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TRANCHANT  Marie-Noelle

TRANCHANT Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme :
à la revue ROC (cinéma et la télévision), dirigée par Pierre d'André (1972-1980)
au Figaro, rubrique cinéma, depuis 1980.
Collaboration à la revue Le Spectacle du monde (1995-2001)
     et à l'émission de critique de cinéma "Sortie de secours" sur Paris Première (1991-93).

URL du site internet:

"Les Saisons"

Publié dans A tout un chacun
Jacques Perrin parle de son nouveau film, "Les Saisons"
 
Propos recueillis par Marie-Noëlle Tranchant
Vingt mille ans d’histoire de l’Europe racontés par… les animaux. C’est le nouveau défi de Jacques Perrin dans Les Saisons, réalisé avec Jacques Cluzaud. Après Le peuple migrateur et Océans, voyages dans le ciel et dans la mer, voici la terre, le climat tempéré, la forêt et ses habitants sauvages forcés au fil des siècles de cohabiter avec l’homme de plus en plus indifférent et dominateur. Jacques Perrin revient de cette expédition ébloui, inquiet, tonique, souriant – comme il l’est toujours. Il n’y a pas d’avocat plus persuasif pour célébrer la beauté du monde et dénoncer les outrages criminels qu’on lui fait subir.

 
Pourquoi vous être intéressé cette fois-ci à notre vieux continent ?
Mes films précédents se déployaient dans l’espace, Les Saisons ajoute un axe temporel qui permet de mesurer les transformations de la nature. Comment parler de l’Europe ? Il ne reste pas grand-chose de ce qui a été un immense territoire de vie sauvage, de l’Oural à la Bretagne, de la Norvège à l’Espagne. On est passé de l’ère glaciaire à l’âge des forêts par un réchauffement de 5° seulement…  Ces 5° qu’on veut éviter aujourd’hui. A partir de là, le film montre l’avancement de la vie moderne, son empiètement sur le monde naturel, et le bilan n’est pas encourageant.
 
Pourtant, la forêt repart, en Europe ?
Mais elle se détruit ailleurs, en Amérique, au Gabon, dans tout le nord du Vietnam...  Nous avons fait ce film parce que nous pensons qu’il y a des alternatives à cette destruction. On a encore la possibilité de faire réapparaître ce monde sauvage, si on laisse le champ libre à la nature, sans l’empoisonner de pesticides. Mais tant qu’on n’aura pas fait sauter Monsanto qui prétend que le roundup n’est pas néfaste… On mutile et on asphyxie la terre pour des raisons économiques qui n’ont rien d’indiscutable ni d’irréversible. Un commissaire européen à l’agriculture a proposé de donner une prime à la culture respectueuse de la nature. Les résolutions de la Cop vont dans cette voie. Espérons que notre sens de la solidarité avec le monde se développe, que les politiques découvrent qu’ils en font partie. Mais il faut aussi que les petits boursiers qui ne pensent que rentabilité changent de mentalité et prennent leurs responsabilités. Et je crois que les déclarations ne suffiront pas. Seule la contrainte est efficace, mais elle peut s’exercer positivement, par exemple avec cette idée de récompenser les bonnes volontés.
 
Votre engagement personnel, c’est de faire découvrir par le cinéma la richesse et la beauté du réel. On ne les voit pas assez ?
Quand on parle de la vie des animaux, on ne se rend pas vraiment compte de ce qu’elle est. On les observe au repos, ou dans la panique. Il reste un champ immense de possibilités et d’expérimentations. La technique nous permet de suivre tous les mouvements de la nature. Et plus on saisit les animaux dans leur vivacité, plus on comprend que les animaux sont voués à la plus grande démonstration physique. Ce n’est pas seulement l’exubérance de la vie mais aussi les lois de la survie.
 
Chacun de vos films sur la nature passe par des exploits techniques. Ce n’est pas contradictoire ?
La technique n’est jamais une fin en soi, elle sert ce qu’on veut exprimer.  Nous sommes une réunion de grands enfants qui cherchent des solutions pour pénétrer aussi justement que possible sur le territoire des autres. Nos inventions ne sont pas brevetées. On ne fait que des choses artisanales, à notre usage. Par exemple, entrer dans une forêt à la vitesse des animaux est impossible. On a conçu un engin pour se mêler à leur course : cela ressemble à un scooter à 4 roues, avec des amortisseurs pour éviter les saccades. En mer, il n’y a pas d’obstacles, mais en forêt, il faut suivre l’animal entre les troncs, les branches, les racines, tout en gardant la sécurité des caméras. Si on veut ressentir son élan, il faut inventer l’instrument adapté. Pour filmer un hérisson qui se met en boule sur une route nous avons utilisé une sorte de périscope inversé qui permet de toucher le sol. J’aime la technique pour qu’elle disparaisse. Si elle est au point, on l’oublie pour arriver à une grande simplicité : le sujet est observé dans son mouvement.
 
