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ZEMMOUR Eric

ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


Sur la scène audio-visuelle:
Sur RTL
– Z comme Zemmour (depuis 2010)
Sur la chaîne câblée
Histoire – Le grand débat
Sur RFO (Tempo) – L'Hebdo
Sur France 2 – On n'est pas couché (2006)
Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

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Paris n'est vraiment plus Paris

Publié dans Du côté des élites
Paris n'est vraiment plus Paris
 
C'est pour une fois un titre mondial dont on se serait passé. Paris est - avec Singapour et Hongkong - la ville la plus chère du monde. Dans les palmarès précédents, qui ne prenaient en compte que l'immobilier, Paris était la plupart du temps devancée par Londres ou New York, mais cette fois, les auteurs de l'étude de l'Economist Intelligence Unit (EIU) ont aussi tenu compte du prix d'autres produits et services, tels la nourriture, les voitures, ou les loyers. Cette étude sort quelques jours après le saccage de l'avenue des Champs-Elysées par des bandes de militants gauchistes militarisés, sous l'œil passif, et parfois même approbateur, de "gilets jaunes" qui investissent samedi après samedi "la plus belle avenue du monde". Cette conjonction d'événements n'est sans doute pas fortuite. Paris faisait jadis les révolutions ; aujourd'hui, elle les subit. Le Paris populaire des faubourgs se révoltait et menaçait le pouvoir ; aujourd'hui, la France populaire des périphéries vient dans Paris menacer le pouvoir.
 
Pendant des siècles, les classes sociales se mélangeaient dans les quartiers, les rues et les immeubles. Les distinctions sociales s'exprimaient dans ce monde sans ascenseur par la hauteur des étages où les pauvres devaient se hisser. L'historien Philippe Ariès nous a appris qu'à partir du XIXe siècle, la bourgeoisie, refusant la promiscuité avec les "classes laborieuses, classes dangereuses", avait pris ses quartiers dans les nouveaux immeubles de l'ouest de la ville. Nous vivons la fin de cette histoire : les classes populaires ont été chassées de toute la cité, y compris de l'est de Paris, remplacées par les "bobos" et les immigrés, les "très aisés" et les "très aidés".
La volonté des "gilets jaunes" de défiler sur les Champs-Elysées est le symbole d'une réappropriation des cœurs des grandes villes d'où la mondialisation les a chassés : la mondialisation du haut par le coût de la vie ; la mondialisation du bas par l'immigration venue du sud de la planète.
 
Toutes les métropoles du monde connaissent le même sort. C'est là qu'arrivent les flux de richesses et c'est là que se noue l'alliance entre les "vainqueurs de la mondialisation" et leurs "domestiques", immigrés venus servir les nouveaux maîtres du monde, garder leurs enfants, leur apporter des pizzas, ou travailler dans les cuisines de leurs restaurants, au détriment des peuples occidentaux.
Paris y ajoute une particularité : elle fut la capitale de l'Etat-nation le plus centralisé du monde. Les élites de tout le pays se concentraient dans quelques rues. Désormais, Paris est une ville-monde, plus vraiment une ville française. La maire de Paris, la socialiste Anne Hidalgo, est l'incarnation de ce nouvel état d'esprit cosmopolite, qui se sent plus proche de ses collègues de Londres, de New York, que de Tarbes ou Montauban. Elle est citoyenne du monde et s'empresse de multiplier les camps de migrants. Paris a fait la France pendant mille ans. Elle la défait désormais sans état d'âme.

Paru dans Le Figaro Magazine, 22 mars 2019

Ces prénoms qui disent l'avenir

Publié dans En France
Ces prénoms qui disent l'avenir de la France
 
"Le prénom est un marqueur culturel. Il est partie intégrante d'un complexe sociologique, qui renvoie à des sensibilités régionales (ou nationales), à des logiques familiales, à des modèles de conduite, à des genres de vie. Par voie de conséquence, les transformations de la prénomination se présentent à nous comme un élément notable et un indicateur précis des changements vécus par une société."
Cette phrase est de l'historien britannique John Dickinson. Elle trône en dernière page de l'introduction du nouveau livre de Jérôme Fourquet. Le directeur du département Opinion de l'Ifop s'en sert à la fois comme caution intellectuelle et bouclier médiatique. Sa découpe sociologique de la France par l'analyse des prénoms va révéler ce que dissimulent obstinément nos élites universitaires, politiques, médiatiques à un peuple de moins en moins aveugle.
 
