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TRANCHANT  Marie-Noelle

TRANCHANT Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme
Journaliste culturelle et critique de cinéma au Figaro depuis 1981
Critique à l’émission Ecrans et Toiles de Victor Loupan sur Radio Notre-Dame
Auteur avec Laurent Terzieff de "Seul avec tous",
          parcours biographique et spirituel du grand comédien (Presses de la Renaissance, 2010. Préface de Fabrice Luchini)


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Tornatore lance la 66e Mostra de Venise

Publié dans De par le monde

Après une brève manifestation d'étudiants qui ont tenté de retarder le jury, pour se faire entendre des politiciens présents à la soirée d'ouverture, Baaria de Giuseppe Tornatore a lancé la compétition de la 66e Mostra de Venise. Voilà vingt ans qu'il n'y avait pas eu de film italien en ouverture, et dix que le réalisateur de Cinema Paradiso n'avait tenté une aussi ample fresque. Double retour, donc, et entrée en fanfare de l'Italie. Une fanfare berlusconienne, puisque le premier ministre, non seulement finance le film, via la production Medusa, mais signe la première critique, parue hier matin dans La Repubblica, avant la projection de presse : "un chef-d'oeuvre", tout simplement.
Baaria, superproduction de 25 millions d'euros, avec quelque 200 acteurs professionnels ou non et 35 000 figurants, est une chronique familiale située dans le village natal de Tornatore, Baaria (abréviation familière de Bagheria), dans la province de Palerme. Le film suit trois générations de paysans, des années 1930 aux années 1980, en traversant les grandes heures de l'histoire italienne. Avec pour personnage principal Peppino (Francesco Scianna), fils d'un berger misérable, mais lettré, qui deviendra un militant communiste dans les années 1950, enlèvera la jolie Maninna (Margaret Madè) que sa famille refuse de marier à un communiste, et plus tard, après avoir dû s'expatrier quelque temps en France pour trouver du travail, dans les années 1960, deviendra député. Cinéaste affectif, Tornatore traite son sujet à la manière d'un long feuilleton populaire, par épisodes brefs et pittoresques ponctués de grands mouvements de caméra à la grue qui font passer de l'intime au collectif. C'est simple, vivant, mouvementé, généreux, chaleureux.

Une réflexion politique et morale
"Baaria est un lieu allégorique de tous les lieux où on voit le jour : où que nous soyons nés, c'est le centre du monde jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que le monde tourne sans nous. Je raconte les gens, les événements à travers un microcosme qui est leur pays, mais en faisant sentir constamment l'écho de tout ce qui se passe ailleurs, loin d'eux", dit Tornatore.
Ainsi, l'instauration du fascisme apparaît à travers une scène de comédie : un chanteur de bel canto est embarqué par la police après s'être tourné ironiquement vers la photo de Mussolini posée sur scène pour chanter "Je ne pourrais pas vivre sans toi", et autres déclarations sentimentales qui suscitent l'hilarité du public. La Seconde Guerre mondiale, le débarquement de Sicile et la Libération tiennent en une scène de bombardement, un passage de soldats américains, une scène de pillage. Le changement de régime, la difficulté d'être communiste dans les années 1950, les grandes crises sociales, la présence de la mafia, l'évolution des moeurs sont traités tout aussi allusivement, tels que les gens les ont perçus dans leur vie quotidienne. À travers tout cela, le réalisateur sicilien fait courir une réflexion politique et morale.
"C'est un film qui parle de beaucoup de choses, commente- t-il, mais le thème de la passion civique et morale est particulièrement important pour moi. Une des premières choses que j'ai apprises en famille, c'est qu'il fallait vivre au milieu du monde, respecter les autres, alors que, dans les années 1950, on ne pouvait pas parler à quelqu'un qui ne pensait pas comme vous. Ce serait beau de réapprendre à écouter les opinions différentes des siennes, chose qui s'est un peu perdue dans le chaos politique actuel. C'est pourquoi je défends l'idée de réformisme, qui consiste à promouvoir ses idées de façon raisonnable et équitable, sans radicalisme excessif."
Baaria sera-t-il un succès italien et international comme Nos meilleures années ? Le film sortira dans 500 salles fin septembre et est déjà vendu dans divers pays. Il ne reste qu'à attendre le palmarès de Venise.

