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TRANCHANT  Marie-Noelle

TRANCHANT Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme :
à la revue ROC (cinéma et la télévision), dirigée par Pierre d'André (1972-1980)
au Figaro, rubrique cinéma, depuis 1980.
Collaboration à la revue Le Spectacle du monde (1995-2001)
     et à l'émission de critique de cinéma "Sortie de secours" sur Paris Première (1991-93).

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En souvenir de Georges Suffert

Publié dans A tout un chacun

Journaliste, écrivain, Georges Suffert, qui nous a quittés le 16 janvier, était un des grands témoins de la vie politique et culturelle de l’après-guerre aux années 2000. Catholique d’abord engagé à gauche, il fut plus tard l’un des fondateurs du Point, avant de devenir éditorialiste au Figaro, où il dirigea également les pages culturelles. Homme de conviction mais jamais de dogmatisme, il a signé dans les années 70 de brillants essais polémiques comme "Les intellectuels en chaise longue", "Le cadavre de Dieu bouge encore", "Lettre ouverte aux gens de vingt ans à qui l’on ment". Il s’est aussi intéressé à l’histoire régionale ("Châteaux ressuscités", "La Lorraine au quotidien").

Lorsque Georges Suffert a rassemblé ses souvenirs et retracé son parcours personnel, à la demande de son ami Bernard de Fallois, il a intitulé son ouvrage "Mémoires d’un ours" : un animal qui a une image de solitaire des forêts, à la fois puissant et débonnaire. Son coup de patte est redoutable, mais non pas cruel. Il s’impose par une force naturelle, non comme un dominateur et un prédateur. Ces traits vont bien à Georges.
Il se voit comme un Français ordinaire, avec ses attaches provinciales (dans le Nivernais où il retrouve les forêts immémoriales et mesure les transformations du  paysage français), et sa jeunesse parisienne sans brillant particulier, dans une famille modeste et catholique. Il n’accumulera pas les peaux d’âne, mais contractera tôt "la boulimie des livres",  se forgeant une immense et libre culture, sans dogmatisme, où l’histoire et la philosophie voisinent avec les grands galops romanesques à la Dumas. L’action ? Elle commence à 17 ans par les barricades de la libération de Paris, où il fait le coup de feu et en récolte un. Le scoutisme l’a préparé à l’engagement, tout comme la détestation de la présence des occupants, les circonstances ont fait le reste. Modestement, Georges Suffert expliquera souvent les choses par ce mélange de raisons empiriques, aussi loin des postures héroïques que des arguments purement idéologiques. C’est aussi ce sens de la complexité  des facteurs qui fera de lui un journaliste passionnant, liant l’action des hommes à leur tempérament, à leur culture, au contexte social, au paysage géopolitique, aux mouvements de l’histoire, au climat de l’époque.

On le perçoit dans ses mémoires où ses vifs croquis d’hommes politiques ou d’intellectuels s’inscrivent toujours sur un arrière-plan vaste et foisonnant. Sa plume trace des perspectives cavalières, balaie des années d’affrontements et de constructions politiques en quelques phrases. Il a un sens cinématographique de la scène à faire (Jean Monnet en 1970, ignoré de tous lors d’une réception, et soudain reconnu par Brandt et Pompidou), du dialogue insolite, du portrait contradictoire (Giscard au milieu d’étudiants africains, loin de son image gourmée), du ralenti et de l’accélération du temps. Fréquenter, selon sa plaisante formule "l’univers pétaradant de ceux qui racontent des histoires et de ceux, moins nombreux, qui la font", avait exercé sa lucidité curieuse et douteuse, et sa mélancolie native. Il voyait les ficelles. Il voyait aussi qu’elles ne tenaient guère, pourrissaient vite. Il voyait l’épaisseur des êtres, ne les réduisaient pas à des étiquettes, à des masques. Il voyait aussi leur vulnérabilité, et leur fugacité. Ce bon vivant à l’anxiété cachée avait au plus haut point le sentiment de l’éphémère, de la perte, de l’oubli. Il le transformait en indulgence bourrue, avec un côté "Tout ça vu de Sirius… " qui donnait du lointain aux événements, aux anecdotes. C’était un conteur vif et un analyste percutant, enrobé de bonté et d’humour. Et une âme plus rêveuse que ne le laissait deviner l’œil pétillant, le mot cordial, la simplicité familière.

