Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

TRANCHANT  Marie-Noelle

TRANCHANT Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme
Journaliste culturelle et critique de cinéma au Figaro depuis 1981
Critique à l’émission Ecrans et Toiles de Victor Loupan sur Radio Notre-Dame
Auteur avec Laurent Terzieff de "Seul avec tous",
          parcours biographique et spirituel du grand comédien (Presses de la Renaissance, 2010. Préface de Fabrice Luchini)


URL du site internet:

Le tango comme leçon de vie

Publié dans A tout un chacun

 

Le cinéaste brésilien Walter Salles coproduit avec son compositeur favori, Gustavo Santaolalla, un superbe documentaire sur les vieux maîtres du tango à Buenos Aires. "Le tango est la seule chose que nous ne discutons pas avec l'Eu­rope !" disait Macedonio Fernandez. Depuis qu'il est né dans le monde des immigrants, ses longues vagues de tristesse et de désir, tour à tour caresse et mor­sure, agitent l'Argentine. "On y sent l'exil et la nostalgie, en même temps que la nécessité de se rebaptiser dans une nouvelle géographie", dit Walter Salles. Le cinéaste brésilien a coproduit avec le musicien argentin Gustavo Santa­olalla (compositeur de son film Carnets de voyage) le merveilleux Café de los maestros, réalisé par Miguel Kohan. Un bijou du documentaire musical, dans la ligne du Buena Vista Social Club de Wenders, réunissant les grands interprètes des années 1940 et 1950, âge d'or du tango.

"Santaolalla poursuit sa recherche de sons authentiquement argentins commencée voilà vingt ans avec son disque De Ushuaïa a La Quiaca, explique Walter Salles. Et j'étais intéressé autant par l'amitié pour moi, le cinéma est une affaire de famille que par la curiosité envers cette forme d'expression qu'est le tango. Il y a dans le tango, qui parle de l'ori­gine et du destin d'un pays, une question centrale de mouvement dans l'espace qui est au cœur de mon cinéma".
Lorsque Gustavo Santaolalla a enregistré un album consacré aux anciens maestros du tango, il a envoyé à Walter Salles quelques images prises dans les studios par Miguel Kohan, avec cette question : "Y aurait-il là matière à un film ?".
"J'ai répondu aussitôt oui. J'ai été frappé par la vigueur artistique de ces personnalités, et par leur humour particulier, leur dérision, leur manière de voir et de décoder la société argentine". Pendant un an, la caméra a accompagné les vingt et un musiciens au jour le jour, dans leurs lieux familiers, avant de les rassembler au Teatro Colon pour un concert final éblouissant.
"Ce concert a été un moment d'émotion intense, dit Walter Salles. C'est la première fois que le tango, art éminemment populaire, né dans la rue, répandu dans les bars, entrait au Teatro Colon, temple de la "haute culture". Soudain, une frontière était dépassée, tout le monde le ressentait. Émotion, aussi, de voir renaître un de ces grands orchestres qui ont disparu sous la dictature militaire, parce qu'on croyait, à tort, que le tango était une traduction du péronisme. En fait, c'est un ensemble culturel beaucoup plus ample, qui caractérise toute la région du Rio de la Plata, jusqu'en Uruguay".
Aujourd'hui, les orchestres de tango refleurissent, les écoles de tango se développent, et les documentaires musicaux foisonnent avec succès en Amérique latine. Walter Salles y voit une forme de résistance spontanée à la mondialisation, exprimant "un besoin d'authenticité, de proximité avec la vie, loin des mixtures technolo­giques". Et puis, à la suite de Wenders, "qui a ouvert les portes d'un passé vivant", Walter Salles s'enchante, et nous aussi, de la savoureuse présence de ces octogénaires.
"Dans une société qui vend une culture de la jeunesse à outrance, c'est un éloge de la vivacité qui vient avec l'âge, de l'étonnante fraîcheur de la sagesse. Un regard sur le monde très franc, direct et personnel. Ils n'ont rien à cacher, rien à représenter, pas de prétention. Ils incarnent une mémoire musicale sans être nostalgiques. Ils sont l'authenticité même".