Paru dans Le Figaro, 3 septembre 2009

Gens de la Lune

Publié dans Au delà

(...) (site endommagé en 2013)
des premiers pas de l'homme sur la Lune, et le documentaire In the shadow of the moon (éditions MK2) en est une excellente évocation, grâce à la participation des astronautes qui furent les héros de cette aventure prodigieuse. "Ce film a été tourné entièrement en décors naturels, sur terre, dans l'espace et sur la lune",
indique le générique de fin de In the shadow of the moon. Et avec les acteurs authentiques de la conquête de la lune. Neuf des astronautes qui ont participé, voilà quarante ans, à cette fabuleuse épopée apportent leur témoignage, dans ce documentaire de David Sington qui contient des images d'archives inédites de la NASA. Et c'est palpitant, parce que, à côté des prodiges de la technique qui offrent des images de science-fiction, leur présence fait vibrer la dimension humaine de l'aventure, les sensations, les émotions, les tensions, l'extrême vigilance et la précision des calculs, mais aussi la ferveur et l'enthousiasme qu'ils ont éprouvés. Avec Mike Collins et Buzz Aldrin, compagnons de Neil Armstrong dans la mission Apollo 11, Jim Lovell, Gene Cernan ou Charlie Duke, on revit toute l'histoire à partir du discours de Kennedy qui lança le programme spatial américain, en 1961.

A l'époque, "personne ne savait comment aller sur la lune". Tous les pilotes d'essai en rêvaient. Ceux qui l'ont fait en gardent une modestie émerveillée : ils ont mesuré la grandeur et la fragilité humaines, suspendus dans l'immensité, plongés dans l'obscurité lunaire, "inhospitalière", dit Collins, mais fascinante : "Quelque chose de si intact, de si pur !", se souvient Duke.
Spontanément, ils ont retrouvé l'esprit de louange et d'humilité, et fait retentir la Parole de Dieu dans la solitude intersidérale. (Une athée californienne leur a même intenté un procès pour avoir cité la Bible et donné une dimension religieuse à cet exploit humain !)
On ne peut que recommander chaleureusement la vision de ce DVD, non seulement parce que l'exploit, en effet, est enthousiasmant, au sens propre du mot, mais aussi parce que ses héros sont dignes d'admiration. A l'opposé des célébrités "pipole" clinquantes et vaines, qui n'existent que dans un monde artificiel et dérisoire, voici des hommes en prise, et aux prises, avec la réalité et qui la font aimer comme ils font aimer l'exigence, le courage, l'amitié, la fraternité profonde des défis relevés ensemble. Paradoxalement, on pourrait dire qu'ils vous remettent les pieds sur terre. Tout en élargissant splendidement l'horizon.
Leurs visages, leurs paroles, d'une parfaite simplicité, sont un hymne à la beauté du monde et à la véritable humanité.

Paru dans Le Figaro, août 2009

La résistance poétique d'Elia Suleiman

Publié dans De par le monde

La résistance poétique d'Elia Suleiman

(...) (site endommagé en 2013)
signe Le temps qu'il reste, chronique familiale  mélancolique et drôle, de 1948 à nos jours.

