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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

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Pandemonium

Publié dans Du côté des élites
Pandemonium                                         
 
La politique française est vraiment sans intérêt : ce ne sont que balbutiements, petits arrangements entre ennemis, coups bas, rivalités, silences pesants ou parlottes interminables, tangos constitutionnels et législatifs, creuses déclarations, saupoudrages financiers, incompétence et navrant mépris des citoyens. Un clone d'Achille Talon et un sous-Robespierre espèrent encore occuper les palais de la République en continuant à clamer de pseudo valeurs dont ils ignorent en fait le contenu.
 
En fait, ce n'est pas vraiment de l'incompétence, mais plutôt une inaptitude maladive à être dans le vrai monde. Ce que désirent les Français -quels qu'ils soient– est avoir un avenir... or le chemin semble obstrué par d'abusifs locataires cramponnés à leurs titres et fonctions, sans doute dans la crainte du chômage technique.
Quelques-uns qui travaillent bien, font (selon leurs propres dires) "ce qu'ils peuvent" ; mais dans un tel galimatias institutionnel et représentatif, il est difficile d'être efficace. De toutes façons il est trop tard  : quoi que les gens au pouvoir décident désormais, ce sera trop tard ; le bien disant du palais de la Pompadour a mis 3 ans à endosser le rôle dans lequel il a été brusquement propulsé : passer en quelques semaines d'un poste étriqué de manœuvrier de parti politique à la gestion d'une nation, d'un Etat, d'un peuple, chargés d'Histoire, d'histoires et de turbulences, est un exercice presque impossible à réussir, même en étant réputé habile en sinuosités. Mais entre les mini et minables tractations partisanes et l'imposition d'une réforme constitutionnelle sensée il y a des milliards d'années-lumière, et la bille de la poudre aux yeux n'est pas jouable. Quant à vociférer qu'on est "en guerre" et froncer les sourcils en permanence, c'est à peu près ubuesque.
 
Quel bilan actualiser pour 4 années de reculades et de déchirement social aggravé ?
 
- Une méconnaissance -volontaire ou involontaire – des mécanismes constitutionnels et des équilibres gouvernementaux : si c'est involontaire c'est de l'incompétence ; si c'est volontaire, il s'agit du désir non formulé mais profond d'achever la destruction de l'actuel système républicain, qui fut en son temps une magnifique mécanique de cohésion et de pacification ; mais qui, hélas, de coups de canifs en rafistolages, ne ressemble plus à rien, et qui de toutes façons avait été conçu pour un certains peuple français dans un certain contexte et pour des gouvernants qui n'existent plus ni les uns ni les autres, érodés par le temps et l'évolution générale du monde. Mélenchon n'a pas tort lorsqu'il avance qu'il faudrait passer radicalement à une autre Constitution.
 
- Une méconnaissance –volontaire ou involontaire– et le mépris des lois et des règles administratives : la surabondance de textes jetés sur le pavé, le brouilli-brouilla de fausses mesures qui d'ailleurs ne sont jamais appliquées et se contredisent les unes les autres, car il n'y a jamais ni consultation ni de transaction avec les intéressés, est phénoménal. Le beau droit administratif français qui régna sans partage sur des continents entiers est en lambeaux, largement incompréhensible au citoyen normal. Et avancer que c'est la faute de l'Europe est un gros mensonge.
 
- Le monde civil et privé –celui des citoyens, des entrepreneurs et des agriculteurs– reste en friche, sans aucune réforme d'envergure, car le pouvoir actuel, enfermé dans ses palais, trouillard comme pas deux, n'a aucun sens de la gouvernance, de la consultation, de la transaction. Il lui faudrait la tolérance nordique, la sagesse helvète, le sens commercial et financier britannique, le messianisme yankee, mais tout cela est inatteignable pour des cerveaux strictement préoccupés de campagnes électorales.
 
- La jeunesse est toujours laissée dans l'ornière ; c'est le plus grave : nos diplômes sont désuets, souvent inadaptés au moderne marché du travail. Le récent saupoudrage d'un peu d'argent pour avoir la paix, ressemble aux cacahuètes que l'on lance aux singes dans les zoos. Et où va-t-on trouver ce fric ? Dans la poche des contribuables ?
 
