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DENECE Eric

DENECE Eric

Né en 1963

 
Directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R)
et de sa société de conseil en Risk Management (CF2R SERVICES).
 
Docteur ès Science Politique
 
Officier-analyste à la direction de l'Evaluation et de la Documentation Stratégique du Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN).
Ingénieur commercial export chez Matra Défense.
Responsable de la communication de la société NAVFCO, filiale du groupe DCI (Défense Conseil International).
Directeur des études du Centre d'Etudes et de Prospective Stratégiques (CEPS).
Fondateur et directeur général du cabinet d'intelligence économique ARGOS.
Créateur et directeur du département d'intelligence économique du groupe GEOS.
 
A notamment opéré au Cambodge, aux côtés de la résistance anticommuniste, et en Birmanie, pour la protection des intérêts de Total contre la guérilla locale.
A été consultant pour le ministère de la Défense concernant l’avenir des forces spéciales.
Enseigne le renseignement ou l'intelligence économique dans plusieurs écoles de commerce et universités françaises et étrangères.
 
Régulièrement consulté par les médias français et internationaux
Plus d’un millier d’interventions radiophoniques et plusieurs centaines d’interventions télévisées.
 
Auteur de vingt ouvrages et de nombreux articles et rapports consacrés au renseignement, à l'intelligence économique, au terrorisme et aux opérations spéciales.
Ses travaux lui ont valu d’être lauréat
     du Prix 1996 de la Fondation pour les Etudes de Défense (FED)
     du Prix Akropolis 2009 (Institut des Hautes Etudes de Sécurité Intérieure).
 
Ouvrages
Les services secrets israéliens : Mossad, Aman, Shin Beth, ouvrage rédigé en collaboration avec David Elkaïm, Tallandier, Paris, 2014.
L’Espionnage en 365 citations, Le Chêne, Paris, 2013.
 La face cachée des « révolutions » arabes, (dir.), Ellipses, Paris, 2012.
 Les services secrets français sont-ils nuls ?, Ellipses, Paris, 2012.
Commandos et forces spéciales, Ouest France éditions, Rennes, 2011.
Les services secrets au Moyen-Age, ouvrage rédigé en collaboration avec Jean Deuve, Ouest France éditions, Rennes, 2011.
Dico-Atlas des conflits et des menaces, ouvrage rédigé en collaboration avec Frédérique Poulot, Belin, Paris, 2010.
Histoire mondiale de l’espionnage, ouvrage rédigé en collaboration avec Gérald Arboit, Ouest France éditions, Rennes, 2010.
Renseignement, medias et démocratie(dir.), Ellipses, Paris, 2009.
Mission : agent secret(Les techniques de l’espionnage expliquées aux enfants) ouvrage rédigé en collaboration avec Sophie Merveilleux du Vignaux, collection “Graine de savant”, Milan Jeunesse, Toulouse, 2009.
Les services secrets,collection “Tout comprendre”,EPA éditions, Paris, 2008.
Renseignement et contre-espionnage, collection “Toutes les clés”, Hachette pratique, Paris, 2008 (Prix Akropolis 2009).
Histoire secrète des forces spéciales (de 1939 à nos jours), Nouveau monde, Paris, 2007 (traduit en polonais et en portugais).
Tourisme et terrorisme. Des vacances de rêve aux voyages à risque, ouvrage rédigé en collaboration avec Sabine Meyer, Ellipses, Paris, 2006.
L’autre guerre des Etats-Unis. Economie : les secrets d’une machine de conquête, ouvrage rédigé en collaboration avec Claude Revel, Robert Laffont, Paris, 2005.
Al-Qaeda : les nouveaux réseaux de la terreur(dir.), Ellipses, collection “Géopolitique”, Paris, 2004.
Les secrets de la guerre économique,ouvrage rédigé en collaboration avecAli Laïdi, Seuil, Paris, 2004.
Forces spéciales, l’avenir de la guerre, collection “L’art de la guerre”, éditions du Rocher, Paris, 2002
Guerre secrète contre Al-Qaeda(dir.), Ellipses, collection “Géopolitique”, Paris, 2002.
Le nouveau contexte des échanges et ses règles cachées. Information, stratégie et guerre économique, L'Harmattan, Paris, 2001.
Géostratégie de la mer de Chine méridionale et des bassins maritimes adjacents, L'Harmattan, collection “Recherches asiatiques”, Paris, 1999.

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Une leçon méritée !

Publié dans Du côté des élites
Une leçon méritée !
Les errements de la politique étrangère française

 
Achat d’hélicoptères américains par la Pologne, rejet de la résolution française sur la Syrie à l’ONU, annulation de la visite de Vladimir Poutine à Paris : courant octobre, en quelques jours, notre diplomatie a connu trois revers majeurs, dont elle s’offusque, alors même qu’elle en porte l’entière responsabilité en raison de la politique erratique conduite par nos dirigeants.
 
Des revers en cascade
La "trahison" polonaise n’a surpris que ceux qui ne s’intéressent pas à ce pays, car il est clair que la défense de ses intérêts nationaux – et sa défiance légitime à l’égard de son voisin russe – a toujours conduit Varsovie, depuis 1991, à privilégier l’alliance avec Washington plutôt que la solidarité européenne. On ne peut guère reprocher aux Polonais de nous l’avoir caché, car ils ont montré à plusieurs reprises, sans ambiguïté aucune - notamment sur le dossier ukrainien – de quel côté leur cœur penchait. Mais nos politiques se bercent d’illusions. Non seulement ils n’ont pas voulu tenir compte de cette évidence, mais pire, ils se sont persuadés que notre refus de livrer deux navires amphibies Mistral à la marine Russe - sous la pression américaine - conduirait notre partenaire européen à choisir notre offre. Bien sûr, il n’en a rien été et l’annulation de la visite présidentielle à Varsovie comme les critiques du ministre des Affaires étrangères illustrent à quel point nos dirigeants ont pris leurs désirs pour la réalité… laquelle semble totalement leur échapper.
 
L’émotion de nos gouvernants au sujet de la bataille d’Alep en est un autre exemple. Leur "révolte" face aux "exactions" des forces russes et syriennes se fonde sur une vision totalement partiale de la situation, diffusée par les médias occidentaux.
A Alep, tous ceux qui connaissent la situation de terrain savent que les djihadistes d’Al-Nosrah pilonnent quotidiennement depuis plusieurs années les quartiers dont la population est restée fidèle au gouvernement de Damas (1) - ciblant prioritairement les quartiers chrétiens -, faisant de nombreuses victimes innocentes ; mais sans doute ces vies ont-elles moins de valeur que celles de ceux qui soutiennent les djihadistes. En effet, les témoins locaux confirment que tous les quartiers bombardés par les aviations russe et syrienne sont ceux dans lesquels la population a pris ouvertement parti pour les islamistes et où flotte ostensiblement le drapeau de Daech… ce que les médias ne nous montrent jamais (2).
 
Cette présentation totalement déformée de la réalité est insupportable. Pourtant elle est à l’origine des envolées lyriques et outragées de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault, qui se sont même montrés menaçants à l’égard de Moscou. Voir nos autorités réagir à partir d’éléments aussi faux conduit à s’interroger sur leur connaissance réelle du dossier ou leur indépendance d’esprit vis-à-vis de Washington.
De plus, ces positions de Matamore ne sont d’aucun effet. Les dirigeants français ont peut-être l’illusion d’être des acteurs entendus et écoutés ; mais il n’en est rien. Ils sont aussi insignifiants qu’inaudibles. Notre proposition de résolution à l’ONU a été rejetée et nous ne sommes même plus invités aux négociations internationales sur la Syrie à Genève.
En toute logique, devant l’hostilité manifestée à son égard par nos gouvernants, les menaces de poursuivre Moscou devant la Cour pénale internationale (CPI), la surenchère de nos médias qui font du Poutine Bashing leur sport favori et la présentation totalement partiale du conflit syrien, le président russe a décidé d’annuler sa visite dans notre pays, jugeant le contexte peu favorable à des discussions sereines. Cette décision semble avoir pris au dépourvu notre président qui pensait pouvoir tancer son homologue russe sans que celui-ci ne réagisse, puis sans doute l’accueillir pour lui faire la leçon.
 
Une perception des faits totalement orientée
Il n’est pas question de faire l’apologie de Vladimir Poutine ou de Bachar El-Assad, ni de nier que la guerre tue, à Alep ou ailleurs ; mais il est bon de rétablir certaines vérités qui sont délibérément dissimulées par les stratèges de la communication américains et les médias Mainstream à leur service.
Depuis qu’ils sont devenus l’unique superpuissance, les Etats-Unis n’ont cessé de prendre des libertés vis-à-vis du droit international. Pourtant, rares ont été les médias à dénoncer leurs méfaits et les ONG ou les Etats les ayant menacé de poursuites juridiques internationales ou déclaré qu’ils en porteraient la responsabilité devant l’histoire.
Rappelons quelques faits :
- l’invasion illégale de l’Irak - passant outre le véto de l'ONU –, laquelle a permis la naissance de Daesh et a provoqué la mort et la désolation dans ce pays, faisant plus de victimes encore que la dictature de Saddam Hussein. Cette action a tout autant violé le droit international que l’action russe en Crimée ;
- les nombreuses victimes collatérales des frappes de drones dans le cadre de la Global War on Terrorism (GWOT) (3) ;
- la légalisation de la torture et la multiplication des arrestations extra-judiciaires (Rendition) et des prisons secrètes dans le cadre de la GWOT ; la généralisation de l’espionnage de leur population et de leurs alliés. Pourtant ni l’une ni l’autre de ces mesures n’ont été d’une grande efficacité dans la lutte contre le terrorisme ;
- le soutien à l’Arabie saoudite et au Qatar - deux Etats qui exportent leur islam radical archaïque dans le monde et soutiennent les djihadistes -, à la confrérie des Frères musulmans – dans le cadre du "printemps arabe" - et aux djihadistes liés à Al-Qaïda pour renverser le régime syrien.
Mais les Etats-Unis ne sont pas les seuls dans ce cas. Ces pratiques concernent aussi plusieurs de leurs alliés.
 
