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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

URL du site internet:

Parlons d'argent

Publié dans De par le monde
Parlons d'argent                                                 
 
Ce qui se passe en France, en ces semaines chaotiques, n'est intéressant que si on le replace dans un contexte comparatif : comme il l'a déjà été exprimé, l'Europe (et peut être le monde) est sans doute à la fin d'un cycle politique : cela arrive régulièrement, sur de plus ou moins longues périodes.
Deux nouveautés interviennent cette fois : les procédés de nouvelles technologies avec leur information instantanée à laquelle résistent bien mal les procédures politiques classiques. L'omniprésence de l'argent dans toutes les démarches politiques de quelque importance. La dernière élection nord-américaine en est une démonstration flagrante : l'utilisation ou le torpillage de tout acte ou déclaration (même privée) dans les médias avec la guerre sournoise que se livrent informateurs et gens de politique sont désormais étalés sans retenue. Enfin, le gagnant est celui (ou celle) qui paie le plus, au cours de campagnes électorales délirantes qui s'étalent désormais sur pratiquement la dernière moitié du mandat présidentiel. Les "soutiens" sont avoués, avouables, recherchés. Le nouveau Dieu s'appelle Dollar, même si on continue à prêter serment sur la Bible. Où est l'intérêt des citoyens dans ce magma confus ?
 
En Europe, certes, c'est plus modeste. On a encore un peu de moralité et une longue pratique des abus perpétrés par les différents pouvoirs. L'Europe politique a appris une certaine discrétion, un moindre apparat, même si cela n'élimine pas les scandales dus à l'ambition ou à l'aveuglement de certains. Les acteurs du monde politique perdent parfois le sens des plus simples réalités. Trop de pouvoir rend fou, c'est bien connu, surtout si l'on vient de très loin dans la hiérarchie sociale. Il y a eu aussi, pendant des siècles, confusion de l'argent public et de l'argent privé : les Médicis faisaient peu la différence ; Richelieu, Mazarin, ont bâti de colossales fortunes privées tout en prêtant à l'Etat sur leurs propres deniers. Bonaparte piochait dans la caisse pour doter sa famille... les exemples sont innombrables. La richesse de nos Empires et de nos industries recouvrait d'un épais rideau de fumée patriotique les démarches les plus extravagantes. Ce n'est plus le cas. Car le "tout dire et tout savoir" a transformé l'information en censeur.
 
La naïveté n'est plus de mise ; soyons clairs : nous sommes en Ploutocratie, cette forme dévoyée de l'oligarchie, que craignaient tant les Anciens, qui mit à genoux Athènes et Rome ; système d'une caste tournée vers ses intérêts personnels, ses profits et avantages, avant le souci du mieux-être collectif. Cela a toujours existé et existera toujours. On le sait : on paie pour exister, pour réaliser, pour avancer... On se fait payer pour autoriser à exister, à réaliser, à avancer. Ainsi va la nature humaine dans la perpétuelle quête de la réussite, du pouvoir. Souvent la politique n'a qu'une morale de façade. Régulièrement, en France, le plus souvent à la suite d'un nouveau scandale, on refabrique et l'on vote des textes sur "la transparence" des financements de la vie politique, des élections ; cela peut être un assainissement salutaire, mais toujours provisoire car l'argent prend ses propres chemins, toujours pleins d'imagination.
 
Le très intéressant Bureau de la Transparence Internationale basé à Berlin, après avoir soigneusement éreinté les Européens, s'est penché sur la corruption dans 16 pays de la Zone Asie. C'est d'autant plus intéressant que le monde occidental est désormais très imbriqué dans des relations financières et commerciales avec ces pays, et la contamination est tentante. L'Europe méditerranéenne était largement épinglée : Espagne et Italie, également la Grèce où la pauvreté endémique depuis 15 ans a enclenché un monde de "combinaisons". Pas le Portugal, à la population peu nombreuse, donc contrôlable. Les Nordiques ne sont pas loin de l'angélisme mais pas tout à fait, avec des "accidents" dus surtout à des placements off-shore très discrets. Il y a peu, le Royaume Uni a connu de retentissants scandales, mais la rigueur a été instituée avec détermination, et le "off-shore" permet quelques "arrangements" au sein du Commonwealth. La Pologne n'était pas bon élève. La Turquie (liée au bassin méditerranéen) appréciée comme "douteuse" sur de nombreux points.
 
