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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

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Les Systèmes sont fatigués

Publié dans A tout un chacun
Les Systèmes sont fatigués                                         
 
La logorrhée politicienne et journalistique, répétitive et désordonnée, incontournable gagne-pain de l'appareil politico-médiatique nous sature. Toujours des plaintes. Toujours des critiques. Peu de propos constructifs. Tous ces bavards - masculins pour la plupart – devraient plutôt réfléchir à nos nombreux passés, tenter de concocter un avenir de long terme, non réduit au lendemain électoral qui ne chante pas du tout, prendre un peu d'un sirop typhon qui ventilerait tout ce fatras. Cette maladie du commentaire instantané  de tout et n'importe quoi est accablante.
 
Depuis environ 240 ans – 2 siècles et demi –  ce qui est fort court dans notre histoire globale, et assez long pour nos vies de fourmis toujours pressées, les Occidentaux ont imposé à la planète entière une vision de la gestion collective des sociétés qui se résume à 3 formulations simples reposant sur un unique critère : la participation de la population à son propre gouvernement, entre autres par le biais de l'élection d'assemblées capables de décisions et de contrôler l'exécutif. Belle promesse d'Eden social, issue à la fois de la pratique politique et des idées des Lumières…
Historiquement, la première formule est la monarchie parlementaire : on garde le principe dynastique de continuité avec un souverain régnant, mais on lui adjoint une ou deux assemblées d'élus (ou de désignés) qui le surveillent, et sur lesquelles il n'a que peu de pouvoirs. Système issu des âpres luttes sociales de la fin du 17ème siècle en Europe du Nord, bientôt copié et approprié par les Britanniques.
Actuellement, c'est le profil qui résiste le mieux, car quels que soient les bienfaits ou les déconvenues du pur jeu politique, le monarque représente l'idéal de continuité, la stabilité de la Nation qu'il incarne, quelquefois même auréolé d'une nuance religieuse. Même si les familles régnantes contemporaines ont perdu beaucoup de sang bleu, en unissant leurs rejetons dans la roture (résultat d'inévitables études dans les campus universitaires et non plus en vase clos), ces familles sont respectées, travaillent dur dans le social, entretenant avec soin le culte protecteur de la perpétuité familiale.
 
La seconde formule vient de groupes issus de la précédente configuration mais qui sont, soit définitivement dégoûtés de tout monarque héréditaire, soit qui n'en ont pas sous la main : c'est le modèle présidentiel  Nord-Américain, issu de la révolte coloniale : très procédurier, il accorde d'assez forts privilèges au Président, comme s'il était souverain, mais l'environne d'un prégnant système caméral et de fioritures judiciaires implacables. Promis à l'éphémère par un mandat court, (4 années) ce souverain provisoire ne peut prétendre à une trop longue continuité et peut, si on le juge trop mauvais, être destitué. Les Nord-Américains n'ont jamais remis en cause ce système qu'ils trouvent parfaitement adapté à leurs besoins, leurs ambitions et leur fédéralisme, car chacun peut s'y exprimer librement.
 
Enfin, le troisième et dernier modèle est celui de la pure discontinuité républicaine : elle s'assoit sur la certitude de l'unité nationale, la sagesse du peuple, et les bienfaits de l'élection qui régénère en permanence l'univers politique. Sa volatilité permet d'adapter cette formule à toutes sortes de peuples, de nations unies ou fédérées. C'est la notion de République (res publica : affaire collective) qui dessine le lien de continuité :  en principe elle ne s'embarrasse pas d'adhésion religieuse, mais ce n'est pas une règle absolue. L'essentiel réside dans la répudiation définitive d'une dynastie souveraine assortie  de l'idée de tolérance et de pluralité. Dans cet axe, le domaine français domine, avec ses turbulences, l'italien (adopté à regret), le germanique, ainsi que les Républiques de l'Europe de l'Est dans une version radicale et unanimiste. Pour canaliser un peu cette fougue électorale, il fut très tôt tenté de limiter la possibilité d'être électeur, et tous les sons de cloche  s'enrobent d'un système de partis, afin d'éviter les plus discordants, mais l'évitement n'est pas garanti.
 
Hors ces jeux, quasi incontournables, point de salut ; car ils sont considérés comme les seuls praticables pour un objectif de bien-être social. On tolère quelques anachronismes, comme la monarchie du Bouthan ou un peu de clanisme africain ou pacifique, mais ils sont eux aussi atteint par la fièvre électorale moderne et ne subsistent que dans une stratégie quasi touristique. (car ce qui est exotique est forcément touristique).
Certes, l'imagination politique est limitée : depuis Aristote il est définitivement démontré qu'on ne gouverne que tout seul, à quelques-uns ou tous ensemble. Et cela "bien ou mal". Cela nous donne 6 modèles, un point c'est tout.
En fait, cette analyse est fausse ; on pratique les 3 à la fois, ensemble et de conserve : un homme seul ne peut gouverner, il est assisté d'un entourage oligarchique et a l'obligation de recourir, s'il veut être crédible, à l'élection dite démocratique.
 