L’Arabie Saoudite, non contente d’exporter le wahhabisme de par le monde et d’avoir soutenu les djihadistes, est intervenue au Bahrein à l’occasion du printemps arabe (2011) pour mater une révolte populaire sans que personne ne s’en offusque. Elle semble pourtant incapable d’assurer la sécurité des pèlerins se rendant à La Mecque pour le hadj, ainsi qu’en témoignent les incidents à répétition survenus ces dernières années ayant entrainé la mort de centaines de croyants. Surtout, depuis dix-huit mois, elle a déclenché une guerre sanglante au Yémen (opération Tempête décisive), laquelle semble ne pas intéresser grand-monde, contrairement au conflit syrien.
Depuis mars 2015, une coalition internationale (4) menée par Riyad s’attache à remettre au pouvoir le gouvernement d’Abd Rabo Mansour Hadi, afin d’empêcher l’installation d’un régime chiite à sa frontière méridionale. Dans ce conflit, les Saoudiens sont aidés par les Etats Unis qui leur fournissent armement, renseignements et ravitaillent leurs avions. Les combats ont déjà provoqué plus de 10 000 morts dont beaucoup de civils. L’Arabie saoudite bombarde systématiquement les infrastructures du pays - y compris les hôpitaux - et exerce un blocus sur les zones rebelles au point que des millions de Yéménites n’ont plus de quoi se nourrir ; trois millions ont fui les zones de combat. Le 8 octobre dernier, les avions saoudiens ont pris pour cible une cérémonie funéraire à Sanaa, tuant au moins 140 personnes et en blessant 500. Ces frappes relèvent pleinement d’un crime de guerre ; pourtant aucun Etat occidental ne l’a signalé ni n’a protesté. Tout juste les Américains ont-ils fait savoir qu’ils allaient reconsidérer leur soutien aux Saoudiens dans ce conflit.
 
A noter également que plusieurs milliers de véhicules Toyota ont été achetés par les pays du Golfe (Arabie saoudite, Qatar, Émirats arabes unis et Jordanie) pour être livrés à l’État islamique, en Syrie et en Irak. C’est le constructeur japonais, accusé à tort de commercer avec Daesh, qui a révélé la liste de ses principaux clients dans la région. Ainsi, 22 500 véhicules auraient été vendus aux Saoudiens, 32 000 aux Qataris et 11 650 aux Emiratis. Puis, selon des informations provenant des services russes – à considérer naturellement avec circonspection -, l’armée jordanienne aurait facilité le transfert de ces véhicules en Syrie et en Irak. Une fois encore, les dénonciations de ce soutien des monarchies pétrolières à l’Etat islamique, sont rares.
 
La Turquie est dirigée par un président membre de la confrérie internationale des Frères musulmans, qu’il a soutenu en Tunisie, Libye, Egypte et Syrie à l’occasion des "printemps arabes". Erdogan a aussi longtemps laissé à Daesh la libre utilisation de son territoire pour son approvisionnement et ses opérations en Syrie et en Irak. Par ailleurs, il ne cesse de renforcer son pouvoir personnel - dans le but de devenir président à vie - et d’encourager l’islamisation de la société. A la suite d’une tentative avortée de coup d’Etat contre lui (5), il s’est livré à une gigantesque purge afin de liquider ses opposants et d’installer ses affidés. C’est-à-dire que l’un des pays membre de l’OTAN est dirigé par un islamiste radical aux tendances despotiques, bafouant les droits de l’homme, sans que cela ne choque personne ni ne remette en cause notre politique à l’égard d’Ankara. Et l’on parle toujours d’une éventuelle entrée de la Turquie dans l’Union européenne… Rappelons également, les forces turques ont pénétré illégalement dans le nord de la Syrie et de l’Irak et occupent une portion du territoire de ces deux Etats sans que la communauté internationale ne trouve à y redire.
 
Les faits ci-dessus montrent sans ambigüité que le droit international est, depuis quinze ans, davantage bafoué par Washington et ses obligés que par Moscou ou Damas ; et que les victimes civiles du "camp de la liberté" sont tout aussi innocentes et bien plus nombreuses que celles qui tombent lors des opérations russo-syriennes. Mais dès lors que des actions de force sont américaines ou alliées de Washington, elles sont, par essence, "justes, légitimes et utiles". Seuls ceux qui n’appartiennent pas à ce camp ou qui ne soutiennent pas cette politique sont coupables : Moscou, Damas, Téhéran, etc.
Il faut le réaffirmer sans cesse : contrairement aux idées reçues, la société de l’information dans laquelle nous vivons n’a que très marginalement permis d’améliorer la qualité et l’objectivité des données à la disposition du public. Au contraire, en dépit de la multiplication des canaux médiatiques, leur concentration entre les mêmes mains permet encore davantage de manipulation des faits qu’avant son émergence. Les événements actuels en sont la flagrante illustration.
 
La provocation délibérée du Russian Bashing
Pour envenimer la situation, dirigeants politiques, responsables militaires et journalistes occidentaux ne cessent d’évoquer la montée en puissance de la menace russe et le retour d’une nouvelle Guerre froide… voire pour certains, le spectre d’une nouvelle guerre mondiale (6) !
Mais le Russian Bashing impulsé par les milieux anglo-saxons ne reflète pas la réalité. Rappelons que le budget de la défense des Etats-Unis (près de 600 milliards de dollars) est de très loin le premier au monde et qu’il est supérieur aux budgets cumulés des dix pays qui le suivent ; la Russie (avec un budget de moins de 70 milliards de dollars) n’arrive elle-même que loin derrière la Chine et l’Arabie saoudite. Moscou dépense ainsi pour sa défense huit fois moins que Washington. La "menace" doit donc être fortement relativisée. Elle est pourtant largement utilisée par Hillary Clinton dans le cadre de sa campagne présidentielle, comme si elle cherchait par avance à remettre en cause une éventuelle victoire de Donald Trump… avec le soutien des hackers russes !
 
Il convient également de réfuter la soi-disant volonté hégémonique de Moscou.
Poutine n’a d’autre but que de mettre fin aux humiliations répétées dont son pays a été victime depuis vingt ans et au grignotage de ses marges. Il n’accepte plus sans réagir que la Russie soit provoquée ou que ses intérêts soient bafoués. Pourtant, c’est aujourd’hui Moscou qui apparaît comme "fauteur de troubles".
A l’opposé, il faut être aveugle pour ne pas mesurer le comportement impérialiste croissant de Washington, tant par ses interventions extérieures qui ne résolvent rien, que par l’application extraterritoriale de son droit au monde entier.
Bien sûr, il ne fait aucun doute que de tels propos seront immédiatement qualifiés de "pro Poutine" et que leur auteur sera accusé d’être un relais de l’influence russe. En effet, c’est une technique régulièrement utilisée ces dernières années que de mettre systématiquement en doute l’objectivité et l’indépendance de ceux qui critiquent la politique Mainstream. Ainsi, les médias nous rebattent régulièrement les oreilles au sujet des réseaux d’influence russes en France – ce qui est une réalité, tout comme l’espionnage de Moscou –, mais sans jamais parler des réseaux d’influence et d’espionnage infiniment plus puissants des Américains.
Nous vivons une période difficile dans laquelle les esprits sont l’enjeu des stratégies des uns et des autres et où les médias sont devenus un véritable champ de bataille. En la matière, par leur maîtrise des canaux de communication mondiaux, les Etats-Unis disposent d‘un net avantage ; ils ont réussi à imposer leur vision du monde, laquelle répond à la promotion et la défense de leurs intérêts… mais en rien à ceux de la démocratie ni de l’Occident - et surtout pas de la France.
Ils ont également réussi à convaincre que leur point de vue était "la" vérité objective et que tous ceux qu’ils désignent comme leurs adversaires sont le "mal".
 
Evidemment, la réalité est quelque peu différente. Mais nos élites ne semblent pas le percevoir.
Pour nous Français, l’enjeu n’est pas Moscou, Damas ou Alep, ni Poutine ou Bachar. Il est de retrouver une indépendance de vue et une objectivité d’analyse que nous avons abandonnées depuis plus d’une décennie et d’échapper à la vision sectaire du monde qu’imposent les Américains. D’autant plus qu’à la différence des Britanniques, nous ne reconnaissons ni ne cherchons à analyser nos erreurs. Le parlement du Royaume Uni a publié, en juillet et en septembre dernier, deux rapports remettant en cause la décision de David Cameron d’intervenir en Libye, jugeant que les informations l’ayant conduit à lancer cette opération étaient infondées. Qu’avons-nous fait en France ? Strictement rien ! Interviewé par la presse, Nicolas Sarkozy a persisté, déclarant qu’il avait pris alors "la bonne décision".