Pour les 16 Asiatiques, avec plus de 20 000 consultations, il est avéré que près de 900 millions de personnes sont impliquées dans des actions de corruptions (corrupteurs ou corrompus) : le taux le plus élevé est en Inde et au Vietnam (69 et 65 % des actes examinés ont un "lien" de corruption) ; viennent ensuite la Thaïlande, le Myanmar, le Cambodge et le Pakistan (40%). Le moins corrompu étant le Japon (moins de 2 %). La Chine reste dans une marge "raisonnable" (26 %). Les services les plus corrompus sont la Police (à 30 %), les administrations gouvernementales et territoriales (notamment pour l'obtention de papiers d'identité, de bulletins de vote, de permis de tous ordres), les Cours de justice (23 %), l'accès aux écoles publiques (22 %) et à l'hôpital (18 %).
Une évaluation prévisionnelle permet de parier sur une augmentation phénoménale de ces comportements, liée à l'augmentation des populations et à l'écart de plus en plus grand entre les différentes classes sociales : dans les 10 ans à venir, la Chine, l'Indonésie, la Malaisie, le Vietnam et la Corée du Sud devraient franchir la barre des 50 % d'actes corrompus. Singapour n'apparait pas dans ce bilan, bien qu'actuellement un des patrons de la BP locale soit assigné pour avoir reçu plus de 4 millions de dollars Singapour pour "services rendus" à des contractants.
 
La France est, dans ces analyses, est très moyennement corrompue : désormais Etat moyen, l'argent en cause n'a rien à voir avec les masses de dollars remuées dans d'autres pays. Toutefois, on peut s'interroger sur le train de vie de la République. La corruption à la française réside souvent dans une exploitation des ressources de l'Etat par ses acteurs : on vit "sur la bête", dans des systèmes de gestion administrativo-politiques très peu contrôlés. Une obsession très fréquente est le logement gratuit ou de fonction (très ancienne tradition de l'Etat central) de même que la voiture avec chauffeur. Alors que leurs homologues européens rentrent paisiblement dans leur logis après leur journée, nos responsables restent dans nos palais. C'est même "post mortem politica" puisque le Décret présidentiel 2016-1302 en date du 4 octobre 2016 (J.O.)  prévoit pour les 5 années suivant la fin de sa fonction, bureaux, personnels, véhicule, et autres facilités, pour le Président sortant. Ce n'est pas nouveau, mais dans le contexte actuel, c'est plutôt choquant, eu égard à l'abondance de moyens à disposition. Quant à la corruption classique, les liens financiers Public-Privé, elle reste anecdotique, nos élus étant le plus souvent des hommes de bien essayant d'être utiles à leurs administrés. La "grande corruption" reste dans l'omerta ou n'est peut-être pas dans nos moyens ?
 
La France a inventé un nouveau genre politique : le shadow president ou président fantôme : depuis son renoncement à "rempiler" (un bruit court... d'intention secrète, mais il est peu crédible), jusqu'en fonction à la mi-mai notre président a pris un style très Quatrième République, inaugurateur d'expositions et de colloques, louant le tricentenaire maçonnique, jouant le racommodeur d'Europe en pleine zizanie, se taisant sur la politique interne, mais louant ou sermonnant les responsables étrangers.
Cela ne veut pas dire qu'il ne fait rien : dans l'ombre de la renonciation, conservant ses habitudes de manœuvrier de parti politique, il continue certainement de tirer les ficelles sous la nappe d'un apparent festin d'adieu.
En juin, il aura peut-être la nostalgie de la pompe présidentielle (bien qu'il ait proclamé sa détestation du palais de l'Elysée), de la domesticité, des égards, d'être protégé comme un précieux tanagra. Mais il partira avec son Décret sous le bras, lequel témoigne d'une longue préparation de ce départ et de la suite... Il a certainement pris goût aux costumes sur mesure, aux souliers griffés qui permettent de rester debout si longtemps sans souffrir, à serrer des mains et couper des rubans. Aura-t-il le droit de les emporter ? Après tout, ce sont des "avantages de fonction". S'il était Suédois, peut-être devrait-il les restituer à la Chancellerie, laquelle les redistribuerait à des associations caritatives afin de vêtir "ceux qui sont un peu nus et mal chaussés" ?

