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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

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L'année du singe

Publié dans De par le monde
L'année du singe                                     
 
L'ANNEE du SINGE commence ce 9 février selon le calendrier lunaire, et sera bénéfique : le Singe est malin, lucide et positif, porteur de nouveautés, contrairement à la Chèvre obtuse qui le précéda. Les pays asiatiques se préparent donc au changement, espérant de sérieux coups de chance dans le maelstrom contemporain, et aussi  un "boom" notable des naissances – notamment en Chine – destiné à compenser la baisse de natalité de l'Année passée, enrayer les désastreux effets de la défunte politique de "l'enfant unique" et faire face à l'invasion des septentes/nonantes. Beaucoup de femmes d'Orient Extrême prévoient la venue d'un enfant sous l'égide du Singe, achètent la layette ornée de son petit portrait grimaçant. Toutefois les célébrations seront moins délirantes dans un contexte de repli économique qui fait "mettre la puce à l'oreille" du singe.
 
Le pourtour Pacifique, l'Asie de Séoul à Singapour, de Tokyo à Jakarta, de Mumbai à Kuala Lumpur se présentent comme des laboratoires économiques et financiers fascinants, à la fois pétris des recettes apprises au contact des Occidentaux et tentés par des expérimentations nouvelles afin de faire barrage à une éventuelle "vraie" récession. Toutes ces nations ont découvert la "croissance", l'enrichissement, la consommation, à une très grande vitesse -un demi-siècle- et la crainte majeure est de subir l'effondrement de ces systèmes de profits et progrès dans un chaos généralisé, car ils sont désormais interdépendants et "chacun dépend de la bonne santé de tous".
 
L'aspect politique joue son rôle : l'Empereur Akihito du Japon, qui n'est plus un dieu depuis 1946, et l'Impératrice, ont fait une visite officielle spectaculaire aux Philippines, martyrisées entre 1943 et 1945 ; avancée notable de reprise de relations paisibles et ... économiques : il s'est excusé pour les 100 000 victimes de la guerre, et a "demandé pardon" aux familles. Peut-être n'en pense-t-il pas un mot, et à 80 ans cela lui est-il indifférent, mais la démarche est faite, constructive et honorable.
De même, Singapour envisage, le fondateur-mentor Lee disparu l'an passé, de faire évoluer son système présidentiel très "paternaliste" vers plus d'ouverture et de participation des diverses collectivités.
Jakarta met un peu d'ordre dans ses institutions, ce qui fait bien plaisir à ses voisins, Kuala Lumpur punit désormais gravement la corruption de ses leaders les plus indélicats.
Et les Australiens se promettent de devenir une République à part entière mais avec courtoisie, ils attendront pour ce faire la disparition de la reine Elisabeth. Cela ne veut pas dire que le Commonwealth est en train de périr, mais il se situe sur une autre base, davantage économique et financière, et bien moins politique (à l'exception du principe du parlementarisme ouvert) ; les ultimes oripeaux de "l'Empire" s'effacent au profit d'une collaboration plus éclairée.
 
Dans toutes les capitales, afin de soutenir l'économie, des travaux partout : on démolit les horreurs béton des années 70/80 et des quartiers traditionnels pour les remplacer par des buildings en matériaux récents qui permettent des formes surprenantes, ou par des habitats de 50 étages, façon Hong Kong, maigres comme des cigarettes. On prolonge les lignes de métro, on crée des stades, des piscines, des musées, de nouveaux campus pour des étudiants de plus en plus nombreux. Séoul dévore ses banlieues, Tokyo ses villages excentrés, des lignes de Train à Grande Vitesse sont en construction de Séoul à Busan, le grand port du sud, de K.L. à Singapour. Cette dernière est de nouveau un chantier permanent, Jakarta (qui n'a toujours pas de plan d'urbanisme) s'étale à perte de vue.
 
