qui nourrit nos fantasmes orientalistes, y compris Ségalen et les terrifiants reportages sur la Chine de Mao .
De quoi, sans doute, nourrir pendant des siècles un solide esprit de revanche.
 
Taiwan, cette belle île, instablement volcanique, plantée à moins de 150 kilomètres en face des grandes villes de Fuzhou, Quanzhou ou Xiamen (nord de HongKong) en Chine continentale, vit, coincée entre plusieurs "mondes", une histoire mouvementée.
Base commerciale et de piraterie en Asie depuis la nuit des temps, d'abord occupée par les Espagnols puis les Hollandais, les Européens la baptisèrent Formosa ; la dynastie Qing la reconquit, puis elle passe sous contrôle japonais en 1895 en vertu du traité de Shimonoseki, après une fracassante défaite chinoise, dont se mêlent aussi les Occidentaux.
Restituée à la Chine en 1945, elle est le refuge de centaines de milliers d'opposants à Mao Tse Toung et à l'emprise communiste. Nombre de familles restées sur le continent payèrent très cher, de leur vie même, le départ de leur proches vers l'île refuge. Protégée par les Occidentaux (surtout US), Taïwan devient un Etat indépendant, occupe le siège permanent chinois au Conseil de sécurité, jusqu'à ce que le régime communiste soit reconnu par la collectivité internationale occidentale en1971. Depuis, l'opposition entre les 2 Blocs politiques de la planète, et le sensationnel développement de Taïwan font de cette île un enjeu permanent, d'influence et de pouvoir. On peut presque dire qu'elle est une sorte "d'invention" nord-américaine, bastion idéal de surveillance de la Chine continentale, mais de son côté, cette même Chine ne se lasse pas de la scruter et  considère toujours Taïwan comme sa 22ème Province.
S'explique alors d'elle-même la petite phrase du Président Xi dans son discours du 2 Janvier : "la Chine doit être réunifiée". 
 
Taïwan incarne un grand paradoxe : vouée aux gémonies pendant plus d'un demi-siècle par la Chine communiste, elle incarne "l'autre monde chinois" : L'avancée rouge et l'installation des Maoïstes au pouvoir, engendrèrent l'exil de clans, de familles, de villes et villages entiers, jusqu' au bas du continent, traversant le détroit, délaissant même Hong Kong , afin de mettre en sécurité leurs personnes et leurs biens, mais aussi leurs traditions et leur culture fondamentale. Ils partirent, sans espoir de retour, et refondèrent une société ; c'est ainsi que l'île fut le refuge des plus précieux trésors impériaux (1), des parchemins les plus anciens, des artisanats les plus emblématiques de 5.000 ans de civilisation. Taîwan devint ainsi le réceptacle de la tradition. Le temps a passé, chacun ce son côté a connu succès et déboires, violences, dictatures, libéralisations durables ou éphémères. Les liens financiers, industriel et surtout commerciaux se sont liés peu à peu entre les soeurs ennemies, pour leur plus grand profit. Les échanges sont désormais nombreux, le tourisme et les affaires encouragés (avec, par exemple, plus de 500 vols de liaison par semaine). Même si Taïwan est une république à part entière avec une constitution, une monnaie, un drapeau, une représentation internationale spécifique, la trajectoire mentale de la République Populaire reste inchangée, et se trouve même renforcée par le désir actuel de retrouver racines et tradition dont l'île refuge est l'emblématique dépositaire : elle est – et sera – la 22ème Province.
 
Le lent processus de récupération devient évident.
De fait, cela s'inscrit dans une démarche tentaculaire de récupération ou conquête, d'abord illustrée par l'occupation et la violence faites au Tibet, de tous temps plus ou moins vassal de l'Empire ; en 1950 Mao mit fin à la relative indépendance de la théocratie, en lançant troupes et petit livre rouge à l'assaut ; le 14ème Dalaï lama dut signer un accord ambigu de 17 paragraphes qui était en fait le prélude à une annexion. L'occupation et la résistance furent terribles. Mais plus de 60 ans après, la sinisation est totale, assortie de l'envoi massif de colons chinois, et à l'inverse du déplacement en masse de tibétains en Chine ; on ne peut nier par ailleurs qu'une prospérité nouvelle anime les rugueuses montagnes, pourtant réputées inappropriables.
 
