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TRANCHANT  Marie-Noelle

TRANCHANT Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme :
à la revue ROC (cinéma et la télévision), dirigée par Pierre d'André (1972-1980)
au Figaro, rubrique cinéma, depuis 1980.
Collaboration à la revue Le Spectacle du monde (1995-2001)
     et à l'émission de critique de cinéma "Sortie de secours" sur Paris Première (1991-93).

URL du site internet:

Le Hasard, un bon metteur en scène

Publié dans A tout un chacun
C’est une des meilleures comédies de ce début d’été (1). On l’intitulera "Rencontres", puisqu’elle n’a pas de titre.
Ce mardi matin 1er juillet 2014, se tient une conférence de presse improvisée -
http://www.dailymotion.com/video/x20ys2i_ensembles-ph-brillault-f-barjot-l-de-la-rochere-devant-le-cese-1-juillet-2014_people - devant le siège du CESE, place d’Iéna, à la suite du verdict du Tribunal administratif. Le CESE vient d’être condamné pour avoir refusé de donner suite à la pétition de La Manif pour tous, qui avait réuni près de 700 000 signatures, en février 2013, pour demander un examen approfondi des conséquences du projet de loi Taubira.
Le film commence par un duo entre Philippe Brillault et Ludovine de la Rochère. Le maire du Chesnay, qui est à l’origine de la pétition et de la plainte contre le CESE et a obtenu gain de cause, tend galamment le micro à la présidente de La Manif pour tous pour commenter la situation. Elle se félicite de cette victoire "fondamentale pour l’avenir de la démocratie". Soudain, coup de théâtre : arrive Frigide Barjot, qui avait présidé à la remise des pétitions au CESE, en février 2013 (2), comme dirigeante de La Manif pour tous, dont elle ne fait plus partie aujourd’hui (elle est désormais à la tête de L’Avenir pour tous).

Elle entre dans le champ à l’invitation de Philippe Brillaut, et embrasse les deux personnages déjà en scène avec d’énergiques "Bravo !". A présent, la caméra cadre le trio. A la gauche de Philippe Brillault, Ludovine, un instant désarçonnée, reprend son discours comme si de rien n’était : "Les citoyens pourront désormais faire appel au CESE, nous pouvons nous réjouir…". A sa droite, Frigide est d’abord un peu hors circuit, et adresse à la caméra des sourires un rien nerveux, avant d’être associée à la réunion par Brillault, élégamment diplomate.

L’attitude de Frigide mi-narquoise, mi-embarrassée peut s’interpréter comme une volonté d’être associée à cette victoire, en rappelant clairement son rôle en 2013, et en même temps comme une demande de réconciliation (3), moins affirmative, plus timide, puisqu’elle ne peut faire là que la moitié du chemin et dépend de la bonne volonté de l’autre partie.
L’attitude de Ludovine, mi-embarrassée, mi-fâchée, est plus univoque. Visiblement, elle n’attendait pas Frigide et n’a aucune envie de lui céder une part de gâteau. Passée la première surprise, elle s’est refermée pour s’en tenir coûte que coûte au discours prévu.
Nouveau coup de théâtre : entre dans le champ Valérie Pécresse, qui se rend au CESE pour de tout autres raisons. Elle est aussitôt harponnée par Frigide Barjot, qui saisit l’occasion pour lui demander d’intercéder auprès du président du CESE. Philippe Brillaut s’est rapproché avec le micro. La caméra cadre ce nouveau trio. Ludovine de La Rochère se trouve hors champ, mais Frigide Barjot se tourne vers elle à deux reprises pour lui faire signe de rentrer dans le cadre.
Exit Valérie Pécresse. Le trio précédent se reforme à l’image. Par les mots, Ludovine tente de le casser pour revenir au duo initial : "Tous les deux, Philippe et moi, nous allons demander… ", dit-elle dans le micro tendu par Philippe Brillault. Frigide va et vient, sort du champ, y rentre, un peu nerveusement, déclare soudain : "Nous aussi, pour L’Avenir pour tous, nous allons demander, et tu seras notre mandataire, Philippe… Plus on est nombreux, plus on aura la possibilité de donner un poids supplémentaire… "
Entre les deux femmes, Brillault intervient : "Cette décision (du tribunal), permet de nous réunir tous sur le même objectif". Tandis qu’il parle, Ludovine fait entrer dans le champ son adjoint Albéric Dumont. Symétrie amusante avec le passage de Valérie Pécresse. L’intérêt se déplace sur ce nouveau trio, réduisant Frigide à une figuration souriante, à l’écart. Renfort de choc, Albéric Dumont fait progresser l’intrigue en annonçant une nouvelle grande manifestation en octobre. Frigide, qui a enlevé son blouson comme pour ne pas se laisser voler la vedette (selon le principe romanesque des rivales humiliées, "Sois très belle"), revient impromptu pour souhaiter que son mouvement, L’Avenir pour Tous, puisse s’y associer, puisqu’il a le même but, sinon les mêmes moyens.
La dernière réplique revient à Philippe Brillault : "Tout le monde a sa place, à partir du moment où l’objectif est atteint".