- La Justice, le troisième Pouvoir selon les principes de démocratie parlementaire, n'est ni puissante, ni indépendante : archaïque, baignant dans une pauvreté qui confine à l'indigence, elle est submergée de tâches accablantes, sans lien véritable avec son rôle fondamental qui est de protéger les citoyens des excès sociaux et gouvernementaux.
 
- La place des femmes a lourdement régressé : islam... femmes de pouvoir effrayantes.
 
Il faut arrêter là, la liste est trop longue...
Pourtant, au-delà de la toxique politique imposée, dont il est impossible de discerner l'orientation et le sens, au-delà du strict calcul électoral et de la crainte des journalistes, toutes sortes de gens et d'activités vont bien en France, n'ont jamais cessé de retrousser leurs manches, travaillent, sont efficaces, produisent de la richesse pour tous. Au fait, y a-t-il une Politique au sens réel, c'est à direla gestion de la Cité ?
 
En 1969, un Général qui avait le sens de l'Etat, le respect des institutions et de la volonté des citoyens, avait compris que le peuple qu'il gouvernait ne voulait plus de lui. Les réformes proposées –bien que sensées– ne suffisaient pas, la société concernée risquait de nouveau un grand désordre. Il démissionna. Et permit ainsi, quoi qu'il lui en coutât, mettant son orgueil de côté, avec bon sens et honnêteté, de' remettre les compteurs à zéro, de repartir avec de plus ouvertes perspectives. Ce fut sain et relativement durable pour une France qui a la  bougeotte politique.
Après 14 années de destruction massive, 12 années d'inertie béate à tâter le pis des vaches, 5 années que certains qualifient d'accident électoral, voici 4 années de bafouillages et d'effritement systématique d'une société régulièrement au bord de l'émeute, exsangue, fatiguée et rompue au plus profond d'elle-même.
 
PANDEMONIUM : Mot plutôt anglais issu du grec pan+ daimon-onos =démon, lieu infernal. Par extension, capitale imaginaire  du royaume des Enfers. En littérature : lieu de grand désordre, de confusion, de corruption.
Près de Richmond Park- London – se trouve un étonnant brocanteur/antiquaire dont l'enseigne annonce avec satisfaction "Pandémonium" (Station Mortlake).

Douce France ... Cher pays ...

Publié dans A tout un chacun
Douce France ... Cher pays ...                          
Une vie française...
 
Cela commence plutôt mal : On donne quelques coups de pieds dans le ventre de sa mère, pour lui signaler qu'on est prêt pour la sortie ; sans qu'on ait du tout son permis de conduire, on doit rouler à toute allure sur 40/50 kilomètres afin de pouvoir naitre en toute sécurité  (dixit la ministre), alors qu'une bonne gentille sage-femme (ou homme) locale aurait suffi ; on connait désormais très longtemps à l'avance les naissances à risques. L'excursion natale retire tous vos points de permis dès la naissance, votre mère accouche dans un fossé, et vous apparaissez dans la malle de la voiture !
Après, il y a un ou deux ans à peu près paisibles, mais vos parents cavalent sans cesse entre leurs heures de travail, pour faire face à l'incessante paperasse, les vaccins obligatoires, trouver une nounou correcte, vous inscrire en crèche ou en garderie (toujours bondées) au moins un an à l'avance.
 
L'entrée en maternelle est un virage dangereux : a priori c'est plutôt jouissif car on y a des copains, et de gentilles maîtresses, mais votre sort reste très aléatoire selon le nombre d'impétrants, la réelle compétence des dites demoiselles, le lieu, les locaux, surtout dans les banlieues des grandes villes.
L'entrée en Primaire est un événement phare : avec des parents un peu intellos, si vous avez le malheur de déjà savoir lire et compter, on vous marginalise, les autres mômes se moquent de vous et vous tabassent dans les coins, surtout si à 6 ans ils n'ont toujours rien pigé. La maîtresse ne voit jamais rien. Vos parents sont convoqués plusieurs fois par une dame qui semble très compétente, mais qui en fait est formatée par 5 années de dogme égalitariste, pour s'entendre dire que vous n'êtes pas dans le cadre ; il y a seulement 2 propositions :  soit on vous fait sauter une ou deux classes  et vous vous retrouvez avec des gars qui ont 2 ou 3 ans de plus que vous, fument déjà des joints et vous coincent dans les toilettes, soit on vous conseille une école pour QI supérieur (surdoué ?) très rare, uniquement en grande ville et de toutes façons hors de prix, alors que vous êtes parfaitement normal. Si votre père a l'inconscience de remarquer que Louis XIV parlait grec et latin à 5 ans, vous êtes définitivement grillé. Votre mère pleure tous les jours au lieu de se réjouir, votre père envisage de casser son assurance vie.
 
