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DENECE Eric

DENECE Eric

Né en 1963

 
Directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R)
et de sa société de conseil en Risk Management (CF2R SERVICES).
 
Docteur ès Science Politique
 
Officier-analyste à la direction de l'Evaluation et de la Documentation Stratégique du Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN).
Ingénieur commercial export chez Matra Défense.
Responsable de la communication de la société NAVFCO, filiale du groupe DCI (Défense Conseil International).
Directeur des études du Centre d'Etudes et de Prospective Stratégiques (CEPS).
Fondateur et directeur général du cabinet d'intelligence économique ARGOS.
Créateur et directeur du département d'intelligence économique du groupe GEOS.
 
A notamment opéré au Cambodge, aux côtés de la résistance anticommuniste, et en Birmanie, pour la protection des intérêts de Total contre la guérilla locale.
A été consultant pour le ministère de la Défense concernant l’avenir des forces spéciales.
Enseigne le renseignement ou l'intelligence économique dans plusieurs écoles de commerce et universités françaises et étrangères.
 
Régulièrement consulté par les médias français et internationaux
Plus d’un millier d’interventions radiophoniques et plusieurs centaines d’interventions télévisées.
 
Auteur de vingt ouvrages et de nombreux articles et rapports consacrés au renseignement, à l'intelligence économique, au terrorisme et aux opérations spéciales.
Ses travaux lui ont valu d’être lauréat
     du Prix 1996 de la Fondation pour les Etudes de Défense (FED)
     du Prix Akropolis 2009 (Institut des Hautes Etudes de Sécurité Intérieure).
 
Ouvrages
Les services secrets israéliens : Mossad, Aman, Shin Beth, ouvrage rédigé en collaboration avec David Elkaïm, Tallandier, Paris, 2014.
L’Espionnage en 365 citations, Le Chêne, Paris, 2013.
 La face cachée des « révolutions » arabes, (dir.), Ellipses, Paris, 2012.
 Les services secrets français sont-ils nuls ?, Ellipses, Paris, 2012.
Commandos et forces spéciales, Ouest France éditions, Rennes, 2011.
Les services secrets au Moyen-Age, ouvrage rédigé en collaboration avec Jean Deuve, Ouest France éditions, Rennes, 2011.
Dico-Atlas des conflits et des menaces, ouvrage rédigé en collaboration avec Frédérique Poulot, Belin, Paris, 2010.
Histoire mondiale de l’espionnage, ouvrage rédigé en collaboration avec Gérald Arboit, Ouest France éditions, Rennes, 2010.
Renseignement, medias et démocratie(dir.), Ellipses, Paris, 2009.
Mission : agent secret(Les techniques de l’espionnage expliquées aux enfants) ouvrage rédigé en collaboration avec Sophie Merveilleux du Vignaux, collection “Graine de savant”, Milan Jeunesse, Toulouse, 2009.
Les services secrets,collection “Tout comprendre”,EPA éditions, Paris, 2008.
Renseignement et contre-espionnage, collection “Toutes les clés”, Hachette pratique, Paris, 2008 (Prix Akropolis 2009).
Histoire secrète des forces spéciales (de 1939 à nos jours), Nouveau monde, Paris, 2007 (traduit en polonais et en portugais).
Tourisme et terrorisme. Des vacances de rêve aux voyages à risque, ouvrage rédigé en collaboration avec Sabine Meyer, Ellipses, Paris, 2006.
L’autre guerre des Etats-Unis. Economie : les secrets d’une machine de conquête, ouvrage rédigé en collaboration avec Claude Revel, Robert Laffont, Paris, 2005.
Al-Qaeda : les nouveaux réseaux de la terreur(dir.), Ellipses, collection “Géopolitique”, Paris, 2004.
Les secrets de la guerre économique,ouvrage rédigé en collaboration avecAli Laïdi, Seuil, Paris, 2004.
Forces spéciales, l’avenir de la guerre, collection “L’art de la guerre”, éditions du Rocher, Paris, 2002
Guerre secrète contre Al-Qaeda(dir.), Ellipses, collection “Géopolitique”, Paris, 2002.
Le nouveau contexte des échanges et ses règles cachées. Information, stratégie et guerre économique, L'Harmattan, Paris, 2001.
Géostratégie de la mer de Chine méridionale et des bassins maritimes adjacents, L'Harmattan, collection “Recherches asiatiques”, Paris, 1999.

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Qui lutte vraiment contre Daesh ?

Publié dans De par le monde
Qui cherche vraiment à lutter contre Daesh ?
 
 Nous venons de fêter le premier anniversaire de la proclamation de l’organisation "Etat islamique" (Daesh).
Celle-ci a pu s’emparer, au premier semestre de 2014, d’une partie de la Syrie et de l’Irak afin d’y établir son califat, profitant d’une situation favorable, en premier lieu due aux erreurs politiques du gouvernement chiite d’Al-Maliki. Toutefois, il convient de rappeler que ce sont les Etats-Unis, qui ont contribué au déclenchement du phénomène Daesh par leur invasion illégitime de l’Irak en 2003 et le démantèlement de l’armée de Bagdad.
Douze mois après cette proclamation d’un nouveau califat par le leader de Daesh, Al-Bagdadi, qu’en est-il de l’influence et de l’emprise réelle de cette organisation ?
L’ "Etat islamique" contrôle désormais une grande partie des territoires sunnites d’Irak ainsi que près de la moitié de la Syrie, après ses récentes conquêtes de Ramadi et de Palmyre. Selon Fabrice Balanche, géographe et spécialiste de la Syrie, l’EI aurait conquis au total 300 000 km2, ce qui correspondrait "au onzième pays arabe par sa superficie, derrière Oman, sur les vingt-deux que compte la Ligue arabe".




