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ZEMMOUR Eric

ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


Sur la scène audio-visuelle:
Sur RTL
– Z comme Zemmour (depuis 2010)
Sur la chaîne câblée
Histoire – Le grand débat
Sur RFO (Tempo) – L'Hebdo
Sur France 2 – On n'est pas couché (2006)
Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

URL du site internet:

Bolsonaro,...

Publié dans De par le monde
Bolsonaro, petit frère sud-américain de Trump
 
CHRONIQUE - Le Brésil a massivement voté contre l'insécurité, la violence, le désordre. Les étiquettes politiques ne sont venues qu'après. Loin après.
 
Le Brésil a comme devise nationale "Ordem e progresso", une formule du penseur positiviste français Auguste Comte. À la même époque, un autre penseur français, Charles Péguy, écrivait : "L'ordre, et l'ordre seul, fait en définitive la liberté ; le désordre fait la servitude."
Les récentes élections brésiliennes ont été placées sous les auspices de ces deux grands intellectuels français du XIXe siècle. Le Brésil a massivement voté contre l'insécurité, la violence, le désordre. Les étiquettes politiques ne sont venues qu'après. Loin après.
 
Les médias français de gauche (formule largement pléonastique !) nous ont alertés depuis des semaines sur les dangers du "candidat d'extrême droite".
Jair Bolsonaro était d'abord - et seulement - cet ancien capitaine de l'armée, nostalgique de la dictature militaire qui domina le Brésil de 1964 à 1985.
Nos chers journalistes oubliaient seulement qu'à l'époque, la dictature militaire en Amérique du Sud était le contrepoint - soutenu par les États-Unis - à la poussée communiste, encouragée par Cuba et l'URSS. Ils oublient aussi qu'aujourd'hui, la seule dictature dans la région sévit au Venezuela et est de gauche, ou pour reprendre la terminologie médiatique, "d'extrême gauche". Dictature qui s'accompagne de la ruine - au moins, la dictature de droite, au Chili, au Brésil ou en Argentine, avait permis une certaine amélioration économique.
Et quand ce n'est pas la dictature, c'est la corruption qui gangrène la gauche : le Brésil a un ancien Président, Lula, en prison, et celle qui lui a succédé, Dilma Rousseff, a été destituée par la justice, elle aussi pour corruption !
 
Plus largement encore, Jair Bolsonaro est le petit frère sud-américain de Donald Trump. Ses saillies sur les femmes, les gays, les noirs, ont scandalisé les médias. Comme pour Trump, elles n'ont nullement découragé les classes populaires de voter en masse pour lui. Les classes populaires se moquent éperdument des "vapeurs" moralisatrices des bien-pensants ; elles font même désormais de la capacité à affronter et résister à la bronca médiatique un critère de courage et de rectitude. Ce vote, après celui de Trump, mais aussi d'Orban en Hongrie, ou de Poutine en Russie, prouve que ces classes populaires se rebellent contre la dictature des minorités, qu'elles soient sexuelles ou ethniques, qu'un discours libéral, depuis les années 70, a forgée. Alors que la gauche et l'Église catholique se soumettaient à ces nouveaux tyrans bien-pensants, les églises évangéliques sonnaient le tocsin et rameutaient les pauvres derrière elles. Et derrière le candidat Bolsonaro.
 
À la fin du XXe siècle, le Brésil passait pour un modèle des bienfaits de la mondialisation et du multiculturalisme. Il était donné en exemple à la France. Vingt ans après, le modèle fait grise mine : la croissance s'est ramollie, la violence s'est encore accrue. Le libéralisme multiculturel est bien le régime de la guerre de tous contre tous. Les Brésiliens ont choisi la survie avant le crédit.

Paru dans Le Figaro magazine, 2 novembre 2018

Quand Merkel devient un boulet

Publié dans Avec l'Europe
Quand Merkel devient un boulet pour ses alliés… et pour les siens
 
La baisse historique des chrétiens-démocrates de la CSU en Bavière est une conséquence directe de la politique d'ouverture aux migrants prônée par la chancelière
 
Ce n'est qu'une élection en Allemagne. Ce n'est qu'une élection en Bavière. Ce n'est même pas un changement de majorité : les chrétiens-démocrates de la CSU garderont le pouvoir. Bien sûr, ils perdent de leur superbe, au profit de partis sur leur droite, mais aussi sur leur gauche, avec les Verts. Et pourtant, c'est comme si l'église n'était plus au milieu du village.
L'Eglise, en Bavière, ce n'est pas rien. La CSU non plus, qui dirige le Land depuis l'après-guerre. Cette même CSU qui partage le pouvoir à Berlin quand la CDU occupe la chancellerie. Ce qui est le cas, bien sûr, avec Angela Merkel. Cette Merkel qui était leur assurance tous risques pour garder ses ministères et qui, depuis qu'elle a ouvert les bras aux migrants en 2015, est devenue leur boulet.
Les leaders bavarois ont pourtant tout fait pour se démarquer d'elle ; ils ont fait assaut de diatribes anti-migrants. Cela n'a pas suffi. L'AfD leur a pris des voix. Ainsi qu'un autre parti sur leur droite. Les leaders de la CSU ne sont plus ce qu'ils étaient. On n'est plus au temps de Franz Josef Strauss. Il faut dire aussi que les temps ont changé. La sécularisation a fini par atteindre les catholiques bavarois. La Bavière est riche, très riche. Mais un peu moins croyante. L'époque n'est plus où le danger socialiste, incarné par le SPD, ou même communiste, avec le mur de Berlin, soudait derrière la CSU. En vérité, tous les grands partis ont le même problème : le SPD a été le premier à payer la disparition du communisme. La social-démocratie ne servait plus à rien puisque les patrons n'avaient plus peur des rouges.
 
