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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

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BREXIT ? Rule Britania…

Publié dans Avec l'Europe
BREXIT ?  Rule Britania…
 
Londres, Vendredi 24 Juin 2016, 8 heures du matin : une ville étrangement silencieuse ; les résultats définitifs de "l'encombrant referendum" sont tombés : 17,41 millions de voix pour quitter l'Union Economique Européenne (51,9 %), 16,14 pour y rester (48,1 %), soit un différentiel d'1,3 million. C'est fort peu. On ne parle pas des 28 % d'abstentions. Après, il y a la pathétique, troublante déclaration de David Cameron, Premier ministre soudain démissionnaire, prononcée dans la rue, devant le 10 Downing, sous une myriade de caméras et de micros. La ville est figée, les gens sont muets, comme assommés ; certains pleurent.
Mais on se reprend vite : "never complain". La vie continue, avec la réunion d'Ascot, les festivals d'été (même sous une pluie battante), bientôt Wimbledon, l'Euro de football avec un match contre d'obscurs Islandais. Dès le samedi dans le Times, l'éditorialiste Philip Aldrick assène que "si on refaisait le même referendum la semaine prochaine, le résultat serait exactement le contraire", minimisant les dramatiques déclarations du  Lord chancelier Osborne... Alors ?…
Londres et sa région (56 %), les grandes villes, les régions aisées ont voté, avec sagesse, pour rester dans l'Union. Ce sont les pauvres qui veulent en sortir (les Midlands, les Humber et Yorks, le sud-ouest), sans toujours se rendre compte que cela les rendra sans doute encore plus pauvres. Mais peu leur importe : c'est un refus d'ingérence, de dénaturation d'une identité plus que millénaire, un réflexe de grande colère contre la globalisation, l'élitisme et l'immigration. Certains outre-manche appellent cela "l'esprit de bunker".
 
En fait, de quoi s'agit-il ? Par ce vote référendaire, le peuple britannique a exprimé un souhait – qui se matérialisera ou pas : en effet, sur le plan juridique les institutions parlementaires et gouvernementales doivent prendre acte et confirmer cette option. De même, il faut enclencher la procédure vis à vis de l'UE. Celle-ci, de son côté doit envisager cette situation inédite devant laquelle elle reste bouche bée. Selon toute vraisemblance rien de concret ne se passera avant septembre. D'ici là les différents acteurs auront pris leurs marques et les choses sérieuses pourront commencer.
C'est l'isolationisme habituel ; si britannique : seul l'Empire compte ! Et la situation n'est pas si compliquée ; le Royaume Uni n'est ni ficelé dans Schengen, ni partenaire de l'Euro (quelle horreur !) ; il n'est entré dans la CEE qu'en janvier 1973 en bénéficiant de toutes sortes d'exemptions et d'avantages, donc d'un pied frileux.
Comme il a déjà été écrit la turbulente Europe continentale n'est pas l'essentiel : elle est intéressante mais pas considérée comme vitale ; et à partir du moment où elle risque de présenter plus d'inconvénients que d'avantages, mieux vaut se replier sur ses blanches falaises. La diplomatie des apparences n'intéresse pas les Britanniques, ce qui les intéresse c'est la finance et le commerce. Ils vont donc commencer un chemin fait de méandres complexes, jouant sur plusieurs tableaux à la fois, profitant des hésitations et des discordes européennes, pour arriver à leurs fins : être Européens, certes, mais sans l'être. D'une certaine façon, de Gaulle avait raison quand il ne voulait pas d'eux dans la CEE de son époque.
 