Sous les projecteurs actuels, la fatigue apparaît de manière implacable, embarrassante. Mais on n'a rien d'autre à mettre à la place. Les pratiques sont fatiguées, dénaturées, dévoyées ; les bienfaits de l'imagination sont en panne : aucun nouvel Eden politique n'est en vue, ce qui déprime le citoyen, et mène les préposés politiques au cafouillage.
On assiste, impuissant, à un processus d'auto destruction, sans qu'aucun véritable remède, hormis – peut-être – une révolte généralisée, forcément violente, encore plus dévastatrice que le cloaque politique dans lequel la planète est coincée, ne soit perceptible ;  ou un électrochoc inattendu, comme dans Mars Attack , de Tim Burton.
Il est toutefois possible de pointer les plus pesantes causes d'usure et de mal être, car elles signalent d'elles-mêmes les prémices des remèdes :
 
* La frénésie électorale : chaque Etat a désormais "son" système électoral, lequel s'exerce à tous les niveaux, locaux, nationaux, et parfois judiciaires. L'élection parlementaire, récurrente, détermine les orientations générales d'un gouvernement en principe issu de sa majorité ou des alliances qui y sont  négociées. Les chefs d'état, aux mandats de plus en plus courts, souvent contradictoires avec les majorités parlementaires, se retrouvent fragilisés, à moins qu'ils ne prennent la voie de l'autoritarisme passant outre les règles constitutionnelles ou les déformant à leur avantage. Ce capharnaüm national se répercute à l'échelon international, notamment en Europe : cette institution que l'on voudrait rassembleuse, tirée à hue et à dia par des élections nationales permanentes, se retrouve incapable (hors son aspect monétaire) d'exprimer une voix uniforme, de créer une véritable politique de rassemblement, ni un destin social cohérent. L'Europe des 28 (bientôt des 27) est devenue une boursouflure institutionnelle, terriblement coûteuse, incohérente, paralysée par des intérêts qui n'ont rien à voir avec le bonheur des sociétés ou la prospérité collective.
Par ailleurs la surabondance des élus plombe la prise de décisions qu'il s'agisse des états ou de la géante européenne : que voulez-vous décider avec plus de mille représentants, chaque groupe chantant un refrain différent ? Qu'il s'agisse des territoires ou des nations le "trop d'élus", - malgré cette idée au départ pleine d'idéal démocratique - est devenu une plaie.
Si l'on veut revenir à l'inquiétant "cas" français, l'instauration de primaires ( dont tout le monde se gargarise) dans le système politico-social français est une ânerie : son esprit initial consiste à mettre un verrou pour éliminer les indésirables de la course électorale ; mais ce verrou est mal ciblé, facilement contournable et surtout il enferme le vote des citoyens dans un "tri" préalable qui n'a rien à voir avec la liberté d'opinion. L'expérience actuelle est un désolant étalage d'incompétence, de petitesse et de fadeur, de discours faux et creux. Pire : ce combat de petits chefs met au jour et amplifie les désaccords, les contradictions de rivaux fragilisés par cette redoutable exhibition. L'union partisane interne est ensuite presque impossible ou carrément artificielle. La Primaire est la mise à mort du système de partis. L'élitisme d'une caste déjà très en dehors des réalités s'en trouve renforcé et contribue au maintien dans l'immobilisme. Est-ce bien prudent dans un pays comme la France, aussi saturé de politiciens ? Nul n'a de réponse, au-delà d'une grande fatigue électorale et d'un inavouable gâchis financier.
 
L'autre sottise – qui confine au rocambolesque - est le raccourcissement du mandat présidentiel à 5 ans : que peut-on faire et construire en France en 5 ans ? Rien. Tout simplement en raison de la lourdeur et de la complexité des règles dans lesquelles le pays s'est empêtré lui-même, de l'inertie administrative, de la lourdeur de toute procédure due à la surabondance des intervenants. La France est, de plus, en permanente campagne électorale, ce qui renforce l'immobilisme et dont elle n'avait vraiment pas besoin : car trop d'instabilité engendre le "sur place". Deux ans avant l'échéance de leur mandat, les présidents en poste sont déjà en campagne, leur première année étant consacrée à "apprendre le boulot" et apprivoiser le personnel de l'Elysée et les hauts fonctionnaires qui - eux – ne changent guère. Même si on a été très proche du pouvoir suprême, la fonction est très particulière ; de plus le nouvel élu hérite des engagements et de l'agenda de son prédécesseur… (pas facile d'échapper à une visite officielle prévue depuis 2 ans). La seconde année essaie de rattraper le temps perdu et de combler quelques promesses électorales ; en général il est trop tard ou le parlement a changé grâce au grand galop d'une élection nourrissant souvent l'opposition ; après on oublie tout, une grande fatigue s'installe en attendant une trêve qui n'arrive jamais.
 