Donald, T.I.N.A., Theresa...

Publié dans Du côté des élites
Donald, T.I.N.A., Theresa et ... Benoît                                        
 
Notre monde très ouvert est en fait très étroit ; la planète a rétréci, nous sommes désormais trop proches, très dépendants les uns des autres : un éternuement, un uppercut, de l'autre côté de l'eau, et cela peut devenir vacarme, agression majeure... C'est l'effet papillon, qui rend le monde anxieux.
 
Le constat le plus remarquable sur l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche est l'irrépressible propension des Nord-Américains à ignorer les règles internationales - qu'ils ont le plus souvent imposé – se libérer des procédures lorsque c'est leur intérêt, et de l'ordre mondial fondé sur les principes de l'ONU. La Charte, les besogneux équilibres de l'OTAN, les différentes alliances commerciales, l'OMC, Donald trouve cela ringard, et devrait – selon lui – être balayé d'un revers de main. Sans oublier le mépris affiché envers les Etats du Moyen Orient et le fameux mur mexicain.
Ce n'est pas nouveau : un des exemples récents date de l'immédiat "après 11 septembre 2011" où il a fallu toute l'énergie du Conseil de Sécurité et le vote unanime de la Résolution 1368 pour éviter que les Etats-Unis ne fassent justice eux-mêmes (Résolution confirmée et encadrée par celle 1373 du 28 septembre). Obtenir face à cette monstrueuse attaque, que les Etats Unis ne balaient les règles de belligérance fut une acrobatie de haut vol. Toutefois cette discipline nécessaire fut remise en cause en Mars 2003 par l'attaque américaine sur l'Irak malgré l'opposition du Conseil de Sécurité, avec pour résultat la catastrophique déstabilisation du Moyen Orient et le surgissement de DAESH.
 
Les excentricités du 45ème Président des Etats Unis, son horreur affichée des procédures, vont sans doute devoir se calmer. Toutefois ce n'est pas sans inquiéter : l'Australian reprend les propos de la presse britannique " ... Vu sa formation et son parcours, Donald Trump ne connait que 2 outils : l'armée et le commerce". Cela semble se confirmer : le grand platiné a déclaré le 23 février qu'il veut "plus d'armée plus forte", avec pour projet la remise en cause des équilibres militaires tant atlantique (le plus important) qu'asiatique. On attend les précisions promises.
Certes, pour ce grand bagarreur beaucoup "d'arrangements" et d'équilibres paraissent timorés ou rattachés au passé, aux Paix de 1944/45. C'est oublier que la planète entière est recouverte d'un dense "filet" d'accords de tous ordres préservant les équilibres les plus essentiels (malgré les manques et les ratées) qui empêchent le convoi mondial de dérailler encore un peu plus.
L'autre aspect est plus financier et mercantile : les vastes projets agressifs vont coûter très cher et doivent obligatoirement être soutenus par une forte relance économique interne, ce qui n'est pas acquis : vouloir replier l'économie nord-américaine sur elle-même, c'est oublier l'importance des asiatiques, le rôle majeur du Mexique. Il faudra sans doute attendre une année accomplie pour voir - au-delà des annonces -  la mise en œuvre du chantier et ses premiers résultats.
Toutefois le discours prononcé le 1er Mars devant le Congrès a rassuré : il est plus modéré, précis, et moins vindicatif : le "style présidentiel" semble être progressivement intégré par l'inclassable personnage. L'administration gouvernementale américaine n'hésite pas à parler de "domestication" . En France, nous dirions qu'il est "recadré".
Par ailleurs le bras de fer que Donald Trump livre avec la presse (dont il s'est énormément servi) est très intéressant ; on va enfin savoir qui gouverne les Etats Unis : la Maison Blanche ou les journalistes et leurs financiers.
 
