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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

URL du site internet:

Espace social et droit de l'Etat

Publié dans En France
Espace social et droit de l'Etat - "Qu'est-ce qui ferait du bien aux Français ?"                           
                         
Un Etat peut accepter toutes les différences à condition de les encadrer de manière stable et prévisible. Et non en changeant de curseur tous les 3 mois au gré des évènements et des accidents de parcours de la société qu'il est chargé d'administrer. La stabilité juridique d'une Nation est essentielle à sa survie, même si, en cas de péril imminent, elle peut et doit se renforcer vers une version plus autoritaire du maintien de son ordre social. C'est ce qui nous arrive en ce moment. Les braves cœurs qui croient encore que "tout le monde il est gentil" auraient dû en rester à la nursery enchanteresse de leur premier âge.
C'est d'ailleurs sous l'emprise et le gouvernement (au fait, pourquoi gouvernance ? Cette molle version du gouvernement) de ces joyeux illuminés qu'une société comme celle de la France a délibérément saccagé son "ordre public", raboté toutes les fonctions d'autorité, lessivé ses troupes, entretenu la haine de tout acte de fermeté, voté ou fait voter des mesures de bienveillance à l'égard des diverses délinquances, empêtré policiers, juges, préfets et autres personnages aptes à prendre des décisions, dans des précautions surabondantes. Au surplus, il faut bien avoir à l'esprit qu'un Etat européen tel que la France est aussi fortement dépendant de l'enveloppe juridique communautaire : règles communes contraignantes, "directives", arrêts des différentes cours de justice, arbitrages et surtout Déclarations et Principes de droit ultra protecteurs de la version libérale de l'individu et de son environnement social. Cette vision du monde est parfaite et plutôt réconfortante lorsque tout va bien, mais elle peut devenir négative, voire dangereuse pour l'univers qu'elle prétend promouvoir lorsque tout va "moins bien" et qu'il y a péril en la demeure Europe.
Donc, aux prises avec les violences inouïes de 2015, l'Etat français n'a pas les mains absolument libres dans la réorganisation de son destin, et il doit, de plus, aménager ses propres passivités passées et indulgences fautives vers plus d'attention et de fermeté. C'est un exercice difficile pour lequel nos énarques et autres élus formatés ne sont pas vraiment préparés. Puisqu'on leur avait promis un monde définitivement bien réglé. Or tout bouge, tout le temps, et pas toujours dans le bon sens...
 
Un bref – mais palpitant – inventaire de ce qui est fait, de ce qui a été annoncé et de ce qu'il faudrait envisager semble s'imposer :
Il serait peut-être sain de sortir de la morbidité exhibitionniste de nos gouvernants, arrêter de se mettre en scène avec des couronnes, des plaques commémoratives (d'ailleurs placées trop haut ou trop bas), de crapahuter dans les cimetières ornés d'une horde de journalistes. Les Français sont saturés. Il faudrait passer à du plus constructif, du "tourné vers l'avenir", genre refonte de l'éducation nationale et prise à bras le corps de l'emploi. Bref, redescendre sur la vraie terre, arrêter les bavardages, les déclarations creuses et les promesses qui ne seront jamais tenues.
Il serait assez bien aussi d'arrêter de s'intéresser aux hideux malfrats saccageurs de nos vies paisibles, de cesser d'en faire des vedettes de l'information. Ce ne sont que de pauvres types mal fichus. Cavaler après eux représente sans doute des possibilités de "remonter" certaines filières et mécaniques de haine, de folie meurtrière, et de volonté de saccage ; mais le faire plus discrètement serait sans doute d'un grand réconfort. Certes, les manuels d'histoire indiquent tous qu'il est habile de gouverner en "entretenant la peur", mais  le peuple français dont il est question a dépassé CroMagnon : il est tout à fait capable de se reprendre en main par lui-même. Il serait beaucoup plus humain et apaisant d'informer sur les nombreux (encore) hospitalisés du 13 Novembre, ceux qui ont vu leur vie brusquement foutue, de ce qui est fait pour leurs familles, au-delà des bonnes paroles et des médailles.
 
