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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

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Fondamentaux de la démocratie

Publié dans A tout un chacun
Les deux fondamentaux de la démocratie                   
 
L'existence réelle de la Démocratie dans un pays se mesure à la qualité de ses deux éléments fondamentaux : l'Education et la Justice.
Rien d'autre.
Leur qualité ou leur absence, leur délabrement ou leur fiabilité permettent clairement de savoir quel est le degré de réalité du principe démocratique. Quel est le principe ? Certes, il est selon la définition traditionnelle "le gouvernement du peuple par le peuple" ; mais ce slogan recouvre en fait la nécessité pour ce peuple qui veut se gouverner lui-même - par l'intermédiaire de ses élus et de ses institutions – d'accéder au niveau de connaissances nécessaires pour ce faire, et ainsi de pouvoir assurer, directement ou indirectement, l'ordre social et la paix publique. Les deux outils fondamentaux de l'ordre démocratique sont donc l'Education et la Justice.
                             
Sous cet angle, la forme du gouvernement importe peu : la démocratie peut s'exercer dans un royaume, une république, voire un empire ou toute autre forme d'aménagement du pouvoir et de la société ; il peut y avoir un contexte religieux ou idéologique, ou rien de ce genre. Cela peut être très variable. Mais l'essentiel, dans l'objectif d'une démocratie véritable restent l'Education et la Justice : que chaque enfant, chaque citoyen, puisse de manière équitable, égalitaire et partagée, accéder à la connaissance ; que chaque citoyen puisse, sans crainte, compter sur une appréciation juste, équitable et égalitaire de sa situation lorsqu'il y a conflit ou faute sociale.
Une société qui se dote de manière solide et continue de ces deux éléments fondamentaux, peut être considérée comme démocratique.
 
L'Education
Dans notre contexte contemporain, certains pays se sont dotés d'un système d'enseignement très performant, de manière à obtenir un tissu social cohérent et suffisamment responsable. Cela commence tôt, dès la nursery et le primaire. On y apprend non seulement à lire, écrire, compter, mais aussi les bonnes manières, la propreté, le respect d'autrui et de l'environnement ainsi que le respect des institutions. On y développe dès l'enfance le sens de la responsabilité et le poids éventuel d'une sanction. Cela se fait aussi dans la pluralité des opinions et des groupes sociaux, chacun pouvant afficher son appartenance ; mais cette pluralité encouragée à la tolérance, est encadrée  sous la responsabilité de l'Etat. Dans un monde désormais "ouvert", il est précieux de ne pas aboutir à l'univocalité.
 
En Europe, les pionniers ont sans doute été les Nordiques, la Confédération Helvétique. La France de la 3ème République a ainsi "francisé" des centaines de milliers d’enfants, qu'ils soient Bretons, Basques, Auvergnats, ou de familles venues d'Italie, de Pologne, de l'ex Empire Austro-Hongrois. L'école de Pagnol et de Duhamel a "inventé" la France du XXème siècle.
Plus récemment, le Japon, la Corée du sud, Singapour, et même l'Australie se présentent comme des "pays fous d'éducation" : de judicieux budgets et des programmes planifiés sur 3 ou 4 générations d'élèves leur ont permis, d'une part d'absorber et surtout d'intégrer culturellement les populations très diverses auxquelles ils ont dû et doivent continuer à faire face. Après leur avoir été longuement fermée, l'Australie est désormais une des nations parmi les plus ouvertes aux Asiatiques. Singapour a dû faire face à une population aux origines multiples, souvent peu éduquée ; il a donc fallu créer pendant un demi-siècle un système à la fois respectueux des particularismes et fédérateur d'une fierté nationale : deux ou trois langues obligatoires selon l'ethnie, une culture commune et l'interdiction de tout prosélytisme. Plus de 280 établissements privés distillent sous le contrôle de l'Etat un enseignement commun et particularisé. La Corée du Sud devait, dès la paix venue, prouver qu'elle était capable d'exister : elle l'a fait en renouant avec les traditions agrégées à un enseignement moderne de haut niveau, demandant à ses enfants un effort continu ; le résultat est là : dans le Top 30 des Universités mondiales, 14 sont de la zone Pacifique-Asie. L'Etat fédéré de Victoria (Australie) s'affiche même "l'Etat de l'éducation" (c'est écrit sur les plaques d'immatriculation des véhicules : Victoria the state of education).
Chacun sait que les deux extrémités du corps social sont les plus coûteuses : la jeunesse et son éducation (sans avoir la certitude d'un retour à l'investissement) et les anciens, les plus âgés. Pour financer ces deux pôles coûteux, les "actifs" et le marché du travail doivent être prospères et bien fonctionner : tout est lié. Autrement dit, si l'économie est défaillante, fonctionne mal, voire pas du tout, un des premier postes laissé à l'abandon sera l'Education. Et si, en plus, on plombe cette dernière de méthodes saugrenues, d'attitudes xénophobes et d'innovations permanentes vite oubliées, on peut être assuré de retrouver les enfants et les adolescents dans la rue, sans bagage pour l'avenir.
 