Le Collège et le Secondaire laissent tout aussi désemparé : plus de latin ni de grec si efficaces pour la mémorisation, les racines, l'orthographe (même rénové) ; ni récitations, ni dictées, ni conjugaisons par cœur ; très peu d'histoire et de géographie : ni rois, ni présidents, ni rivières, ni départements ; c'est donc en famille, à la maison, que l'on découvre son propre pays et le monde, si on a cette chance. Sinon, basta : la planète est un désert. Les vrais bons matheux ne sont plus profs depuis longtemps : ils sont dans des Instituts de recherche ou en Amérique ; un anglais approximatif, peu parlé et anormalement littéraire est parfois dispensé, mais ce n'est pas une page de Shakespeare qui permet de bouffer à London. Quant à vouloir maitriser du japonais, de l'arabe, de l'italien ou du chinois, c'est rechercher des établissements snobs des grandes villes. Pour faire de bonnes études secondaires dans le secteur public, il faut déménager...
 
Les vrais ennuis commencent après le Bac, obligeamment distribué gratos à la sortie des établissements secondaires : si on ne sait vraiment pas quoi faire de son avenir, les conseils en orientation sont cafouilleux, offrant des choix très limités ; les classes Prépa ne sont pas mal, mais d'une cruauté sélective qui traumatise inutilement à vie car on n'y est pas du tout préparé. Le système - unique à la France – Grandes Ecoles + Universités font de ces dernières le lamentable débarras des premières au détriment du fameux principe égalitaire qu'on continue à nous faire gober. Personne ne parle jamais de la grande misère universitaire et de son niveau en régression constante ; sauf quelques niches dûment élitistes et prudemment cachées par les profs des lycées huppés, qui y enfournent leur privilégiée progéniture tout en clamant Vive l'anarchie !
A peu près au même moment, l'enfer très coûteux et fort aléatoire de l'obtention du permis de conduire n'est pas mal non plus : la lenteur de la procédure, les grèves et congés d'inspecteurs peu nombreux (savent-ils conduire, eux ?), le peu de rigueur du concours laissent exsangue : on lâche sur les autoroutes des machines à tuer conduites par des bleus persuadés d'être Hamilton.
 
Trouver un job, même avec de bons (apparemment) diplômes, relève de l'exploit. La paperasse, les blocages administratifs ou locaux, l'opacité des questionnaires, les copinages et les chasses gardées compliquent étrangement la recherche du Graal, la très française panacée restant l'emploi administratif à vie, hyper protégé : lorsqu'on embauche un fonctionnaire, on en prend pour 42 ans... qu'il soit bon ou mauvais, qu'il vienne au bureau ou pas... Le plus souvent, avec 6 ans d'études dites supérieures, on se retrouve à vivoter dans des classes d'un lycée paumé dans une banlieue blafarde, sans autobus, avec un salaire à peine décent. Pour le secteur privé, l'éventail rétrécit de semaine en semaine ; certains territoires sont vierges de toute embauche... Bref, on s'en va faire fortune ailleurs, ou l'on végète là où on a réussi à atterrir, dans la crainte de l'annuelle feuille d'impôt.
 
Se loger relève aussi du cauchemar : si on désire un truc à peu près vivable d'où on peut sortir le matin et rentrer le soir sans se faire égorger, c'est hors de prix, et sans relation aucune avec votre salaire ; sinon, il faut émigrer dans des lieux indéfinissables, en permanence perturbées par des transports collectifs nauséabonds, gravitant dans la grève surprise et des tarifs surdimensionnés, ou bien dans un onéreux véhicule privé, orphelin de parking périphérique, et dont la dangerosité et l'aléa embouteillé ne sont plus évitables. Quelle que soit la procédure, on arrive au boulot à l'état de loque, ne rêvant que d'un café dispensé par une machine très fréquemment en panne, prêt à remplir sa nouvelle feuille de maladie.
Si on a fait le judicieux choix de la province et de la ville moyenne, c'est un peu mieux (ou moins pire) mais le plus souvent dépérissant d'ennui, car tous les commerces sont fermés tout le temps, très tôt en semaine pour ne pas rater Questions pour un lampion, ou à la recherche de tous les jours fériés imaginables, hormis les déprimantes grandes surfaces (elles aussi particulières à la France). Les rues sont désespérément vides, les cinémas rares, les vieillards silencieux, les ménagères réservées. L'ostracisme est parfois définitif et permanent si vous êtes ostensiblement ex-parisien ou si vous n'avez pas un ancêtre local.             
 