Toutefois, il convient de relativiser l’importance des zones contrôlées par Daesh. Celles-ci sont en grande partie désertiques, voire vides, et l’organisation "Etat islamique" est en réalité installée au sein des villes et villages qui se trouvent sur les axes de communication qui traversent ces régions. Il s’agit donc essentiellement d’une emprise urbaine. Il n’en demeure pas moins que les populations locales vivent depuis maintenant un an sous la coupe de ce régime délirant qui met chaque jour en application les principes de vie d’un islam rétrograde et archaïque qui guident son action. Daesh s’attache à créer un véritable Etat avec ses attributs classiques (monnaie, police, justice, armée, etc.). Et personne, en dépit des discours ambiants, ne semble véritablement décidé – pour le moment - à lui disputer les zones qu’il contrôle.
Or, plus encore qu’Al-Qaeda, Daesh exerce sur les candidats au djihad un indéniable pouvoir d’attraction. Le Premier ministre irakien, Al-Abadi, a souligné la présence toujours plus importante d’étrangers dans les rangs des djihadistes. Jusqu’à fin 2014, les combattants irakiens représentaient environ 60% des effectifs, pour 40% d’étrangers. Aujourd’hui, la proportion s’est inversée.
        
Comment se fait-il qu’un an après sa création, ses déclarations de guerre au reste du monde et sa revendication d’actions terroristes, aussi peu ait été fait contre l’organisation "Etat islamique" ? En effet, les résultats obtenus par la coalition internationale emmenée par les États-Unis - à laquelle la France participe - ne semblent pas avoir d’impacts majeurs sur elle.
 
Retenue, incompétence et double-jeu des forces en présence
Lorsque l’on analyse la situation, il est possible de constater que l’ensemble des acteurs engagés dans la lutte contre Daesh font preuve d’ambiguïté, de retenue, d’incompétence ou de double jeu dans leur action, ce qui favorise l’organisation terroriste, même si les coups portés sont parfois sévères et finissent peu à peu par affaiblir son système.
        
Premier acteur concerné, l’armée irakienne.
Celle-ci donne régulièrement l’exemple, depuis plus d’un an, de l’étendue de son incompétence et de son manque de combativité. Les unités sunnites fuient systématiquement contre Daesh, même lorsqu’elles sont largement supérieures en nombre et en armement, abandonnant à leurs adversaires des quantités impressionnantes d’armes, de munitions et de matériels fournis par les Américains. A Mossoul, en juin 2014, 30 000 militaires irakiens ont fui devant un millier de djihadistes ; un an plus tard à Ramadi (mai 2015), 10 000 soldats de Bagdad se sont débandés face à l’attaque de 400 terroristes, laissant de nouveau derrière eux de très nombreux armements.
En douze mois, les forces de défense et sécurité irakiennes ont ainsi abandonné aux combattants de l’Etat islamique plus de 2 300 Humvees. Ils ont également perdu plus de 40 chars M1A1 et plus d’une cinquantaine de pièces d’artillerie M198, sans parler de plus de 75 000 mitrailleuses et bien davantage encore d’armes individuelles avec leurs munitions.
 
Indirectement, les Américains et les Irakiens fournissent donc à Daesh tous les équipements et les armes dont il a besoin.
Parallèlement, Washington continue à livrer de très nombreux équipements aux forces de Bagdad (1), lesquelles ne sont guère plus combattives qu’il y a un an, comme l’a illustré la prise de Ramadi. Les généraux irakiens sont dépassés, d'un point de vue technique comme tactique, alors même qu’ils font face à des officiers aguerris, innovants et motivés.
De plus, les forces armées et de sécurité irakiennes souffrentde graves lacunes en matière de renseignement, ce qui affecte profondément leurs performances face à leur adversaire. Elles se sont révélées incapables d’anticiper les attaques et de construire un réseau d’informateurs et d’agents derrière les lignes adverses, comme de recruter dans les rangs de Daesh. Inversement, elles sont profondément infiltrées par l’organisation djihadiste et les autorités irakiennes se sont révélées incapables de lutter contre le terrorisme qui ensanglante régulièrement le pays.
Le gouvernement irakien chiite reste par ailleurs très réticent à armer les sunnites contre Daesh, de peur qu’ils ne passent dans l’autre camp. Malgré le renvoi d’Al-Maliki, les autorités de Bagdad restent encore dans une logique de revanche vis-à-vis d’eux, suite aux exactions commises ces dernières années contre les chiites, ce qui ne permet guère aux sunnites anti-Daesh d’adhérer à sa politique. Généralement mal armés, ceux d’entre eux qui ont rejoint la lutte contre l’organisation “Etat islamique” sont à leur tour ciblés et décimés par elle... ou finissent par la rejoindre, contraints et forcés.
 
Il est donc pour le moins paradoxal d’entendre les récriminations du Premier ministre irakien, Al-Abadi,à l’occasion de la réunion des représentants des pays membres de la coalition anti-EI, début juin à Paris. En cette occasion, il a déclaré sans rougir : "Je pense que c’est un échec de la communauté internationale. Concernant le soutien à l’Irak, il y a beaucoup de mots mais peu d’actions sur le terrain". Par ailleurs, le chef du gouvernement irakien a affirmé que ses forces armées n’étaient pas suffisamment aidées, en particulier pour ce qui concerne les armes et les munitions. "Nous n’en avons pas reçu beaucoup, presque rien. Nous ne devons compter que sur nous-mêmes", a-t-il avancé. Enfin, il a affirmé que "le soutien aérien n’est pas suffisant". Sans doute - à l’image des propos tenus il y a quatre ans, par le général Abdel Fatah Younes, ancien ministre de l’Intérieur de Kadhafi ayant pris la tête des forces de la rébellion libyenne -, espère-t-il que les Occidentaux fassent le travail à la place des Irakiens…
 
Contrairement à leur discours, les autres Etats du Moyen-Orient membres de la coalition (Turquie, Jordanie, Arabie saoudite, Qatar) ne luttent que mollement contre Daesh. Pire, presque tous entretiennent le phénomène en le soutenant directement ou indirectement.
 
- La Turquie, dont le régime de plus en plus personnel et autoritaire du président Erdogan, membre des Frères musulmans, appuie les djihadistes en Syrie pour asseoir son influence régionale, mais aussi parce qu’il partage leur désir d’instauration du califat. Rappelons que cet Etat est membre de l’OTAN et candidat à l’entrée dans l’Union européenne. Précisons également que les récentes frappes de l’armée de l’air turque contre Daesh, en réaction à un attentat de l’Etat islamique, ne changent en rien la position d’Ankara et de son président. Elles servent même à occulter, aux yeux de l’opinion internationale, les opérations similaires lancées contre les Kurdes.
 
