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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

URL du site internet:

Donald, T.I.N.A., Theresa...

Publié dans Du côté des élites
Donald, T.I.N.A., Theresa et ... Benoît                                        
 
Notre monde très ouvert est en fait très étroit ; la planète a rétréci, nous sommes désormais trop proches, très dépendants les uns des autres : un éternuement, un uppercut, de l'autre côté de l'eau, et cela peut devenir vacarme, agression majeure... C'est l'effet papillon, qui rend le monde anxieux.
 
Le constat le plus remarquable sur l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche est l'irrépressible propension des Nord-Américains à ignorer les règles internationales - qu'ils ont le plus souvent imposé – se libérer des procédures lorsque c'est leur intérêt, et de l'ordre mondial fondé sur les principes de l'ONU. La Charte, les besogneux équilibres de l'OTAN, les différentes alliances commerciales, l'OMC, Donald trouve cela ringard, et devrait – selon lui – être balayé d'un revers de main. Sans oublier le mépris affiché envers les Etats du Moyen Orient et le fameux mur mexicain.
Ce n'est pas nouveau : un des exemples récents date de l'immédiat "après 11 septembre 2011" où il a fallu toute l'énergie du Conseil de Sécurité et le vote unanime de la Résolution 1368 pour éviter que les Etats-Unis ne fassent justice eux-mêmes (Résolution confirmée et encadrée par celle 1373 du 28 septembre). Obtenir face à cette monstrueuse attaque, que les Etats Unis ne balaient les règles de belligérance fut une acrobatie de haut vol. Toutefois cette discipline nécessaire fut remise en cause en Mars 2003 par l'attaque américaine sur l'Irak malgré l'opposition du Conseil de Sécurité, avec pour résultat la catastrophique déstabilisation du Moyen Orient et le surgissement de DAESH.
 
Les excentricités du 45ème Président des Etats Unis, son horreur affichée des procédures, vont sans doute devoir se calmer. Toutefois ce n'est pas sans inquiéter : l'Australian reprend les propos de la presse britannique " ... Vu sa formation et son parcours, Donald Trump ne connait que 2 outils : l'armée et le commerce". Cela semble se confirmer : le grand platiné a déclaré le 23 février qu'il veut "plus d'armée plus forte", avec pour projet la remise en cause des équilibres militaires tant atlantique (le plus important) qu'asiatique. On attend les précisions promises.
Certes, pour ce grand bagarreur beaucoup "d'arrangements" et d'équilibres paraissent timorés ou rattachés au passé, aux Paix de 1944/45. C'est oublier que la planète entière est recouverte d'un dense "filet" d'accords de tous ordres préservant les équilibres les plus essentiels (malgré les manques et les ratées) qui empêchent le convoi mondial de dérailler encore un peu plus.
L'autre aspect est plus financier et mercantile : les vastes projets agressifs vont coûter très cher et doivent obligatoirement être soutenus par une forte relance économique interne, ce qui n'est pas acquis : vouloir replier l'économie nord-américaine sur elle-même, c'est oublier l'importance des asiatiques, le rôle majeur du Mexique. Il faudra sans doute attendre une année accomplie pour voir - au-delà des annonces -  la mise en œuvre du chantier et ses premiers résultats.
Toutefois le discours prononcé le 1er Mars devant le Congrès a rassuré : il est plus modéré, précis, et moins vindicatif : le "style présidentiel" semble être progressivement intégré par l'inclassable personnage. L'administration gouvernementale américaine n'hésite pas à parler de "domestication" . En France, nous dirions qu'il est "recadré".
Par ailleurs le bras de fer que Donald Trump livre avec la presse (dont il s'est énormément servi) est très intéressant ; on va enfin savoir qui gouverne les Etats Unis : la Maison Blanche ou les journalistes et leurs financiers.
 
