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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

URL du site internet:

Eurasie

Publié dans Avec l'Europe
Eurasie                                                          
 
Le bref voyage présidentiel, fin mai, à Saint Pétersbourg, au-delà des différends internationaux sur l'Ukraine, la Syrie et l'Iran, comporte des enjeux infra européens bien plus immédiats.
L'objectif, diffus, peu exprimé mais nécessaire, est de désengager l'Union Européenne, autant que ce sera possible, de l'excessive emprise nord-américaine, et a fortiori de libérer ses axes économiques et stratégiques de surprenantes exigences.
La première rencontre avec Vladimir Poutine à Versailles en 2017, au prétexte d'une exposition historique a été plutôt bien préparée, au tout début de notre nouvelle présidence, sans les salamalecs affichés auprès de la présidence nord-américaine. Relativement positive, elle pouvait présager, sauf accident de parcours, d'une suite favorable. Le chef de l'état russe est un solide briscard de la politique, réservé, imperméable aux pantomimes. Il faut donc en attendre les bons signaux.
 
Côté Russie, après avoir subi un mépris et un ostracisme international très mal vécu, à la suite de la chute et du démantèlement du Bloc soviétique, il s'est avéré fort complexe de reconstruire une dignité indispensable dans les relations planétaires. Cela se fait lentement, d'abord tourné vers l'allié traditionnel, la Chine. L'embarrassant conflit ukrainien continue de bloquer plus ou moins toute initiative heureuse vers les Occidentaux. Depuis un laps de temps désormais suffisant, ce conflit (très embrouillé) est englobé dans une stratégie plus vaste vers les débouchés de Mer Noire, la Turquie d'Erdogan et les actions menées dans le conflit de Syrie. Quant à l'Iran, tous les diplomates bien informés depuis longtemps sur la zone, connaissent l'importante influence russe et la bagarre permanente avec les USA pour garder cet encrage stratégique. Ce ne sont pas les humeurs tempétueuses d'un nouveau président US qui pourront changer des décennies d'influences.
 
Côté Europe, c'est banalité de signaler que l'Union Européenne a du plomb dans l'aile. Devenue monstrueuse machine administrative et financière, elle a perdu son âme, c'est certain. Il n'est plus sûr du tout qu'elle soit encore ressentie comme "bienfaisante" par de nombreux citoyens et gouvernements. Avoir absorbé trop vite et mal des nations incompatibles les unes aux autres, elles-mêmes mal informées des contraintes du contrat. Etre principalement tournée vers un positivisme financier sans contre feux ni barrières sécuritaires, en a fait se détourner bien des esprits. Le désir de s'en échapper existe, jusqu'à sa formulation : le Brexit, le ras le bol de l'austérité imposée en Grèce, crainte en Italie, non appliquée au Portugal, délibérément critiquée en Autriche, partiellement abandonnée en Espagne, le mépris affiché par Bruxelles envers "les Etats du sud", et sa grande réserve envers "les ex-de l'Est", les mini pétaudières des différents Nordiques, ne jouent pas en sa faveur. Mal ressentie aussi, est l'apparente domination allemande avec son inusable chancelière (elle-même vacillante). L'ambiguïté française joue à la fois sur son influence moralisante, sa faiblesse budgétaire et son endettement. L'ensemble est au demeurant miné par la question de l'immigration jetée sur des Etats dispersés sans jamais apporter une stratégie d'ensemble.
 
L'Ouest le vrai, en passe de devenir Western, se tourner vers la Russie, peut ouvrir de nouveaux horizons. La lucarne pratiquée par la présidence française, s'affiche en locomotive d'un nouveau mode d'approche et d'une éventuelle refondation européenne.
En fait, il est urgent de reconstituer ce que les politologues appelaient l'EURASIE, tels Paul Valéry, signalant que "l'Europe n'est qu'une péninsule avancée de l'Asie" : la partie Est (au-delà de l'Oural) de cet immense continent, partiellement exploré, peu et mal exploité,  enclos durant des siècles dans des carcans isolationnistes, utilisé avec parcimonie en raison du manque de moyens et des difficultés d'accès et de survie. Que connaît-on de l'Asie centrale, qu'elle soit russe, chinoise, soviétique ou fraichement indépendante, hors les exploits de Michel Strogoff et les coupoles bleues de Samarkande ?

