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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

URL du site internet:

Démocratie

Publié dans A tout un chacun
Démocratie                                            
 
Notre Démocratie contemporaine émerge des philosophies de la fin du 18ème et début du 19ème siècle chez les Européens, notamment ceux émigrés en Amérique du Nord, lesquels ont profité de leur vide juridique pour édifier une nouvelle conception de la vie en société. Alexis de Tocqueville en reste un des meilleurs louangeurs. En France – championne tous azimuts de la démocratie – on y amalgame volontiers la tumultueuse République, pensée comme le seul cadre possible à l'épanouissement démocratique.
Qu'en est-il ?
L'idée démocratique repose sur l'acquisition de la Liberté (individuelle), laquelle permet de participer au pouvoir, soit directement, soit par l'expression de sa volonté par le biais du vote. C'est Rousseau. Le suffrage universel (masculin).
Mais très vite se greffe le principe selon lequel cette liberté ne peut s'acquérir que par le travail et la propriété économique : irruption du principe économique dans la philosophie libératrice. C'est le vote censitaire, basé sur l'impôt de chacun : seuls les gains obtenus par le travail ou la possession de biens, permettent l'accès à la citoyenneté ; le droit de vote est la contrepartie du rôle d'imposition ; le pouvoir, investi par la volonté du peuple, redistribue dans l'harmonie ce pactole destiné à la collectivité.
Voilà la base. Très vite, par la pénétration de l'argent, les hommes étant ce qu'ils sont, s'épanouit une déviation capitaliste qui selon le peuple frustré "ne donne le pouvoir qu'aux riches".
Donc des décennies de révoltes sociales ravageuses aboutissent à la théorisation des bienfaits de la mise en commun intégrale du travail et de ses outils d'enrichissement : cette dictature du prolétariat – quelle qu'en soit la forme – n'est pas vraiment une réussite, que ce soit sous l'angle des libertés ou de l'économie.
Un peu plus tard, les peuples colonisés s'estiment eux aussi floués : ils réclament l'indépendance, croyant ainsi saisir ainsi la liberté et accéder à la richesse qui leur a été confisquée. Mais conquis, le mirage de la démocratie est vite dévoyé et l'accaparement économique n'est pas du côté des pseudo libérateurs.
 
La démocratie est un système de pouvoir, lequel, là où nous en sommes, offre trois modèles : le système libéral-capitaliste où le fameux "laisser faire" devait être un régulateur naturel du bien-être ; toutefois cette vue a été complètement altérée par l'économie de marché, y compris la fameuse conquête du pouvoir. La véritable évolution a transformé les citoyens en contribuables (impôts directs) et en consommateurs (impôts indirects).
Le système collectivisé dont le but est de sortir de l'asservissement du marché, non par le biais de la liberté individuelle mais par l'égalité de tous, s'est révélé franchement catastrophique et mensonger. Cette tentative de réforme sociale a, dans toutes ses configurations abouti à l'aliénation de la liberté.
Le modèle le plus récent, celui des états dits émergents, reste dramatiquement flottant, car il tente toutes les variantes d'accommodation des deux précédents : la recherche de l'argent et l'illusion démocratique. Cela dans un désordre et des violences inouïs. Quant aux peuples les plus pauvres, ils ne peuvent compter ni sur le marché ni sur un pouvoir institué, et on feint de les ignorer.
 
C'est donc l'impasse. La planète entière et tous les peuples qui l'occupent sont désormais obsédés par l'argent, irréductiblement greffé sur le mythe démocratique. Les différentes expériences de deux siècles ont abouti à la quasi-certitude qu'on ne peut se passer de l'économie de marché, qui seule peut assurer la survie des populations. Et toute tentative de réforme sociale tendant à améliorer l'égalité (en dépit du marché) a immanquablement abouti à la dictature. Les pays non capitalistes à la recherche du progrès connaissent une grande perte de liberté, et souvent la pauvreté de la majorité asservie par une égalité rétrograde.
           