Au plan juridique et politique, les promesses de coordonner les différentes informations, recherches ou actions à l'échelon de l'Europe sont complètement passées à la trappe : qu'en est-il vraiment ? Et les diverses collaborations avec les Institutions européennes ? Quel est le niveau de collaboration avec les services de renseignement d'autres Etats souverains ? Les Etats Unis consentent-ils à nous livrer des lambeaux, ou des confettis de leur énorme système de renseignement ? Il faut bien l'avouer : le France, qu'il s'agisse de la sécurité intérieure, de son armée, de sa sécurité extérieure est dramatiquement sous équipée, pour n'avoir jamais envisagé que cela est désormais absolument vital. On réalise soudain le retard accumulé, le manque de personnel et de financement : ce n'est pas en achetant à la va-vite quelques nouveaux équipements et systèmes, en recrutant un peu de monde (qu'il faudra former et auquel il faut inculquer la déontologie du renseignement)  que l'on va changer soudain la donne et se retrouver dans Blanche Neige sauvée par les gentils ministres.
 
Le fameux discours de novembre devant le Congrès reste utopique sur ce plan sécuritaire ; il y ajoute l'incertitude institutionnelle en voulant opérer une "réforme de Constitution" : sur quelles bases et pour quoi faire ? Nous sommes  déjà bardés de "mesures d'exception" : la Nation française a déjà vécu tellement de "circonstances exceptionnelles" qu'elle les a à peu près toutes prévues. La seule nouveauté contemporaine est le "lien" entre un désordre international ciblé (Moyen Orient) et nos désordres internes : c'est là-dessus qu'il faut œuvrer, et au niveau simplement législatif. Dans ces lois nouvelles éventuelles, trois aspects doivent être liés et gouvernés : le renseignement, l'action internationale et la sécurité intérieure. En les articulant entre eux. Ce n'est pas très difficile à faire. Mais encore faut-il être vraiment "souverain", ne pas être soumis aux injonctions nord-américaines et avoir obtenu plus de liberté de la part des principes européens lorsque des "circonstances" bien précisées l'exigent.
En ce sens, la prévision d'une déchéance de nationalité à l'égard de ceux qui affichent si violemment leur haine de la France peut s'avérer une mesure légitime : les Français ont massivement approuvé ce projet, mais qui restera affaibli, certainement, par une mise en œuvre molle. Juridiquement, cela est assez complexe car les cas de protection par accords internationaux empêchent l'apatridie (absence de couverture juridique).
 
Il y aurait mieux et plus simple à promouvoir en France, en trois directions évidentes :
 
L'éducation
Là gît le fond du problème comme sa résolution. Pour les agresseurs connus et fauteurs de troubles, l'éducation nationale n'a pas joué son rôle : il faut donc resserrer les boulons et recréer un contexte de scolarisation vraiment obligatoire et sécurisé. Plusieurs pays et des plus démocratiques le font déjà depuis longtemps. Le fichier scolaire est aussi un fichier de repérage de ceux et celles qui présentent de sérieux risques (indiscipline, violences, insultes) et surtout absentéisme et "décrochage" de l'institution scolaire. Fichier tenu dans tous les établissements, à partir de l'âge de 14 ans : en effet la délinquance et les tentations intégristes éclosent aussi dans les établissements privés et les beaux quartiers. Passé une certaine quantité d'incidents, voire d'actes délictueux, ce sera l'envoi dans des établissements plus spécialisés avec suivi sérieux. L'absence scolaire entraine pour la famille de l'intéressé le retrait de toute allocation. Comme aux Etats Unis (et ailleurs, dans plus de la moitié des Etats de la planète) la présence dans toutes les classes, de la maternelle aux classes prépa. du drapeau national a un rôle identitaire de même que l'apprentissage de l'hymne national, de l'histoire et de la géographie. La vérification systématique de la bonne connaissance de la langue française est également fondamentale d'une "francisation" honorable.
 
Les enfants actuels sont beaucoup plus "précoces" et rapides que les générations précédentes : ils ont à leur disposition des outils qui leur permettent d'apprendre individuellement toutes sortes de disciplines, d'appréhender toutes sortes de connaissances qui ne sont pas dans les naïfs programmes scolaires, y compris comment on monte et démonte une arme, comment on fabrique des explosifs, comment on se bat à l'arme blanche, etc...Il serait donc intéressant d'avancer la majorité juridique à 16 ans et de renoncer au cocooning pénitentiaire pour les 14/16 ans, de même qu'à l'indulgence judiciaire systématique à l'égard des "jeunes" délinquants, des dealers de collèges et lycées, des recruteurs de kamikazes en herbe (sans jeu de mots).
 