Il y a pour le présent deux trains à ne pas manquer, qui dessinent déjà les contours du prochain demi-siècle :
 
1° La Russie est européenne : peut-on oublier le contentement de Pierre le Grand aux eaux thermales de Spa (maintenant belges) ? Le pont Alexandre III ? La fascination qu'exerçait Staline sur Winston Churchill ? Le cousinage du dernier tsar avec la reine Victoria ? La villa d'assignation à résidence de Vladimir Oulianov Lénine à Saint Palais sur mer (en France) ? L'argent du Parti en Suisse ? La quasi-totalité des relations internationales de la Russie tsariste puis de l'Union soviétique obsédées par l'accès à la mer, aux océans libres ? Les deux Guerres mondiales ? L'histoire commune est immense. La Révolution de 1917, indélébile, explique tout le XXème siècle.
Et aussi, la Russie fait partie de la Chrétienté, marque de fabrique ineffaçable de l'Europe, même laïcisée. Le partage Est-Ouest de la Guerre Froide, ce long avatar, crée, avec le temps qui passe, le terreau d'une tragique histoire commune. Certes, les procédés politiques ont été et restent souvent douteux, mais il faut tenter d'adopter un autre angle.
 
2° la Russie est maintenant l'incontournable lien avec la dévorante Chine, le pont terrestre avec le nouvel Empire de Monsieur Xi Jinping : il ne faut  surtout pas manquer d'intégrer, ou du moins participer au projet OBOR  - One Belt One Road – la nouvelle route de la soie – destiné à modifier considérablement les principaux flux du commerce international.
Lancé en 2013 par le fameux discours d'Astana du président Xi, l'imposant programme d'une deux fois deux voies traversant l'Eurasie de part en part, sur la trace des caravanes anciennes a, depuis 15 ans, entrainé le développement exponentiel des deux villes de Langzou et de Wuwei, l'installation de relais énergétiques, de champs d'éoliennes et de panneaux solaires, d'étapes matérialisées. La pharaonique entreprise est maintenant sortie de Chine, traverse Kazakhstan et Ouzbekistan, atteint enfin l'est de la Russie où la route se disjoint en 3 branches : la plus importante, reliant Wuwei à Duisbourg devrait être opérationnelle en 2023. Une seconde branche s'oriente au nord vers la Pologne, Moscou et la Baltique (le tracé est fait) ; la troisième ira jusqu'à Téhéran, desservira aussi les ports de la mer d'Arabie, du golfe d'Oman et du golfe
l'expansion de la province enclavée du Gansu, persique. Le fond de l'entreprise n'est, à la base, ni politique ni agressif et ne prévoit pas d'anéantir le grand commerce maritime, la ceinture d'or actuelle, mais de la doubler de dessertes terrestres permettant d'unifier les relations et le commerce de la totalité du continent eurasien. La noria des camions acheminera par route les marchandises en 11 à 15 jours entre Wuwei et Duisbourg alors qu'il faut 5 à 8 semaines par mer. Des prolongations sont prévues jusqu'à Rotterdam, Le Havre, Brest et même jusqu'en Espagne.
Il s'agit d'appliquer à l'Europe l'empreinte chinoise, de développer les relations transversales de l'Eurasie, et, au passage, de réussir à développer l'intérieur même de la Chine en y stabilisant ses populations. Car le marché intérieur chinois est potentiellement énorme. Entreprise sidérante, où la Russie joue un rôle important, par ses investissements, les relais industriels et de maintenance qu'elle peut offrir et le tremplin qu'elle représente vers l'Europe de l'Ouest. Le lien financier et commercial sera inévitable autant qu'évident.
 