Paru dans Le Figaro, 10 septembre 2009

Le filon juteux de la mode des coachs

Publié dans A tout un chacun

Ils ont surgi soudain à l'horizon social, voilà une vingtaine d'années. Depuis, ils se sont multipliés, diversifiés, organisés. Aujourd'hui, les coachs vous accompagnent partout, au travail ou dans votre vie personnelle, pour prendre une décision ou sortir d'une relation bloquée, pour travailler votre "look" ou votre expression, pour améliorer votre efficacité professionnelle, votre forme physique ou votre mental. Ils sont votre ombre ou votre double, ils tiennent du directeur de conscience et du punching-ball, du psy et de la nounou, du mentor et du partenaire de jeu. Le coaching est devenu un phénomène de société. Effet de mode ou signe des temps ?
"Je pense qu'il faut distinguer le coaching, terme à la mode qu'on utilise pour tout et n'importe quoi, et travail du coach", dit Martine Volle, représentante permanente de la présidence d'ICF-France (International Coaching Federation), une des principales associations dans notre pays avec la Société française de coaching, la Fédération francophone de coaching et le Syntec. Ces organismes se sont employés à élaborer des chartes déontologiques et à mettre au point des formations reconnues. Bref, à donner un statut officiel à une profession autoproclamée, née de pratiques empiriques, et particulièrement protéiforme.

Exigence de résultats et de performances
Le portail de la Société française de coaching en fait un rapide historique en rappelant que le mot "coach" (du français coche) a d'abord désigné un répétiteur dans l'argot universitaire anglais du XIXe siècle, avant de passer au domaine du sport. Mais "l'accompagnement" est une tradition plus ancienne, et ne vise pas seulement la performance. Les associations de coaching aiment rappeler la maïeutique de Socrate ou les techniques d'éveil spirituel. "Ni le coach ni le coaché n'ont de réponse au départ, souligne Martine Volle. Mais à deux, on peut la trouver. C'est un travail de questionnement et de co-création, qui remet la personne au centre de la réflexion et de l'action". Ainsi ce patron qui hérite d'une entreprise familiale : s'il la reprend par loyauté va-t-il y trouver son accomplissement ? Le coaching lui a permis de sortir de cette pression en acceptant l'expérience pour un temps limité. À partir d'un problème précis ou d'un désir de changement, le coach utilise les nombreux outils forgés par les sciences humaines pour faire émerger une solution pratique, mais aussi les valeurs du sens. La prestation comporte en moyenne une dizaine de séances, parfois moins, au tarif de 550 à 600 euros l'heure.

Les coachs peuvent venir d'univers très différents : entraîneurs sportifs, comédiens, consultants d'entreprise, thérapeutes, psychologues, animateurs socio-éducatifs… Il y a environ 5 000 coachs en France, 40 % d'hommes et 60 % de femmes, généralement âgés autour de la cinquantaine, d'un niveau d'études bac + 5, et fort d'une expérience professionnelle riche. La demande est aussi diverse que l'offre. Aux États-Unis, 80 % des demandes proviennent de cadres qui font une démarche individuelle, parce que l'exigence de résultats et de performances leur fait subir une pression extrême. C'est là que l'ICF est née, en 1995, de la réunion de quelques coachs désireux de formaliser leurs pratiques. La branche française s'est créée l'année suivante. "En France, la demande personnelle est moins fréquente, et le coaching est principalement financé par l'entreprise", précise Martine Volle. Le besoin s'en est fait sentir avec l'accélération des technologies, la multiplication des informations, la ramification des postes, qui rendent l'entreprise de plus en plus complexe. Complexité doublée d'une instabilité globale, économique, géographique, qui exacerbe les tensions.
"Cette instabilité - qu'on retrouve dans la vie sociale - isole et crée une situation de compétition généralisée des individus", observe Nicolas de Kermadec, auteur de Doper votre efficacité, méthode
de pilotage individuel par check-lists visant à "s'autocoacher". "On ne travaille plus en équipe, ajoute-t-il, on vit au milieu de concurrents. C'est l'esprit d'équipe qui liait le polytechnicien loufoque et l'ingénieur rigoureux, en conjuguant au mieux les qualités et les défauts de chacun. Cet équilibre naturel a disparu, obligeant à recourir à des gens extérieurs". Un sondage a corroboré ces réflexions en montrant que "les salariés se montrent majoritairement hostiles (80 %) à l'idée de compétition au sein de leur équipe de travail. Ils pensent que c'est le respect de l'autre (49 %) et la capacité à travailler en équipe (43 %) qui caractérisent au contraire les bonnes relations de travail" (OpinionWay et Conversations essentielles, février 2009).

