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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

URL du site internet:

L'esprit du Japon

Publié dans De par le monde
L'esprit du Japon                                                
 
Le Japon n'est pas la Terre. Le Japon est une autre planète, celle des nombreux enfants des kamis Izanami et Izanagi, tellement turbulents que leurs mœurs instables créent l'agitation des océans, des îles et du temps. Ce permanent remue-ménage de la nature donne l'inégalable sentiment de l'impermanence, de l'instabilité de toute chose – à commencer par la vie – liée à la recherche de l'harmonie, la beauté de l'instant, le goût pour ce qui est fragile et passager.
Etre japonais c'est porter le monde à l'intérieur de soi sans rien attendre de la matérialité, ou du moins, très peu, juste ce qu'il faut pour exister.
 
Le Japon des yuppies que l'on vend aux Occidentaux (de l'Ouest comme de l'Est) ne concerne qu'une part infime des Japonais et de leur mentalité. Certes, ces extraterrestres ont "picoré" dans le modernisme occidental et son obsessionnel matérialisme ce qui leur convenait ou leur était nécessaire pour vivre moins mal et avoir quelque rôle international. La démarche est épatante : après s'être exercé pendant un siècle et demi (ce qui est court dans leur histoire) à la violence et au massacre à la sauce européenne, ils ont compris que cela ne les menait qu'au pire, et s'emploient désormais à "infiltrer" par la douceur, l'élégance et le raffinement les aspects les moins rébarbatifs de la civilisation occidentale (en pensant d'ailleurs au fond d'eux-mêmes que ce n'est pas vraiment unecivilisation, selon leurs critères). D'où cette emprise multidirectionnelle vers les objets du quotidien, la nourriture, la vaisselle, le linge fin, la couture, la mode, l'architecture, les transports, la littérature, la musique... et tout ce qui est son et image : que l'on se souvienne seulement de l'anecdote concernant le génial Akio Morita, PDG de Sony, qui, à la fin des années 70, excédé de subir le tintamarre de la radio portable d'une de ses filles, convoqua ses ingénieurs et le boulot final fut le walkman, ancêtre de tous les outils servant à transporter du son dans les oreilles… sans incommoder le voisin.
 
L'approche, circonspecte, vers "l'image occidentale" commence vers 1840-60 avec -bien sûr- la photographie : les  reporters européens, nord-américains sillonnent l'archipel avec leur pesant matériel et en propagent l'usage. Mais pour eux le Japon reste "exotique", excentrique (hors de leur centre) : l'opacité de la langue, des kanji, l'excessive distance, l'étrangeté des constructions, des coutumes, ce sol qui bouge et fume, sont autant d'obstacles à une compréhension mutuelle. Néanmoins une mode "japonisante" se répand : les Lumière, Gaumont, Edison et autres envoient leurs équipes mettre sur plaques puis en boites les attraits de cette insolite planète. Les Japonais s'initient bientôt à ces techniques nouvelles ; l'Empereur lui-même est un excellent photographe, muni d'optiques allemandes Zeiss.
Puis c'est "l'image qui bouge", encouragée par l'armée aux fins de propagande militariste, relatant les exploits des "vaillants guerriers et le courage des populations" face à l'ennemi chinois. L'Ecole photographique japonaise, parmi les plus remarquables, se développe dans ce contexte, animée par de géniaux marginaux qui perpétuent dans la photographie, la tradition des estampes, de la calligraphie, des grisés subtils, des flous volontaires noirs sur blancs, des audaces du coup d'œil et du pinceau.
Avec le cinématographe, c'est plus complexe : développé pendant l'entre deux guerre, il devient lentement un "spectacle" mais reste balbutiant, réservé à une élite urbaine. Il faut attendre l'occupation américaine et sa pratique de l'entertainment , outil de conformité sociale, pour qu'une production nippone se développe, telle que nous l'abordons aujourd'hui. Les candidats à la réalisation et leurs financiers se demandent comment s'immiscer dans le cinéma occidental, ne plus se contenter du marché insulaire : il faut  pénétrer la mentalité du principal diffuseur nord-américain, tout en cajolant l'orientalisme latent des Européens. Ils trouvent, de manière assez naturelle, trois terrains : la violence extrême –leur Moyen Age épique– l'audace sexuelle limite porno ; trois créneaux manquants au "laisser voir" de l'après-guerre : ainsi Mizogushi, Kurosawa et autres trouvent des distributeurs pour leurs 47 ronins, leurs samouraïs, Kagemusha... et Oshima écorne le corset puritain des Américains avec sonEmpire des sens. Ainsi à grands coup de sabres et de tatamis brûlants, le cinéma nippon entre dans la cour peut être pas des grands, mais au moins de ceux admis dans les festivals d'Europe (Cannes, Venise, Berlin) et dans les courses aux prix, Oscars, Ours et autres statuettes internationales. Un peu plus tard, mais assez rapidement, les récits issus de l'animation et des mangas alimentent une production de plus en plus diversifiée, qui doit énormément au dessin, mais toujours aussi pudique sur le véritable esprit insulaire, comme si se dévoiler constituait un péché capital.
 