Un premier pas pourra être fait en allégeant (voire supprimant) les absurdes sanctions économiques dont elle fait l'objet (souvent contournées par les marchés parallèles).
Le nouveau gouvernement italien l'a évoqué. En fait, la réalisation de l'OBOR sur son territoire va peut-être permettre à la Russie de se "découvrir elle-même" dans l'économie libérale capitaliste. C'est du moins ce qui est espéré par les observateurs les plus avertis, lesquels tablent aussi sur une minorisation de l'emprise nord-américaine sur les marchés internationaux et les flux financiers. Reste le mystère de l'absolue suprématie du dollar, même si la Chine pèse désormais d'un poids considérable, jusqu'à faire jeu égal dans plusieurs secteurs. Il ne faut pas être naïf ; sans doute toutes sortes d'intérêts souterrains sont-ils liés à cette gigantesque entreprise. Ce peut être aussi un énorme gâchis, comme les humains en ont le talent.
L'astuce des différents calendriers dans des domaines très variés, permet toutes sortes de rencontres, à commencer par la Coupe du Monde de Football, qui, comme les Jeux Olympiques, permet de bavarder de manière informelle à la faveur du ballet des avions, réceptions et agapes diverses.
Une certitude : l'avenir proche est un partenariat dans l'aventure de l'OBOR, avec ses bienfaits ou ses méfaits, dans laquelle la Russie devient incontournable. L'Union Européenne et les Etats qui la composent, doivent sortir des guêpiers de l'isolationnisme batailleur.

Envoyé par l'auteur, 7 juin 2018

Démocratie

Publié dans A tout un chacun
Démocratie                                            
 
Notre Démocratie contemporaine émerge des philosophies de la fin du 18ème et début du 19ème siècle chez les Européens, notamment ceux émigrés en Amérique du Nord, lesquels ont profité de leur vide juridique pour édifier une nouvelle conception de la vie en société. Alexis de Tocqueville en reste un des meilleurs louangeurs. En France – championne tous azimuts de la démocratie – on y amalgame volontiers la tumultueuse République, pensée comme le seul cadre possible à l'épanouissement démocratique.
Qu'en est-il ?
L'idée démocratique repose sur l'acquisition de la Liberté (individuelle), laquelle permet de participer au pouvoir, soit directement, soit par l'expression de sa volonté par le biais du vote. C'est Rousseau. Le suffrage universel (masculin).
Mais très vite se greffe le principe selon lequel cette liberté ne peut s'acquérir que par le travail et la propriété économique : irruption du principe économique dans la philosophie libératrice. C'est le vote censitaire, basé sur l'impôt de chacun : seuls les gains obtenus par le travail ou la possession de biens, permettent l'accès à la citoyenneté ; le droit de vote est la contrepartie du rôle d'imposition ; le pouvoir, investi par la volonté du peuple, redistribue dans l'harmonie ce pactole destiné à la collectivité.
Voilà la base. Très vite, par la pénétration de l'argent, les hommes étant ce qu'ils sont, s'épanouit une déviation capitaliste qui selon le peuple frustré "ne donne le pouvoir qu'aux riches".
Donc des décennies de révoltes sociales ravageuses aboutissent à la théorisation des bienfaits de la mise en commun intégrale du travail et de ses outils d'enrichissement : cette dictature du prolétariat – quelle qu'en soit la forme – n'est pas vraiment une réussite, que ce soit sous l'angle des libertés ou de l'économie.
Un peu plus tard, les peuples colonisés s'estiment eux aussi floués : ils réclament l'indépendance, croyant ainsi saisir ainsi la liberté et accéder à la richesse qui leur a été confisquée. Mais conquis, le mirage de la démocratie est vite dévoyé et l'accaparement économique n'est pas du côté des pseudo libérateurs.
 
La démocratie est un système de pouvoir, lequel, là où nous en sommes, offre trois modèles : le système libéral-capitaliste où le fameux "laisser faire" devait être un régulateur naturel du bien-être ; toutefois cette vue a été complètement altérée par l'économie de marché, y compris la fameuse conquête du pouvoir. La véritable évolution a transformé les citoyens en contribuables (impôts directs) et en consommateurs (impôts indirects).
Le système collectivisé dont le but est de sortir de l'asservissement du marché, non par le biais de la liberté individuelle mais par l'égalité de tous, s'est révélé franchement catastrophique et mensonger. Cette tentative de réforme sociale a, dans toutes ses configurations abouti à l'aliénation de la liberté.
Le modèle le plus récent, celui des états dits émergents, reste dramatiquement flottant, car il tente toutes les variantes d'accommodation des deux précédents : la recherche de l'argent et l'illusion démocratique. Cela dans un désordre et des violences inouïs. Quant aux peuples les plus pauvres, ils ne peuvent compter ni sur le marché ni sur un pouvoir institué, et on feint de les ignorer.
 
