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DENECE Eric

DENECE Eric

Né en 1963

 
Directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R)
et de sa société de conseil en Risk Management (CF2R SERVICES).
 
Docteur ès Science Politique
 
Officier-analyste à la direction de l'Evaluation et de la Documentation Stratégique du Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN).
Ingénieur commercial export chez Matra Défense.
Responsable de la communication de la société NAVFCO, filiale du groupe DCI (Défense Conseil International).
Directeur des études du Centre d'Etudes et de Prospective Stratégiques (CEPS).
Fondateur et directeur général du cabinet d'intelligence économique ARGOS.
Créateur et directeur du département d'intelligence économique du groupe GEOS.
 
A notamment opéré au Cambodge, aux côtés de la résistance anticommuniste, et en Birmanie, pour la protection des intérêts de Total contre la guérilla locale.
A été consultant pour le ministère de la Défense concernant l’avenir des forces spéciales.
Enseigne le renseignement ou l'intelligence économique dans plusieurs écoles de commerce et universités françaises et étrangères.
 
Régulièrement consulté par les médias français et internationaux
Plus d’un millier d’interventions radiophoniques et plusieurs centaines d’interventions télévisées.
 
Auteur de vingt ouvrages et de nombreux articles et rapports consacrés au renseignement, à l'intelligence économique, au terrorisme et aux opérations spéciales.
Ses travaux lui ont valu d’être lauréat
     du Prix 1996 de la Fondation pour les Etudes de Défense (FED)
     du Prix Akropolis 2009 (Institut des Hautes Etudes de Sécurité Intérieure).
 
Ouvrages
Les services secrets israéliens : Mossad, Aman, Shin Beth, ouvrage rédigé en collaboration avec David Elkaïm, Tallandier, Paris, 2014.
L’Espionnage en 365 citations, Le Chêne, Paris, 2013.
 La face cachée des « révolutions » arabes, (dir.), Ellipses, Paris, 2012.
 Les services secrets français sont-ils nuls ?, Ellipses, Paris, 2012.
Commandos et forces spéciales, Ouest France éditions, Rennes, 2011.
Les services secrets au Moyen-Age, ouvrage rédigé en collaboration avec Jean Deuve, Ouest France éditions, Rennes, 2011.
Dico-Atlas des conflits et des menaces, ouvrage rédigé en collaboration avec Frédérique Poulot, Belin, Paris, 2010.
Histoire mondiale de l’espionnage, ouvrage rédigé en collaboration avec Gérald Arboit, Ouest France éditions, Rennes, 2010.
Renseignement, medias et démocratie(dir.), Ellipses, Paris, 2009.
Mission : agent secret(Les techniques de l’espionnage expliquées aux enfants) ouvrage rédigé en collaboration avec Sophie Merveilleux du Vignaux, collection “Graine de savant”, Milan Jeunesse, Toulouse, 2009.
Les services secrets,collection “Tout comprendre”,EPA éditions, Paris, 2008.
Renseignement et contre-espionnage, collection “Toutes les clés”, Hachette pratique, Paris, 2008 (Prix Akropolis 2009).
Histoire secrète des forces spéciales (de 1939 à nos jours), Nouveau monde, Paris, 2007 (traduit en polonais et en portugais).
Tourisme et terrorisme. Des vacances de rêve aux voyages à risque, ouvrage rédigé en collaboration avec Sabine Meyer, Ellipses, Paris, 2006.
L’autre guerre des Etats-Unis. Economie : les secrets d’une machine de conquête, ouvrage rédigé en collaboration avec Claude Revel, Robert Laffont, Paris, 2005.
Al-Qaeda : les nouveaux réseaux de la terreur(dir.), Ellipses, collection “Géopolitique”, Paris, 2004.
Les secrets de la guerre économique,ouvrage rédigé en collaboration avecAli Laïdi, Seuil, Paris, 2004.
Forces spéciales, l’avenir de la guerre, collection “L’art de la guerre”, éditions du Rocher, Paris, 2002
Guerre secrète contre Al-Qaeda(dir.), Ellipses, collection “Géopolitique”, Paris, 2002.
Le nouveau contexte des échanges et ses règles cachées. Information, stratégie et guerre économique, L'Harmattan, Paris, 2001.
Géostratégie de la mer de Chine méridionale et des bassins maritimes adjacents, L'Harmattan, collection “Recherches asiatiques”, Paris, 1999.

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Le crépuscule des djihadistes

Publié dans De par le monde
Le sanglant crépuscule des djihadistes
 
Les attaques terroristes des 7, 8 et 9 janvier étaient attendues, même si nos services ne savaient quand et contre qui elles auraient lieu. Personne n’ignorait que Charlie Hebdo était une cible. En effet, l’un des numéros du magazine Inspire, publié par Al-Qaeda en 2013, donnait la description exacte de la manière dont ont été assassinés les membres de la rédaction de Charlie Hebdo. Cela veut donc dire que les frères Kouachi n’ont fait qu’exécuter une sorte de "fatwa" et qu’ils n’ont pas choisi leur objectif eux-mêmes.
Ces barbares actes de terrorisme engendrent horreur, stupeur et incompréhension chez nos compatriotes comme chez bien des commentateurs, qui ne peuvent concevoir qu’une telle violence brute et aveugle puisse se produire sur notre sol et être le fait d’individus issus de notre société. Tous nourrissent la crainte que de tels actes se reproduisent.
Aussi est-il utile de refaire le point sur les modes de recrutement des réseaux islamo-terroristes et sur la nature même des individus qui les rejoignent, avant d’évaluer la portée de ces actes criminels.
 