Dans cette frénésie d'évolution et cette volonté de "bien faire", deux préoccupations plombent l'horizon :

D'une part le poids de la Chine continentale, sa stagnation brutale après 12 années de croissance continue, et pour ne pas dire carrément une récession dans certains secteurs, le désordre financier et bancaire, l'opacité des gestions, ses mensonges, sa corruption. Tous les pays du Pacifique ont investi en Chine massivement, de même que la Chine -investissement public ou privé – a énormément investi dans ces pays sous des formes très variées. Le pays est également la proie de désordres sociaux de plus en plus évidents. Les bas salaires et le très pesant univers du travail en sont la cause. L'internet, même contrôlé, informe les travailleurs. Le monde rural est en perdition : sa pauvreté endémique, son insuffisance, font que les Chinois risquent à nouveau de mourir de faim et importent déjà une partie non négligeable de l'alimentation des cités géantes (qui ne produisent que du papier et du béton). Les catastrophes naturelles sont légion et dûment cachées. Tout cela inquiète beaucoup et n'ouvre pas des perspectives rassurantes. La lutte pour le maintien ou l'élévation du niveau de vie sera dure.
 
En second lieu, la crainte de "la lèpre" terroriste est devenue -sans être encore aussi préoccupante qu'en Occident- très présente : les actes et les menaces perpétrés par l'ISIS (Islamic State in Irak and Syria, version anglaise de daesh) engendrent des mesures de prévention, une surveillance discrètement accrue. Certes, si l'insouciance et la joie de vivre restent affichées, la crainte du délitement de l'ambiance souhaitable à l'activité économique est palpable. La Malaisie est aux premières loges des inquiétudes : les crashes d'avions répétitifs restent inexpliqués, Kuala Lumpur a subi des attentats engendrant de nombreuses arrestations ; Djakarta a subi au moins 5 attaques terroristes en quelques mois. La main d'œuvre bengali, massivement importée, est considérée comme un pôle de dangerosité potentiel. Le Bangla Desh (absurdité de la Partition de 1947) est un terreau inépuisable de révoltés, tout comme le Pakistan, plus riche et plus dangereux. Les deux craintes principales sont – comme en Europe – les bandes ou individus isolés, indétectables dans la vie ordinaire, et l'endoctrinement des jeunes via les réseaux sociaux. Néanmoins, dans les capitales on est partout tout le temps sous caméras, les voitures et camions sont très contrôlés, comme les aéroports...restent les activités maritimes, pas toujours très claires, les "infiltrations anciennes" via les activités mafieuses (drogue, armes, prostitution).
 
Le risque terroriste peut également enclencher des réactions racistes, de violents rejets ; or tous ces pays Pacifique ont joué la carte (non sans mal) de la bonne entente entre tous les groupes. Le Japonais nouveau aime le monde entier, le Coréen a oublié le Mandchoukouho, Singapour est fier de ses quatre communautés réunies en une seule nation ; le Premier ministre a réuni à une journée de célébration les chefs des six religions également présentes sur l'ile-état au milieu de 15 000 enfants de toutes les écoles de toutes les appartenances (puisque les écoliers ont des uniformes affichant ainsi leur communauté). Ce fut très beau. L'Australie qui rejeta si longuement les Asiatiques, les absorbe désormais dans ses remarquables universités : à Sydney ou Melbourne, deux étudiants sur quatre sont Coréens, Japonais, Singapouriens, Philippins, etc...
 
Quelle est l'image de la France dans tout cela ? Globalement, - lorsqu'on sait qu'elle existe, ce qui n'est pas toujours le cas – on l'aime bien : les violences à Paris en 2015 ont été suivies avec compassion. Mais elle apparaît souvent désuète, un peu "à coté de ses pompes", confinée dans la culture, la mode et la littérature. Sur le plan politique, les critiques sont nombreuses : les Asiatiques ne comprennent pas qu'avec autant de gens dits "talentueux", la France n'arrive pas à sortir de l'ornière. Sur les réseaux sociaux et dans la presse, les caricatures vont bon train : on y voit François 2 (le rond) affolé par l'héritage de François 1er (l'énigmatique), les gesticulations auprès des Indiens et des Iraniens font sourire, le nouveau "plan" anti chômage a été qualifié de "electoral gimmick", ce qui n'est pas vraiment un compliment. Un éditorialiste australien va plus loin qualifiant l'éventail de nos politiciens présidentiables de "champ de menhirs  plantés dans le paysage politique depuis des lustres", soulignant l'immobilisme, l'absence d'ambition autre que personnelle et le blocage imposé par des extrêmes droite ou gauche sans programme et incapables de transactions.
 