Pour la Justice,
c'est plus délicat : la Justice est en principe "le Troisième pouvoir" comme l'ont théorisé Locke et Montesquieu. Diderot est d'accord. Proudhon dans sa violence dit aussi que c'est "le lieu le plus pourri" d'une nation. Que le pouvoir judiciaire soit nommé, élu ou coopté, son aménagement est toujours difficile et son impartialité aléatoire, car il repose sur un amalgame complexe : en premier lieu les règles de droit et de procédure doivent être bien fixées et stables. C'est ce que nous avons en France. Elles doivent aussi être adaptées au corps social qu’elles sont censés pacifier. Là, il y a sans doute sérieusement à revoir. Ensuite, le corps judiciaire doit être aussi impartial que possible et ne pas entretenir les fractures entre les différents groupes composant le tissu humain. Enfin il y a "l'âme et conscience" de chaque acteur du corps judiciaire, ses faiblesses, ses choix personnels ses a priori dans le jugement qu'il doit avoir de ses semblables. C'est très compliqué. Le principe : "le droit, rien que le droit" est inapplicable autant que le laxisme systématique.
Par ailleurs, dire que "la justice est la même pour tous" est une vue de l'esprit... Selon que vous serez puissant ou misérable"... n'est pas une moralité fabuliste passée de mode, bien que de réels progrès aient été accompli pour "égaliser" procédures et peines.
 
En France,  le pouvoir judiciaire, a toujours été au service de l'Etat : Il est fait pour cela ; "faire régner l'ordre" autant que faire se peut. La satisfaction du citoyen, vient ensuite. La pratique révolutionnaire des Comités de Salut public et de Sûreté en sont une image vivace, même en les atténuant avec les 3 articles de sûreté, 7, 8, et 9, de la Déclaration des droits du 26 Aout 1789. C'est aussi très visible sous les Empires et la Restauration (Monte Cristo, Edmond Dantès sacrifié), et la 3ème République a mené une lutte acharnée contre la criminalité en même temps qu'elle éduquait les enfants (Jean Valjean, la bande à Bonot), faisant de la crainte du bagne un argument de conformité sociale. La longueur du service militaire obligatoire était aussi un puissant "calmant" social.
Une justice totalement vertueuse n'existe pas. Toutefois, en France, nous avons la chance qu'elle ne soit pas totalement minée par la corruption, comme c'est le cas dans de nombreux pays : il suffit de "payer" pour être exonéré ; néanmoins, sa politisation sous la 5ème République est une cause majeure de son délabrement : chaque parti au pouvoir, détruit ce que le précédent a tenté. En ne lui accordant pas toujours les moyens dont elle a vraiment besoin pour remplir une tâche de plus en plus multiforme. Cette stratégie de délabrement volontaire est une véritable catastrophe.
 