Rétablir la conscription militaire
La "suspension" du service militaire obligatoire par la Loi Richard du 28 octobre 1997, produit au bout de 20 années, telle que pratiquée, sans filet de rattrapage, une véritable catastrophe sociale, marginalisant encore un peu plus ceux qui s'étaient déjà échappé du contexte scolaire, alimentant les ghettos identitaires. Ce service national n'a été que "suspendu" par une Loi votée : il peut donc être facilement rétabli par un vote identique.
Chargé des lourds souvenirs des inutiles et redoutables guerres de décolonisation, de la désuétude de certaines pratiques, ainsi que de la vétusté de la plupart des installations, l'Etat français a renoncé bien imprudemment à cet outil essentiel de brassage social, d'interpénétration des différents milieux et de construction de l'appartenance à la Nation. On peut aimer ou pas, mais cet exercice de sociabilité est, à notre époque de tendance au repli sur soi, indispensable. Ce "service" reposant sur le volontariat, modernisé et limité dans le temps (10 à 12 mois ?) doit surtout pouvoir rester un choix, libre et individuel : à défaut de service militaire un service "civil" qui existe déjà mais de manière trop limitée serait accompli : utile dans des services sociaux, d'aides variés, de secours, adapté aux différents niveaux de connaissance des individus, il contribue à comprendre ce qu'est "l'appartenance à un peuple" dans sa dimension réelle. Ces deux "services" intégrés aux cycles scolaires, destinés aux filles comme aux garçons, auraient aussi pour vocation d'aider - s'il en est besoin - à l'insertion dans le monde du travail : ils supposent donc une réelle collaboration entre l'Education, l'Armée et divers services sociaux ; c'est sans doute ce qui sera le plus difficile à obtenir. Ils peuvent aussi être régionalisés, gérés localement en fonction des besoins locaux.
 
Enfin, ultime mesure de réalité, qui s'avérerait vraiment sécurisante pour la société nationale (bien plus que la juridique et symbolique déchéance de nationalité) recréer une relégation pour les individus les plus dangereux, soit déjà délinquants soit potentiellement capables de terrorisme : une vraie mesure d'isolement de long terme, en dehors des zones peuplées et des lieux-passoires de détention de la métropole. Cela ferait vraiment réfléchir les candidats à la violence illimitée. Une croisière de la Marine Nationale pourrait les transporter vers un de ces lieux isolés dont on ne peut espérer s'échapper : l'archipel des Crozet (iles des cochons ou de la Possession), un des ilots des Kerguelen,... seraient opportuns et rafraichiraient ces cerveaux survoltés : ils pourraient ainsi, dans une paix absolue, sans bistrots ni musique, sans stade de France, sans magasins à dévaster ni femmes à séquestrer, s'adonner à l'endoctrinement des manchots Adélie, étudier les lichens antarctiques, cultiver sur de petits lopins des salades autres que pseudo-coraniques. Le peuple français se trouverait rassuré et contribuerait à Noël à leur adresser de petits cadeaux comme des grenades factices ou des kits de survie.
 
On répète volontiers que "la France n'a jamais connu de telles violences". C'est faux. Paris a toujours été la capitale mondiale de l'anarchie, le refuge de tous les exclus, de tous les révoltés : pilleurs de banques, bandits motorisés, anarchistes italiens, nihilistes russes, adeptes de Bakounine et de Proudhon, ouvriers et mineurs grévistes incendiaires et casseurs, poseurs de bombes venus d'Autriche Hongrie, indépendantistes irlandais en fuite, juifs polonais à la recherche d'un monde moins mauvais, la 3ème République, après les terrifiants ravages de la Commune, a eu fort à faire entre 1875 et 1914 pour faire "régner l'ordre républicain". Elle l'a fait avec énergie et détermination, pas toujours dans la dentelle, dépourvue de tout sentimentalisme : lourdes condamnations, généralisation des bagnes, militarisation des récalcitrants dans d'avenants bataillons disciplinaires, peines définitivement éliminatoires. Il y eut de brèves périodes quasiment totalitaires, surtout dans les grandes villes. L'école obligatoire et le long service militaire (jusqu'à 7 ans), l'encouragement au mérite scolaire et l'envoi à d'hypothétiques conquêtes coloniales ont été, avec de fermes outils policiers et judiciaires, les instruments de la paix sociale, décourageant et éliminant les candidats à la violence ordinaire et favorisant la croissance économique. Certes, le contexte n'est plus le même, mais les trop lénifiantes attitudes, faisant croire en une gentillesse universelle se révèlent destructrices de l'équilibre social fondamental consistant à être "civilisés", c'est à dire pacifiques envers ses semblables. S'inspirer de la stratégie des gouvernants de cette République ne semble pas imbécile, d'autant que le pouvoir contemporain patauge dans l'indécision et le bricolage de court terme. Lorsque l'on gouverne il faut avoir le sens du "bien public" de long terme et non être obsédé par les élections prochaines. "Gouverner c'est prévoir" dit l'adage classique, la bonne question est "Qu'est-ce qui ferait du bien aux Français ?"