La stratégie Trump intéresse et intrigue le Royaume Uni ; le vieil Etat dominateur a grand besoin de la fidélité et du soutien de son allié le plus constant et le plus indispensable : Theresa May, toute vêtue de rouge, s'est précipité à Washington où elle semble avoir reçu les assurances les plus fermes. Empêtrée dans un Brexit qu'elle a combattu, elle en dirige néanmoins la mise en œuvre avec honnêteté et courage : c'est la grande différence d'avec Donald. Elle respecte scrupuleusement les procédures : le vote du peuple (même s'il est acquis de justesse), l'aval parlementaire car votée par les Chambres l'entrée dans l'Union Européenne doit être défaite par un vote identique. Produisant un Livre Blanc de 77 Chapitres, Theresa respecte le calendrier imposé, l'article 50 et, avec son équipe, fait les comptes du ruineux divorce : la facture oscille entre 20 (évaluation britannique) et 60 milliards d'euros (évaluation Commission UE) selon ce que l'on entre ou sort des différents bilans. Restent pendants le sort des acteurs britanniques de l'UE, leur reclassement, les secteurs très largement financés par l'UE comme la protection de l'environnement, certains soutiens sociaux qui ne pourront survivre sans l'aide continentale ; inversement la contribution britannique au budget européen est importante. Le partage est laborieux. Theresa espère beaucoup de la re-négociation bilatérale des accords commerciaux : c'est pour cela qu'elle aime bien Donald. Et de son côté l'Union Européenne sera aussi obligée de re-négocier environ 300 accords commerciaux dans le cadre de l'OMC, car la Grande Bretagne emporte avec elle le Commonwealth et ses arrangements douaniers préférentiels. L'UE peut donc avoir un marché plus petit et moins ouvert.
 
Héritière d'un dossier qu'elle n'approuvait pas, Theresa reste sans doute profondément européenne, tout comme l'illustre et très décriée Margareth Thatcher : sa fameuse formule pour sortir son pays de l'ornière "There Is No Alternative" donna naissance à l'acronyme le plus célèbre de Grande Bretagne T.I.N.A.
T.I.N.A. fit la loi dans les années 80 : il n'y avait pas d'autre solution. Il en est de même pour Theresa May: puisque le peuple a choisi, "there is no alternative". Et dans une autre version il en est de même pour Donald Trump "puisque je suis élu, il n'y a pas d'autre alternative que mes choix". Peut-être est-ce une spirale mortifère ; nous n'en savons rien. Le populisme basique pratiqué par Trump – s'adressant à l'Amérique profonde - est en écho avec ceux européens dans ces Etats qui se sentent agressés par une extranéité qui les effraie.
Après l'échange Theresa-Donald, il est fortement question que le platiné Donald accomplisse sa première visite protocolaire à Londres, mais l'opinion britannique et le Foreign Office y sont pour l'instant opposés : "cette visite n'est pas souhaitée car elle serait un embarras pour la Reine".... tel est l'argument. Elisabeth a vu défiler tous les présidents américains depuis Eisenhower... Elle en a apprécié certains, elle a l'expérience de ces nombreux élus. Buckingham, comme d'habitude, ne dit rien.
Attendons la suite. Il faut être patient. Bien qu'il ait tiré à boulets rouges sur l'Europe, Trump sait très bien qu'il devra faire avec, et a besoin d'elle, ne serait-ce que parce que potentiellement elle est le plus gros marché mondial. De toutes façons, il ne se passera rien tant que le "bouquet" des élections européennes successives ne sera pas accompli : Hollande, France, Allemagne et sans doute Italie : quatre des pays fondateurs de la Communauté Européenne. Le pari est suffisamment énorme, et, ajouté au Brexit qui semble, même aménagé, désormais incontournable, il faut s'armer de patience à défaut de clairvoyance, et arrêter les affabulations.
 