Certes qu'il s'agisse d'Education ou de Justice, il y aura toujours des marginaux, des violents, des ingérables non détectés ; mais le bon fonctionnement de ces deux Fondamentaux limite les accidents majeurs d'un parcours social qui n'est jamais évident, quel que soit le pouvoir en place.
Une des dernières stupidités à la mode est de donner en exemple aux Français "le modèle suédois". Quelle lubie !!
Nous comparer à la Suède ou à tout autre Nordique est absurde : ce sont des pays à "petite population" (5 ou 6 millions d'habitants). Tout le monde se connait, il est très difficile de tricher ; la gestion collective est à la fois minutieuse et simplifiée. Cela est quasi impossible pour une population de plus de 65 millions d'habitants (très diversifiés) et des villes dépassant les 2 millions.
Ce sont des sociétés très "solidaires", qui ont eu et gardent le souvenir de vies très dures (la dernière "grande famine" autre que due à une guerre est Finlandaise vers 1880, d'où l'émigration massive vers l'Amérique). Il n'est pas question de mettre en péril le groupe social pour protéger un intérêt particulier qui ne servirait pas l'ensemble de la communauté ;
Ce sont des pays très majoritairement protestants, avec des principes d'honnêteté et de loyauté ; l'éducation porte fortement cette marque. La bonne fortune est un don de Dieu, elle doit donc être vertueuse. Le travail est une valeur fondamentale. Tout comportement "suspect" peut être "signalé", sans que cela soit automatiquement agressif ; cela consiste généralement en une "remise au pas", et un encouragement à être meilleur. Parfois il y a "aide au recadrage".
Les acteurs politiques sont soumis à de stricts contrôles financiers et moraux. Les sanctions sont sévères et sans appel. Il en est de même pour les familles régnantes dont les "listes civiles" sont soigneusement justifiées. Si elles se permettent quelques frais somptuaires pour des célébrations généralement familiales et dynastiques, celles-ci sont financées sur leurs "cassettes privées", et les dons éventuels sont dument contrôlés.
Nous sommes en France, pour le moins, très loin de ces schémas.

Parlons d'argent

Publié dans De par le monde
Parlons d'argent                                                 
 
Ce qui se passe en France, en ces semaines chaotiques, n'est intéressant que si on le replace dans un contexte comparatif : comme il l'a déjà été exprimé, l'Europe (et peut être le monde) est sans doute à la fin d'un cycle politique : cela arrive régulièrement, sur de plus ou moins longues périodes.
Deux nouveautés interviennent cette fois : les procédés de nouvelles technologies avec leur information instantanée à laquelle résistent bien mal les procédures politiques classiques. L'omniprésence de l'argent dans toutes les démarches politiques de quelque importance. La dernière élection nord-américaine en est une démonstration flagrante : l'utilisation ou le torpillage de tout acte ou déclaration (même privée) dans les médias avec la guerre sournoise que se livrent informateurs et gens de politique sont désormais étalés sans retenue. Enfin, le gagnant est celui (ou celle) qui paie le plus, au cours de campagnes électorales délirantes qui s'étalent désormais sur pratiquement la dernière moitié du mandat présidentiel. Les "soutiens" sont avoués, avouables, recherchés. Le nouveau Dieu s'appelle Dollar, même si on continue à prêter serment sur la Bible. Où est l'intérêt des citoyens dans ce magma confus ?
 
En Europe, certes, c'est plus modeste. On a encore un peu de moralité et une longue pratique des abus perpétrés par les différents pouvoirs. L'Europe politique a appris une certaine discrétion, un moindre apparat, même si cela n'élimine pas les scandales dus à l'ambition ou à l'aveuglement de certains. Les acteurs du monde politique perdent parfois le sens des plus simples réalités. Trop de pouvoir rend fou, c'est bien connu, surtout si l'on vient de très loin dans la hiérarchie sociale. Il y a eu aussi, pendant des siècles, confusion de l'argent public et de l'argent privé : les Médicis faisaient peu la différence ; Richelieu, Mazarin, ont bâti de colossales fortunes privées tout en prêtant à l'Etat sur leurs propres deniers. Bonaparte piochait dans la caisse pour doter sa famille... les exemples sont innombrables. La richesse de nos Empires et de nos industries recouvrait d'un épais rideau de fumée patriotique les démarches les plus extravagantes. Ce n'est plus le cas. Car le "tout dire et tout savoir" a transformé l'information en censeur.
 