Le capitalisme a continué sa progression, et semble avoir même vaincu la version soviétique ou collectiviste inspirée du communisme intégral. Le niveau d'attente des pays non développés ou en début de développement est très élevé, assorti d'un énorme sentiment d'injustice lié à l'inégale distribution des richesses. Cette injustice pèse aussi sur la conscience de l'Ouest capitaliste, mais ce dernier continue son obsédante trajectoire d'enrichissement et de croissance à n'importe quel prix, même si cette dernière est illusoire. Tout cela dans un contexte de rivalité permanente l'amenant souvent aux tricheries, au repli sur soi, à l'intransigeance.
On peut ajouter à ce contexte l'invasion de l'information par tous moyens, signalant tous les incidents relationnels, ce qui rend très fragile toute tentative de pouvoir démocratique cohérent sur le long terme ; d'où les multiples et récentes tentations de pouvoir autoritaire déguisé sousle voile du progrès technologique. Le second élément instaure le mythe de l'économie globale qui semble ne favoriser que les plus riches et les plus "déjà globalisés" par l'investissement, sans considérer vraiment les possibilités de la redistribution.
Au passage, piégés dans la logique des marchés économiquement rentables, les deux piliers de la vraie démocratie – l'instruction et la justice – (relire Tocqueville) - sont passés à la trappe : exercer ses droits de citoyens suppose que l'on soit, a minima, instruit : or l'instruction "coûte cher et ne rapporte rien dans l''immédiat" à des pouvoirs brièvement en place (d'où les jongleries sur les ré-élections). Le savoir suppose qu'il soit financé et rentable, donc il est de plus en plus réservé à ceux qui peuvent payer ; l'éducation populaire étant de moins en moins considérée, voire carrément absente, la planète se couvre peu à peu d'analphabètes cramponnés à leur téléphone portable (quand ils en ont les moyens). Quant à la justice, elle s'avère de moins en moins égalitaire : l'adage "la même justice pour tous" a fondu au fil de la réintroduction de systèmes financiers dans son usage, et dans tous les cas de figures, ce pseudo Troisième Pouvoir (selon John Locke ou Montesquieu), est à la portion congrue des budgets publics et toujours très encadré par de soupçonneux pouvoirs politiques (ou à leur service, dans les pires des cas).
 
L'actuelle situation est celle de l'effritement progressif – mais tout de même rapide – de la version du pouvoir sur laquelle la planète s'est développée depuis 2 siècles. L'Ouest nanti se sent assiégé, tant en son sein européen que dans son illusoire empire américano isolationniste. Les Européens seraient plutôt portés à envisager le partage, mais dans des règles non encore esquissées. Et la fameuse idée de la "croissance illimitée et permanente" est sérieusement attaquée.
Au reste, on peut se demander à quoi sert cette obsession de l'enrichissement illimité. Déjà, dans un Essai intitulé "Economic possibilities for our grand'children", publié à Londres en 1932, John K.Galbraith s'interrogeait sur les effets ravageurs de cet impératif d'enrichissement et ce désir d'acquisition sans fin inspiré par ce qu'il appelle "scarcity" ("le manque"). Il prédisait, dans une prévision à 100 ans, que ce mécanisme s'arrêterait aux environs de 2030. (1)
Peut-être, une nouvelle vision de l'organisation du pouvoir, en fonction du nombre  croissant de gens à maitriser dans leur diversité, et de la complexité des tâches, est à prendre au sérieux : due à deux organisations sociales aux antipodes l'une de l'autre, elle repose sur des analyses de réalité, et tente de revenir aux sources virginales de la démocratie ; il s'agit du système "confort et contrôle" pratiqué avec succès depuis plus de 60 ans par la ville état de Singapour : le pouvoir en place, très ramassé et assez dominateur, mais sans violence systémisée, demande à ses citoyens d'avoir un "comportement conforme" et d'éviter les "incivilités", en échange de quoi, l'aisance, le bien être, les loisirs et la protection sociale sont assurés, grâce à une économie de marché performante, et qui doit absolument le rester.
C'est ce que le président Xi Jinping insuffle actuellement en Chine continentale, notamment à travers ses discours et ses "petits livres blancs" sur la Gouvernance de la Chine : le pouvoir politique est solidement sanglé dans un Parti unique, peu tolérant des divagations, mais en échange, ce même pouvoir promet d'assurer bientôt, si la pratique de l'économie de marché continue sa trajectoire positive, croissance, bien-être et meilleure vie à l'ensemble des populations, même les plus pauvres.
Autrement dit, on peut accepter l'autorité du pouvoir si, en échange, "le manque" s'éloigne et n'est plus qu'un mauvais souvenir. Cela suppose la prospérité continue, la conquête de tous les espaces de croissance possible. Et... la réussite continue… quitte à dévorer tout ce qui la contrarie.
 