* Trois "fractures" ne cessent de s'amplifier : celle des élites (ou élus) politiques avec les citoyens. Celle de de la rapidité des médias d'information avec les procédures politiques. Celle de l'univers administrativo-politique avec le pouvoir financier. Ce dernier gouffre semble devoir être "appréhendé" avec un nouveau type d'élu tel Donald Trump ou le président Xi qui sont tentés d'assimiler leur pays à une entreprise qui doit se débarrasser des stocks bloquants, et faire des bénéfices permettant le mieux être social toujours promis mais jamais atteint par l'ancien système. La démarche Brexit n'est pas loin de ce projet : mieux s'auto gérer en se débarrassant des gênantes limitations de l'Union Européenne.
Le reposant mystère de l'action politique a volé en éclats depuis 20 ans avec les réseaux d'information instantanée, une fouillant toujours plus profondément les procédés, conversations, paperasseries, déviations, cachotteries, faux pas, ratées et turpitudes des autorités en tous genres, des politiciens comme des institutions. C'est redoutable, effritant encore un peu plus l'image politique. Il n'y a plus aucune précaution hiérarchique, aucun respect ; on bombarde à tout va, avec une sorte de jouissance destructrice. Parfois cela devient surréaliste lorsque les leaders visés sont particulièrement fragiles ou fautifs. Le résultat est que "tout le monde ment", triche, dissimule, prend les chemins de traverse les plus inavouables vers le Graal : s'affranchir des règles des citoyens ordinaires. Par ailleurs, cette démarche qui voudrait ne trouver que de blanches colombes nimbées de vertus pour assumer le pouvoir suprême est infantile et illusoire ; le voyage politique n'est jamais innocent, et parfois boueux.
A cela s'ajoute de part et d'autre l'usage d'un vocabulaire galvaudé, confus, artificiel et pompeux dont on ne connaît même plus le sens : c'est quoi la nation ? Les fameuses "valeurs de la république" ? dont aucun leader n'a été fichu de donner ni une définition ni une liste claire. Devraient relire Tocqueville…
Du côté des journalistes, ce n'est pas mieux : souvent incultes, impolis, s'imaginent surpuissants en invitant des gens qu'ils ne laissent pas s'exprimer ; l'insolence, la morgue font partie désormais de la dévastation de l'univers politique dont les murs dorés ou en verroterie ne tiennent plus.
 
* De fait, les citoyens sont gouvernés par les médias, par (en France) une vingtaine de leaders informatifs ou désinformatifs ; et dans le monde, par quelques réseaux tentaculaires de dramatisation ou de lénification orchestrant pluie et beau temps planétaire. La surabondance des scoops sature les yeux et les oreilles. Il faudrait se souvenir du "trop d'informations tue l'information",  face à cette manie de privilégier les zizanies de petite ou grande envergure, faire la Une avec le nombre de morts, d'accidents, de désastres, de conflits. Au Moyen Age on terrorisait avec l'enfer, maintenant c'est avec l'actualité. Le meilleur moyen de gouvernement est "entretenir la peur". Nous sommes en plein dans ce procédé : peur immédiate de perdre le confort et l'abondance pour les riches, peur de ne plus espérer progresser pour les pauvres, et plus profondément peur d'anéantissements plus radicaux comme la guerre ou la montée des océans.
 
* Enfin, (mais la liste n'est pas close), sur le plan purement institutionnel, choque et désespèrele déséquilibre entre les délais politiques et la rapidité des outils informatifs : c'est sans doute une des plaies majeures du délitement des systèmes : de tous les systèmes, y compris des plus vastes et importants comme celui de l'ONU qui parle de se réformer depuis plus de 40 ans et ne fait toujours rien. Y compris de l'Europe qui s'est lestée d'institutions tellement pesantes et enchevêtrées qu'elle n'arrive plus à endiguer son propre marasme ; y compris de la France, pays de "l'interdit, de la précaution et de la taxe à tout va".
IL s'avère que les subtils mécanismes de la Constitution de Vème République - visant à éviter les désordres des républiques précédentes – ne sont sans doute plus adaptés aux nouvelles mœurs. Ce cadre tellement galvaudé et défiguré par de constantes modifications, est devenu opaque, n'est que rarement transmis aux jeunes générations dans les établissements scolaires.
S'y ajoute l'ignorance (vraie ou simulée?) de la prédominance de l'argent, finance et économie, sur tout le reste, y compris la politique. Le légendaire "mépris" des leaders français pour l'argent, au profit des idées et de la philosophie démocratique ne tient plus. Les vrais leaders sont les financiers, les banquiers, les intérêts économiques et commerciaux ; les politiques ne sont souvent que des paravents, zélés toutous qui doivent suivre le mouvement boursier et les tendances des marchés. Au-delà point de salut. Or cet univers-là garde avec soin ses secrets. L'argent sait se taire et bavarde peu dans les médias. Peu importe finalement la Dette - la fameuse - dont on nous a rebattu les oreilles, les déficits budgétaires, les gouffres des dépenses sociales, le catastrophique dénuement de l'Education et de la Justice, les deux mamelles de la Démocratie, la vraie.
 