Le hasard est un excellent metteur en scène. Ce morceau de cinéma-vérité est une savoureuse petite comédie humaine et politique, chorégraphiée comme un ballet  bien qu’elle soit prise sur le vif, et l’on défie quiconque de ne pas y prendre plaisir et intérêt. Pour le sens de l’improvisation et de la psychologie, on songe à Rohmer, mais la justesse du tempo, la perfection de l’intrigue et du jeu constant entre le deux et le trois font songer à Lubitsch. Le divertissement est allègre et plein d’humour, mais très révélateur, aussi, pour qui veut prendre la peine d’y réfléchir. On peut le lire à différents niveaux. Le plus apparent tient du vaudeville, avec un homme jonglant élégamment entre deux femmes rivales (l’épouse et la maîtresse ?).
Au deuxième niveau, on a une vue sur les jeux d’alliance et les enjeux de pouvoir qui font fluctuer la vie politique.
Et on accède par-là à un troisième niveau, plus profond, où le spectateur est invité à se poser la question fameuse : de quoi s’agit-il ? et son corollaire : que voulons-nous vraiment ?  Dans cet impromptu léger, qui se joue au présent, on remarquera deux lignes de fuite : l’une conduit vers le passé, cette formidable pétition de 2013, ralliant tous les opposants au projet de loi Taubira ; l’autre ouvre sur l’avenir : si l’objectif est de défendre l’humanité contre ceux qui veulent la détruire par la technicisation et la marchandisation de l’être humain, ne doit-il pas prévaloir sur toutes les querelles gauloises de personnes et d’idées ? La question de l’union est posée, et bien posée. A chacun d’y répondre, et vive l’anarchie, pourvu qu’elle soit lucide et responsable ! Ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir un film aussi rigolo et aussi aigu.

(1)  On a failli ne pas le voir. Les vidéos ont été effacées. Mais on peut le récupérer sur le site You Tube de En Marche pour l'Enfance
https://www.youtube.com/watch?v=gpwwHt46HvU&list=UUeF-nqmML_u5dHB8RloUiAA  https://www.youtube.com/watch?v=gpwwHt46HvU&list=UUeF-nqmML_u5dHB8RloUiAA
(2)  On peut voir le "prequel" de "Rencontres" sur le site You Tube du maire Philippe Brillault - https://www.youtube.com/watch?v=GuTPVOwTW_4&feature=youtu.be
. C’est un très bon film d’action où l’on suit l’arrivée des camions apportant de toute la France les cartons remplis de pétitions au CESE, surveillés par la police et accueillis par Frigide Barjot. Entre ce "prequel" et le début de "Rencontres", une ellipse de plus d’un an, résumée par l’apparition de Ludovine de La Rochère à la place de Frigide Barjot.
(3)  Sur la division du mouvement, on consultera les historiens compétents.