Paru sur www.cf2r.org, éditorial de novembre 2016

(1) Il convient également de rappeler que depuis cinq ans la population fidèle au régime n’a cessé d’être ciblée par les djihadistes : coupures d’eau et d’électricité, bombardements, blocus du ravitaillement, assassinats, enlèvements, tortures…
(2) Voir à ce sujet l’excellente analyse de Richard Labévière : http://prochetmoyen-orient.ch/mossoul-alepla-diagonale-du-fou/
(3) Outre les frappes de drones - qui créent plus de terroristes qu’elles n’en éliminent – ces frappes ont eu lieu à plusieurs reprises en Afghanistan à l’occasion fêtes de mariage, faisant chaque fois une centaine de victimes civiles. Rappelons également que les forces aériennes américaines ont bombardé, le 3 octobre 2015, un hôpital à Kunduz, en Afghanistan, faisant 42 morts et 37 blessés, parmi lesquels des membres Médecins sans frontières ; et qu’elles ont tué une centaine de soldats syriens, mi-septembre 2016, dans un bombardement effectué "par erreur", ce qui a par ailleurs permis à Daesh de s’emparer d’une position stratégique.
(4) Elle comprend une dizaine de pays arabes et sunnites : les membres du Conseil de coopération du Golfe (Oman excepté), le Maroc, la Jordanie, le Soudan et l’Egypte.
(5) La genèse de cet événement n’est toujours pas claire. De fortes suspicions existent quant à la parfaite connaissance de ce complot par Erdogan, qui pourrait avoir laissé faire afin de procéder à une purge radicale dans tous les domaines de l’appareil d’Etat.
(6) Cf. Alain Rodier, "Autour des conflits syriens et irakiens : Etats-Unis et Russie, ils sont tous devenus fous !", Note d'actualité n°456, www.cf2r.org, octobre 2016.

Les modèles d'Al-Qaïda ?

Publié dans Du côté des élites
Starfish et A.L.F. : les modèles d'Al-Qaïda ?
 
Dès lors que l'on évoque les phénomènes de radicalisation violente pouvant aller jusqu'au terrorisme, la majorité de nos contemporains pense immédiatement aux formes les plus extrêmes de l'islamisme radical. Pourtant, les mouvements de contestation fondés sur les idéologies altermondialiste, animaliste et écologiste - qui ne cessent de prendre de l'ampleur et connaissent de très inquiétantes dérives violentes, notamment outre-Manche et outre-Atlantique (1) - leur sont antérieurs mais restent méconnus. Ce sont des nébuleuses complexes de structures variées. La très grande majorité des groupes qui les composent sont généralement de petite taille et fortement spécialisés, thématiquement ou géographiquement. Néanmoins, malgré la diversité des causes, de leur origine géographique et de leurs buts, on observe une structuration similaire et des modes d'actions identiques à tous les groupes. 
 
Si elles recourent, dans bien des domaines, à des pratiques héritées de la culture de l'extrême-gauche, les nébuleuses contestataires se sont adaptées avec leur temps. Leur fonctionnement est particulièrement original et moderne et tire pleinement parti des nouveaux outils générés par les nouvelles technologies de l'information... à l'origine de la mondialisation ! Les activistes ont été parmi les premiers à saisir l'intérêt des nouvelles opportunités qu'elles offrent et s'en sont aussitôt servi pour mener leur combat, recruter des sympathisants et créer des cellules autonomes et décentralisées (2).
 
Afin de mieux appréhender le fonctionnement des mouvements contestataires, il est utile d'en analyser l'organisation, car ils ont su concevoir un système très original qui leur garantit efficacité et discrétion et qui leur permet de diffuser largement leurs idées et de mobiliser leurs militants. Fort curieusement, la nébuleuse terroriste fondée par Usama Ben Laden présente, sur bien des points, des caractéristiques similaires à ce modèle.
 
L'étoile de mer, un modèle d'organisation original
Aux nouvelles causes contestataires correspond une nouvelle forme de fonctionnement fondé sur le principe de l'intelligence collective. Elle est appelée Starfish - l'étoile de mer- en raison de la capacité de cet animal se reproduire à partir de certaines de ses parties, par opposition à l'araignée qui incarne le système centralisé, dominant sa toile depuis son centre. "Avec une araignée, ce que vous voyez à peu près ce que vous obtenez. Un corps est un corps, une tête est une tête et une jambe est une jambe. Mais l'étoile de mer est très différente : elle n'a pas de tête et son corps central n'est pas en charge de l'ensemble. En fait, les principaux organes sont reproduits dans chaque bras. Si vous coupez l'étoile de mer en deux, vous aurez une surprise : l'animal ne mourra pas, et assez vite, vous aurez deux étoiles de mer (3)".
 
Le modèle Starfish est apparu aux Etats-Unis à la fin des années 60, en particulier grâce au développement d'internet et des réseaux informatiques qui ont favorisé l'émergence de systèmes d'organisation décentralisés. Il est aujourd'hui la véritable référence opérationnelle de tous les groupes activistes, jusqu'à Al-Qaïda, qui semble également s'en être inspiré.
Comme pour l'étoile de mer, dans le système Starfish chaque branche est autonome et indépendante des autres. Ainsi, sa destruction n'entraîne pas celle du reste du réseau car ce qui les fédère n'est pas un organe central, mais une idée forte, un objectif commun. Le principe de décentralisation fait que ce système peut facilement muter car ses membres ont un degré élevé de liberté (4). De même, à l'image de leur modèle, les structures en étoile de mer sont capables de se reproduire facilement, même si la cellule première a disparu (5). Enfin, quand toutes les branches du système Starfish travaillent ensemble, une organisation décentralisée peut vraiment obtenir des résultats extraordinaires : "un bras commence à se déplacer, puis dans un processus que personne ne comprend vraiment, les autres bras coopèrent et se déplacent. Le cerveau n'est pas le centre de la décision (6)".
 
Les caractéristiques les plus notables des groupes ayant adopté le modèle Starfish - et utilisant intensivement les technologies de l'information et de la communication - sont : l'existence d'une idée mobilisatrice ; un réseau préexistant de groupes autonomes et déterminés ; l'existence d'un catalyseur ; la création d'une culture commune ; la diffusion de tactiques et de moyens d'action ; l'absence de direction centralisée ; le fonctionnement en réseau ; l'autofinancement ; la maîtrise de la coordination ; l'utilisation intensive d'internet ; la culture du secret.
 
          1 - L'existence d'une idée mobilisatrice
A l'origine de tout mouvement de contestation actif existe nécessairement une idée forte, un credo, une croyance. C'est la base indispensable à tout développement, à toute mobilisation collective. Pour une structure en étoile de mer, les valeurs sont l'organisation et l'idéologie est le carburant. Si l'on ôte l'idéologie, l'organisation en étoile de mer s'écroule (7).
 
          2 - Un réseau préexistant de groupes militants déterminés
Pour rayonner, une cause doit pouvoir s'appuyer sur un réseau préexistant de groupes militants qui se saisissent d'une idée nouvelle et constituent sa base originelle. Roger Caillois a mis en lumière le fait que les groupes minoritaires se montrent plus unis, plus entreprenants que le milieu indifférent ou hostile dans lequel ils évoluent. Leurs convictions sont plus fermes et les devoirs et obligations de chacun clairement définis (8). Ces petits groupes d'individus résolus et fortement soudés (9) forment de véritables unités commandos autonomes, capables d'infléchir la conjoncture et l'effet qu'ils sont capables d'obtenir est sans commune mesure avec leur nombre (10).
 
          3 - La présence d'un catalyseur
Une personnalité emblématique (un penseur, un militant engagé, etc.) doit être à l'origine de l'idée ou en être le symbole emblématique. Sa fonction n'est pas celle d'un chef mais d'un "conseiller-inspirateur", véritable "champion" de la cause, capable de servir de référence, d'inciter les individus et les groupes à s'approprier l'idée défendue et d'impulser la dynamique - à l'image de Ben Laden. Les premiers martyrs de la cause - s'il y en a - peuvent également remplir ce rôle et aider à renforcer le système de valeurs de l'organisation.
 
          4 - La création d'une culture commune
Le résultat de l'action du ou des "catalyseurs" est la création d'une culture commune qui constitue le ciment des groupes décentralisés. Ces mouvements - qui étaient souvent au départ des associations isolées et marginales - ont, depuis quelques années, construit une incontestable "macro-culture" laquelle a fini par gagner en influence grâce à la mise en branle de réseaux multiples : ONG, médias, élus, fonctionnaires, enseignants, etc. A noter cependant que la structure des réseaux de contestation est proche de celle des sectes : ceux qui rejettent l'idée fondatrice sont généralement considérés comme des ennemis.
 
          5 - La diffusion de tactiques et de moyens d'action
Il s'agit de donner aux groupes les moyens d'agir (matériels la plupart du temps), c'est-à-dire permettre à ceux qui le veulent d'acquérir les moyens nécessaires afin de passer à l'action. Dans cette perspective, au sein du milieu activiste, les actions de formation sont permanentes comme l'explique un membre d'ATTAC : "L'université d'été est seulement un des éléments de notre dispositif de formation, avec les centaines de conférences et rencontres-débats organisés chaque année par les comités locaux (...) pour la reconquête des esprits (11)". Une grande partie des séminaires organisés - apparaissant comme une opportunité de rencontre et d'échange (pique-niques, camping, etc.) - n'ont rien d'un club de scouts. On y apprend l'art de la désobéissance civile, le droit du citoyen manifestant (pour les gardes à vue) afin de pousser la police à bout ou encore la résistance aux gaz lacrymogènes. Mais, le plus souvent, il ne s'agit là que d'apprendre et de laisser faire, non d'instruire directement. Inspiration, subsidiarité et confiance sont les valeurs de référence dans ce processus d'apprentissage et d'appropriation.
 