Au reste, la bonne question est : a-t-on encore besoin des politiciens ?
Telle est la question posée par un éminent groupe de politologues canadiens : a-t-on encore besoin de ces supposés représentants cafouilleux qui, très souvent, ne représentent qu'eux-mêmes ? Ces personnages formatés dans les moules préétablis d'écoles élitistes ? Ces virtuoses des déclarations fumeuses et des discours sans but qui n'ont jamais rien dirigé ni risqué et qui imposent aux entrepreneurs, aux agriculteurs et aux citoyens ce qu'ils doivent faire ?
En s'appuyant sur les expériences récentes de la Belgique, de l'Italie, de l'Espagne, de la Thailande, de l'Australie, du Japon et quelques autres, il est démontré que ces pays ont bien "survécu", parfois fort longtemps, à l'absence de gouvernement et de majorité parlementaire, en ont même tiré quelques assainissements. Ils ont pratiqué une gouvernance flottante et non politique grâce à leur système administratif, le tissu économique et bancaire et la tranquille résignation des citoyens.
Il est intéressant de remarquer que les plus nombreux états de ce club des non gouvernés se sont appuyés sur une pratique présidentielle stable ou un monarque héréditaire, continuant chacun dans leur style, d'incarner l'unité nationale.
Juste au moment où un homme d'affaires habile mais corrompu, sorte de commis voyageur de la provocation, s'est offert comme ultime jouet la présidence des Etats Unis, avec l'intention annoncée de transformer son pays en un vaste supermarché du profit et de l'intolérance. Mais peut-être, aujourd'hui, est-il le plus brutalement clairvoyant, face aux idéalistes des Lumières. Le monde contemporain a perdu le goût des  idées pures  et du sacré. Le monde politique, dans sa globalité planétaire, devrait peut être tenté de "se redéfinir" afin de savoir "ce qu'il est et à quoi il sert" en dehors des conflits immédiats, des concours d'insultes et de coups bas que sont devenus les processus électoraux.
 
Les chasseurs de sinécures républicaines, mal armés d'un pouvoir illusoire, creusent un fossé d'une sidérale profondeur entre les nécessités d'évolution collective, et leur éventuelle mise en œuvre.

MAY, ne fait pas ce qu'il te plait

Publié dans Avec l'Europe
BREXIT - MAY, ne fait pas ce qu'il te plait                                

Le peuple du Royaume Uni de Grande Bretagne commence à réaliser – depuis ce vendredi (gris) du 23 Juin dernier – qu'il a peut-être fait un remarquable plongeon dans une mer de désordres et de difficultés. Ce vote "honnête" et sans doute sincère fut accompli sur un critère de repli vers une insularité précautionneuse et triomphante, mais sans tenir compte de la complexité internationale ni des réalités économiques, financières et surtout sociales de long terme que ce "leave" allait forcément déclencher. Les plus pessimistes – notamment David Cameron – avaient prévenu "nous allons ouvrir une boite dont nous ignorons le contenu".  Dès le lendemain des résultats beaucoup souhaitaient une machine arrière, ou peut-être une "machination" permettant de minoriser le retrait de l'Union. Même sans être ficelé dans Schengen ni l'Euro, le dossier déclenche des ricochets qui éclaboussent sérieusement l'élite politique britannique et les chances d'être des "Britanniques uniquement britanniques".
Le plus visible est le ravage au sein de l'élite politique. Il n'y a plus de véritable leader de quelque bord que ce soit : on se chamaille, se retire, revient dans l'arène, assomme l'adversaire, fait alliance, en vient parfois aux mains, c'est à la fois lamentable et étonnant de la part d'un milieu d'ordinaire si pondéré. Mais en fait la vie politique britannique a toujours été sous ses dehors élégants une suite de coups bas et de traquenards inavouables. Pas mieux qu'ailleurs, sous leurs grands airs…
 
Tandis que son représentant au Parlement européen envoie un collègue à l'hôpital, Nigel Farage charismatique leader de l'Ukip indépendantiste, refait surface. Le très critiqué Jeremy Corbyn risque peut-être de perdre son siège aux Communes mais revient lui aussi en force, bétonne le Brexit par ses discours extrémistes, même après avoir quitté la présidence du Labour. Les Conservateurs sont irrités, divisés : David Cameron a démissionné (une fois encore), Boris Johnson – pour une fois – se tait et attend son tour. Il se dit qu'il a sa chance : Theresa May, en effet, après avoir bénéficié d'un capital d'opinion plutôt favorable, est fragilisée par sa volonté d'agir seule, sans consulter les parlementaires alors qu'elle n'est l'élue de rien ni de personne. Ses choix déplaisent même aux membres de son gouvernement. Elle tente de "faire du social" en distribuant un peu d'argent dans l'enseignement primaire et la santé. La confirmation, le 15 septembre, de la poursuite de la construction de la future centrale nucléaire de Hinkley, techniquement menée à bien par EDF, et en partie financée par des fonds chinois, l'accord avec la Société Ineos sur l'importation de gaz de schiste nord-américain, sont autant d'épines dans son pied ; les tergiversations sur les délais de mise en marche du Brexit, les procédés qu'elle compte employer, l'enchevêtrement des différents sujets, ses déclarations aussi abruptes que vagues, font grise mine. D'abord comparée à Margareth Thatcher, les Britanniques découvrent qu'elle n'en a ni la stature ni l'autorité. Dans ce contexte, si les Conservateurs veulent garder la main, il n'est pas exclu que Cameron revienne aux affaires (malgré les embarras de l'engagement en Libye de 2011), ou bien que l'ineffable Boris ait suffisamment fait mea culpa pour générer une certaine confiance.
 