Sa longue expérience de l’action politique (auprès de Jean Monnet, de Mendès-France, au Club Jean Moulin…) et du journalisme, de Témoignage chrétien au Figaro, en passant par l’Express et le Point dont il fut l’un des fondateurs, se mêlait à son goût pour le roman et le cinéma d’aventure pour faire de lui un chroniqueur plein d’entrain, pourfendant les "intellectuels en chaise longue" et soulevant les poussières d’empire. Déjà faite ou en train de se faire, l’Histoire était pour lui un spectacle captivant à mettre en scène. Voir son histoire de l’Eglise, "Tu es Pierre" (éditions de Fallois), où le savoir galope allégrement à travers les siècles, et qui ferait une formidable série télévisée. L’Eglise, observe-t-il, est sans doute la seule institution à durer depuis 2000 ans, "Cette prière unique qui se poursuit à travers le temps et l’espace n’a qu’une raison compréhensible : il s’agit de la lutte des vivants contre la mort. Jésus a livré aux hommes le mystère de la Résurrection : la sienne, la leur".
Et Georges avait fait le choix de Villon : "En cette foi, je veux vivre et mourir".

Lève-toi et marche

Publié dans Au delà

Atteinte d’une sclérose en plaques et paralysée, Christine (Sylvie Testud) participe à un pèlerinage à Lourdes dans un groupe de l’Ordre de Malte. Non qu’elle soit croyante ; mais, dans sa situation, explique-t-elle, c’est la seule manière possible de voyager et de changer un peu d’horizon. La réalisatrice autrichienne Jessica Haussner part de l’état d’esprit de son personnage, une curiosité sceptique, un intérêt de pur dépaysement, pour considérer le monde étrange de Lourdes, capitale de la douleur et de l’espérance, où la grâce se fraie des chemins  imprévus au milieu du bazar humain.  Elle a choisi une approche documentaire, l’observation sobre et rigoureuse, sans parti pris, et maintient jusqu’au bout, avec une rare honnêteté intellectuelle, ce regard phénoménologique. Cela donne au film une esthétique neutre, une précision sèche, un peu ingrate, mais qui se révèle un instrument très juste pour scruter la réalité humaine complexe et ambivalente de Lourdes.
On parle toujours du commerce matériel d’objets pieux qui encombre les rues de la ville. Le film le montre, mais brièvement, accessoirement. Il s’attache plus judicieusement au commerce, au sens de relations, entre les malades et les bien-portants. Avec la même neutralité aigüe, perspicace, dénuée de sentimentalisme, que la réalisatrice, Sylvie Testud fait prodigieusement sentir tout ce qui la sépare de sa jeune accompagnatrice (Léa Seydoux). Avec elle, on subit les rituels du pèlerinage, les repas, le coucher, aussi bien que le bain dans l’eau de la grotte, on surprend des gestes, des paroles, des comportements, notations à la fois anodines et profondes, parfois empreintes d’un léger burlesque, qui nous placent au confluent du monde extérieur et du monde intérieur. Là, il y a place pour la foi et le doute, pour la raison et pour le mystère, pour l’infirmité et la guérison, pour la ferveur et le scepticisme.

L’ambivalence demeure, mais à un niveau plus profond, quand Christine se lève et marche. Suggestion passagère ? Guérison miraculeuse ? Qu’est-ce qu’un miracle ? Pourquoi elle, qui n’a pas la foi ? Qu’est-ce qui aura changé pour elle et pour son entourage ? Le film nous fait cadeau de ces questions, qui n’ont pas de réponse simple, mais qui ouvrent l’esprit et le cœur sur l’inconnu.

Confessions d’une catho branchée

Publié dans Au delà
  ses Confessions d’une catho branchée. Soyez de bons intendants de la grâce de Dieu, et, le talent que vous avez reçu, mettez-le au service des autres, exhorte l’apôtre. Belle danseuse aux jambes longues, Virginie Télenne a toujours été douée pour le grand écart. A priori c’est une figure assez peu utile (maintenant que danseuse de french-cancan est un métier perdu pour faire bouillir la marmite). Cependant  Virginie Télenne, alias Frigide Barjot, la pratique avec virtuosité tout au long de ses Confessions d’une catho branchée (éditions Plon), pour l’édification de tous. L’équivalent stylistique du grand écart, quand on écrit, c’est l’alliance de mots, l’oxymore, figure de tension qui relie les extrêmes opposés.

Pour elle, cela va, pointes tendues, "de Saint-Tropez au Saint-Esprit", "de JC (Jacques Chirac) à JC (Jésus-Christ)", du night-clubbing aux veillées de prière, des bulles de champagne à celles du Pape, de la branchitude parisienne à la Tradition éternelle de l’Eglise, des paillettes aux cierges, de l’aberration à l’adoration, de l’exhibition à l’apostolat.

Comment relier tout cela ? Très souplement, sous couverture blanche, où l’impénitente pénitente se résume en une photo : chignon banane et sourire coquin, minijupe et T-shirt de sa création au slogan griffu : "Touche pas à mon pape !". Très sincèrement, dans un long récit où le fouillis devient très cohérent, semé de déclarations d’amour, d’anecdotes extravagantes, de confidences tristes, de formules bariolées, de coups de patte satiriques, d’homélies magnifiques, d’exhortations sérieuses. Frigide Barjot, c’est un tempérament, une histoire, une époque.