          6 - L'absence de direction
Chez les altermondialistes comme dans les autres mouvances contestataires, il n'existe pas de "comité central" réunissant les représentants des divers mouvements, ni d'organisation permanente fixant l'agenda des manifestations, désignant les cibles ou codifiant les règles d'action. Les groupes qui composent le mouvement, tous spécialisés sur un sujet précis, sont attachés à leur autonomie. La décentralisation est une règle d'or. Chaque groupe mène ses actions propres mais peut faire appel ou s'intégrer au "réseau" pour donner plus d'ampleur à une opération.
Le FLN algérien, comme l'ALN, était très structurés et centralisés. Or l'histoire récente a montré que la faiblesse d'une organisation clandestine était justement l'organisation. Carlos Marighela (1911-1969), théoricien brésilien de la guérilla urbaine, a développé une théorie intéressante qui s'oppose à la théorie de la centralisation. Le Hezbollah libanais a compris cela : il a créé des cellules indépendantes, un mouvement plutôt qu'un parti. Cela explique ses résultats contre l'armée israélienne, en 2006.
 
Ainsi, les leçons du passé ont été tirées. Les groupes radicaux clandestins ont adopté une variante de la résistance sans chef. Ce modèle se caractérise par l'absence de contrôle ou d'influence des "leaders" d'opinion du mouvement au niveau tactique. Ils se contentent d'agir au niveau stratégique en définissant l'idéologie commune et les objectifs généraux, ce que Brian Jackson appelle un "mouvement au couplage lâche" (12).
 
L'absence de structure bureaucratique est donc une règle permanente.La majorité des groupes n'a pas de personnel rémunéré et peu de permanents. Ainsi, dénombrer les membres d'organisations en étoile de mer est généralement une tâche impossible (13). En revanche, il est possible de connaître le nombre de membres d'une organisation hiérarchique ; il suffit de se procurer les organigrammes, d'identifier les dépenses liées à la masse salariale ou d'autres dossiers, etc. Comme l'illustre le tableau ci-dessous (14), les avantages d'une organisation décentralisée sur une structure hiérarchique classique sont nombreux et essentiels pour les activistes.
 
Centralisation                                                                     Décentralisation
 
Responsables clairement désignés                                    Absence de commandement
Existence d'un quartier général                                        Pas de quartier général
Division claire des rôles                                                   Division des rôles floue
Savoirs et pouvoirs sont concentrés                                  Savoirs et pouvoirs sont distribués
Organisation rigide                                                          Organisation flexible
Il est possible de compter le nombre de membres              Impossible de les compter
Les unités sont financées par l'organisation                       Les unités s'autofinancent
Les groupes de travail communiquent via des                    Les groupes communiquent directement uns avec les autres
intermédiaires hiérarchiques                                                                                         
Si une unité disparait, l'organisation est affaiblie                Si une unité est détruite, l'organisation est indemne
 
 
          7 - Le fonctionnement en réseau
Les groupes militants sont chacun spécialiste d'un mode d'action précis et mettent leurs compétences à la disposition de l'ensemble du mouvement d'idées auquel ils se rattachent. Par exemple la Ruckus Society, aux Etats-Unis, s'occupe de la formation des militants à l'action non violente dans le cadre des manifestations de rue ; et Direct Action Network, un réseau informel américain mis en place pour préparer Seattle (1999), se charge de coordonner l'action des étudiants, des organisations d'extrême-gauche et des groupes anarchistes lors des manifestations et des sommets. En temps normal, chaque organisation surveille la zone géographique ou le domaine d'action dont elle s'est auto-investie. A charge pour elle d'avertir l'ensemble de la mouvance dès qu'un événement d'intérêt surgit (abus à dénoncer, etc.) ou qu'une opportunité d'action se dessine. Dans ce cas, le groupe concerné pilote l'action de contestation relevant de son domaine de spécialité et fait appel aux autres composantes de la mouvance qui lui apportent leur soutien : mobilisation des militants, des médias, assistance technique particulière, renseignements ciblés, manœuvres de diversion, etc. Ainsi au final, les groupes sont complémentaires et solidaires.
 
          8 - L'autofinancement
Parce qu'ils sont autonomes, les unités d'une organisation décentralisée s'autofinancent presque toujours. Dans les organisations en étoile de mer, les groupes sont en grande partie responsables de l'acquisition et de la gestion de leurs fonds (15). Qui paie pour toutes ces opérations ? Des donateurs privés, les militants eux-mêmes, mais aussi, dans le cas des animalistes, des organisations officielles comme PETA (People for Ethical Treatment of Animals) ou Speak/The Voice for the Animals en Angleterre. A noter que l'argent circule entre les mouvements, permettant de financer de nombreuses actions.
 
          9 - La maîtrise de la coordination
"La convergence des luttes", c'est le terme utilisé par les activistes de tous horizons pour qualifier leurs opérations communes et coordonnées. Ce sont leurs capacités à planifier et conduire des actions conjointes qui permettent de parler d'un mouvement organisé et non de rassemblements improvisés. Les différents courants contestataires ont compris que leurs ressources étaient complémentaires et qu'il fallait développer leur coopération afin d'accroître l'efficacité de leurs actions. Ainsi, les nébuleuses contestataires sont capables d'agréger de vastes coalitions internationales d'individus et de groupes variés, ce qui leur confère un pouvoir d'influence sans précédent.
 
Il a clairement été observé, lors des différents "contre-sommets" et manifestations, que beaucoup de groupuscules étaient liés. Même si les cellules agissent de manière autonome, elles entretiennent des liens étroits : leurs leaders se connaissent, ils unissent leurs forces tout en restant centrés sur leurs sujets de contestation et s'apportent un appui mutuel dans leurs opérations. Par exemple, les groupes de l'ultra-gauche ne luttent plus seulement contre leur ennemi classique, le capitalisme, mais aussi contre le fascisme, les politiques de limitation de l'immigration, les institutions financières, etc. Depuis 2009, on observe de même une coopération accrue des antifascistes et des extrémistes animalistes. Les premiers offrent l'asile aux seconds, qui en échange, leur apportent leur soutien. Toutefois, les alliances opérationnelles conclues sont ponctuelles, spécifiques à une situation ou à un thème donné, extrêmement fluctuantes et se défont comme elles se sont faites. Ces coalitions sont des alliances d'intérêts liées à des situations et à des personnes données, conclues dans le cadre d'une lutte globale sur les différents champs de bataille sociétaux (16). 
 
A l'occasion des évènements majeurs, tels que les sommets du G8, les réunions de l'OMC ou du FMI et les sommets mondiaux sur l'environnement, les activistes de tous horizons mettent sur pied un "état-major de projection" chargée de préparer et de coordonner les opérations. Ils sont désignés par un trigramme simple : N30 pour November 30 (Seattle, 1999), S26 pour September 26 (Prague, 2000), J20 pour July 20 (Gênes, 2013), etc. Ces structures fonctionnelles sont spécialisées dans la conduite de projets complexes et ne comprennent que très peu de membres permanents. Les mouvements souhaitant participer à l'événement y envoient un représentant ; un "comité de direction" et un porte-parole officiel sont alors désignés pour la durée de l'opération. Plusieurs mois avant l'événement, le débat via internet permet de recueillir des renseignements et d'échanger des idées sur les modes d'action possibles en fonction du "théâtre" et des forces de sécurité locales. Ensemble, les groupes mobilisés définissent un schéma général, fixent les missions de chacun et arrêtent le calendrier d'action. Dès lors, chaque groupe "active" une antenne ou un partenaire dans le pays ou la ville d'accueil de la manifestation, pour l'aider à organiser son engagement. Des points de rencontre et des centres de rassemblement sont proposés sur Internet et permettent aux militants de se regrouper à proximité du lieu du sommet avant d'entrer en action.
 
A noter que certaines structures de coordination perdurent souvent au-delà du sommet qui a vu leur création. En effet, loin de disparaître au terme d'une lutte ou à l'issue d'un événement, elles se rétractent mais restent, pour les activistes, un outil prêt à être réactivé, à l'image des réseaux dormants dans l'espionnage. Ainsi, des "structures dormantes" se remettent périodiquement en mouvement (17).
 
          10 - L'utilisation intensive d'internet
L'outil cybernétique a apporté aux groupes contestataires un moyen exceptionnel de propagande, de recrutement, de formation et d'action.
En premier lieu, internet permet aux mouvements contestataires de mettre à disposition de leurs "troupes" un ensemble cohérent de lignes directrices ou de principes (idéologie, stratégie). Le Web permet également la transmission des informations ayant trait à la tactique et aux techniques de sécurité opérationnelle nécessaires à l'action discrète. Les sites, blogs, forums et plateformes intranet sont utilisés de ces mouvements disposent de très riches bases de données d'informations opérationnelles à la disposition des militants. Ils servent également de plateformes d'échanges et de coordination qui permettent à des groupes et individus de fonctionner de manière relativement efficace pendant de nombreuses années sans se rencontrer (18).
 
Internet leur a conféré également une capacité de mobilisation à l'échelle mondiale sans contrainte géographique. Les contestataires utilisent intensivement les réseaux de communication modernes (e-mails, SMS, téléphonie cryptée, etc.) pour la coordination de leurs actions. Les logiciels de cryptage développés sur le Web offrent aussi aux activistes des techniques pour rendre les échanges anonymes (TOR, VPN, chiffrement des communications, etc.).
 
Mais surtout, internet est une arme. Le web est alors utilisé de deux façons : pour conduire des opérations dites de "guerre de l'information" (campagnes de dénigrement, rumeurs, révélations d'informations confidentielles, etc.) et pour lancerdes cyberattaques.
 