Tout ce que voit le citoyen ordinaire pour l'instant est un effritement de son pouvoir d'achat, la baisse notable de la Livre augmentant le prix de tout ce qui est importé, de la nourriture à l'énergie, des voitures aux socquettes. Et surtout se profiler une instabilité qu'il n'a pas souhaitée. Le vote pour le leave  s'est surtout construit sur la question d'une immigration non désirée. Or, c'est une question qui reste pendante et mal gérée ; il y a un rejet massif des populations en provenance des pays de l'ex bloc de l'Est (surtout des Balkans), du Moyen Orient dévasté : aucune réponse claire sur ces sujets considérés comme vitaux. Les différents clivages suggérés sur une "immigration choisie"  restent confus.
Mais la partie la plus dure va se jouer prochainement. Les Ecossais vont voter de manière double : ils veulent à 67 % (vote de Juin) rester dans l'UE et ils réclament leur indépendance depuis plus de 30 ans. Un premier référendum s'est déjà joué à très peu de voix en faveur du NON, mais cette fois, il est à peu près certain que le OUI à l'indépendance sera acquis. Les Ecossais ne veulent pas faire partie de la tourmente Brexit ; pour la première fois de leur histoire souvent déchirante, ils sont riches, confortables et confiants en leur avenir économique. Leur énergique Première Ministre, Nicola Sturgeon, présente ces jours ci un projet de Loi proposant le nouveau référendum sur l'Indépendance. Si le OUI est acquis, le Royaume Uni de Grande Bretagne aura du plomb dans l'aile. De plus, l'Irlande du Nord risque elle aussi, malgré ses divergences internes, de vouloir rejoindre une République Irlandaise qui fonctionne très bien au sein de l'Union. Tant que ces prises de position interne n'auront pas été éclaircies, la sortie de l'Union restera pendante : certains voudraient aller vite ; Madame May a déjà changé 2 fois d'avis sur lenteur ou rapidité et David Denis, son propre ministre chargé de la mise en œuvre du Brexit auprès de l'Union, milite pour la lenteur : "no rush to trigger the Article 50" (trigger : appuyer sur la gachette, déclencher), a-t-il déclaré, tout en affirmant qu'il n'y aurait aucune manœuvre déloyale pour le contourner ou le minimiser. La Chambre des Lords a rentré le clou signifiant qu'il "serait inconstitutionnel de dénier le choix du peuple".
 
Pour l'instant la Haute Finance réagit assez bien : aucun crash notable ; les marchés sont plutôt stables, même si les investissements ont quelque mollesse, et le secteur immobilier de Londres un certain tassement ; les acteurs étrangers de la prospérité bancaire et financière sont inquiets sur leur avenir, mais pas trop. Toutefois le rêve français de remplacer Londres sur les marchés est une utopie des plus déraisonnables. Les Anglais aiment l'argent, même si ce ne sont qu'un "peuple de boutiquiers" comme a dit Napoléon, mais les boutiquiers ont tout de même fini par avoir sa peau. La première place financière d'Europe, la seconde de la planète n'est pas prête à lâcher prise. Ces insulaires acharnés traverseront peut être de fortes turbulences, se serreront la ceinture jusqu'à l'asphyxie, mais "maintiendront". Ils l'ont déjà fait et le referont.
Pour l'instant – c'est un réflexe compréhensible – le citoyen britannique se réfugie -avec l'aide de la BBC- dans la nostalgie glorieuse : il baigne avec délice dans la défunte gloire de l'Empire (indian summer), dans l'héroïsme du Blitz et de la résistance, poétisant à outrance le manque de charbon, de bacon et de chaussures neuves ; il s'abandonne aussi à aimer les tumultueuses années 60 : celles des Beatles, des mini jupes, de Mary Quant, des radios en mer, des cheveux longs, de Ravi Shankar, de la belle Julie Christie et de James Bond. On se console comme on peut.
 
Côté Union Européenne, les lames sont affûtées : elle sera sans indulgence. Même si l'aspect financier est majeur, l'aspect humain et démographique a pris le dessus avec le problème migratoire. Deux points rencontrent une approximative unanimité : ne pas déstabiliser l'Euro, ne pas encourager d'autres pays à tenter la sécession. Au-delà, l'absence de consensus sur la question migratoire et l'extrême lenteur à réagir de manière décente et collective, plombent lourdement le destin commun. Le Président Junker a amplement brocardé le Brexit  le qualifiant de "stupide, aboutissement de 40 années de mensonge et d'hypocrisie".Quant à l'ancien président du Conseil Européen, Herman van Rompuy, il affirme qu'il ne se passera rien avant les élections françaises (Mai 17) et celles allemandes (septembre 17) car le tandem franco-allemand est essentiel dans toute avancée de négociation. Jean Claude Trichet (ex directeur BCE et membre du groupe des 30) est confiant "le Brexit n'est pas un drame ; l'Europe en a vu d'autres !" Il préconise une meilleure politique de sécurité commune et une accélération de l'action du Fonds d'Investissement Européen. Il ajoute (le monde, 28/06) "le Brexit est même une chance pour l'Union de se réformer; le repli sur soi serait un choix aberrant". L'Union Européenne est une utopie économique dont la solidification reste aléatoire, proie – au surplus – d'influences qui n'ont rien à voir avec la pacification de ce turbulent sous-continent. Ses initiateurs n'avaient pas les risques de l'extension rapide, ni des règles suffisamment unanimistes pour être efficaces. Ils comptaient surtout -comme les Lumières du XVIIIème siècle- sur la bonté naturelle et le bon sens d'hommes de bien pour mener cette barque désormais trop  chargée, qui inspire plus de méfiance que de foi de la part des citoyens.
Bref, chacun a sa version de la poursuite du bonheur : … "the pursuit of the happiness "...
 