Son exubérance et son insolence sexy sont tellement médiatiques et médiatisées qu’on n’a plus à les présenter. A la lire, on perçoit d’autres vibrations, une sensibilité anxieuse et généreuse, une fidélité à toute épreuve à ceux qui ont trouvé place dans son cœur, et cette force des gens de conviction, prêts à rendre compte de ce qui les fait vivre. Fille de la bourgeoisie lyonnaise, elle avait déjà la fibre militante et communicante, avant de se souvenir de son baptême et de son éducation chrétienne, réveillés par le charismatique Jean-Paul II. Mais déjà lorsqu’elle faisait métier de la communication politique pour le compte du RPR, la fréquentation du groupe Jalons et de son président à vie, Basile de Koch, son futur mari, mettait la distance de l’humour avec les réels politiques. Chez les Jalons, on pratique la contradiction unanime et le totalitarisme individuel avec un opportunisme critique très avant-gardiste par rapport aux partis institutionnels blanc-rose vieillis près de l’assiette au beurre.
Donc, la politique reléguée au second plan, restaient Dieu et Basile, la foi, la fête, son groupe rock les "Dead Pompidou’s", la famille, les amis, les prochains. Frigide Barjot aime aimer, aime qu’on l’aime, aime qu’on aime ceux qu’elle aime, et comme elle aime Jésus, elle aime le faire aimer. Ouf ! Elle se montre comme elle est, débordante, "narcissique", dit-elle, volubile, marrante, émotive, extravertie. Mais beaucoup plus structurée, intérieurement, que ne le laisserait croire son image de "fofolle" rock’n roll. Elle en use et en ruse astucieusement, de cette image de marque, parce qu’elle connaît la chanson,  et l’air du temps. Elle surfe sur la vague trendy qui amuse les médias, pour jeter ses lignes de fond. Fine mouche, la guêpe.  Elle met de l’événementiel sur l’essentiel, ou de l’essentiel dans l’événementiel, c’est selon.

On trouvera dans ses confessions une authentique confession de la foi de l’Eglise, un exposé des sacrements, un catéchisme de l’exigence et de la miséricorde divines telles qu’elles se proposent pour notre salut. On les voit s’inscrire dans l’expérience existentielle désordonnée d’une jeune femme d’aujourd’hui pour la centrer et l’unifier sous l’action de l’Esprit-Saint, comme le demande le psaume : "Unifie mon cœur pour qu’il craigne ton Nom".

"Alors, oui, écrit-elle, mon candidat, mon président, mon roi, c’est le Christ ! C’est pour Lui seul, qui porte tout avec son Evangile, qui dit tout, et par Lui, qui voit tout, que je retrouve l’énergie qui me fait avancer, bouger, m’exposer, me donner. Vivre quoi ! Lui n’a jamais menti, ni trahi les siens. Mais Il a été trahi, on Lui a menti, et Il s’est offert pour racheter nos mensonges et nos trahisons. Son intention est pure, l’Amour est dans la Vérité. Lui seul peut ramener l’harmonie et la solidarité nécessaires à l’équilibre et la paix dans le cœur des hommes. Et s’il faut une révolution pour changer la société du Veau d’or et de la course du rat, eh bien, allons-y ! Mon moteur, c’est la foi et l’espérance que je puise dans mon amour du Christ. Mais cette révolution du cœur concerne chacun de nous et nos dirigeants en particulier, sinon la société restera une jungle, une machine à fabriquer des malheureux, des prédateurs et des désespérés. Jusqu’à la mort".

Si Jean-Paul II a déclenché en elle cette "révolution du cœur", pleine d’exaltation et d’exultation, Benoît XVI l’a engagée dans l’action méthodique et réfléchie, même si elle n’abandonne pas l’humour. Les attaques dont il a fait l’objet ont poussé Frigide Barjot à riposter au coup par coup pour défendre la foi et les mœurs. La dernière partie du livre est un récit de combat. Le combat d’une drôle de "zouave pontificale" contre la christianophobie arrogante et perfide d’une société matérialiste. Elle veut réveiller la "cathosphère" qui se laisse faire. A coups de T-shirts, de slogans, de pétitions, d’apparitions médiatiques, elle entraîne les croyants, s’explique avec les incroyants, remue ciel et terre "pour faire résonner un peu la parole céleste, au-delà des ondes plus ou moins courtes de l’écran plat".
Ambition démesurée ? Vanité ? La chrétienne qu’elle est y a pensé, ne s’exonère pas de ses fautes, s’en remet humblement pour finir à l’Esprit-Saint. Il lui fallait tout mettre dans ces pages, qui ne sont pas de la littérature, mais une œuvre de témoignage. Et dans cet ordre, "ne pas tout dire c’est ne rien dire". Il y a un personnage qui s’expose, une personne qui se révèle.  On ne peut se méprendre sur sa véracité. On sait où est son trésor, où est son cœur. C’est cela, témoigner.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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