C'est donc l'impasse. La planète entière et tous les peuples qui l'occupent sont désormais obsédés par l'argent, irréductiblement greffé sur le mythe démocratique. Les différentes expériences de deux siècles ont abouti à la quasi-certitude qu'on ne peut se passer de l'économie de marché, qui seule peut assurer la survie des populations. Et toute tentative de réforme sociale tendant à améliorer l'égalité (en dépit du marché) a immanquablement abouti à la dictature. Les pays non capitalistes à la recherche du progrès connaissent une grande perte de liberté, et souvent la pauvreté de la majorité asservie par une égalité rétrograde.
           
Le capitalisme a continué sa progression, et semble avoir même vaincu la version soviétique ou collectiviste inspirée du communisme intégral. Le niveau d'attente des pays non développés ou en début de développement est très élevé, assorti d'un énorme sentiment d'injustice lié à l'inégale distribution des richesses. Cette injustice pèse aussi sur la conscience de l'Ouest capitaliste, mais ce dernier continue son obsédante trajectoire d'enrichissement et de croissance à n'importe quel prix, même si cette dernière est illusoire. Tout cela dans un contexte de rivalité permanente l'amenant souvent aux tricheries, au repli sur soi, à l'intransigeance.
On peut ajouter à ce contexte l'invasion de l'information par tous moyens, signalant tous les incidents relationnels, ce qui rend très fragile toute tentative de pouvoir démocratique cohérent sur le long terme ; d'où les multiples et récentes tentations de pouvoir autoritaire déguisé sousle voile du progrès technologique. Le second élément instaure le mythe de l'économie globale qui semble ne favoriser que les plus riches et les plus "déjà globalisés" par l'investissement, sans considérer vraiment les possibilités de la redistribution.
Au passage, piégés dans la logique des marchés économiquement rentables, les deux piliers de la vraie démocratie – l'instruction et la justice – (relire Tocqueville) - sont passés à la trappe : exercer ses droits de citoyens suppose que l'on soit, a minima, instruit : or l'instruction "coûte cher et ne rapporte rien dans l''immédiat" à des pouvoirs brièvement en place (d'où les jongleries sur les ré-élections). Le savoir suppose qu'il soit financé et rentable, donc il est de plus en plus réservé à ceux qui peuvent payer ; l'éducation populaire étant de moins en moins considérée, voire carrément absente, la planète se couvre peu à peu d'analphabètes cramponnés à leur téléphone portable (quand ils en ont les moyens). Quant à la justice, elle s'avère de moins en moins égalitaire : l'adage "la même justice pour tous" a fondu au fil de la réintroduction de systèmes financiers dans son usage, et dans tous les cas de figures, ce pseudo Troisième Pouvoir (selon John Locke ou Montesquieu), est à la portion congrue des budgets publics et toujours très encadré par de soupçonneux pouvoirs politiques (ou à leur service, dans les pires des cas).
 
L'actuelle situation est celle de l'effritement progressif – mais tout de même rapide – de la version du pouvoir sur laquelle la planète s'est développée depuis 2 siècles. L'Ouest nanti se sent assiégé, tant en son sein européen que dans son illusoire empire américano isolationniste. Les Européens seraient plutôt portés à envisager le partage, mais dans des règles non encore esquissées. Et la fameuse idée de la "croissance illimitée et permanente" est sérieusement attaquée.
Au reste, on peut se demander à quoi sert cette obsession de l'enrichissement illimité. Déjà, dans un Essai intitulé "Economic possibilities for our grand'children", publié à Londres en 1932, John K.Galbraith s'interrogeait sur les effets ravageurs de cet impératif d'enrichissement et ce désir d'acquisition sans fin inspiré par ce qu'il appelle "scarcity" ("le manque"). Il prédisait, dans une prévision à 100 ans, que ce mécanisme s'arrêterait aux environs de 2030. (1)
Peut-être, une nouvelle vision de l'organisation du pouvoir, en fonction du nombre  croissant de gens à maitriser dans leur diversité, et de la complexité des tâches, est à prendre au sérieux : due à deux organisations sociales aux antipodes l'une de l'autre, elle repose sur des analyses de réalité, et tente de revenir aux sources virginales de la démocratie ; il s'agit du système "confort et contrôle" pratiqué avec succès depuis plus de 60 ans par la ville état de Singapour : le pouvoir en place, très ramassé et assez dominateur, mais sans violence systémisée, demande à ses citoyens d'avoir un "comportement conforme" et d'éviter les "incivilités", en échange de quoi, l'aisance, le bien être, les loisirs et la protection sociale sont assurés, grâce à une économie de marché performante, et qui doit absolument le rester.
C'est ce que le président Xi Jinping insuffle actuellement en Chine continentale, notamment à travers ses discours et ses "petits livres blancs" sur la Gouvernance de la Chine : le pouvoir politique est solidement sanglé dans un Parti unique, peu tolérant des divagations, mais en échange, ce même pouvoir promet d'assurer bientôt, si la pratique de l'économie de marché continue sa trajectoire positive, croissance, bien-être et meilleure vie à l'ensemble des populations, même les plus pauvres.
Autrement dit, on peut accepter l'autorité du pouvoir si, en échange, "le manque" s'éloigne et n'est plus qu'un mauvais souvenir. Cela suppose la prospérité continue, la conquête de tous les espaces de croissance possible. Et... la réussite continue… quitte à dévorer tout ce qui la contrarie.
 