- Le Qatar et l’Arabie saoudite, soutiens idéologiques et financiers du salafisme et des Frères musulmans, laissent certains de leurs ressortissants fortunés appuyer Daesh. Ces régimes arabes alliés de l’Occident sont les plus inégalitaires au monde. Ce sont des monarchies extrémistes, hypocrites et esclavagistes, bafouant les libertés politiques et religieuses, les droits de la femme et des étrangers, le droit du travail et soutenant massivement l’intégrisme religieux conduisant au djihad partout dans le monde, avec l’espoir illusoire que les créatures qu’elles ont enfanté ne se retournent pas un jour contre eux.
Ainsi, le soutien à Daesh se poursuit via de nombreux canaux en provenance du monde arabe. Les frontières de "l’Etat islamique" ne sont volontairement pas contrôlées, de nouveaux combattants peuvent ainsi y entrer, du ravitaillement peut y parvenir et de nombreux trafics de toute nature se développer. Daesh est donc loin d’être asphyxié grâce à la bienveillance de ces Etats. Plus étonnant, de récents sondages montrent que la population de plusieurs pays arabes est favorable à une victoire et une extension de l’Etat islamique.
Mais surtout, il est étonnant que seul un nombre extrêmement réduit d’observateurs aient mis en lumière le double-jeu de l’Arabie saoudite, révélé à l’occasion de son action armée illégale au Yémen. En effet, Ryad a engagé 150 000 hommes et réuni autour de lui une coalition (2) afin de lutter contre les Houthis, lesquels ne représentent en rien une menace pour la sécurité du Moyen-Orient ni pour la paix mondiale. Ils se battent, non pour imposer au monde une vision violente, obscurantiste et sectaire de l’islam, mais pour retrouver une autonomie et une considération vis-à-vis du gouvernement d’Aden qui leur a été retiré en 1962.
        
Pourquoi les Saoudiens ont-ils déployés une telle armée, mobilisé leur garde nationale et battu le rappel de leurs alliés arabes, asiatiques et occidentaux pour lancer une offensive contre les tribus d’un pays voisin, alors que Ryad ne fait absolument rien contre l’Etat islamique ? Sans doute faut-il rappeler que les Houthis sont des zaydites, une secte de l’islam proche du rameau chiite. S’ils ont bien reçu un soutien de l’Iran et de ses services, il ne semble pas qu’ils aient représenté le moindre danger stratégique, ni manifester la moindre velléité d’expansion territoriale au détriment de leur voisin du nord ou de menacer les voies de circulation maritimes.
Malgré l’importance des moyens engagés, l’armée saoudienne n’a connu aucun succès à l’occasion de cette opération. Au passage, notons que personne n’a dénoncé les importants dommages collatéraux que l’armée de l’air saoudienne a provoqué au Yémen - en dépit des renseignements précis transmis par ses alliés américains -, pas plus la presse internationale que les Etats occidentaux. Cela laisse songeur si l’on compare avec la manière dont les médias traitent des événements en Syrie, en Israël et à Gaza.
Ainsi, l’Arabie saoudite, dans sa peur de l’Iran est en train de saboter la tentative d’accord 5+1 et fait tout pour multiplier les conflits locaux dans lesquels des forces iraniennes sont engagées afin de faire de chacun de ces théâtres un bourbier dans lesquels Téhéran soit de plus en plus engagé et s’enlise. Dans cette perspective, Daesh et Jabat Al-Nosrah sont les alliés objectifs et officiels de Ryad, dont les intérêts sont aujourd’hui de plus en plus aux antipodes de ceux des Occidentaux.
 
L’impact limité des frappes contre Daesh
Les frappes contre Daesh sont réelles mais ne sauraient être comparées à une véritable campagne de frappes comme celles qui avaient précédé l’invasion de l‘Irak, en 1991 et en 2003. Certes, les objectifs ne sont pas de même nature, il n’y a guère d’hommes au sol (quelques dizaines contre plusieurs centaines) et l’on parle de limiter les dégâts collatéraux, ce dont personne ne semblait se préoccuper lors de l’offensive de 2003 contre Saddam Hussein.
Les frappes aériennes de la coalition sous commandement américain ont lieu essentiellement en Irak, comme si l’on voulait laisser le champ libre à Daesh à l’ouest, sur le front syrien, où l’organisation peut se replier et agir contre Bachar El-Assad. En effet, comment avec les moyens modernes de surveillance (satellites, aéronefs, drones, etc.), les membres de la coalition anti-Daesh peuvent-ils faire croire qu’ils ont été surpris par son offensive à Palmyre, après un déplacement de ses unités sur plusieurs centaines de kilomètres en plein désert ?
        
Il convient de reconnaître que la stratégie suivie jusqu’à présent ne donne pas les résultats espérés. Fin mai, le Pentagone a annoncé qu’il avait conduit, depuis l’été 2014 plus de 15 600 sorties aériennes en Irak et en Syrie (3) – pour un coût de 9 millions de dollars par jour – et qu’il éliminait près d’un millier de combattants de l’organisation chaque mois. Si cela s’avère exact, cela ne semble toutefois guère avoir d’effet sur l’organisation "Etat islamique", qui semble conserver ses capacités d’action, malgré plus de 10 000 pertes dans ses rangs.
Cela est sans doute dû au fait que les Etats-Unis et leurs alliés européens et moyen-orientaux poursuivent et accélèrent même la formation et l’équipement des djihadistes syriens pour parvenir au renversement de Bachar El-Assad. Leur regroupement, sous le nouveau nom de "L’Armée de la conquête" n’est qu’un leurre. Pour l’essentiel, il s’agit toujours des terroristes de Jabat Al-Nosra, la branche locale d’Al-Qaïda, groupe contre lequel l’Occident est toujours sensé lutter.
Des officiels américains ont reconnu que la CIA avait, depuis le début des événements en Syrie (2011), entrainé et équipé plus de 10 000 hommes dans des camps d’entrainement en Jordanie. L’agence leur fournit également des renseignements afin de monter des opérations et les approvisionne constamment en armes et en munitions, ne semblant pas avoir tiré les leçons des années précédentes où de nombreux groupes de combattants qu’elle a formés ont rejoint les rangs des djihadistes et de Daesh.
 