Le profil des fous d’Allah
La quasi-totalité de ceux qui rejoignent le djihad armé, Al-Qaeda ou l’Etat islamique relèvent de quatre catégories. Ce sont :
- des délinquants ou des criminels, souvent recrutés en prison. Des imams radicaux parviennent à les rallier à leur cause en leur promettant que s’ils poursuivent leurs actions au nom de l’islam - et pas seulement pour leur seul enrichissement personnel - leurs actes deviendront licites et conformes à la volonté d’Allah ;
- des exaltés et des dérangés qui rêvent de guerre et d’action, qui cherchent à affirmer leur virilité à tout prix et qui sont en recherche de violence et d’aventure épique pour l’exprimer. Ils sont d’une certaine manière esclaves de leur testostérone. A ces derniers, le djihad offre une occasion sans pareil d’assouvir leurs penchants et de les médiatiser afin de satisfaire leur égo dérangé.
- des frustrés ne parvenant pas à s’intégrer dans notre société par le travail, l’étude, la socialisation, le mariage, etc. Là encore, des imams radicaux réussissent à les convaincre que leurs échecs ne sont pas de leur fait mais de celui l’environnement qui les rejette. Ils leur inculquent l’idée qu’il est légitime qu’ils rétablissent la situation à leur bénéfice et agissant par la force ;
- des demeurés et des simples d’esprit, sans repère, d’une grande fragilité psychologique, sur lesquels la propagande des barbus fonctionne à merveille.
 
Tous les djihadistes présentent une pathologie psychiatrique, des caractères obsessionnels-compulsifs, voire dépressifs, ainsi qu’une inaptitude à la socialisation. L’étude de leur passé a révélé qu’ils se mettaient volontairement à l’écart, que beaucoup avaient été les témoins de crises familiales et qu’ils étaient souvent au chômage. Certains ont même fait usage de drogue quand ils ne participaient pas directement à son trafic (1).
Les deux "conducteurs fous" qui ont percuté volontairement la foule à Dijon et à Nantes, peu avant Noël 2014, en sont l’illustration parfaite. Celui de Dijon était passé 147 fois en hôpital psychiatrique au cours des quatre années précédentes. Quant à celui de Nantes, en dehors du fait qu’il était sous l’emprise de l’alcool, il avait laissé un carnet dans lequel il exprimait sa "haine de la société" (2).
Tous ces individus sont en recherche d’une cause leur permettant d’assouvir leurs penchants les plus vils ou de résoudre leurs frustrations ou leur mal-être. Tous se moquent bien en réalité de la religion qui n’a pas grand-chose à voir là-dedans. D’ailleurs la plupart n’y connaissent rien et répètent stupidement quelques versets qui leur ont été martelés par des imams radicaux, moins stupides qu’eux, mais bien plus dangereux car il les instrumentalisent à leur profit.
Ceux qui échappent à ces profils ne sont qu’une infime minorité, des exceptions qui confirment la règle. Ajoutons que les diplômes universitaires de certains djihadistes ne sont en rien un gage de leur bonne santé mentale.
Ainsi, Mohamed Merah et Mehdi Nemouche, Bertrand Nzohabonano (3), Maxime Hauchard, Mickaël Dos Santos et avant eux Christophe Caze et Lionel Dumont (4), Hervé Djamel Loiseau (5), Pierre Robert (6) et Willie Brigitte (7), entrent tous dans l’une des catégories décrites ci-dessus. C’est également valable pour les Canadiens Michael Zehaf-Bibeau (8) et Martin Couture-Rouleau (9), comme l’Australien Man Haron Monis (10) et l’Américain Mohammad Reza Taheri (11). Et c’est bien évidemment le cas de Saïd et Chérif Kouachi, auteurs du massacre des journalistes de Charlie Hebdo, comme d’Ahmedi Coulibaly. Malheureusement, il n’y a là rien de vraiment nouveau.
Ce qui est en revanche préoccupant, c’est que nos sociétés développées en crise économique, d’identité et de valeurs, génèrent de plus en plus d’individus fragiles, frustrés ou malades, qui sont des recrues idéales pour les prêcheurs de haine.
 
