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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

URL du site internet:

Bains de mer et costumes...

Publié dans A tout un chacun
Bains de mer et costumes de bains                     
 
Melbourne-Saint Kilda, une plage : roses et dodues, des femmes de tous âges s'amusent au bord de l'eau aux côtés de jeunes personnes dûment couvertes d'un burkini noir ou bleu : tout le monde rit et s'ébat, bavarde sans penser à autre chose qu'au bonheur du bord de mer.
Sydney-Bondy beach : de belles surfeuses – comme on en voit dans les séries australiennes – déambulent avec leur planche, en combinaison de caoutchouc de la tête aux pieds, y compris une cagoule, avant d'atteindre la mer et ses vagues convoitées. Elles se mêlent à des indiennes en sari pataugeant au bord de l'eau avec leurs enfants, à d'autres jeunes femmes sans planche, elles aussi vêtues de la tête aux pieds, à des femmes en maillots une ou deux pièces, voire en string, à des garçons plus ou moins vêtus.
Ile Hook - Grande barrière de corail, au sud de Townsville : un des plus beaux endroits au monde, haut lieu de tourisme, de surf et de plongée : ici, bien des amateurs, au moment des grandes vagues, sont vêtus de caoutchouc anti méduses et bêtes piqueuses et mordeuses, de la tête aux pieds, avec ou sans planche, parfois juste pour admirer la mer et la fin du jour…
 
Dieu – quel qu'il soit – le sait : les Australiens sont fort puritains, très respectueux des préceptes chrétiens quelle que soit l'obédience, et aussi des croyances et de la liberté d'autrui. A partir du moment où ils ont accueilli d'importants contingents d'Afghans, Iraniens, Irakiens, Syriens, nombre de Pakistanais et de Bengalis, ils ont été soucieux – au nom d'une intégration rapide et la moins tumultueuse possible – de leurs donner toutes facilités pour garder leurs mœurs et les habitudes de leurs religions respectives, sans troubler la paix publique. La mosquée côtoie le temple et la chapelle.
Le burkini (mot ingénieux mêlant burka et bikini) a fait son apparition il y a environ 35 ans en Australie afin que les femmes obéissant à leur code social, mais désireuses de profiter de la plage et de l'eau, puissent le faire "comme les autres", comme leurs amies roses et blondes. Cela sans étiquetage défavorable ni a-priori soupçonneux. Le burkini est autorisé sur les plages publiques, mais pas dans les piscines (sauf si le règlement le prévoit ou s'il s'agit de cercles ou associations musulmanes). De fait, tellement de gens sont vêtus de la tête aux pieds sur toutes les plages d'Australie et de New Zélande qu'on ignore qui est quoi. Les seuls ennemis sont l'extrême froideur de l'eau, les courants, les requins et autres bestioles agressives. 
 
Ile de Penang, Malaisie : un des hôtels les plus chics de Feringghi beach ; nombreux voyages de noces : de très jeunes femmes sont dans la mer avec leurs jeunes époux, toutes couvertes de burkini : il fait 38°C.. Sans cette rituelle précaution, elles resteraient confinées dans leur suite ou dans les halls. De nombreux touristes occidentaux ne les remarquent même pas tant ce spectacle est familier. De toute façon la combinaison est recommandée pour se baigner et faire du ski nautique.
 
Sud de l'Inde – une plage au nord du Kerala : d'honorables dames pataugent au bord de l'eau avec leurs enfants, s'éclaboussent et rient, en saris de toutes les couleurs (certains déteignent un peu dans l'eau salée). Les Indiennes, pour la plupart, ne savent pas nager, et les Indiens, de manière générale, ont peur de l'eau. Mais l'air est surchauffé et se rafraîchir dans l'océan fait du bien. Ces dames regardent avec un amusement légèrement choqué les rares Occidentales abondamment dévêtues.
 