... Et Benoit ?... Qu'est-ce qu'il en dit de tout ce grand bazar international ?
Le monde s'interroge : on ne le connait pas (ou peu). Est-il compétent ? Parle-t-il anglais ? De Séoul à Melbourne, de Vancouver à Singapour, la presse et l'opinion ne connaissent que deux candidats à la Présidence française : Macron, parce qu'il est nouveau et  banquier, et Madame Le Pen parce que son parcours est pittoresque et populiste. Fillon est connu, estimé pour sa compétence, mais l'on s'interroge...
En 1968, une chanson de Françoise Hardy amusa beaucoup, eut un réel succès : Patrick Modiano en avait écrit l'insolent petit poème ; il y était question de l'ennui d'une jeune fille demandant à un soupirant timide dont elle se moque, de la distraire : "étonnez-moi benoit" ; L'injonction du premier couplet est violente : "Marchez sur les mains, avalez des pommes de pin, des abricots et des poires, et des lames de rasoir... Étonnez-moi, Benoit". Ensuite le programme se précise : "faites la grand'roue, le grand méchant loup, faites le grand fou, faites les yeux doux... "  Elle lui conseille aussi de "se couper les oreilles, de jouer du pipeau, de s'accrocher aux rideaux, de jouer au rodéo"... 49 années ont passé mais ce programme moqueur, fort moderne, est d'une brulante actualité. Bien sûr, il s'agit d'une métaphore, que l'on peut trouver parfaitement idiote, et chacun l'accommodera à sa façon.
L'album 33 Tours de 1968 contenant ce diabolique "Etonnez moi Benoit" s'intitulait "Comment te dire adieu"...

Guerre et paix en Asie Pacifique

Publié dans De par le monde
Guerre et paix en zone Asie et Pacifique                          
 
Les 14/16 Février, les Singapouriens ont commémoré avec beaucoup de recueillement le 75ème anniversaire de la Chute de Singapour en 1942 face aux troupes japonaises.
Selon Winston Churchill le jour le plus sombre de l'Empire britannique.
Cet Eden colonial, ce grand port stratégique subit alors 44 mois d'une occupation d'une horreur absolue dans sa cruauté et sa violence.
Les Américains se chargèrent (pas tout à fait tout seuls) d'anéantir les ambitions japonaises et de reconquérir le Pacifique, les deux bombes finales marquant à la fois la fin des hostilités et le début de la Guerre Froide.
Après la reddition du Japon début août 1945, les Britanniques se précipitèrent à Singapour : il ne fallait surtout pas que les Américains y prennent pied ! Mais le redémarrage fut long et difficile, assorti de troubles sociaux et politiques. L'urgence était de remettre le port – source de toutes les fortunes – en marche. L'indépendance fut finalement accordée, d'abord sous forme fédérale avec la Malaisie, puis l'Ile devint Etat indépendant en août 1965. Suivirent 40 années d'une ascension économique et sociale fulgurante sous la houlette d'un ministre-mentor Lee Kuan Yew, et de son entourage. Le Système Lee de Singapour "travail et confort"  fut certainement le modèle et une des origines de la croissance économique de tout le Sud Est Asiatique.
 
Lorsque l'on voit le Président Donald Trump presser sur son cœur le très réservé Shinzo Abe, on se dit que beaucoup de temps est vraiment passé : après les excuses d'Obama et son étonnante visite à Hiroshima, nous voilà avec "une alliance O.K. à cent pour cent"  déclare le grand platiné, confirmant ainsi, dans son langage particulier, qu'après avoir reconquis le Pacifique, les Etats Unis en sont les principaux décideurs.
Le 27 janvier, comme il l'avait annoncé, Donald Trump a rayé d'un trait de plume télévisé la participation des Etats Unis au Trans Pacific Partnership (TPP) si longuement négocié et conclu entre 12 pays riverains du Pacifique, lequel concrétisait une volonté commune de libre échange, représentant 40% du commerce mondial.
Les USA en étaient leaders, et un des buts avoués était d'écarter la Chine du Pacifique et d'en endiguer les ambitions.
Donald Trump ne répudie pas complètement le TPP ; il le trouve "mal ficelé" et veut le renégocier en y intégrant sans doute la Chine, ce qui est un total renversement de tendance. De toutes manières, Trump ne croit ni au libéralisme planétaire, ni à la globalisation : son truc ce sont les accords bilatéraux négociés ou renégociés un à un, se juxtaposant les uns aux autres. Pour résumer, la politique commerciale des Etats Unis sera gérée comme celle d'un grand magasin : rayon par rayon, stock par stock. C'est ce que l'Australie – très mécontente et inquiète - constate avec quelque amertume. Par ailleurs, il ne cesse de le répéter : la presse il s'en fout, tout comme du renseignement, qui selon lui "ne sert à rien, puisque tout le monde espionne tout le monde"
 