L’attraction de l’Etat islamique
Plus encore qu’Al-Qaeda, l’Etat islamique exerce sur ces individus un indéniable pouvoir d’attraction. En effet, il contrôle un territoire sur lequel il peut mettre en application les principes de vie qui guident son action. Ainsi, les jeunes hommes qui partent le rejoindre trouvent sur place ce qui leur manque en Occident ou ailleurs : une raison d’être qui les exonère de toute réflexion, un salaire, des femmes, des activités guerrières offrant un exutoire à leurs frustrations, etc.
Comme le rappelle Olivier Roy, "Daesh offre un formidable terrain de jeu à ces jeunes, c’est le jeu vidéo total dont ils sont nourris, l’aventure. Ils sont beaux, virils, avec leurs mitrailleuses lourdes sur leurs 4x4 chargeant leurs ennemis". Ainsi, ils sont sûrs de faire la une des médias et de plaire aux filles. "Ce qu’ils veulent, c’est faire peur aux gens qui les ont humiliés ou ne les ont pas compris (12)".
Pour beaucoup, les conditions de vie -matérielles, sentimentales et sexuelles- dans le Califat sont meilleures que dans leur pays d’origine ; c’est notamment le cas pour les combattants tchétchènes qui affluent, car les conditions de combat, en Irak et en Syrie, sont moins dures que face aux Russes et la température plus clémente…
Les supporters de l’Etat islamique clament partout que les massacres imputés à Daesh ne sont que de la propagande occidentale et que leur "Etat" est un paradis, véritable havre de paix et de justice. De nombreux jeunes djihadistes du monde arabe considèrent que l’Etat islamique leur offre une plus grande justice sociale. Sans doute entendent-ils par-là la légalisation du meurtre et de la torture, du viol et du mariage forcée, l’institutionnalisation du racket, la soumission des femmes et de tous ceux qui ne sont pas musulmans, voire des musulmans eux-mêmes lorsqu‘ils ne sont pas assez radicaux… et bien sur l’extermination des chiites.
 
Des coupables en cascade
Si ces individus lobotomisés sont entièrement responsables des meurtres qu’ils commettent, il convient toutefois de ne pas oublier qu’ils ne sont pas les seuls coupables dans cette dynamique. En effet, deux niveaux de responsabilité –et donc deux autres types d’adversaires contre lesquels lutter– doivent être distingués :
- ceux qui les endoctrinent et les poussent à l’acte, c’est-à-dire les imams radicaux et les responsables de mouvements terroristes étrangers. Plusieurs "combattants" occidentaux rentrés de Syrie ont témoigné du rôle essentiel des prédicateurs ultra-radicaux dans le conditionnement des djihadistes. Ces imams puisent tous leur idéologie haineuse dans les textes des Frères musulmans et du salafisme.Ce sont eux qui encouragent et légitiment les actes les plus barbares.Ils poussent leurs "ouailles" à la mort et au martyr pour leur seule gloire et afin d’accroître leur emprise sur les esprits.
- ceux qui entretiennent le phénomène en le soutenant directement ou indirectement :
   * Le Qatar et l’Arabie saoudite, soutiens idéologiques et financiers du salafisme et des Frères musulmans. Ces régimes arabes alliés de l’Occident sont les plus inégalitaires au monde. Ce sont des monarchies extrémistes, hypocrites et esclavagistes, bafouant les libertés politiques et religieuses, les droits de la femme et des étrangers, le droit du travail et soutenant massivement le terrorisme et le djihad partout dans le monde, avec l’espoir illusoire que leurs créatures ne se retourneront pas un jour contre eux.
   * La Turquie, dont le régime de plus en plus personnel et autoritaire du président Erdogan, membre des Frères musulmans, appuie les djihadistes en Syrie pour asseoir son influence régionale, mais aussi parce qu’il partage leur désir d’instauration du califat. Rappelons que cet Etat est membre de l’OTAN et candidat à l’entrée dans l’Union européenne.
   * Les Etats-Unis, qui ont contribué au déclenchement du phénomène Daesh par leur invasion illégitime de l’Irak en 2003 et le démantèlement de l’armée de Bagdad.
   * Mais aussi la France qui, par son opposition aveugle à Bachar El-Assad, a conduit certains de nos compatriotes dérangés à rejoindre les rangs des djihadistes contre le régime syrien.
 
