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DENECE Eric

DENECE Eric

Né en 1963

 
Directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R)
et de sa société de conseil en Risk Management (CF2R SERVICES).
 
Docteur ès Science Politique
 
Officier-analyste à la direction de l'Evaluation et de la Documentation Stratégique du Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN).
Ingénieur commercial export chez Matra Défense.
Responsable de la communication de la société NAVFCO, filiale du groupe DCI (Défense Conseil International).
Directeur des études du Centre d'Etudes et de Prospective Stratégiques (CEPS).
Fondateur et directeur général du cabinet d'intelligence économique ARGOS.
Créateur et directeur du département d'intelligence économique du groupe GEOS.
 
A notamment opéré au Cambodge, aux côtés de la résistance anticommuniste, et en Birmanie, pour la protection des intérêts de Total contre la guérilla locale.
A été consultant pour le ministère de la Défense concernant l’avenir des forces spéciales.
Enseigne le renseignement ou l'intelligence économique dans plusieurs écoles de commerce et universités françaises et étrangères.
 
Régulièrement consulté par les médias français et internationaux
Plus d’un millier d’interventions radiophoniques et plusieurs centaines d’interventions télévisées.
 
Auteur de vingt ouvrages et de nombreux articles et rapports consacrés au renseignement, à l'intelligence économique, au terrorisme et aux opérations spéciales.
Ses travaux lui ont valu d’être lauréat
     du Prix 1996 de la Fondation pour les Etudes de Défense (FED)
     du Prix Akropolis 2009 (Institut des Hautes Etudes de Sécurité Intérieure).
 
Ouvrages
Les services secrets israéliens : Mossad, Aman, Shin Beth, ouvrage rédigé en collaboration avec David Elkaïm, Tallandier, Paris, 2014.
L’Espionnage en 365 citations, Le Chêne, Paris, 2013.
 La face cachée des « révolutions » arabes, (dir.), Ellipses, Paris, 2012.
 Les services secrets français sont-ils nuls ?, Ellipses, Paris, 2012.
Commandos et forces spéciales, Ouest France éditions, Rennes, 2011.
Les services secrets au Moyen-Age, ouvrage rédigé en collaboration avec Jean Deuve, Ouest France éditions, Rennes, 2011.
Dico-Atlas des conflits et des menaces, ouvrage rédigé en collaboration avec Frédérique Poulot, Belin, Paris, 2010.
Histoire mondiale de l’espionnage, ouvrage rédigé en collaboration avec Gérald Arboit, Ouest France éditions, Rennes, 2010.
Renseignement, medias et démocratie(dir.), Ellipses, Paris, 2009.
Mission : agent secret(Les techniques de l’espionnage expliquées aux enfants) ouvrage rédigé en collaboration avec Sophie Merveilleux du Vignaux, collection “Graine de savant”, Milan Jeunesse, Toulouse, 2009.
Les services secrets,collection “Tout comprendre”,EPA éditions, Paris, 2008.
Renseignement et contre-espionnage, collection “Toutes les clés”, Hachette pratique, Paris, 2008 (Prix Akropolis 2009).
Histoire secrète des forces spéciales (de 1939 à nos jours), Nouveau monde, Paris, 2007 (traduit en polonais et en portugais).
Tourisme et terrorisme. Des vacances de rêve aux voyages à risque, ouvrage rédigé en collaboration avec Sabine Meyer, Ellipses, Paris, 2006.
L’autre guerre des Etats-Unis. Economie : les secrets d’une machine de conquête, ouvrage rédigé en collaboration avec Claude Revel, Robert Laffont, Paris, 2005.
Al-Qaeda : les nouveaux réseaux de la terreur(dir.), Ellipses, collection “Géopolitique”, Paris, 2004.
Les secrets de la guerre économique,ouvrage rédigé en collaboration avecAli Laïdi, Seuil, Paris, 2004.
Forces spéciales, l’avenir de la guerre, collection “L’art de la guerre”, éditions du Rocher, Paris, 2002
Guerre secrète contre Al-Qaeda(dir.), Ellipses, collection “Géopolitique”, Paris, 2002.
Le nouveau contexte des échanges et ses règles cachées. Information, stratégie et guerre économique, L'Harmattan, Paris, 2001.
Géostratégie de la mer de Chine méridionale et des bassins maritimes adjacents, L'Harmattan, collection “Recherches asiatiques”, Paris, 1999.

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Yémen : silence ! on massacre !

Publié dans De par le monde
Yémen : silence ! on massacre !
 
Alors qu’elle ne participe que très marginalement aux opérations contre Daech, l’Arabie saoudite a été capable de réunir autour d’elle une coalition internationale de 150 000 hommes (1) pour conduire, depuis plus de deux ans, une sanglante guerre d’agression au Yémen (opération Tempête décisive). Elle a retiré en cette occasion la dizaine d’aéronefs qui participaient mollement aux bombardements contre Etat islamique, pour en déployer une centaine à sa frontière sud. Les Saoudiens affirment que leur coalition a largué 90 000 bombes pendant cette guerre qui dure depuis deux ans. Cela fait 123 bombes par jour, soit 5 par heure. Rien qu’en avril 2015, la coalition a conduit plus de 1 700 raids aériens, soit jusqu’à 80 certains jours ; on aurait bien aimé voir ses moyens engagés contre Daech.