Il faut attendre une nouvelle génération de créateurs et de réalisateurs –davantage détachée des traditions– pour que, depuis une trentaine d'années, cet esprit ose s'exprimer etparler du vrai Japon. L'actuel exhibitionnisme occidental choque souvent l'extrême réserve de ces insulaires cosmiques repliés sur leurs coutumes et leur "sentiment de l'ile". Un étranger, même très bien intégré, reste toujours "quelqu'un du dehors" au-delà de l'affection et du respect que l'on peut lui porter (c'est ce qui arrive, par exemple, au malheureux général Fellers, amoureux d'une japonaise, chargé, par Mac Arthur d'enquêter en 1945, sur "l'innocence" de l'Empereur (Emperor de Peter Webber, avec Tommy Lee Jones et Mattew Fox, d'après le livre de Shiro Okamoto).
Toutefois les productions récentes dévoilent une partie du puzzle, cet étrange mélange entre l'inaltérable Japon, son ancrage dans le mono ne aware  (rapport aux choses), et l'infiltration d'une modernité aux mœurs nouvelles due à l'urbanisation, aux villes géantes, aux médias largement yankees ; le saut dans le peu contournable matérialisme.
 
Cette brève chronique ne prétend pas à un exposé exhaustif : la production est désormais pléthorique et peu de créations franchissent le seuil de l'exportation : les distributeurs considèrent que 95 % des films sont sans intérêt pour les Occidentaux, ont peu de chance d'être des succès, donc peu rentables.(ce qui est parfois une erreur). Mais il est possible de signaler une douzaine de films significatifs, lesquels rassemblés, brossent un tableau assez exact du Japon d'aujourd'hui et de l'évolution  sociale de l'archipel.
En 1955Vivre dans la peur d'Akira Kurosawa est pionnier, relatant explicitement le conflit entre tradition et modernité : un prospère entrepreneur vieillissant (Toshiro Mifune), obsédé par la défaite et la bombe atomique, veut vendre son affaire et s'exiler ; il entre en conflit avec ses enfants, beaucoup plus occidentalisés, qui s'empressent d'oublier la guerre, et envisagent de mettre leur père sous tutelle. On voit là l'irruption du droit occidental dans la tradition et un explicite affrontement générationnel, strictement contemporain : ni sabres, ni fantômes, pas de ninjas ; juste une réalité brute, en noir et blanc.
 
Le récentLa maison au toit rouge de Yoji Yamada, d'une élégante exactitude, décrit la période cruciale mais peu exploitée -sans doute par pudeur et goût de l'oubli– de l'entre deux guerres mondiales, pendant laquelle le Japon encore médiéval s'enlise dans le militarisme et la dictature, tandis que l'aisance matérielle se développe dans les grande villes. L'ancienne servante Taki (Haru Kiroki, prix d'interprétation à Berlin en 2014), revient après la guerre dans l'élégante banlieue où elle servit une jeune femme un peu délurée, qui sortait  librement, vêtue à l'occidentale, négligée par un mari très occupé, souvent absent, tout en restant une épouse modèle, dans la pure tradition de soumission... Elle a un amant, d'ailleurs collègue et ami du mari ; la servante est messagère, paravent aux escapades fautives. La vie quotidienne, l'exquise courtoisie, narrées avec talent illuminent ce retour vers le passé : tout à disparu, tout le monde est mort ou parti, sauf la maison, avec son rutilant toit de tuiles rouges entouré de rhododendrons. Rite de passage entre deux mondes, l'obligation du souvenir mêlé de bonheur annonce une renaissance dénuée de regrets.
 