La stratégie Trump intéresse et intrigue le Royaume Uni ; le vieil Etat dominateur a grand besoin de la fidélité et du soutien de son allié le plus constant et le plus indispensable : Theresa May, toute vêtue de rouge, s'est précipité à Washington où elle semble avoir reçu les assurances les plus fermes. Empêtrée dans un Brexit qu'elle a combattu, elle en dirige néanmoins la mise en œuvre avec honnêteté et courage : c'est la grande différence d'avec Donald. Elle respecte scrupuleusement les procédures : le vote du peuple (même s'il est acquis de justesse), l'aval parlementaire car votée par les Chambres l'entrée dans l'Union Européenne doit être défaite par un vote identique. Produisant un Livre Blanc de 77 Chapitres, Theresa respecte le calendrier imposé, l'article 50 et, avec son équipe, fait les comptes du ruineux divorce : la facture oscille entre 20 (évaluation britannique) et 60 milliards d'euros (évaluation Commission UE) selon ce que l'on entre ou sort des différents bilans. Restent pendants le sort des acteurs britanniques de l'UE, leur reclassement, les secteurs très largement financés par l'UE comme la protection de l'environnement, certains soutiens sociaux qui ne pourront survivre sans l'aide continentale ; inversement la contribution britannique au budget européen est importante. Le partage est laborieux. Theresa espère beaucoup de la re-négociation bilatérale des accords commerciaux : c'est pour cela qu'elle aime bien Donald. Et de son côté l'Union Européenne sera aussi obligée de re-négocier environ 300 accords commerciaux dans le cadre de l'OMC, car la Grande Bretagne emporte avec elle le Commonwealth et ses arrangements douaniers préférentiels. L'UE peut donc avoir un marché plus petit et moins ouvert.
 
Héritière d'un dossier qu'elle n'approuvait pas, Theresa reste sans doute profondément européenne, tout comme l'illustre et très décriée Margareth Thatcher : sa fameuse formule pour sortir son pays de l'ornière "There Is No Alternative" donna naissance à l'acronyme le plus célèbre de Grande Bretagne T.I.N.A.
T.I.N.A. fit la loi dans les années 80 : il n'y avait pas d'autre solution. Il en est de même pour Theresa May: puisque le peuple a choisi, "there is no alternative". Et dans une autre version il en est de même pour Donald Trump "puisque je suis élu, il n'y a pas d'autre alternative que mes choix". Peut-être est-ce une spirale mortifère ; nous n'en savons rien. Le populisme basique pratiqué par Trump – s'adressant à l'Amérique profonde - est en écho avec ceux européens dans ces Etats qui se sentent agressés par une extranéité qui les effraie.
Après l'échange Theresa-Donald, il est fortement question que le platiné Donald accomplisse sa première visite protocolaire à Londres, mais l'opinion britannique et le Foreign Office y sont pour l'instant opposés : "cette visite n'est pas souhaitée car elle serait un embarras pour la Reine".... tel est l'argument. Elisabeth a vu défiler tous les présidents américains depuis Eisenhower... Elle en a apprécié certains, elle a l'expérience de ces nombreux élus. Buckingham, comme d'habitude, ne dit rien.
Attendons la suite. Il faut être patient. Bien qu'il ait tiré à boulets rouges sur l'Europe, Trump sait très bien qu'il devra faire avec, et a besoin d'elle, ne serait-ce que parce que potentiellement elle est le plus gros marché mondial. De toutes façons, il ne se passera rien tant que le "bouquet" des élections européennes successives ne sera pas accompli : Hollande, France, Allemagne et sans doute Italie : quatre des pays fondateurs de la Communauté Européenne. Le pari est suffisamment énorme, et, ajouté au Brexit qui semble, même aménagé, désormais incontournable, il faut s'armer de patience à défaut de clairvoyance, et arrêter les affabulations.
 