La naïveté n'est plus de mise ; soyons clairs : nous sommes en Ploutocratie, cette forme dévoyée de l'oligarchie, que craignaient tant les Anciens, qui mit à genoux Athènes et Rome ; système d'une caste tournée vers ses intérêts personnels, ses profits et avantages, avant le souci du mieux-être collectif. Cela a toujours existé et existera toujours. On le sait : on paie pour exister, pour réaliser, pour avancer... On se fait payer pour autoriser à exister, à réaliser, à avancer. Ainsi va la nature humaine dans la perpétuelle quête de la réussite, du pouvoir. Souvent la politique n'a qu'une morale de façade. Régulièrement, en France, le plus souvent à la suite d'un nouveau scandale, on refabrique et l'on vote des textes sur "la transparence" des financements de la vie politique, des élections ; cela peut être un assainissement salutaire, mais toujours provisoire car l'argent prend ses propres chemins, toujours pleins d'imagination.
 
Le très intéressant Bureau de la Transparence Internationale basé à Berlin, après avoir soigneusement éreinté les Européens, s'est penché sur la corruption dans 16 pays de la Zone Asie. C'est d'autant plus intéressant que le monde occidental est désormais très imbriqué dans des relations financières et commerciales avec ces pays, et la contamination est tentante. L'Europe méditerranéenne était largement épinglée : Espagne et Italie, également la Grèce où la pauvreté endémique depuis 15 ans a enclenché un monde de "combinaisons". Pas le Portugal, à la population peu nombreuse, donc contrôlable. Les Nordiques ne sont pas loin de l'angélisme mais pas tout à fait, avec des "accidents" dus surtout à des placements off-shore très discrets. Il y a peu, le Royaume Uni a connu de retentissants scandales, mais la rigueur a été instituée avec détermination, et le "off-shore" permet quelques "arrangements" au sein du Commonwealth. La Pologne n'était pas bon élève. La Turquie (liée au bassin méditerranéen) appréciée comme "douteuse" sur de nombreux points.
 
Pour les 16 Asiatiques, avec plus de 20 000 consultations, il est avéré que près de 900 millions de personnes sont impliquées dans des actions de corruptions (corrupteurs ou corrompus) : le taux le plus élevé est en Inde et au Vietnam (69 et 65 % des actes examinés ont un "lien" de corruption) ; viennent ensuite la Thaïlande, le Myanmar, le Cambodge et le Pakistan (40%). Le moins corrompu étant le Japon (moins de 2 %). La Chine reste dans une marge "raisonnable" (26 %). Les services les plus corrompus sont la Police (à 30 %), les administrations gouvernementales et territoriales (notamment pour l'obtention de papiers d'identité, de bulletins de vote, de permis de tous ordres), les Cours de justice (23 %), l'accès aux écoles publiques (22 %) et à l'hôpital (18 %).
Une évaluation prévisionnelle permet de parier sur une augmentation phénoménale de ces comportements, liée à l'augmentation des populations et à l'écart de plus en plus grand entre les différentes classes sociales : dans les 10 ans à venir, la Chine, l'Indonésie, la Malaisie, le Vietnam et la Corée du Sud devraient franchir la barre des 50 % d'actes corrompus. Singapour n'apparait pas dans ce bilan, bien qu'actuellement un des patrons de la BP locale soit assigné pour avoir reçu plus de 4 millions de dollars Singapour pour "services rendus" à des contractants.
 