Il y a aussi la "chasse fiscale", grand sport national qu'il s'agisse du revenu personnel, de l'employeur (s'il y en a un), ou du territorial et local : l'opacité de la démarche, avec son grand râteau reste énigmatique ; source de colère et d'incompréhension, les essais de tricheries sont multiples. Il y a aussi la constante pénalisation du mouvement : "bouger" en France est un sport à hauts risques qui entraine environ un an de formalités, alors que le reste du monde sait que "la mobilité" est une des clefs de la prospérité : en France, on ne bouge ni de son terrier, ni de son territoire, ni de son emploi... ; peut-être parce que l'école a omis de vous apprendre la géographie ?
 
Avec un peu de passé, vous vous apercevez souvent que les libertés de pensée, de religion, d'exprimer son opinion, de ce que l'on fait de soi-même, y compris sexuellement, ont rétréci de manière implacable : les loisirs obligés, les engouements collectifs obligatoires, la nouvelle nécessité de s'auto surveiller sont de plus en plus fréquents. Pour échapper aux lieux communs générés par les chaines de télévision, aux hurlantes stations de radio et au constant racolage publicitaire, il faut se réfugier dans l'abstention, ce qui est loin d'être épanouissant. On finit par envier le berger du Larzac auquel suffit la compagnie de ses chèvres bêlantes, le pêcheur vietnamien avec ses cormorans...Mais ceux-là, eux-mêmes, sont gravement menacés par la promesse d'une extinction prochaine. Le recul de l'intimité et de la vie privée, les interdits de plus en plus nombreux et infondés consistant à surveiller en permanence la fumée, l'éclairage, le chauffage, la peinture du logis finissent par le rendre suspect, comme dans 1984 de George (sans S) Orwell. La tente Quechua semble une solution.
Le voisinage  est aussi devenu un problème : entre les "trop bruyants" et les "trop taiseux", la haine est absolue : les joyeux et les friqués sont mal vus par les chômeurs et les retraités, les unions libres et les PACS absurdement rejetés par les célibataires et les cathos avec famille nombreuse, les basanés doivent être parqués dans des immeubles insalubres, les exotiques envoyés dans d'impossibles jungles, les nonantes dans des mouroirs inavouables, les étudiants dans des soupentes sans toilettes. L'art de la détestation entre jeunesse et vieillesse est un des sommets de notre société franchouillarde. Il y a aussi les abominables vacances d'été, soit disant enchanteresses, mais devenues une invraisemblable foire aux embouteillages et aux rassemblements suants et mal odorants, persillées de péages et de pizzas Mac Do.
 
Au prétexte de financement, l'Etat s'est également emparé de votre corps et de votre santé : le remboursement Sécu est le prétexte à s'immiscer dans le fonctionnement vital : certes, il en ressort de fréquents bienfaits, mais à quel prix ! Et pour encore combien de temps ? Le système ne peut survivre que dans les dettes les plus extravagantes : à l'irresponsabilité, s'ajoute un vague sentiment de culpabilité : chaque cachet d'aspirine aggravant le trou de la sécurité sociale. Or la panacée n'est pas de "ne pas payer", mais de pouvoir "disposer librement de son corps". Les attentes interminables, l'autoritarisme médical, son mystère perpétué, l'inégalité des traitements sont autant de sujets désespérants
Mourir comme on veut, quand on veut est de plus en plus difficile : "chez soi" ou entouré de machines et de tuyauterie ? Comme a écrit La Rochefoucauld : "quand l'heure est venue, il faut l'accepter". La mort est devenue "propriété de l'Etat". L'abominable sédation  - votée – laisse pantois car elle peut être administrée sans votre volonté ; le mot lui-même, proche de "sudation", fait que la mort "transpire" en vous au gré d'opaques décisions hospitalières, car il y a toujours un moment où "il faut libérer le lit" pour le suivant...
 