Il n’y a pas de réflexion didactique dans le film, mais il raconte une histoire
Je n’aime pas les mots des déclarations et des traités qui déroulent des abstractions répétitives. Les saisons est un poème sans phrase. Il ne s’agit pas d’un reportage ou d’un documentaire. On a cherché l’émotion, le sentiment. Le film s’adresse à l’œil et à la mémoire profonde. Je crois que si on s’émerveille du monde, on vivra mieux. Mais je désire que ce discours soit prononcé par la nature elle-même. Les raisonnements humains séparent, alors que la nature manifeste les interdépendances. Les catégories qui divisent les hommes n’existent pas chez les animaux : il y a les vivants et les autres. Et vivre est une question de résistance, de ténacité, de courage. Il y a tous les dangers possibles, mais s’il faut atteindre l’autre côté de la clairière, on ira. Les animaux ont une existence condamnée, mais condamnée à vivre, et ils feront tout pour y parvenir. On ne prie pas, on ne se plaint pas, on ne réclame pas, on vit.
 
"Gémir, pleurer, prier, est également lâche… " dit le Loup de Vigny
Oui, nous avons des exemples à prendre. Les animaux nous donnent beaucoup de leçons, et quand on les filme, il y a une admiration. Ce n’est pas de l’antropomorphisme, mais ils nous font pénétrer les grandes lois du monde et on peut y trouver une morale, une liberté. Comment ne comprend-on pas que la Terre ne nous appartient pas ? Les animaux, les plantes, y sont chez eux autant que nous. Et si on leur donnait vraiment leur place, on vivrait mieux parce qu’on cesserait d’être dans l’utilitarisme. C’est très bien de connaître les plantes qui peuvent rendre service. Mais il y a dans la nature beaucoup de choses qui ne servent à rien. Un peu d’humilité nous sortirait de nos certitudes. Ce bien-être que nous cherchons, il nous est donné par la beauté du monde. L’observer, la contempler, c’est un principe de régénération comme l’oxygène.

Paru dans Le Figaro, 27 janvier 2016

Art et terrorisme

Publié dans A tout un chacun
L’art à l’épreuve du terrorisme
Un entretien avec Cheyenne-Marie Carron

La réalisatrice Cheyenne-Marie Carron prépare un film sur le terrorisme islamique et la radicalisation de jeunes musulmans français engagés dans le djihad, La Chute des hommes. Après L’Apôtre et Patries (actuellement au Cinéma Balzac) (1), elle poursuit, seule, sans aucun soutien de la profession, une réflexion libre et profonde sur le mal dont on vient de voir à Paris l’explosion terrible, mais qui atteint aujourd’hui le monde entier. La Chute des hommes se tournera au printemps 2016. D’ici-là, il faut encore trouver 30 000 € pour le financer, et elle doit tout attendre d’investisseurs privés. Elle a le courage, elle a le talent. Et une foi inébranlable : dans l’Evangile, qui guide le jeune musulman converti de L’Apôtre, et dans le regard de l’artiste, seul capable de dépasser la violence des partis pris par un engagement clairvoyant. Rencontre avec une réalisatrice remarquable
Un entretien avec Cheyenne-Marie Carron, par Marie-Noëlle Tranchant                     

Que raconte La Chute des hommes ?
L’histoire d’une jeune Française, Lucie, passionnée de parfumerie, qui fait un voyage d’études au Moyen-Orient. Son destin tragique croise celui de Younes, chauffeur de taxi sans le sou qui la livrera aux mains de ravisseurs islamistes, et celui d’Abou, djihadiste lui aussi originaire de France.

L’irruption de la guerre en plein Paris va-t-elle orienter différemment votre réflexion, votre récit ?
Surtout pas. Je tiens à garder mon regard, que je pense assez équilibré. Comme l’amour, la guerre ne se fait pas toute seule. Il y a une réciprocité de la violence qui demande à être considérée. En croisant trois trajectoires différentes, mon film donne trois points de vue : celui des victimes, celui des complices, celui des bourreaux. Aujourd’hui, les djihadistes sont en guerre aux quatre coins du monde. On ne peut pas éviter d’aller aux racines profondes d’une telle barbarie, non seulement pour comprendre mais pour agir. C’est cette nécessité qui me pousse à traiter un tel sujet. L’art voit plus loin que la politique et la géopolitique. Je discute beaucoup avec les jeunes arabo-musulmans de mon équipe, et je mesure le courage de leur engagement.

