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DELSOL  Chantal

DELSOL Chantal

Née le 16 Avril 1947
Mariée - 6 enfants.


Membre de l'Institut
Professeur des universités


Doctorat d'Etat ès Lettres (Philosophie) - La Sorbonne (1982)
Académie des Sciences morales et politiques (2007)

Maître de conférences à l'Université de Paris XII (1988)
Professeur de philosophie à l'Université de Marne La Vallée (depuis 1993)
Création et direction du Centre d'Etudes Européennes : 
     enseignement et travaux de recherche avec la Pologne, la Hongrie, la République
     Tchèque, la Roumanie, la Bulgarie.
Professeur des universités - UFR des Sciences Humaines – 
Directeur du Laboratoire de recherches Hannah Arendt 
Docteur Honoris Causa de l’Université Babes-Bolyai de Cluj-Napoca
Création en 1992 et direction jusqu’en 2006 du Département des Aires Culturelles et Politiques 
     (philosophie et sciences politiques) comprenant 5 Masters professionnels et de recherche,
Création et direction du laboratoire ICARIE (depuis 1992) 
     devenu Espaces Ethiques et Politiques, travaillant sur les questions européennes 
     (relations est-ouest et relations entre Europe et l’Amérique Latine)
Direction de 17 thèses, en philosophie politique et science politique
Directeur de la collection philosophique Contretemps aux Editions de la Table Ronde
Editorialiste dans plusieurs quotidiens et hebdomadaires
Romancière

 

Ouvrages 
Le pouvoir occidental (1985) - La politique dénaturée (1986) - Les idées politiques au XX° siècle  traduit en espagnol, tchèque, arabe, russe, macédonien, roumain, albanais - L'Etat subsidiaire  Prix de l'Académie des Sciences Morales et politiques  (1992) traduit en italien, roumain - Le principe de subsidiarité(1992) traduit en polonais - L'Irrévérence essai sur l'esprit européen (1993) - L'enfant nocturne (roman) (1993) - Le souci contemporain
(1993) - traduit en anglais (USA) - Prix Mousquetaire - L’autorité (1994) - traduit en coréen - Démocraties: l'identité incertaine (1994) (direction d'un ouvrage collectif) - La grande Europe ? (1994) (direction d'un ouvrage collectif) - traduit en espagnol - Histoire des idées politiques de l'Europe centrale (1998) - Prix de l’Académie des Sciences Morales et Politiques - Quatre (roman) (1998) - traduit en allemand, en polonais - Eloge de la singularité, Essai sur la modernité tardive (2000) - traduit en anglais (USA) Prix de l’Académie Française Mythes et symboles politiques en Europe Centrale (collectif) (2002) - traduit en roumain - La République, une question française (2003) - traduit en hongrois -  La Grande Méprise, essai sur la justice internationale  (2004) - traduit en anglais (USA) - Matin Rouge (2004) -  Dissidences  (2005) (co-direction d’un ouvrage collectif avec Michel Maslowski et Joanna Nowicki) -  Les deux Europes  (2007) (co-direction d’un ouvrage collectif avec Mate Botos (Université Pazmany Peter, Budapest) - Michel Villey, Le justepartage (2007) avec Stéphane Bauzon (Université Tor Vergata, Rome) - L'Etat subsidiaire (2010) - La Détresse du petit Pierre qui ne sait pas lire (2011) - Les Pierres d'angle  (2014) - Populisme, Les demeurés de l'Histoire (2015) - Le Nouvel âge des pères (2015) - La Haine du monde, totalitarismes et postmodernité (2016) -

Articles et collaborations
édités dans diverses publications françaises et étrangères 
 
Conférences
Nombreuses communications dans des colloques nationaux et internationaux, en France et à l’étranger (Afghanistan, Afrique du Sud, Allemagne, Belgique, Bulgarie, Canada, Colombie, Etats-Unis, Grande Bretagne, Grèce, Hollande, Hongrie, Italie, Moldavie, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Suisse, Ukraine, Venezuela)

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D'où vient cette peur ?