... Et Benoit ?... Qu'est-ce qu'il en dit de tout ce grand bazar international ?
Le monde s'interroge : on ne le connait pas (ou peu). Est-il compétent ? Parle-t-il anglais ? De Séoul à Melbourne, de Vancouver à Singapour, la presse et l'opinion ne connaissent que deux candidats à la Présidence française : Macron, parce qu'il est nouveau et  banquier, et Madame Le Pen parce que son parcours est pittoresque et populiste. Fillon est connu, estimé pour sa compétence, mais l'on s'interroge...
En 1968, une chanson de Françoise Hardy amusa beaucoup, eut un réel succès : Patrick Modiano en avait écrit l'insolent petit poème ; il y était question de l'ennui d'une jeune fille demandant à un soupirant timide dont elle se moque, de la distraire : "étonnez-moi benoit" ; L'injonction du premier couplet est violente : "Marchez sur les mains, avalez des pommes de pin, des abricots et des poires, et des lames de rasoir... Étonnez-moi, Benoit". Ensuite le programme se précise : "faites la grand'roue, le grand méchant loup, faites le grand fou, faites les yeux doux... "  Elle lui conseille aussi de "se couper les oreilles, de jouer du pipeau, de s'accrocher aux rideaux, de jouer au rodéo"... 49 années ont passé mais ce programme moqueur, fort moderne, est d'une brulante actualité. Bien sûr, il s'agit d'une métaphore, que l'on peut trouver parfaitement idiote, et chacun l'accommodera à sa façon.
L'album 33 Tours de 1968 contenant ce diabolique "Etonnez moi Benoit" s'intitulait "Comment te dire adieu"...

Guerre et paix en Asie Pacifique

Publié dans De par le monde
Guerre et paix en zone Asie et Pacifique                          
 
Les 14/16 Février, les Singapouriens ont commémoré avec beaucoup de recueillement le 75ème anniversaire de la Chute de Singapour en 1942 face aux troupes japonaises.
Selon Winston Churchill le jour le plus sombre de l'Empire britannique.
Cet Eden colonial, ce grand port stratégique subit alors 44 mois d'une occupation d'une horreur absolue dans sa cruauté et sa violence.
Les Américains se chargèrent (pas tout à fait tout seuls) d'anéantir les ambitions japonaises et de reconquérir le Pacifique, les deux bombes finales marquant à la fois la fin des hostilités et le début de la Guerre Froide.
Après la reddition du Japon début août 1945, les Britanniques se précipitèrent à Singapour : il ne fallait surtout pas que les Américains y prennent pied ! Mais le redémarrage fut long et difficile, assorti de troubles sociaux et politiques. L'urgence était de remettre le port – source de toutes les fortunes – en marche. L'indépendance fut finalement accordée, d'abord sous forme fédérale avec la Malaisie, puis l'Ile devint Etat indépendant en août 1965. Suivirent 40 années d'une ascension économique et sociale fulgurante sous la houlette d'un ministre-mentor Lee Kuan Yew, et de son entourage. Le Système Lee de Singapour "travail et confort"  fut certainement le modèle et une des origines de la croissance économique de tout le Sud Est Asiatique.
 