En un mois, depuis son entrée en fonction, le nouveau Président a rencontré Theresa May, Premier Ministre du partenaire historique, Shinzo Abé représentant le premier partenaire du Pacifique, dont dépend une grande partie de l'économie US, le canadien Trudeau voisin indispensable ; il est fâché avec le Mexique, le Venezuela ; tous les Latinos retiennent leur souffle, à commencer par le Chili, dont le ministre du commerce – Mr Ciobo – a tiré la sonnette d'alarme. Du côté australien, le P.M. Malcom Turnbull (qui a, de plus des problèmes internes) a pris langue avec Shinzo Abe, entrainant dans son sillage la Nouvelle Zélande, "ferme" du Pacifique, et le Vietnam qui par le biais du TPP espérait solidifier son essor économique, certes foudroyant mais fragile.
 
La brutalité de la méthode Trump choque et inquiète tous les pays Pacifique. S'ajoute à cela un climat général de déstabilisation politique, qui fait planer une pénible ambiance d'incertitude. Les relations internationales essaient toujours de pérenniser la stabilité, surtout dans un monde aussi complexe que le nôtre. Le chaos délibérément pratiqué est peut-être une tactique. Tactique destinée à "faire le ménage" afin d'instaurer ultérieurement de nouveaux repères.
Mais ce peut être aussi le signe de la méconnaissance (volontaire ou non ?) des règles de droit, des procédures internationales, ainsi que des usages diplomatiques. S'il y a volonté de choquer, et provoquer un séisme général, la communauté politique nord-américaine ne l'acceptera pas. Le Congrès (même républicain) a le pouvoir de tout bloquer. Et la communauté internationale – tout en étant un monde d'hypocrisie – refusera de plier.
En fait, en zone Pacifique, le paradoxe est flagrant : d'un côté, il faut être unis et cohérents dans la paix économique, commerciale et financière ; mais de l'autre, les ambitions politiques, les tricheries de tous ordres et la violence laissent en permanence craindre le pire.
En apparence, les craintes principales émanent de la Corée du Nord - une fois de plus – notamment avec le lancement du missile à 500 kilomètres de portée, début février : la Corée du Sud et le Japon tremblent de peur. A cela s'ajoute l'assassinat en Malaisie du demi-frère du président Kim Jong perpétré par un groupe aux nationalités obscures, mais que la Corée du nord accuse d'être au service de la Corée du Sud. Le clan Kim est régulièrement la cible de tueurs. La Corée du Sud est en ce moment empêtrée dans de graves affaires de corruption impliquant la Présidente et surtout le patron du gigantesque groupe Samsung dont les activités représentent près de 20% de l’économie sud-coréenne ; cela aura certainement un fort impact sur l'économie générale du pays, d'autant que d'autres têtes risquent de tomber.
 
L'affaire Kim Jong Nam prend un tour politique : limogé par son demi-frère, Kim Jong Nam résidait à Macao avec sa famille, donc la Chine revendique d'avoir un œil sur l'épineux dossier et la Malaisie refuse de se dessaisir de l'enquête et du mort, réclamé par la Corée du Nord. Le ton monte. Le Japon craint des retombées vengeresses, mais se réjouit en douce des ennuis de son concurrent maritime et commercial. Singapour compte les points et a commencé à déplacer ses équipements portuaires vers le nord (donc plus près de la Malaisie) pour mieux les sécuriser. Pékin ne dit trop rien et garde ses ambitions sur les iles de la mer de Chine du sud. Poutine, là-haut tout au nord de l'océan, se tait et attend.
De son côté, aux Philippines, le bouillant Président Rodrigo Duterte – qui déteste les Américains et les taxe de tous les malheurs de son pays depuis 70 ans – s'est tourné vers la Chine, a été reçu avec faste par le Président Xi en octobre dernier, accompagné de 200 leaders économiques et chefs d'entreprise. Il envisage également une alliance avec la Russie, afin de sortir son pays, véritable catastrophe sociale et humanitaire d'un marasme récurent. Quelle sera la réaction de la Maison Blanche, face à cette tentative, car Manille assure d'importantes positions stratégiques et militaires américaines dans le Pacifique nord.
L'Indonésie, dont la progression économique est intéressante, est aux prises en permanence avec la corruption électorale, comme l'atteste l'élection du gouverneur de Jakarta et celle prochaine, du président. Il en est à peu près de même en Inde, en Thaïlande (avec ce nouveau monarque très mal évalué), au Laos, au Cambodge, au Myanmar où la Présidente, pourtant Nobelisée, est accusée, elle aussi d'importants détournements.
Par ailleurs l'ensemble de ces pays est assailli de nouvelles violences, d'origines très variées, souvent mafieuses, pas toujours terroristes, où se mêlent appartenances religieuses et intérêts financiers. Rien n'est simple en Asie, et surtout pas la détention du pouvoir. Cela dure depuis des millénaires ; les Occidentaux et les Onusiens avec leurs jolies idées de paix publique et d'honnêteté absolue sont dépassés et semble bien naïfs.
 