Quels sont les Français actuellement "bien considérés" en Zone Pacifique ?
Zinedine Zidane, toujours, idole de millions de gamins ; on aime bien Gilles Simon aussi et Montfils (original). Philippe Stark fait un malheur à Séoul, à Tokyo, à Singapour : on l'adore ; il est vrai qu'il a un mental parfaitement adapté à la vision asiatique alliant efficacité et esthétique : il vend concepts d'hôtels, d'aéroports, des magasins, des objets, des piscines, des intérieurs d'avions, de voitures... Bref, la gloire ! Bien sûr, il y a les marques habituelles, Vuitton, Dior, Chanel et tous les autres, mais la concurrence est dure avec les nouvelles générations de créateurs... Côté sérieux, Jean Claude Trichet (ex BCE, maintenant président du groupe des 30) est très écouté. Madame Christine Lagarde est très estimée, et le renouvellement de son mandat FMI a été énergiquement soutenu ; en plus on la trouve élégante et pleine d'humour. Mais celui qui a "enchanté" l'Asie début janvier c'est Cédric Villani, notre Médaillé Field 2010 (l'équivalent d'un Nobel en mathématiques) : en tant que président de l'Institut Poincaré de Paris, il a été convié, après être déjà venu en 2013, à présider le Global Young Scientists Summit de l'Université de Singapour, lequel réunit tout le "gratin" des jeunes chercheurs en mathématiques théoriques et technologie du monde entier. C'est un événement considérable. Villani, avec son physique à la Franz Liszt et ses 42 ans triomphants, a séduit tout le monde par son érudition, son ouverture aux autres et à l'avenir de la science "pour créer un monde meilleur", son originalité. Spécialiste des théories cinétiques et des états instables de la matière, il a rappelé que Poincaré "avait été le dernier mathématicien, à la fin du 19ème siècle, à avoir la maitrise de l'ensemble des mathématiques". Après lui, la recherche s'est à la fois élargie et parcellisée, ce qui rend "indispensable" des réunions mondiales telles que le Global Summit. Il a conclu les travaux en insistant sur le fait que seules la culture et la connaissance peuvent développer la curiosité, le partage et la créativité, tellement essentielles à "la vitalité du monde". Ce fut un moment enchanté. Des pages de presse entières ont été consacrées à Cédric Villani et à cet événement.
Qui, en France, connait le Professeur Cédric Villani ?
Bonne Année lunaire...
(1) Depuis janvier, la reine ne règne déjà plus sur l'Ile de La Barbade qui a sauté le pas, devenant une république à part entière.

Relire Tocqueville

Publié dans Du côté des élites
Relire Tocqueville : La Démocratie  -  La Religion
 
En ces temps troublés et confus, il serait bon de rafraichir les méninges anémiées de nos décideurs en leur murmurant à l'oreille quelques bribes du divin visionnaire que fut Alexis de Tocqueville : mesuré, loin des foules déchainées, il posa en termes limpides quelques règles de gouvernement des peuples qui sont aujourd'hui d'une brulante actualité. A cet égard le Livre 1 de De la démocratie en Amérique devrait être le bréviaire de tout candidat à un quelconque poste de responsabilité collective, tout comme celui du citoyen ordinaire, lassé des cafouillages inouis de nos conditions.
 