Ensuite, il y eut "l'affaire de HongKong" en raison de la fin du bail emphytéotique britannique à 99 ans sur les nouveaux territoires. Les négociations commencèrent en 1982, furent âpres et difficiles, l'Ile elle-même, la presqu'ile de Kowloong, les 498 ilots et les territoires continentaux, ayant des statuts différents étalés de 1842 à 1898. Les Britanniques exigèrent des garanties sur les droits humains et les relations économiques, tergiversant, comme ils ont l'art de le faire, tout autant que les Chinois.  En 1997, le départ des Britanniques fut pathétique et provoqua l'exil plus ou moins volontaire de près d'un million de Hongkongais. La prospérité, n'en déplaise aux Cassandre, perdura et s'amplifia ; au début, rien ne changea dans le "plus beau fleuron de l'Empire", lequel, bénéficia changeant de mains, d'une indispensable modernisation. Un peu plus de 20 ans plus tard, l'empreinte britannique se trouve fort édulcorée et la sinisation rampante a fait son œuvre. Le statut particulier est fragilisé et il est évident que Hong Kong est de plus en plus "une chinoise comme les autres".
La manœuvre sur Taïwan est donc l'Acte 3 de "l'enveloppement" par la Chine continentale de l'ensemble de son périmètre, de même que les actions  de conquête de territoires et de recul des frontières maritimes s'activent en mer de Chine. Nier les règles internationales de contrôle des eaux territoriales, la construction d'îles artificielles, s'inscrivent dans cette démarche. D'autant que "de l'autre côté de l'eau" la Corée du Sud et le Japon, leaders de l'économie libérale mondialisée, sont ressentis et présentés à l'opinion comme des empêcheurs d'être communistes en rond.
 
Taïwan serait donc "une belle affaire" à entrer dans le giron de la République Populaire, non seulement en raison de ses talents technologiques et commerciaux, mais aussi parce qu'elle restituerait une grande partie de la légende chinoise, celle de l'Empire du Milieu et de ses finesses culturelles. Par ailleurs, dans le cadre du déploiement maritime de l'OBOR, l'ile est le verrou nord de la mer de Chine méridionale, la péninsule indochinoise, la Malaisie et Singapour. La ville-état est également dans le viseur du Parti : il n'est pas exclu que d'ici à 50 ou 60 ans elle se retrouve dans le giron "d'une seule Chine". Sa besogneuse population est à 80 % due aux vagues successives d'immigrants chinois, les liens sont nombreux ; la crise de 2008 a permis l'entrée de Beijing dans l'économie du plus grand port d'Asie du sud-est, de ses banques et de ses entreprises. La pénétration est la même que celle pratiquée pour Hong Kong ou ailleurs... en Australie par exemple : avancer ses pions lentement, en commençant par la culture, les universités, la banque, le commerce gros ou petit, organiser des fêtes et des concerts, envoyer des containers entiers de cosmétiques, de vêtements et de battes de cricket ou de base ball…
 
Donc, entre le Non jamais et le Oui peut être, Taïwan navigue dans l'incertitude au gré des majorités électorales. La prochaine présidentielle aura lieu en 2020, c'est à dire demain. L'allié et protecteur Nord-Américain pèse très lourd, est capable d'un revirement hostile ou d'engager un bras de fer avec le Parti. De fait, la stabilité est politiquement fragile, économiquement bonne, humainement vulnérable. L'enjeu est de taille, et tout acte franchement hostile embraserait la totalité de l'Asie du Sud Est, et peut être plus loin. Cela étant la doctrine n'a pas changé d'un iota depuis 1949 : "...la Chine Une et indivisible".
 Elle s'appuie aussi, désormais sur l'adage de DenXiaoping : "La pauvreté n'est pas le socialisme, s'enrichir est glorieux".
 
(1) Le voyage, parfois rocambolesque, et souvent dangereux des trésors de la Cité Interdite et autres lieux, des réserves d'or et de biens transportables, est désormais connu, a fait l'objet de plusieurs publications en anglais et français. Une magnifique exposition "Trésors du Musée national du Palais, Taïpei, mémoire d'empire" a eu lieu au Grand palais  de Paris en Octobre 1998.

Envoyé par l'auteur, 3 avril 2019

De la Chine (3)

Publié dans De par le monde
De la Chine (3)   
Visible et Invisible
 
Les Livres Blancs de Monsieur Xi – en 2017 – et leurs projets de long terme, l'exposé de l'inaltérable progression de l'OBOR, les lénifiantes affirmations de "main tendue" furent un enchantement, dignes des plus beaux opéras traditionnels. Ensuite, 2018 nous offrit quelques sujets de fierté (les villes nouvelles, telles Rongcheng), un bienveillant tutorat auprès de la Corée du Nord dans ses tumultueuses relations avec la présidence nord-américaine et quelques perplexités relatives aux droits humains, à la sauvegarde de l'environnement et à l'emprise sur la Mer de Chine.
Soudain 2019 s'ouvre sur 2 coups de tonnerre : la "petite phrase" du Président XI, à l'adresse de Taïwan et de la communauté internationale toute entière lors de son discours solennel du 2 Janvier "...la Chine doit être réunifiée ... " ; le lendemain 3 janvier, la divulgation de l'arrivée sur la face cachée de la Lune d'une sonde chinoise ultra sophistiquée, confirme les sidérants progrès des technologies chinoises.
 