Pourquoi les Saoudiens ont-ils déployé une telle armada, mobilisé leur Garde nationale et battu le rappel de leurs alliés arabes, asiatiques et occidentaux pour lancer une offensive contre les tribus d’un pays voisin, alors que Riyad ne fait absolument rien contre l’Etat islamique ? Sans doute faut-il rappeler que les Houthis sont des zaydites, une secte de l’islam proche du chiisme. Ils se battent, non pour imposer au monde une vision violente, obscurantiste et sectaire de l’islam, mais pour retrouver une autonomie et une considération vis-à-vis du gouvernement d’Aden qui leur ont été retirées en 1962. Les Houthis ne représentent en rien une menace pour la sécurité du Moyen-Orient ni pour la paix mondiale, même s’ils ont demandé le soutien de Téhéran (2) pour faire face à l’agression de Riyad.

Ce conflit semble toutefois ne pas intéresser grand-monde, contrairement au conflit syrien. Pourtant, comme l’explique le colonel Alain Corvez, "les crimes contre l’humanité commis par la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen ont détruit toutes les infrastructures vitales du pays : barrages, eaux, hôpitaux, électricité, infrastructures routières, aériennes et portuaire et tué des milliers de civils dont de nombreux enfants car leurs frappes semblent vouloir non seulement détruire le pays berceau de l’arabisme et de ses cultures séculaires, mais aussi atteindre le moral des habitants à la manière nazie. Le choléra est désormais à l’état épidémique et les ressources médicales et de première nécessité ont du mal à atteindre le pays" (3).
Les Saoudiens ont bombardé toutes les installations de production alimentaire du Yémen. La marine et l’armée de l’air saoudiennes ont détruit la quasi totalité des infrastructures du port de Sanaa et ciblent tous les navires qui tentent d’y entrer ou d’en partir. Certains navires de secours officiels sont autorisés à passer, mais ils ont des difficultés à décharger fautes de grues. Les zones tenues par la rébellion sont véritablement affamées par les Saoudiens et leurs alliés. La situation humanitaire est catastrophique : plus de 10 000 victimes sont à déplorer - chiffre vraisemblablement largement sous-évalué - auxquelles il convient d’ajouter 18 millions de Yéménites confrontés à la famine et aux épidémies en raison du blocus imposé par la coalition.
 
Il est absolument stupéfiant que seul un nombre extrêmement réduit d’observateurs internationaux et de médias évoquent cette guerre quasi-génocidaire conduite par Riyad. Presque personne n’a dénoncé les massacres et les destructions effectuées par l’armée de l’air saoudienne, pas plus la presse internationale que les Etats occidentaux. La diplomatie et les médias français se sont indignés à tort sur Alep, alors même que les djihadistes s’étaient livrés à de nombreuses exactions contre les populations civiles. Mais on ne les pas entendu sur le Yémen où les membres de la coalition violent sans aucun état d’âme toutes les conventions de Genève.
Evidemment, il existe une explication : les États-Unis fournissent les renseignements, le ravitaillement en vol, l’armement et les munitions à leurs alliés saoudiens. Et la France et le Royaume Uni soutiennent cette opération. Surtout, Riyad menace l’ONU d’arrêter de fournir de l’argent pour ses efforts de secours si elle dénonçait cette guerre. D’ailleurs, le Conseil de Sécurité a voté - à l’exception notable de la Russie - le 16 avril 2015, la légitimation de l’agression sous le chapitre 7, ce qui est un scandale et décrédibilise l’ONU. Les Occidentaux, en restant délibérément silencieux sur les atrocités commises  par l’Arabie Saoudite et ses alliés au Yémen sont complices de crimes contre l’humanité.

Au demeurant, en dépit de l’importance des moyens engagés, l’intervention des Saoudiens et de leurs alliés demeure un fiasco militaire.Elle s’avère par ailleurs totalement contre-productive, ayant eu pour effet de renforcer la présence de l’Iran et du groupe Al-Qaeda dans la péninsule arabique (AQPA) au Yémen, et de permettre l’implantation locale d’une branche de l’Etat islamique.
 
(1) Le Pakistan, le Qatar, les Emirats arabes unis, le Sénégal et la France – ainsi que et les Egyptiens sur le plan naval - se sont associés à cette opération à laquelle Washington a donné son feu vert.
(2) Les Houthis sont très sourcilleux quant à leur autonomie. En septembre 2015, les Iraniens leur avaient déconseillé de s’emparer de Sanaa, la capitale, sachant que cela allait déclencher l’intervention saoudienne ; mais ils n’en ont pas tenu compte. Par ailleurs, ils ont rejeté la demande de Téhéran d’installer une base navale permanente dans la zone qu’ils contrôlent.
(3) Alain Corvez, "Les pays occidentaux complice de crimes contre l’humanité au Yémen", Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), Tribune libre n° 70, juin 2017 (www.cf2r.org).

Envoyé par l'auteur, 7 août 2017

Améliorer la lutte antiterroriste

Publié dans En France
Comment améliorer l'efficacité de la lutte antiterroriste
 
Réalité de la menace
Alors que beaucoup d'observateurs s'interrogent sur ce que va être la politique antiterroriste du nouveau président de la République - lequel, comme son entourage, ne dispose d'aucune expérience en la matière -, quelques remarques s'imposent.
 
Le terrorisme islamique est une menace de long terme. Il est actif depuis le début des années 1990 et rien ne permet de prédire qu'il disparaîtra au cours de la prochaine décennie. Il s'agit donc d'une menace présente pour longtemps encore. Il est essentiel d'intégrer cette temporalité.
Pour mémoire, les Britanniques luttent contre l'IRA depuis 1916 et n'en sont venus à bout que récemment ; les Israéliens sont confrontés au terrorisme palestinien depuis 1948 ; l'insurrection marxiste des FARC en Colombie dure depuis un demi-siècle; etc.
Rappelons qu'Al-Qaïda a déclaré la guerre aux États-Unis en 1996, il y a 20 ans, et qu'en dépit des moyens considérables mis en oeuvre par l'Amérique et ses alliés, ce mouvement n'a pas disparu. Au contraire, la lutte a donné lieu à un accroissement sans précédent des individus et des groupes candidats au djihad, partout dans le monde.
 