Nation - laïcité - cécité

Publié dans En France
Nation - laïcité - cécité                                  
 
On ne sert bien qu'un maitre qui a des objectifs clairs.
Or, depuis près de 50 ans, les Français évoluent dans un brouilli-brouilla d'idées confuses, de contradictions constantes entre discours et inertie, où l'idée même de l'Etat ou du bien collectif est totalement diluée, et celle de Nation "tragiquement perdue".
On nous sature de droite et de gauche de ronflantes "valeurs de la République", sans que l'on sache vraiment lesquelles, dont le contenu reste obscur, jamais précisé, sans doute parce que leurs émetteurs ne savent pas vraiment à quels principes ils font référence. La République (Res Publica, chose publique) n'est qu'un mode politique de gouvernement, lequel substitue au monarque de droit divin, un gouvernement élu en principe non confessionnel, mais dont on conserve le pouvoir centralisateur. "Dieu et le Roi" sont remplacés par "Liberté, Egalité, Fraternité", ce qui engendra une citoyenneté sans entrave autre que celle de l'argent (suffrage censitaire), une possible égalisation de conditions sociales évoluant dans un concert harmonieux. C'est tout. C'est peut être philosophiquement beaucoup, mais c'est tout. Cela ne va pas plus loin.
 
Il faudrait bien mieux, par ces temps bouleversés, évoquer la Nation et ses principes : l'idée de Nation cimente un peuple, ou un ensemble de peuples qui décident de vivre ensemble et de fonder une unité de vie commune quelle qu'en soit la forme politique, monarchique ou républicaine, unitaire ou fédérale, confessionnelle ou non.
Cette volonté du "vivre ensemble" engendre pour chacun des libertés, pour les groupes humains différents, l'égalité, érige en valeur commune, la fraternité.
 
L'Etat unitaire français est une situation artificielle, construite en 1793 sur la crainte de voir exploser l'Etat ; ce mythe unitaire sera continué tout au long des différents régimes (République ou pas) permettant d'uniformiser les différentes populations formant le tissu social national et aussi d'absorber les différentes vagues migratoires.
La Troisième République, à partir de 1875, érige ce travail de "francisation" en devoir national à grands coups d'école primaire républicaine, gratuite, laïque et obligatoire et de service militaire tout aussi obligatoire. Le tout, obligatoirement, en langue française. On voit donc là un système qui semble complètement disparu aujourd'hui : la liberté de chacun ne s'exerce et s'exprime que dans un cadre national choisi et établi en commun (par le vote) à travers l'autorité de l'Etat.
C'est la langue – apprise et pratiquée – qui constitue le ciment basique à l'appartenance nationale. Dans le formatage du "citoyen idéal" cher à Rousseau et Robespierre, la notion politique républicaine vient bien plus tard, puisque le droit de participer au pouvoir ne s'acquière qu'à la majorité civile.
 
Cette uniformisation de masse, dans laquelle restent englués leaders politiques et gestionnaires de notre société en lambeaux présente - additionnée au passage de léninisme primaire et de socialisme pataugeur – un réel péril dans 2 domaines : le principe de laïcité et la tentation régionale.
 
La République est laïque : principe d'abstention particulièrement érigé, de manière fort vindicative souvent, par les différentes Républiques : l'Etat républicain ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte. Cela étant, le principal caractère distinctif de l'Europe est certainement la Chrétienté dans toutes ses formulations, la France étant un vieux pays catholique "fille ainée de l'Eglise", qu'on le veuille ou non, même si la pratique religieuse s'est effritée. Nos élus les plus prestigieux ont eu très souvent un hommage en forme de Te Deum  lors de leur disparition. En France, l'Etat est laïc mais pas les Français : les Français sont et pensent ce qu'ils veulent. Là réside une confusion très dangereuse, entretenue pas nos dirigeants politiques.
 