De fait, les recettes appliquées par le Parti et son emblématique président ne sont pas tellement innovantes et ne font que continuer celles préconisées par Den Xiaoping à la fin des années 70 (après les échecs successifs du Grand Bond en Avant et les plus grosses sottises de la Révolution Culturelle) : l'ouverture au monde et à la modernité, le développement des villes et l'éducation des campagnes… Mais cela a pris un tour nouveau, lié à la formidable évolution des moyens matériels et la maitrise -  désormais acquise – de super technologies nouvelles.
Après avoir été "l'usine du monde", la Chine s'applique à être désormais "sa propre usine", destinée à alimenter en tous domaines un marché intérieur gigantesque (potentiellement 4 fois le marché européen), tout en continuant à inonder le reste du monde de ses productions, non plus "ordonnées" de l'extérieur, mais ciblées. Bien sûr, les bénéfices colossaux du marché international doivent continuer : il faut gérer ensemble ces 2 facettes, car elles dépendent l'une de l'autre. S'il y a eu un léger "tassement" des exportations en 2017/18, dû à la relative mauvaise santé des Occidentaux et à la calamiteuse "America first", les différents marchés restent florissants, de même que le relais bancaire chinois reste très apprécié des politiques mondiales. L'entrée – tardive mais fracassante – de la Chine dans l'OMC implique l'évolution inéluctable de la vénérable institution, dépassée à la fois par ses nouveaux intervenants et les techniques de relations à "grande rapidité". Rester assis sur un tas de devises n'a plus grand sens.
 
Bien sûr, le formidable cheminement des communications vers l'Ouest déploie ses ambitions commerciales, technologiques et humaines : la Belt jusqu'à Duisbourg et ses annexes, les trains hebdomadaires Anvers - Beijin chargés de biens industriels, l'accord surprise avec le gouvernement italien (sans l'aval de Bruxelles), les gigantesques champs de panneaux solaires et d'éoliennes dans les interminables plaines de l'Asie centrale jusqu'à ce jour pratiquement inexplorée, les ouvertures dans les assurances, l'automobile, l'aéronautique (COMAC), les services, le design, les télécom, l'informatique, la robotique, le spatial, tout cela satisfait la vanité des leaders, interpelle le monde entier, insufflant une certaine crainte chez les décideurs... mais la véritable et première préoccupation des chef du Parti, le matin dès qu'ils se réveillent est l'obsession alimentaire : trouver une autre voie que celle – nécessaire mais odieuse – qui a consisté à affamer les campagnes pour que les villes-clefs de la croissance – puissent se développer...Comment nourrir et faire prospérer 2 milliards d'individus ?
L'étonnante et parfois paradoxale stratégie "tous azimuts" de la République Populaire Chinoise réside en entier dans cette préoccupation majeure : ne plus jamais revoir la famine. Sans s'encombrer d'embarrassantes annexes, on en peut distinguer les axes principaux : tout d'abord, améliorer, réhabiliter et développer les activités agricoles, non plus pour nourrir exclusivement les mégapoles, mais pour elles-mêmes et les provinces qui les animent. Ainsi, comme le Sechuan et d'autres contrées délaissées par le progrès, bénéficient désormais de la considération des autorités et voient leur niveau de vie s'améliorer de manière substantielle ; par ailleurs d'immenses zones intérieures, jusque-là ignorées font l'objet d'expérimentations agricoles prometteuses.
 
En second lieu, l'achat et (ou) l'exploitation de terres agricoles dans le monde entier complète déjà – ou complétera dans les décennies à venir – les ressources intérieures. Cela a commencé il y a déjà longtemps, (30 ans), d'abord dans la grande Afrique, délaissée par les stupides Occidentaux, et puis un peu partout, afin de diversifier les possibilités, (et parer aux éventuels troubles politiques). L'Europe, excellente contrée agricole, est fortement engagée dans ce processus (la Beauce) ; d'abord lieu de production, des établissements de transformation ont vu le jour, permettant d'envoyer vers la Chine farines, végétaux, laitages, gibiers et viandes, déjà prêts à l'emploi. Au-delà de leurs apparentes querelles, les Etats Unis vendent leurs surplus de blé, de maïs et même de riz au Parti Populaire de Chine avec une réelle satisfaction, réduisant ainsi leur déficit commercial. Les prises de participations dans les entreprises alimentaires sont nombreuses (le puissant groupe H/H dans Isigny ou l'achat de crus classés de Bordeaux et Bourgogne). Sous un angle tout aussi réaliste, début 2019, il s'avère que 28 % de la production mondiale de viande bovine est mâchée et digérée par les Chinois (peut-être agrémentée de ketchup ou de béarnaise) ce qui compense très avantageusement la baisse de consommation des Européens. L'ambition du Président Xi, pas du tout adepte du vegan, est que – sous peu – chaque Chinois "mange de la viande au moins une fois par semaine".
 