Le terreau favorable à ce terrorisme est particulièrement fertile et le restera à moyen-terme : vigueur de l'islam radical soutenu par les monarchies du Golfe persique, chaos des sociétés du monde arabo-musulman, frustration des populations immigrées des pays occidentaux, crise économique rendant leur intégration de plus en plus erratique, sentiment exacerbé de victimisation de la part de certains musulmans, etc.
 
Le danger provient davantage de nos banlieues que de l'étranger. La très grande majorité des auteurs des attentats de 2015 et de 2016 sont des Français, ayant ou non reçu une formation à l'étranger. Nous sommes donc bien face à une problématique de sécurité intérieure.
 
*  Le climat totalement anxiogène dans lequel nous vivons aujourd'hui n'est pas illégitime, mais il est décuplé par la couverture excessive qu'accordent les médias aux terroristes et à leurs actes, leur offrant la publicité qu'ils recherchent.
 
*  Il est légitime qu'une partie de l'opinion s'inquiète des atteintes aux libertés fondamentales en raison des nouveaux pouvoirs accordés aux forces de sécurité au nom de la lutte antiterroriste. Mais, il faut être pleinement conscient que nous sommes dans une situation où le danger est réel. Il est donc essentiel d'agir pour le réduire. Toutefois, nous vivons encore dans un système libéral et démocratique et le danger ne vient pas de la police ou des services de renseignement, mais bien du salafisme et du djihadisme. Il faut que le public sache qu'en l'absence de mesures sérieuses, notre système se renforce moins vite que la menace ne progresse.
 
*  En revanche - et en dépit des attaques dont nous avons été victimes -, des points encourageants existent et méritent d'être relevés.
- Nos pires craintes ne se sont pas réalisées. Il n'y a pas eu de second "11 septembre" et en 15 ans, les terroristes ont pas été en mesure de réaliser d'attentat à l'aide d'armes de destruction massive.
- Bien qu'Al-Qaïda et l'État islamique disposent d'effectifs qu'aucun groupe terroriste n'a eu avant eux, ce ne sont pas devenus des mouvements de masse. En effet, la grande majorité des musulmans du monde exprime une opinion négative à l'encontre des organisations djihadistes.
- La lutte contre le terrorisme a considérablement enrayé le développement de ces groupes, les plaçant sur la défensive et altérant progressivement leurs capacités d'action, notamment par l'élimination de leurs leaders.
- Malgré l'émotion suscitée, en France, par les attentats de 2015 et 2016, le terrorisme islamique représente la plus faible cause de mort violente dans notre pays, très loin derrière les homicides, les accidents de la route et les accidents domestiques.
- Y compris en nombre d'attentats ou de tentatives d'attentat, il se situe loin derrière les actions des séparatistes corses, basques ou antillais, lesquels font en revanche rarement de victimes.
- Si plusieurs centaines de jeunes Français ont rejoint les groupes terroristes, il importe de rappeler que l'immense majorité de notre jeunesse n'a pas été victime de cette attraction.
 
*  La menace principale menace contre notre pays est davantage celle de l'islam radical que celle du terrorisme à proprement parler. La France est le pays de l'Union européenne qui compte la plus forte proportion de musulmans (1)
. Si 90% d'entre eux sont des citoyens respectables pratiquant un islam modéré, une minorité très active, forte de plusieurs centaines de milliers d'individus, a décidé de déstabiliser la République en tentant d'imposer ses règles. Cette population prone un islam archaïque, intolérant, et véhicule un discours de haine qui encourage certains jeunes à rejoindre le djihad.
 
*  En réaction aux attentats terroristes et à la radicalisation rampante de notre société, on observe la montée en puissance de groupes de l'ultra-droite prêts à passer à l'action violente en riposte, ce qui ne ferait qu'aggraver la situation.
 
Les mesures qui s'imposent
Depuis l'apparition de la menace djihadiste (2001) et suite aux attentats de 2015 et 2016, de nombreuses mesures ont été prises par les gouvernement successifs. Mais elles ont été généralement lentes, timides, partielles et sont toujours advenues en réaction à des attaques et jamais par anticipation. Il importe d'aller plus loin et de manière plus énergique.
 
          Une réponse nécessairement globale
La lutte contre le terrorisme ne peut être efficace que si elle couvre un large champ d'action, allant de l'application des lois (code pénal adapté à la situation, état d'urgence) à la formation de la population à la détection des comportements à risque (ce qui n'a jamais été fait, à la différence d'Israel), en passant par le renforcement des services de renseignement, de sécurité et d'enquête judiciaire, comme par celui des forces de sécurité intérieure (gendarmerie, police), qu'il s'agisse de protection ou d'intervention. Il convient également de ne pas oublier l'édiction de nouvelles règles de sécurité (transports, lieux publics, grandes manifestations populaires) et l'indispensable travail en profondeur pour comprendre les ressorts des individus déterminés à passer à l'action (déradicalisation, etc.).
 