Kiyoshi Kurosawa, prenant de l'âge, abandonne ses créations angoissantes (Tokyo Sonata en 2009 ou Real en 2014 pour se livrer, avec Vers l'autre rive (2015, prix de la mise en scène à Cannes) à une réflexion sur le rapport à la mort, le deuil, réintroduisant la tradition des fantômes dans un récit très moderne, mais largement onirique : le spectre d'un homme disparu en mer entraine sa jeune veuve dans une sorte de pèlerinage rédempteur et tendre. L'amour sottement occidental, réservé aux vivants, se dématérialise pour devenir regard sur l'absence, le manque et l'intériorisation des sentiments tellement coutumière à l'archipel. On peut le rapprocher de Still the water de Naomi Kawase présenté à Cannes en 2014, qui se déroule dans une ile d'Amami où une femme-chaman  vit ses dernières heures. Les kamis, la tradition, les liens avec l'eau, la mer sont présents dans un étrange mélange avec la modernité des protagonistes venus de la grande ville.
De même, le radieux Départures de Yojiro Takita (Oscarisé en 2010), évoque le deuil, si présent aux vivants, le respect dû aux Anciens, aux disparus, à travers les rites funéraires ainsi que la nécessité du pardon et de l'oubli.
 
Départuresrecèle bien d'autres pépites : Daigo, jeune violoncelliste dont l'orchestre a été dissous, décide, avec sa très jeune femme de retourner vivre dans la petite ville du nord-est dont il est originaire, et trouve par hasard un emploi bien rémunéré mais dont les inconvénient sont sérieux : employé des pompes funèbres sans l'avouer à son épouse, le voilà burakamin (variété d'eta), membre de la caste en contact avec la mort (croque mort, boucher, équarrisseur, embaumeur), plus ou moins exclu de la société dite "normale". Son secret, mêlé au passé douloureux dû à la désertion du père lors de son enfance, est vite éventé, et provoque la fuite de sa jeune femme, qui néanmoins revient bientôt -enceinte et toute joyeuse– pour l'aider à franchir l'obstacle. D'attachants personnages secondaires, tels la tenancière des bains publics ou la secrétaire de son patron, dévoilent le complexe attachement aux rites passés, l'importance du silence et de la résilience, et surtout la croyance enla noblesse de l'échec, l'utilité de ce dernier pour construire l'avenir. Un humour réel ainsi que beaucoup de poésie, le contact avec la nature proche, la mer, les oiseaux, permettent l'osmose entre les thèmes passés et futurs... Adrift in Tokyo de Satoshi Miki (2007), totalement urbain et tokyoïte, nous parle d'étudiants, de dette d'honneur, dépeint la dérive d'une nuit, road movie miniature, peuplée de rencontres inattendues, flirte avec l'insaisissable, hésitant entre préoccupations très occidentales et confiance en les cieux, les kamis, les ancêtres de manière quasi onirique.
 
Bien des production réhabilitent les chats (neko), pourtant longtemps méprisés car n'ayant exprimé aucune émotion lors de la disparition du Bouddha. Mais désormais, la vie moderne les a réhabilité jusqu'à la folie gnangnan : héros de stations de lignes de chemins de fer ou stars de cats cafés, de mangas ou de dessins animés, ils sont aussi prétextes à de longs métrages pour adultes normaux, parfois intéressants parce que plongés dans le quotidien ou liés à la magie : Chat noir Lucy  de Toru Kamei (2012) nous emmène dans un quartier pauvre où végète un devin peu doué ; ce dernier voit sa vie transformée du jour où il recueille une chatte noire dotée de pouvoirs magiques.Gugu the cat d'Inudo Nishin, inspiré d'un manga célèbre, outre ses qualités félines, dépeint avec gaité la vie d'un des multiples villages qui composent Tokyo, ses habitants, et surtout la vie très libre de ses étudiants aux multiples activités ; la mort –une dame silencieuse toute vêtue de blanc (couleur du deuil)- apparaît lors des décès ou lorsque la fin est imminente, même si la situation, au bout du compte, n'est pas fatale. L'ensemble est gai, remuant, mais aussi très ambigu vis à vis de la relation entre la tradition, la mort, qui n'est jamais effrayante, et la vie moderne.
 