Il n'y a plus de différence sérieuse, sur le plan économique et social, entre les trois grands partis de l'échiquier politique allemand. D'ailleurs, ils gouvernent ensemble dans une grande coalition depuis des années. Une coalition qui ressemble comme une sœur à la majorité qui soutient en France Emmanuel Macron. Ils sont tous les gestionnaires autorisés de la mondialisation. Jusqu'à présent, seul le SPD a payé le prix fort. Et le PS français. Désormais, c'est au tour de la droite allemande, la CDU, et de la CSU. Les chrétiens-démocrates sont condamnés à mort.
Le clivage, désormais, ne tourne plus autour de l'économie ou de la manière de gérer l'Etat providence. Le clivage tourne autour de l'identité. De l'Allemagne de demain. Noyée dans le multiculturalisme ou préservant son caractère germanique, européen, chrétien. C'est la question que pose avec éclat le Hongrois Orbán avec son attaque frontale contre la démocratie libérale. C'est pourquoi le vote du Parlement européen le sanctionnant fut aussi important. C'est pourquoi la droite allemande, mais aussi française, s'est autant divisée.
Merkel a opté pour le multiculturalisme comme le SPD et plus encore les Verts. La CDU refuse de la suivre sur ce terrain-là, mais son alliance à Berlin avec elle disait le contraire. Les électeurs lui ont fait payer son grand écart et son double langage. Les électeurs sont cruels, ces temps-ci.

Paru dans Le Figaro Magazine, 19 octobre 2018

Nom : Aznavour, prénom : Charles

Publié dans A tout un chacun
Nom : Aznavour ; Prénom : Charles
 
Il était le plus grand, le plus vieux, le dernier. Il était l'ultime incarnation de cette génération d'immenses chanteurs français qui furent au XXe siècle, ce que les poètes étaient au XIXe siècle : Brel, Brassens, Ferrat, Ferré, Barbara, Gainsbourg, etc.
Après eux, viendra
la génération des yé-yé, avec Johnny comme patron et icône, qui ne rêvaient que d'être américains. Tout est une question de date de naissance : ceux-ci avaient vu le jour après la Seconde Guerre mondiale, alors que l'armée américaine s'imposait comme la principale force de l'Occident. Ceux-là étaient nés dans les années 1920, alors que l'armée française sortie des tranchées jouissait encore de son surnom de "meilleure armée du monde".
 
Cette cohorte venue de tous horizons n'avait qu'une seule patrie : la France. La France, et sa langue, surtout, qu'ils chérissaient comme la plus adorée des maîtresses. Aznavour écrivait d'abord ses textes, et attendait patiemment que son bijou trouvât chaussure musicale à son pied.
Cela pouvait durer longtemps. Peu importait, le texte était toujours premier, la musique seconde. La musique était internationale, jazz dans ses débuts, et puis piochée dans tous les continents, les paroles étaient françaises. Aznavour plongeait dans les dictionnaires et n'en sortait que lorsque son texte était parfaitement poli : un diamant. Il s'était imprégné de tous les poètes français, jusqu'à ce qu'il fît corps avec eux, qu'il ait transformé en langue Aznavour ce qui était naguère à Hugo, Verlaine, Rimbaud, Lamartine, etc. C'est ainsi qu'on devient un auteur français. C'est ainsi qu'on est reconnu mondialement, y compris aux Etats-Unis, comme le plus grand chanteur du XXe siècle.
 
Il chantait l'amour, mais aussi la rupture, l'amour éconduit, la souffrance, le temps qui passe, la jeunesse qui s'enfuit. Il célébrait aussi la Vierge Marie et le charme des petites églises.
Certaines de ses chansons firent scandale. On les trouvait trop crues, jusqu'à l'indécence. Il en serait de même aujourd'hui. Nos ligues de vertu féministes n'apprécieraient pas "Donne tes seize ans", comme les associations LGBT auraient fait interdire les sarcasmes de Brel ou Brassens sur ceux qu'on n'appelait pas encore les gays.
 
Parce que le prénom arménien choisi par sa mère était trop compliqué, l'infirmière de la maternité l'avait changé en Charles. "J'aimerais la rencontrer pour la remercier", disait-il. Il avait même coupé son nom d'origine Aznavourian. Le grand footballeur français des années 1950 avait fait de même, écourtant son patronyme polonais Kopaszewski en Kopa. L'assimilation avait des règles qu'aucun immigré ne refusait au nom d'une identité tyrannique et d'une individualité capricieuse.
A l'époque, les immigrés rejoignaient un pays et pas une diaspora. Ils adoptaient la culture, l'Histoire, les héros des Français de souche et ne leur imposaient pas, avec l'arrogance d'un colonisateur, leurs mœurs et coutumes étrangères. Aznavour le disait lui-même : "J'ai abandonné une grande partie de mon arménité pour être français… Il faut le faire. Ou alors il faut partir." Abandonner pour mieux conquérir. Se dépouiller pour mieux se parer. Se fondre pour mieux briller et accomplir un sublime destin français.

Paru dans Le Figaro Magazine, 5 octobre 2018

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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