Voyons un peu plus clair sur l'Effet référendaire :
1° Au Royaume Uni : le référendum promis par David Cameron lors de la campagne pour sa réélection est "une fausse bonne idée" : au final, il s'est piégé lui-même et son slogan de campagne "gardons notre économie forte" est tombé en poussière en une seule nuit. Sur le plan politique intérieur, la plus mauvaise conséquence est que voilà matérialisé le clivage profond de l'opinion : le référendum a accentué les oppositions sur les sujets les plus essentiels ; ce n'est jamais bon. Recoller les morceaux va être long et compliqué. En second lieu, le référendum a mis un bazar inouï au sein de l'élite politique et parlementaire, aussi bien chez les Tories qu'au Labour : Cameron battu et démissionnaire (mais démissionnera-t-il vraiment ?) expédiera les affaires courantes jusqu'en septembre ; il l'a annoncé "je stabiliserai le navire, mais ne serai pas le capitaine du changement". Son successeur le plus probable, Boris Johnson a renoncé, plantant là d'ailleurs ceux qui l'ont suivi et soutenu dans le brexit avec une irresponsabilité sidérante. Ce personnage inclassable qui se prend pour Churchill est désormais un peu plus détesté. Coté Labour, le shadow cabinet est en charpie et Corbyn apparaît comme le maitre du désastre ; le 28 Juin a été "le Jour des farces " où tout s'est effondré au Parlement et même le jubilant Farage, principal acteur du Out s'est retiré. Avec beaucoup de bon sens et un esprit critique plus que pointu, l'opinion britannique se demande s'il faut continuer à faire confiance aux inconséquents politiciens.
Plus graves, et de plus long terme, sont les conséquences en Ecosse qui a voté pour rester dans l'Union (comme Londres) à plus de 62 % et dont le referendum pour l'Indépendance a lieu cet automne, sous la houlette de sa virulente Prime, Nicola Sturgeon. L'Ecosse est riche pour la première fois de sa longue histoire, elle veut pleinement en profiter. L'Irlande du Nord, elle aussi à près de 56 % pour rester dans l'UE pourrait bien avoir envie de rejoindre la République d'Irlande qui se porte très bien au sein de l'Union. Il y a aussi le poignant sort de Gibraltar qui a voté à 97 % pour rester dans l'Union et qui risque de nouveau - hors Union- de se retrouver la proie des assauts de l'Espagne.
 
2° Pour l'Union le Brexit concrétise le refus d'une partie des peuples qui font l'Europe économique à errer dans l'anonymat globalisé, la négation de ce qu'ils sont profondément au nom de l'argent, de l'enrichissement de décideurs lointains. Refus aussi de diktats sociaux, d'inégalités insupportables, d'interminables immigrations de peuples incertains. Commander depuis Bruxelles que l'on change de civilisation en quelques années est une extravagance.
Voilà donc l'avertissement  donné aux institutions européennes ; mais ce n'est pas la fin du monde ! Le Royaume Uni reste membre fondamental de l'Assemblée du Conseil de l'Europe, un des meilleurs champions des droits des peuples, des Cours de justice qui en dépendent, de tout un ensemble de "fabrique du droit". L'UE n'est que la machine économique d'un ensemble bien plus vaste.
Elle trouve là une occasion exceptionnelle de s'améliorer, de se réformer, d'être moins occupée d'elle-même, et davantage des peuples impliqués. Elle est devenue tellement monstrueusement administrative, loin des conceptions Jean Monnet/ Schuman/de Gasperi dont le slogan était au sortir de la guerre "redevenir riches et heureux ensemble". Mais elle ne le fera sans doute pas, trop enfermée dans son propre système de lobbies, de compromission multi nationaliste. Pourtant, l'UE devrait sentir la tentation de l'EXIT et en tenir compte : très forte chez les Européens qui ont subi de plein fouet la question migratoire, chez ceux qu'elle a encouragé à vivre au-dessus de leurs moyens et qu'elle punit maintenant, chez ceux qui y sont entrés joyeux et fiers et qui déchantent lourdement. Elle est en pleine confusion entre ceux qui voudraient entrer, ceux qui aimeraient partir, ceux qui se tiennent cois, ceux qui tiennent les décisions et ceux qui les subissent. Expérience jamais vécue qui révèle toutes nos contradictions, notre plus que bimillénaire habitude des batailles et des divergences.
Si les Britanniques confirment, il y aura 2 ans de négociations pour revoir les quelques 3000 accords en vigueur, cela dans le cadre du fameux article 50.
On peut espérer que la raison dominera : en fait – et c'est déjà commencé – ce sera une "sortie sans sortir tout à fait". On en reviendra à la situation ante-73 avec sa flopée d'accords bilatéraux renégociés.
 