Que montrez-vous à travers le destin de vos personnages ?
Une des causes qui font que les guerres s’engagent, c’est qu’on touche à l’humanité des gens, au respect qu’on doit aux peuples. Tout le monde se plaint de la barbarie, mais tous agissent en barbares, chacun à sa manière. Si on veut espérer éradiquer le terrorisme, il va commencer par falloir être justes, et sévères d’abord avec nous-mêmes. A quel point nos pouvoirs, naïvement ou à des fins bien plus sombres, ont nourri et nourrissent encore le terrorisme, il est temps de le dire, et de prendre nos responsabilités vis-à-vis de ces jeunes dévoyés qui prennent les armes. Et qui ne sont pas des sociaux endoctrinés, on l’a vu, mais de véritables guerriers qu’il faut combattre comme tels. Certains veulent imposer l’islam, mais beaucoup ont un grand sentiment d’injustice et veulent défendre leurs frères. Pendant ce temps, Bush qui a déclenché la guerre d’Irak sur un mensonge coule des jours tranquilles dans son ranch, et les politiciens font semblant de vouloir détrôner des dictatures tout en jouant un autre jeu, au mépris des peuples.

Pourquoi n’avez-vous aucun soutien dans ce projet ?
J’ai renoncé à chercher un financement public parce que je veux pouvoir traiter le sujet en vérité, sans aucune complaisance, et que je ne veux plus subir les refus humiliants du CNC ou des régions, quels qu’en soit les motifs, idéologiques ou commerciaux. Mais je n’ai pas honte de lancer ce petit appel aux investisseurs privés : il me manque 30 000 € pour boucler mon budget.

L’art contre la barbarie, ce n’est pas une vue de l’esprit ?
L’art a un rôle à jouer, très important, parce que c’est un des rares endroits de pureté, d’honnêteté. Lorsque les choses sont aussi radicalisées, le dernier lieu où le regard peut rester lucide et juste. Quand la guerre est là, les artistes sont peut-être les derniers qui s’accordent une parole de liberté et peuvent faire rayonner cette force dans le peuple. Très modestement, mais très nécessairement. C’est ce qui me permet de me lever chaque matin.
(1) Et en DVD à l’adresse
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Paru dans Le Figaro, novembre 2015

Les totems des civilisations

Publié dans A tout un chacun
Pierre-Olivier Bardet : "Les objets de la culture sont aussi les totems des civilisations"
 
Le film d’Alexandre Sokourov Francofonia, qui évoque l’art dans la guerre à travers l’histoire du Louvre, est un des événements de la Mostra de Venise (qui se termine ce week-end), applaudi pendant de longues minutes à la projection officielle. Son producteur, Pierre-Olivier Bardet, revient sur ce sujet tragiquement d’actualité.
 
Le film s’ouvre sur une tempête en mer, qui menace un bateau transportant des œuvres d’art. Aujourd’hui, la Méditerranée est pleine de naufragés, le site assyrien de Nimroud, la bibliothèque de Mossoul, les temples de Palmyre sont détruits, ce qui donne à la méditation de Sokourov une actualité funèbre. Est-ce que cette catastrophe était à l’horizon de votre travail ?
Pierre-Olivier BARDET. - Très clairement. Lorsque Sokourov a envisagé un film sur le Louvre, il a précisé qu’il voulait parler du Louvre sous l’Occupation, et que c’était aussi inspiré par ce qui se passait en Irak. Alors que nous préparions Francofonia, il a organisé une exposition à Bruxelles sur ces pillages, avec des photos, des témoignages. Il s’intéressait particulièrement aux gens qui sauvaient des œuvres d’art. Une des choses qui hantent Sokourov, c’est la vitesse à laquelle sont anéantis des trésors qu’il a fallu des années, des siècles pour créer.
 
Le Louvre a dispersé ses chefs-d’œuvre pour les sauver de la guerre. Et deux ennemis, le Français Jacques Jaujard et l’Allemand Franz von Wolff-Metternich ont collaboré, si l’on peut risquer le mot, pour protéger le patrimoine artistique. L’histoire du Louvre sous l’Occupation est-elle exemplaire ?
Elle est européenne. Jaujard était un authentique résistant, mais il se soumettait à toutes les inspections. Metternich était membre du parti nazi, mais le patrimoine était son domaine, et il était très sourcilleux sur l’application des accords de La Haye concernant la protection des œuvres d’art. Ce qui lui vaudra d’ailleurs sa révocation. Il y a eu une complicité objective entre eux parce que tous les deux avaient une culture commune et que l’art les surplombait.
 