La Démocratie est selon la définition classique grecque (Aristote) "le gouvernement du peuple par lui-même". Mais elle est également, "l'égalisation des conditions sociales". Un peuple "heureux" doit pouvoir élire librement ceux qu'il charge de le représenter et l'administrer, les surveiller et - éventuellement – les renvoyer s'ils s'avèrent incompétents ou abusifs. La "cohésion" est – selon Tocqueville – fondamentale de l'épanouissement et de la prospérité générale.
Outre cette fonction élective, la démocratie a pour but fondamental "l'égalisation des conditions sociales" ; c'est cela la base démocratique : qu'il n'y ait plus de gouffres de "différences" entre les membres d'une même société ; la "moyenneté" de chacun serait la clef de l'équilibre social, éliminant de ce fait la jalousie et la violence que cette dernière provoque immanquablement. Le modèle contemporain cité en exemple est souvent l'Australie, nation de "classe moyenne" par excellence.
Tocqueville ajoute qu'il est absurde de vouloir "l'égalisation intellectuelle" car chacun nait avec un bagage mental différent : dans un groupe de 10, 1 seul sera très doué, 3 plutôt mal lotis et 6 dans "la moyenne" ; tout dépendra de "l'effort de chacun" ; le formatage égalitariste de notre actuel ministère de l'éducation est donc un non-sens troublant. De même, il est "impossible de réaliser l'égalisation économique", car de ces talents divers surgissent diverses réussites.
Donc la démocratie ne conduit pas à une "République des Egaux" selon Gracchus Babeuf mais à une "diversité supportable" car "toutes les fonctions et tous les honneurs doivent être ouverts à tous les citoyens". La démonstration est simple ; dans l'ancienne société l'inégalité est définitive : lorsque l'on nait "gueux" on le reste ; alors que dans la société démocratique elle est libre et temporaire.
L'objectif est "le bonheur de tous", mais il y a un danger : l'égalitarisme. L'égalité des conditions doit être compatible avec l'exercice de la liberté de chacun ; sinon l'obsession d'égalité et de droits égaux finiront par supplanter le combat pour la liberté. Le risque est d'être "asservi par l'égalité", or la servitude, quelle qu'elle soit, est un "handicap funeste".
 
Un second danger, pire encore, guette les démocrates, et nous sommes actuellement en France en plein dedans : la dictature de la majorité. Les gouvernants démocratiquement élus peuvent être obsédés par leur vision égalitariste ; leurs actes et leurs mesures engendrent alors le conformisme des opinions : il devient impossible d'exprimer autre chose que le discours officiel (ou bien que l'opposition autorisée). Lorsque toutes les opinions sont égales et que celle du plus grand nombre prévaut, c'est la liberté de pensée qui est menacée : les objectifs de bien-être et d'égalisation des conditions garantis par le pouvoir en place effritent, dévorent l'espace de liberté de chacun. Cela s'aggrave, si par un autre côté, le pouvoir en place n'est pas capable d'assurer le contrôle de cette liberté.
Ce schéma, dans une variante moderne et embrouillée, nous accable ; bardé d'intentions béates, le pouvoir en place est incapable de gérer le désordre (tout au plus arrive-t-il à l'endiguer sur des terrains connus), et prend des initiatives collectives qui nous conduisent peu à peu au ras des pâquerettes sociales : les Français sont (pour une grande part) des assistés permanents ficelés dans une scolarisation pesante, une recherche d'emploi inadéquate, d'interminables obligations paperassières, des impôts et des "aides" surabondants, et l'obligation de naître, d'être malade et de mourir comme le (la) Ministre le désire. Tout cela alimenté par un charabia politico-social auquel plus personne ne prête vraiment attention. Sauf peut-être les SDF dont le nombre augmente au rythme des pertes d'emplois.
Alexis de Tocqueville ajoute que "peu à peu, en remettant tous leurs pouvoirs à l'Etat qui déciderait tout à leur place, les citoyens se retrouvent dans ce qu'ils voulaient fuir : le despotisme. Coincé entre cette dictature "insidieuse" et l'obligation de conformisme, l'individu normal, lassé et résigné, se réfugie dans l'individualisme à outrance, l'indifférence hédoniste, puisque plus rien ne dépend de lui.
Si on y regarde d'un peu près, la France est dans ce contexte. Et si l'on a – encore – quelques souvenirs d'histoire moderne c'est  le profil qu'a engendré le communisme (toutes tendances assemblées, stalinisme, maoisme compris) partout où cette version excessive de l'idée démocrate s'est appliquée.
 