Publié dans A tout un chacun

Michela Marzano nous avait gratifiés en 2006 (1) d'un beau livre : Je consens, donc je suis…, sur la nouvelle éthique individualiste (par ­exemple, "si je veux moi-même me faire euthanasier, comment cela pourrait-il être mal ?"). Elle signe aujourd'hui un livre sur la peur contemporaine, ses visages et ses raisons… et les réponses qu'on pourrait lui apporter. Le diagnostic est bien connu de nous tous qui vivons dans cette société où la peur est omniprésente : peur de l'insécurité, de la perte d'emploi, de l'échec personnel… Ici, la des­cription fait appel à la littérature et au monde des images… Pourquoi cette floraison de films d'horreur ? S'agit-il d'exorciser la peur ou de s'en repaître ? L'auteur montre le rôle du politique, qui, depuis Machiavel, instrumentalise la peur des citoyens pour les rendre plus obéissants. En même temps, elle déroule le mécanisme des réponses à la peur, qui doit, pour s'apaiser, trouver ses boucs émissaires. Pour elle, la peur de l'étranger représente une cristallisation inconsciente qui identifie un objet de la peur et fait ainsi reculer cette an­goisse diffuse qui rend l'existence infréquentable.

Mais les réponses politiques à la peur comme sentiment social dominant laissent rêveurs les partisans de la liberté. Comme le précise Michela Marzano, le terme de "sûreté", employé aux siècles précédents, a été ­remplacé par le terme de "sécurité". Aujourd'hui, placer le citoyen en situation de sécurité signifie hérisser les villes de caméras de surveillance, par exemple. Ce qui nous donne un univers bien proche, d'après elle, de celui de Kafka. On ne sait plus très bien si la surveillance permanente déjoue la peur ou l'augmente, c'est là toute la question, finalement.
Mais d'où vient donc cette peur ? Est-elle récente ?
Le citoyen contemporain craint-il plus pour sa sécu­rité que le sujet d'autrefois ? Pensons aux villes des siècles passés, qui étaient souvent de vastes coupe-gorge. Et à la crainte permanente de la maladie, de la douleur, de l'accouchement, à ces époques privées d'une médecine fiable. Il faut bien mettre un nom plus précis sur la diffusion de ce sentiment, à une époque plus confortable, à tous égards, qu'aucune autre. La peur d'aujourd'hui est liée à l'ab­sence de repères, de limites, de règles… Plutôt une angoisse ? En tout cas, une crainte de vivre dans un monde sans bornes ni ancrages, où, privé d'instance qui conseille ou auto­rise, l'individu doit répondre seul aux interrogations permanentes qui jalonnent l'existence.

Tocqueville avait déjà analysé cette peur à la fois nouvelle et permanente du citoyen moderne. Tous ces individus, désormais égaux, ne se situent plus au sein de hiérarchies et, délestés des autorités qui contraignaient leur liberté, doivent pratiquement tout réinventer par eux-mêmes. Cette obligation d'autonomie ne laisse-t-elle pas au bord de la route ceux qui auraient besoin de guides, autrement dit, tous ? Observons comment les conseils des proches ont été remplacés par les manuels de méthode ("Comment soigner votre en­fant ?") ou les numéros verts ("Comment faire face à une querelle avec votre conjoint ?").

Par ailleurs, la démocratie, en référant tout au mérite individuel, semble dire au citoyen : "Fais ce que tu veux, toute réussite sera tienne, mais tout échec aussi sera tien"… L'Américain Christopher Lasch avait récemment souligné dans quelle alarme on jette alors cet individu dos au mur, responsable de tout parce que libre de tout, et empêché même, en cas d'échec, de s'en remettre à la responsabilité d'une autorité, d'une situation, d'un mauvais modèle. La démocratie, en conférant la liberté, confère aussi la peur. Plus profondément, une société dans laquelle on récuse si facilement la condition humaine, s'imaginant que, désormais, tout est possible à notre volonté, laisse se développer en son sein un sentiment permanent de volonté inaccomplie. Tout lui est crainte parce que les limites anthropologiques abolies par le discours et pourtant indestructibles sont dès lors intériorisées. L'homme ne peut pas ne pas ressentir ce qu'écri­vait le poète Octavio Paz : "Je suis homme : je dure peu / Et la nuit est énorme." (Mais l'homme des Lumières, justement, peut-il reconnaître et assumer cette nuit ?) Comme le disait Tocqueville, encore : il est très difficile de faire bien vivre des hommes qui ne veulent pas mourir…
"La peur est une trace d'humanité", nous dit Michela Marzano : ainsi ne peut-elle jamais quitter notre condition. Le problème étant de savoir où elle se loge. Mieux vaut la canaliser plutôt que la récuser. Sauf à la voir surgir dans les souterrains les plus immondes.