La Mante religieuse

Publié dans Au delà
Le premier film de Natalie Saracco, histoire d’une conversion, est aussi une étonnante aventure de cinéma.
Ce n’est pas ce film qu’on aurait dû voir, si tout s’était déroulé normalement. Après trois courts métrages, Natalie Saracco s’apprêtait à réaliser son premier long. Elle avait le scénario (une sorte de Roméo et Juliette d’aujourd’hui, dit-elle, un pur mélo), un producteur solide. Le projet prenait tournure. Elle en parlait, ravie, dans la voiture que conduisait une amie. Et soudain, l’accident. La voiture envoyée dans la rampe de sécurité après des voltes folles, les deux femmes encastrées, attendant les secours. Le premier mot de son amie, qui se moque généralement de sa foi, est pour lui dire : "Vite, on prie !".
"Je ne parvenais pas à respirer et je crachais du sang, raconte Natalie Saracco. Comme je viens d’une famille de médecins et de chirurgiens, j’ai fait mon diagnostic : hémorragie interne. Je sentais la vie me quitter, physiquement, et j’ai eu cette pensée : je ne me suis pas confessée". Alors, comme une réponse immédiate, elle voit le Christ "pareil aux images du Sacré-Cœur, en tunique blanche et le cœur apparent. Il pleure, et je lui demande, bouleversée : "Mon Seigneur, pourquoi tu pleures ?" "Parce que vous êtes mes enfants chéris, et que je ne reçois que froideur, indifférence et mépris. Il n’y a rien de pire que d’être renié par ceux qu’on aime". Et je lui dis : "Quel dommage de rendre l’âme au moment où je découvre cette immensité d’amour ! Avant, je ne Te connaissais pas vraiment… "
Avec sa lourde chevelure aux boucles sombres tombant sur un fin visage mobile, Natalie Saracco a l’air d’une gitane, dansante, brûlante. On la verrait bien au pèlerinage des Saintes-Maries de la Mer, animée de cette ferveur votive qui déferle du fond des âges, la voix rauque et les pieds nus. Et le film qu’elle sort aujourd’hui, La Mante religieuse, est comme un ex-voto baroque pour remercier de son retour à la vie, à une vie nouvelle. Ce n’est pas le récit de son accident. Mais c’est l’histoire d’une conversion, écrite avec ce sentiment d’urgence que donne la proximité de la mort : "Quand on a vu la fragilité de la vie, on est conscient qu’il faut agir tout de suite", dit Natalie Saracco.
Son héroïne, Jézabel (Mylène Jampanoï), artiste mondaine, s’adonne à toutes les expériences avec un cynisme désabusé, et la dernière à laquelle elle trouve un piment inédit consiste à séduire un jeune prêtre (Marc Ruchmann), aussi à l’aise dans la vie que dans sa foi. Il y a dans cette affaire un côté Liaisons dangereuses, sauf que la liaison la plus dangereuse (mais la chose n’avait pas échappé à Laclos) est la fréquentation du véritable amour. Là, le film touche juste malgré son aspect mal dégrossi et son habillage outrancier.
En tout cas, voilà. La Mante religieuse ne trouve pas preneur. Il faudrait plus de sexe, et si on pouvait éviter le coup de la conversion, carrément pas cool… Natalie Saracco dit non et repart à zéro. Pas de producteur, pas d’argent, juste sa conviction. Avec l’aide du frère Samuel, de la Communauté Saint-Jean, qui sera le conseiller religieux du film, elle entreprend de démarcher des patrons chrétiens, qui seront une quarantaine à financer le projet. Mais il manque un distributeur. Nathalie Saracco, qui fait décidément tout à l’envers (on ne monte pas un film sans distributeur), organise une avant-première dans un grand multiplex de Lille. "On nous a donné une salle de 90 places, raconte la réalisatrice.Les réservations explosaient. On est passé à la taille suivante : 150 places. Même chose. 300 places. Insuffisant. Finalement, on a atterri dans la grande salle de 700 places, qui était comble".
Miracle des réseaux ! "Cela fera partie de nos annales", a dit la direction du Kinépolis. Le film trouve un distributeur (Kanibal !), et continue à voyager de projections en débats jusqu’à sa sortie officielle, aujourd’hui. C’est une histoire de foi qui déplace les montagnes, et de buzz qui souffle où il veut.