L’échec général des radicaux et des terroristes
Pourtant, malgré le danger qu’ils représentent, les crimes odieux qu’ils perpétuent et la propagande qu’ils répandent partout dans le monde, ces djihadistes sont loin de ne connaître que des succès. Il est même possible d’observer que, depuis le milieu des années 1990, ils ont globalement échoué dans toutes leurs entreprises :
   * En Algérie, les GIA et le GSPC ne sont pas parvenus à renverser le régime algérien et AQMI, leur héritier, est aujourd’hui en lambeaux. Certes, ils sont parvenus à provoquer des affrontements sanglants dans le pays (plus de 100 000 morts) mais ont été finalement vaincus. Plus récemment, leur tentative de prendre le contrôle du site gazier d’In Amenas (2013) s’est soldée par une défaite cuisante et la mort de nombreux otages.
   * Al-Qaeda n’a jamais pu reproduire d’attentat majeur comme ceux du 11 septembre 2001. Le groupe terroriste a été détruit à plus de 80%, Ussama Ben Laden a été éliminé comme la plupart des autres leaders. Ayman Al-Zawahiri ne lance plus guère que quelques diatribes qui ne sont guère écoutées, car son organisation a été supplantée par Daesh, avec lequel des affrontements sanglants ont eu lieu en Syrie.
   * Les pseudo "révolutions arabes", qui ont porté les islamistes au pouvoir (Tunisie, Libye, Egypte), n’ont fait que remplacer un despotisme par un autre. Elles n’ont pas résolu les problèmes qui en étaient à l’origine et n’ont réussi que deux choses : aggraver la situation interne des pays (insécurité, crise économique, chômage, etc.) en créant de plus grandes frustrations encore ; permettre l’expansion l’islam radical et le libre recrutement de djihadistes. Aujourd’hui, les Frères musulmans ont été chassés du pouvoir en Egypte -malgré le soutien que leur apportaient les Etats-Unis-  par une population excédée par leurs pratiques et leur bêtise. En Tunisie, ils ont été deux fois vaincus aux élections législatives (2013) et présidentielles (2014).
   * Les terroristes islamiques du Sahel ont été étrillés par l’armée française à l’occasion de l’opération Serval (2013) et ne peuvent se reconstituer comme ils l’entendent en raison de la poursuite des actions à travers l’opération Barkhane (2014).
   * L’Etat islamique a pu s’emparer, au premier semestre de 2014, d’une partie de la Syrie et de l’Irak afin d’y établir son califat, profitant d’une situation favorable, en premier lieu due aux erreurs politiques du gouvernement chiite d’Al-Maliki. Toutefois, malgré une communication ronflante vantant ses victoires, ses échecs sont nombreux : Daesh n’est pas parvenu à renverser Bachar malgré l’importante aide internationale dont il a bénéficié. Il n’a pu non plus s’emparer de Bagdad ou du Kurdistan. En fait, depuis l’été 2014, il a commencé à reculer car les frappes et les raids de commandos occidentaux et iraniens contre lui sont particulièrement efficaces : ils ont fait à ce jour près de 4 000 victimes dans ses rangs, soit plus de 20% de ses effectifs (13). De plus, il commence à connaître de sérieuses difficultés financières.
   * En Somalie, les Shebab bien que toujours actifs et dangereux, connaissent des revers face aux forces kenyanes, perdent régulièrement du terrain et ont vu un grand nombre de leurs leaders éliminés.
 
Ne restent aujourd’hui en développement que quelques abcès purulents : en Libye (en raison notre intervention désastreuse (14), au Nigéria, au Yémen, en Afghanistan (qui n’a pu être pacifié malgré l’intervention occidentale) et au Pakistan, pays durablement déstabilisé par la présence de nombreux groupes radicaux et terroristes.
En réalité, le seul succès jamais remporté par les djihadistes est la guerre de libération contre les Soviétiques de 1979 à 1989, grâce à l’appui américain.
Quant à la France, malgré l’horreur de ces derniers jours, notre pays a été finalement très peu touché par les actes terroristes -grâce à la qualité du travail de nos services de renseignement et de sécurité-, malgré les menaces régulières dont nous avons fait l’objet.
De septembre 2001 à janvier 2015, en France et l’étranger (Algérie, Mali, Somalie), 49 de nos compatriotes ont perdu la vie (15), soit rapporté sur soixante mois, une moyenne de 3,2 victimes par an. Certes cela est trop, surtout pour les familles concernées. Mais à l’échelle de la nation, cela montre que les actions terroristes n’ont jamais atteint l’ampleur de celles qui se sont produites aux Etats-Unis, en Espagne ou au Royaume-Uni et que notre pays est loin d’avoir été déstabilisé par les djihadistes, malgré leurs imprécations haineuses. Aussi doit-on reconnaître la sur-réaction des médias à l’occasion des événements de ces derniers jours (16).
 
Rappelons également que nos services ont empêché environ 70 attentats depuis 2001 (soit environ 5 par an). Aussi, il convient de garder la tête froide et de répondre à ceux qui réclament à cor et à cris un renforcement des moyens policiers que notre système marche et qu’il nous a prémunis de pire. Certes, il faut revoir certaines méthodes d’évaluation des terroristes potentiels –qui ont réussi à endormir la police avant de repasser à l’action-, mieux coordonner l’action de la DGSI avec le renseignement territorial et se préparer à un accroissement probable de la menace.
Surtout, il nous faut accepter, même si cela est difficile, que de temps à autre, des terroristes parviennent à passer entre les mailles du filet et à commettre des attentats. Il faut être réaliste, la sécurité à 100% est une utopie. Une nouvelle fois, rappelons le faible impact humain de leurs attaques comparé aux accidentés de la route (3 250 morts par an), aux décès d’enfants sous les coups de leurs parents (730 par an), de femmes sous ceux de leur conjoint (122 par an), au nombre annuel de meurtres (655 par an) (17) ou à celui des victimes françaises du Tsunami de 2004 (95 morts).
 