P.S.
1° Des organismes comme le National Trust s'inquiètent beaucoup de la disparition des subventions européennes, notamment pour la protection des côtes nord-est envahies par la mer, et tout ce qui a une tendance écologique. Comme d'autres associations, pour compenser, ils se tournent vers l'argent privé. Le phénomène associatif est très puissant dans la société anglo-saxonne et compense souvent les inerties étatiques.
2° Londres rejette son "trop plein" d'immigrés vers de petites villes, notamment au nord-est, déjà sinistré économique ; si ces populations très modestes sont relativement habituées aux Indiens, Bengalis, Pakistanais (de langue anglaise et assimilables par tradition impériale), elles refusent drastiquement les Albanais,, Croates, Polonais (pourtant bien acceptés au début), globalement les populations balkaniques jugées excentriques (voleurs, violeurs, violents) ; de nombreux incidents ont déjà éclaté. Les Russes, arrivés en nombre depuis 20 ans sont jugés "inassimilables, sales et très mal élevés". (une chronique en français du journal Le Monde reprend cette question (3 octobre 2016) qui apparaît quotidiennement dans la presse britannique.)

Vive l'empereur !

Publié dans De par le monde
Vive l'empereur !
 
Evènement considérable au Japon : la famille impériale se montre, s'affiche, bavarde, rit, et sourit aux caméras... Le temps où le Nippon ordinaire devait se retourner et se voiler la face lorsque la voiture du Mikado - dieu vivant intouchable et irregardable - passait dans sa rue, est vraiment révolu.
Le Japon change dans son approche du pouvoir, son rôle international, l'image qu'il entend donner au monde, tout en restant résolument traditionnel, implanté dans sa légende millénaire, ses mystères dynastiques et son incurable sens du sacré.
 
Est-ce nécessaire ?
Sans aucun doute. Dans le Top Cinq des Etats les plus riches, performants et puissants de la planète, l'archipel souffre de handicaps non négligeables qu'il doit se hâter de corriger s'il ne veut pas sombrer. Encombré des furoncles d'interdits et de mépris issus des Guerres Trentenaires du 20ème siècle aux mille cruautés et de la piteuse défaite de 1945, le Japon dut subir la Loi des vainqueurs, s'accommoder de rôles de second plan au sein de l'ONU. Il a dû réapprendre à être zen et pacifique, s'infiltrer discrètement dans tous les mécanismes de l'Occident jusqu'à les maitriser par sa créativité et sa technologie.
Il semble que l'on soit au bout de ce lent processus et qu'il est temps de s'approprier - après 70 années de politesses, d'acrobaties diplomatiques et de purgatoire – une refondation indispensable, guidée à la fois par la situation interne, économique et sociale de l'archipel et par un environnement international très modifié, parfois inquiétant.
 
Voici donc ces insulaires cosmiques avançant d'un pas prudent mais ferme vers la réforme la plus réformiste que puissent envisager un Etat et un peuple aussi nimbés de tradition : l' Empereur a parlé à la télévision pour la seconde fois en 6 ans, l'Impératrice Michiko, excellente pianiste, a participé à un récital à l'Académie de musique de Kusatsu en compagnie de solistes de la Philharmonie de Berlin, le prince héritier Naruhito, (altiste de qualité) s'est laissé photographier à la montagne, avec son épouse Masako et sa fille, tous trois vêtus de chemises à carreaux des bucherons canadiens et chaussés de robustes godillots de randonnée... Plutôt moderne tout cela, à l'instar des monarques  européens auxquels d'ailleurs, ils rendent visite de plus en plus visiblement. La redoutable Maison Impériale  desserre son corset, laisse reculer la silhouette du dieu vivant au profit d'un souverain proche de son peuple.
 
Deux graves questions constitutionnelles éclairent ces avancées vers une normalité contemporaine :
 
* La question dynastique : Akihito a succédé à son père l'énigmatique et encore divin Hirohito en 1989. Il a maintenant 82 ans et en a assez : il envisage d'abdiquer sous peu, en 2018, a-t-il déclaré dans ce fameux discours du 8 août dernier, évoquant son grand âge, et la possibilité de modifier les règles de succession. En fait il aimerait faire comme les reines néerlandaises ou le roi Juan Carlos qui abdiquent lorsqu'ils se sentent trop âgés pour accomplir correctement leur boulot. (1) Mais ce n'est pas si simple lorsqu'on est une incarnation stellaire et la Loi de 1947 sur la Maison Impériale ne prévoit pas l'abdication. Par ailleurs la question de la succession est complexe, entachée de violentes rivalités internes : en effet, le prince héritier Naruhito, bien préparé à la fonction, 56 ans (c'est le bon âge pour succéder), a épousé sur le tard et par amour Masako Owada (2), d'excellente famille mais qui n'appartient pas à la noblesse ; ils n'ont qu'une fille, Aiko, maintenant âgée de 15 ans. Le système actuel ne prévoit qu'une primogéniture mâle sur le trône ; la seule femme qui ait pu prétendre à l'Imperium a existé il y a près de 2000 ans, pas très longtemps pour laisser la place à un gaillard sorti de luttes fratricides peu reluisantes. Le seul successeur masculin possible, après Naruhito, est son frère cadet Akishino (s'il est en vie) ou le fils de ce dernier. Un double changement doit donc être accompli, entériné par le Parlement : autoriser l'abdication (et simplifier au passage le rituel des funérailles impériales, comme le souhaite l'Empereur), redessiner la succession. Sur le second point on peut tout de même tabler sur deux ou trois décennies de réflexion... Mais tant d'évènements peuvent surgir : le sentiment d'impermanence de toute chose, si présent dans la mentalité japonaise, est un partenaire incontournable.
 