Sous l'emprise d'une pensée unique aussi vaniteuse qu'intolérante, la République associée au principe de laïcité érige le laïcisme en religion. Dramatique erreur où l'on voit ressurgir la vieille haine républicaine à l'égard des catholiques ; jusqu'à une date récente les protestants votaient plutôt à gauche par détestation du catholicisme ; cela correspondait à une certaine logique historique. Ce n'est plus vrai. Par ailleurs, l'insouciance, l'ignorance, le mépris avec lesquels l'Islam a été "non géré" alors qu'en Europe, sans nul doute, la France y était le pays le plus exposé, s'avère une grave faute "d'ordre public républicain" (si l'on veut reprendre les fumeuses formules officielles). Il est un peu tard pour découvrir - la cataracte ayant été opérée par les actes odieux de 2015 perpétrés au nom d'Allah - que l'Islam réel ou seulement prétexte invoqué, est devenu la seconde croyance "nationale" (et non républicaine), qu'elle obéit à des rites et des comportements sociaux jusque-là ignorés et que continuer à ne pas inclure cette nouveauté dans les perspectives d'évolution de notre société relève d'une idiotie suicidaire. Ce n'est pas un Institut du Monde Arabe très parisien, ni un si joli "département" du Musée du Louvre qui vont arranger la situation. Pas besoin non plus de lire les pages 178/179 de Soumission de Houllebecq pour envisager ce qui nous attend, ni même le pesant mais bien documenté Goncourt 15 (Boussole). La France n'aurait-elle qu'une vision intellectualisée de l'Islam ? C'est chic mais pas vraiment pacificateur d'ordre social.
 
La République n'a rien à offrir aux jeunes issus de l'immigration maghrébine, antillaise ou africaine ; même pas du boulot ; elle les a parqué dans des villes dortoirs, sans vouloir les voir ni les éduquer ; elle a laissé se développer le recours à des économies parallèles, délinquantes. Comment s'étonner de la révolte intérieure et que sur l'évaluation d'environ 35 000 djihadistes d'Occident, le tiers soit d'origine française ?
Il est donc devenu presque défendu d'afficher son catholicisme, de mettre une crèche au coin de la rue (alors qu'on en trouve partout dans le monde), de fêter Noël autrement qu'avec de la bouffe et des paquets. La gestion du Ramadan n'est toujours pas encadrée dans les entreprises, les mosquées "sauvages" restent incontrôlées. Par ailleurs, il ne faut pas laisser l'espace public et son droit, être envahi par les préoccupations religieuses. L'Etat laïc est certainement la bonne solution s'il est apaisé. Un nouvel équilibre est donc à rechercher, alors que le multiconfessionnel reste en friche. Bref ! Pour l'instant nous restons avec une immobile République laïque ou rien.
 
Le second sujet très préoccupant est le communautarisme auquel est lié le régionalisme nouvelle manière. Lorsqu'on ne se sent intégré à "rien", le réflexe est de se replier vers ce que l'on connait dans sa proximité identitaire. Continuer d'affirmer que le Calaisien, le Savoyard et le Béarnais sont identiques relève, là aussi de l'aveuglement. Charles de Gaulle détestait le désordre des "bretons bretonnants" tout en reconnaissant leur rôle éminent dans la Résistance ; le temps a passé. La digitalisation omniprésente uniformise et rend de plus en plus anonymes et plates les relations sociétales. Le moyen de continuer d'exister dans ce monde incolore est de retrouver une identité régionale ou communautaire. Le juriste français Jean Louis Quermonne avait prévu il y a plus de 40 ans que l'Europe Unie déclencherait de nombreux régionalismes. Nous y sommes. La pseudo réforme régionale française opérée "d'en haut" est une lubie passagère qui ne change pas grand-chose ; elle ne crée pas d'économies (comme annoncé) elle coûte et va coûter cher. Les amalgames perpétrés sont dévastateurs. Tout le monde s'en fiche sauf si elle est une répétition pour Mai 2017, ou bien – ce qui est plus intéressant – l'occasion d'exprimer son identité, comme l'on fait les insulaires nationalistes de la Corse (qui nous a tout de même fourni – de justesse - les Bonaparte et le fameux Napoléon sans lequel nous n'aurions pas eu un prestigieux Code civil). On ne va pas entrer dans les détails du dossier mais force est de reconnaître que le discours du président de Région en "langue" corse n'a rien d'étonnant, puisque par entorse particulière à la République "une et indivisible" elle est reconnue par l'Etat et enseignée dès l'école primaire. Ce qui est par contre vraiment "intolérable" pour reprendre le vocabulaire officiel) sont les violences toujours exercées. Mais là encore, nous sommes plus proches du malfrat ordinaire que du héros indépendantiste.
 