3° Le monde, l'argent : c'est le nerf de la guerre. La machine financière ne doit s'emballer ni vers la chute, ni vers l'euphorie. Londres restera la principale place financière d'Europe, c'est sûr. Pour cela on peut faire confiance à Londres : les mesures adéquates sont en marche, à commencer par la baisse à 15 % de l'impôt sur les sociétés dès le 1er Juillet. Certes, il faudra peut-être se serrer la ceinture quelques temps, mais les Britanniques en ont l'habitude. Thatcher est passé par là, et avant elle quelques blitz en tous genres. Par ailleurs le Royaume Uni n'est pas seul : il s'appuie sur le monde entier, à travers son précieux Commonwealth de 53 Etats membres ; sur les Hollandais et autres peuples du Nord, avant tout commerçants ; et sur l'allié nord-américain : John Kerry s'est précipité à Londres dès le lundi 27 pour apaiser les esprits et assurer de son "indéfectible soutien". Ensuite  seulement, il s'est rendu à Bruxelles. Comme l'affirme le chroniqueur Tim Montgomery "pas de panique ! Le futur brillera avec le Brexit !"
 
Bref, ce 23 Juin 2016  n'est ni un séisme, ni un tsunami : juste un rappel à la raison, une reprise d'identité, un avertissement très britannique du peuple britannique, pour lequel furent créés les Bills of Rights .
Et puis, à part le foot et les inondations, tout va bien au Royaume de sa Gracieuse Majesté puisque "la famille royale (citation) qui a bénéficié d'une excellente gestion de ses avoirs, versera la somme record de 304 millions de Livres au Trésor au titre de l'impôt sur ses revenus".
Rule Britania….

Pandemonium

Publié dans Du côté des élites
Pandemonium                                         
 
La politique française est vraiment sans intérêt : ce ne sont que balbutiements, petits arrangements entre ennemis, coups bas, rivalités, silences pesants ou parlottes interminables, tangos constitutionnels et législatifs, creuses déclarations, saupoudrages financiers, incompétence et navrant mépris des citoyens. Un clone d'Achille Talon et un sous-Robespierre espèrent encore occuper les palais de la République en continuant à clamer de pseudo valeurs dont ils ignorent en fait le contenu.
 
En fait, ce n'est pas vraiment de l'incompétence, mais plutôt une inaptitude maladive à être dans le vrai monde. Ce que désirent les Français -quels qu'ils soient– est avoir un avenir... or le chemin semble obstrué par d'abusifs locataires cramponnés à leurs titres et fonctions, sans doute dans la crainte du chômage technique.
Quelques-uns qui travaillent bien, font (selon leurs propres dires) "ce qu'ils peuvent" ; mais dans un tel galimatias institutionnel et représentatif, il est difficile d'être efficace. De toutes façons il est trop tard  : quoi que les gens au pouvoir décident désormais, ce sera trop tard ; le bien disant du palais de la Pompadour a mis 3 ans à endosser le rôle dans lequel il a été brusquement propulsé : passer en quelques semaines d'un poste étriqué de manœuvrier de parti politique à la gestion d'une nation, d'un Etat, d'un peuple, chargés d'Histoire, d'histoires et de turbulences, est un exercice presque impossible à réussir, même en étant réputé habile en sinuosités. Mais entre les mini et minables tractations partisanes et l'imposition d'une réforme constitutionnelle sensée il y a des milliards d'années-lumière, et la bille de la poudre aux yeux n'est pas jouable. Quant à vociférer qu'on est "en guerre" et froncer les sourcils en permanence, c'est à peu près ubuesque.
 
Quel bilan actualiser pour 4 années de reculades et de déchirement social aggravé ?
 
- Une méconnaissance -volontaire ou involontaire – des mécanismes constitutionnels et des équilibres gouvernementaux : si c'est involontaire c'est de l'incompétence ; si c'est volontaire, il s'agit du désir non formulé mais profond d'achever la destruction de l'actuel système républicain, qui fut en son temps une magnifique mécanique de cohésion et de pacification ; mais qui, hélas, de coups de canifs en rafistolages, ne ressemble plus à rien, et qui de toutes façons avait été conçu pour un certains peuple français dans un certain contexte et pour des gouvernants qui n'existent plus ni les uns ni les autres, érodés par le temps et l'évolution générale du monde. Mélenchon n'a pas tort lorsqu'il avance qu'il faudrait passer radicalement à une autre Constitution.
 