Kore-Eda Hirokazu se penche sur la famille, pierre angulaire de la vie de chacun et fondement de la société. Deux productions marquantes : Tel père tel fils (prix du jury à Cannes en 2014), l'échange involontaire de 2 nourrissons, élément de construction ou déconstruction de la tendresse ? C'est La vie est un long fleuve tranquille sentimental, très urbain et très occidentalisé, simplement parce que les protagonistes adultes ont perdu leurs racines et une partie de leurs traditions. Leurs hésitations et leur mal-être n'auraient pas été exprimés il y a quelques décennies, tellement la vente, la perte, ou l'échange d'enfant étaient courants dans l'ancienne société. Mais là, on a un retour vers la valeur du lien générationnel.
Par contre Notre petite sœur, adapté du manga Kamakura diary de Akimi Yoshida pose la question des familles dissociées et recomposées dans un tout autre contexte : dans une petite ville de bord de mer encore pleine des coutumes, trois sœurs adultes et indépendantes travaillent et sont heureuses dans une modernité modérée dans la maison de famille où l'autel des ancêtres trône au milieu du salon. Lorsque leur père meurt, parti depuis longtemps, elles se découvrent une "petite sœur" issue d'un second mariage, désormais orpheline, et l'adoptent. C'est la vie de province, avec peu de voitures, pas de téléphone portable ni d'écran ailleurs qu'au travail, la revendication d'une vie indépendante, l'enchantement du Sakura qui aide les mourants à "tenir" jusqu'au printemps (la scène du "tunnel" des cerisiers en fleurs est une émouvante splendeur), le respect des traditions, la préparation des alcools de prune et des repas d'alevins. Par ailleurs la gamine (incarnée par Hirose Suzu) joue au foot, a des copains, va au bistrot toute seule. La très belle Haruka Ayase est Sashi, en héroïne un peu coincée entre deux mondes. Le réconfort vient de la perpétuation des racines, du souvenir et du respect : premières amours et renoncements adultes, le long de la mer et sous une lune bienveillante…
On ne saurait oublier l'animation : l'ultime Miazaki,Le vent se lève, pas du tout pour enfants, relate, avec art et retenue, un pan tragique de l'histoire japonaise et peut être de l'auteur lui-même. Mamoru Hosoda, aprèsLes enfants loups  nous livre Le garçon et la Bête (2015), étonnant voyage dans l'imaginaire, un monde fantastique en plein cœur du bouillonnant quartier Shibuya de Tokyo : voyage initiatique autant que conte drolatique, l'aventure mélange le monde moderne et les légendes, afin que le jeune héros soit mieux armé pour affronter la vie ; le bestial Kumatetsu est en fait un brave bougre plein de sagesse et d'humanité.
 
Que nous délivre ce bref voyage au pays des films ?
D'abord que la société japonaise a beaucoup évolué en moins de 30 ans, au contact d'une urbanisation galopante, de médias envahissants et de technologies foudroyantes.  L'archipel reste profondément traumatisé par les explosions d'Aout 1945, et plus récemment par le drame de Fukushima : il est le seul endroit au monde à être constamment et directement confronté au danger nucléaire. Sorti de la gangue de l'occupation nord-américaine, il continue à en intégrer une forte imprégnation par le biais des medias et de l'entertainement, mais avec recul et une sorte d'imperméabilité mentale bien agrippée à ses traditions et sa profonde philosophie de l'acceptation de l'instant, cette résignation devant la fragilité de toute  conquête et de toute vie.
 
La stagnation économique révèle aussi le dilemme du progrès matériel à n'importe quel prix. Certains films osent maintenant parler des hikimori (ceux coupés du monde), pires que lesotakus, ces obsédés de l'écran et de jeux video (c'est peut-être à cause de ce fléau que les Pokemon ont été mis dans la rue), tout comme les johatzu (les évaporés), disparus volontaires de l'échec économique ou social. Le vieillissement de la population, la présence de la maladie sont dans les films, abordés avec respect, poésie et souvent avec humour. Les Japonais ont un très grand sens de la dérision et de l'auto dérision. Ils rient de leur fragilité et se fient au calendrier traditionnel avec ses jours bénéfiques et ses jours "sans" (taïan et senpu), à leurs innombrables dieux, présents même dans les implacables buildings de verre des  grandes villes.
 
Le plus spectaculaire, véhiculé dans les films, est l'évolution de la condition des femmes : de partenaire fantomatique et soumise, mère au foyer ou compagne d'un dana (protecteur), la Japonaise a désormais la possibilité d'être une personne autonome, responsable et indépendante : elle travaille, peut jouir de son salaire (mesure récente), ouvrir un compte en banque, étudier, voyager, s'habiller court ou long. Mais elle ne manque pas d'arborer aussi le kimono de printemps lors de la Fête des sakuras, d'honorer les ancêtres et d'observer les rites de politesse. L'apprentissage des bonnes manières reste fondamental de l'éducation, barrière aux excès du brutal matérialisme occidental. On peut êtreLolita déguisée et s'incliner devant sa grand-mère. C'est cela le Japon : le mélange de poésie dans les grattes ciel, de brutalité sociale et d'environnement magique, la coexistence de la protection de la nature et d'une laideur urbaine peu imitable. Beaucoup de films parlent désormais de l'abandon des grandes villes pour un "retour aux sources". Dans 50 ans le Japon (qui n'envisage aucunement de recourir à l'immigration) aura perdu 40 millions d'habitants : les loyers seront moins chers, et le système économique sera sans doute moins acharné à formater des cadres obsédés par l'argent, tout en conservant un très haut niveau d'innovation technologique. Les Japonais sont d'excellents mathématiciens. C'est cela qu'il faut préserver, avec la graine de poésie qui habite tout cerveau nippon. La vie est dure, une aventure sans scrupules, et la mort est une dame en blanc, réconfortante et paisible.