Alexandre 1er

Publié dans Devant l'histoire
La double mort du tsar Alexandre Ier : une énigme russe bientôt élucidée ?
Il s’est produit plusieurs irrégularités curieuses, à la mort du tsar Alexandre Ier, qui eut lieu à Taganrog, port de la mer d’Azov, le 19 novembre 1825, à la suite d’un bref coup de froid. Ceux qui virent sa dépouille ne le reconnurent pas. Ils furent peu nombreux puisque, lors des funérailles à Saint-Petersbourg, on présenta à la vénération populaire un cercueil fermé, contrairement à la tradition orthodoxe. Depuis, la tombe du tsar a été ouverte à plusieurs reprises, aussi bien sous le régime tsariste que soviétique : chaque fois, le cercueil a été trouvé vide.
La fausse mort présumée du petit-fils de Catherine II, vainqueur de Napoléon en 1812, fait partie de ces grandes énigmes historiques qui passionnent la postérité et donnent carrière à l’imposture autant qu’à la légende. Mais dans le cas d’Alexandre Ier, il ne s’est présenté nul simulateur se faisant passer pour le tsar défunt. C’est plutôt l’inverse qui est arrivé : on a reconnu, à son corps défendant, un paysan à l’identité obscure comme l’illustre disparu.
Marc Jeanson, directeur de la société de production de documentaires DCX, s’apprête à redonner des couleurs à cet ancien mystère, en partant tourner Le secret du Tsar à travers la Russie, à commencer par la Sibérie.
Pourquoi la Sibérie ? Parce que là-bas vécut le starets Féodor Kouzmitch, réputé pour sa sainteté – il est aujourd’hui Saint de Sibérie - et qui ressemblait d’une façon frappante au tsar. Ses manières raffinées et la vaste culture dont témoignait son enseignement, notamment sa connaissance exceptionnelle des guerres napoléoniennes, révélaient un homme de haute naissance, familier de la politique et de la cour. De son vivant déjà, la rumeur courait. Tolstoï l’a assimilé à Alexandre Ier dans un de ses derniers écrits. Le futur Nicolas II est venu se recueillir sur sa tombe. Ces présomptions resteraient sans doute insuffisantes aux yeux des historiens si elles ne s’accompagnaient d’indices encore plus précis.
L’un des plus remarquables était contenu dans un petit étui de cuir que le starets portait toujours sur lui. "Ici réside mon secret", déclara Féodor Kouzmitch au moment de rendre l’âme le 20 janvier 1864. C’est un message crypté. Il a été déchiffré séparément par deux Russes émigrés l’un en Lettonie, l’autre en Bulgarie, qui aboutirent à la même traduction, publiée en 1927 dans un journal de l’émigration. Il ne reste qu’une dernière copie microfilmée de cet article, retrouvée à la bibliothèque de Nanterre par l’équipe de DCX. Il s’agit d’un bref texte du tsar Paul Ier, père d’Alexandre, daté du jour de son assassinat et disant que son fils participe au complot contre lui.
Ce parricide doublé d’un régicide hantait Alexandre 1er, qui avait à plusieurs reprises manifesté son désir de quitter la vie publique.
"L’énigme n’a cessé, depuis lors, de diviser les historiens. Et aujourd’hui, de nouvelles pièces importantes s’ajoutent au dossier " dit Marc Jeanson, qui mène, avec l’historienne Marie-Pierre Rey, spécialiste d’histoire russe et soviétique à l’université de Paris 1 Sorbonne, une double recherche, à la fois sur la personnalité du tsar et sur celle du starets, dont le rayonnement spirituel est toujours très vivace dans la région de Tomsk. Une enquête qui pourrait bien permettre de lever définitivement le voile sur cet extraordinaire mystère. Car d’autres archives attendent de parler. A suivre, comme on dit dans les feuilletons.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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