- Une méconnaissance –volontaire ou involontaire– et le mépris des lois et des règles administratives : la surabondance de textes jetés sur le pavé, le brouilli-brouilla de fausses mesures qui d'ailleurs ne sont jamais appliquées et se contredisent les unes les autres, car il n'y a jamais ni consultation ni de transaction avec les intéressés, est phénoménal. Le beau droit administratif français qui régna sans partage sur des continents entiers est en lambeaux, largement incompréhensible au citoyen normal. Et avancer que c'est la faute de l'Europe est un gros mensonge.
 
- Le monde civil et privé –celui des citoyens, des entrepreneurs et des agriculteurs– reste en friche, sans aucune réforme d'envergure, car le pouvoir actuel, enfermé dans ses palais, trouillard comme pas deux, n'a aucun sens de la gouvernance, de la consultation, de la transaction. Il lui faudrait la tolérance nordique, la sagesse helvète, le sens commercial et financier britannique, le messianisme yankee, mais tout cela est inatteignable pour des cerveaux strictement préoccupés de campagnes électorales.
 
- La jeunesse est toujours laissée dans l'ornière ; c'est le plus grave : nos diplômes sont désuets, souvent inadaptés au moderne marché du travail. Le récent saupoudrage d'un peu d'argent pour avoir la paix, ressemble aux cacahuètes que l'on lance aux singes dans les zoos. Et où va-t-on trouver ce fric ? Dans la poche des contribuables ?
 
- La Justice, le troisième Pouvoir selon les principes de démocratie parlementaire, n'est ni puissante, ni indépendante : archaïque, baignant dans une pauvreté qui confine à l'indigence, elle est submergée de tâches accablantes, sans lien véritable avec son rôle fondamental qui est de protéger les citoyens des excès sociaux et gouvernementaux.
 
- La place des femmes a lourdement régressé : islam... femmes de pouvoir effrayantes.
 
Il faut arrêter là, la liste est trop longue...
Pourtant, au-delà de la toxique politique imposée, dont il est impossible de discerner l'orientation et le sens, au-delà du strict calcul électoral et de la crainte des journalistes, toutes sortes de gens et d'activités vont bien en France, n'ont jamais cessé de retrousser leurs manches, travaillent, sont efficaces, produisent de la richesse pour tous. Au fait, y a-t-il une Politique au sens réel, c'est à direla gestion de la Cité ?
 
En 1969, un Général qui avait le sens de l'Etat, le respect des institutions et de la volonté des citoyens, avait compris que le peuple qu'il gouvernait ne voulait plus de lui. Les réformes proposées –bien que sensées– ne suffisaient pas, la société concernée risquait de nouveau un grand désordre. Il démissionna. Et permit ainsi, quoi qu'il lui en coutât, mettant son orgueil de côté, avec bon sens et honnêteté, de' remettre les compteurs à zéro, de repartir avec de plus ouvertes perspectives. Ce fut sain et relativement durable pour une France qui a la  bougeotte politique.
Après 14 années de destruction massive, 12 années d'inertie béate à tâter le pis des vaches, 5 années que certains qualifient d'accident électoral, voici 4 années de bafouillages et d'effritement systématique d'une société régulièrement au bord de l'émeute, exsangue, fatiguée et rompue au plus profond d'elle-même.
 
PANDEMONIUM : Mot plutôt anglais issu du grec pan+ daimon-onos =démon, lieu infernal. Par extension, capitale imaginaire  du royaume des Enfers. En littérature : lieu de grand désordre, de confusion, de corruption.
Près de Richmond Park- London – se trouve un étonnant brocanteur/antiquaire dont l'enseigne annonce avec satisfaction "Pandémonium" (Station Mortlake).

Douce France ... Cher pays ...

Publié dans A tout un chacun
Douce France ... Cher pays ...                          
Une vie française...
 