Finalement, seul l’Iran semble attaché à lutter efficacement contre Daesh, même si cette attitude n’est pas dénuée d’arrières-pensées. Téhéran est le principal allié du régime syrien, auquel il fournit un soutien financier et militaire important. Ses troupes sont engagées en Irak et en Syrie, où elles combattent directement ou encadrent des milices locales, lesquelles se révèlent nettement plus combattives que l’armée régulière de Bagdad. Néanmoins, la coordination entre Iraniens et Américains est quasiment nulle et ne permet pas d’améliorer l’efficacité des opérations.
Le président iranien Hassan Rohani a fustigé en juin les erreurs de calcul des Etats appuyant la rébellion syrienne et affirmé que son pays soutiendrait le régime de Bachar al-Assad jusqu’à la fin. Téhéran considère les rebelles comme des terroristes et accuse les pays occidentaux, la Turquie et les pays du Golfe de financer aussi bien l’organisation "Etat islamique" que Jabat Al-Nosra, afin d’atteindre leurs objectifs régionaux. Mais après quatre ans de résistance et de persévérance, l’Iran considère que les plans des ennemis de la Syrie, qui pensaient venir à bout de ce pays en quelques mois, se sont effondrés.
 
La navrante attitude française
L'aviation française a procédé à 135 frappes contre Daesh en Irak, entre le 19 septembre 2014 et le 27 mai 2015 (dernier bilan disponible). Ces tirs ont permis la destruction de 202 objectifs selon l'état-major des armées. Au total, ce sont 874 missions qui ont été conduites en Irak, depuis le début des opérations (bombardements, reconnaissance armée, renseignement dans la profondeur et ravitaillement en vol). Ces missions relèvent de l'armée de l'air - déployée sur deux bases, en Jordanie et aux Emirats arabes unis – et de la marine, qui a dépêché le porte-avions Charles-de-Gaulle, dans le golfe Persique.
La participation française aux frappes représente un peu moins de 5% du total en Irak, car Paris n’a pas souhaité intervenir contre des cibles situées en Syrie. C’est dire le côté plus que symbolique de notre action. Dès lors, quel est notre objectif ? Comme le rappelle le colonel Michel Goya, "S’il s’agit de détruire les organisations djihadistes, soyons réalistes c’est hors de portée la France car cela supposerait d’agir, à l’intérieur même des frontières de pays arabes pour s’attaquer à des causes politiques, économiques, sociales et idéologiques profondes sur lesquelles nous avons peu de prises directes  Nous pouvons, en liaison ou non avec des forces étrangères, porter des coups, affaiblir, détruire des bases, éventuellement des réseaux mais il ne s’agit que de coupures de têtes d’hydre (4)". Aussi convient-il de reconnaître que notre action est une contribution plus que marginale à la coalition et d’une efficacité quasi nulle.
        
Notre politique n’est qu’un amas de contradictions. D’une part, nous nous sommes engagés pour lutter contre l’organisation "Etat islamique", mais continuons à soutenir la branche d’Al-Qaïda en Syrie et sommes alliés de deux monarchies islamistes aux valeurs diamétralement opposées aux nôtres. Comment pouvons-nous espérer lutter efficacement contre le terrorisme qui frappe notre territoire alors même que notre opposition aveugle à Bachar El-Assad a conduit certains de nos compatriotes dérangés à rejoindre les rangs des djihadistes contre le régime syrien ? De même, comment François Hollande a-t-il pu évoquer, en mai 2015, les méfaits de l’esclavage aux Antilles et en Haïti, alors même qu’il arrivait directement de Ryad où il n’en n’a pas dit un mot, alors que ce pays reste l’un des derniers à autoriser et à pratiquer l’esclavage et est l’un des régimes les plus répressifs de la planète ? C’est consternant, mais ce n’est pas là la première contradiction du locataire de l’Elysée.
        
D’autre part, nous manquons cruellement de moyens – notamment aériens - afin d’agir au Sahel contre les djihadistes. Pourtant, nous dispersons nos forces partout dans le monde. Nul doute que les 135 frappes aériennes conduites en Irak auraient eu un effet bien plus significatif si elles étaient intervenues en appui de nos forces déployées dans l’espace sahélo-saharien. Nos moyens étant ce qu’ils sont, il paraitrait plus opportun de les concentrer sur un théâtre où l’action de nos forces peut encore avoir des effets concrets sur la situation locale. Mais nous semblons ignorer ce principe stratégique élémentaire.
 
                                                                                                                      *
 
En dépit du danger qu’ils représentent, des crimes odieux qu’ils perpétuent ou commanditent et de la propagande qu’ils répandent partout dans le monde, les djihadistes de l’organisation "Etat islamique" sont loin de ne connaître que des succès. Malgré une communication ronflante vantant leurs victoires, leurs échecs sont nombreux : ils ne sont pas parvenus à s’emparer de Bagdad ou du Kurdistan, malgré les divisions importantes au sein des Kurdes (5), ni à renverser Bachar El-Assad. Surtout, depuis l’été 2014, l’expansion territoriale de Daesh est interrompue. L’organisation perd désormais autant de terrain qu’elle en conquiert. Si les frappes et les raids de commandos occidentaux et iraniens contre elle n’ont pas permis de la faire reculer, ils sont cependant parvenus à la contenir.
Toutefois, force est de constater l’efficacité très relative des actions conduites contre l’ "Etat islamique". Aucun effet concret ne pourra être obtenu tant que les frontières de l’espace qu’il contrôle ne seront pas hermétiquement fermées ; tant que les pays arabes voisins aideront ou laisseront certains de leurs ressortissants financer ou rejoindre Daesh ; et tant que les services spéciaux occidentaux et arabes soutiendront les autres formations djihadistes en Syrie. Au vu de la situation actuelle, autant dire que nous en sommes loin !
 