L'autre aspect très actuel du raisonnement d'Alexis de Tocqueville est le rôle de la religion dans une société. A titre personnel, Tocqueville n'était pas pieux, mais il était très admiratif de la puissance de pensée individuelle et du respect collectif qu'apporte la foi religieuse : "la religion est un axe politique majeur ; la foi donne "du sens" à la vie, jugule les instincts excessifs, alimente les attitudes de modestie, de compassion et de respect d'autrui, donc cette ambition d'égalité des conditions exprimée dans la démocratie. Religion et démocratie peuvent s'épauler, quelle que soit l'obédience, quelle que soit la forme de gouvernement."
L'introduction du respect religieux dû à chacun par un Etat sans a priori alimente la recherche égalitaire et modère les ambitions dictatoriales du pouvoir. Car Dieu, finalement, reste le décideur suprême. Tocqueville introduit donc une pensée de la laïcité - qui nous serait bien utile dans les débats actuels – et l'interaction réciproque entre la Loi et les libertés. Il conclue "c'est la liberté qui fonde l'égalité, et non l'inverse". On en retire que toute égalisation "obligatoire" est un non-sens et détruit le libre arbitre.
Selon lui, toute tentative d'opposer "d'un côté les hommes qui recherchent la moralité et l'ordre, et de l'autre ceux qui veulent construire la liberté est un non-sens ; au contraire, ces deux aspects sont complémentaires et s'alimentent l'un l'autre" ... Il poursuit : "le choix auquel sont confrontés les hommes des démocraties établies n'est pas de choisir entre démocratie contre religion ou religion contre démocratie, la terre contre le ciel ou le ciel contre la terre, mais à partir de la pluralité de leurs égales libertés, de "nourrir" la création démocratique … au lieu de retourner à un barbare état de nature".
Et vlan !... Où trouver plus de modernité ? Nos petits Robespierre en herbe, formatés à l'Ecole Nationale de l'Anorexie mentale devraient s'adonner, entre deux journées d'exhibitionnisme béat, à la lecture d'Alexis, et tenter de comprendre l'art du gouvernement.
 
Cela étant, si l'on ajoute quelques propos de notre ami Emmanuel Kant dans sa Critique de la raison pure, incontournable tremplin à la pensée politique moderne, on découvre aussi que l'admirable projet démocratique, même le mieux construit, est voué à s'auto détruire à peine installé, dans la corruption, le mensonge et la violence "la raison nous dicte des lois justes, basées sur l'expérience et dégagées de tout dogme religieux". Mais l'homme est limité par sa finitude radicale elle-même alimentée par la force des passions et l'ignorance ... A peine ébauchée dans le leurre de l'égalité, le merveilleux idéal de vie commune, se dissout irrémédiablement dans la prévarication, l'ignorance et la vanité des puissants". On approche ici la cynique définition de Jean Rostand "le monde appartient aux médiocres supérieurs".
Donc, point d'Eden Universel en vue !... Courage tout de même...
 
P. S. L'essentiel de ces propos est dû au texte original du Livre 1 de "De la démocratie en Amérique" d'Alexis de Tocqueville. Egalement aux travaux du professeur Agnès Antoine, notamment "Tocqueville, la citoyenneté et la religion" (Paris, Fayard éditeur).

Espace social et droit de l'Etat

Publié dans En France
Espace social et droit de l'Etat - "Qu'est-ce qui ferait du bien aux Français ?"                           
                         
Un Etat peut accepter toutes les différences à condition de les encadrer de manière stable et prévisible. Et non en changeant de curseur tous les 3 mois au gré des évènements et des accidents de parcours de la société qu'il est chargé d'administrer. La stabilité juridique d'une Nation est essentielle à sa survie, même si, en cas de péril imminent, elle peut et doit se renforcer vers une version plus autoritaire du maintien de son ordre social. C'est ce qui nous arrive en ce moment. Les braves cœurs qui croient encore que "tout le monde il est gentil" auraient dû en rester à la nursery enchanteresse de leur premier âge.
C'est d'ailleurs sous l'emprise et le gouvernement (au fait, pourquoi gouvernance ? Cette molle version du gouvernement) de ces joyeux illuminés qu'une société comme celle de la France a délibérément saccagé son "ordre public", raboté toutes les fonctions d'autorité, lessivé ses troupes, entretenu la haine de tout acte de fermeté, voté ou fait voter des mesures de bienveillance à l'égard des diverses délinquances, empêtré policiers, juges, préfets et autres personnages aptes à prendre des décisions, dans des précautions surabondantes. Au surplus, il faut bien avoir à l'esprit qu'un Etat européen tel que la France est aussi fortement dépendant de l'enveloppe juridique communautaire : règles communes contraignantes, "directives", arrêts des différentes cours de justice, arbitrages et surtout Déclarations et Principes de droit ultra protecteurs de la version libérale de l'individu et de son environnement social. Cette vision du monde est parfaite et plutôt réconfortante lorsque tout va bien, mais elle peut devenir négative, voire dangereuse pour l'univers qu'elle prétend promouvoir lorsque tout va "moins bien" et qu'il y a péril en la demeure Europe.
Donc, aux prises avec les violences inouïes de 2015, l'Etat français n'a pas les mains absolument libres dans la réorganisation de son destin, et il doit, de plus, aménager ses propres passivités passées et indulgences fautives vers plus d'attention et de fermeté. C'est un exercice difficile pour lequel nos énarques et autres élus formatés ne sont pas vraiment préparés. Puisqu'on leur avait promis un monde définitivement bien réglé. Or tout bouge, tout le temps, et pas toujours dans le bon sens...
 