L’espoir égyptien
Face à l’obscurantisme de terroristes sans cervelle, endoctrinés et manipulés par des imams radicaux et sectaires, de sérieuses raisons d’espérer nous arrivent d’Egypte. En effet, l’attitude du président Al-Sisi doit être mise en lumière, son action saluée et ses initiatives appuyées.
Le jour même où le journal Charlie Hebdo était attaqué et les membres de sa rédaction massacrés, un autre événement d’une portée considérable –totalement ignoré en France– a eu lieu en Egypte. Le président Al-Sisi a écourté un voyage d’Etat au Koweït afin de venir fêter le Noël copte au Caire.
C’est la première fois dans l’histoire de l’Egypte -Etat ayant toujours été dirigé par des sunnites- qu’un chef d’Etat se rend à la messe de minuit copte. Jamais Moubarak, en trente ans de règne, ni ses prédécesseurs (Sadate, Nasser ou le roi Farouk) n’avaient manifesté une telle considération à l’égard des chrétiens d’Egypte, qui représentent plus de 20% de la population. Au contraire, les dirigeants du pays les ont toujours tenus pour des citoyens de seconde zone.
 
La démarche du président Al-Sisi est exceptionnelle et marque une vraie rupture après l’intermède sanglant qu’a connu l’Egypte sous le régime des Frères musulmans. C’est à la fois l’expression d’un grand courage, d’une grande humanité et d’un remarquable sens politique.
Quelques jours auparavant, le chef de l’Etat égyptien avait déjà tenu, à l’occasion du nouvel an, un discours retentissant –lui aussi passé inaperçu en France- sur la nécessaire remise en cause de certains textes de l’islam.
En effet, le 1er janvier, à l’université d’Al-Azhar, au Caire (la plus haute autorité religieuse du monde sunnite), il a déclaré que les meurtres commis au nom de l’islam étaient inadmissibles. Il a proposé devant des millions de téléspectateurs que les textes postérieurs au coran –c’est à dire les hadith et la sunna– soit revus par les religieux afin de ne plus servir de base à des actes terroristes. De plus, il a affirmé qu’il était inconcevable qu’1,6 milliard de musulmans veuillent tuer les 7 autres milliards d’habitants de la planète pour vivre leur religion.
 
Ancien directeur du renseignement militaire, profondément attaché à son pays, fidèle à sa foi musulmane, le président El-Sisi, comme beaucoup de ses coreligionnaires, est atterré des violences commises au nom de l’islam par Daesh, Al-Qaeda et les Frères musulmans, et du nombre de victimes qu’elles entraînent. Ces groupes, par leur barbarie, sont ainsi en train de provoquer un débat important au sein de du monde musulman, car de très nombreux croyants sont dégoutés de ces dérives et rejettent cette lecture obscurantiste de l’islam.
Il convient de saluer les initiatives du chef d’Etat égyptien, car il paraît être l’un des rares hommes capables de faire bouger les lignes au Moyen-Orient comme au sein du monde arabo-musulman. D’ailleurs, ses compatriotes ne s’y trompent pas qui le qualifient déjà de "De Gaulle égyptien". Il faut également le soutenir fermement dans ses démarches d’ouverture car, évidemment, tous les extrémistes et les radicaux que compte l’islam y sont fermement opposés et le traitent d’ores et déjà d’apostat.
 

*

 
Comme tout mouvement conjoncturel et générationnel, le djihadisme passera avec le temps. Bien sûr, de tels actes de cruauté et de violence sont préoccupants. Partout les groupes terroristes demeurent menaçants et commettent des atrocités. Ils incarnent sans conteste une menace réelle et durable. Mais, cette situation ne signifie en rien leur victoire ; au contraire, de la même façon que dès 1943, il apparaissait clairement aux stratèges alliés que l’Allemagne perdrait à terme la Seconde Guerre mondiale -malgré les succès que son armée connaissait encore-, nous pouvons observer depuis quelques temps se dessiner la défaite des djihadistes.
Nombreux sont ceux qui confirment ces faits : par exemple, une analyse du renseignement algérien (18) explique que les terroristes repentis ou arrêtés font état d’une démobilisation totale au sein d’AQMI, liée à la pression et au harcèlement des services de sécurité, à la neutralisation de nombreux combattants et chefs influents, aux défections régulières et aux difficultés de recrutement, au manque d’approvisionnement en produits alimentaires et en médicaments, au manque d’armement et de munitions, comme aux luttes intestines. Aujourd’hui, les terroristes d’AQMI sont contraints de se retrancher dans des zones au relief accidenté, boisées et difficiles d’accès, d’où ils ne mènent plus que des actions sporadiques. Pour assurer sa survie, ce groupe en est aujourd’hui réduit à recruter ses candidats au djihad dans l’entourage familial de ses membres, parmi les anciens terroristes libérés des prisons, les repris de justice et, de plus en plus fréquemment, à l’étranger (Maghreb, Sahel Afrique noire et Europe), en raison du manque de candidats algériens. Cela explique, en partie, qu’il se soit largement transformé en un groupe criminel.
Certes, ce phénomène ne va pas prendre fin demain, mais force est de constater son échec, malgré ses soubresauts sanglants. Gardons espoir.