Une partie de l'Avenir de l'Europe se joue dans cette zone devenue la proie de toutes les turbulences, car il ne faut jamais oublier l'imbrication mondiale des intérêts financiers, l'importance des flux commerciaux, le rachat des fonds de pensions européens par les USA, lesquels sont à leur tour cautionnés par la Chine. Lors d'une conférence à Paris en avril dernier, Pascal Lamy, ex directeur de l'OMC a rappelé "qu'en économie, on n'a pas d'amis, on a que des partenaires, et la communauté internationale n'existe pas. Il s'agit plutôt d'équilibrer les intérêts et pour cela l'arbitrage est essentiel dans ce travail".
Donc, vouloir tout casser dans la brutalité est, sur les court et long termes, contre-productif. La leçon de tout cela est étonnante : en fait on se retrouve une fois de plus avec les trois mêmes poids lourds de la politique mondiale : la Chine, la Russie, toujours secrets et silencieux, et les Etats Unis. Tout, une fois de plus, dépend d'eux, de leurs relations, des équilibres possibles ou inimaginables... Rien de changé. Que fera le grand platiné ?...
Le Premier ministre Lee Hsien lors de son discours commémoratif du 14 février à Singapour a terminé ainsi : "...Nous ne devons jamais oublier ces jours sombres. Nous sommes heureux et avons une bonne Défense. Mais Singapour sera toujours petite et vulnérable. Personne ne doit nous ôter notre souveraineté ni notre sécurité. Ces vérités ne doivent pas non plus être oubliées".
 
La France aussi, est devenue en quelques décennies "plus petite et plus vulnérable". Il faut être réaliste et arrêter les fables. Ceux qui prétendent y assumer quelque pouvoir devraient s'en souvenir.

Cincinnatus et les primaires

Publié dans A tout un chacun
Cincinnatus et les primaires
 
Les Français rêvent d'un Cincinnatus !
D'innovants décideurs de l'instruction publique ont gravement marginalisé Rome, son histoire, ses héros et le latin, donc ce bienfaisant patricien est désormais un quasi  inconnu de la mémoire politique, ce qui est bien dommage.
 
Aux alentours de 455 avant J-C, la jeune République romaine est en grand péril, proie des attaques de la plèbe, d'un populisme revanchard, de la démagogie d'aventuriers tribuns et de factions rivales au sein du patriarcat. Bref, c'est le bazar. Une délégation respectueuse demande à Lucius Cincinnatus Quinctius, patricien et politicien connu, retiré dans ses terres, s'il consent à revenir aux affaires et remettre un peu d'ordre, éventuellement  sauver la République de ses démons.
Drapé dans sa toge immaculée, aussi compétent que probe, Cincinnatus consent : il fait un grand ménage, clarifie les institutions, fait voter des lois justes, remet d'aplomb l'économie mourante, remplit les caisses de l'Etat, punit corrompus et pervertis, renvoie la plèbe au boulot, les militaires dans leurs casernes, sermonne les patriciens, exerçant deux brèves 'dictatures' en 458 et 439. Puis, toujours drapé dans sa toge immaculée, il refuse la fonction suprême, rentre chez lui, dans ses terres, planter vignes et oliviers, et tailler son estragon.
Voilà donc un homme providentiel comme en rêvent toujours les Français, lequel, sans être 'dictateur', restaurerait l'état de droit, préservant autant que possible les libertés, donnerait un peu d'égalité et tendrait une main fraternelle à une population déboussolée. En novembre 2016 la Droite y a cru ; en janvier 2017 la Gauche a tenté d'y croire. Mais patatras ! L'effarante escroquerie des fameuses Primaires a fait s'évanouir le mirage du sauveur national et du mieux-être collectif.
 