On peut être perplexe. Ce "contrôle et confort" est applicable à 5 ou 6 millions de citoyens, (par des biais différents, on l'a dans le Nord de l'Europe) mais à plus d'1,6  milliard d'individus, au surplus très différents, cela semble utopique. On peut être inquiet, car le système entraine facilement vers des versions autoritaires de pouvoir, parées d'angélisme mais qui virent rapidement à l'intimidation et la répression (voir Hong Kong).
 
Quel avenir – en effet -  attend nos petits enfants ? Star War sans Han Solo, L'Archipel du goulag, ou bien le Pays des Merveilles ?

Envoyé par l'auteur, 31 mai 2018
(1) In Essays in persuasion : Economic possibilities for our grand'children, page 369 et s. London 1932

Kim et Trump

Publié dans De par le monde
COREE : Kim et Trump, rencontre à Singapour ?         
 
La rencontre est donc prévue le 12 Juin à Singapour. Mais la fin mai assombrit le ciel : les diplomates ont pourtant bien travaillé. Monsieur Kim et monsieur Trump devraient se révéler plus raisonnables qu'ils ne le paraissent. Alors que monsieur Kim affiche devant les médias le "démantèlement" de ses installations nucléaires opérationnelles tout en tempêtant contre l'omni présence militaire américaine près de chez lui, monsieur Trump envisage de remettre une fois de plus le rendez-vous. De chaque côté, l'esprit de provocation demeure.
Toutefois, dans ce jeu à 2 rôles, en fait, ils sont 4 : la Corée du Sud pèse de toute son influence et la Chine de Monsieur Xi garde un rôle prépondérant. On peut aussi élargir la conversation au Japon - aux premières loges du danger en cas d'échec - à toute la zone du Pacifique nord, et cette fois la Russie de Vladimir Poutine ne manque pas d'être un influent médiateur.
 
Le choix de Singapour comme lieu de rencontre est solidement pesé : hautement sécurisé, il plaît aux 2 premiers rôles. Kim Jong-Un y a séjourné lorsqu'il n'était qu'héritier. L'endroit est suffisamment luxueux pour être apprécié des 2 parties, capable d'accueillir les suites nombreuses, les intervenants, leur sécurité, les gens d'information du monde entier. L'Ambassade américaine est un véritable fortin, en face du Jardin botanique. Singapour est aussi un "bloc bancaire" (expression d'un éditorialiste australien) très important , au Top 4 des places financières mondiales, où nos héros ont d'importants placements, une bonne part de leurs petits magots publics et privés. Singapour est une des clefs du grand commerce maritime international, point de départ de la fameuse ceinture dorée qui passe par Suez et Panama.
La symbolique est donc forte. A cela s'ajoute l'influence de la Chine continentale sur la Cité-Etat, à 85 % chinoise par sa population, ses mœurs et son exemplarité au sein des différentes communautés d'Asie. Les Occidentaux – surtout Australiens et Nord Américains – y ont de puissants intérêts.
 
Ce n'estpas seulement un éventuel pacifisme qui prévaut dans cette rencontre originale ;  c'est l'intérêt économique et financier : pour les uns, au Sud, il faut préserver ce qui existe, pour les autres, au Nord, il faut conquérir sa place dans le cœur des nantis. Pour la Chine de Monsieur Xi, il s'agit de sécuriser son projet de développement à horizon 2050, notamment en mer de Chine, et qu'il ne soit en rien entravé. Le principe majeur sera très confucéen : celui de la réalité. Mais à l'abri des bonnes influences stellaires. En Asie le ciel n'est jamais loin, même si l'excentrique commerçant de la Blanche Maison aime provoquer et pense surtout à son tiroir-caisse.
 