(1) 175 chars et une dotation de 55 000 obus, 250 blindés de transport de troupes, 2000 lance-roquettes AT-4… afin de détruire les véhicules américains saisis par Daesh, etc. Autant de matériels qui pourraient se retrouver entre les mains de "L’Etat islamique" au rythme où vont les choses !
(2) Le Pakistan, le Qatar, les Emirats arabes unis, le Sénégal et la France – ainsi que et les Egyptiens sur le plan naval - se sont associés à cette opération à laquelle Washington a donné son feu vert.
(3) Les frappes américaines représentent à elles seules plus de 95% des opérations conduites par la coalition
(4) Michel Goya, "Africa First", La voie de l’épée, http://lavoiedelepee.blogspot.fr/2015/06/africa-first.html
(5) Les Kurdes sont divisés et relativement peu enclins à combattre Daesh, sauf à défendre leurs zones de peuplement. Surtout, il convient de rappeler qu’ils sont nombreux à avoir rejoint l’organisation Etat islamique et à combattre dans ses rangs. Par ailleurs, ils sont toujours en guerre avec la Turquie qui continue à les combattre afin qu’ils ne profitent pas de la situation actuelle pour s’émanciper de sa tutelle.

Centre Français de Recherche sur le Renseignement, Editorial, juiillet 2015

"Cette respectabilité sémantique .. "

Publié dans De par le monde
"Cette respectabilité sémantique accordée à ces criminels est proprement inadmissible !"

Le Temps d'Algérie : Certains médias français, dont Le Figaro, ont qualifié de "militants" les 22 terroristes éliminés hier par l'armée. Bourde ou lapsus ?
J'espère vraiment que c'est un malheureux lapsus, car sinon, cette "respectabilité sémantique" accordée à ces criminels est proprement inadmissible ! Ce sont des terroristes qui s'inscrivent dans la continuité d'un mouvement qui a fait des centaines de milliers de morts en Algérie et qui adhèrent à l'idéologie obscurantiste et mortifère d'Al-Qaïda et de Daesh. Il n'est pas possible d'avoir du respect pour ces individus-là. Maintenant, il faut aussi se souvenir que les médias français ont été très partiaux dans leur traitement de la guerre civile algérienne des "années noires", voyant les militaires et le DRS derrière la majorité des actions terroristes…. Il reste des traces de cette lecture faussée de la situation, et des partisans du "Qui tue qui ?" sont toujours en activité dans nos médias.
 
Les terroristes de Daech et d'Al Qaïda sont qualifiés de rebelles, d’opposants, d’islamistes ou de djihadistes quand ils sévissent en Syrie et en Irak, et appelés de leur vrai qualificatif (terroristes) quand ils sévissent en Occident. Pourquoi cette contradiction ?
Ce n'est pas tout à fait exact.
Les médias français considèrent tous que Daech et Al Qaïda sont des terroristes et représentent un réel danger. Toutefois, dans deux pays (la Syrie et à moindre degré l'Egypte), dont les régimes ne trouvent pas grâce à leurs yeux, ils sont plus tolérants pour les actions de Daech, de Jabhat Al-Nosrah ou des Frères musulmans. C'est une grave méprise, une véritable contradiction qui relève d'une profonde méconnaissance des enjeux locaux et internationaux. Celle-ci vient d'ailleurs du niveau politique, puisque ces mouvements restent soutenus par l'Occident, alors même qu'ils appartiennent à des formations terroristes qui souhaitent la disparition de notre civilisation.
 
Une polémique était née en France il y a quelques semaines suite à l'interview accordée par le président Bachar El Assad à France 2. Des voix s'étaient élevées contre le fait d'accorder la parole au président syrien. Cependant, des terroristes, comme celui surnommé le "zombie", auteur d'un acte de cannibalisme lorsqu'il a arraché et mangé le cœur d'un soldat syrien, a été interviewé par le journal britannique The Times sans que ces voix ne dénoncent cette interview. Assiste-t-on à un renversement des valeurs humaines ?
Non, nous n'assistons pas à un renversement des valeurs.
Et ce que disent les médias n'est pas nécessairement le reflet de l'opinion. On observe une certaine politisation de nos médias, en ce sens qu'ils sont dans le "politiquement correct" qui est une véritable gangrène en France, et dans le mainstream médiatique international, orienté par la presse américaine. Dès lors, la vision du monde que donnent les médias sur les sujets internationaux est de plus en plus faussée. Je note qu'ils ont tous soutenu l'intervention saoudienne au Yémen et qu'aucun média ne s'est offusqué de cette opération d'ingérence dans un pays voisin. Je n'ai lu nulle part de critique, malgré les bombardements aveugles de Ryadh ayant provoqué de très nombreux morts et des destructions civiles. Il y avait pourtant matière à réagir : outre l'aspect humanitaire, nos médias auraient pu stigmatiser le fait que, pour une fois que des pays arabes étaient capables de constituer une coalition militaire… c'était pour attaquer un autre pays arabe ! Européens et Américains ne sont pas les seuls à nager en pleine contradiction !
 
Certains disent que nombre de médias appartiennent à des constructeurs d'armes, les mêmes qui fournissent des armes à Daech. Croyez-vous que c'est de la fiction ?
Oui, c'est de la fiction.
Par exemple le groupe Dassaut, qui contrôle plusieurs médias, ne fournit aucune arme à Daech : au contraire, il fabrique les Rafale français qui bombardent l'Etat islamique. Le fait qu'il soit propriétaire du Figaro n'a pas d'impact sur le travail des journalistes. Ceux-ci sont tellement attachés à leur indépendance qu'un propriétaire de groupe de presse n'influe pas sur leur travail. Un patron de groupe de presse peut toutefois licencier des journalistes s'ils écrivaient trop de papiers contraires à ses intérêts. Mais cette situation n'est pas propre à la France.
 