Paru sur le Centre Français de Recherche sur le Renseignement, janvier 2015
 
(1) Alain Rodier, "Qu’est-ce qu’un loup solitaire", Note d’Actualité n°378, Janvier 2015,
www.cf2r.org.
(2) Idem.
(3) Qui a attaqué un commissariat à Joué-lès-Tours fin 2014.
(4) Membres du gang du Roubaix (1997)
(5) Mort à Tora Bora, en Afghanistan fin 2001.
(6) Responsable des attentats de Casablanca en mai 2003.
(7) Arrêté en Australie en 2003 alors qu’il préparait une attaque contre des sites militaires de la région de Sydney
(8) Qui est entré dans le parlement d’Ottawa après avoir tué un garde.
(9) Qui a foncé avec sa voiture sur deux militaires. Il était en grande détresse psychologique après une dépression. 
(10) Ancien chiite iranien converti au sunnisme radical, auteur en décembre 2014, de la prise d’otages de Sydney.
(11) Il a précipité sa jeep Cherokee dans la foule de l’université de Caroline du Nord en 2006.
(12) "Chez les jeunes anti-système, le djihad a remplacé le mythe de la Révolution", L’Opinion, 26 novembre 2014.
(13) Les frappes aériennes (près de 1 700) ont à elles seules éliminé 3 200 combattants, 58 chars, 184 véhicules armés et plusieurs centaines d’installations militaires (centres de commandement, camps d’entrainement et dépôts logistiques).Cf. Kai Pfaffenbach, "U.S.-led air strikes have hit 3,222 Islamic State targets: Pentagon",
http://www.reuters.com/article/2015/01/07/us-mideast-crisis-strikes-damage-idUSKBN0KG1ZM20150107
.
(14) Au cours des quinze derniers jours, les mouvements Ansar el-Islam, Jound el-Islam et dʼautres groupes ayant fait allégeance àlʼEtat islamique se sont alliés aux milices de Misrata, afin dʼétendre leur contrôle sur la région dite du “croissant pétrolier”libyen.
(15) Hors opérations militaires en Afghanistan et au Sahel et hors victimes dans des attentats non dirigés contre la France, mais en incluant les morts de la DGSE lors de la tentative de sauvetage de Denis Allex en Somalie.
(16) Rappelons que le jour même des attaques à Paris, Boko Haram rasait 16 villages au Nigéria, tuant plusieurs centaines de personnes et provoquant la fuite de milliers d’autres au Tchad ; et que l’explosion d’une voiture piégée dans le centre de Sanaa a fait au moins 35 morts et 68 blessés.
(17) Ce qui ramène à 0,06la proportion de victimes du terrorisme parmi les morts violentes
(18) Département du renseignement et de la sécurité (DRS).

Du renseignement intérieur

Publié dans En France
Poursuivre la réforme du renseignement intérieur
 
L’ensemble des mesures présentées par le gouvernement suite aux attentats de janvier sont pertinentes et adaptées, même si elles ne sont que des évolutions somme toute assez mineures de notre dispositif. Il n’y a là rien de "révolutionnaire", car il n’y a pas d’arme magique que nous pourrions inventer contre la menace terroriste. Aujourd’hui, notre système policier et juridique marche bien et est assez complet. Toutefois, il pourrait être encore amélioré à moindre coût en corrigeant les effets néfastes de la réforme de 2008 et en faisant preuve de plus de psychologie et de pertinence en matière de contre-radicalisation.
 
Les limites de la réforme de 2008
Si nul ne conteste qu’une réorganisation du renseignement intérieur était nécessaire, la réforme de 2008 a remis en cause un système qui reposait sur une logique éprouvée et a entraîné de nouveaux déséquilibres, en privilégiant la centralisation des opérations entre les mains d’une DCRI (1) à vocation nationale, au détriment du renseignement de terrain et du quadrillage territorial.
 
Indéniablement, la rivalité entre la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG) – chargé de l’antiterrorisme intérieur - et la Direction de la surveillance du territoire (DST) – chargée du terrorisme d’origine étrangère - nuisait à l’efficacité du système. Ce système dual était également exploité à leur profit par nos partenaires étrangers lors des échanges de renseignements. Aussi, sur le principe, la fusion des deux services du ministère de l’Intérieur recueillait l’assentiment de la majorité des spécialistes du domaine. Les RG devaient apporter au nouvel ensemble leur réseau national – 3 500 fonctionnaires déployés dans tous les départements – et la DST sa puissance d’analyse et ses moyens techniques. Mais il n’en a rien été. Cette réforme s’est vue en grande partie vidée de sa substance par la non intégration de la totalité des activités des ex-RG au sein de la DCRI et par le fait que la nouvelle directiona hérité du mode de fonctionnement très centralisé et contrôlé de l’ex-DST, ainsi que de son obsession du secret et du cloisonnement. Le nouveau service est devenu lourd et technocratique, ce qui a entraîné la stérilisation des initiatives et la démotivation d’une partie des cadres.
 