          Sur le plan intérieur
- Désigner clairement l'ennemi intérieur. Ce n'est pas l'islam. Ce ne sont pas les musulmans. Ce sont les salafistes, les wahhabites et les Frères musulmans. Ils représentent une véritable cinquième colonne sur notre territoire, infiltrant la société française, notamment la population de confession musulmane. Nous devons les combattre avec la plus grande fermeté :
     . en fermant, tous les pôles de diffusion de l'idéologie islamiste en France (mosquées, associations, centres et librairies radicales) ;
     . en imposant l'interdiction des signes extérieurs du radicalisme en bonne intelligence avec nos compatriotes musulmans. Le niqab et la burqa sont des signes explicites d'affirmation de l'appartenance à ces mouvances fondamentalistes haineuses qui rejettent ouvertement nos valeurs. Comme l'a exprimé Tarik Oubrou, l'imam de Bordeaux, "Quand un habit devient ostentatoire, on n'est plus dans l'éthique, car se montrer pour se montrer, c'est ridicule. L'habit ne fait pas le (la) musulmane".
 
- Développer une véritable stratégie de contre-radicalisation plus appropriée que celle mise en place par le gouvernement début 2015, se caractérisant par une grande naïveté et qui n'a pas atteint ses objectifs. Une telle démarche doit être fondée sur la maîtrise des phénomènes cognitifs et ne se construit pas en dénigrant l'autre, mais en réaffirmant la supériorité de nos valeurs.
 
- Lutter contre la délinquance, car avant d'être des terroristes, les individus qui commettent des attentats prétendument "religieux" sont d'abord des délinquants, ayant presque tous des casiers judiciaires. Ils se sont généralement convertis à l'islam radical en prison afin d'assouvir leurs pulsions de mort. Or, en raison des trafics d'armes qui irriguent les banlieues françaises, ces individus disposent de tout l'arsenal nécessaire pour conduire leurs actions. Ainsi, la délinquance prépare le terrain et l'islamisme rafle la mise.
 
- Procéder à la reconquête sécuritaire, économique et sociale des "territoires perdus", ces zones de banlieue qui échappent à l'autorité et à l'action des forces de l'ordre et des services publics,. Ce sont des espaces « hors droit » dans lesquels délinquance, trafics et islam radical se développent en toute impunité.
 
- Rétablir les contrôles aux frontières pour maitriser notre territoire et gêner la mobilité de terroristes.
 
- Faire appliquer nos lois. En effet, en dépit d'un dispositif législatif assez complet et approprié, tout se passe comme si le principe même d'autorité était tabou et nos dirigeants sont extrêmement réticents à l'appliquer... ce qui affaiblit le pays et démotive les forces de l'ordre. Il revient aux politiques de faire preuve de courage et de donner l'ordre à la police et à la gendarmerie de faire le nécessaire pour faire respecter les lois.
 
- Appliquer les articles du code pénal et du code de sûreté militaire relatifs à la trahison et à l'intelligence avec l'ennemi
(2). En effet, les Français qui ont rejoint Daesh ou Al-Qaïda, ont participé à des actions armées - à l'étranger comme sur sur le sol national - et sont sans aucune ambigüité des traîtres. Ils doivent donc recevoir le traitement réservé aux traîtres.
 
- Accroître les effectifs des services de renseignement et de sécurité qui demeurent insuffisants au regard de la menace. Parallèlement, il convient d'inverser la logique de notre dispositif de renseignement intérieur, qui souffre d'une trop grande centralisation, et d'améliorer la connaissance de l'islam les services, où elle est insuffisante.
 
- Renforcer les moyens et les budgets des forces de l'ordre qui n'ont cessé d'être réduits depuis plus de vingt ans et dégager nos armées des tâches de sécurité intérieure de l'opération Sentinelle. Plus largement, il est grand temps de repenser l'organisation Police/Gendarmerie.
 
- Renforcer davantage la coopération interne, entre les services(DGSE, DRM, DPSD, DGSI), la police, la gendarmerie, les douanes, l'administration pénitentiaire, mais aussi l'administration fiscale et les services sociaux, afin de lutter efficacement contre la rédicalisation et le terrorisme. Veiller à atténuer le dédain manifesté par la DGSI à l'égard des autres services
 
- Accroître le nombre de magistrats spécialisés qui demeure aujourd'hui insuffisant au regard du nombre de procédures en cours.
 
          Sur le plan international
Reconsidérer notre politique étrangère et désigner clairement l'ennemi extérieur et ses soutiens. En effet, nous sommes en pleine contradiction car nous avons découplé la lutte contre le terrorisme de la lutte contre le salafisme, le wahhabisme et l'idéologie des Frères musulmans qui le nourrissent. Nous conduisons une politique étrangère irresponsable en nous alliant à des Etats qui soutiennent l'islamisme et le terrorisme (Arabie saoudite, Qatar, Turquie, etc.), nous privant de ce fait d'une relation avec des services syriens qui nous serait d'une grande aide pour endiguer les actions des djihadistes de retour sur notre sol. Une remise en cause de nos relations diplomatiques avec ces Etats est indispensable. Sans un changement majeur de notre politique étrangère, il n'y aura guère d'évolution possible.

                                                                                                        *

La menace terroriste islamiste s'est installée durablement. C'est une triste réalité qu'il convient d'accepter.Quelle que soit l'importance des moyens attribués à la lutte antiterroriste, il est et restera impossible d'empêcher tous les attentats, ainsi qu'en témoignent les exemples des Etats-Unis ou d'Israël. De plus, à ce jour, il n'existe pas de méthode ni d'arme magique contre cette menace. D'ou l'importance de tenir un discours clair aux Français afin d'accroître la résilience de notre société.
Mais cela ne signifie nullement que nous soyons démunis face à cette menace. Rappelons que, confrontée à la menace anarchiste de la fin du XIXe siècle, la Troisième République avait réagi de manière extrêmement énergique en décrétant et en faisant appliquer des lois - qualifiées de "scélérates" par ceux qui en furent, à juste titre, les victimes - qui ont été la clé de son succès.
C'est la raison pour laquelle il nous faut réagir sans attendre, car les mesures décidées aujourd'hui mettront plusieurs années avant de porter leurs fruits, nous plaçant, durant cette période, en situation de vulnérabilité accrue. La lutte antiterroriste un combat permanent et global, qui nécessite réalisme et constance, détermination et mesure.
 