Singapour se situe aussi, désormais, dans l'orbite chinoise, et dans celle japonaise. Elle est la charnière de ces 2 mondes antagonistes, pour lesquels le contentieux est si ancien et encore pesant. Singapour a tout à y gagner aussi, se protège ainsi d'un étouffant bouclier chinois, et reste ouverte aux stratégies occidentales. Ce faisant, elle affiche son aide à ses deux plus proches concurrents (Corée Sud et Japon) tout en s'assurant de leur continue collaboration. En moins de 30 ans la Ville-Etat est devenue une sorte de mini "laboratoire" pour l'avenir tant sur le plan technologique et financier que politique. A la fois fragile et fort, son équilibre dans la durée peut dépendre, en partie, des résultats de la rencontre du 12 Juin.
 
Le président Trump (et son entourage) affiche une stratégie d'usure : on joue les gentils et puis, brusquement, on verrouille ; c'est en quelque sorte à celui qui mentira le mieux.  Il serait étonnant que Mr Kim annihile en un jour une puissance nucléaire qui a mis 40 ans à être construite au prix de sacrifices sociaux et économiques monstrueux. Où est la cachette ? Et il maintiendra son mécontentement tant que la puissance militaire US dans sa zone d''influence n'aura pas baissé de plusieurs degrés. Les exercices militaires accomplis conjointement par Séoul et Washington sont une sérieuse épine. Il serait étonnant que monsieur Trump renonce subitement au verrouillage de cette zone, et à ses propres menaces, juste pour faire plaisir aux deux Corées… Jeu de dupes, leurre médiatique ? Ou peut-être intentions inavouées de part et d'autre. La diplomatie de surface cache le plus souvent la diplomatie réelle ou son absence.
 
Par ailleurs, en apparence, monsieur Trump n'applique pas à l'égard de l'Iran le même apparent bon vouloir diplomatique que celui finalement adopté à l'égard de la Corée du Nord ; pourtant il s'agit des mêmes griefs : fabriquer en douce du nucléaire militaire sans respecter les besogneux arrangements négociés avec ses prédécesseurs (Clinton et Obama), avoir la tentation d'agresser ses alliés, ne pas respecter les promesses successives et empocher les dollars généreusement distribués. Sans doute l'enjeu asiatique est-il plus clair, car il s'agit de maitriser une position jusqu'à présent nettement dominante. L'enjeu du Moyen Orient est d'une complexité tellement profonde, islamique, dans un enchevêtrement si confus d'a priori historiques, religieux, claniques, que la Maison Blanche ne domine pas vraiment, et où il faut jouer aussi avec l'Europe (qui est peut-être le vrai ennemi à abattre dans la zone ?)
 
Enfin, la rencontre programmée du 12 Juin peut être– en filigrane – pour tous les riverains du Pacifique, l'occasion de tenter de relancer le grand Traité commercial TransPacifique conclu en 2015, qui satisfaisait tout le monde et que Donald Trump raya d'un trait de plume à peine installé. Il s'agit d'un autre sujet que le problème coréen, mais voilà une bonne occasion d'en parler, car un tel rendez-vous ne se reproduira peut-être pas. Mais il ne faut pas anticiper : l'annulation pure et simple, l'impasse, ne sont pas loin. Il serait alors certain que Chine et Russie reprendraient la main (la Russie n'était pas partie au TransPacific) et ce pourrait être alors le début d'une sorte de "bye bye commercial à l'Amérique isolationniste".
 
Pour l'heure, il s'agit d'éliminer le conflit sur le nucléaire et de régler l'antagonisme coréen né de part et d'autre du 38ème parallèle. Le but ultime peut être à long terme un traité de paix véritable entre les deux Corées, assorti de l'humanisation des relations. Ce serait bel et bon.
La diplomatie est l'art des petits pas.