Japon : l'océan est sacré. Les Japonaises ne savent – le plus souvent – pas nager, à l'exception des pêcheuses de perles ou d'oursins, toutes vêtues de caoutchouc (depuis peu) ; elles déambulent ainsi des bateaux à leurs maisons, une fois leur travail terminé.
Conclusion : l'irrépressible désir de se dénuder au bord de la mer et de s'exhiber presque nu sur les plages est une manie strictement occidentale, en particulier européenne. Ce peut être une revanche sur le long enfermement dans des vêtements et des collets montés imposés par la Chrétienté. Les historiens du costume savent cela. Dans la plupart des autres cultures on ne se met à poil que dans les lieux réservés pour cet usage ou chez soi, dans l'intimité. Ne jamais oublier que nos arrières grand' mères se risquaient toutes habillées sur le bord de l'eau. Revoir les photographies de Brighton, Deauville ou Biarritz jusqu'à la Grande Guerre. C'est Gabrielle Chanel qui inventa, dans les années 20, les premiers "maillots" découvrant les genoux. Et cela fit scandale.
 
Le Conseil d’État – dans sa grande sagesse - a  raison : leburkini n'est en rien "un signe ostentatoire ou une provocation" : en France la liberté du vêtement est totale – sous réserve de décence - tout comme celle de circuler. Sa décision du 27 août 2016 a permis une année de paisible réflexion, mais le beau temps revenu avec ses bouffées de chaleur et son désir de plongeons aiguise de nouveau la vindicte des plus acharnés. Les plages publiques sont libres ; pour quelques-unes, selon une raison dûment justifiée, on pourrait admettre une pancarte indiquant que le burkini n'y est pas souhaité. Mais, la décision  rappelle : "l'accès au bord de l'eau doit rester libre". Que dire aussi des plages des hôtels de luxe, notamment à Cannes, Nice et autres, dont la clientèle est largement musulmane : ces dames sont-elles interdites de baignades, confinées auspa en sous-sol ? Comment cela se passe-t-il à l'Eden Roc, le plus bel hôtel du monde ? Certes, l'espace relève du droit privé, mais l'équation reste délicate. A La Ciotat, les plongeuses et surfeuses déambulent sur les quais de plaisance en combinaison de caoutchouc ; sont-elles de dangereuses intégristes ?
 
La connotation terroriste et terrorisante de certaines décisions locales fait de la France toute entière la risée de la planète, et dans sa stupidité semble relever "d'une mentalité archaïque" ("The Australian") sans doute insubmersible relent d'un ostracisme post-colonial. La hargne vient peut-être qu'il s'agit des femmes, constantes victimes de l'absence de liberté, voire de personnalité. En Grande Bretagne, au nord de l'Europe et en Allemagne, où les associations féministes sont très énergiques, de virulentes manifestations de femmes de tous âges et toutes origines ont été organisées pour "défendre le port du burkini ", avec le slogan "My body, my cloth, my choice". Sommes-nous en France tellement empêtrés dans nos relations ratées avec le Maghreb et ses ressortissants ? Pour toutes ces femmes si obéissantes à leurs père, frères (souvent les plus virulents), maris ou fiancés, le burkini représente le premier pas vers une libéralisation de leur vie. Sans doute, une poignée d'idiotes (mal scolarisées) arboreront-elles ce costume comme un étendard de trouble, mais il s'agira d'une infime minorité; il ne faut jamais se laisser gouverner par ce genre de dissonance. C'est ce que rappelle la bienfaisante décision du Conseil d’État.
 
Plus vaste et significatif, dès le 28 Aout 2016, le Haut Comité des Droits de l'Homme de l'O.N.U. a demandé au gouvernement français d'annuler les arrêtés "anti-burkini ". Ce qui a été exécuté ; toutefois, la Préfecture des Alpes maritimes a, cette année 2017, étendu à la totalité du littoral cannois l'interdiction du port du burkini pendant le Festival du Film, sans doute par crainte de trouble à l'ordre public. On peut donc prétendre que "l'affaire du burkini est un véritable laboratoire de la modernité", même si cette approche reste réductrice des complexes réalités qui l'entourent.
Au reste, quel est le plus décent ? Le monokini, le bikini, le string, le deux-pièces, le une-pièce, ou le burkini ?

Technique de gouvernement et ...