Pour Tony Jupiter, de l'association écologiste britannique Friends of the Earth, Internet est "l'outil le plus puissant de la boîte à outils de la résistance". Il constitue le creuset à partir duquel les groupes se forment et se consolident. C'est particulièrement le cas pour le mouvement animaliste, lequel a connu son véritable décollage grâce à la révolution numérique et aux images qui permettent de témoigner de ce qui n'avait jamais été vu auparavant : le dévoilement de la souffrance animale (19). Internet facilite également le partage de l'information à un degré tel que de nombreux groupes peuvent travailler de concert les uns avec les autres. Cette capacité d'action décentralisée ne cesse d'étonner ces mouvements eux-mêmes, qui demeurent éternellement surpris de constater le développement de leur influence et l'efficacité de leurs actions malgré la faiblesse de leurs moyens et l'importance de ceux qui sont déployés afin de les empêcher d'agir. Ces mouvements ne font que commencer à prendre conscience de leur propre envergure (20).
 
Cependant, cet outil connaît des limites. Certaines connaissances tacites ou intransférables - vu la sensibilité du contenu - ne peuvent être transmises via le web. Aussi, de nombreux "camps de formation"sont organisés, qui sont les seuls lieux de rencontre entre les groupes activistes. Ces rassemblements attirent de plus en plus de monde. Mais leur importance est limitée par crainte d'infiltration policière.
 
          11 - La culture du secret
L'action efficace des services de police et de renseignement, l'accroissement de la répression suite aux manifestations de Seattle et aux attentats du 11 septembre 2001, ont conduit les mouvements contestataires à préparer leurs manifestations et leurs opérations dans le plus grand secret, de manière quasiment clandestine : désignation des responsables au dernier moment ; éclatement des zones de logement des manifestants (pour éviter qu'ils y restent bloqués par la police) et des centres de communication (le Media-Center organisé pour Gênes en 2001 avait été investi par les Carabiniers), etc. Certains pays - comme le Qatar - interdisent les manifestations ; d'autres tentent de les infiltrer. Autant de difficultés pour les contestataires qui ont opté pour le "cloisonnement" de leurs cellules. Aux Etats-Unis, les éléments clandestins des mouvances contestataires ont corrigé leurs procédures de sécurité pour prévenir les opérations du FBI contre eux (21). La multiplication des organisations éphémères et la structuration originale des nouveaux mouvements sociétaux rendent difficiles le suivi du phénomène contestataire violent par les services de police chargés de leur surveillance.
 
Bénéfices et limites du système Starfish 
Il est possible de synthétiser le fonctionnement du système Starfish par la formule suivante : lancer l'idée et laisser faire le travail par les "hommes de bonne volonté", en encourageant la responsabilité de chacun et en faisant confiance à la règle "loi" des petits nombres, idée selon laquelle cela a toujours été 5 % des individus qui ont fait évoluer l'humanité.
 
Dès lors que tous les principes du système Starfish sont appliqués, il suffit de laisser agir l'intelligence collective. En effet, grâce au système Open Source, des individus partageant les mêmes idées peuvent travailler et opérer ensemble, sans se connaître, sans concertation explicite, sans organisation centralisée, en s'inspirant et en se copiant mutuellement via le net. Ainsi, une action (manifestation, émeute, attentat) se déroulant à un endroit pourra être reproduite et améliorée dans un autre (Swarming) (22), sans pour autant que les instigateurs soient en contact direct, ni qu'ils se soient coordonnés de manière spécifique. Il n'y a donc pas de structure de commandement unifiée, mais le développement d'une dynamique d'ensemble. Un système Starfish ne possède pas d'intelligence centrale, celle-ci est répartie dans tout le système et se répand naturellement jusqu'à ses extrémités. Cela explique comment des individualités a priori relativement faibles peuvent constituer un collectif fort "sans chef" et développer la capacité à "s'organiser sans organisation" (23). Les systèmes en étoile de mer ne produisent pas nécessairement de meilleures décisions que les systèmes hiérarchiques. Mais ils sont capables de répondre plus rapidement aux opportunités et aux menaces de leur environnement qu'eux, parce que chaque membre a accès à la connaissance collective et la capacité de l'utiliser immédiatement (24).
 
Grâce à ce système d'organisation performant, il est possible d'observer la professionnalisation des mouvements de contestation altermondialistes, animalistes et écologistes, lesquels agissent de plus en plus efficacement afin de contester les pouvoirs établis et d'atteindre les objectifs qu'ils se sont fixés.
Toutefois, les organisations en étoile de mer présentent quelques vulnérabilités.
 
- Les groupes clandestins ne sont pas de purs mouvements de résistance sans leader. De nombreux activistes jouent un rôle important qui peut se révéler critique pour les organisations.
 
- L'absence de contrôle et la décentralisation peuvent avoir des effets pervers. Le principal inconvénient de la structure en étoile de mer est le manque de contrôle tactique que le mouvement peut exercer sur les individus et les cellules clandestines. Ainsi, certaines restrictions opérationnelles (par exemple, pas d'attaques contre à un humain ou un animal) qui sont édictées par les sites Web de la mouvance, peuvent être ignorées par des cellules ou des individus. Leurs actions violentes nuisent alors à l'intérêt d'un mouvement cherchant à influencer l'opinion publique (25).
 
- Elles sont dépendantes d'internet et des réseaux sociaux. Il est nécessaire pour ces mouvements, à travers leurs sites web, de diffuser largement leurs conseils à leurs membres. Or ces informations librement disponibles en Open Source permettent à un analyste ou un enquêteur d'acquérir une compréhension des activités du mouvement. Par ailleurs, sans Internet, les organisations contestataires connaitraient des difficultés majeures pour la diffusion de leurs idées, le recrutement, la formation, et l'établissement d'objectifs opérationnels.
 
- Les cellules opérationnelles, malgré leur cloisonnement, ne sont pas à l'abri d'une infiltration policière. Et lorsque celle-ci commence, elle connaît généralement un large succès en raison de la connaissance des réseaux qu'ont les membres
 
Un exemple : The Family, une cellule ayant commis plus de vingt-cinq actions directes de 1995 à 2001 - au nom de l'Animal Liberation Front (ALF) et de l'Earth Liberation Front (ELF) - dans le Colorado, l'Oregon, le Wyoming, l'Etat de Washington et en Californie. Cette cellule, composée de douze membres a fonctionné durant six ans et a remporté de nombreux de succès. Elle a provoqué pour plus de 40 millions de dollars dommages matériels, notamment à l'occasion d'un incendie criminel dans la station de sports d'hiver de Vail (Colorado). Mais le FBI a finalement réussi à l'infiltrer (opération Backfire, 2006) et est parvenu à obtenir la coopération de l'un de ses membres qui a accepté de porter sur lui un dispositif d'enregistrement. Les preuves obtenues grâce à ces écoutes ont ensuite conduit les autres membres à fournir des informations sur leurs collègues dans le cadre du processus de négociation de plaidoyer (26). Le cas de The Family illustre la vulnérabilité d'une cellule activiste élargie. Or, la capacité à conduire régulièrement des actions directes entraine nécessairement l'accroissement des effectifs, au-delà d'un petit groupe - 2 à 6 membres - plus facile à "verrouiller".
 
A noter également que les activistes qui s'engagent dans l'action et se radicalisent ne sont pas à l'origine des criminels. C'est-à-dire qu'ils ne sont pas familiers avec le système judiciaire. Souvent, lorsqu'ils sont arrêtés et poursuivis comme criminels, donc confrontés à des sanctions sévères, beaucoup ne résistent pas face aux autorités et choisissent rapidement de coopérer et de témoigner contre d'autres membres de la cellule (27).
 
ALF : terrorisme au nom des animaux
L'Animal Liberation Front (ALF) est un mouvement radical prônant l'antispécisme. Il a pour objectifs de révéler au public les horreurs et les atrocités commises sur les animaux, de mettre fin aux abus perpétrés contre eux et à leur exploitation, en causant des dommages économiques majeurs à ce qui organisent ou profitent de cette exploitation. La déclaration de Chris Derose, l'un des membres d'ALF, permet de mieux comprendre l'état d'esprit des militants : "Un seul rat mort pour trouver un remède à toutes les maladies serait déjà inadmissible" ; ainsi que celle de Ronnie Lee, cofondateur de l'ALF, condamné en 1986 à 10 ans de prison : "Le pacifisme total est une philosophie immorale : la violence est le seul langage que ces gens comprennent. C'est peut-être une dure réalité à comprendre pour les idéologues pacifistes du mouvement dont la préoccupation de non-violence a beaucoup à voir avec leurs origines de classes moyennes."
 
Les principales cibles d'ALF sont l'industrie de la fourrure, les abattoirs, les fermes d'élevage de visons, les boucheries et les laboratoires de recherche. C'est aujourd'hui l'un des mouvements les plus actifs du monde, présent et actif dans plus d'une trentaine de pays : en Europe et en Amérique du Nord, mais aussi en Israël, en Turquie, en Russie et au Chili.
 
L'organisation d'ALF est l'application parfaite du système Starfish. Le mouvement n'existe pas à proprement parler. Il n'a pas de chef ni d'adhérents payant une cotisation. C'est une nébuleuse de groupes et d'individus qui n'ont aucun lien entre eux, si ce n'est leurs objectifs et leurs adversaires. Les militants adoptent un mode de vie clandestin et appliquent des mesures de sécurité draconiennes pour éviter que les réseaux ne soient infiltrés et que des arrestations n'affaiblissent le mouvement.
 