Longtemps, les œuvres d’art ont été l’orgueil des conquérants, des trophées de guerre. Sokourov montre Napoléon Ier au Louvre disant : "Tout ce qui est ici, c’est moi qui l’ai apporté"… Mais pour l’État islamique, l’art est un ennemi à abattre et à vendre. On peut dans les deux cas parler de pillage, mais dans des sens très différents. Est-ce qu’il y aurait un pillage d’admiration et un pillage de mépris et de nihilisme ?
Je dirais plutôt possession qu’admiration. Il s’agit d’abord de s’emparer de biens, même s’il peut y avoir de l’admiration. Quant à la destruction, ce n’est pas l’apanage des islamistes, même délirants, car, aujourd’hui, il est évident qu’on est dans une folie. À la Révolution française, on brûlait les églises, on coupait les têtes des statues de saints. On a beaucoup pratiqué la destruction, avant d’être dans la possession, ce qui pose d’ailleurs la question sans fin des restitutions… Sokourov pense que le passé n’est pas derrière nous mais sous nos pieds. L’histoire est sédimentaire. Elle est faite de couches superposées. Et c’est très sombre, dans le sous-sol. Je travaille à un documentaire sur la mission Voulet-Chanoine, scandaleux massacre perpétré lors de la conquête du Tchad. Son itinéraire, c’est la route de Boko Haram aujourd’hui. Retour du refoulé ?
 
Pourquoi la possession ou la destruction de l’art est-elle un enjeu si important pour le pouvoir ?
Pourquoi les dictateurs ont-ils besoin d’assassiner les poètes et les artistes ? En quoi Mandelstam dérangeait-il Staline ? Il faut bien supposer une puissance particulière à l’art. En Occident, aujourd’hui, l’art est vu comme un supplément d’âme au sens où cela vient comme la cerise sur le gâteau : on a la voiture, la technologie utilitaire ou de loisir et, en plus, les musées, les expositions. On a une vision occidentale du patrimoine de l’humanité, et on pense représenter la civilisation contre la barbarie.
Ce n’est pas le cas ?

Il faut se battre pour la sauvegarde des œuvres d’art, bien sûr, mais il faut aussi essayer de comprendre, et il est vrai que c’est difficile face à une telle folie. Mais se tenir dans une position de surplomb, c’est la continuation de la situation coloniale. Avec notre vision laïque qui se veut universelle mais qui est très locale, nous pensons que les guerres de religion, c’est du passé. Ce n’est pas compris, hors d’ici. Lors de la première guerre d’Irak, le juriste et historien du droit Pierre Legendre, avec qui j’ai fait trois films, m’a fait part d’une anecdote qui m’a frappé. Jeune fonctionnaire international au début des années 1960, il s’est élevé contre la suppression des écoles coraniques en disant : si vous faites cela, l’islam va revenir avec un couteau entre les dents. Une véritable prédiction !
 
Mais pourquoi ce déchaînement contre le patrimoine artistique ?
Quand on parle d’une guerre, on ne voit souvent que le côté politique. Cela masque des enjeux beaucoup plus profonds, anthropologiques et religieux. Derrière toutes ces attaques, il y a une lutte à mort contre les objets de la culture, qui sont aussi les totems des civilisations.
 
Qu’entendez-vous par "totems" ?
J’emprunte le mot à Freud et à Pierre Legendre : ce sont des objets qui disent d’une certaine manière la "vérité" d’une société. La façon dont une société a construit et vit ce qui fait autorité pour elle. Et pas forcément, comme chez nous, par les textes. Mais aussi par les danses. En Afrique, certains dansent la loi. Quand les juifs chantent la Torah, c’est d’une beauté bouleversante, et c’est aussi du juridique. L’art est la clef de voûte de ce "montage" qui fonde une société donnée. Il est lié au pouvoir par des liens vitaux : il n’y a pas de pouvoir sans célébration, par la musique, la danse, la peinture… C’est pourquoi il est si important de détruire l’art, dans la guerre. Dans cette guerre menée par Daech, qui est aussi intramusulmane, on l’oublie trop, il y a une lutte à mort où il s’agit de massacrer la civilisation, le montage, de l’autre.
 
Et l’art est en première ligne…
On a peut-être du mal à le comprendre parce qu’on a perdu le rapport à la transcendance. On ne voit plus la religion et l’art comme un discours de vérité qui fait tenir les choses ensemble. On voudrait penser que la culture crée le respect, et on voit qu’elle peut être au cœur de la haine. L’idée que l’art peut rapprocher les peuples est belle - c’est, par exemple, celle de Barenboïm et du West-Eastern Divan Orchestra. Mais pour y parvenir, il faut avoir conscience que l’art touche à quelque chose de fondamental, de structurant.

Paru dans Le Figaro, 13 septembre 2015

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