Cela commence plutôt mal : On donne quelques coups de pieds dans le ventre de sa mère, pour lui signaler qu'on est prêt pour la sortie ; sans qu'on ait du tout son permis de conduire, on doit rouler à toute allure sur 40/50 kilomètres afin de pouvoir naitre en toute sécurité  (dixit la ministre), alors qu'une bonne gentille sage-femme (ou homme) locale aurait suffi ; on connait désormais très longtemps à l'avance les naissances à risques. L'excursion natale retire tous vos points de permis dès la naissance, votre mère accouche dans un fossé, et vous apparaissez dans la malle de la voiture !
Après, il y a un ou deux ans à peu près paisibles, mais vos parents cavalent sans cesse entre leurs heures de travail, pour faire face à l'incessante paperasse, les vaccins obligatoires, trouver une nounou correcte, vous inscrire en crèche ou en garderie (toujours bondées) au moins un an à l'avance.
 
L'entrée en maternelle est un virage dangereux : a priori c'est plutôt jouissif car on y a des copains, et de gentilles maîtresses, mais votre sort reste très aléatoire selon le nombre d'impétrants, la réelle compétence des dites demoiselles, le lieu, les locaux, surtout dans les banlieues des grandes villes.
L'entrée en Primaire est un événement phare : avec des parents un peu intellos, si vous avez le malheur de déjà savoir lire et compter, on vous marginalise, les autres mômes se moquent de vous et vous tabassent dans les coins, surtout si à 6 ans ils n'ont toujours rien pigé. La maîtresse ne voit jamais rien. Vos parents sont convoqués plusieurs fois par une dame qui semble très compétente, mais qui en fait est formatée par 5 années de dogme égalitariste, pour s'entendre dire que vous n'êtes pas dans le cadre ; il y a seulement 2 propositions :  soit on vous fait sauter une ou deux classes  et vous vous retrouvez avec des gars qui ont 2 ou 3 ans de plus que vous, fument déjà des joints et vous coincent dans les toilettes, soit on vous conseille une école pour QI supérieur (surdoué ?) très rare, uniquement en grande ville et de toutes façons hors de prix, alors que vous êtes parfaitement normal. Si votre père a l'inconscience de remarquer que Louis XIV parlait grec et latin à 5 ans, vous êtes définitivement grillé. Votre mère pleure tous les jours au lieu de se réjouir, votre père envisage de casser son assurance vie.
 
Le Collège et le Secondaire laissent tout aussi désemparé : plus de latin ni de grec si efficaces pour la mémorisation, les racines, l'orthographe (même rénové) ; ni récitations, ni dictées, ni conjugaisons par cœur ; très peu d'histoire et de géographie : ni rois, ni présidents, ni rivières, ni départements ; c'est donc en famille, à la maison, que l'on découvre son propre pays et le monde, si on a cette chance. Sinon, basta : la planète est un désert. Les vrais bons matheux ne sont plus profs depuis longtemps : ils sont dans des Instituts de recherche ou en Amérique ; un anglais approximatif, peu parlé et anormalement littéraire est parfois dispensé, mais ce n'est pas une page de Shakespeare qui permet de bouffer à London. Quant à vouloir maitriser du japonais, de l'arabe, de l'italien ou du chinois, c'est rechercher des établissements snobs des grandes villes. Pour faire de bonnes études secondaires dans le secteur public, il faut déménager...
 
Les vrais ennuis commencent après le Bac, obligeamment distribué gratos à la sortie des établissements secondaires : si on ne sait vraiment pas quoi faire de son avenir, les conseils en orientation sont cafouilleux, offrant des choix très limités ; les classes Prépa ne sont pas mal, mais d'une cruauté sélective qui traumatise inutilement à vie car on n'y est pas du tout préparé. Le système - unique à la France – Grandes Ecoles + Universités font de ces dernières le lamentable débarras des premières au détriment du fameux principe égalitaire qu'on continue à nous faire gober. Personne ne parle jamais de la grande misère universitaire et de son niveau en régression constante ; sauf quelques niches dûment élitistes et prudemment cachées par les profs des lycées huppés, qui y enfournent leur privilégiée progéniture tout en clamant Vive l'anarchie !
A peu près au même moment, l'enfer très coûteux et fort aléatoire de l'obtention du permis de conduire n'est pas mal non plus : la lenteur de la procédure, les grèves et congés d'inspecteurs peu nombreux (savent-ils conduire, eux ?), le peu de rigueur du concours laissent exsangue : on lâche sur les autoroutes des machines à tuer conduites par des bleus persuadés d'être Hamilton.
 