La France est, dans ces analyses, est très moyennement corrompue : désormais Etat moyen, l'argent en cause n'a rien à voir avec les masses de dollars remuées dans d'autres pays. Toutefois, on peut s'interroger sur le train de vie de la République. La corruption à la française réside souvent dans une exploitation des ressources de l'Etat par ses acteurs : on vit "sur la bête", dans des systèmes de gestion administrativo-politiques très peu contrôlés. Une obsession très fréquente est le logement gratuit ou de fonction (très ancienne tradition de l'Etat central) de même que la voiture avec chauffeur. Alors que leurs homologues européens rentrent paisiblement dans leur logis après leur journée, nos responsables restent dans nos palais. C'est même "post mortem politica" puisque le Décret présidentiel 2016-1302 en date du 4 octobre 2016 (J.O.)  prévoit pour les 5 années suivant la fin de sa fonction, bureaux, personnels, véhicule, et autres facilités, pour le Président sortant. Ce n'est pas nouveau, mais dans le contexte actuel, c'est plutôt choquant, eu égard à l'abondance de moyens à disposition. Quant à la corruption classique, les liens financiers Public-Privé, elle reste anecdotique, nos élus étant le plus souvent des hommes de bien essayant d'être utiles à leurs administrés. La "grande corruption" reste dans l'omerta ou n'est peut-être pas dans nos moyens ?
 
La France a inventé un nouveau genre politique : le shadow president ou président fantôme : depuis son renoncement à "rempiler" (un bruit court... d'intention secrète, mais il est peu crédible), jusqu'en fonction à la mi-mai notre président a pris un style très Quatrième République, inaugurateur d'expositions et de colloques, louant le tricentenaire maçonnique, jouant le racommodeur d'Europe en pleine zizanie, se taisant sur la politique interne, mais louant ou sermonnant les responsables étrangers.
Cela ne veut pas dire qu'il ne fait rien : dans l'ombre de la renonciation, conservant ses habitudes de manœuvrier de parti politique, il continue certainement de tirer les ficelles sous la nappe d'un apparent festin d'adieu.
En juin, il aura peut-être la nostalgie de la pompe présidentielle (bien qu'il ait proclamé sa détestation du palais de l'Elysée), de la domesticité, des égards, d'être protégé comme un précieux tanagra. Mais il partira avec son Décret sous le bras, lequel témoigne d'une longue préparation de ce départ et de la suite... Il a certainement pris goût aux costumes sur mesure, aux souliers griffés qui permettent de rester debout si longtemps sans souffrir, à serrer des mains et couper des rubans. Aura-t-il le droit de les emporter ? Après tout, ce sont des "avantages de fonction". S'il était Suédois, peut-être devrait-il les restituer à la Chancellerie, laquelle les redistribuerait à des associations caritatives afin de vêtir "ceux qui sont un peu nus et mal chaussés" ?

Donald, T.I.N.A., Theresa...

Publié dans Du côté des élites
Donald, T.I.N.A., Theresa et ... Benoît                                        
 
Notre monde très ouvert est en fait très étroit ; la planète a rétréci, nous sommes désormais trop proches, très dépendants les uns des autres : un éternuement, un uppercut, de l'autre côté de l'eau, et cela peut devenir vacarme, agression majeure... C'est l'effet papillon, qui rend le monde anxieux.
 
Le constat le plus remarquable sur l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche est l'irrépressible propension des Nord-Américains à ignorer les règles internationales - qu'ils ont le plus souvent imposé – se libérer des procédures lorsque c'est leur intérêt, et de l'ordre mondial fondé sur les principes de l'ONU. La Charte, les besogneux équilibres de l'OTAN, les différentes alliances commerciales, l'OMC, Donald trouve cela ringard, et devrait – selon lui – être balayé d'un revers de main. Sans oublier le mépris affiché envers les Etats du Moyen Orient et le fameux mur mexicain.
Ce n'est pas nouveau : un des exemples récents date de l'immédiat "après 11 septembre 2011" où il a fallu toute l'énergie du Conseil de Sécurité et le vote unanime de la Résolution 1368 pour éviter que les Etats-Unis ne fassent justice eux-mêmes (Résolution confirmée et encadrée par celle 1373 du 28 septembre). Obtenir face à cette monstrueuse attaque, que les Etats Unis ne balaient les règles de belligérance fut une acrobatie de haut vol. Toutefois cette discipline nécessaire fut remise en cause en Mars 2003 par l'attaque américaine sur l'Irak malgré l'opposition du Conseil de Sécurité, avec pour résultat la catastrophique déstabilisation du Moyen Orient et le surgissement de DAESH.
 