Organiser la spontanéité
Le recours au coaching apparaît donc dans une société aux relations malades, où l'on est seul et sans repères, mais où il est impératif d'aller bien, d'être performant et séduisant. Pour la Société française de coaching, le développement de la profession "s'inscrit, d'une part, dans l'effondrement des institutions tutélaires telles que la famille, l'État, l'Église, l'armée, les syndicats et, d'autre part, dans l'injonction faite à l'individu de devenir lui-même en dehors de ces institutions tutélaires et des constructions collectives".

"Sûrement, si on passait plus de temps en famille, avec les anciens, les amis, à discuter et échanger, on aurait moins besoin de coachs. L'idéal serait qu'on s'en passe. Mais c'est un beau métier !", affirme Luc Teyssier d'Orfeuil, qui pratique à la fois le coaching d'acteurs et le coaching d'entreprise. Comédien, il a créé voilà vingt-deux ans, avec Pascal-Emmanuel Luneau, le studio Pygmalion, où Anne Parillaud a travaillé le film Nikita et Marion Cotillard son rôle de Piaf. Double travail, à la fois sur la construction du personnage et sur la confiance en soi. Dans l'entreprise, l'approche artistique qui fait appel à l'émotion, à la sensation, à la gestuelle, permet de sortir des habitudes et d'accéder à un fonds secret de la personne qui sera la vraie matière du coaching : "C'est toujours sur l'humain qu'on travaille". Sur la forme et le sens qu'on veut donner à son activité.
"Le sujet nous concerne tous", estime Olivier Doran , réalisateur du Coach, comédie qui sera sur les écrans le 9 septembre. Coach réputé mais joueur endetté, Chêne (Richard Berry) accepte un contrat véreux proposé par une société : guider à son insu (ce qui est absolument contraire à l'éthique professionnelle) un directeur bohème et ingérable, Marmignon (Jean-Paul Rouve), dans les importantes négociations qu'il doit mener avec des Chinois. Il est conduit à s'immiscer de plus en plus dans la vie privée de Marmignon, qui s'étonne de sa manie d'analyser les situations et de lui suggérer des recettes, "comme s'il y avait une seule façon de vivre". Avec son naturel et sa fantaisie sans calcul, Marmignon va faire du coaching sans le savoir, et transformer à son tour la vie de Chêne, toute tournée vers l'efficacité.

Olivier Doran a situé son tandem de comédie au carrefour du coaching d'entreprise et du coaching personnel. "Les deux sont révélateurs d'une société, de ses angoisses et de son mode de fonctionnement. Les gens sont tellement seuls et inquiets qu'ils ont besoin d'un coach pour s'habiller, se maquiller, manger ou séduire", remarque-t-il. Et dans le cadre du travail, "on aide les gens à se sentir mieux, mais le but profond est tout de même d'accroître leur rendement, pas leur bien-être". Le film à son tour est révélateur des appréhensions et des méfiances suscitées par ce coaching envahissant : rationalisation utilitaire des rapports humains, formatage des individus, manipulation… Si le cinéma véhicule une image manipulatrice du coaching d'entreprise, comme dans
Rien de personnel, autre film sur le sujet qui sort le 16 septembre, il y a, à l'autre extrémité, le coaching placebo : "Ça vous donne la pêche un moment, mais ça n'arrange rien" , résume une ex-chômeuse passée par les séances de l'ANPE.
Les coachs sérieux sont d'ailleurs les premiers critiques d'eux-mêmes : la distance lucide fait partie d'un métier conscient de ses paradoxes. Trouver par soi-même ce qu'on ne trouve pas par soi-même, comme l'écrit Philippe Bigot
(Youman.fr). Recréer techniquement des liens naturels. Organiser la spontanéité. Commander la liberté… Au-delà du traitement d'une société en crise, le coaching fait de ces contradictions les ressorts d'une aventure humaine ouvrant sur la quête de sens, l'intelligence collective… Cela est un autre chapitre.
Paru dans Le Figaro, 1er septembre 2009