Envoyé par l'auteur, 24 mai 2018

COREE et COREE

Publié dans De par le monde
COREE et COREE : premier round                                             
 
Voilà… C'est fait : le premier pas est accompli.
La diplomatie silencieuse (la vraie diplomatie) a fait son œuvre. Le lassant désir de transparence permanente imposée par les médias a été habilement contourné. Des dizaines de types en costume sombre et cravate ont pris des dizaines d'avions munis de passeports diplomatiques, pour se rencontrer dans des lieux calmes et discrets, afin de discuter de choses sérieuses. Cela a pris du temps, beaucoup de patience, et la nécessité d'un vocabulaire commun.
Les deux Corées rebâtissent un début d'univers partagé. Cela prendra du temps, beaucoup de patience, et il n'est pas certain que cela réussisse. Mais le plus important est l'acquisition de cette plateforme commune d'intérêts, sans l'intervention de puissances extérieures, même si elles sont très "puissantes", ou même si elles influencent en sous-main. Cette bonne perspective a émergé de la calamiteuse Conférence de Vancouver, en Janvier, où aucune des Corées n'avait été conviée : sa conclusion fût que seules les deux nations concernées pouvaient trouver une solution commune satisfaisante pour tout le monde. Ensuite, il y a eu le bienfaisant intermède des Jeux Olympiques d'hiver, où sous couvert d'amusement sportif, les premières rencontres opérationnelles ont pu se dérouler. Les représentants respectifs de Monsieur Kim et de Monsieur Moon ont pu mesurer leur capacité à s'entendre. (1)
 
Lors de ses délires nucléaires – tout à fait volontaires – Kim Jong Un a atteint son premier objectif : se faire connaître, se faire respecter lui et son Etat ; faire savoir au monde qu'il n'était pas "un tigre de papier" mais un chef à la tête d'une nation armée et disciplinée. "Faire peur" est un moyen comme un autre de s'imposer en politique. Le second objectif était d'accéder à une reconnaissance non plus symbolique mais réelle et juridique : l'établissement de l'armistice de 1953 et de la frontière du 38ème Parallèle, lors de l'arrêt des hostilités entre Occidentaux et Communistes a laissé "béante" la question de la Paix entre les deux espaces délimités par l'autorité internationale. Il est donc temps de remédier au vide douloureux. Tel est l'enjeu actuel.
La Corée du Nord est désormais le symbole le plus pur de l’État communiste (maintenant que Cuba s'est engouffré dans la brèche monétariste et que la Russie et la Chine pratiquent des politiques alternatives). A ce titre, elle représente une vision autoritaire du pouvoir pour le bien du peuple, mais également dynastique (ce qui est paradoxal). Après trois années de guerre et 2 millions de morts, la péninsule devait revivre, quelle que soit la forme de son gouvernement. L'option communiste au nord, celle libérale et capitaliste au sud, représentent à elles deux le dilemme le plus pathétique de notre époque trublione et remuante à l'excès.
 
Maintenant, l'ambition du jeu sera d'établir une situation "gagnant-gagnant" : l'inquiétude de la zone Pacifique dans son ensemble et sa diversité, a été et reste très grande : il n'est pas question d'avancer davantage vers une déstabilisation. Tous les proches voisins des Corée ont atteint des niveaux d'alarme peu vivables sur le long terme. De l'Australie au Japon de Singapour au Philippines, les essais nucléaires et la politique extrêmement menaçante de Kim Jong-Un ont engendré la panique.
C'est là que le clan des "grands frères" communistes intervient : la Chine d'abord, et la Russie (toujours soviétique) sont intervenu afin de modérer les ardeurs agressives ; les enjeux économiques et financiers sont d'importance. Surtout pour la Chine du président Xi, dont les plans de conquêtes économiques sur Zone Pacifique et dans le reste du monde ne doivent pas être contrecarrés par un allié irresponsable. La Russie, grande pourvoyeuse de moyens et de procédés de gestion sociale, a également désiré affermir son rôle de modératrice. Donc, côté Corée du Nord le contexte est bétonné.
 
En face, Donald Trump n'a pas tort lorsqu'il affirme que se sont ses "coups de gueule" qui ont déclenché le cheminement vers l'apaisement : si on a bonne mémoire, en 1994, Bill Clinton, alors président des Etats Unis, finit, au terme de discussions interminables, par arracher un Accord à l'ultra tyrannique père du Kim actuel : lequel promet d'abandonner son programme nucléaire militaire en échange d'une aide économique civile. Sous couvert de cet Accord, la Corée du Sud, le Japon et d'autres Etats fournirent deux petits réacteurs nucléaires civils et une aide de plusieurs milliards de dollars. Clinton affirma naïvement "c'est un bon accord qui assurera une meilleure sécurité à tout le monde et permet à la Corée du Nord de se développer". Monsieur Kim ne démantela rien du tout et empocha les dollars. (2)
. Ensuite, George W. Bush tenta d'être plus sévère, et enclencha sans succès de nouvelles négociations ; la réponse, en 2006, fut le premier essai nucléaire. Tout le travail de l'administration Obama fut de ralentir au maximum les effets dévastateurs de cette politique, alors que Chine et Russie épaulaient leur allié nord-coréen.
 