Envoyé par l'auteur
 
Liste (no exhaustive) des films cités :
- Vivre dans la peur, Akira Kurosawa, 1955, avec Toshiro Mifuné. Restauré en 2013
- La maison au toit rouge, Yoki Yamada, 2013, Prix d'interprétation à Berlin
- Vers l'autre rive, Kiyoshi Kurosawa, 2015, Prix du jury à Cannes
- Adrift in Tokyo, Satoshi Miki, 2007
- Still the water, Naomi Kawase, 2014. Sélection officielle Cannes
- Chat noir Lucy, Toru Kamei, 2012
- Gugu the cat, Inudo Ishin, 2008
- Departures, Yojiro Takita, 2008, Oscar du film étranger
- Tel père, tel fils, Koré-Eda Hirokazu, 2014, Prix du jury à Cannes
- Notre petite sœur, Koré-Eda Hirokazu, 2015, sélection officielle Cannes
- Le vent se lève, Hayao Miyazaki, 2015
- Le garçon et la bête, Mamoru Hosoda, 2016
 
Sources additionnelles :
- Mizubayashi akira, petit éloge de l'errance, 134 pages Folio 2 5821,
- Japon miscellanées  par Maximilien Dauber et Chantal Deltenre, 250 pages, Pocket
- Planète Japon, revue trimestrielle en français dont les nombreuses critiques cinématographiques sont toujours pertinentes (en particulier N°28 à 34)

BREXIT ? Rule Britania…

Publié dans Avec l'Europe
BREXIT ?  Rule Britania…
 
Londres, Vendredi 24 Juin 2016, 8 heures du matin : une ville étrangement silencieuse ; les résultats définitifs de "l'encombrant referendum" sont tombés : 17,41 millions de voix pour quitter l'Union Economique Européenne (51,9 %), 16,14 pour y rester (48,1 %), soit un différentiel d'1,3 million. C'est fort peu. On ne parle pas des 28 % d'abstentions. Après, il y a la pathétique, troublante déclaration de David Cameron, Premier ministre soudain démissionnaire, prononcée dans la rue, devant le 10 Downing, sous une myriade de caméras et de micros. La ville est figée, les gens sont muets, comme assommés ; certains pleurent.
Mais on se reprend vite : "never complain". La vie continue, avec la réunion d'Ascot, les festivals d'été (même sous une pluie battante), bientôt Wimbledon, l'Euro de football avec un match contre d'obscurs Islandais. Dès le samedi dans le Times, l'éditorialiste Philip Aldrick assène que "si on refaisait le même referendum la semaine prochaine, le résultat serait exactement le contraire", minimisant les dramatiques déclarations du  Lord chancelier Osborne... Alors ?…
Londres et sa région (56 %), les grandes villes, les régions aisées ont voté, avec sagesse, pour rester dans l'Union. Ce sont les pauvres qui veulent en sortir (les Midlands, les Humber et Yorks, le sud-ouest), sans toujours se rendre compte que cela les rendra sans doute encore plus pauvres. Mais peu leur importe : c'est un refus d'ingérence, de dénaturation d'une identité plus que millénaire, un réflexe de grande colère contre la globalisation, l'élitisme et l'immigration. Certains outre-manche appellent cela "l'esprit de bunker".
 