Tornatore lance la 66e Mostra de Venise

Publié dans De par le monde

Après une brève manifestation d'étudiants qui ont tenté de retarder le jury, pour se faire entendre des politiciens présents à la soirée d'ouverture, Baaria de Giuseppe Tornatore a lancé la compétition de la 66e Mostra de Venise. Voilà vingt ans qu'il n'y avait pas eu de film italien en ouverture, et dix que le réalisateur de Cinema Paradiso n'avait tenté une aussi ample fresque. Double retour, donc, et entrée en fanfare de l'Italie. Une fanfare berlusconienne, puisque le premier ministre, non seulement finance le film, via la production Medusa, mais signe la première critique, parue hier matin dans La Repubblica, avant la projection de presse : "un chef-d'oeuvre", tout simplement.
Baaria, superproduction de 25 millions d'euros, avec quelque 200 acteurs professionnels ou non et 35 000 figurants, est une chronique familiale située dans le village natal de Tornatore, Baaria (abréviation familière de Bagheria), dans la province de Palerme. Le film suit trois générations de paysans, des années 1930 aux années 1980, en traversant les grandes heures de l'histoire italienne. Avec pour personnage principal Peppino (Francesco Scianna), fils d'un berger misérable, mais lettré, qui deviendra un militant communiste dans les années 1950, enlèvera la jolie Maninna (Margaret Madè) que sa famille refuse de marier à un communiste, et plus tard, après avoir dû s'expatrier quelque temps en France pour trouver du travail, dans les années 1960, deviendra député. Cinéaste affectif, Tornatore traite son sujet à la manière d'un long feuilleton populaire, par épisodes brefs et pittoresques ponctués de grands mouvements de caméra à la grue qui font passer de l'intime au collectif. C'est simple, vivant, mouvementé, généreux, chaleureux.

Une réflexion politique et morale
"Baaria est un lieu allégorique de tous les lieux où on voit le jour : où que nous soyons nés, c'est le centre du monde jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que le monde tourne sans nous. Je raconte les gens, les événements à travers un microcosme qui est leur pays, mais en faisant sentir constamment l'écho de tout ce qui se passe ailleurs, loin d'eux", dit Tornatore.
Ainsi, l'instauration du fascisme apparaît à travers une scène de comédie : un chanteur de bel canto est embarqué par la police après s'être tourné ironiquement vers la photo de Mussolini posée sur scène pour chanter "Je ne pourrais pas vivre sans toi", et autres déclarations sentimentales qui suscitent l'hilarité du public. La Seconde Guerre mondiale, le débarquement de Sicile et la Libération tiennent en une scène de bombardement, un passage de soldats américains, une scène de pillage. Le changement de régime, la difficulté d'être communiste dans les années 1950, les grandes crises sociales, la présence de la mafia, l'évolution des moeurs sont traités tout aussi allusivement, tels que les gens les ont perçus dans leur vie quotidienne. À travers tout cela, le réalisateur sicilien fait courir une réflexion politique et morale.
"C'est un film qui parle de beaucoup de choses, commente- t-il, mais le thème de la passion civique et morale est particulièrement important pour moi. Une des premières choses que j'ai apprises en famille, c'est qu'il fallait vivre au milieu du monde, respecter les autres, alors que, dans les années 1950, on ne pouvait pas parler à quelqu'un qui ne pensait pas comme vous. Ce serait beau de réapprendre à écouter les opinions différentes des siennes, chose qui s'est un peu perdue dans le chaos politique actuel. C'est pourquoi je défends l'idée de réformisme, qui consiste à promouvoir ses idées de façon raisonnable et équitable, sans radicalisme excessif."
Baaria sera-t-il un succès italien et international comme Nos meilleures années ? Le film sortira dans 500 salles fin septembre et est déjà vendu dans divers pays. Il ne reste qu'à attendre le palmarès de Venise.

Paru dans Le Figaro, 3 septembre 2009

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version