Maintenant qu'il a acquis sa notoriété internationale et conforté sa réputation, Monsieur Kim veut passer à une solidification économique, et sans doute tenter de rendre son système social moins épouvantable. Pour cela il doit "s'ouvrir au monde", trouver des liens financiers nouveaux, utiliser des modèles sociaux occidentalisés ; il les connaît bien, puisqu'une grande partie de sa jeunesse s'est déroulée en Europe et aux Etats Unis. Il en connaît les qualités et les défauts.
Il ne faut surtout pas songer à une réunification. L'hypothèse est absurde. Sur quelles bases pourrait-elle exister ? Aucun des protagonistes ne le souhaite, ni aucun des deux peuples. Les deux systèmes, tels qu'ils existent, sont aux antipodes l'un de l'autre. Tout au plus, une coopération, ciblée sur des domaines précis serait appréciée par les deux parties.
Peut-être la rencontre en Juin avec Donald Trump n'aura-t-elle pas lieu ? Peut-être sera-t-elle catastrophique ? Trump ne démordra pas d'une dénucléarisation totale, et Monsieur Kim revendiquera la disparition des bases armées nord-américaines les plus proches de ses frontières. Néanmoins les professionnels de la diplomatie misent sur une pacification bilatérale. Un modérateur a été introduit dans ce dialogue effervescent : le représentant sud-coréen ; lui seul peut comprendre le point de vue des deux parties. L'aboutissement logique idéal serait, près de 70 années après l'armistice séparatiste, la signature d'un véritable traité de paix et l'abandon de l'opaque et douloureuse frontière militarisée.
Mais la route est encore longue. Quelle est la part de sincérité ou d'hypocrisie ? De strict calcul opportuniste et de véritable désir de paix ? Faut-il miser sur un remarquable coup de théâtre (ou d'accélérateur) commis par deux interlocuteurs imprévisibles ou un enlisement dévastateur ?
 
Finalement, la vraie question est : au bout d'un siècle de batailles, d'affrontements terrifiants, de heurs irrémédiables, la version communiste-collectiviste du pouvoir et de la société peut-elle être compatible avec celle de la société libérale-capitaliste ?
L'enjeu des rencontres des deux prochains mois, de ces sourires et poignées de mains, de ces accolades et tables rondes, est mondial. Et en quelque sorte philosophique. Il nous concerne tous, présente une résurgence des périls nucléaires que l'on croyait pourtant évanouis à jamais, et pèsera également sur le devenir de l'Europe, car désormais tout est lié.

Envoyé par l'auteur
(1) Les rencontres politiques et diplomatiques discrètes sont  un rituel des Jeux Olympique. Cela a commencé il y a longtemps, bien avant la 2WW. Mais c'est surtout à partir de 1948 que cet aspect s'est développé : afin de prouver au monde qu'ils existaient toujours et que la Paix était vraiment acquise, les Européens et le Comité International ont rétabli très vite la tradition olympique. Les Britanniques reprirent le flambeau en 1948, puisque les Jeux de 44  y avaient été impossibles. A la recherche d'une capitale européenne  neutre, non touchée par la guerre et ses bombardements (ni non plus dans un pays à gouvernement fasciste), Helsinki en 1952, capitale de la Finlande fut plébiscitée. C'est là que les Nord Américains et les Soviétiques se rencontrèrent pour la première fois dans ce contexte de Guerre Froide. L'évènement très symbolique en fut aussi les 3 victoires d'Emile Zatopek, brillant représentant du monde de l'Est alors que les USA remportaient le plus grand nombre de médailles.
(2) Le même type d'arrangement fut conclu avec l'Iran (et l'Irak), ce qui autorise le Président Trump à les menacer de la même manière, même si la situation au Moyen Orient est très différente et surtout beaucoup plus complexe.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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