La Communauté Européenne reconnaît et tolère la régionalisation mais sans l'encourager : les sages Finlandais, au moment d'entrer dans l'Union Européenne en ont fait profiter la Carélie, dévastée par la guerre et lui ont permis de retrouver son identité. De même, pour l'Espagne – pas vraiment de gaité de cœur - pour le Pays Basque et la Catalogne (qui nourrit Madrid). De même, pour le Royaume Uni : l'Ecosse, Galles et Ireland du Nord ; les landers allemands y trouvent aussi leur compte. Le Groenland vit sa vie particulière. Alors ? Pourquoi pas les Corses, s'ils se promettent à eux-mêmes d'arrêter leurs querelles et le clientélisme et de devenir aussi prospères que la Barbade ou Saint Bart ? Le fédéralisme est-il une maladie honteuse ? Force est de remarquer, à l'échelon mondial, que les Etats qui fonctionnent le mieux (ou le moins mal) sont fédéraux.
L'indignation, est, avec l'aveuglement la seconde mamelle de l'immobilisme. "Tout apprentissage, toute innovation est un métissage" nous rappelle, après Platon, le philosophe Michel Serres. Pourquoi ne pas apprendre enfin à tolérer l'autre tel qu'il se voudrait être ? Ne pas admettre la "varitété" à notre époque où tout se métisse et se mélange si vite, est incongru. Pourquoi faire de l'Islam un monde à part et rejeté comme ce fut le cas pour le protestantisme ou le judaïsme ? On connait les résultats.
 
Si la France veut vraiment améliorer sa condition, envisager une forme renouvelée de société, éviter une fragmentation qui sera forcément dévastatrice et haineuse, il est urgent de desserrer le corset étatique et de passer du UN et indivisible autoritaire au consensuel et transactionnel. Pour qu'une Nation (et non la république) vive et prospère, elle doit avoir une image claire, valorisée d'elle-même, positive, et confiante en l'avenir. Et non entretenir un passéisme aveugle, destructeur d'espoir.
(1) Selon l'expression de Jean-François Deniau, membre de l'Institut, dans une chronique donnée au Monde, déjà, le 12 juillet 2006

Daesh et l'Occident - 2

Publié dans De par le monde
Daesh et l'Occident - 2
Le virtuel et l'archaïque  
 
Les agresseurs de l'Occident ne sont pas pressés ; s'ils échouent ces temps-ci, s'ils doivent reculer sur le terrain de Syrie et de l'Irak, abandonner certains objectifs, ils ressurgiront ailleurs et autrement, sous d'autres noms, avec d'autres acteurs. Dans le contexte actuel, boucler le Mali et alentours est impossible, re-neutraliser la Libye une utopie, dé-radicaliser des groupes entiers, une vue de l'esprit. Ces remarques ne sont pas du défaitisme, mais la prise de conscience qu'il est vraiment nécessaire d'aborder les agressions internes et internationales des islamistes radicaux – petits ou grands – avec un nouvel esprit et de nouveaux outils.
 
De fait, y a-t-il guerre ? Au Moyen Orient sans nul doute, mais elle n'est pas "nôtre", elle ne nous appartient plus. En Afrique sub-saharienne, c'est encore plus confus, en raison des distances immenses et de l'identification très approximative de nombreux acteurs. Tous ces gens se combattent entre eux, comme ils l'ont toujours fait (bien avant les colonisations européennes). En Europe et ailleurs, y a-t-il guerre, selon des règles classiques, celles des "conflits armés" ? Certainement pas : il s'agit, pour tous les actes commis, d'agressions, de meurtres, d'actes criminels perpétrés par des commandos ou des individus, souvent liés à une criminalité antérieure et qui agissent "hors les règles d'une société civile". Le terme est donc à la fois impropre et imprudent.
On le sait : "être civilisé" c'est "avoir renoncé à la violence" et l'avoir confiée à des professionnels de l'ordre collectif : les militaires, les policiers, les juges.
 
Oui, il y a "une sorte de guerre", mais qui n'est ni de terrain ni conventionnelle, c'est pourquoi les réactions des Occidentaux s'avèrent contradictoires, désordonnées, disséminées, très tardives, souvent inopérantes, ou falsifiées par une redoutable manie informative qui confine au délire, gène certainement les décideurs autant qu'elle inquiète ou sature les citoyens. Il s'agit d'un affrontement : les agresseurs ne peuvent en aucun cas être considérés comme des guerriers : affrontement largement indirect perpétré avec des violences, mais surtout au moyen de technologies nouvelles de communications et intimidations (vidéo, intrusions informatiques, visuelles et sonores), ainsi que l'usage banalisé de toutes sortes d'armes ; cet affrontement ne cible pas le combat direct mais l'effondrement moral, économique, financier, et intellectuel ; l'anéantissement d'un mode de vie, des structures sociales, des repères de sociabilité. Pour les ennemis de la civilisation occidentale, l'Occident est mercantile, frivole, sacrilège de toutes sortes de façons : il doit donc être étouffé sous le poids de ses propres règles, de ses propres divertissements, repères et moyens.
Ces chefs extrémistes mettent toutes les relations d'échanges ou techniques, toutes les communications virtuelles, tous les modes financiers et idéaux qui font le caractère même des sociétés dites "modernes" au service d'une pensée archaïque et totalitaire prolongée dans l'action violente. Et là, nous nous trouvons étrangement désarmés.
 