La particularité de l'ALF est sa démultiplication. Le groupe central diffuse des conseils par Internet pour mener des actions violentes : "Comment s'y prendre pour fracturer une serrure, débrancher une alarme, pénétrer dans une installation industrielle ?" ; " Comment échapper aux poursuites ?"; " Quelles cibles frapper ? ". Un peu partout, des indidividus ou des petits groupes captent ces messages et passent à l'acte sans en informer préalablement le mouvement. L'ALF se contente de collecter et de médiatiser ces actions spontanées. Il les met sur son site Internet Bite Back (28), les plaçant ainsi sous sa bannière. Ceux qui passent à l'action peuvent donc se revendiquer du mouvement et utiliser sa marque dès lors qu'ils respectent son idéologie et ses règles d'action. L'ALF considère que tout groupe végétarien ou visant une finalité similaire à la sienne est intrinsèquement solidaire de la cause et peut agir en son nom. C'est donc une organisation franchisée. On le voit, Ben Laden n'a rien inventé avec Al-Qaïda.
 
Partout où ils sont présents, les activistes multiplient les attentats contre les pharmacies, boucheries, poissonneries, abattoirs, fermes de reproduction d'animaux, etc. Afin de parvenir à leurs fins, leurs methodes sont variées : alertes à la bombe, courriers d'intimidation anonymes, actions contre les biens et atteinte à la réputation d'individus ou de sociétés, menaces de mort et d'enlèvement d'enfants, mais aussi sabotages, incendies criminels et attentats.
 
Le mouvement a lancé ses premières grandes actions au début des années 1980. Ses militants ont commencé à s'introduire dans les laboratoires de recherche pour libérer les animaux en cage et leur trouver de nouvelles maisons. Lorsque d'autres activistes animalistes à travers le monde entendirent parler de ces opérations, ils s'en inspirèrent et les imitèrent. En Amérique du Nord et en Grande-Bretagne, les branches locales de l'Animal Liberation Front (ALF) ont à leur actif la destruction de laboratoires médicaux et universitaires et l'envoi de lettres piégées à des chercheurs travaillant dans l'industrie génétique. En 1987, une cellule de l'ALF mit le feu à une vingtaine de voitures de l'université de Californie causant plus de cinq millions de dollars de dommages. Dès 1990 dans les environs de Londres, l'ALF fait usage d'engins explosifs improvisés à l'encontre d'un chercheur et d'un vétérinaire. Les explosifs sont placés sous les véhicules des cibles ; les deux en réchapperont mais un enfant sera blessé (29).
 
En 1999, Graham Hall, un journaliste britannique, reporter de la chaîne de télévision Channel Four s'est infiltré dans le réseau pour réaliser un reportage qui montrait les dirigeants de l'organisation faisant la promotion de la violence. Il dénonçait clairement les actes terroristes d'ALF. Les militants, furieux, l'ont alors kidnappé et séquestré dans une cage, afin qu'il comprenne mieux les conditions de vie des animaux. Avant de le libérer, les activistes l'ont marqué au fer rouge du sigle de l'organisation.
 
En septembre 2005, des activistes effectuent deux attaques à la bombe. Le 24 septembre, une charge explosive détériore un bâtiment de l'université d'Oxford, en signe de protestation contre la construction d'un laboratoire destiné à effectuer des tests cliniques sur des animaux. Puis, ils menacent l'université de multiplier leurs attaques si ce projet n'était pas abandonné. Quelques jours plus tard, le 27 septembre 2005, une bombe de faible puissance explose devant le domicile de Paul Blackburn, un dirigeant de GlaxoSmithKline, pour pousser l'entreprise pharmaceutique à cesser sa collaboration avec Huntingdon Life Sciences.
 
En 2008, aux Etats-Unis, 70 actions directes commises par ALF ont été comptabilisés et 150 au Mexique, alors que c'était la première année d'existence du mouvement dans ce pays ! En février 2009, deux cadres supérieurs de la Banque Barclays - accusée de financer le laboratoire Huntingdon Life Sciences (HLS) - reçoivent la visite de militants de l'ALF. Leur maison et leurs voitures sont tagguées avec des slogans menaçants. La fille de l'un d'eux est également été "visitée" et leur numéro de téléphone a été publié sur l'internet. Puis en septembre 2009, un engin explosif est retrouvé au siège du géant pharmaceutique Novartis à Guadalajara, au Mexique.
 
ALF déclare que ses attaques contre les biens ne relèvent pas de la violence et se proclame donc, sans rire, organisation non violente. De même, il affirme prendre toutes les précautions nécessaires afin "de ne pas faire de mal à un animal, qu'il soit humain ou non humain », le groupe est pourtant responsable de nombreuses actions attendant directement à la vie humaine
 
En raison de ces actes criminels ultra-violents, ALF a étéplacé sur la liste des groupes terroristes dès 1982, au même tire que les mouvements djihadistes comme Al-Qaïda ou l'organisation Etat islamique (Daech). Cela a conduit les Etats-Unis (30) et le Royaume uni (31) à promulguer des lois protégeant les cibles privilégiées de ces activistes. De même, le FBI et Scotland Yard (32) ont créé des unités spécialisées afin de lutter contre ALF et les autres mouvements environnementalistes radicaux.
 
ALF et Starfish : les modèles d'Al-Qaïda ?
Bien que leurs idéologies soient très différentes, les similitudes structurelles entre Al-Qaida et ALF sont néanmoins frappantes.
 
ALF est fondamentalement plus une idéologie - dans laquelle les animaux doivent être traités avec respect - qu'une organisation. Tous ceux qui conduisent des actions au profit des animaux sont donc des "libérateurs" et s'inscrivent dans la "croisade" d'ALF. De même, Al-Qaïda est d'abord une idéologie, fondée sur la volonté de recréer un califat appliquant la loi "pure" de l'islam et la conviction que les Occidentaux menacent la civilisation musulmane.
 
L'organisation créée par Ussama Ben Laden a ainsi beaucoup en commun avec l'ALF. Ce sont deux nébuleuses aux contours difficilement discernables pour ceux qui luttent contre elle. Les deux structures n'ont pas vraiment de direction centrale, fonctionnent à partir d'individus isolés ou de cellules autonomes, qui passent à l'action à leur propre initiative. Conformément aux règles du modèle Starfish, Oussama ben Laden a été le catalyseur qui pu canaliser la rage des islamistes radicaux contre "l'expansion" occidentale et "l'invasion" de l'Afghanistan et la transformer en actions terroristes ; mais il n'en est pas le chef à proprement parler, pas plus que son successeur, l'Egyptien Ayman Al-Zawahiri.
 
Tout comme les destructions de laboratoires d'ALF, les actes terroristes d'Al-Qaïda inspirent chaque fois de nouvelles vocations dans le monde arabo-musulman et poussent de nouveaux volontaires à rejoindre la mouvance. Le "centre" d'Al-Qaïda ne conçoit pas les attentats terroristes, mais les membres de l'organisation ayant adopté son idéologie et copient les opérations qui ont fonctionné et utilisent la marque (33). Al-Qaïda n'est qu'un sponsor de l'action terroriste, mais les groupes locaux, agissant au nom de causes locales, choisissent leurs cibles et montent librement leurs opérations. Ces causes peuvent parfois n'avoir aucun rapport avec la stratégie d'Al-Qaïda pour un djihad mondial, mais l'organisation les revendique tout de même, car elles concourent à l'instauration d'un climat de terreur à l'encontre de ses adversaires... comme le fait le site Bite Back.
 
La différence majeure, c'est qu'ALF a été créée en 1976, une date à laquelle Al-Qaïda n'existait pas et à laquelle les Soviétiques n'avaient pas même envahi l'Afghanistan, opération qui poussera Ben Laden à créer son organisation. Aussi, en raison des similitudes plus que troublantes, il n'est pas inapproprié de s'interroger sur l'influence éventuelle qu'a pu avoir ALF sur la nébuleuse terroriste islamiste. Peut-être quelques uns des "penseurs" d'Al-Qaïda ont-ils étudié l'organisation radicale animaliste. Peut-être le transfert de savoir faire s'est-il fait par d'autres canaux. Peut-être est-ce là une pure coïncidence. Toujours est-il que parmi tous les experts du terrorisme qui ont mis l'accent sur la très grande originalité de fonctionnement du mouvement piloté par Ben Laden, bien peu semblent avoir fait ce lien ou sont au courant du système Starfish, à la base de l'organisation d'ALF.