Enfin, se rendant compte de la croissance désormais absurde et contre-productive des mégapoles virant à l'extravagance (Shanghaï en est la parfaite illustration), le Parti a décidé de la création de multiples "villes moyennes satellites" dans des rayons de 150 à 300 kilomètres autour des grands pôles industriels et commerciaux. Entre les deux, des terres agricoles seront susceptibles de prospérer et nourrir les populations qui ne produisent que des algorithmes, du bitume et du papier. Cette attitude mentalement raisonnable ne fait que débuter : elle est quelque peu plombée par l'habitude de la corruption, la montée extravagante des prix des terres ou des loyers et l'expropriation brutale des anciens habitants (agriculteurs, petits commerçants, artisans) des régions ciblées. Ces villes nouvelles dont les buildings s'élèvent à grande vitesse, telles des cigarettes plantées dans la campagne, s'accompagnent aussi de vastes dévastations autoroutières, ferroviaires, de la création d'interminables hangars, déchetteries et autres nuisances peu favorables à un épanouissement heureux des esprits, des populations et de la nature.
Tout cela fait un peu désordre pour l'instant... Il faut avoir la patience d'attendre, comme le conseille Confucius.
 
L'autre aspect palpitant de l'ultra moderne aventure chinoise est son nouveau slogan "d'invincibilité" : son unité, sa croissance, son emprise sur le monde entier seraient invincibles, irrésistibles, irrépressibles... L'ascension est en effet fulgurante, l'adaptabilité à imiter, copier, puis inventer à partir des modèles proposés par les commandes des pays développés permet de mesurer le chemin parcouru en moins de 4 décennies. Les Etats-Unis en sont les premiers responsables (après avoir abandonné l'usine Japon, ils se sont massivement tournés vers l'usine Chine) et leur clientélisme leur revient maintenant dans la figure comme un boomerang mal orienté. C'est ce que symbolisent des groupes tels Huawei ou l'Agence Spatiale CNSA. On a parfois l'impression qu'une sorte de nouvelle Guerre Froide, cette fois entre les USA et la Chine est en train de recommencer, avec ses mortels excès, non plus vraiment nucléaires, mais avec la puissance spatiale. La même vanité... infantile et irresponsable …
Les progrès en tous domaines technologiques sont en effet considérables, dus à un énorme investissement dans l'éducation, la recherche des "têtes bien faites", l'abondance de la main d'œuvre, une propagande ciblée et des moyens financiers à l'aune de la réussite commerciale. Toutefois, les bémols sont nombreux, à commencer par cette fausse notion d'une Chine, que le monde entier gobe en pliant l'échine par avance. En fait il y a "les Chine" tellement différentes et multiples : ne jamais oublier les 12, puis 7, puis 3 Royaumes qui se battirent pendant des siècles, jusqu'à s'exterminer, ces peuples du Nord au Sud qui ne se comprennent pas, s'ignorent, et souvent se méprisent les uns les autres., les flux permanents de personnes déplacées, errantes, non identifiées... Le seul vrai lien est l'écriture... et le Parti, lequel fait (selon la formule de Max Weber) "tout tenir ensemble", avec sa tête de pont dirigeante aux allures de patriarche bienveillant. La corruption à tous les étages ne sera jamais éradiquée ; elle fait partie du système, de l'ADN des populations, inscrite dans les cerveaux d'une encre ancestrale. Quant au mythe occidental des Droits fondamentaux, il est illusoire, face - là aussi – aux traditions de violences exercées sur les récalcitrant et cette merveilleuse pratique de "l'effacement" des plus gênants (on l'a vu de près avec le sort réservé à ce malheureux consul à Lyon).
Allons... Il faut regarder la Chine avec bienveillance – puisque, dit-elle - elle veut notre bien, et aussi avec une certaine méfiance puisqu'elle veut peut-être aussi faire rendre gorge aux humiliations du système des Concessions... Le Dragon vaut peut-être mieux que les Dalton, et l'Europe n'est jamais qu'"une péninsule avancée de l'Asie" (Paul Valéry).

Envoyé par l'auteur, 21 mars 2019

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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