Le but annoncé est simple - sur le très long terme – bien au-delà de la période que nous affrontons : au sud-ouest, l'ensemble des groupes disséminés d'Afrique, plus ou moins regroupés (au-delà de leurs propres querelles), dispose de l'arsenal libyen et ses ressources en gaz et pétrole ; au nord-est, les opérateurs et guerriers de l'Etat Islamique originaire ayant maitrisé l'essentiel du territoire du Moyen Orient, en éradiquant Israël au passage : le but est de prendre l'Egypte – lieu matriciel - en tenaille, et se rendre maitre du Canal de Suez, emblème de la toute-puissance des Occidentaux et de leur suprématie économique ; mettre la main sur cette voie stratégique par laquelle passe tout ce qui alimente l'économie européenne, anéantir ce fameux "anneau d'or" des super cargos et tankers, est le projet simpliste et ravageur de l'E.I. Cela a déjà été dit, mais dans le galimatias actuel, on a un peu tendance à l'oublier. L'Egypte et son canal représentent une "clef" symbolique, économique et politique ; c'est pourquoi elle doit rester stabilisée et militarisée car tout vacillement pourrait mener vers un conflit généralisé.
 
Projet redoutable et vengeur. Disjoindre les perspectives et stratégies internationales et celles internes à l'Europe dans son ensemble, est utile à l'analyse :
- au plan international : même si les frappes aériennes ne sont que partiellement efficaces, il ne faut surtout pas s'engager vers une intervention au sol : ce serait suicidaire et inapproprié. Le conflit local du Moyen Orient est interne au Moyen Orient ; rien que sur le sol syrien, il y a 3 voire 4 sortes de conflits différents enchevêtrés : nous n'en avons pas les clefs, elles nous échappent et se retourneront contre les Occidentaux, puisque le but ultime et inavoué est in fine de se débarrasser de l'emprise occidentale. Ceux qui ont des cartes à jouer à peu près plausibles, sont la Russie et les Turcs, car ils sont au plus près et jouent leur propre sécurité. Le reste se règlera entre leaders locaux. C'est déjà commencé, avec lenteur, "à l'oriental", mais on peut espérer...
- l'Europe (ou plutôt "les" Europe) découvre, assaillie dans ses frontières, ses citoyens et ses économies, qu'elle est incroyablement artificielle, utopique, fragile, obéissant à des objectifs d'enrichissement commun lourdement entamés, datant des années 60. Les théories Jean Monnet/de Gasperi ont fait long feu. Elargie beaucoup trop vite à partir des années 80, sans garanties ni véritable mode d'emploi, il s'avère qu'elle devient floue lorsqu'il s'agit de sécurité collective. L'absence de coordination des informations sécuritaires, des renseignements et stratégies au nom des différentes "souverainetés" nationales révèle des gouffres d'insouciance, de méconnaissance d'autrui ainsi que l'absence de véritable "jeu" collectif (cela au profit de la CIA). C'est comme au foot ou au rugby : une seule vedette ne fait pas la victoire si elle ne sait pas passer le ballon. Tenter de redresser cette situation sur le très court terme parce que la maison prend feu – en plus en faisant alliance avec une Turquie ambigüe – est infantile.
On découvre aussi que les réflexes "Europe de l'Est-chasse gardée" sont toujours aussi vivaces, et que l'Europe balkanique reste empêtrée dans ses rancœurs millénaires, les acharnés clivages religieux, et surtout la peur viscérale de retour à une barbarie dont elle sort à peine. L'espace Schengen cerne l'Europe de manière allusive, mais ne protège pas des populations qui accèdent parfois à une petite aisance et à la tranquillité ; elles craignent plus que tout l'entrisme de populations exogènes, si différentes, qu'au surplus elles n'ont pas les moyens d'accueillir, encore moins d'entretenir.
 