Paru dans Valeurs actuelles, 9 avril 2009

(1) Visages de la peur, de Michela Marzano, Puf, 156 pages, 13 euros.

La Guadeloupe

Publié dans En France

 

La crise en Guadeloupe a réveillé, c'est inévitable, des questions anciennes et permanentes sur une éventuelle légitimité d'indépendance pour ces confettis d'empire dont on se demande toujours jusqu'à quel point ils se sentent français. Quand un océan vous sépare de la métropole, des reproches si violemment exprimés à l'égard de l'Etat, laissent penser qu'il pourrait y avoir là plus que du mécontentement vis à vis du gouvernement : une remise en cause du statut politique.

A l'occasion de ce débat, quelle différence d'arguments ici et là par rapport à une époque encore récente ! Sur ce sujet, visible et brûlant, on voit changer les mentalités à l'oeil nu.
A l'époque de la guerre d'Algérie, la volonté d'indépendance exprimée par les algériens, et la volonté de conserver l'Algérie, exprimée par la métropole, avaient engendré une guerre longue dont on ne se souvient aujourd'hui qu'en baissant la tête, pour toutes sortes de raisons. Naturellement il se trouvait des habitants d'Algérie pour souhaiter demeurer français, et il se trouvait en métropole une partie non négligeable de la population qui souhaitait donner à l'Algérie son indépendance, pour des raisons idéologiques : à cette époque la gauche, qui au XIX° siècle avait colonisé vaillamment au nom des Lumières, considérait la colonisation comme un avatar de la domination illégitime. Mais pour l'essentiel, la question était que l'Algérie avait envie de quitter la France qui ne voulait pas la lâcher.
Aujourd'hui les arguments des deux parties se sont inversés : quand la question est posée, ce sont les Français métropolitains qui défendent majoritairement l'indépendance du territoire d'outre-mer, et c'est la population de ce territoire qui réclame majoritairement de demeurer française. Dans nos amphithéâtres universitaires, par exemple, il est devenu presque impossible de rencontrer des étudiants d'outre-mer tenant des discours d'indépendance : presque tous ont à coeur d'exprimer leur francitude, de la démontrer par l'histoire, par les sentiments, par toutes sortes de liens. Tandis que les Français métropolitains se ficheraient complètement, en majorité, que la Guadeloupe ou même la Corse mettent les voiles.
Ce retournement est éloquent. Il exprime avec netteté le glissement vers un extrême matérialisme. Les peuples occidentaux sont fatigués de se battre pour des idéologies, c'est bien connu, mais ils sont aussi fatigués de se battre pour des idéaux : ici, la patrie, la liberté, la responsabilité. Ainsi, les Français métropolitains préfèrent conserver pour eux-mêmes leur gâteau économique plutôt que s'enorgueillir, comme autrefois, d'être associés avec des territoires lointains qui agrandissent la patrie en la valorisant. Tandis que les Français d'outre-mer préfèrent profiter de l'aide financière de la métropole plutôt que de gagner une indépendance qui serait bientôt chèrement payée en austérité : en Corse, quelques trublions autonomistes ne parviennent pas à convaincre l'ensemble de la population, bien pourvue des allocations françaises auxquelles elle a droit. Pourquoi la population de Cayenne préfèrerait-elle une indépendance garantissant la pauvreté sous un gouvernement qu'on imagine vite corrompu et despotique, à la facilité qu'apporte la France en termes de soins médicaux et de RMI ? Ainsi l'argent, des deux côtés, l'emporte-t-il là sur la responsabilité/solidarité, et ici sur la liberté. Observez n'importe quelle partie de notre continent : il est bien loin (quoique si proche en nombre d'années) le temps où le philosophe