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ZEMMOUR Eric

ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


Sur la scène audio-visuelle:
Sur RTL
– Z comme Zemmour (depuis 2010)
Sur la chaîne câblée
Histoire – Le grand débat
Sur RFO (Tempo) – L'Hebdo
Sur France 2 – On n'est pas couché (2006)
Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

URL du site internet:

Un tournant qui en rappelle...

Publié dans Du côté des élites
Quand Macron prend un tournant qui en rappelle étrangement un autre
 
C'était il y a trente-cinq ans, en 1983. Après dix-huit mois d'une politique de relance budgétaire échevelée, de mesures sociales en rafales et de dévaluations monétaires en cascade, François Mitterrand décidait un brusque changement de cap. On arrêtait la dérive des dépenses, on encourageait les entreprises, on réduisait la fiscalité, on libéralisait l'économie. On parlera de "virage" de 1983. Un virage dont la sortie s'appellera privatisations, grand marché européen, monnaie unique, mondialisation, financiarisation. La France s'alignait sur l'exemple donné dès 1980 en Angleterre et aux Etats-Unis par Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Elle devait renoncer à faire cavalier seul. Après leur défaite idéologique de 1983, les socialistes connurent leur défaite politique de 1986.
 
L'intervention d'Emmanuel Macron du 10 décembre est sans doute son virage de 1983. Un virage de 1983 à l'envers, bien sûr. Macron était, lui, lors de sa campagne, l'aboutissement de l'évolution entamée il y a trente-cinq ans. Il ne jurait que par l'Europe et par le monde ; "il n'y avait pas de culture française" ; la France devait devenir une "start-up nation" ; et tant pis pour ceux qui ne suivraient pas, ces "Gaulois réfractaires" qui "n'étaient rien" et n'avaient qu'à "traverser la rue pour trouver un emploi".
Ce Macron de 2017 s'est, comme Mitterrand en 1981, opposé à la vague "populiste" qui s'était levée un an plus tôt, en Angleterre avec le Brexit et aux Etats-Unis avec l'élection de Trump. Une vague protectionniste, sociale, conservatrice, qui rejette avec véhémence la mondialisation, qu'elle soit celle des capitaux, des marchandises ou des hommes.
Comme Mitterrand en 1983, le Macron de 2018 s'est aligné sur la vague anglo-saxonne qui a déferlé depuis en Italie, en Autriche ou au Brésil. Sur le quadrilatère magique des gouvernants contemporains, entre Europe et monde, libéralisme, social et nation, Macron ne jurait que par l'Europe et le libéralisme. Depuis lundi, il s'est rabattu, toute honte bue, sur le national et le social. C'est la grande victoire des "gilets jaunes" et de cette France périphérique qui avait été jusque-là sacrifiée à la mondialisation. C'est la grande défaite des élites qui avaient hissé Emmanuel Macron sur le pavois.
 
Bien sûr, ce n'est qu'un début. Ce n'est qu'un virage. Les mesures sociales annoncées par le Président ne sont pour certains que des "mesurettes". Les traités européens forment un corset qui sera vite serré pour rappeler la France à ses devoirs. Mais Macron a été obligé de parler d'immigration et de laïcité, alors qu'il vient de signer le pacte de Marrakech de l'ONU sur les migrations. Il a été obligé de baiser la babouche de ces "Gaulois réfractaires" qu'il méprisait et de jeter ses armes aux pieds de son vainqueur. Son quinquennat est fini. En tout cas celui qu'il avait débuté triomphalement en mai 2017.

Paru dans Le Figaro Magazine, 14 décembre 2018

... le souvenir de 1848 ?

Publié dans En France
Derrière les "gilets jaunes", le souvenir de la révolution de 1848 ?
 
FIGAROVOX/CHRONIQUE - Face à l'impasse politique du bloc bourgeois des métropoles, les "gilets jaunes" ont répondu par une logique de "lutte des classes".
 
Là où les "gilets jaunes" passent, les catégories politiques trépassent. Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Où vont-ils ? La sociologie de petite classe moyenne, salariés du privé ou indépendants, les rend étrangers aux syndicats traditionnels qui ne parviennent pas à les récupérer. Leur origine géographique, cette fameuse France périphérique, les a fait échapper aux radars de la gauche bien-pensante, des mouvements antiracistes ou féministes, qui ne vivent que dans et par les métropoles mondialisées. Ils sont les Petits Blancs, comme diraient les Américains ; les "déplorables", aurait dit Hillary Clinton ; la France de Johnny. Comme lors des obsèques du chanteur, la "diversité" banlieusarde est largement absente de ses défilés. Jamais on n'a vu une manifestation de protestation avec autant de drapeaux tricolores déployés et de Marseillaise entonnées. Les "gilets jaunes" ont commencé par réclamer une baisse d'impôt, ce qui a ravi la droite libérale ; mais ils ont continué par critiquer la suppression partielle de l'ISF, ce qui a réjoui la gauche. Ils ont livré des migrants clandestins aux gendarmes, ce qui a désolé les bien-pensants ; mais ils ont accumulé les revendications matérielles, ce qui a fait plaisir à la vieille garde sociale-démocrate, qui y a vu le retour éternel de la "sociale" ! Les habiles manœuvriers de la gauche, qu'ils viennent de la France insoumise ou de l'extrême gauche, sont à la manœuvre : le noyautage, c'est leur truc. Un mouvement de "beaufs" peut très bien tourner avec eux à une grande révolte du peuple de gauche !
 