Un bref – mais palpitant – inventaire de ce qui est fait, de ce qui a été annoncé et de ce qu'il faudrait envisager semble s'imposer :
Il serait peut-être sain de sortir de la morbidité exhibitionniste de nos gouvernants, arrêter de se mettre en scène avec des couronnes, des plaques commémoratives (d'ailleurs placées trop haut ou trop bas), de crapahuter dans les cimetières ornés d'une horde de journalistes. Les Français sont saturés. Il faudrait passer à du plus constructif, du "tourné vers l'avenir", genre refonte de l'éducation nationale et prise à bras le corps de l'emploi. Bref, redescendre sur la vraie terre, arrêter les bavardages, les déclarations creuses et les promesses qui ne seront jamais tenues.
Il serait assez bien aussi d'arrêter de s'intéresser aux hideux malfrats saccageurs de nos vies paisibles, de cesser d'en faire des vedettes de l'information. Ce ne sont que de pauvres types mal fichus. Cavaler après eux représente sans doute des possibilités de "remonter" certaines filières et mécaniques de haine, de folie meurtrière, et de volonté de saccage ; mais le faire plus discrètement serait sans doute d'un grand réconfort. Certes, les manuels d'histoire indiquent tous qu'il est habile de gouverner en "entretenant la peur", mais  le peuple français dont il est question a dépassé CroMagnon : il est tout à fait capable de se reprendre en main par lui-même. Il serait beaucoup plus humain et apaisant d'informer sur les nombreux (encore) hospitalisés du 13 Novembre, ceux qui ont vu leur vie brusquement foutue, de ce qui est fait pour leurs familles, au-delà des bonnes paroles et des médailles.
 
Au plan juridique et politique, les promesses de coordonner les différentes informations, recherches ou actions à l'échelon de l'Europe sont complètement passées à la trappe : qu'en est-il vraiment ? Et les diverses collaborations avec les Institutions européennes ? Quel est le niveau de collaboration avec les services de renseignement d'autres Etats souverains ? Les Etats Unis consentent-ils à nous livrer des lambeaux, ou des confettis de leur énorme système de renseignement ? Il faut bien l'avouer : le France, qu'il s'agisse de la sécurité intérieure, de son armée, de sa sécurité extérieure est dramatiquement sous équipée, pour n'avoir jamais envisagé que cela est désormais absolument vital. On réalise soudain le retard accumulé, le manque de personnel et de financement : ce n'est pas en achetant à la va-vite quelques nouveaux équipements et systèmes, en recrutant un peu de monde (qu'il faudra former et auquel il faut inculquer la déontologie du renseignement)  que l'on va changer soudain la donne et se retrouver dans Blanche Neige sauvée par les gentils ministres.
 