Lorsque l'on voit le Président Donald Trump presser sur son cœur le très réservé Shinzo Abe, on se dit que beaucoup de temps est vraiment passé : après les excuses d'Obama et son étonnante visite à Hiroshima, nous voilà avec "une alliance O.K. à cent pour cent"  déclare le grand platiné, confirmant ainsi, dans son langage particulier, qu'après avoir reconquis le Pacifique, les Etats Unis en sont les principaux décideurs.
Le 27 janvier, comme il l'avait annoncé, Donald Trump a rayé d'un trait de plume télévisé la participation des Etats Unis au Trans Pacific Partnership (TPP) si longuement négocié et conclu entre 12 pays riverains du Pacifique, lequel concrétisait une volonté commune de libre échange, représentant 40% du commerce mondial.
Les USA en étaient leaders, et un des buts avoués était d'écarter la Chine du Pacifique et d'en endiguer les ambitions.
Donald Trump ne répudie pas complètement le TPP ; il le trouve "mal ficelé" et veut le renégocier en y intégrant sans doute la Chine, ce qui est un total renversement de tendance. De toutes manières, Trump ne croit ni au libéralisme planétaire, ni à la globalisation : son truc ce sont les accords bilatéraux négociés ou renégociés un à un, se juxtaposant les uns aux autres. Pour résumer, la politique commerciale des Etats Unis sera gérée comme celle d'un grand magasin : rayon par rayon, stock par stock. C'est ce que l'Australie – très mécontente et inquiète - constate avec quelque amertume. Par ailleurs, il ne cesse de le répéter : la presse il s'en fout, tout comme du renseignement, qui selon lui "ne sert à rien, puisque tout le monde espionne tout le monde"
 
En un mois, depuis son entrée en fonction, le nouveau Président a rencontré Theresa May, Premier Ministre du partenaire historique, Shinzo Abé représentant le premier partenaire du Pacifique, dont dépend une grande partie de l'économie US, le canadien Trudeau voisin indispensable ; il est fâché avec le Mexique, le Venezuela ; tous les Latinos retiennent leur souffle, à commencer par le Chili, dont le ministre du commerce – Mr Ciobo – a tiré la sonnette d'alarme. Du côté australien, le P.M. Malcom Turnbull (qui a, de plus des problèmes internes) a pris langue avec Shinzo Abe, entrainant dans son sillage la Nouvelle Zélande, "ferme" du Pacifique, et le Vietnam qui par le biais du TPP espérait solidifier son essor économique, certes foudroyant mais fragile.
 
La brutalité de la méthode Trump choque et inquiète tous les pays Pacifique. S'ajoute à cela un climat général de déstabilisation politique, qui fait planer une pénible ambiance d'incertitude. Les relations internationales essaient toujours de pérenniser la stabilité, surtout dans un monde aussi complexe que le nôtre. Le chaos délibérément pratiqué est peut-être une tactique. Tactique destinée à "faire le ménage" afin d'instaurer ultérieurement de nouveaux repères.
Mais ce peut être aussi le signe de la méconnaissance (volontaire ou non ?) des règles de droit, des procédures internationales, ainsi que des usages diplomatiques. S'il y a volonté de choquer, et provoquer un séisme général, la communauté politique nord-américaine ne l'acceptera pas. Le Congrès (même républicain) a le pouvoir de tout bloquer. Et la communauté internationale – tout en étant un monde d'hypocrisie – refusera de plier.
En fait, en zone Pacifique, le paradoxe est flagrant : d'un côté, il faut être unis et cohérents dans la paix économique, commerciale et financière ; mais de l'autre, les ambitions politiques, les tricheries de tous ordres et la violence laissent en permanence craindre le pire.
En apparence, les craintes principales émanent de la Corée du Nord - une fois de plus – notamment avec le lancement du missile à 500 kilomètres de portée, début février : la Corée du Sud et le Japon tremblent de peur. A cela s'ajoute l'assassinat en Malaisie du demi-frère du président Kim Jong perpétré par un groupe aux nationalités obscures, mais que la Corée du nord accuse d'être au service de la Corée du Sud. Le clan Kim est régulièrement la cible de tueurs. La Corée du Sud est en ce moment empêtrée dans de graves affaires de corruption impliquant la Présidente et surtout le patron du gigantesque groupe Samsung dont les activités représentent près de 20% de l’économie sud-coréenne ; cela aura certainement un fort impact sur l'économie générale du pays, d'autant que d'autres têtes risquent de tomber.
 