tchèque Patocka écrivait qu'un pays est grand à la mesure des grandes responsabilités qu'il accepte d'assumer … comme les Tchèques ont été soulagés de voir sortir de leur orbite la Slovaquie plus pauvre ! Le séparatisme des provinces s'explique aujourd'hui en Europe beaucoup moins par le désir de liberté que par l'espoir de ne plus devoir partager le gâteau économique : ce sont les provinces les plus riches qui revendiquent les séparations. Comme les Flamands apprécieraient de se débarrasser des Wallons ! Les Catalans, de l'Estremadure ! Les Italiens du nord, de ceux du sud !
Le plus intéressant est dans la rencontre, et même le télescopage, de ces deux mentalités opposées : la préférence pour la liberté et la grandeur, remplacée en si peu de temps par une préférence inconditionnelle pour le confort matériel. On se souvient que le général de Gaulle avait du mentir aux Français (le fameux "Je vous ai compris") pour donner presque par ruse son indépendance à l'Algérie. On se souvient comment il décolonisa les pays d'Afrique noire parfois contre leur gré. On pourrait en conclure que de Gaulle pressentait, avec une lucidité prophétique, que les temps nouveaux n'accorderaient plus aucune légitimité à la colonisation. Mais on peut croire aussi que de Gaulle, formé à l'ancienne école, et valorisant la grandeur de la patrie, préférait financer la puissance plutôt que des plans d'irrigation en Afrique. Paraissant avant-gardiste, en réalité il tenait compte des nécessités de l'heure pour maintenir la défense d'un idéal - la patrie - à un moment où celui-ci basculait dans l'indifférence, et choisissait en quelque sorte de réduire la France pour en maintenir la force. Quand eut lieu dans les années soixante-dix un débat sur le statut des Comores, et que Mayotte en 1974 décida de rester française, on apercevait clairement le télescopage entre l'idéal patriotique et le souci exclusif du bien-être.
Cette relation nouvelle entre la métropole et ses territoires lointains, ne représente que l'une des nombreuses expressions de la faillite des idéaux. Et l'un des aspects innombrables de la mentalité contemporaine : chacun préfère demeurer chez soi en famille, couvert par la sécurité sociale et garanti d'ASSEDIC, plutôt que de dépenser son énergie pour de coûteuses et aléatoires conquêtes, dont le sens s'est perdu au long des Trente Glorieuses. Le nom même de la gloire ne provoque plus que des ricanements. On ne sait plus très bien ce que la liberté veut dire. La responsabilité envers les pays moins chanceux que nous, identifiée immédiatement à une colonisation sournoise, n'a plus de raison d'être ; et même portée par des instances internationales et anonymes, il faudrait encore qu'elle ne nous coûte pas trop cher en impôts.
Observons encore que l'argument du bien-être ne s'avoue pas en tant que tel, mais des deux côtés se dissimule sous des paravents plus vertueux : les départements lointains qui veulent demeurer français affichent, non pas l'amour des allocations, mais l'amour du drapeau tricolore ; et les métropolitains qui suggèrent de conférer l'indépendance aux départements lointains, affichent, non pas le refus de partager l'argent, mais le refus d'une forme de colonisation. Ainsi, partout on retrouve le prétexte et l'alibi des idéaux, comme si la passion pour le confort demeurait sans aveu.

Enfin, il s'agit de l'Occident. L'idéal de grandeur patriotique ne s'est effacé par exemple ni en Chine ni en Russie, où il se déploie comme tel dans les actes et les discours. Voilà pourquoi, sans doute, nous les traitons, ouvertement ou en secret, de sauvages.
Paru dans Le Figaro, 5 mars 2009

Des lycéens zombis

Publié dans A tout un chacun

 

 