(1) 10 à 12%. Elle n'est devancée que par la Bulgarie (7 millions d'abitants) dont près de 30% de la population est d'origine turque et musulmane.
(2)
Code de justice militaire, art. L331-2 : "Le fait, en temps de guerre par tout Français ou tout militaire au service de la France, de porter les armes contre la France constitue un acte de trahison puni de le réclusion criminelle à perpétuité et de 750 000 euros d'amende".
Code pénal, De la trahison et de l'espionnage, art. 411-4 : "Le fait d'entretenir des intelligences avec une puissance étrangère avec une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d'agression contre la France, est puni de trente ans de détention criminelle et de 450 000 euros d'amende. Est puni des mêmes peines le fait de fournir à une puissance étrangère, une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents les moyens d'entreprendre des hostilités ou d'accomplir des actes d'agression contre la France".

Paru sur www.cf2r.org, juin 2017
 

L’affaire des diplomates russes

Publié dans De par le monde
Etats-Unis : les vraies raisons de l’expulsion des diplomates russes
 
Le président américain Barack Obama a ordonné vendredi 30 décembre l'expulsion de trente-cinq diplomates russes accusés d'être des "agents de renseignement" de Moscou en poste à l'ambassade de Russie à Washington et au consulat russe de San Francisco. Sans apporter de détails, la Maison-Blanche les accuse d'avoir "agi d'une manière qui ne correspond pas à leur statut diplomatique" et leur a donné 72 heures pour quitter le pays. Par ailleurs, le département d'Etat a décrété la fermeture de deux bâtiments appartenant à la Russie dans les Etats du Maryland, près de Washington, et de New York, au motif qu’ils étaient "utilisés par des responsables russes à des fins de renseignement".
 
Harcèlement ou cyberattaques ? Que reprochent les Etats-Unis à la Russie ?
La Maison-Blanche a précisé que ces représailles constituaient "une réponse au harcèlement croissant, ces deux dernières années, contre le personnel diplomatique [américain] en Russie par les forces de sécurité et de police". Un harcèlement qui serait allé "bien au-delà des règles de comportement diplomatiques internationales". Barack Obama a ajouté que ces actions font suite "aux avertissements que nous avons adressés de manière répétée au gouvernement russe, en privé et en public. Elles sont une réponse nécessaire et adaptée aux actions visant à nuire aux intérêts américains en violation des normes de comportement internationales établies".
 
Le président américain a également annoncé que des sanctions étaient prises contre "neuf entités et individus", parmi lesquels deux services de renseignement russes, le GRU (renseignement militaire) et le FSB (service de sécurité intérieure) et leurs responsables. Le premier est accusé par la Maison-Blanche d'avoir, grâce à ses agents et ses moyens techniques, "falsifié, altéré (...) des informations avec l'objectif ou l'effet d'interférer dans le processus électoral américain en 2016". Quant au FSB, il est accusé d'avoir aidé le GRU. Mais curieusement, il n’est pas fait état du SVR, pourtant principal service de renseignement extérieur russe présent à l’étranger.
 
De plus, trois entreprises russes soupçonnées d'avoir apporté un "soutien matériel" aux opérations de piratage informatique vont être également juridiquement et financièrement sanctionnées par l'administration américaine. "Les sanctions ne s'arrêteront pas là" a ajouté Barack Obama, prévenant que les Etats-Unis prendront d'autres mesures "au moment que nous choisirons, y compris des opérations qui ne seront pas révélées au public".
 
En réalité, cette expulsion d’officiels russes - la plus importante depuis 2001 (1) - vient sanctionner la supposée ingérence de Moscou dans la campagne présidentielle américaine, pendant laquelle le Parti démocrate aurait été victime de cyberattaques qui auraient favorisé l'élection de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Selon un rapport publié le 29 décembre par le département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security/DHS) et le FBI (2), deux groupes de hackers qui seraient liés au renseignement russe – dénommés APT 28 ou Cozy Bear et APT 29 ou
Fancy Bear - sont présentés comme responsables "de piratages ayant ciblé un parti politique américain" pendant l’été 2016. Selon les autorités américaines, le premier serait réputé proche du FSB, tandis que le second serait une émanation du GRU (3).
 
Ces attaques contre les serveurs et ordinateurs du Parti démocrate ont mené à la publication de plusieurs milliers d’e-mails et documents internes du mouvement, plus tard mis en ligne sur Wikileaks, jetant une lumière crue sur les manœuvres du clan Clinton afin d’écarter la candidature de Bernie Sanders et révélant nombre de magouilles et d’irrégularités internes. Ces actions auraient largement contribué à affaiblir la campagne d'Hillary Clinton. Mais, pour le moment, le gouvernement américain a donné peu d'éléments liant les diplomates déclarés persona non grata aux cyberattaques supposées de l’été dernier.
 