Fourquet s'apprête à mettre des chiffres là où d'autres avant lui ont mis des mots. Là où ceux-ci auraient dit : "La France n'est plus la France", Fourquet, ou son éditeur, le fort bien-pensant Seuil, écrit en sous-titre : "Naissance d'une nation multiple et divisée". Mais la France a toujours été une nation multiple et divisée. Elle ne cessa d'être le pays des guerres civiles et des guerres de Religion ; et Emmanuel Todd, que Fourquet apprécie à juste titre, nous a appris, en reprenant les travaux de Frédéric Le Play, que la France était le seul pays d'Europe, voire du monde, où se côtoyaient autant de modèles familiaux différents et concurrents. Alors, quoi de neuf sous le soleil ? Les prénoms, vous dis-je !
Même lorsque les Français se trucidaient au nom de Dieu ou du Roi, ou de la Liberté, ou de l'Égalité, même lorsqu'ils se partageaient entre catholiques ou protestants, blancs ou bleus, bleus ou rouges, catholiques ou laïques, gaullistes ou communistes, ils donnaient à leurs enfants les mêmes prénoms, tirés du calendrier des saints. Une loi édictée par Bonaparte, le 11 novembre an XI, les y obligeait et personne n'avait l'idée d'y contrevenir. Car le peuple français était resté, malgré toutes ces divisions, ce "peuple de race blanche, de religion chrétienne et de culture gréco-romaine" dont parle de Gaulle à Peyreffite, au début des années 1960.
 
C'est ce monde-là, cette France-là qui ont été détruits en quarante ans. Et c'est cette destruction - ou plutôt cette dislocation - que révèle l'analyse des prénoms. On comprend mieux les précautions matoises de Fourquet et de son éditeur !
Le basculement s'est fait en deux temps : d'abord, dans les années 1970, on abandonne le ciment catholique (la fameuse "morale de nos pères" dont parlait le pourtant anticlérical Ferry) avec les lois sur l'IVG, le divorce par consentement mutuel, puis, en 1982, la dépénalisation des relations homosexuelles entre un adulte et un mineur de 15 à 18 ans ; à la même époque, on autorise le regroupement familial des immigrés.
 
Le second temps a lieu dans les années 1990 : les socialistes suppriment la loi de Bonaparte sur les prénoms en 1993 ; les militants salafistes débarquent en France en même temps que la chaîne al-Jazeera ; les télés privatisées ouvrent en grand le robinet des séries américaines. Les classes populaires appellent leurs enfants Kevin et Cindy ; les immigrés musulmans continuent d'appeler les leurs Mohamed ; la bourgeoisie catholique est la dernière à respecter (paradoxe historique !) la loi de "l'usurpateur" Bonaparte ; la bourgeoisie mondialisée des métropoles envoie ses enfants dans les universités européennes ou américaines.
 
En 2016, Marie représente 0,3 % des prénoms des enfants nés cette année-là ; les prénoms musulmans constituent 18,6 % de ces mêmes prénoms en 2016. Et ces 18,6 % font en vérité 50 % et plus dans d'innombrables quartiers, banlieues de métropoles mais aussi villes moyennes, jusque dans des départements entiers comme la Seine-Saint-Denis, qui deviennent ce que l'écrivain algérien Boualem Sansal appelle "des républiques islamiques en herbe". L'avenir est écrit dans ces chiffres. Chaque diaspora a sa stratégie d'"intégration" : 95 % des personnes ayant un nom arabo-musulman ont aussi un prénom arabo-musulman ; 75 % des Asiatiques nés en France ont un prénom français.
 
Autour de cette découpe par les prénoms, on retrouve toutes les divisions françaises qui sont autant de béances, économiques, sociales, sécuritaires, culturelles, scolaires, politiques. Tout l'intérêt du livre de Fourquet est de mettre ces bouleversements culturels en face des transformations économiques, sociologiques et surtout politiques qu'a connues le pays. La France des Kevin se tient chaud au Front national (comme une révolte patriotique contre leurs parents américanisés ?). La France des Mohamed a rejoint chez Mélenchon les jeunes diplômés précarisés et les ouvriers cégétistes ; elle va inexorablement lui imposer sa loi démographique. La France des "Erasmus" a fait la gloire de Macron, tandis que la France des retraités, la dernière génération à avoir connu la France d'avant, a sauvé Fillon de l'humiliation.
 