Les journaux scolaires sont nombreux en France, ce qui est un signe de vitalité et d'intérêt des élèves non pas seulement pour leurs établissements mais pour les questions politiques, sociales ou culturelles. Le Clemi (Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information) vient d'en publier une revue de presse. Les éducateurs précisent que la diversité des opinions a été respectée. En réalité, tout l'intérêt de cette revue de presse est de nous apprendre que, chez les lycéens, sur chaque sujet, une seule opinion s'impose: la même.
Ils ridiculisent N. Sarkozy, pour deux raisons : parce qu'il veut s'occuper de tout, et parce qu'il étale partout ses affaires privées. Trop médiatisé. Trop people. Et évidemment, trop payé. Ils attendent avec impatience que le PS reprenne du poil de la bête. Mais constatent avec douleur que ce n'est pas pour demain. Ils le fustigent de se laisser aller à des querelles de broutilles, pendant que les Français ont besoin de lui. Ils critiquent son attitude actuelle parce qu'ils le voudraient uni et puissant. Devant la mesure proposée consistant à utiliser le test ADN pour les immigrants, ils crient à l'eugénisme (n'ayons pas peur des mots) ou proposent par provocation qu'on se débarrasse aussi des vieillards et des malades, qui, comme les immigrés, coûtent cher à l'État (n'ayons pas peur des amalgames osés).
Devant la réforme Pecresse, qui permet aux universités d'utiliser du financement privé, ils crient à l'achat par les capitalistes d'universités qui, dès lors, ne pourraient plus travailler que sur les sujets rentables. À propos des "votes" pour les grèves dans les amphis, ils racontent sans vergogne les trucages justifiés par l'intérêt supérieur. Leur idéal est que l'État embauche le plus possible de fonctionnaires, d'enseignants, mais aussi de médecins, d'administratifs, ... etc. Ils critiquent le "travailler plus", arguant que le travail n'est plus la valeur importante, puisque ce qui importe, c'est de vivre mieux … Ils haïssent la compétition sous toutes ses formes, le système des notes lors des examens, l'élitisme qui rend certaines filières meilleures que d'autres … plébiscitant un monde d'égaux où tous seraient les meilleurs, allant jusqu'à traduire l'olympisme en eugénisme (encore lui) et méprisant les héros. Parlant de la sexualité, ils ridiculisent le pape et la religion dans son ensemble et défendent à grands cris l'homosexualité, ricanant sur le fait que la majorité juge "normale" l'hétérosexualité.
Ils soulignent avec indignation les violations des droits de l'homme en Chine et en Russie, jugeant révoltant que l'Occident continue à traiter avec des pays aussi abjects, juste parce que le premier possède des dollars et l'autre du gaz. Naturellement, leur combat préféré est celui de l'environnement, la défense de la Terre, et pour cela le changement de comportement des uns et des autres, dans un souci moral pontifiant et injurieux devant quiconque n'est pas d'accord. (Parfois l'un d'entre eux se demande si, tout de même, les pays pauvres n'auraient pas le droit eux aussi de se développer en polluant, les deux allant ensemble.) Naturellement, ils détestent l'Amérique parce qu'elle est conservatrice, religieuse, puissante et riche. Ces journaux ne concernent que 2008, mais on peut être sûr qu'ils sont tombés, depuis, dans l'obamania et, du coup, admettent que l'Amérique est en guerre contre le terrorisme (ce qui était venant de Bush un fantasme) et jugent ce pays fichtrement sympathique, parce qu'il est dirigé par un président noir.
L'image, on le voit, est extraordinairement fidèle aux opinions affichées dans le monde des adultes. En France, la droite et la gauche sont à peu près aussi représentatives l'une que l'autre. Pourtant, la presse se fait l'écho surtout de la pensée de gauche. Des études ont été réalisées montrant à quel point les journalistes sont peu représentatifs de la population. Les lycéens qui écrivent dans ces feuilles sont à leur image. Comment l'expliquer ? Ces lycéens-là sont-ils seuls à vouloir écrire ? Sont-ils tous dressés par leurs enseignants ?

Je n'ai trouvé dans ce recueil qu'un seul article qui ne soit pas politiquement correct : celui qui défendait l'enseignant placé en garde à vue pour avoir giflé un élève, appelé ici "petit con". Tout le reste: cette marée écoeurante, sans recul ni critique sur soi, qu'on entend partout … Comme chez les adultes, ces lycéens ne "débattent" que pour dire tous la même chose. Ici apparaît, claire comme le jour, la transmission de Panurge. Les jeunes sont fils de leur société autant que de leurs parents. Mais quand la société éduque tout le monde dans le même creuset, ils échappent facilement à la diversité des familles et se formatent sur le même modèle : des enfants zombis.
Paru dans Valeurs actuelles , 12 février 2009

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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