La Palestine d'Elia Suleiman ne ressemble pas aux images d'actualité violentes transmises par les médias. C'est un pays intérieur qui tient à l'enfance autant qu'à l'Histoire, l'une et l'autre s'accordant pour faire de la terre natale une absence de terre, et pourtant un monde bien réel, riche de sensations et de souvenirs, de conflits mais aussi d'amour.
"J'ai eu des parents aimants et drôles, dit le cinéaste, et même si le contexte était politiquement très lourd, j'ai grandi dans une atmosphère de grande tendresse".
Il en a fait un style : regard léger posé sur des choses sombres, découpant avec un humour incisif de petites scènes familières dans les lambeaux d'une époque déchirée. Après Intervention divine, prix du jury et de la critique internationale à Cannes en 2002, tableau burlesque et onirique du désastre palestinien, Suleiman retrouve le même charme poétique, cette fois-ci lié à la mémoire, dans Le temps qu'il reste, chronique familiale qui évoque le destin des siens depuis l'instauration de l'Etat d'Israël, en 1948.
"C'est une continuation de mes films précédents, mais avec un fil historique que je tire pour la première fois. Cela m'a demandé beaucoup de recherches. Avant que le cancer n'emporte mon père, je lui ai demandé d'écrire ses souvenirs sous la forme d'un journal qui m'a fourni un scénario de base pour la période que je n'ai pas connu", explique Elia Suleiman. 
Sa famille appartenait à la moyenne bourgeoisie de Nazareth, habitant de belles maisons entourées de jardins que le réalisateur a reconstituées avec un soin amoureux, recherchant vaisselle et objets, traces de la vie disparue dans les anciennes demeures dont les propriétaires ont été dépossédés. D'une scène, Suleiman résume l'entrée victorieuse de la Haganah à Nazareth : une colonne de soldats israéliens coiffés des keffiehs des combattants arabes rejoint une colonne de soldats israéliens non déguisés, faisant ainsi croire à la population que tout est joué. 
"Mon père a été ce jeune résistant palestinien qu'on voit dans le film, plein de charme, de force et de fierté. Mais que pouvait-on faire face à la Haganah qui bénéficiait du remarquable entraînement de l'armée anglaise ? D'autant que les Arabes n'on jamais vraiment soutenu les Palestiniens, à l'exception de Nasser. J'ai souvent été attaqué pour ce genre de réflexion, mais la "cause palestinienne" a surtout servi les intérêts de ceux qui s'en emparaient. Le problème est de savoir qui sont les Palestiniens. On en fait un peuple de marionnettes, caricatural, idéologique, plus palestinien que nature". 
L'amertume politique d'Elia Suleiman est profonde, et son pessimisme va très au-delà du conflit israélo-palestinien, englobant l'inconsistance et l'irresponsabilité du monde occidental. "Il n'y a rien de vrai en Europe", dit-il. Et s'il respecte la personnalité d'Obama, il le trouve bien seul, investi d'un espoir démesuré qui pourrait se retourner contre lui.
"Mon film parle du passé, mais son titre, Le temps qu'il reste, regarde l'avenir, pas seulement de la Palestine, mais du monde. Et je crois qu'on a très peu de temps, s'il n'est pas déjà trop tard, pour sortir de notre distraction égoïste, pour être vrais, pour agir bien".
Il ne croit pas à l'intelligence, qui a "beaucoup servi à la corruption", mais il lui reste la foi dans la poésie, dont témoignent ses films : "Je cherche à recréer des petits moments de vie. Je prends des quantités de notes sur les choses simples de la réalité quotidienne, comme le souffle du vent sur un arbre, et cela forme un terreau d'images et de sons où mon film pourra prendre racine. Quand on est complètement sincère, si on se tient dans la justesse et la simplicité, la saveur des émotions se communique aux autres, ils retrouvent leur propre vérité intime. Chaque vie est un territoire poétique. Si vous incorporez votre sensibilité aux situations les plus ordinaires, si vous prenez seulement le temps de regarder, de savourer, vous rendez les choses meilleures. Jouir de la vie diminue la violence".
Elia Suleiman est un résistant comme son père, aussi opiniâtre, isolé et fragile dans son domaine cinématographique. S'il n'avait pas rencontré le producteur Hani Farsi, un frère d'armes comme le fut Humbert Balsan, il n'aurait pu monter son film : Ce n'est pas seulement une question d'argent, dit-il.
Beaucoup de gens dans le cinéma vous volent spirituellement. Avec ce que vous apportez de simplement humain, ils essaient de faire un cocktail mondain". 
Pau dans Le Figaro, 12 août 2009

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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