* la seconde question, plus urgente, modifiera – si elle est résolue, et cela se profile sérieusement – l'équilibre international établi depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : la Constitution japonaise de 1946, imposée par la Commission d'occupation nord-américaine, installe un régime parlementaire intégrant les principes occidentaux de la démocratie : l'Empereur règne mais ne gouverne pas ; la monarchie est ostensiblement exclue du pourvoir politique – confié à un Premier Ministre issu de la majorité parlementaire – mais elle est aussi la seule source de légitimité de tous les pouvoirs. Cette Constitution comporte aussi en son Chapitre II de Renonciation à la guerre un Article 9 aujourd'hui remis en question.L'Article 9 est une véritable curiosité et mérite d'être cité sans commentaire :
"Aspirant sincèrement à une paix internationale... le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace ou l'usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux. Pour atteindre ce but... il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes ou autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l'Etat ne sera pas reconnu"
Dans le contexte international actuel, ce texte est à la fois obsolète, illusoire et mensonger : en elle-même, la guerre n'y est pas définie, et son déclenchement – si elle doit exister – flaire la soumission totale aux Etats Unis.
Pour les temps présents ce renoncement inconditionnel est une absurdité devant l'agressivité Nord-Coréenne, le silence Poutinien, les ambitions de la Chine communiste. D'ores et déjà le Japon est équipé d'outils dits "défensifs" et sa technologie de pointe a depuis belle lurette abandonné le canon pour bien plus de sophistication. Par ailleurs le Japon est lié au fameux "Big Five" stratégique réunissant Etats Unis, Royaume Uni, Canada, Australie et Nouvelle Zélande, énergique gardien de sa zone Pacifique. En conflit à peu près permanent avec les incursions chinoises, notamment dans la mer intérieure et les îles les plus au nord de l'archipel, le Japon vit aussi dans la crainte des essais spatiaux et nucléaires nord-coréens.
 
Le vétuste article 9 doit donc, soit disparaître, soit trouver une nouvelle rédaction adaptée à notre temps et aux nouveautés du contexte Pacifique.
Rien ne s'accomplira sans l'aval de la Diète et du Premier Ministre, Shinzo Abe, élément clef de l'actuel équilibre institutionnel. Il a pris acte des intentions de l'Empereur, encourage fortement la modernisation constitutionnelle, mais reste opposé à l'abdication. Peut-être craint-il que Naruhito ne soit pas apte à continuer l'Ere Heisei (gagner la paix) patiemment construite par son père.(3)
Parfois qualifié nouveau Shogun, Shinzo Abe est un homme très intelligent : son ambition personnelle est depuis longtemps satisfaite, et il veut avant tout assurer un avenir favorable à sa patrie. Pour cela il essaie de voir loin et construire l'armature dont elle aura besoin après lui. Conservateur, il n'a jamais caché son virulent nationalisme, contrariant tout le monde en rendant régulièrement hommage au mémorial Yasukuni, sanctuaire qui honore les âmes des 2,6 millions de soldats tombés pour l'Empire entre 1930 et 1945. Chine et Corée du Sud n'ont de cesse de lui rappeler les atrocités commises, et les Américains ne sont pas en reste. (4) Militant fermement pour l'abrogation de l'article 9, il souligne volontiers son symbolisme dépassé.
Rien ne se fera sans lui, son autorité et ses emportements.
Certes ses fameux "Abenomics" - réformes économiques et retouches sociales – destinés à sortir le Japon de la crise interminable et sournoise où il s'est enfoncé depuis 2008, n'ont pas tous réussi et n'ont pas toujours convaincu. Mais il y a progrès, même si une pauvreté rampante s'insinue parfois dans les couches sociales les plus fragiles.
Le secteur technologique et la recherche sont en progression constante. Grace à ses mathématiciens et ingénieurs le Japon est un des pays parmi les plus avancés en robotique et nano science. L'éducation et l'enseignement sont des priorités absolues. Il y a peu de chômage (3,2%) ; l'aide sociale est moins généreuse mais reste stable. Les exportations sont florissantes malgré la concurrence des Sud-Coréens et l'expansionnisme chinois. Le T.P.P conclu à Auckland en avril 2016 devrait entretenir favorablement les échanges. La question principale reste celle des ressources énergétiques dramatiquement compliquées par la tragédie de Fukushima.(5)
 