Le fameux discours de novembre devant le Congrès reste utopique sur ce plan sécuritaire ; il y ajoute l'incertitude institutionnelle en voulant opérer une "réforme de Constitution" : sur quelles bases et pour quoi faire ? Nous sommes  déjà bardés de "mesures d'exception" : la Nation française a déjà vécu tellement de "circonstances exceptionnelles" qu'elle les a à peu près toutes prévues. La seule nouveauté contemporaine est le "lien" entre un désordre international ciblé (Moyen Orient) et nos désordres internes : c'est là-dessus qu'il faut œuvrer, et au niveau simplement législatif. Dans ces lois nouvelles éventuelles, trois aspects doivent être liés et gouvernés : le renseignement, l'action internationale et la sécurité intérieure. En les articulant entre eux. Ce n'est pas très difficile à faire. Mais encore faut-il être vraiment "souverain", ne pas être soumis aux injonctions nord-américaines et avoir obtenu plus de liberté de la part des principes européens lorsque des "circonstances" bien précisées l'exigent.
En ce sens, la prévision d'une déchéance de nationalité à l'égard de ceux qui affichent si violemment leur haine de la France peut s'avérer une mesure légitime : les Français ont massivement approuvé ce projet, mais qui restera affaibli, certainement, par une mise en œuvre molle. Juridiquement, cela est assez complexe car les cas de protection par accords internationaux empêchent l'apatridie (absence de couverture juridique).
 
Il y aurait mieux et plus simple à promouvoir en France, en trois directions évidentes :
 
L'éducation
Là gît le fond du problème comme sa résolution. Pour les agresseurs connus et fauteurs de troubles, l'éducation nationale n'a pas joué son rôle : il faut donc resserrer les boulons et recréer un contexte de scolarisation vraiment obligatoire et sécurisé. Plusieurs pays et des plus démocratiques le font déjà depuis longtemps. Le fichier scolaire est aussi un fichier de repérage de ceux et celles qui présentent de sérieux risques (indiscipline, violences, insultes) et surtout absentéisme et "décrochage" de l'institution scolaire. Fichier tenu dans tous les établissements, à partir de l'âge de 14 ans : en effet la délinquance et les tentations intégristes éclosent aussi dans les établissements privés et les beaux quartiers. Passé une certaine quantité d'incidents, voire d'actes délictueux, ce sera l'envoi dans des établissements plus spécialisés avec suivi sérieux. L'absence scolaire entraine pour la famille de l'intéressé le retrait de toute allocation. Comme aux Etats Unis (et ailleurs, dans plus de la moitié des Etats de la planète) la présence dans toutes les classes, de la maternelle aux classes prépa. du drapeau national a un rôle identitaire de même que l'apprentissage de l'hymne national, de l'histoire et de la géographie. La vérification systématique de la bonne connaissance de la langue française est également fondamentale d'une "francisation" honorable.
 
Les enfants actuels sont beaucoup plus "précoces" et rapides que les générations précédentes : ils ont à leur disposition des outils qui leur permettent d'apprendre individuellement toutes sortes de disciplines, d'appréhender toutes sortes de connaissances qui ne sont pas dans les naïfs programmes scolaires, y compris comment on monte et démonte une arme, comment on fabrique des explosifs, comment on se bat à l'arme blanche, etc...Il serait donc intéressant d'avancer la majorité juridique à 16 ans et de renoncer au cocooning pénitentiaire pour les 14/16 ans, de même qu'à l'indulgence judiciaire systématique à l'égard des "jeunes" délinquants, des dealers de collèges et lycées, des recruteurs de kamikazes en herbe (sans jeu de mots).
 
Rétablir la conscription militaire
La "suspension" du service militaire obligatoire par la Loi Richard du 28 octobre 1997, produit au bout de 20 années, telle que pratiquée, sans filet de rattrapage, une véritable catastrophe sociale, marginalisant encore un peu plus ceux qui s'étaient déjà échappé du contexte scolaire, alimentant les ghettos identitaires. Ce service national n'a été que "suspendu" par une Loi votée : il peut donc être facilement rétabli par un vote identique.
Chargé des lourds souvenirs des inutiles et redoutables guerres de décolonisation, de la désuétude de certaines pratiques, ainsi que de la vétusté de la plupart des installations, l'Etat français a renoncé bien imprudemment à cet outil essentiel de brassage social, d'interpénétration des différents milieux et de construction de l'appartenance à la Nation. On peut aimer ou pas, mais cet exercice de sociabilité est, à notre époque de tendance au repli sur soi, indispensable. Ce "service" reposant sur le volontariat, modernisé et limité dans le temps (10 à 12 mois ?) doit surtout pouvoir rester un choix, libre et individuel : à défaut de service militaire un service "civil" qui existe déjà mais de manière trop limitée serait accompli : utile dans des services sociaux, d'aides variés, de secours, adapté aux différents niveaux de connaissance des individus, il contribue à comprendre ce qu'est "l'appartenance à un peuple" dans sa dimension réelle. Ces deux "services" intégrés aux cycles scolaires, destinés aux filles comme aux garçons, auraient aussi pour vocation d'aider - s'il en est besoin - à l'insertion dans le monde du travail : ils supposent donc une réelle collaboration entre l'Education, l'Armée et divers services sociaux ; c'est sans doute ce qui sera le plus difficile à obtenir. Ils peuvent aussi être régionalisés, gérés localement en fonction des besoins locaux.
 