Publié dans En France
Technique de gouvernement et gouvernement technique
 
Entre la Droite "la plus bête du monde" et une Gauche sans boussole, une vaste esplanade de possibilités est ouverte à la recomposition du paysage politique français dans ses instances les plus élevées (Assemblées – Exécutif) tout en conservant le solide et puissant socle des représentations territoriales sur lequel s'appuie la réalité du pays. L'astuce est là : on change sans détruire.
Notre Grand Elu nouveau semble avoir – dans son cerveau bien fait et avec son équipe – efficacement assimilé les leçons du passé, la stratégie des verrous et des ouvertures ainsi que l'art de contourner les blocages. Les différentes tentatives de "gouverner au Centre" ont toujours échoué en France, ou du moins, ont été éphémères, dévorées par leurs deux ailes et réduites à l'immobilisme en raison de la fuite des soutiens parlementaires. L'exemple le plus terrible est celui de Raymond Barre lequel, au-delà de sa grande compétence et de ses bonnes intentions, sans parti, sans argent et sans équipe bétonnée, n'a jamais franchi la barre de l'élection présidentielle.
Aujourd'hui, ces leçons ont été assimilées : bien qu'un peu brusque et peut être pas assez "ancré" dans la France profonde, un Mouvement a été mis en place, sitôt transformé en Parti dès l'élection accomplie ; la chasse au personnel fidèle et compétent, engagée depuis des mois ainsi que le financement de l'opération et ses objectifs sont clairement définis.
 
La difficulté réside désormais dans l'appréhension de la nouveauté par les opposants : les rancœurs, les haines farouches, les trahisons, la peur ou la panique d'avoir perdu ou de risquer de perdre un poste, un siège, une sinécure, le scepticisme, l'instinct de destruction (si fort en politique), le goût immodéré de la chicane, la franche détestation de la nouveauté, la crainte de toute réforme même minime, la perte des réalités... tout cela forme un bloc de béton mental qu'il va falloir dynamiter... avec des pétards procéduriers et juridiques dont le maniement relève de la performance permanente. La France aime la castagne politique. Comme l'exprime un grand juriste (Chagnolleau) "La France est le pays de l'Affrontement, alors que l'Allemagne est devenue celui de la Conciliation".
Ce que le jeune Président a peut-être dans la tête, est l'exemple nordique – notamment finlandais – une réussite constante et toujours efficace qui sort régulièrement ces sociétés des impasses ou des gouffres vers lesquelles elles se dirigeaient : la recette est à la fois simple et complexe :
Sous la houlette énergique d'un Président de la République (Finlande) ou d'un Premier Ministre s'appuyant sur la bienveillance du souverain héréditaire (Pays Bas, Norvège, Danemark, Suède), est constitué un Gouvernement d'Union Nationale ou bien un Gouvernement d'Urgence, ou encore un Gouvernement Technique (les 3 appellations sont reçues), ce dernier terme est surtout employé dans l'impossibilité d'obtenir une majorité parlementaire : les différents Partis sont priés de mettre leurs idées vengeresses et leurs opinions opposées au placard, et de gouverner ensemble – au mieux – dans l'intérêt du pays. Le chef d’État ou de gouvernement choisit ce qu'il estime être "les meilleurs dans leur spécialité" dans chaque tendance et les oblige à l'univocalité réformatrice en trouvant et mettant en œuvre les meilleures solutions pour sortir du marasme. Et ça marche !…
 
Il faut, bien sûr, l'assise d'une majorité ou d'une union parlementaire (c'est ce qui est recherché depuis dimanche dernier), permettant de légiférer ou de faire passer des ordonnances et décrets autoritaires pour "aller vite". Dans un délai correct (généralement un an) ces mesures d'urgence sont, soit reconduites soit entérinées par un vote parlementaire qui les transforme en lois normales. C'est par ce moyen que la Finlande, longtemps si fragile, a pu éviter de retomber dans le filet des communistes en les marginalisant progressivement et sans émeutes, évité la faillite à plusieurs reprises ; que les Pays Bas ont tourné le dos à plusieurs crises et à une extrême droite mortifère, que les Suédois et les Norvégiens ont retrouvé une prospérité financière envolée. Winston Churchill a aussi joué cette carte à sa manière. Plusieurs pays dans le monde ont tenté ou pratiquent cette recette avec plus ou moins de succès.
 