Les excentricités du 45ème Président des Etats Unis, son horreur affichée des procédures, vont sans doute devoir se calmer. Toutefois ce n'est pas sans inquiéter : l'Australian reprend les propos de la presse britannique " ... Vu sa formation et son parcours, Donald Trump ne connait que 2 outils : l'armée et le commerce". Cela semble se confirmer : le grand platiné a déclaré le 23 février qu'il veut "plus d'armée plus forte", avec pour projet la remise en cause des équilibres militaires tant atlantique (le plus important) qu'asiatique. On attend les précisions promises.
Certes, pour ce grand bagarreur beaucoup "d'arrangements" et d'équilibres paraissent timorés ou rattachés au passé, aux Paix de 1944/45. C'est oublier que la planète entière est recouverte d'un dense "filet" d'accords de tous ordres préservant les équilibres les plus essentiels (malgré les manques et les ratées) qui empêchent le convoi mondial de dérailler encore un peu plus.
L'autre aspect est plus financier et mercantile : les vastes projets agressifs vont coûter très cher et doivent obligatoirement être soutenus par une forte relance économique interne, ce qui n'est pas acquis : vouloir replier l'économie nord-américaine sur elle-même, c'est oublier l'importance des asiatiques, le rôle majeur du Mexique. Il faudra sans doute attendre une année accomplie pour voir - au-delà des annonces -  la mise en œuvre du chantier et ses premiers résultats.
Toutefois le discours prononcé le 1er Mars devant le Congrès a rassuré : il est plus modéré, précis, et moins vindicatif : le "style présidentiel" semble être progressivement intégré par l'inclassable personnage. L'administration gouvernementale américaine n'hésite pas à parler de "domestication" . En France, nous dirions qu'il est "recadré".
Par ailleurs le bras de fer que Donald Trump livre avec la presse (dont il s'est énormément servi) est très intéressant ; on va enfin savoir qui gouverne les Etats Unis : la Maison Blanche ou les journalistes et leurs financiers.
 
La stratégie Trump intéresse et intrigue le Royaume Uni ; le vieil Etat dominateur a grand besoin de la fidélité et du soutien de son allié le plus constant et le plus indispensable : Theresa May, toute vêtue de rouge, s'est précipité à Washington où elle semble avoir reçu les assurances les plus fermes. Empêtrée dans un Brexit qu'elle a combattu, elle en dirige néanmoins la mise en œuvre avec honnêteté et courage : c'est la grande différence d'avec Donald. Elle respecte scrupuleusement les procédures : le vote du peuple (même s'il est acquis de justesse), l'aval parlementaire car votée par les Chambres l'entrée dans l'Union Européenne doit être défaite par un vote identique. Produisant un Livre Blanc de 77 Chapitres, Theresa respecte le calendrier imposé, l'article 50 et, avec son équipe, fait les comptes du ruineux divorce : la facture oscille entre 20 (évaluation britannique) et 60 milliards d'euros (évaluation Commission UE) selon ce que l'on entre ou sort des différents bilans. Restent pendants le sort des acteurs britanniques de l'UE, leur reclassement, les secteurs très largement financés par l'UE comme la protection de l'environnement, certains soutiens sociaux qui ne pourront survivre sans l'aide continentale ; inversement la contribution britannique au budget européen est importante. Le partage est laborieux. Theresa espère beaucoup de la re-négociation bilatérale des accords commerciaux : c'est pour cela qu'elle aime bien Donald. Et de son côté l'Union Européenne sera aussi obligée de re-négocier environ 300 accords commerciaux dans le cadre de l'OMC, car la Grande Bretagne emporte avec elle le Commonwealth et ses arrangements douaniers préférentiels. L'UE peut donc avoir un marché plus petit et moins ouvert.
 