Ne croyez-vous qu'on assiste à un soutien médiatique à Al Qaïda et Daech pour les encourager à poursuivre la destruction de la Syrie et de l'Irak ?
En aucun cas !
Mais ce qui est une réalité, c'est que la majorité des médias français ont pris parti contre Bachar (comme ils l'avaient fait contre Kadhafi), sans véritablement réfléchir et parce c'est la ligne que suit la presse occidentale sous influence anglo-américaine. Encore une fois, je n'ai vu aucun média - et bien sûr aucun politique - faire remarquer que si l'Arabie saoudite et ses alliés avaient mobilisé le volume des forces terrestres et aériennes engagés contre le Yémen pour attaquer Daech en Irak et en Syrie, il n'en resterait pas grand-chose.
Cela veut dire que pour Ryadh, Doha et leur alliés, les Houthis sont une menace plus grande que Daech… et qu'ils se satisfont donc de l'existence de cet Etat islamique contre lequel ils ne mènent que des actions symboliques, quand ils ne le soutiennent pas dans l'ombre. Le wahhabisme ne représente guère plus de 10% du sunnisme ; or il est parvenu à imposer sa vision du monde et son interprétation de l'Islam à tous, musulmans comme Occidentaux. Il est temps que cela change. Heureusement, l'Arabie saoudite ne va pas si bien...

Entretien réalisé par Mounir Abi, 20 mai 2015, adressé par l'auteur, 21 mai 2015

Victimes françaises du terrorisme

Publié dans En France
Les victimes françaises du terrorisme depuis 2001
 
 
Entre le début des actes terroristes djihadistes lancés par Oussama Ben Laden et Al-Qaïda contre l’Occident, le 11 septembre 2001, et le 19 mars 2015, date du dernier attentat dans lequel des Français ont perdu la vie, notre pays a eu à déplorer 102 victimes en 13 ans et 6 mois, dans 34 actions (3 en France et 31 à l’étranger), qu’elles aient été dirigées ou non contre notre pays. Cela nous donne la triste moyenne de 7,5 morts par an et ce décompte macabre ne prend pas en compte les nombreuses autres attaques dans lesquelles certains de nos compatriotes ont été blessés.
En conséquence de l’importance de la menace et de son imprévisibilité, nous vivons constamment depuis 2001 dans la crainte de telles attaques, tant en raison des intentions et de l’action psychologique des groupes terroristes, que du relais que leur accordent nos médias, complices inconscients qui diffusent leur propagande et publicisent leurs actions.
Certes, la menace est une réalité et la barbarie des actes terroristes bien réelle. Ces attaques et ces victimes sont trop nombreuses. Toutefois, il n’est pas inutile de relativiser ce danger qui apparaît (trop) souvent au premier rang de nos préoccupations.
Dans cette perspective, il convient de pouvoir considérer cette triste réalité en creux et la comparer avec d’autres chiffres, afin de mesurer statistiquement l’impact réel que de tels actes ont sur notre pays et ses habitants. Bien sûr, nous sommes conscients que les chiffres sont sans âme et qu’ils ne rendent compte que d’une partie de la réalité, mais leur analyse n’est pas dénuée d’intérêt.
 
Analyse des actions terroristes
       Les attentats empêchés
Aucun attentat islamiste n'a touché la France sur son sol entre 1996 et 2012.
Il est régulièrement évoqué que les services de sécurité intérieurs auraient empêchés près de 70 attentats depuis 2001, sans que plus de précisions soient données. Parmi les projets d’attentats qui ont échoué en France, grâce au travail préventif des services, ou du fait de la vigilance de la population, quelques cibles peuvent être rappelées :
- la coupe du monde de football en 1998 ;
- le marché de Noël à Strasbourg, en décembre 2000 ;
- l'ambassade des Etats-Unis, à Paris, à l’automne 2001 ;
- un avion reliant Paris aux Etats-Unis, en décembre 2001 ;
- attentat chimique, contre la représentation russe à Paris en 2002.
- attentat chimique en décembre 2002 dans le métro et un aéroport parisiens ;
- île de la Réunion en 2003 ;
- le siège de la DST en septembre 2005.
        
Depuis août 2013, la Direction centrale du renseignement intérieure (DCRI) a déjoué cinq projets d'attentats et démantelé une dizaine de filières dans l'Hexagone.
En 2014, des djihadistes ont cherché à organiser des attentats dans les villes de Lille, Nice et en Ile-de-France (Val de Marne).
Le tableau ci-dessous permet de mesurer que le nombre d’attentats empêchés par nos services est largement supérieur au nombre d’attaques réalisées, en France et à l’étranger.
 
LES ACTES TERRORISTES CONTRE LA FRANCE OU DES FRANÇAIS
Nombre d’actions dans lesquelles des Français ont été tués ou blessés                                                             41
Nombre d’actions dans lesquelles ont été tués des Français en France                                                               3
Nombre d’actions dans lesquelles ont été tués des Français à l’étranger                                                            31
      Dont opérations dirigées contre la France ou des Français                                                                         23
      Dont opérations ne ciblant pas la France                                                                                                  18
Nombre d’attentats à l’étranger ciblant la France ou des Français n’ayant pas fait de victimes françaises               5
Nombre d’attentats en France ciblant des Français n’ayant pas fait de victimes                                                   2
Nombre d’attentats empêchés en France                                                                                                       70 (estimation)
Nombre d’attentats empêchés à l’étranger contre des Français                                                                        Non connu

LES VICTIMES FRANÇAISES DU TERRORISME (EN FRANCE ET A L’ETRANGER : 2001-2015)
Chiffres établis sur la période 11 septembre 2001 – 19 mars 2005.
Bilan d’attaques et d’attentats hors opérations de combat des forces françaises.

 
Année / Nombre de victimes :
2001/5 - 2002/17 - 2003/5 - 2004/2 - 2005/1 - 2006/- - 2007/8 - 2008/4 -2009/2 - 2010/3 - 2011/11 - 2012/12 - 2013/9
- 2014/3 - 2015/20 (1er trimestre) - TOTAL : 102
Moyenne annuelle 2001-2015 : 7,5

      Les victimes françaises du terrorisme djihadiste 2001-2015
En dressant la liste exhaustive des victimes française du terrorisme depuis 2001, nous voulons saluer nos compatriotes disparus ou blessés et avoir une pensée pour ceux qui ont perdu un proche dans ces attentats ou ces enlèvements.