Résumons : afin de sortir des galimatias de la trop instable 4ème République, les inventeurs de la Vème instaurent un système d'élections généralisées à 2 tours (unique en son genre), permettant une stabilisation Droite/Gauche des partis comme au Royaume-Uni (conservateurs/travaillistes) ou aux USA (Républicains/Démocrates) ; on peut y agréger quelques tendances plus modestes, qui élargissent l'illusion de la liberté de choix. Dès 1964 ce système s'applique aussi à l'élection du Président au suffrage universel direct. Cela fonctionne de manière satisfaisante pendant environ 25 ans.
Las ! Une idée saugrenue germe au cours les années 80 dans les cerveaux énarquiens, afin d'endiguer un populisme discordant qui pourrait être une troisième tendance, (le FN), pourtant encouragée au départ par la Gauche afin de grignoter l'électorat de la Droite et la mettre en difficulté : créer une Primaire interne au sein des grands partis.
Joli projet, nourri de théories nord-américaines mal digérées.
Pour deux raisons :
            
La Primaire nord-américaine s'inscrit dans un pays de très grandes dimensions, doté d'une population d'une extrême variété, dans lequel circulent des idées de gestion très disparates : le filtre d'une Primaire dans chaque Etat fédéré permet de faire un premier tri et nourrit les équilibres partisans qui se complètent ou s'affrontent à l'échelon supérieur de l'Etat Fédéral : c'est la clef ! Chaque Etat peut particulariser ses tendances, et c'est leur addition qui permet l'émergence des deux finalistes présidentiables. Les chicanes locales et les haines internes aux partis restent ainsi au niveau des Etats, et le choix final échappe par le biais filtrant des élus locaux aux manœuvres politiciennes : l'élu présidentiel se trouve ainsi nimbé d'une sorte d'innocence, d'incontestabilité suprême car il a échappé aux querelles ; il en acquiert un charisme personnel qui ne peut être remis en question. Toutefois cela ne marche pas à tous les coups : on l'a vu avec l'élection de Donald Trump adoubé "par défaut" par le parti républicain qui ne l'a que très tièdement soutenu, tant il était hors des normes classiques, et lui-même considérant son propre parti peu fiable et rétrograde. Mais maintenant qu'il est élu, il n'y a plus – du moins directement – de rejet possible.
La France est très différente, et la Primaire lui est inutile car elle est un Etat unitaire : "un seul Etat, un seul peuple, une seule langue, une seule nation" : tel est le socle français du pouvoir depuis 1792 (quelle qu'en soit la forme) ; les choix se font donc de manière ouverte, l'amalgame social et politique étant sensé être fait. Ni la dimension de la population, ni ses pratiques ne la préparent à ce choix préparatoire. Au sein d'un territoire restreint la République française est "Une et indivisible", et en créant ce maladroit choix primaire, on recrée des divisions partisanes rendant encore plus difficile le trait d'union national sur la personne de l'élu finaliste.
 