Généralement et assez vite, les impétrants s'entendent parce qu'ils ont compris le sens du  pari et sa nécessité, aimant avant tout leur pays. C'est peut-être cela le problème français : nos politiques aiment-ils vraiment la France et non pas plutôt, leur carrière, leurs prébendes et leurs petites chamailleries ? Par ailleurs il ne faut pas se leurrer : ces pays nordiques sont de "petite population" avec un personnel politique assez peu nombreux : tout le monde se connaît et il est difficile de tricher ; ils sont majoritairement protestants, la discipline sociale est grande, les sanctions aux manquements sévères. Nos voyous politiques deviendront-ils des saints par la volonté de ce Président à la posture d'ange rédempteur et à la volonté de fer ? Nos prédicateurs politiques, nos procureurs télévisuels tablent sur l'échec, c'est à en être stupéfait. Bref, comme dit Bernard Blier citant Audiard : "c'est pas gagné, ma Poule" …
La tentative de l'Union large risque d'être constructive car elle offre une autre lecture de la situation française : le bord d'un gouffre à la grecque n'est pas loin. La réaction doit être vive et rapide, c'est ce qui est promis. La lente et implacable désindustrialisation de la France est une catastrophe et ce ne sont pas le tourisme de masse et les services à la personne qui vont à eux seuls, relancer la croissance. L'artisanat français est le plus remarquable de la planète : il est en train de mourir faute de formations et de recrutement. Les agriculteurs et les commerces indépendants sont pathétiques. Le système éducatif et celui de la justice sont en lambeaux, ne parlons pas de "la dette", des impôts et taxes et de tout le reste... Comme il a été dit dès le discours du Louvre "la tâche est immense". Un des baromètres essentiels et de réalité sera la première visite officielle chez Angela Merkel : elle fera peut-être taire les plus acharnés Cassandre.
Autre écueil : les électeurs, entre un élu local non macronisé, mais qu'ils connaissent et les représente assez bien et un candidat inconnu soutenant le Président, hésiteront. Qui choisiront-ils ? Donc jusqu'en Juin, la partie est délicate et rien n'est acquis. Reste l'énigme des Droites : c'est "Que choisir ?" version parlementaire… La patience est une grande vertu, surtout en politique : comme il a été écrit "celui qui gagne n'est pas le meilleur, c'est celui qui sait attendre le plus longtemps". Donc, attendons l'homme qui marche…

Des traces

Publié dans En France
Des traces
 
Les Français pataugent dans la frénésie électorale depuis plus de 6 mois, et peut être depuis 5 ans, depuis qu'ils se sont rendu compte que ce chef, choisi par défaut, gardait sa mentalité de secrétaire général, incertain manœuvrier entre copinage et détestation, sans se hisser vraiment au niveau d'un représentant significatif du pouvoir constitutionnel, ni d'une stature internationale véritable. Les éclairs de lucidité ont été rares et souvent tardifs. En fait il lui a fallu "apprendre le métier" auquel il n'était pas du tout préparé, sur le tas et dans un contexte vraiment difficile. Qu'il lui soit beaucoup pardonné même s'il a contribué à enliser un peu plus la Nation dans ses contradictions.
 
Cette édition 2017 de l'élection présidentielle française, caricature d'une démarche vraiment démocratique, présente quelques caractères très particuliers dans le droit fil d'une grande fatigue des institutions, des acteurs politiques et des citoyens.
Certains la disent décevante, d'autres la voient plutôt comme un jeu de rôles, les plus résignés la taxent de "coup pour rien". La seule certitude est qu'elle laissera des traces durables dans la  politique française pour les années à venir.
 