Et post mortem ? Là, Massacre à la tronçonneuse n'est pas loin : la nouvelle législation sur le don d'organe (qui certes est louable et utile) autorise à récupérer tout ce qui est utilisable sur des dépouilles à peine refroidies. Ne sommes-nous finalement qu'un fatras de pièces de rechange, un amas de cellules, de peau et de muscles ? Même avec les bons soins de la Sécu, on a finalement intérêt, pour pouvoir "reposer en paix", à mourir avec des poumons bouffés aux mites, un cœur qui bat la breloque, un foie d'alcolo, des yeux mirauds, enfin bref, rien de matériellement correct à réemployer. Il serait bon de rappeler aux inventeurs de telles mesures, que l'être humain a aussi un esprit, une pensée, un intellect...enfin, une âme peut être, et qu'il n'est pas qu'un tas de viande, même s'il meurt beaucoup.
 
Nous vivons désormais dévorés par un Etat omni présent qui "mande et ordonne", se mêle de tout et de ce qui ne le regarde pas, ne fait jamais confiance aux individus et nous prend pour des crétins. Interdits et contraintes pullulent, amplifiés par les délires journalistiques dont le gagne-pain est d'entretenir la crainte de tout, la peur de manquer, les tsunamis, l'inondation centennale, les légumes pas frais, le nucléaire, la collision météorique, l'Islam, la fin du monde. Et puis, à force de ne dialoguer qu'avec des écrans que l'on peut insulter, piétiner et éteindre, les humains finissent par être traités comme des écrans que l'on peut piétiner, insulter et éteindre.
Voilà donc la belle France remisée dans les 30ème grognassants, les 40ème rugissants et d'immenses pôles de silence, de lassitude et de mécontentement ; doit-on rougir de cette dégradation des relations humaines, avoir la simple nostalgie du respect ?
Douce France... je t'ai gardée dans mon cœur...
 
P.S. Douce France, parole et musique de Charles Trenet, éditions Salabert 1943          

De Bogor à Auckland

Publié dans De par le monde
De Bogor à Auckland                                       
 
La décision, à l'époque, était passée presque inaperçue dans nos cieux toujours troublés : le 15 novembre 1994, 18 pays riverains du Pacifique réunis au palais de Bogor au sud de Djakarta, avaient décidé de créer d'ici à 2020 – c'était "osé" de prévoir sur un si long terme – une vaste zone de libre-échange Asie-Pacifique. Pour les plus développés d'entre eux, la perspective pouvait être ramenée à 2010. Parmi les partenaires : les USA, le Canada, la Chine, l'Indonésie, le Japon, le Mexique, la Corée du sud, Taïwan, la Nouvelle Zélande, l'Australie...
Le 8 Février 2016, à Auckland, capitale de la Nouvelle Zélande, le Pacte de Bogor est confirmé, réaménagé pour 12 partenaires seulement. Tant d'évènements se sont produits en 22 ans ! Le Trans-Pacific Partnership (T.P.P.) représente un aboutissement longuement négocié, essentiel pour l'avenir du développement mondial : l'affirmation, au-delà de toutes les difficultés, qu'il peut exister une économie-monde selon le célèbre concept de Fernand Braudel.
 
La bonne diplomatie se construit lentement, surtout lorsqu'il s'agit d'économie : le T.P.P. en est l'éblouissante démonstration. Le gigantesque Pacifique, autrefois inimaginable, presque infranchissable, exploré par les Européens seulement à partir du milieu du 19ème siècle est en train de devenir un "bassin" économique et relationnel, comme le fut la Méditerranée pour les Européens pendant 2 millénaires. Les Européens n'ont pas vraiment compris que la Méditerranée devenue lieu de discorde et de troubles ne joue plus son rôle fédérateur. Le beau projet d'une communauté méditerranéenne entre tous les riverains, semble perdu pour des décennies. Cette mer semi fermée, relais entre les grands flux de l'Est et l'Atlantique, débouché du canal de Suez, est terriblement affaiblie par les guerres de l'Islam, l'immobilisme maghrébin, la méfiance et la persistante division des Européens et son inertie portuaire.
Une grande partie de la bonne santé de l'Europe du Nord, depuis la Hollande jusqu'au Cercle Polaire est due à la politique commune établie entre les riverains pour la mer du Nord et la Baltique, créant ainsi un "bassin" de relations de tous ordres et des trafics paisibles entre les 13 riverains, au-delà des clivages politiques.
 