2001 (5)
- 11 septembre, New York : 5 français parmi les victimes des attentats.
2002 (17)
- 11 avril, Djerba (Tunisie) : attentat-suicide contre la synagogue de la Ghriba. 2 victimes françaises parmi les 21 personnes tuées.
- 8 mai, Karachi : 11 ouvriers et techniciens français de la Direction des constructions navales de Cherbourg-Octeville sont tués dans un attentat.
- 12 octobre, Bali : triple attentat à la bombe tuant 202 personnes et en blessant 209 autres. 4 français trouvent la mort dans ces attaques : Guillaume Breant, Lionel Erisey, Manuel Mordelet etAnthony Underwood.
2003 (5)
- Nuit du 15 au 16 mai, Casablanca : 5 attentats-suicides dans plusieurs endroits de la ville. Douze kamikazes provoquent 33 morts, dont 3 Français.
- 19 août, Bagdad : attentat au camion piégé contre le quartier général de l’ONU en Irak. 22 morts dont Jean-Selim Kanaan, un diplomate français de l’ONU.
- 16 novembre, Afghanistan: Bettina Goislard, une employée française du Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR) des Nations Unies est tuée lors d’une mission.
2004 (2)
- 11 mars, Espagne : Attentats de Madrid.
 Parmi les très nombreuses victimes, on compte une jeune française, Marion Subervielle.
- 26 septembre, Arabie Saoudite : Laurent Barbot, un expatrié français, est exécuté au volant de sa voiture à Djeddah.
2005 (1)
- 7 juillet, Londres : Attentats dans la capitale britannique (56 morts et de 700 blessés). Parmi les victimes figure un jeune ingénieur français de 24 ans, Ihab Slimane.
2007 (8)
- 26 février, Arabie Saoudite : trois couples d’expatriés français et leurs enfants sont attaqués en plein désert près de Médine. Les trois maris sont assassinés et un adolescent décédera le lendemain.

- 24 décembre, Mauritanie : 4 touristes français sont tués dans une attaque à l'est de la ville d'Aleg.
2008 (4)
- 28 janvier, Somalie : un véhicule de Médecins sans frontières est détruit par l’explosion d’une bombe actionnée à distance. Un logisticien français de MSF perd la vie dans cet attentat.
- 8 juin, Algérie : deux attentats à la bombe font 13 morts dans la ville de Lakhdaria, dont un ingénieur français, Pierre Nowacki, travaillant pour le groupe de BTP Razel.
- 26 au 29 novembre, Inde : une dizaine d’attaques terroristes ont lieu à Bombay. 166 personnes sont tuées, parmi lesquelles 2 Français : Loumia Hiridjee et son mari Mourad Amars.
2009 (2)
- 22 février, Egypte : une jeune touriste française de 17 ans, Cécile Vannier, est tuée dans un attentat à la bombe au Caire.
- 10 avril, aux large de la Somalie : Florent Lemaçon, le capitaine du navire de plaisance Tanit, est mortellement touché par un tir français lors de l’intervention de libération des otages.
2010 (3)
- 25 juillet, Mali :  Michel Germaneau, pris en otage en avril 2010 dans le nord du Niger par une cellule d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), est assassiné.
- 7 décembre, Inde : une bombe explose dans la ville sainte de l’hindouisme, Bénarès, faisant un mort et 38 blessés, dont deux Français.
2011 (11)
- 8 janvier, Mali : deux jeunes Français, Vincent Delory et Antoine de Léocour, enlevés la veille dans la capitale du Niger, sont tués lors de l’intervention militaire franco-nigérienne pour les libérer.
- 28 avril, Maroc : explosion d'une bombe dans un café à Marrakech. 17 morts  dont 8 français
- 19 octobre, Somalie : Marie Dedieu, Française de 66 ans enlevée dans sa maison, au Kenya le 30 septembre 2011, décède en captivité.
2012 (12)
- 20 janvier, Afghanistan : sur la base de Gwam, un soldat afghan ouvre le feu sur un groupe de militaires français en plein exercice sportif. 4 hommes sont tués sur le coup et 14 sont blessés, dont certains grièvement.
- 27 mars, un cinquième soldat, le capitaine Schnetterle, décède suite à ses blessures.
- 11 au 22 mars, Toulouse et Montauban : 7 meurtres sont perpétrés par Mohamed Merah contre des militaires français et une école juive.
2013 (9)
- 11 janvier, Somalie : Denis Allex, membre de la DGSE detenu depuis 2009 par les Shebab est exécuté alors que se déroule une opération pour le libérer. Au cours de l’intervention, 2 membres du commando de la DSGE perdent la vie.
- 18 janvier, Algérie : attaque terroriste contre le site pétrolier d’In Amenas. Un français Yann Desjeux, trouve la mort.
- 15 juillet, Mali : Philippe Verdon, enlevé en novembre 2011 par AQMI, est assassiné par les terroristes.
- 2 novembre, Mali : Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux envoyés spéciaux de Radio France International sont enlevés à Kidal, puis exécutés par AQMI.
- 21 septembre, Kenya : attaque terroriste contre le centre commercial de Nairobi. 2 victimes françaises, Corinne et Anne Dechauffour.
2014 (3)
- 22 avril, Mali : Gilberto Rodrigues Leal, enlevé en novembre 2012, est assassiné par  le Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO).
- 24 septembre, Algérie : Hervé Gourdel, enlevé trois jours plus tôt, est assassiné par le groupe djihadiste Djound Al-Khilafa.
- 22 décembre, Nantes : un déséquilibré fonce sur la foule avec son véhicule, provoquant une victime et 10 blessés.
2015 (20)
- 7 janvier 2015, Paris : attentat au siège parisien de Charlie Hebdo, à Montrouge et Porte de Vincennes, 17 victimes dont deux policiers.
- 19 mars, Tunis : attaque terroriste contre le musée du Bardo. 3 Français parmi les victimes.