Quand les casseurs se sont agrégés à eux, comme dans toute manifestation parisienne depuis des années, les ministres ont dénoncé la "peste brune" alors que les images et les témoignages montrent avant tout des "blacks blocs" d'extrême gauche (qui cassent banques et commerces de luxe mais sans piller) et la racaille de banlieue qui pille et vole, en se moquant bien de ces "Gaulois" qui manifestent. Tous ces gens-là se côtoient sans s'aimer ni se parler, seulement unis pour l'instant par une détestation commune d'Emmanuel Macron et de sa caste au pouvoir. René Girard dirait que le Président est "le bouc émissaire" qui permet d'apaiser les tensions mimétiques.
Emmanuel Macron avait subverti les vieilles catégories de droite et de gauche en rassemblant derrière lui la bourgeoisie de droite et celle de gauche, reprenant ainsi la stratégie qui a permis à Louis-Philippe d'accéder au trône en 1830, en se débarrassant "en même temps" de la droite réactionnaire légitimiste et de la gauche républicaine, à l'instar de ses oppositions vaines, Rassemblement national et France insoumise.
Tout se passe comme si, face à cette impasse politique de l'hégémonie du bloc bourgeois résidant dans les métropoles, les "gilets jaunes" avaient répondu par une logique de "lutte des classes", qui mêle révolte sociale et sentiment patriotique, revendications économiques et conservatisme culturel. 1830 avait provoqué 1848.

Paru dans Le Figaro Magazine, 7 décembre 2018

... deux France

Publié dans En France
Deux peuples, deux mondes, deux France
 
A chacun son pavé. A chacun ses rues, à chacun ses manifs, à chacun ses slogans. Samedi 24 novembre, il y avait d'un côté les "gilets jaunes" et de l'autre, #NousToutes. D'un côté, on protestait contre la hausse de la fiscalité sur le diesel, de l'autre, "contre les violences faites aux femmes". D'un côté, la France périphérique, les classes populaires, employés, commerçants, ouvriers, une majorité d'hommes blancs entre 30 et 50 ans ; de l'autre, la France des "minorités", les mouvements féministes, LGBT, les "racisés", les indigénistes islamiques, les défenseurs des femmes voilées. D'un côté, les réseaux sociaux, de l'autre les médias "mainstream", les syndicats, la gauche bien-pensante ; d'un côté, la France qui a du mal à finir ses fins de mois ; de l'autre, la France qui vit grassement de subventions publiques. Et qui en demande toujours plus !
D'un côté, un peuple ostracisé par les élites et les médias, vilipendé et brocardé, traité de "beauf", de "fasciste", de "chemise brune". Quand les casseurs émergent en leur sein, le ministre de l'Intérieur s'empresse de dénoncer "l'ultradroite", avant qu'on ne découvre que c'était plutôt "l'ultragauche".
La "manif pour les femmes" est au contraire exaltée et glorifiée par tous les médias. Ceux-ci ne s'offusquent pas des cortèges séparés, interdits aux hommes ou aux femmes blanches ; ils ne s'interrogent pas non plus sur le profil dominant des agresseurs de femmes ou d'homosexuels dans la rue, que la police a ordre de tenir secret.
 
Jadis, la gauche faisait le lien politique entre les élites et les classes populaires. Depuis de nombreuses décennies, la gauche, des universités aux médias jusqu'aux partis politiques, a choisi de célébrer "les minorités" et d'oublier les ouvriers et employés, coupables de mauvaises pensées "racistes", ou "homophobes". Ces nouveaux prêtres de la bien-pensance, dont Benoît Hamon est une des figures de proue, ont soumis sans état d'âme leur progressisme sociétal à l'islamo-gauchisme. Au nom de l'internationalisme, elles ont abandonné le peuple français. A ses yeux, les "gilets jaunes" sont des "déplorables", le mot dont Hillary Clinton avait affublé les électeurs de Trump ; pour les "gilets jaunes", leurs adversaires sont de plus en plus assimilés au "parti de l'étranger".
 
Les deux cortèges de samedi dernier incarnaient deux peuples, deux France, deux mondes.
Les "gilets jaunes", c'est le "cher et vieux pays" du général de Gaulle, "les Gaulois réfractaires", dirait Macron ; interdits de centre-ville par la hausse du foncier, ils ont fui la banlieue, où "ils ne se sentaient plus en France", pour se réfugier dans des zones éloignées des métropoles où la voiture est leur instrument de survie.
Le cortège féministe incarne la France des métropoles, la France mondialisée, l'alliance des centres-villes et des banlieues.
Ces deux France ne vivent plus ensemble ; ne se parlent plus, ne se comprennent plus. Se méprisent et se haïssent.

Paru dans Le Figaro Magazine, 30 novembre 2018

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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