On y voit :
* La manipulation permanente et très profonde des médias de tous ordres, des journalistes politiques (elle est leur gagne-pain) dont certains se posent en procureurs avec une grande auto satisfaction, des chaînes télévisuelles et radiophoniques qui chantent toutes à peu près les mêmes rengaines, des sondeurs et de leurs sondages (vrais ou faux), des écrivaillons, commentateurs de presse écrite (souvent les mêmes que sur les écrans).
* Les méfaits et le trouble de l'information instantanée, des réseaux sociaux et autres sites de "tchach and gossip", souvent assez pervers, troublant de manière continue et incisive le véritable débat de politique, au grand mépris des règles constitutionnelles, légales et des pratiques parlementaires traditionnelles.
 
Tout cela pour dire que les habitudes de vote dit démocratique que nous pratiquons grosso modo depuis 1848 – année de l'introduction du suffrage universel masculin -  ou 1946 - année de l'accès des femmes au suffrage – sont complètement submergées par de nouvelles pratiques instantanées, qui se situent hors les règles du droit électoral ; elles donnent au vote des citoyens – qui est l'objectif final - une toute autre configuration car elles le situent hors la politique plus proche du quotidien vécu, de la pure revendication personnelle ou de groupe social, beaucoup moins "politicienne", échappant aux élus des Assemblées supérieures et à l'élite habituelle des milieux tant gouvernementaux que d'opposition.
 
Aucun des impétrants à la fonction présidentielle n'a abordé cet aspect de la démocratie à la française, laquelle, pourtant devra sérieusement évoluer, si l'on veut éviter soit le chaos, soit la démagogie autoritaire, les 2 avatars les plus courants de l'inadéquation des pratiques politiques aux aspirations du peuple qu'elles doivent gouverner. L'adage est bien connu "Le peuple est ignorant, mais il sait tout". Il sait surtout ce qui pourrait lui convenir, mais dont l'image précise reste dans le flou à travers les moyens à sa disposition : la révolte ou le bulletin de vote.
Les traces imprimées par nos présentes péripéties seront profondes et durables : que représentent ces gens acclamés comme des rock stars dans des rassemblements de plus en plus monstrueux, dont les discours restent fumeux, approximatifs, très éloignés des réalités, de ce qui est faisable et bénéfique, ignorant les véritables mécanismes d'une Europe systématiquement diabolisée et de l'environnement international dans lequel nous sommes ficelés. Sont-ils, en fin de compte, tout simplement compétents ? Car c'est cela dont on a besoin : la compétence... La stupide haine des finances s'y ajoute : pauvre, une Nation n'est plus rien, il suffit de regarder autour de nous pour en avoir la preuve. Ce pari de compétence impose aussi aux candidats une universalité du savoir gouverner que nul ne peut réellement avoir.
 
Les fractures se situent à 2 niveaux : Chez les acteurs politiques, (majoritairement issus de l'ENA) qui se livrent à d'insupportables batailles internes ; les fameuses primaires ont aggravé les détestations, stigmatisé les fractures, les batailles d'ego. Des haines tenaces sont installées. Les 2 "grands partis" primaristes sont en miettes.
Dans la population, ce bain politique permanent, spectacle de tricheries et de discordes, a amplifié les affrontements, l'incompatibilité des désirs, mis en relief le désenchantement, l'ignorance des plus jeunes, l'ultra conservatisme des seniors, lesquels constituent une part importante du potentiel électoral, la lassitude, la révolte ou l'indignation conduisant à l'abstention. Le résultat est un fractionnement des opinions, qui empêchera la cohérence parlementaire.
 
L'inquiétude gagne au regard des programmes :ils ne sont pas présidentiels, ils sont ministériels ; en effet, selon l'article 5, le Président de la République " ...veille au respect de la Constitution, assure par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et la continuité de l’État. Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire du respect des traités" (tiens ? Intéressant…).
C'est en vertu des article 20 et 21 de la Constitution que le Premier Ministre, choisi par le Président,dans le sein de la majorité parlementaire fait fonctionner la boutique : "Art. 20 : le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation ; Art. 21 : le Premier Ministre dirige l'action du gouvernement, assure l'exécution des lois, est responsable de la Défense nationale... "
Certes le Président-chef de l’État - a quelques pouvoirs personnels, notamment celui de dissoudre l'Assemblée, mais en aucun cas il "n'administre" directement le pays. Il n'est pas fait pour cela. Par ailleurs, et surtout, il est illusoire de croire qu'à peine élu(e), le (ou la) Président(e) mette immédiatement en œuvre ses promesses : il faudra attendre le vote législatif de Juin, afin d'avoir une (éventuelle) majorité et d'en extraire un Premier ministre ; à ce moment seulement la machine pourra fonctionner. Et cette débauche de promesses de référendum ou de radical changement laisse sinon pantois, du moins sceptique.
 