      Attentats à l’étranger ciblant la France ou des Français n’ayant pas fait de victimes françaises (5)
- 6 octobre 2002 (Yémen) : un attentat en mer contre le pétrolier français le Limburg cause la mort d'un de ses membres d'équipage et blesse douze personnes.

- 21 septembre 2007 (Algérie) : attentat à la voiture piégée contre le groupe français de BTP Razel. L’explosion a fait neuf blessés : deux Français, un Italien et six Algériens.
- 8 août 2008 (Mauritanie) : un attentat-suicide près de l'ambassade de France à Nouakchott fait un mort et trois blessés légers, dont deux gendarmes français.  
- 23 avril 2013 (Libye) : un attentat à la voiture piégée détruit partiellement l’ambassade de France à Tripoli. 2 gendarmes français blessés.
- 24 mai 2014 (Djibouti) : attentat dans restaurant prisé des expatriés. Un mort, 20 blessés, dont sept Français.
 
      Attentats en France ciblant des Français n’ayant pas fait de victimes (2)
- 20 décembre 2014 : un homme de 20 ans récemment converti à l'islam pénètre dans le commissariat de Joué-Lès-Tours. Il agresse des policiers avant d'être abattu.
- 21 décembre 2014 : un conducteur criant "Allahu Akbar" fonce volontairement sur des piétons avec sa voiture à Dijon, blessant 13 personnes.

LES VICTIMES FRANCAISES DU TERRORISME PAR PAYS (2001-2015) 

Pays
 
Nombre
 d’attaques
[1]
Nombre de victimes
France 5[2] 25
Maroc 2 11
Pakistan 1 11
Mali 5 7
Somalie 4 6
Afghanistan 2 6
Tunisie 2 5
Arabie saoudite 2 5
Etats-Unis 1 5
Inde 2 4
Mauritanie 2[3] 4
Indonésie 1 4
Algérie 4[4] 3
Kenya 1 2
Egypte 1 1
Espagne 1 1
Royaume-Uni 1 1
Irak 1 1
Djibouti 1 -
Libye 1 -
Yémen 1 -
Total 41 102


[1] Ciblant ou non la France ou des Français.
[2] Dont deux sans victime. Nous considérons tous les meurtres de Merah comme une seule attaque.
[3] Dont une sans victime.
[4] Dont une sans victime.

Entre 2001 et 20015, la France ou les Français ont été les cibles ou les victimes d’attaques terroristes dans 20 pays étrangers, en plus de celles ayant eu lieu sur le territoire national. Nous avons eu à déplorer 77 victimes dans 17 pays étrangers (76%), contre 25 en France (24%). Mais la moyenne des victimes par attaque en France (5) est plus élevée qu’à l’étranger (2,1).
 
Analyse comparée
     Les principales causes de décès en France et leur importance
Au cours de l’année 2013, notre pays a eu à déplorer 25 500 morts  violentes, réparties entre 94% de morts accidentelles et 6% d’homicides. Ces chiffres sont similaires à quelques % près à ceux des années de la décennie précédente et représentent donc une moyenne pour la période 2001-2015.

LES HOMICIDES EN FRANCE (2013)

Nature Nombre de victimes
Meurtres 682[1]
Morts d’enfants battus 730
Femmes décédées sous les coups
de leur conjoint(e)
121[2]
 
Hommes décédés sous les coups
de leur conjoint(e)
25[3]
 
Total 1 558
 
 
LES MORTS ACCIDENTELLES EN FRANCE (2013)

Nature Nombre
Morts dans le cadre d’accidents domestiques 20 000
Morts par noyade (hors suicide) 495
Morts dans des avalanches 21
Décès par accidents de la route 3 268
Décès accidentels ou en opération de militaires français[4] 157
Total 23 941


[1] Soit un taux d’homicide de 1 pour 100 000 habitants, un des plus bas du monde.
[2] Soit 1 décès tous les 3 jours.
[3] Soit 1 décès tous les 14 jours.
[4] Le Bilan social des armées ne permet pas de distinguer les deux catégories.

      Enseignements
De septembre 2001 à janvier 2015 , sur 27 semestres, en France et l’étranger, 102 de nos compatriotes ont perdu la vie, soit une moyenne de 7,5 victimes par an. Certes cela est trop, surtout pour les familles concernées. Mais à l’échelle de la nation, cela montre que les actions terroristes n’ont jamais atteint l’ampleur de celles qui se sont produites aux Etats-Unis, en Espagne ou au Royaume-Uni et que notre pays est loin d’avoir été déstabilisé par les djihadistes, malgré leurs imprécations haineuses.
Surtout, il nous faut accepter, même si cela est difficile, que de temps à autre, des terroristes parviennent à passer entre les mailles du filet et à commettre des attentats. Il faut être réaliste, la sécurité à 100% est une utopie. Une nouvelle fois, rappelons le faible impact humain de leurs attaques comparé aux accidentés de la route (3 388 en 2014), aux décès d’enfants sous les coups de leurs parents (730 par an), de femmes sous ceux de leur conjoint (121 par an), au nombre annuel de meurtres (682 par an) ou à celui des victimes françaises du Tsunami de 2004 (95 morts).
Si l’on prend le chiffre moyen global annuel de décès par mort violente en France (24 499, hors terrorisme), le chiffre moyen des victimes du terrorisme 2001/20015 (7,5) représente un peu moins de 0,03% de ce total. Et si l’on prend le chiffre annuel moyen des homicides en France (1 558, hors terrorisme) le chiffre moyen de victimes du terrorisme 2001/2015 (7,5) représente un peu moins de 0,5% de cet autre total.
Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Ils ont pour but de relativiser l’importance de ces attaques et de mettre en lumière la sur-réaction des médias à l’occasion de ces événements. Les terroristes mènent donc bien d’abord une guerre psychologique et il importe de ne pas tomber dans ce piège en entretenant la peur et la psychose. Nous devrions tous y réfléchir, car un terrorisme sans échos médiatiques est une cause quasiment perdue.

Centre Français de Recherche sur le Renseignement, avril 2015 - envoyé par l'auteur
 

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