Outre ces supposés piratages informatiques destinés "à influencer l’élection présidentielle", Washington accuse Moscou de plusieurs cyberattaques contre des établissements financiers, des universités et d’autres institutions américaines.
Fin décembre, des responsables du DHS, du FBI et du Bureau du directeur du renseignement national (DNI) ont communiqué les codes des logiciels malveillants Grizzly Steppe (4) aux responsables de la sécurité des infrastructures critiques nationales (secteur financier, services publics, transports, énergie, etc.). Les responsables des services publics du Vermont ont alors aussitôt réagi, affirmant avoir identifié un de ces codes dans les systèmes de contrôle du réseau électrique. Cette découverte à immédiatement été médiatisée, provoquant la peur dans les structures gouvernementales que les "pirates informatiques liés aux services russes tentent activement de pénétrer les infrastructures critiques du pays pour conduire des attaques destructrices".
 
Des réactions outragées d’élus politiques locaux proches de l’administration Obama n’ont pas tardé à avoir lieu : le 30 décembre, le gouverneur démocrate du Vermont, Peter Shumlin, déclarait que "tous les Américains devraient être à la fois alarmés et scandalisés que Vladimir Poutine, un des plus grands voyous du monde, ait tenté de briser notre réseau électrique, sur lequel nous comptons pour soutenir notre qualité de vie, notre économie, notre santé et notre sécurité (…). Cet épisode devrait mettre en évidence le besoin urgent que notre gouvernement fédéral poursuive vigoureusement et mette fin à ce genre d'ingérence russe". Un peu plus tard, le sénateur démocrate du Vermont, Patrick Leahy, renchérissait, jetant encore un peu plus d’huile sur le feu : "cela va au-delà des pirates informatiques électronique classiques : il s'agit maintenant d'essayer d'accéder aux services publics pour manipuler le réseau électrique et l'arrêter au milieu de l'hiver".
 
Une étonnante absence de preuves
Que penser de accusations américaines et des mesures qui ont été prises par la Maison-Blanche tant les affirmations de l’administration Obama sont véhémentes mais aussi confuses ?
Concernant le supposé hacking des ordinateurs du Parti démocrate, pour le moment, personne n’a pu avoir accès aux informations réunies par la CIA qui "prouveraient" l’implication russe dans cette affaire. En conséquence, il est probable que des renseignements parcellaires aient été extrapolés pour conclure au hacking des ordinateurs du Parti démocrate. Mais ce ne sont pas là des preuves. Pourtant, dès le
7 octobre, un communiqué commun du DHS et du DNI affirmait "avoir la conviction que cette opération venait de Russie et ne pouvait avoir été lancée qu’avec l’accord des plus hautes autorités" (5).
D’ailleurs, au sein même de la communauté américaine du renseignement, les accusations font débat : une partie de la CIA n’est pas d’accord avec l’interprétation donnée et la majorité du FBI – même si certains de ses dirigeants ont fait une étonnante volte-face le 29 décembre – considère qu’il n’y a que des ragots dans le dossier mais en aucun cas des éléments judiciaires à charge. Sans exclure la "piste russe", les membres du Bureau se montrent beaucoup plus prudents que Langley sur le sujet, affirmant tirer des "conclusions très différentes de celles de la CIA".
 
Plusieurs médias, comme The Intercept, indiquent également que les sources anonymes de la CIA s’exprimant dans les colonnes du Washington Post pour accuser Moscou n’apportent pas d’éléments probants afin de soutenir les accusations qu’ils émettent. D’autres observateurs considèrent que les preuves techniques présentées - comme l’utilisation d’un traitement de texte configuré en russe - ou le fait que les piratages ont majoritairement eu lieu pendant les heures diurnes du fuseau horaire de Moscou, sont insuffisantes pour incriminer la Russie. Enfin, Julian Assange, le fondateur de Wikileaks a déclaré lors d’une interview que la source des e-mails que son site avait révélé n’était pas la Russie (6).
 
Concernant les cyberattaques "identifiées" dans le Vermont, les dirigeants de la société Burlington Electric, en charge de la gestion du réseau électrique local, ont déclaré que le code malveillant avait été détecté "dans un ordinateur portable qui n'était pas connecté aux systèmes de contrôle du réseau" et qui a été immédiatement isolé. Les responsables de la sécurité de Burlington ont reconnu qu’ils ne savaient déterminer à quel moment ce code était entré dans l'ordinateur, ni si les "hackers russes" avaient eu pour intention de perturber le fonctionnement du système ou d’observer s’ils pouvaient le pénétrer. A noter que les représentants du département de l'Energie et du DHS ont refusé de commenter ces faits.
 
Ainsi, concernant ces deux affaires, en l’état actuel des choses, il n’y a ni preuve avérée, ni commission parlementaire, ni enquête judiciaire, ni unanimité au sein de la communauté du renseignement. A tel point que le motif officiel de l’expulsion des diplomates russes n’est pas le supposé hacking des ordinateurs du Parti démocrate, mais un vague prétexte de "harcèlement diplomatique", ce qui en dit long sur les supposés éléments à charge. Le président élu Donald Trump a d’ailleurs mis en cause la véracité des renseignements à l’origine des accusations à l’égard de Moscou.
Autant dire que nous sommes là dans une confusion totale, qui ne peut que susciter des doutes majeurs quant à la réalité des faits présentés. Une grande partie des journalistes américains sentent qu’ils sont au cœur d’une manipulation orchestrée par l’administration sortante et sont plutôt assez prudents dans cette affaire.
Quand bien même certaines de ces accusations seraient-elles fondées, rappelons que ce que la Maison-Blanche reproche à ces hackers c’est d’avoir dévoilé des e-mails authentiques mettant en lumière les turpitudes d’Hillary Clinton et de son entourage, suite à quoi le FBI aurait dû réagir et poursuivre la candidate en justice, ce qu’il n’a pas fait. En somme, les hackers russes ont joué le rôle de Whistleblowers, lequel est constamment encouragé par Washington partout dans le monde lorsqu’il s’agit de lutte contre la corruption, la fraude ou le terrorisme. Au demeurant, personne ne semble avoir critiqué les Démocrates pour leur amateurisme coupable puisqu’ils ont été incapables de protéger leur système informatique alors même que leur candidate était l’épouse de l’ancien président et ex ministre des Affaires étrangères...
Quant à l’implication de Moscou, elle reste à prouver. Affirmer que Trump a été élu grâce à l’appui de Poutine n’a pas de sens, car si tel était le cas, l’opération aurait été d’un grand amateurisme et aurait eu pour effet de voir son soutien démasqué et son candidat décrédibilisé, ce qui aurait été totalement contre-productif.
 