En fait, de quoi s'agit-il ? Par ce vote référendaire, le peuple britannique a exprimé un souhait – qui se matérialisera ou pas : en effet, sur le plan juridique les institutions parlementaires et gouvernementales doivent prendre acte et confirmer cette option. De même, il faut enclencher la procédure vis à vis de l'UE. Celle-ci, de son côté doit envisager cette situation inédite devant laquelle elle reste bouche bée. Selon toute vraisemblance rien de concret ne se passera avant septembre. D'ici là les différents acteurs auront pris leurs marques et les choses sérieuses pourront commencer.
C'est l'isolationisme habituel ; si britannique : seul l'Empire compte ! Et la situation n'est pas si compliquée ; le Royaume Uni n'est ni ficelé dans Schengen, ni partenaire de l'Euro (quelle horreur !) ; il n'est entré dans la CEE qu'en janvier 1973 en bénéficiant de toutes sortes d'exemptions et d'avantages, donc d'un pied frileux.
Comme il a déjà été écrit la turbulente Europe continentale n'est pas l'essentiel : elle est intéressante mais pas considérée comme vitale ; et à partir du moment où elle risque de présenter plus d'inconvénients que d'avantages, mieux vaut se replier sur ses blanches falaises. La diplomatie des apparences n'intéresse pas les Britanniques, ce qui les intéresse c'est la finance et le commerce. Ils vont donc commencer un chemin fait de méandres complexes, jouant sur plusieurs tableaux à la fois, profitant des hésitations et des discordes européennes, pour arriver à leurs fins : être Européens, certes, mais sans l'être. D'une certaine façon, de Gaulle avait raison quand il ne voulait pas d'eux dans la CEE de son époque.
 
Voyons un peu plus clair sur l'Effet référendaire :
1° Au Royaume Uni : le référendum promis par David Cameron lors de la campagne pour sa réélection est "une fausse bonne idée" : au final, il s'est piégé lui-même et son slogan de campagne "gardons notre économie forte" est tombé en poussière en une seule nuit. Sur le plan politique intérieur, la plus mauvaise conséquence est que voilà matérialisé le clivage profond de l'opinion : le référendum a accentué les oppositions sur les sujets les plus essentiels ; ce n'est jamais bon. Recoller les morceaux va être long et compliqué. En second lieu, le référendum a mis un bazar inouï au sein de l'élite politique et parlementaire, aussi bien chez les Tories qu'au Labour : Cameron battu et démissionnaire (mais démissionnera-t-il vraiment ?) expédiera les affaires courantes jusqu'en septembre ; il l'a annoncé "je stabiliserai le navire, mais ne serai pas le capitaine du changement". Son successeur le plus probable, Boris Johnson a renoncé, plantant là d'ailleurs ceux qui l'ont suivi et soutenu dans le brexit avec une irresponsabilité sidérante. Ce personnage inclassable qui se prend pour Churchill est désormais un peu plus détesté. Coté Labour, le shadow cabinet est en charpie et Corbyn apparaît comme le maitre du désastre ; le 28 Juin a été "le Jour des farces " où tout s'est effondré au Parlement et même le jubilant Farage, principal acteur du Out s'est retiré. Avec beaucoup de bon sens et un esprit critique plus que pointu, l'opinion britannique se demande s'il faut continuer à faire confiance aux inconséquents politiciens.
Plus graves, et de plus long terme, sont les conséquences en Ecosse qui a voté pour rester dans l'Union (comme Londres) à plus de 62 % et dont le referendum pour l'Indépendance a lieu cet automne, sous la houlette de sa virulente Prime, Nicola Sturgeon. L'Ecosse est riche pour la première fois de sa longue histoire, elle veut pleinement en profiter. L'Irlande du Nord, elle aussi à près de 56 % pour rester dans l'UE pourrait bien avoir envie de rejoindre la République d'Irlande qui se porte très bien au sein de l'Union. Il y a aussi le poignant sort de Gibraltar qui a voté à 97 % pour rester dans l'Union et qui risque de nouveau - hors Union- de se retrouver la proie des assauts de l'Espagne.
 
2° Pour l'Union le Brexit concrétise le refus d'une partie des peuples qui font l'Europe économique à errer dans l'anonymat globalisé, la négation de ce qu'ils sont profondément au nom de l'argent, de l'enrichissement de décideurs lointains. Refus aussi de diktats sociaux, d'inégalités insupportables, d'interminables immigrations de peuples incertains. Commander depuis Bruxelles que l'on change de civilisation en quelques années est une extravagance.
Voilà donc l'avertissement  donné aux institutions européennes ; mais ce n'est pas la fin du monde ! Le Royaume Uni reste membre fondamental de l'Assemblée du Conseil de l'Europe, un des meilleurs champions des droits des peuples, des Cours de justice qui en dépendent, de tout un ensemble de "fabrique du droit". L'UE n'est que la machine économique d'un ensemble bien plus vaste.
Elle trouve là une occasion exceptionnelle de s'améliorer, de se réformer, d'être moins occupée d'elle-même, et davantage des peuples impliqués. Elle est devenue tellement monstrueusement administrative, loin des conceptions Jean Monnet/ Schuman/de Gasperi dont le slogan était au sortir de la guerre "redevenir riches et heureux ensemble". Mais elle ne le fera sans doute pas, trop enfermée dans son propre système de lobbies, de compromission multi nationaliste. Pourtant, l'UE devrait sentir la tentation de l'EXIT et en tenir compte : très forte chez les Européens qui ont subi de plein fouet la question migratoire, chez ceux qu'elle a encouragé à vivre au-dessus de leurs moyens et qu'elle punit maintenant, chez ceux qui y sont entrés joyeux et fiers et qui déchantent lourdement. Elle est en pleine confusion entre ceux qui voudraient entrer, ceux qui aimeraient partir, ceux qui se tiennent cois, ceux qui tiennent les décisions et ceux qui les subissent. Expérience jamais vécue qui révèle toutes nos contradictions, notre plus que bimillénaire habitude des batailles et des divergences.
Si les Britanniques confirment, il y aura 2 ans de négociations pour revoir les quelques 3000 accords en vigueur, cela dans le cadre du fameux article 50.
On peut espérer que la raison dominera : en fait – et c'est déjà commencé – ce sera une "sortie sans sortir tout à fait". On en reviendra à la situation ante-73 avec sa flopée d'accords bilatéraux renégociés.
 