Trouver un job, même avec de bons (apparemment) diplômes, relève de l'exploit. La paperasse, les blocages administratifs ou locaux, l'opacité des questionnaires, les copinages et les chasses gardées compliquent étrangement la recherche du Graal, la très française panacée restant l'emploi administratif à vie, hyper protégé : lorsqu'on embauche un fonctionnaire, on en prend pour 42 ans... qu'il soit bon ou mauvais, qu'il vienne au bureau ou pas... Le plus souvent, avec 6 ans d'études dites supérieures, on se retrouve à vivoter dans des classes d'un lycée paumé dans une banlieue blafarde, sans autobus, avec un salaire à peine décent. Pour le secteur privé, l'éventail rétrécit de semaine en semaine ; certains territoires sont vierges de toute embauche... Bref, on s'en va faire fortune ailleurs, ou l'on végète là où on a réussi à atterrir, dans la crainte de l'annuelle feuille d'impôt.
 
Se loger relève aussi du cauchemar : si on désire un truc à peu près vivable d'où on peut sortir le matin et rentrer le soir sans se faire égorger, c'est hors de prix, et sans relation aucune avec votre salaire ; sinon, il faut émigrer dans des lieux indéfinissables, en permanence perturbées par des transports collectifs nauséabonds, gravitant dans la grève surprise et des tarifs surdimensionnés, ou bien dans un onéreux véhicule privé, orphelin de parking périphérique, et dont la dangerosité et l'aléa embouteillé ne sont plus évitables. Quelle que soit la procédure, on arrive au boulot à l'état de loque, ne rêvant que d'un café dispensé par une machine très fréquemment en panne, prêt à remplir sa nouvelle feuille de maladie.
Si on a fait le judicieux choix de la province et de la ville moyenne, c'est un peu mieux (ou moins pire) mais le plus souvent dépérissant d'ennui, car tous les commerces sont fermés tout le temps, très tôt en semaine pour ne pas rater Questions pour un lampion, ou à la recherche de tous les jours fériés imaginables, hormis les déprimantes grandes surfaces (elles aussi particulières à la France). Les rues sont désespérément vides, les cinémas rares, les vieillards silencieux, les ménagères réservées. L'ostracisme est parfois définitif et permanent si vous êtes ostensiblement ex-parisien ou si vous n'avez pas un ancêtre local.             
 
Il y a aussi la "chasse fiscale", grand sport national qu'il s'agisse du revenu personnel, de l'employeur (s'il y en a un), ou du territorial et local : l'opacité de la démarche, avec son grand râteau reste énigmatique ; source de colère et d'incompréhension, les essais de tricheries sont multiples. Il y a aussi la constante pénalisation du mouvement : "bouger" en France est un sport à hauts risques qui entraine environ un an de formalités, alors que le reste du monde sait que "la mobilité" est une des clefs de la prospérité : en France, on ne bouge ni de son terrier, ni de son territoire, ni de son emploi... ; peut-être parce que l'école a omis de vous apprendre la géographie ?
 
Avec un peu de passé, vous vous apercevez souvent que les libertés de pensée, de religion, d'exprimer son opinion, de ce que l'on fait de soi-même, y compris sexuellement, ont rétréci de manière implacable : les loisirs obligés, les engouements collectifs obligatoires, la nouvelle nécessité de s'auto surveiller sont de plus en plus fréquents. Pour échapper aux lieux communs générés par les chaines de télévision, aux hurlantes stations de radio et au constant racolage publicitaire, il faut se réfugier dans l'abstention, ce qui est loin d'être épanouissant. On finit par envier le berger du Larzac auquel suffit la compagnie de ses chèvres bêlantes, le pêcheur vietnamien avec ses cormorans...Mais ceux-là, eux-mêmes, sont gravement menacés par la promesse d'une extinction prochaine. Le recul de l'intimité et de la vie privée, les interdits de plus en plus nombreux et infondés consistant à surveiller en permanence la fumée, l'éclairage, le chauffage, la peinture du logis finissent par le rendre suspect, comme dans 1984 de George (sans S) Orwell. La tente Quechua semble une solution.
Le voisinage  est aussi devenu un problème : entre les "trop bruyants" et les "trop taiseux", la haine est absolue : les joyeux et les friqués sont mal vus par les chômeurs et les retraités, les unions libres et les PACS absurdement rejetés par les célibataires et les cathos avec famille nombreuse, les basanés doivent être parqués dans des immeubles insalubres, les exotiques envoyés dans d'impossibles jungles, les nonantes dans des mouroirs inavouables, les étudiants dans des soupentes sans toilettes. L'art de la détestation entre jeunesse et vieillesse est un des sommets de notre société franchouillarde. Il y a aussi les abominables vacances d'été, soit disant enchanteresses, mais devenues une invraisemblable foire aux embouteillages et aux rassemblements suants et mal odorants, persillées de péages et de pizzas Mac Do.
 