La même démarche anime les riverains Pacifique, et les sources en sont anciennes. Avant Bogor, il y eut les indépendances besogneuses, les débuts de croissance contrecarrés par les désastres politiques, des guerres de clans, la tentation communiste, des guerres affreuses en Corée, dans l'ex Indochine. Les très british et conservatrices Australie et Nouvelle Zélande ne voulaient pas entendre parler des Asiatiques. Il fallut bien affronter l'évidence : continuer à jouer sa partie tout seul était suicidaire. L'aveuglement fondit face aux réalités : l'immensité de l'océan est - certes – facteur d'isolement, mais aussi un pion sécuritaire et le prétexte à des coopérations longue distance originales.
 
Une bonne compréhension du processus implique de se reporter aux années 1950 : la Corée est en cendres, ravagée par la longue occupation japonaise et la guerre qui aboutit à la démarcation du 38ème parallèle ; le Japon est dévasté, ses industries et ses villes à reconstruire, la population affamée, les 2 bombes atomiques ont obligé à refonder un Etat occidentalisé ; la sagesse des Etats-Unis (au-delà de son comportement moralement vexatoire) est d'avoir donné à son ex-ennemi "les moyens de reconstruire son économie" (dixit le Président Truman). L'Australie et la Nouvelle Zélande, qui ont nourri les Alliés pendant 5 ans, souhaitent évoluer pour leur propres ambitions ; les autres Pacifique partent à la conquête de leur indépendance et cela ne se fera ni dans la paix ni dans la dentelle. L'hydre communiste est partout, les choix sont difficiles : l'URSS de Staline fait peur, la Chine de Mao est en auto-conquête. Entre Coca Cola et bol de riz, les allées et venues sont multiples et sans indulgence.
 
Au milieu des années 60 les plaies les plus béantes commencent à cicatriser : le Japon sert d'atelier électrique, électronique et automobile aux Etats Unis, les Coréens du Sud prennent leur reconstruction à bras le corps, exploitent (enfin) pour leur propres activités leur millénaire savoir métallurgique : Hyundaï sort sa première voiture en 1964. Hong Kong développe son précieux port de transit protégée par son statut particulier, Singapour arrête – aidée par les Britanniques – de se chamailler avec ses voisins musulmans, l'ex Formose, devenue Taïwan bénéficie de la récupération de riches familles de Chine continentale capables de financer une autonomie (avec l'aide des Américains).
Tout cela se concrétise, malgré le conflit vietnamien – disons entre 1970 et 1985 – par des croissances à 8 et 12% par an et de judicieuses politiques d'éducation et d'environnement développées selon des principes communs : ce seront l'APEC (Asian Pacific Economic Cooperation) et l'ASEAN où 10 partenaires + 3 associés déterminent des programmes de développement économique et culturel. C'est le Programme que les Européens connaissent le mieux.
 
En 1966 à Kyoto, une petite entreprise familiale diffuse depuis 1889 un jeu de cartes, le Hanafuda, connu depuis des siècles, très prisé des japonais ; elle décide de développer une gamme de jeux sur un support électronique ; elle s'appelle Nintendo Koppai . En 1976 le génial Morita, directeur de l'usine Sony demande à ses ingénieurs d'inventer un moyen d'écouter de la musique sans déranger les voisins : ce sera le Walkman. En Corée du Sud, une république parlementaire émerge des périodes de dictature, confortée par le déroulement des J.O. à Séoul en 1994, ce qui l'inclut définitivement dans le club occidental. Au sud, le port d'Ulsan devient le fief d'industries navales sous l'égide du conglomérat (chaebol) Huyndaï ; le premier bateau est baptisé en 1974 ; en 83 la production dépasse celle du japonais Mitsubishi.
 