On peut être perplexe. Ce "contrôle et confort" est applicable à 5 ou 6 millions de citoyens, (par des biais différents, on l'a dans le Nord de l'Europe) mais à plus d'1,6  milliard d'individus, au surplus très différents, cela semble utopique. On peut être inquiet, car le système entraine facilement vers des versions autoritaires de pouvoir, parées d'angélisme mais qui virent rapidement à l'intimidation et la répression (voir Hong Kong).
 
Quel avenir – en effet -  attend nos petits enfants ? Star War sans Han Solo, L'Archipel du goulag, ou bien le Pays des Merveilles ?

Envoyé par l'auteur, 31 mai 2018
(1) In Essays in persuasion : Economic possibilities for our grand'children, page 369 et s. London 1932

Kim et Trump

Publié dans De par le monde
COREE : Kim et Trump, rencontre à Singapour ?         
 
La rencontre est donc prévue le 12 Juin à Singapour. Mais la fin mai assombrit le ciel : les diplomates ont pourtant bien travaillé. Monsieur Kim et monsieur Trump devraient se révéler plus raisonnables qu'ils ne le paraissent. Alors que monsieur Kim affiche devant les médias le "démantèlement" de ses installations nucléaires opérationnelles tout en tempêtant contre l'omni présence militaire américaine près de chez lui, monsieur Trump envisage de remettre une fois de plus le rendez-vous. De chaque côté, l'esprit de provocation demeure.
Toutefois, dans ce jeu à 2 rôles, en fait, ils sont 4 : la Corée du Sud pèse de toute son influence et la Chine de Monsieur Xi garde un rôle prépondérant. On peut aussi élargir la conversation au Japon - aux premières loges du danger en cas d'échec - à toute la zone du Pacifique nord, et cette fois la Russie de Vladimir Poutine ne manque pas d'être un influent médiateur.
 
Le choix de Singapour comme lieu de rencontre est solidement pesé : hautement sécurisé, il plaît aux 2 premiers rôles. Kim Jong-Un y a séjourné lorsqu'il n'était qu'héritier. L'endroit est suffisamment luxueux pour être apprécié des 2 parties, capable d'accueillir les suites nombreuses, les intervenants, leur sécurité, les gens d'information du monde entier. L'Ambassade américaine est un véritable fortin, en face du Jardin botanique. Singapour est aussi un "bloc bancaire" (expression d'un éditorialiste australien) très important , au Top 4 des places financières mondiales, où nos héros ont d'importants placements, une bonne part de leurs petits magots publics et privés. Singapour est une des clefs du grand commerce maritime international, point de départ de la fameuse ceinture dorée qui passe par Suez et Panama.
La symbolique est donc forte. A cela s'ajoute l'influence de la Chine continentale sur la Cité-Etat, à 85 % chinoise par sa population, ses mœurs et son exemplarité au sein des différentes communautés d'Asie. Les Occidentaux – surtout Australiens et Nord Américains – y ont de puissants intérêts.
 