Les vecteurs de perplexité sont multiples: l'éventuelle absorption de gens (dont la plus grande part souhaite retourner chez eux si la paix y revient), nombreux, appauvris, craintifs ou furibonds ; le partage très nécessaire des informations et des stratégies ; la capacité à décider ensemble et faire des choix simples acceptables pour tous ; créer une "réactivité" collective à un contexte jusque-là ignoré... Autrement dit, recréer une nouvelle Europe en tentant d'atténuer les décalages entre les différentes pratiques des Etats qui - il ne faut jamais l'oublier – restent souverains : tout un faisceau d'inconnues flottantes dont la résolution semble dans le plus épais brouillard. Cela mêlé de nombreux intérêts financiers qui n'ont rien à voir avec la compassion.
 
Dans ce maelstrom, que dire de la France ? Elle est "petite" : elle n'est qu'une puissance très relative hors sa place permanente au Conseil de Sécurité de l'ONU. Elle peut influencer, mais le retournement de notre attitude extérieure qui a consisté à jeter brusquement aux orties le slogan "Ni E.I. ni Assad" est le signe de l'indigence d'une politique étrangère incertaine et sans doctrine solide. L'opportunisme et l'urgence sont toujours mauvais à l'international où il faut tabler sur le long terme et la stabilisation. Le mélange avec les attendus politiciens internes est très préjudiciable à une quelconque crédibilité internationale. Ce n'est pas un marathon aérien fort coûteux en kérosène, qui changera la donne, ni même une bruyante conférence internationale. Un Président américain en toute fin de mandat peut se permettre des paraboles apaisantes, mais il laissera la décision à son successeur. Quant à la stratégie russe, elle est en cohérence avec la recherche d'une efficacité qui lui assurera de nouveau un leadership, d'abord dans sa zone stratégique, puis dans la gouvernance mondiale. A pas comptés, Vladimir Poutine obtient ce qu'il souhaite. Lui non plus n'est pas pressé.
Donc, s'engager aveuglément dans une bataille du style "j'te casse la gueule à la récré" serait une imprudence : un unique porte avion, des avions en nombre insuffisant, des troupes "engageables" très loin du compte, qui au surplus ont bien mieux à faire chez elles, c'est faible. Quant à l'Afrique, ce n'est pas l'armée française toute seule qui viendra au bout des révoltes, coups d'état, tueries, enlèvements, incendies, pillages, assassinats, exactions de toutes sortes. Les Occidentaux n'ont jamais su et ne savent toujours pas gérer l'Afrique : que cela soit su une fois pour toutes.
 
Avec l'éblouissant nombrilisme qui nous caractérise nous n'avons été préoccupés que de Régionales – qui n'avaient rien de régionales mais constituaient (déjà) une sorte de galop d'essai pour l'élection présidentielle de 2017- et aussi un peu de cette étonnante et dispendieuse COP 21 dont les angéliques promesses laissent à la fois exténués et abrutis de poudre aux yeux.
Nous nous sommes à peine aperçus que le monde tournait autour de nous, qu'au-delà du chagrin et de l'anxiété générés par le 13 novembre, que les rencontres de Homs, d'Italie et d'Arabie Saoudite, enclenchaient sans doute un début de résolution du problème syrien (sur initiative largement russe), lequel est la clef de toute pacification du Moyen Orient, de sa recomposition, et par la même le début du recul des tsunamis européens engendrés par le désordre général.
 
Encore faudrait-il, que non aveuglés par des intérêts trop étriqués et immédiats nos politiques prennent les décisions nécessaires à l'apaisement intérieur : vouloir modifier la Constitution est à la fois loufoque et inutile : nous avons déjà, à ce niveau, plusieurs statuts d'urgence, et, éventuellement, l'impressionnant Article 16 (constitution d'urgence à l'intérieur même de la Constitution), assortis de tout un arsenal de dispositions militaires, policières et juridiques. C'est à l'échelon strictement "légal" qu'il faut inventer un statut "d'intervention pour affrontements terroristes individuels ou collectifs" incluant l'aspect des sabotages technologiques, assorti de dispositions vraiment dissuasives. En tout état de choix, une modification constitutionnelle prendra au moins 2 ans et sa réalité – si elle existe jamais – sera destinée au prochain quinquennat. Il serait plus réaliste de s'attaquer à la rénovation immédiate du contrôle et de l'encadrement scolaire, à la résorption des cités ghettos, et à celle du chômage endémique. Encore faudra-t-il former tous les intervenants capables de gérer ces améliorations dont les résultats restent aléatoires. On ne peut effacer 40 années d'aveuglement et d'inertie en 3 mois d'état d'urgence.
Bref, nos décideurs devraient redescendre un peu sur terre, arrêter de ne penser qu'aux prochaines élections et à leur gloire personnelle. Les ours blancs sont un problème, mais les massacreurs urbains aussi.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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