L'affaire Kim Jong Nam prend un tour politique : limogé par son demi-frère, Kim Jong Nam résidait à Macao avec sa famille, donc la Chine revendique d'avoir un œil sur l'épineux dossier et la Malaisie refuse de se dessaisir de l'enquête et du mort, réclamé par la Corée du Nord. Le ton monte. Le Japon craint des retombées vengeresses, mais se réjouit en douce des ennuis de son concurrent maritime et commercial. Singapour compte les points et a commencé à déplacer ses équipements portuaires vers le nord (donc plus près de la Malaisie) pour mieux les sécuriser. Pékin ne dit trop rien et garde ses ambitions sur les iles de la mer de Chine du sud. Poutine, là-haut tout au nord de l'océan, se tait et attend.
De son côté, aux Philippines, le bouillant Président Rodrigo Duterte – qui déteste les Américains et les taxe de tous les malheurs de son pays depuis 70 ans – s'est tourné vers la Chine, a été reçu avec faste par le Président Xi en octobre dernier, accompagné de 200 leaders économiques et chefs d'entreprise. Il envisage également une alliance avec la Russie, afin de sortir son pays, véritable catastrophe sociale et humanitaire d'un marasme récurent. Quelle sera la réaction de la Maison Blanche, face à cette tentative, car Manille assure d'importantes positions stratégiques et militaires américaines dans le Pacifique nord.
L'Indonésie, dont la progression économique est intéressante, est aux prises en permanence avec la corruption électorale, comme l'atteste l'élection du gouverneur de Jakarta et celle prochaine, du président. Il en est à peu près de même en Inde, en Thaïlande (avec ce nouveau monarque très mal évalué), au Laos, au Cambodge, au Myanmar où la Présidente, pourtant Nobelisée, est accusée, elle aussi d'importants détournements.
Par ailleurs l'ensemble de ces pays est assailli de nouvelles violences, d'origines très variées, souvent mafieuses, pas toujours terroristes, où se mêlent appartenances religieuses et intérêts financiers. Rien n'est simple en Asie, et surtout pas la détention du pouvoir. Cela dure depuis des millénaires ; les Occidentaux et les Onusiens avec leurs jolies idées de paix publique et d'honnêteté absolue sont dépassés et semble bien naïfs.
 
Une partie de l'Avenir de l'Europe se joue dans cette zone devenue la proie de toutes les turbulences, car il ne faut jamais oublier l'imbrication mondiale des intérêts financiers, l'importance des flux commerciaux, le rachat des fonds de pensions européens par les USA, lesquels sont à leur tour cautionnés par la Chine. Lors d'une conférence à Paris en avril dernier, Pascal Lamy, ex directeur de l'OMC a rappelé "qu'en économie, on n'a pas d'amis, on a que des partenaires, et la communauté internationale n'existe pas. Il s'agit plutôt d'équilibrer les intérêts et pour cela l'arbitrage est essentiel dans ce travail".
Donc, vouloir tout casser dans la brutalité est, sur les court et long termes, contre-productif. La leçon de tout cela est étonnante : en fait on se retrouve une fois de plus avec les trois mêmes poids lourds de la politique mondiale : la Chine, la Russie, toujours secrets et silencieux, et les Etats Unis. Tout, une fois de plus, dépend d'eux, de leurs relations, des équilibres possibles ou inimaginables... Rien de changé. Que fera le grand platiné ?...
Le Premier ministre Lee Hsien lors de son discours commémoratif du 14 février à Singapour a terminé ainsi : "...Nous ne devons jamais oublier ces jours sombres. Nous sommes heureux et avons une bonne Défense. Mais Singapour sera toujours petite et vulnérable. Personne ne doit nous ôter notre souveraineté ni notre sécurité. Ces vérités ne doivent pas non plus être oubliées".
 
La France aussi, est devenue en quelques décennies "plus petite et plus vulnérable". Il faut être réaliste et arrêter les fables. Ceux qui prétendent y assumer quelque pouvoir devraient s'en souvenir.

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