Ce n'estpas seulement un éventuel pacifisme qui prévaut dans cette rencontre originale ;  c'est l'intérêt économique et financier : pour les uns, au Sud, il faut préserver ce qui existe, pour les autres, au Nord, il faut conquérir sa place dans le cœur des nantis. Pour la Chine de Monsieur Xi, il s'agit de sécuriser son projet de développement à horizon 2050, notamment en mer de Chine, et qu'il ne soit en rien entravé. Le principe majeur sera très confucéen : celui de la réalité. Mais à l'abri des bonnes influences stellaires. En Asie le ciel n'est jamais loin, même si l'excentrique commerçant de la Blanche Maison aime provoquer et pense surtout à son tiroir-caisse.
 
Singapour se situe aussi, désormais, dans l'orbite chinoise, et dans celle japonaise. Elle est la charnière de ces 2 mondes antagonistes, pour lesquels le contentieux est si ancien et encore pesant. Singapour a tout à y gagner aussi, se protège ainsi d'un étouffant bouclier chinois, et reste ouverte aux stratégies occidentales. Ce faisant, elle affiche son aide à ses deux plus proches concurrents (Corée Sud et Japon) tout en s'assurant de leur continue collaboration. En moins de 30 ans la Ville-Etat est devenue une sorte de mini "laboratoire" pour l'avenir tant sur le plan technologique et financier que politique. A la fois fragile et fort, son équilibre dans la durée peut dépendre, en partie, des résultats de la rencontre du 12 Juin.
 
Le président Trump (et son entourage) affiche une stratégie d'usure : on joue les gentils et puis, brusquement, on verrouille ; c'est en quelque sorte à celui qui mentira le mieux.  Il serait étonnant que Mr Kim annihile en un jour une puissance nucléaire qui a mis 40 ans à être construite au prix de sacrifices sociaux et économiques monstrueux. Où est la cachette ? Et il maintiendra son mécontentement tant que la puissance militaire US dans sa zone d''influence n'aura pas baissé de plusieurs degrés. Les exercices militaires accomplis conjointement par Séoul et Washington sont une sérieuse épine. Il serait étonnant que monsieur Trump renonce subitement au verrouillage de cette zone, et à ses propres menaces, juste pour faire plaisir aux deux Corées… Jeu de dupes, leurre médiatique ? Ou peut-être intentions inavouées de part et d'autre. La diplomatie de surface cache le plus souvent la diplomatie réelle ou son absence.
 
Par ailleurs, en apparence, monsieur Trump n'applique pas à l'égard de l'Iran le même apparent bon vouloir diplomatique que celui finalement adopté à l'égard de la Corée du Nord ; pourtant il s'agit des mêmes griefs : fabriquer en douce du nucléaire militaire sans respecter les besogneux arrangements négociés avec ses prédécesseurs (Clinton et Obama), avoir la tentation d'agresser ses alliés, ne pas respecter les promesses successives et empocher les dollars généreusement distribués. Sans doute l'enjeu asiatique est-il plus clair, car il s'agit de maitriser une position jusqu'à présent nettement dominante. L'enjeu du Moyen Orient est d'une complexité tellement profonde, islamique, dans un enchevêtrement si confus d'a priori historiques, religieux, claniques, que la Maison Blanche ne domine pas vraiment, et où il faut jouer aussi avec l'Europe (qui est peut-être le vrai ennemi à abattre dans la zone ?)
 
Enfin, la rencontre programmée du 12 Juin peut être– en filigrane – pour tous les riverains du Pacifique, l'occasion de tenter de relancer le grand Traité commercial TransPacifique conclu en 2015, qui satisfaisait tout le monde et que Donald Trump raya d'un trait de plume à peine installé. Il s'agit d'un autre sujet que le problème coréen, mais voilà une bonne occasion d'en parler, car un tel rendez-vous ne se reproduira peut-être pas. Mais il ne faut pas anticiper : l'annulation pure et simple, l'impasse, ne sont pas loin. Il serait alors certain que Chine et Russie reprendraient la main (la Russie n'était pas partie au TransPacific) et ce pourrait être alors le début d'une sorte de "bye bye commercial à l'Amérique isolationniste".
 
Pour l'heure, il s'agit d'éliminer le conflit sur le nucléaire et de régler l'antagonisme coréen né de part et d'autre du 38ème parallèle. Le but ultime peut être à long terme un traité de paix véritable entre les deux Corées, assorti de l'humanisation des relations. Ce serait bel et bon.
La diplomatie est l'art des petits pas.

Envoyé par l'auteur, 24 mai 2018

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