Héritière d'un dossier qu'elle n'approuvait pas, Theresa reste sans doute profondément européenne, tout comme l'illustre et très décriée Margareth Thatcher : sa fameuse formule pour sortir son pays de l'ornière "There Is No Alternative" donna naissance à l'acronyme le plus célèbre de Grande Bretagne T.I.N.A.
T.I.N.A. fit la loi dans les années 80 : il n'y avait pas d'autre solution. Il en est de même pour Theresa May: puisque le peuple a choisi, "there is no alternative". Et dans une autre version il en est de même pour Donald Trump "puisque je suis élu, il n'y a pas d'autre alternative que mes choix". Peut-être est-ce une spirale mortifère ; nous n'en savons rien. Le populisme basique pratiqué par Trump – s'adressant à l'Amérique profonde - est en écho avec ceux européens dans ces Etats qui se sentent agressés par une extranéité qui les effraie.
Après l'échange Theresa-Donald, il est fortement question que le platiné Donald accomplisse sa première visite protocolaire à Londres, mais l'opinion britannique et le Foreign Office y sont pour l'instant opposés : "cette visite n'est pas souhaitée car elle serait un embarras pour la Reine".... tel est l'argument. Elisabeth a vu défiler tous les présidents américains depuis Eisenhower... Elle en a apprécié certains, elle a l'expérience de ces nombreux élus. Buckingham, comme d'habitude, ne dit rien.
Attendons la suite. Il faut être patient. Bien qu'il ait tiré à boulets rouges sur l'Europe, Trump sait très bien qu'il devra faire avec, et a besoin d'elle, ne serait-ce que parce que potentiellement elle est le plus gros marché mondial. De toutes façons, il ne se passera rien tant que le "bouquet" des élections européennes successives ne sera pas accompli : Hollande, France, Allemagne et sans doute Italie : quatre des pays fondateurs de la Communauté Européenne. Le pari est suffisamment énorme, et, ajouté au Brexit qui semble, même aménagé, désormais incontournable, il faut s'armer de patience à défaut de clairvoyance, et arrêter les affabulations.
 
... Et Benoit ?... Qu'est-ce qu'il en dit de tout ce grand bazar international ?
Le monde s'interroge : on ne le connait pas (ou peu). Est-il compétent ? Parle-t-il anglais ? De Séoul à Melbourne, de Vancouver à Singapour, la presse et l'opinion ne connaissent que deux candidats à la Présidence française : Macron, parce qu'il est nouveau et  banquier, et Madame Le Pen parce que son parcours est pittoresque et populiste. Fillon est connu, estimé pour sa compétence, mais l'on s'interroge...
En 1968, une chanson de Françoise Hardy amusa beaucoup, eut un réel succès : Patrick Modiano en avait écrit l'insolent petit poème ; il y était question de l'ennui d'une jeune fille demandant à un soupirant timide dont elle se moque, de la distraire : "étonnez-moi benoit" ; L'injonction du premier couplet est violente : "Marchez sur les mains, avalez des pommes de pin, des abricots et des poires, et des lames de rasoir... Étonnez-moi, Benoit". Ensuite le programme se précise : "faites la grand'roue, le grand méchant loup, faites le grand fou, faites les yeux doux... "  Elle lui conseille aussi de "se couper les oreilles, de jouer du pipeau, de s'accrocher aux rideaux, de jouer au rodéo"... 49 années ont passé mais ce programme moqueur, fort moderne, est d'une brulante actualité. Bien sûr, il s'agit d'une métaphore, que l'on peut trouver parfaitement idiote, et chacun l'accommodera à sa façon.
L'album 33 Tours de 1968 contenant ce diabolique "Etonnez moi Benoit" s'intitulait "Comment te dire adieu"...

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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