Avant la réforme, les RG faisaient du renseignement de proximité dans chaque arrondissement, où ils comptaient des équipes de 6 à 8 personnes ; ils pouvaient faire appel à la Section de recherches zonale pour les enquêtes plus poussées. Après la réforme, les RG – devenus Sous-direction à l’information générale (SDIG)(2) - ont été réduits à 2/3 personnes par arrondissement. Ils ont été privés de la majorité leurs moyens (voitures, appareils photos, etc.), récupérés par la DCRI, et n’ont plus pu faire appel aux SR, elles aussi intégrées à la nouvelle direction. Ils se sont surtout vus exclus de la communauté du renseignement et rattachés à la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP), ce qui a entraîné une sous-utilisation de leurs capacités. En effet, un certain nombre de directeurs départementaux de la Sécurité publique (DDSP) ont une vision négative du renseignement et n’éprouvent aucun attrait pour ce domaine. A l’origine, ce rattachement avait été motivé par l’évidente synergie entre l’ancienne spécialisation "violences urbaines" des RG et le rôle de premier plan joué par la Sécurité publique dans ce domaine. C’était toutefois oublier que la grande majorité des missions de l’information générale ne concerne pas la seule sphère de compétence de la DCSP et que celle-ci n’est pas la mieux placée pour tirer le meilleur parti des renseignements recueillis par les spécialistes des SDIG, d’autant que la DCRI a vite eu tendance à considérer avec dédain les informations provenant des ex-RG et de la gendarmerie.
 
Ainsi, nous nous sommes privés du maillage le plus essentiel dans le cadre de la lutte contre un terrorisme domestique : car c’est bien en surveillant les cités sensibles, les communautés immigrés ou étrangères, les petits trafics, les gangs et les violences urbaines, les mosquées et les associations que l’on détecte les phénomènes de radicalisation. Tous les experts observent qu’il y a un passage de plus en plus fréquent de la contestation à la violence puis au terrorisme, pour des causes et des groupes divers. Séparer le renseignement "fermé" de "l’ouvert" n’a donc pas de sens. De plus, il n’est possible de lutter contre des Homegrown terroristes que si on est présent dans les banlieues à risque et si l’on connaît leur dynamique.
 
En fait la réforme de 2008 était adaptée à une menace qui correspondait à la situation pré 11 septembre 2001, celles d’un terrorisme "organisé", d’origine principalement étrangère. Mais ce n’est plus le cas. Les affaires Merah, Kouachi, Coulibaly et quelques autres non médiatisées, sont venues mettre en lumière cette lacune de notre système : nous nous sommes privés des éléments qui permettaient de détecter les signaux faibles. Le résultat de cette réforme est finalement assez discutable. Elle n’a pas réduit le nombre de services et rien ne vient démontrer qu’elle a accru l’efficacité du dispositif. D’ailleurs, le27 janvier 2010, devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, le coordonnateur national du renseignement de l’époque, Bernard Bajolet, avait appelé de ses vœux, "au nom d’un besoin d’une plus grande visibilité en amont", une réintégration dans la DCRI de la partie des RG exclue de son périmètre lors de la réforme.
        
De plus, depuis 2008, le mode de fonctionnement du renseignement territorial a évolué, mais pas dans le bon sens. Auparavant, les RG exploitaient eux-mêmes les renseignements qu’ils recueillaient : ils géraient leurs sources, vérifiaient et recoupaient leurs informations, prenaient le temps nécessaire a l’analyse avant de produire des notes de renseignement élaborées à l’attention des préfets ou du ministre. Désormais, il est demandé aux membres du SCRT de faire remonter immédiatement toutes les informations qu’ils recueillent, sans même les recouper ni les synthétiser.
Certes, cette méthode est en vigueur dans les pays anglo-saxons et en Allemagne, comme dans la gendarmerie. Mais ces pays n’ont jamais atteint notre niveau en matière de renseignement intérieur et la gendarmerie – dont le renseignement n’est pas la mission principale - est davantage structurée pour faire remonter les informations de ses brigades territoriales que pour les traiter (3). Une telle approche traduit une forme de dérive "journalistique" du renseignement territorial à qui il est désormais demandé de produire des scoops, davantage que de l’analyse. En effet, le système exige des opérateurs de terrain une note immédiate dès qu’ils entendent ou voient quelque chose, sans le mettre en perspective, le relativiser ou le confirmer. Certes la lutte antiterroriste nécessite détection précoce, rapidité et réactivité, mais l’accumulation d’informations brutes et non toujours vérifiées n’aide en rien la compréhension des quartiers à risques, des réseaux ou des activités clandestines. Au contraire, cela peut être néfaste et dangereux.
 