Voilà toute l'ambiguïté de cette Constitution : ce jeu à 2 têtes, qui fut fort utile dès 1958 à mais qui, au fil des changements sociaux, économiques et politiques, s'avère plutôt encombrante, notamment après les années de la désastreuse cohabitation, où chacune des 2 campait sur ses convictions. Ne rappelons pas trop les heurts entre hommes du même bord (Giscard/Chirac. Mitterrand/Rocard, Sarko/Villepin). Le pays est resté immobile. Une grande partie de nos malheurs actuels réside là.
Donc, en fait – la partie la plus importante est loin d'être jouée : elle s'accomplira non le 7 Mai, mais seulement en Juin avec les Législatives. De toute façon, quel que soit le beau parleur choisi, ce sera le fatras, car l'élection présidentielle se jouera sur une courte tête et la moitié frustrée ira protester dans la rue. Si, en plus, aucune majorité parlementaire ne sort des urnes, ce sera l'instabilité assurée, le retour à une sorte de IVème déguisée... Mais on peut toujours être optimiste... Les autruches ont la réputation de l'être. Le score de ce premier tour présidentiel est faible : moins du quart des opinions exprimées : sans compter le quart abstentionniste ; on ne gouverne pas avec plus de la moitié de la Nation contre soi, ou alors, très brièvement.
 
Par ailleurs, ce qui fascine dans toutes ces gesticulations, est l'absence à peu près totale d'ouverture à la situation internationale et les changements profonds qui sont en train de s'y propager. Londres va procéder à des législatives le 8 Juin pour solidifier les conservateurs face au Brexit, l'Italie et peut être l'Espagne vont bouger, l'Allemagne votera en octobre, et surtout l'Union Européenne va sortir ses griffes face aux critiques et aux demandes de révision. L'Amérique du Nord change l'échiquier, le FMI et la Banque Mondiale s'interrogent, l'Asie change de cap, l'Afrique est à l'agonie, le Moyen Orient vacille. Quelle sera la place de la France dans ce monde en mutation ? Nul ne le sait. Nous voilà partis – les yeux rivés sur nos minuscules discordes - pour du sport et des dettes amplifiées... mais ce n'est pas grave... il y a le foot, le tennis, le rugby, le Tour de France, Le Mans, Cannes, et ... les vacances... pour continuer à s'amuser sur le volcan.
 
Il faudrait revenir à Pierre Bourdieu et son "Dire, c'est faire " (1) : la lutte politique est une joute verbale : on dit, on promet, on annonce, on entraine autrui dans un rêve de réussite et de monde meilleur... et en le disant on s'imagine qu'on le fait, que c'est déjà acquis, que c'est fait ou sera fait... En même temps on entame l'adversaire par des mots. Le verbe politique est illusion et promesse, tour de piste et corrida. La mise à mort, c'est le bulletin dans l'urne.
La majorité des propositions sont à courte vue, des arguments électoraux qui seront vite perdus dans le magma des urgences et des obligations. Les banquiers, les syndicats, les opposants plieront-ils ou suivront-ils ? La situation internationale permettra-t-elle le redressement ? La compétence surmontera-t-elle la médiocrité, l'énergie l'immobilité ? Il y a très longtemps, Jean Rostand (le savant aux grenouilles) avait déclaré "Nous sommes gouvernés par des médiocres supérieurs". Peut-être pas si démodé.
(1) Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire, l'économie des échanges linguistiques, Fayard éd.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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