Au prétexte de financement, l'Etat s'est également emparé de votre corps et de votre santé : le remboursement Sécu est le prétexte à s'immiscer dans le fonctionnement vital : certes, il en ressort de fréquents bienfaits, mais à quel prix ! Et pour encore combien de temps ? Le système ne peut survivre que dans les dettes les plus extravagantes : à l'irresponsabilité, s'ajoute un vague sentiment de culpabilité : chaque cachet d'aspirine aggravant le trou de la sécurité sociale. Or la panacée n'est pas de "ne pas payer", mais de pouvoir "disposer librement de son corps". Les attentes interminables, l'autoritarisme médical, son mystère perpétué, l'inégalité des traitements sont autant de sujets désespérants
Mourir comme on veut, quand on veut est de plus en plus difficile : "chez soi" ou entouré de machines et de tuyauterie ? Comme a écrit La Rochefoucauld : "quand l'heure est venue, il faut l'accepter". La mort est devenue "propriété de l'Etat". L'abominable sédation  - votée – laisse pantois car elle peut être administrée sans votre volonté ; le mot lui-même, proche de "sudation", fait que la mort "transpire" en vous au gré d'opaques décisions hospitalières, car il y a toujours un moment où "il faut libérer le lit" pour le suivant...
 
Et post mortem ? Là, Massacre à la tronçonneuse n'est pas loin : la nouvelle législation sur le don d'organe (qui certes est louable et utile) autorise à récupérer tout ce qui est utilisable sur des dépouilles à peine refroidies. Ne sommes-nous finalement qu'un fatras de pièces de rechange, un amas de cellules, de peau et de muscles ? Même avec les bons soins de la Sécu, on a finalement intérêt, pour pouvoir "reposer en paix", à mourir avec des poumons bouffés aux mites, un cœur qui bat la breloque, un foie d'alcolo, des yeux mirauds, enfin bref, rien de matériellement correct à réemployer. Il serait bon de rappeler aux inventeurs de telles mesures, que l'être humain a aussi un esprit, une pensée, un intellect...enfin, une âme peut être, et qu'il n'est pas qu'un tas de viande, même s'il meurt beaucoup.
 
Nous vivons désormais dévorés par un Etat omni présent qui "mande et ordonne", se mêle de tout et de ce qui ne le regarde pas, ne fait jamais confiance aux individus et nous prend pour des crétins. Interdits et contraintes pullulent, amplifiés par les délires journalistiques dont le gagne-pain est d'entretenir la crainte de tout, la peur de manquer, les tsunamis, l'inondation centennale, les légumes pas frais, le nucléaire, la collision météorique, l'Islam, la fin du monde. Et puis, à force de ne dialoguer qu'avec des écrans que l'on peut insulter, piétiner et éteindre, les humains finissent par être traités comme des écrans que l'on peut piétiner, insulter et éteindre.
Voilà donc la belle France remisée dans les 30ème grognassants, les 40ème rugissants et d'immenses pôles de silence, de lassitude et de mécontentement ; doit-on rougir de cette dégradation des relations humaines, avoir la simple nostalgie du respect ?
Douce France... je t'ai gardée dans mon cœur...
 
P.S. Douce France, parole et musique de Charles Trenet, éditions Salabert 1943          

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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