Un accroissement des moyens qui ne résout pas le problème
Les moyens supplémentaires attribués au renseignement intérieur sous toutes ses formes, suite aux attaques de janvier 2015, sont une excellente nouvelle. La DGSI devrait à terme compter plus de 4 000 fonctionnaires, le SCRT près de 2 500 et la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP), un millier. Toutefois, cet accroissement des effectifs et des budgets ne règlera pas tous les problèmes, car nous conserverons trois services distincts aux moyens renforcés.
En particulier, le SCRT va bénéficier de la re-création de SR zonales afin d’appuyer ses structures territoriales. Or ces SR vont entrer directement en concurrence avec celles de la DGSI, opérant souvent sur les mêmes zones et s’intéressant aux mêmes individus.
Il est primordial de prendre garde aux guerres des services qui ont toutes les chances de se produire dans ce nouveau contexte. Certes, l’accroissement des effectifs va se faire sur trois ans, les éventuels problèmes ne vont donc pas apparaître tout de suite. Mais cela peut être particulièrement contre-productif, en particulier parce que les adversaires auxquels nous sommes confrontés connaissent très bien notre système et savent jouer des différences et rivalités entre services pour passer entre les mailles du filet.
Par ailleurs, aucune mesure concernant la formation n’a été évoquée. Or, celle-ci laisse toujours à désirer dans nos services chargés de suivre l’islam radical, notamment au SCRT. Il n’y a toujours pas d’école du renseignement au ministère de l’Intérieur et les formations sur l’islam sont pour le moins sommaires, quand elles existent.
 
L’idéal serait de fusionner la DGSI et le SCRT au sein d’une seule direction du renseignement intérieur, disposant de deux sous-directions : l’une dirigeant les opérations en milieu ouvert, l’autre en milieu fermé, avec un cloisonnement nécessaire entre les deux. Cela aurait dû être fait en 2008. Il est encore temps de redresser le tir, afin d’améliorer l’efficacité de la lutte antiterroriste. Certes, aujourd’hui, les freins sont nombreux, notamment parce que les DDSP, après avoir été initialement réticents à l’intégration des SDIG au sein de leur service, ne veulent pas lâcher leur renseignement territorial car c’est un faire-valoir utile dans leurs relations avec les préfets. Mais aussi parce que cela pose la question du statut particulier de la DRPP.
 
La faiblesse du message de contre-radicalisation
Le gouvernement vient par ailleurs de mettre en ligne, fin janvier 2015 un nouveau site dédié à lutte anti-radicalisation (4). Si l’initiative est louable et mérite d’être saluée, elle est cependant d’une grande naïveté et risque fort de ne pas atteindre ses objectifs car ce site internet semble vouloir atteindre plusieurs buts différents, ce qui nuit à sa cohérence.
Il est d’une part destiné à informer les citoyens des mesures prises par les autorités pour lutter contre le terrorisme et la radicalisation et indique aux parents d’enfants victimes de l’embrigadement djihadiste le numéro vert à appeler. Reconnaissons qu’il s’acquitte honorablement cette première mission.
Il a d’autre part pour but de lutter contre la radicalisation mais rate là totalement son objectif, semblant oublier qu’il s’adresse à des individus déjà convaincus, dont la majorité a d’ailleurs peu de chance de venir visiter ce site.
        
En effet, il y a un total décalage entre les clips présentés et le public auxquels ils sont destinés. La communication est à la fois naïve et primaire, presque scolaire. C'est une pâle imitation de ce que font les Américains sur internet depuis des années, convaincus qu'un contre-message ressemblant vaguement à celui de l'ennemi, sera capable de dissuader des jeunes à se radicaliser. Mais cela n’a jamais marché. Ce type d’approche est totalement inefficace pour l’objet et les individus visés.
Il est stupéfiant de constater qu’après 50 ans de pratique de la sémiologie, des équipes de professionnels de la communication, de la psychologie et du renseignement puissent commettre de telles erreurs. Qu'en est-il des éléments narratifs déclenchant la "dissonance cognitive" fondamentale à l'adhésion et au "lavement de cerveau" que subissent les futures recrues ? Quid de l'analyse de fond et de la déconstruction subtile des éléments narratifs propagandistes ?
        
Certes, ce site semble avoir été conçu dans l’urgence,après des décennies de passivité et sous la pression des événements, ce qui peut expliquer les approximations. Sans doute aurait-il fallu prendre plus de temps avant de le mettre en ligne. Aussi, soyons lucides : nous doutons qu’il ait un quelconque effet sur les apprentis terroristes. Au contraire, il pourrait bien se révéler contre-productif. Nul doute qu’Al-Qaeda et Daesh vont rapidement utiliser les faiblesses de cette communication médiocre pour la retourner à leur avantage ! Les apprentis djihadistes risquent surtout de mourir... de rire et d'être confortés dans leur sentiment qu'ils ont affaire à des faibles et des décadents.

Paru sur le site du Centre Français de Recherche sur le Renseignement, février 2015
 
(1) Devenue Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à l’été 2014
(2) Rebaptisée Service central du renseignement territorial (SCRT) à l’été 2014.
(3) Elle dispose toutefois dans ce but, depuis début 2014, d’une Sous-direction à l’anticipation opérationnelle (SDAO), ainsi que d’un Bureau de lutte antiterroriste (BLAT), créé en 2003.
(4) http://www.stop-djihadisme.gouv.fr/

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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