3° Le monde, l'argent : c'est le nerf de la guerre. La machine financière ne doit s'emballer ni vers la chute, ni vers l'euphorie. Londres restera la principale place financière d'Europe, c'est sûr. Pour cela on peut faire confiance à Londres : les mesures adéquates sont en marche, à commencer par la baisse à 15 % de l'impôt sur les sociétés dès le 1er Juillet. Certes, il faudra peut-être se serrer la ceinture quelques temps, mais les Britanniques en ont l'habitude. Thatcher est passé par là, et avant elle quelques blitz en tous genres. Par ailleurs le Royaume Uni n'est pas seul : il s'appuie sur le monde entier, à travers son précieux Commonwealth de 53 Etats membres ; sur les Hollandais et autres peuples du Nord, avant tout commerçants ; et sur l'allié nord-américain : John Kerry s'est précipité à Londres dès le lundi 27 pour apaiser les esprits et assurer de son "indéfectible soutien". Ensuite  seulement, il s'est rendu à Bruxelles. Comme l'affirme le chroniqueur Tim Montgomery "pas de panique ! Le futur brillera avec le Brexit !"
 
Bref, ce 23 Juin 2016  n'est ni un séisme, ni un tsunami : juste un rappel à la raison, une reprise d'identité, un avertissement très britannique du peuple britannique, pour lequel furent créés les Bills of Rights .
Et puis, à part le foot et les inondations, tout va bien au Royaume de sa Gracieuse Majesté puisque "la famille royale (citation) qui a bénéficié d'une excellente gestion de ses avoirs, versera la somme record de 304 millions de Livres au Trésor au titre de l'impôt sur ses revenus".
Rule Britania….

Pandemonium

Publié dans Du côté des élites
Pandemonium                                         
 
La politique française est vraiment sans intérêt : ce ne sont que balbutiements, petits arrangements entre ennemis, coups bas, rivalités, silences pesants ou parlottes interminables, tangos constitutionnels et législatifs, creuses déclarations, saupoudrages financiers, incompétence et navrant mépris des citoyens. Un clone d'Achille Talon et un sous-Robespierre espèrent encore occuper les palais de la République en continuant à clamer de pseudo valeurs dont ils ignorent en fait le contenu.
 
En fait, ce n'est pas vraiment de l'incompétence, mais plutôt une inaptitude maladive à être dans le vrai monde. Ce que désirent les Français -quels qu'ils soient– est avoir un avenir... or le chemin semble obstrué par d'abusifs locataires cramponnés à leurs titres et fonctions, sans doute dans la crainte du chômage technique.
Quelques-uns qui travaillent bien, font (selon leurs propres dires) "ce qu'ils peuvent" ; mais dans un tel galimatias institutionnel et représentatif, il est difficile d'être efficace. De toutes façons il est trop tard  : quoi que les gens au pouvoir décident désormais, ce sera trop tard ; le bien disant du palais de la Pompadour a mis 3 ans à endosser le rôle dans lequel il a été brusquement propulsé : passer en quelques semaines d'un poste étriqué de manœuvrier de parti politique à la gestion d'une nation, d'un Etat, d'un peuple, chargés d'Histoire, d'histoires et de turbulences, est un exercice presque impossible à réussir, même en étant réputé habile en sinuosités. Mais entre les mini et minables tractations partisanes et l'imposition d'une réforme constitutionnelle sensée il y a des milliards d'années-lumière, et la bille de la poudre aux yeux n'est pas jouable. Quant à vociférer qu'on est "en guerre" et froncer les sourcils en permanence, c'est à peu près ubuesque.
 