La politique n'est pas un sport ; il ne s'agit pas de marquer des buts et de partir avec une coupe : il s'agit de gérer au mieux une population et ses intérêts.
Déja saturé d'élections constitutionnelles et légales, le peuple français vit des "campagnes" supplémentaires, lesquelles ont pour qualité principale d'immobiliser encore un peu plus et ses choix et son avenir : en effet la Primaire à la française est une sorte de "rapt d'opinion". il y a d'abord le tri interne des impétrants dans le parti selon des règles et des procédures semi secrètes et tarabiscotées, afin d'éliminer ceux dont les caciques ne veulent sous aucun prétexte ; ensuite vient l'exhibition médiatique des promus, sorte de persillage des ténors avec des 2èmes ou 3èmes couteaux, quasi inconnus des électeurs ; selon un processus imposé par les médias, tout le monde est bien docile, sur fond bleu, maquillé, cravaté neutre, derrière son petit réchaud où s'appuyer et cacher ses papiers : tout y est, la partie peut commencer ; on se demande comment les plus palots ont pu arriver sur le plateau, uniquement destinés à assurer les reports de voix pour le second tour. Une seule femme dans la boite : où est la parité ? Et de toute façon, personne ne les écoute. Certains sortent de là écœurés, vaincus, parfois furieux, nourris d'une haine qu'ils n'avaient peut-être pas au départ. Ils disparaissent aussitôt dans le brouillard de l'anonymat. Au passage, un président, deux Premiers ministres (ou ex-P.M) ont perdu leur boulot. L'ANPE les guette. La remontée de la pente sera longue et difficile.
 
Les deux rescapés s'affrontent alors dans un combat des chefs très Goscinny dans lequel ils parlent surtout d'eux-mêmes et de ce qu'ils pensent. Parfois les rancœurs cachées, les vieilles querelles transpirent de propos prudemment neutres.
Au bout du vote "le gagnant est ! » Il existe ! Petite victoire pour de grandes manœuvres pendant quatre mois. Les deux partis qui ont pratiqué l'exercice en sortent démantelés, quasi en miettes, parfois sans chef, bref épuisés.
Par ailleurs, en mettant ces grosses machines en branle, ils n'ont pas assez tenu compte de la configuration de l'électorat français : qui s'est déplacé pour ces Primaires ? A droite, beaucoup de personnes âgées, des bobos qui en ont marre des impôts, des déçus de dix années de brouillard public... A Gauche : de vieux soixante-huitards, des socialistes par conviction, des enseignants, des chômeurs, des déçus (mais pas pour les mêmes raisons) ; Pas énormément de jeunes. Tout cela n'est pas très "représentatif" de la population française, la vraie.
Mais qu'il s'agisse "d'un cassage de baraque"ou d'un "universalisme de papier gauffré", il reste un scepticisme national généralisé, d'autant que de révélations scandaleuses d'un côté et de la crainte de revoir surgir les mêmes ministrables de l'autre, le vote dit "populaire" semble dérisoire et inutile.
 
Quels sont les bénéficiaires de ce double naufrage ?
Les gagnants sont (the winners are...) les non-primaristes : Les trois tribuns qui se sont auto-proclamés "chefs" et dont la fermeté de parole, la clairvoyance critique, les idées nouvelles (quelles qu'elles soient), l'éventuel charisme personnel, séduisent les désespérés de tous bords, font frémir les retraités qui rêvent du bon vieux temps, les étudiants en mal de repères, donnent espoir aux banquiers comme aux chômeurs, rouvrent l'éventail des choix : bref, du nouveau ! Comme l'a écrit Durkheim le peuple français a un grand "désir d'expériences nouvelles", même si c'est un plongeon très aléatoire dans l'inconnu.
 
Les chicanes internes auxquelles se sont livrés les deux grands partis ont déçu et leurs leaders y ont peut-être perdu toute chance de convaincre, leur image de compétence, noyés dans des propos de commande, et leur charisme. Bonne question : quel poids peuvent-ils peser face aux "ogres" US, Chinois , Russe... et même Theresa (qui n'est l'élue de personne)...
Avoir imposé de manière aussi délibérée le fractionnement à des institutions (les Partis) destinées à rassembler, témoigne d'une méconnaissance profonde des mécanises électoraux et de l'absence de sens politique. Les Français n'ont peut-être pas encore intégré la gravité de la situation nouvelle. L'instauration de Primaires en France est une erreur tactique, stratégique et politique.
Pour les partis qui le pratiquent, il est urgent de répudier cet anachronisme suicidaire, lequel met aussi en péril l'ensemble de nos mécanismes politiques, et de se demander où est caché le sage et l'intègre Cincinnatus, l'homme qui détestait les tribuns.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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