Mais la question primordiale est la baisse de la population, et surtout son vieillissement : après avoir culminé à plus de 120 millions, les Japonais de 2050 ne seront plus (environ) que 95 millions. Si cela est apte à résoudre le problème du logement et son coût, le profil de cette société vieillissante reste à dessiner : son âge moyen est 45 ans (22 au Bengale, 27 en Algérie). La tranche 50-65 ans sera la plus importante dans 10 ans. Le Japon est le pays où l'on vit le plus vieux : il croule sous les centenaires (17.000 en 2015) et les vieilles dames, le plus souvent veuves car le valeureux époux décède avant elles, prématurément usé par karoshi (épuisement au travail) des années 70/80. Les femmes en âge de procréer ne consentent qu'à concevoir 1 seul enfant, objet de toutes les attentions, et cela pas toujours. Le refus du mariage et de la procréation est courant en ville au profit du travail et du loisir.
Aucune immigration de quelque ordre qu'elle soit n'est envisagée ; très peu d'étrangers  résident (à peine 1,5 %), essentiellement Coréens et Chinois. Le Japon essaie d'inventer une société nouvelle, pionnière dans la compensation du manque de "jeunes" par la robotisation, et du maintien en forme des plus âgés : le slogan est seniors valeureux où la vieillesse et la mise à la retraite ne sont plus une fin mais un recommencement : la cérémonie du retour de calendrier -shinto kanreki- replace le sexagénaire au début d'une nouvelle vie marquée  souvent par un retour au village natal, dans une communauté amicale soutenue par l'énorme épargne des prévoyants insulaires. La plus forte création de petites et moyennes entreprises est due à la tranche d'âge des 55-65 ans dans les domaines les plus variés. L'Etat accompagne ce mouvement par des prêts à taux zéro et un investissement massif dans la Santé. En septembre, chaque année, la Journée du respect dû aux personnes âgées rassemble jeunes et vieux dans d'avenantes fêtes fleuries. Le tourisme senior remplit trains et autocars. Présentateurs de télé, acteurs, musiciens, artisans progressent dans leur savoir-faire et leur notoriété à mesure qu'ils prennent de l'âge : le duo comique des jumelles Kin et Gin n'a cessé de se produire jusqu'à l'âge de 108 ans. Le dernier héros est Yuichiro Miura qui a atteint le sommet de l'Everest à l'âge de 75 ans en 2008.
 
Voilà donc une Société nouvelle qu'on ne pensait rencontrer qu'en science-fiction ou sortie des Mangas. Deux pôles opposés mais complémentaires sont en mouvement, là-bas, au Soleil Levant : d'un côté un Empereur vieillissant souhaitant s'en aller (pour créer sa petite entreprise ???) et laisser la place au renouveau impérial et constitutionnel, de l'autre l'hardie tentative de parier sur l'évolution d'une population bien gérée....
A Rio, lors de la Cérémonie de clôture, Shenzo Abe, a surgi comme un diable, déguisé en super-Mario des jeux Nitendo, pour annoncer les Jeux Olympiques d'été à Tokyo en 2020 ( pratiquement un siècle après l'Exposition Universelle de Tokyo en 1922)  : le Japon - roi de l'innovation - nous promet des Jeux high-tech révolutionnaires dont une partie serait basée sur le sport électronique...
 
Ce matin d'automne, sur la route, ne va personne...
Haïku du moine Basho
 
(1) L'Empereur a encore un caractère "semi sacré" sensé faire obstacle à tout départ anticipé. Contrairement à ses collègues royaux d'Europe la reine Elisabeth doit régner jusqu'à sa mort car elle est "chef de l'Eglise" d'Angleterre. Si elle devait interrompre ses fonctions son héritier prendrait la relève et ne serait que Régent. Cela s'est produit avec George III et son fils lors de ses moments d'absence mentale.
(2) L'histoire de Masako Owada est assez pathétique car, issue d'une excellente famille de la haute bourgeoisie japonaise avec un père diplomate, elle a refusé par 3 fois d'épouser Naruhito, pressentant la lourdeur de la situation. Brillante, indépendante, faisant carrière, parlant 5 ou 6 langues, elle aurait pu avoir un rôle au sein de la représentation impériale. Au contraire, elle a été littéralement "écrasée" par le protocole rigide, quasi inhumain de la Maison (tout comme Masako, autrefois dans la même situation). Cela s'est terminé par une longue dépression dont elle sort depuis environ 2011. L'admirable est le courage de Narihuto qui l'a soutenue et aimée sans faillir au-delà des pesantes conventions. C'est peut être ceci la véritable "révolution" impériale.
(3) Pour en finir avec les histoires de famille, Naruhito est le premier mâle impérial a avoir été élevé par ses parents, comme tous ses frères et sœurs. Traditionnellement l'héritier était enlevé à sa famille à l'âge de 3 ans pour être confié à des "conseillers" chargés de son éducation.. Akihito a avoué – dans un exceptionnel épanchement – en avoir beaucoup souffert, et avec Masako a mis fin à cette barbarie. Naruhito a élevé sa fille de manière très occidentale.
(4) L'amiral Tojo qui ordonna l'attaque de Pearl Harbour est inscrit sur une des stèles du mémorial de yasukuni avec ses collègues et les 13 autres condamnés pour crimes de guerre de 1947.
(5) Accident de Fukushima dont la résolution technique est loin d'être acquise. En fait, on ne sait pas trop quoi faire, en dehors du refroidissement constant de l'infernale machine. L'eau utilisée est rejetée dans l'océan. Fukushima est proche, au nord, de Tokyo, indispensable pour son alimentation en énergie. Par ailleurs le problème humain et social créé par ce désastre n'est, lui aussi, que très partiellement résolu. Enfin, en raison du réchauffement de l'air et de l'eau (1°) le Japon est de plus en plus exposé aux tornades et typhons.
Il est aussi le seul pays au monde a avoir connu les 2 agressions nucléaires absolues : les 2 bombes de 1945 et  la catastrophe énergétique de Fukushima.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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