La "vertu" américaine offusquée : quand l’hôpital se moque de la charité
Dans le cadre de l’expulsion des trente-cinq diplomates russes, Barack Obama a invité les pays "amis et alliés" des Etats-Unis à "travailler ensemble pour contrer les efforts de la Russie visant à saper les bonnes pratiques internationales et à s'ingérer dans le processus démocratique". A l’occasion de cette affaire Washington s’érige donc en victime innocente d’une cyberagression contraire au droit international, condamne sans hésitation de telles pratiques et dénonce la volonté de Moscou d’interférer dans le processus démocratique des Etats-Unis. Si nous ignorions qu’il n’y a pas plus éloquente qu’une prostituée faisant un discours sur la chasteté, nous en tomberions à la renverse !
 
L’espionnage est un grand classique entre les Etats. Indéniablement, les Russes, comme les autres nations, espionnent leurs principaux rivaux, concurrents et alliés.
Mais si pendant la Guerre froide, les Soviétiques étaient de loin les plus agressifs, la situation s’est inversée depuis. La croissance exponentielle de la communauté américaine du renseignement et de ses moyens font des Etats-Unis le pays du monde qui espionne le plus les autres, au prétexte de la guerre contre le terrorisme (GWOT). Entendre Washington se plaindre de l’agressivité des services russes - ce qui est au passage une réalité, aux Etats-Unis comme en Europe – laisse songeur. Utiliser un tel argument relève d’une mauvaise fois évidente
 
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Washington a conduit plus d’interventions politiques clandestines dans le monde – orientant le résultat d’élections ou soutenant des coups d’Etat (7) - que ne le fit l’URSS. Les Américains ont même théorisé le Regime Change, qu’ils ont appliqué en agissant par ONG "démocratiques" interposées à l’occasion des "révolutions oranges" dans les années 1990, du "printemps" arabe à partir de 2011, ou de la pseudo révolution de Maidan en Ukraine (2014), ou bien encore en bafouant ouvertement le droit international lors de l’invasion de l’Irak en 2003.
Il convient également de rappeler que la NSA a mis sur écoute les dirigeants politiques de la planète entière - y compris ses plus fidèles alliés -, qu’elle surveille toutes les communications électroniques mondiales et qu’elle a développé des capacités d’attaques informatiques sans équivalent dans le monde.
Ce sont les États-Unis qui ont lancé les premières cyberattaques en Iran, afin de saboter, avec l’aide des services israéliens, le programme nucléaire iranien. Cette histoire est détaillée dans les documents de Snowden dont l'authenticité n'a jamais été mise en doute. La NSA a également pénétré les réseaux informatiques de plusieurs agences et ministères de Chine. Ce sont là des actes de guerre. Et les frappes de drones comme les éliminations ciblées conduites dans le cadre de la guerre contre le terrorisme relèvent de la même logique. Or, les Etats-Unis ont toujours traité par le mépris et balayé d’un revers de la main les critiques et accusations formulées contre eux en raison de ces actes, déniant aux autres Etats comme à la communauté internationale le droit de les juger de quelque manière que ce soit. Voir donc aujourd’hui la Maison-Blanche dénoncer une violation des règles internationales – qui plus est sans guère de preuves – dont le pays aurait été victime illustre bien l’unilatéralisme qui caractérise Washington depuis la fin de la Guerre froide.
 
Les enjeux véritables de la crise pour l’administration Obama
Au demeurant, cette affaire survient dans un contexte très particulier, dont il importe de rappeler les nombreux paramètres.
- L’Establishment de Washington a été totalement surpris par la victoire de Donald Trump et a compris qu’un grand ménage allait avoir lieu dans lequel beaucoup de ses membres perdraient leurs positions politiques et les retombées économiques liées à leurs alliances internationales.
- Aussitôt élu, le futur président a clairement manifesté son extrême méfiance à l’égard de la communauté du renseignement et plus particulièrement de la CIA, qu’il soupçonne d’avoir eu une forte et néfaste influence sur la politique de ses deux prédécesseurs.
- Aussitôt désigné comme futur Conseiller à la Sécurité nationale, le général Michael Flynn (8) a annoncé qu’il allait recentrer l’Agence – dont il critique ouvertement les performances - sur la recherche et l’analyse du renseignement et a désigné un nouveau directeur chargé de la remettre au pas (9). Flynn a déclaré qu’il allait confier à l’avenir l’ensemble des opérations clandestines au Commandement des opérations spéciales [USSOCOM (10)/JSOC (11)] - donc au Pentagone -, ce à quoi la CIA est déterminée à s’opposer à tout prix.
- Donald Trump, Mike Flynn, mais aussi le futur secrétaire d’Etat, Rex Tillerson – actuel président d’Exxon-Mobil - n’ont pas fait mystère de leur volonté de renouer des relations de confiance et de partenariat avec la Russie de Poutine, ce qui va à l’encontre des positions de l’administration actuelle et de ses intérêts.
 