Quel bilan actualiser pour 4 années de reculades et de déchirement social aggravé ?
 
- Une méconnaissance -volontaire ou involontaire – des mécanismes constitutionnels et des équilibres gouvernementaux : si c'est involontaire c'est de l'incompétence ; si c'est volontaire, il s'agit du désir non formulé mais profond d'achever la destruction de l'actuel système républicain, qui fut en son temps une magnifique mécanique de cohésion et de pacification ; mais qui, hélas, de coups de canifs en rafistolages, ne ressemble plus à rien, et qui de toutes façons avait été conçu pour un certains peuple français dans un certain contexte et pour des gouvernants qui n'existent plus ni les uns ni les autres, érodés par le temps et l'évolution générale du monde. Mélenchon n'a pas tort lorsqu'il avance qu'il faudrait passer radicalement à une autre Constitution.
 
- Une méconnaissance –volontaire ou involontaire– et le mépris des lois et des règles administratives : la surabondance de textes jetés sur le pavé, le brouilli-brouilla de fausses mesures qui d'ailleurs ne sont jamais appliquées et se contredisent les unes les autres, car il n'y a jamais ni consultation ni de transaction avec les intéressés, est phénoménal. Le beau droit administratif français qui régna sans partage sur des continents entiers est en lambeaux, largement incompréhensible au citoyen normal. Et avancer que c'est la faute de l'Europe est un gros mensonge.
 
- Le monde civil et privé –celui des citoyens, des entrepreneurs et des agriculteurs– reste en friche, sans aucune réforme d'envergure, car le pouvoir actuel, enfermé dans ses palais, trouillard comme pas deux, n'a aucun sens de la gouvernance, de la consultation, de la transaction. Il lui faudrait la tolérance nordique, la sagesse helvète, le sens commercial et financier britannique, le messianisme yankee, mais tout cela est inatteignable pour des cerveaux strictement préoccupés de campagnes électorales.
 
- La jeunesse est toujours laissée dans l'ornière ; c'est le plus grave : nos diplômes sont désuets, souvent inadaptés au moderne marché du travail. Le récent saupoudrage d'un peu d'argent pour avoir la paix, ressemble aux cacahuètes que l'on lance aux singes dans les zoos. Et où va-t-on trouver ce fric ? Dans la poche des contribuables ?
 
- La Justice, le troisième Pouvoir selon les principes de démocratie parlementaire, n'est ni puissante, ni indépendante : archaïque, baignant dans une pauvreté qui confine à l'indigence, elle est submergée de tâches accablantes, sans lien véritable avec son rôle fondamental qui est de protéger les citoyens des excès sociaux et gouvernementaux.
 
- La place des femmes a lourdement régressé : islam... femmes de pouvoir effrayantes.
 
Il faut arrêter là, la liste est trop longue...
Pourtant, au-delà de la toxique politique imposée, dont il est impossible de discerner l'orientation et le sens, au-delà du strict calcul électoral et de la crainte des journalistes, toutes sortes de gens et d'activités vont bien en France, n'ont jamais cessé de retrousser leurs manches, travaillent, sont efficaces, produisent de la richesse pour tous. Au fait, y a-t-il une Politique au sens réel, c'est à direla gestion de la Cité ?
 
En 1969, un Général qui avait le sens de l'Etat, le respect des institutions et de la volonté des citoyens, avait compris que le peuple qu'il gouvernait ne voulait plus de lui. Les réformes proposées –bien que sensées– ne suffisaient pas, la société concernée risquait de nouveau un grand désordre. Il démissionna. Et permit ainsi, quoi qu'il lui en coutât, mettant son orgueil de côté, avec bon sens et honnêteté, de' remettre les compteurs à zéro, de repartir avec de plus ouvertes perspectives. Ce fut sain et relativement durable pour une France qui a la  bougeotte politique.
Après 14 années de destruction massive, 12 années d'inertie béate à tâter le pis des vaches, 5 années que certains qualifient d'accident électoral, voici 4 années de bafouillages et d'effritement systématique d'une société régulièrement au bord de l'émeute, exsangue, fatiguée et rompue au plus profond d'elle-même.
 
PANDEMONIUM : Mot plutôt anglais issu du grec pan+ daimon-onos =démon, lieu infernal. Par extension, capitale imaginaire  du royaume des Enfers. En littérature : lieu de grand désordre, de confusion, de corruption.
Près de Richmond Park- London – se trouve un étonnant brocanteur/antiquaire dont l'enseigne annonce avec satisfaction "Pandémonium" (Station Mortlake).

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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