Enfin, ultime mesure de réalité, qui s'avérerait vraiment sécurisante pour la société nationale (bien plus que la juridique et symbolique déchéance de nationalité) recréer une relégation pour les individus les plus dangereux, soit déjà délinquants soit potentiellement capables de terrorisme : une vraie mesure d'isolement de long terme, en dehors des zones peuplées et des lieux-passoires de détention de la métropole. Cela ferait vraiment réfléchir les candidats à la violence illimitée. Une croisière de la Marine Nationale pourrait les transporter vers un de ces lieux isolés dont on ne peut espérer s'échapper : l'archipel des Crozet (iles des cochons ou de la Possession), un des ilots des Kerguelen,... seraient opportuns et rafraichiraient ces cerveaux survoltés : ils pourraient ainsi, dans une paix absolue, sans bistrots ni musique, sans stade de France, sans magasins à dévaster ni femmes à séquestrer, s'adonner à l'endoctrinement des manchots Adélie, étudier les lichens antarctiques, cultiver sur de petits lopins des salades autres que pseudo-coraniques. Le peuple français se trouverait rassuré et contribuerait à Noël à leur adresser de petits cadeaux comme des grenades factices ou des kits de survie.
 
On répète volontiers que "la France n'a jamais connu de telles violences". C'est faux. Paris a toujours été la capitale mondiale de l'anarchie, le refuge de tous les exclus, de tous les révoltés : pilleurs de banques, bandits motorisés, anarchistes italiens, nihilistes russes, adeptes de Bakounine et de Proudhon, ouvriers et mineurs grévistes incendiaires et casseurs, poseurs de bombes venus d'Autriche Hongrie, indépendantistes irlandais en fuite, juifs polonais à la recherche d'un monde moins mauvais, la 3ème République, après les terrifiants ravages de la Commune, a eu fort à faire entre 1875 et 1914 pour faire "régner l'ordre républicain". Elle l'a fait avec énergie et détermination, pas toujours dans la dentelle, dépourvue de tout sentimentalisme : lourdes condamnations, généralisation des bagnes, militarisation des récalcitrants dans d'avenants bataillons disciplinaires, peines définitivement éliminatoires. Il y eut de brèves périodes quasiment totalitaires, surtout dans les grandes villes. L'école obligatoire et le long service militaire (jusqu'à 7 ans), l'encouragement au mérite scolaire et l'envoi à d'hypothétiques conquêtes coloniales ont été, avec de fermes outils policiers et judiciaires, les instruments de la paix sociale, décourageant et éliminant les candidats à la violence ordinaire et favorisant la croissance économique. Certes, le contexte n'est plus le même, mais les trop lénifiantes attitudes, faisant croire en une gentillesse universelle se révèlent destructrices de l'équilibre social fondamental consistant à être "civilisés", c'est à dire pacifiques envers ses semblables. S'inspirer de la stratégie des gouvernants de cette République ne semble pas imbécile, d'autant que le pouvoir contemporain patauge dans l'indécision et le bricolage de court terme. Lorsque l'on gouverne il faut avoir le sens du "bien public" de long terme et non être obsédé par les élections prochaines. "Gouverner c'est prévoir" dit l'adage classique, la bonne question est "Qu'est-ce qui ferait du bien aux Français ?"

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