(1) Cf. Eric Denécé et Jamil Abou Assi, Ecoterrorisme ! Altermondialisme, écologie, animalisme : de la contestation à la violence, Tallandier, Paris, 2016.
(2) Bernard Wicht, "Quelles réponses aux défis stratégiques contemporains (II). Redécouvrir la contre-guérilla", Military Power Revue der Schweizer Armee Nr. 1-2008, Beilage zur ASMZ 4/2008 und zum Schweizer Soldat 4/2008, p. 15.
(3) Ori Brafman & Rod A Beckstrom, The Starfish and the Spider, Penguin, USA, 2006, p. 35.
(4) Ibid, p. 40.
(5) Bernard Wicht, op. cit.
(6) Ori Brafman & Rod A Beckstrom, op. cit, p. 35.
(7) Ibid, p. 206.
(8) Roger Caillois, Instincts et société, essai de sociologie contemporaine, Paris, Gonthier, Médiations, 1964.
(9) Bernard Wicht, "Rebelle, armée et bandit : le processus de restauration de la cité", in La Culture du refus de l'ennemi, sous la direction de Bernard Dumont, Gilles Dumont, Christophe Réveillard, Pulim 2007, p. 120.
(10) Bernard Wicht, "Quelles réponses aux défis stratégiques contemporain... ", op. cit.
(11) Lettre d'ATTAC, octobre 2002, page 3.
(12) Lawrence E. Likar, Eco-Warriors, Nihilistic Terroristes and the Environment, Praeger, Santa Barbara, 2011, p. 100.
(13) Ori Brafman & Rod A Beckstrom, op. cit, p. 50.
(14) Ibid, p. 54.
(15) Ibid, p. 51.
(16) Ulrich Beck, La société du risque. Sur la voie d'une autre modernité, Essais, Champs, 2001, p. 214.
(17) Emmanuel Allait, L'altermondialisme : mouvance ou mouvement ?, Ellipses, 2007, p. 33.
(18) Lawrence E. Likar, op. cit., p. 84.
(19) Marianne Celka, L'animalisme. Enquête sociologique sur une idéologie et une pratique contemporaines des relations homme/animal, Thèse de doctorat, Université Paul Valéry-Montpellier III, 2012,p. 10.
(20) Naomi Klein, No Logo. La tyrannie des marques, Actes Sud, 2001, pp. 463-464.
(21) Lawrence E. Likar, op. cit., p. 105.
(22) Bernard Wicht, "Quelles réponses aux défis stratégiques contemporains ...", op. cit.
(23) Idem.
(24) Ori Brafman & Rod A Beckstrom, op. cit., p. 39.
(25) Lawrence E. Likar, op. cit, p. 101.
(26) Ibid, p. 101.
(27) Ibid, p. 102.
(28)
http://www.directaction.info/index.htm
(29) Julien Dufour et Stéphane Quéré, "Le terrorisme de défense animale : contestation et menace économique".
(30) Pour prévenir et lutter contre l'écoterrorisme, le Congrès américain a adopté l'Animal Enterprise Terrorism Act (AETA), approuvé par le Sénat le 29 septembre 2006
(31) The Protection from Harassment Act 1997 a été prolongé pour lutter contre le harcèlement des personnes opérant dans les secteurs économiques et scientifiques liés à l'exploitation animale. Les campagnes d'intimidation sont désormais considérées comme criminelles et passibles de lourdes peines de prison allant jusqu'à plus de dix ans d'incarcération. De plus, deux nouvelles infractions de "préjudice économique" ont été établies pour protéger les entreprises ciblées. Par ailleurs, le gouvernement a autorisé les entreprises du secteur à ne pas déposer leurs comptes et à protéger les noms de leurs salariés, actionnaires et sous-traitants
(32) La police britannique a créé, en 2004, une unité spéciale pour lutter contre l'écoterrorisme : la National Extremism Tactical Coordination Unit (NETCU). Puis la loi Serious Organized Crime and Police Act du 1er juillet 2005 a renforcé les pouvoirs de la police afin de lutter plus efficacement contre les actes d'intimidation des extrémistes.
(33) Ori Brafman & Rod A Beckstrom, op. cit., p. 140.

Paru sur http://www.cf2r.org, octobre 2016

Une nouvelle politique étrangère

Publié dans En France
Douze réflexions pour une nouvelle politique étrangère
 
La France n'a plus de politique étrangère digne de ce nom. Son action internationale semble davantage guidée par les humeurs des Présidents que par la raison, ainsi qu'en témoignent l'américanophilie de Nicolas Sarkozy et la syrophobie de François Hollande. De plus, le ministère des Affaires étrangères est depuis une décennie sous l'influence d'une poignée de diplomates gagnés aux idéaux néoconservateurs américains, qui imposent leurs vues sur tous les dossiers. Si l'on ajoute à cela la partialité de Laurent Fabius - le ministre le plus détesté du Quai d'Orsay - et l'inexistence de Jean-Marc Ayrault, mais aussi la mascarade d'ouvrage de Jean-Yves Le Drian - qui désigne Daesh et le terrorisme islamique comme "l'ennemi", sans évoquer ses géniteurs saoudiens, qataris ni américains - force est de constater que notre action internationale est incohérente et dessert nos intérêts nationaux.
Dans la perspective des élections présidentielles qui auront lieu l'an prochain, il nous paraît utile de livrer quelques idées - quatre principes et huit points d'application - afin de contribuer à la réflexion sur une nouvelle politique étrangère indispensable pour la France, afin que notre pays retrouve sa crédibilité internationale.
 
Quatre principes
          Revenir à une appréciation réaliste des relations internationales
Le monde n'est pas tel que nous voudrions qu'il soit et ne risque guère de le devenir. C'est pourquoi il nous faut le regarder de manière lucide afin de promouvoir et défendre nos intérêts et de contribuer, à notre niveau, à la paix et à la stabilité internationales. Pour cela, il est essentiel de n'être point aveuglé par l'idéologie ou par des "amitiés" de nature à altérer notre perception des événements et infléchir nos orientations. Malheureusement notre diplomatie se caractérise aujourd'hui par de tels errements qui la rendent incohérente et partisane, et qui nous ont fait perdre, en une décennie, une grande part de notre crédibilité internationale.
 
          Réaffirmer notre indépendance d'appréciation des situations
La politique étrangère française doit retrouver sa pleine autonomie, car depuis le milieu des années 2000, elle s'est totalement alignée sur celle des Etats-Unis. Or la vision du monde américaine n'est pas la nôtre et la politique internationale de Washington est discutable - voire dangereuse - sur bien des aspects.
Une telle autonomie ne peut exister sans courage ni indépendance d'appréciation. Toutefois, il ne s'agit pas seulement d'être "différent" ou "original" pour le plaisir d' "exister", mais d'apporter une réelle pluralité de points de vue dans le concert des nations, car il existe toujours une attente, à travers le monde, d'une voix indépendante. Notre pays, par sa vision et son histoire particulières, a longtemps joué ce rôle utile à la communauté internationale. Il nous faut y revenir.
Sans cette indépendance d'esprit, nous sommes condamnés à être relégués à un second rôle dans le concert des nations ; et sans le courage qui doit nécessairement l'accompagner, nous ne saurions être crédibles afin de jouer un rôle d'intermédiation dans la résolution de crises et conflits internationaux. Surtout, cela pourrait, à terme, nous conduire à perdre notre siège permanent à l'ONU.
 
          Renforcer nos capacités d'intervention militaire extérieure
S'il convient de considérer avec la plus extrême mesure toutes les opérations extérieures, il n'en demeure pas moins que les capacités d'action militaires (coercition ou interposition) demeurent l'un des atouts majeurs de notre politique étrangère et de notre considération mondiale. Quelle que soit l'importance que le monde moderne porte aux "capacités d'influence", les diplomates sans armée sont peu écoutés et ne pèsent guère. La réduction excessive de notre outil militaire depuis deux décennies nuit directement à notre action diplomatique et économique à l'international (export). Il est primordial de nous doter de moyens suffisants et indépendants afin d'agir sans attendre le bon vouloir de certains de nos alliés. Il n'est pas acceptable que nous devions faire appel quasi systématiquement aux moyens logistiques américains pour conduire nos interventions.
 
          Renforcer notre "diplomatie économique"
Depuis la fin de la Guerre froide, l'économie est redevenue un enjeu central des relations internationales et les rivalités commerciales entre nations développées se sont considérablement accrues. Dans un contexte relevant souvent de la guerre économique, il est essentiel que notre diplomatie contribue directement à la prospérité de notre pays en permettant, par son action, l'accès de nos entreprises aux marchés internationaux dans des conditions optimales et que nous puissions acquérir, auprès de nos partenaires étrangers, les ressources naturelles dont nous avons besoin. Sans faire du Quai d'Orsay un ministère du commerce extérieur bis, force est de reconnaitre que les affaires économiques jouent aujourd'hui un rôle aussi important que les questions politiques et que nos succès à l'exportation contribuent directement au renforcement de nos moyens d'action diplomatiques et militaires.
 
Huit points d'application
Si l'idée de l'Europe et la nécessité de sa construction ne paraissent pas devoir être remises en cause, les modalités de cette dernière sont indéniablement à revoir, faute de quoi ce projet pourrait se voir rejeté par les peuples européens eux-mêmes.
Le dogme et la pensée unique actuels, comme le pouvoir excessif de la technocratie bruxelloise, ont montré leurs limites et ne répondent pas aux attentes des nations et des citoyens européens. Les nouveaux entrants d'Europe centrale et orientale ont rejoint l'Union sans satisfaire aux critères imposés à leurs prédécesseurs. Ces entrées, trop hâtives, ont eu des effets néfastes sur l'édifice commun (sécurité, criminalité, concurrence, etc.) et ont contribué à accentuer l'orientation pro-américaine et antirusse de l'Europe, ce qui a pu être observé à l'occasion de la crise ukrainienne.
Le système actuel semble bloqué et doit être réinventé. Le BREXIT pourrait être l'occasion de remettre le processus "à plat", de clarifier les positions et les attentes des Etats-membres, et d'identifier ceux avec lesquels une collaboration pour une intégration plus étroite est possible.
 
Les Etats-Unis connaissent, depuis la fin de la Guerre froide, une inquiétante dérive hégémonique, autant économique que militaire. Leur politique, agressive et irresponsable, s'est manifestée à l'occasion de l'invasion illégale de l'Irak (2003) qui a durablement déstabilisé le Moyen-Orient sans être d'aucune utilité dans la lutte contre le terrorisme. Leur soutien politique et financier aux "révolutions arabes" (2011) a contribué à semer le chaos dans toute la région, sans satisfaire nullement les aspirations démocratiques des populations. Au contraire, afin de favoriser ses intérêts, Washington a systématiquement aidé les Frères musulmans - promoteurs de l'islam radical - à parvenir au pouvoir. Ceux-ci ont depuis été renversés partout où ils avaient accédé aux affaires par une réaction populaire (Tunisie, Egypte, etc.).
Dans le contexte de la crise syrienne, les Etats-Unis entrainent, arment et soutiennent, des djihadistes avérés, en étroite coopération avec l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, Etats islamistes alliés de l'Occident.
De même, sur le dossier ukrainien (2014), Washington a influencé l'opinion occidentale en présentant une version déformée des faits afin de faire croire à une "agression" de Moscou. Les Américains ne cessent depuis d'alerter sur le "réarmement russe". Rappelons que le budget de défense des Etats-Unis (près de 600 milliards de dollars) est de très loin le premier au monde et qu'il est supérieur aux budgets cumulés des 10 pays qui le suivent, la Russie (près de 70 milliards de dollars) n'arrivant elle-même que loin derrière la Chine et l'Arabie saoudite.
Enfin, il est utile de rappeler qu'au nom de la "guerre contre le terrorisme", les Etats-Unis ont légalisé la torture et ont considérablement développé leur appareil de renseignement et d'action clandestine, accroissant par la même occasion l'espionnage politique et économique de leurs alliés.
 