Bien sûr, tout cela doit être nuancé et Jérôme Fourquet le fait avec sérieux et professionnalisme ; mais les grandes tendances sont bien là. Elles se retrouvent dans toutes les démocraties occidentales et expliquent l'affrontement entre "populistes" et "progressistes". Entre "somewhere" et "anywhere". Le clivage droite-gauche est bien mort, et les partis politiques qui l'incarnaient aussi, car la sociologie française d'avant qui les sous-tendait a été engloutie. Macron, à la tête de son bloc libéral-élitaire, va rassembler tous ceux qui ont intérêt à ce que se poursuive ce que Fourquet appelle l'"archipélisation" de la France. Au nom d'un prétendu "rassemblement", il aggravera la dislocation du pays. Son destin politique est écrit dans les prénoms. Au nom du "vivre-ensemble", il bénira la séparation.
 
Notre auteur s'oblige à un optimisme de bon aloi : "Les géographes définissent un archipel comme un ensemble d'îles relativement proches les unes des autres, la proximité se doublant le plus souvent d'une origine géologique commune. […] À l'image des îles d'un archipel, ces populations vivent à l'écart les unes des autres, tout en entretenant bien sûr des rapports entre elles. […] Elles partagent un certain nombre de références communes, ce qui ne serait plus le cas dans une société communautarisée." D'avance, le pourtant socialiste François Hollande lui a répondu, en se confiant, quand il résidait à l'Élysée, à des journalistes : "Tout cela finira par une partition."

Paru dans Le Figaro, 7 mars 2019

Christianisme et islam, ...

Publié dans En France
Christianisme et islam, la fausse égalité
 
Cela devient une habitude. Un réflexe. Quand on l'interroge sur les voiles islamiques imposées à des petites filles, le député LREM Aurélien Taché les compare aux serre-tête des jeunes filles dans les familles catholiques traditionnelles. Un an plus tôt, Christophe Castaner, alors délégué général de La République en marche, avait lui aussi évoqué les "voiles catholiques que portaient nos mamans". Formulation qu'il avait volée (et non voilée), presque mot pour mot (lui parlait de sa grand-mère) à Alain Juppé. On arrive ainsi, cerise sur le gâteau (ou sucre sur le loukoum), à Marlène Schiappa qui, quelques jours avant Taché, voyait une "convergence idéologique" entre "la Manif pour tous" et les "terroristes islamistes". Et quand des protestations s'élèvent contre le "hijab running" de Decathlon, les uns et bien d'autres dénoncent "l'hystérie" anti-islamique qui gagne le pays.
Cette "convergence idéologique" entre élus macroniens, ou apparentés comme Juppé, n'est pas un hasard. Peut-être pas une stratégie concertée, mais une communion de pensée. Pour ces gens-là, l'islam n'est rien d'autre qu'un christianisme des Arabes. Par ignorance, ils veulent croire qu'une religion en vaut une autre, qu'elles sont toutes à jeter dans le même sac des "opiums du peuple" ; ils parleraient volontiers des "trois religions du Livre", sans savoir qu'ils reprendraient ainsi une formule coranique. Ils ignorent qu'ils ne parleraient pas de laïcité sans le christianisme et que pour l'islam, laïcité signifie incroyance.
Aurélien Taché dit tout haut ce que le gros des troupes LREM pense tout bas lorsqu'il dénonce "le républicanisme guerrier" antimusulman, sans se rendre compte qu'à une "islamophobie" prétendue, il répond par une "christianophobie" décomplexée.
 
L'idée de ces "islamophiles" est de mettre sur le même plan les deux religions pour faire oublier que c'est le christianisme qui a fait la France tandis que l'islam envisage de la défaire pour mieux la refaire.
L'égalité mise entre les deux sert la nouvelle stratégie des militants islamistes qui veulent s'approprier la France. D'où la phrase du salafiste à Alain Finkielkraut : "La France, elle est à nous." D'où la formule récente de la novlangue universitaire et médiatique sur les "quartiers populaires" de banlieue.
Certaines féministes, encore trop peu nombreuses, se rendent compte - enfin - que ces femmes voilées ne sont nullement soumises à leurs maris ou à leurs pères, mais sont des militantes qui veulent marquer la présence de l'Islam dans la rue, afin de démontrer sa force, et contraindre les "sœurs" musulmanes à les imiter. Cette logique séparatiste concerne aussi les hommes qui arborent avec ostentation leur djellaba pour se rendre à la mosquée.
Ce militantisme islamique se sert de nos libertés et de notre compassion très chrétienne (les références mielleuses à nos "mamans" pour ces mères voilées qui accompagnent les sorties scolaires, que le ministre de l'Éducation n'a pas pu interdire à cause de la révolte de sa majorité parlementaire) pour imposer leur idéologie totalitaire. La Macronie, au nom de "l'État de droit" et du "refus de l'islamophobie" est bien l'idiot utile de ce projet conquérant.

Paru dans Le Figaro Magazine, 8 mars 2019

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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