Nous sommes donc là de manière évidente dans une affaire américano-américaine ou deux clans s’affrontent pour rénover ou conserver le pouvoir... avant le 20 janvier, date de prise de fonction de Donald Trump. Ainsi, Barack Obama et son administration s’emploient clairement à :
- pourrir la situation pour le début de la présidence Trump, à défaut de pouvoir remettre en cause son élection,
- saboter le rapprochement américano-russe.
Rappelons également que l’expulsion des officiels russes intervient quelques jours après la libération d’Alep par la coalition russo-syrienne et l’accord de cessez-le-feu conclu entre Russes, Syriens, Iraniens et Turcs sans la participation de Washington.
Ce sont là deux déconvenues majeures de la politique étrangère américaine. Enfin, rappelons qu’Edward Snowden, la bête noire du renseignement américain, est toujours à Moscou. Dès lors, rien d’étonnant à ce que Washington multiplie les provocations vengeresses à l’encontre de la Russie.
 
La réaction russe
La Russie a "catégoriquement" rejeté les accusations dont elle est l’objet, les jugeant "indécentes". A titre de réciprocité, Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères a immédiatement proposé à Vladimir Poutine de déclarer persona non grata trente et un diplomates de l'ambassade des États-Unis à Moscou et quatre du consulat de Saint-Pétersbourg et de leur interdire l’utilisation d’une maison de campagne dans la banlieue de Moscou et d’un bâtiment leur servant de dépôt dans la capitale. Mais le président russe a déclaré qu'il n’expulserait aucun diplomate américain, souhaitant ne pas répondre à ce "nouveau geste inamical de l'administration américaine sortante" destiné "à déstabiliser plus encore les relations russo-américaines", alors même qu’il attend l’entrée en fonction du nouveau président américain pour rétablir avec lui des relations de confiance entre les deux pays. Donald Trump a salué aussitôt "l'intelligence" du président russe. Force est de constater l’astuce avec laquelle Vladimir Poutine a su éviter le piège tendu par l’administration américaine, désamorçant ainsi une crise aurait pu provoquer une tension majeure.
Le psychodrame sur le prétendu mais non étayé piratage russe n'a pas peut-être pas encore atteint son paroxysme, car il reste trois semaines avant l’investiture de Donald Trump. Mais déjà, cette affaire, dans laquelle le grotesque le dispute à l'absurde, s’affirme comme l’une des histoires les plus surréalistes des relations internationales contemporaines.
 
Conséquence de la croissance exponentielle des supports d’information (internet, réseaux sociaux, médias audiovisuels) depuis le milieu des années 1990, puis de l’entrée en scène des Spin Doctors à partir de 2002, le monde est entré dans une nouvelle ère de manipulation de l’information et des opinions. La combinaison d’un Storytelling efficace et de la maîtrise des canaux de communication internationaux permet de faire apparaître le faux encore plus vrai que le vrai (12). Les justifications fantaisistes de l’invasion de l’Irak en 2003, le "roman" des "révolutions" arabes à partir de 2011, les présentations faussées de la crise ukrainienne et du conflit syrien n’en sont que les illustrations les plus visibles.
En accusant le Kremlin de vouloir pour manipuler et détruire la démocratie américaine, une partie de l’Establishment d’outre-Atlantique s’est lancée dans une tentative aussi pathétique que désespérée ayant pour but de permettre à ses membres de conserver leurs postes et de poursuivre la politique internationale de tension qu’ils ont mis en place depuis le début des années 2000, la seule qui, à leurs yeux, permette d’assurer la pérennité de la domination politique et économique des Etats-Unis sur le monde.

Editorial, Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R)

(1) 50 agents avaient dû alors quitter le territoire américain.
(2)
https://www.us-cert.gov/sites/default/files/publications/JAR_16-20296A_GRIZZLY%20STEPPE-2016-1229.pdf
(3) De très nombreux piratages ont été attribués à ces deux groupes, dont celui qui a visé TV5 Monde en 2015.
(4) Nom donné par les Américains à la soit-disant opération russe.
(5) https://www.dhs.gov/news/2016/10/07/joint-statement-department-homeland-security-and-officedirector-national
(6) http://www.foxnews.com/politics/2016/12/16/wikileaks-founder-assange-on-hacked-podesta-dncemails-our-source-is-not-russian-government.html
(7) Guatemala, Iran, Vietnam, Indonésie, Argentine, Philippines, Bosnie… pour ne citer que quelques exemples célèbres, sans parler des interventions dans la vie politique européenne pendant la Guerre froide, notamment en France et en Italie.
(8) Ancien officier des forces spéciales et ex directeur du renseignement militaire (DIA).
(9) Il lui reproche notamment d’avoir envoyé les analystes sur le terrain, ce qui leur a fait perdre tout recul, altérant considérablement les capacités d’analyse de l’Agence. Il est par ailleurs déterminé à restreindre son autonomie, considérant qu’elle est devenue une véritable "armée privée" imposant régulièrement sa vision de la situation internationale à la Maison-Blanche.
(10) United States Special Operations Command.
(11) Joint Special Operations Command.
(12) Le 30 décembre, des responsables américains ont "informé anonymement" certains médias que la
Russie avait fermé l'école anglo-américaine de Moscou en représailles à l’expulsion de ses diplomates.
CNN a été la première à diffuser cette information, largement reprise par les réseaux sociaux… qui est évidemment dénuée de tout fondement !

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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