A la fin des années 80 l'Europe ébahie découvre l'alliance des Quatre Dragons : Corée du Sud – Taïwan – Singapour – Hong Kong, tous 4 tournés vers le développement de l'activité portuaire, le transit longue distance, auxquels sont liés la banque, la finance et la recherche technologique. Cependant que la Chine continentale, tout en restant communiste, commence à développer une économie de marché, et se faire exportatrice.
Aujourd'hui, malgré les crises, le Japon reste la 3ème puissance économique mondiale, derrière les Etats Unis et la Chine ; la Corée du Sud entre dans le Top 12, Singapour et Hong Kong sont les 1er et 2ème ports de containers au monde, en bataille avec les nouveaux ports chinois ; Sydney et Auckland sont parmi les villes les plus agréables et prometteuses pour s'établir.
 
Quelle est la suite de Bogor ? Eh bien, son enfant privilégié est le Trans-Pacific Partnership : les négociations n'ont jamais cessé, malgré les divergences ou les changements politiques. Le Bassin Pacifique est une réalité : certains signataires de Bogor ont disparu : le Mexique, l'Indonésie, "instables et économiquement insuffisants", et surtout la Chine, puisque le T.P.P. peut être considéré comme une barrière à l'invasion économique chinoise et ses pratiques douteuses.
Les 12 nouveaux partenaires du T.P.P. comprennent de "petits nouveaux, ceux qui ont connu en 20 ans une remarquable ascension, assortie de stabilité financière ; ce sont le Sultanat de Bruneï (son pétrole et son gaz), la Malaisie et ses richesses tellement diversifiées, Singapour, sa puissance portuaire et bancaire, deux sud-américains : le Chili et le Pérou, et le Vietnam (un peu risqué selon certains) en pleine croissance. Les Etats-Unis assurent un leadership évident, basculant leurs ambitions économiques de l'Atlantique (usé) au Pacifique pour au moins 30 ans. Les grands absents sont les deux Corées, surtout en raison des extravagances du Nord : il est prudent de ne pas indisposer  les Kim et consorts ; mais l'incontournable Corée du Sud est liée à ses voisins par un faisceau d'accords bilatéraux, moindre mal jusqu'à nouvel ordre. Le Mexique est lié au Canada et aux Etats Unis dans le cadre de l'ALENA (North Free Trade Agreement) qui fonctionne plus ou moins mal depuis 1994, donc pas totalement sur la touche ; Hong Kong et Taïwan sont trop dépendantes des humeurs chinoises. Par le jeu d'accords locaux ou partiels, le Pacifique présente désormais une surface unifiée. Les Philippines doivent se développer et mettre fin à leur endémique désordre. La grande muette reste la Russie, pourtant très présente dans l'extrême nord. La France, malgré ses nombreuses escales insulaires n'a pas été considérée, ce qui est regrettable.
 
Le Trans Pacific Partnership représente un potentiel de flux commerciaux mondiaux qui dépassent déjà de plus de la moitié les flux atlantiques ; les perspectives de capitalisations sont illimitées. Et ces Etats veillent soigneusement à leur sécurité financière et sociale. Les grands gagnants sont évidemment les Etats Unis qui bétonnent leur leadership pacifique et réorientent ainsi leur reprise économique (1). Il garantit aussi une certaine unité de vues et de stratégie face à la Chine et ses brutales ambitions, ainsi qu'aux incertitudes Nord Coréennes. Une grande base stratégique navale est en construction au sud de la péninsule.
L'Europe empêtrée dans ses propres problèmes n'est pas assez attentive à ces changements : le T.P.P. est un vrai virage. Déjà en 94, elle n'avait pas bien considéré ce que représentait Bogor. Hors quelques officines financières spécialisées le T.P.P. reste confidentiel. C'est une faute, car l'Europe est potentiellement le plus gros marché mondial, vers lequel convergent la moitié de ce qui part des eaux du Pacifique. Par ailleurs la politique bancaire européenne souffre d'émiettement et de non anticipation face aux nouveaux mastodontes économiques.
 
Il est enfin à remarquer que le Trans Pacifique Partnership n'associe aucun des 5 BRICS (les 5 Etats émergents potentiellement les plus riches dans le siècle à venir) : ni Brésil (non Pacifique), ni Russie, ni Inde, ni Afrique du sud, ni Chine, dont, dans une perspective d'économie de long terme, l'Europe se préoccupe trop peu.
 
(1) Voir Jacques de Larosière, N° 150 de la Revue Internationale (p.73/84)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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