Par son alignement sur la politique américaine, notre pays est associé à tous les errements de celle-ci. Il importe donc d'en revenir à une distanciation raisonnable et à un rééquilibrage de nos alliances.
D'autant que sur le plan économique, nous sommes soumis à un véritable racket. En effet, depuis la fin de la Guerre froide, Washington a développé une stratégie planétaire de domination économique. Les Etats-Unis d'Amérique usent et abusent de tout un arsenal de méthodes afin d'assurer chaque jour davantage leur hégémonie sur les marchés mondiaux. Celles-ci ont pour but d'affaiblir les entreprises concurrentes, de leur interdire l'accès à certains marchés - afin de les réserver aux groupes américains - ou encore de les sanctionner lorsqu'elles sont parvenues à devancer économiquement leurs rivales d'outre-Atlantique. Dans cet arsenal, l'application extraterritoriale du droit et de sanctions est leur arme favorite et les règles juridiques édictées à Washington s'imposent aujourd'hui au reste du monde. Ainsi, la lutte anticorruption a été détournée et instrumentalisée par le département américain de la Justice pour extorquer des milliards d'euros à des entreprises étrangères. Technip et Alstom en ont été victimes, et Sanofi, Airbus et Safran, devraient l'être prochainement. Nous ne pouvons rester sans réagir devant de telles pratiques.
 
La Russie a toujours été et reste un partenaire majeur pour la France. Après une période d'effacement de deux décennies, elle redevient un acteur significatif du jeu international. Le Russian Bashing, très populaire dans les médias occidentaux depuis quelques temps et impulsé par les milieux anglo-saxons, ne reflète pas la réalité.
A l'occasion des crises libyenne (2011) et syrienne, les autorités russes ont fait preuve de plus de bon sens que les Occidentaux. En Syrie, Moscou a contribué à stabiliser un régime, certes discutable et à affaiblir les islamistes... soutenus par l'Occident ! Dans le dossier ukrainien, il convient de rappeler avec force que contrairement aux idées fausses, la Russie n'est pas l'agresseur, même s'il elle a réagi en reprenant le contrôle de la Crimée.
Certes, Moscou n'est pas une démocratie aussi parfaite que certains le souhaiteraient. Mais ceux qui critiquent Vladimir Poutine ne semblent curieusement pas s'offusquer de nos relations étroites avec le roi d'Arabie saoudite, l'émir du Qatar ou certains chefs d'Etat africains. Parler aujourd'hui d'une menace russe n'a pas de sens, car ses intentions, ses capacités et sa population ne lui permettent en rien de rivaliser militairement et économiquement avec les Etats-Unis et nous devons donc revoir notre position à son égard.
Surtout, il convient de ne pas oublier que nous n'avons pas respecté nos engagements de livrer deux navires amphibies Mistral à la marine Russe, sous la pression américaine, ce qui a contribué à saper davantage encore notre crédibilité sur la scène internationale.
 
L'OTAN. Pour les raisons qui précèdent, il est indispensable que nous quittions le commandement intégré de l'Alliance atlantique et revenions à la situation d'avant 2008. Cette organisation collective, qui a, par la passé, pleinement joué son rôle, n'a d'autre raison d'être depuis la fin de la Guerre froide que de satisfaire les intérêts américains et notre retour en son sein nous a placé en situation d'auxiliaires. Certes, quitter l'organisation intégrée ne nous apportera rien, mais y demeurer nous conduit à assumer des positions collectives qui sont contraires à nos intérêts.
 
L'Afrique. Nous devons reconstruire une expertise majeure sur ce continent qui fonde notre rôle international. En effet, nous avons considérablement régressé sur ce point au cours des deux dernières décennies, car nos élites sont aujourd'hui plus intéressées par d'autres régions et d'autres marchés, indéniablement plus prometteurs. Toutefois, ceux-ci ne nous "servent" guère en matière de rayonnement international. Conséquence de ce désintérêt progressif à l'égard de l'Afrique, les Etats-Unis et la Chine tendent partout à occuper des places qui furent longtemps les nôtres. Nous ne pouvons nous désintéresser d'Etats et de peuples dont les destins ont longtemps été liés à la France.
D'autant que l'Afrique est par excellence le continent de la Francophonie. Sa progression démographique est un atout majeur dans la défense et la promotion internationale de notre langue et de notre culture. De plus, l'Afrique est aussi un marché pour nos entreprises et un réservoir considérable de ressources naturelles, à l'exploitation desquelles nous pouvons contribuer, tout en permettant aux populations locales d'en profiter.
Mais l'Afrique demeure toujours un continent où règnent l'insécurité et l'instabilité politique. Notre sécurité est directement concernée par le développement local du terrorisme islamique (Sahel, Libye, Nigéria) et par les flux criminels et d'immigration, qui la traversent et aboutissent chez nous. Par ailleurs, il convient de ne pas oublier que nous sommes responsables du chaos régional déclenché par notre intervention en Libye (2011).
 
Contribuer au développement et à la sécurité de l'Afrique doit redevenir une priorité française, afin de régler localement certains problèmes qui, s'ils n'étaient pas résolus, auraient immanquablement des conséquences sur notre sol. En effet, les conditions locales sont toujours aussi précaires, en dépit de l'argent déversé à flots par les organismes internationaux et les Etats occidentaux ; les différences de revenus entre les classes dirigeantes et la population sont de plus en plus marquées ; pauvreté et inégalités sont des véritables ferments de crises. Nous ne pouvons rester sans réagir devant une situation aussi explosive, qui fait le lit d'idéologies extrêmes, de la criminalité et de l'immigration. C'est pourquoi il est inadmissible que l'aide publique au développement et les budgets consacrés à la coopération sécuritaire ne cessent de baisser en France. Toutefois, il importe de veiller scrupuleusement à la destination des aides et de conduire directement les projets afin que ceux-ci arrivent à terme et que les fonds ne soient pas détournés à d'autres fins ou par les dirigeants. Il faut que cela profite directement aux populations.
 
Notre pays est aujourd'hui confronté à la double menace de l'islam radical et terroriste dont le foyer se situe au Moyen-Orient. Puisque la guerre a été déclarée - non officiellement - à Al-Qaida et Daech, il convient donc de lutter contre les idéologies sur lesquelles se fondent ces mouvements radicaux (salafisme, wahhabisme, Frères musulmans) et les Etats qui les soutiennent : Arabie saoudite, Qatar et Turquie - ce dernier gouvernement s'attachant depuis une décennie à ré-islamiser le pays.
Un virage à 180° vis-à-vis de ces trois Etats s'impose, car ils prônent une idéologie haineuse, contraire à nos valeurs et financent le terrorisme et l'extrémisme religieux partout dans le monde, et jusque dans nos banlieues. Il convient de dépasser les promesses - parfois illusoires - de contrats mirobolants et ne pas se laisser acheter par des émirs autocrates, dont les comportements à l'égard de leur propre population et des étrangers sont encore plus éloignés des règles démocratiques que ceux de la Syrie et de l'Iran. De même, il convient de reconsidérer notre position à l'égard de Téhéran, acteur majeur au Moyen-Orient et cesser de ne voir ce pays qu'à travers le prisme déformant qu'en donnent nos alliés américains, israéliens et sunnites.
 
La Chine n'est certes pas une démocratie et de nombreuses critiques peuvent être formulées à l'encontre de sa politique (droits de l'homme, Tibet, revendications maritimes en mers de Chine). Mais se polariser seulement sur le chemin qui lui reste à parcourir et non sur les évolutions déjà réalisées n'aidera pas à infléchir certains de ses comportements. S'il convient évidemment de rester vigilant quant à son évolution (notamment militaire), il serait malheureux de se priver de possibles coopérations qui pourraient être profitables à nos deux pays.
En effet, la France dispose aujourd'hui du second domaine maritime mondial, qu'elle n'exploite pas ou prou. La Chine a pour sa part d'énormes besoins (énergie, ressources alimentaires, etc.) qu'elle cherche à satisfaire. Aussi, il pourrait être opportun de réfléchir à une coopération stratégique en matière d'exploitation des océans entre nos deux pays, qui pourrait relancer notre économie, notre recherche scientifique, favoriser le développement de nos régions d'outre-mer et, partant d'accroître notre capacité d'influence sur la politique chinoise, par des actes positifs et non par des dénonciations répétées.
 
Contribution à la stabilité et à la paix mondiales
L'évolution de la situation internationale n'ayant rien de comparable avec un long fleuve au cours tranquille ; la résolution négociée, si ce n'est pacifique, des crises et conflits qui se succèdent doit être privilégiée à toute solution militaire. Dans cette perspective, notre pays, par son expérience et sa position d'autonomie retrouvée, doit continuer à jouer un rôle majeur de médiation entre les acteurs impliqués dans ces situations - crise israélo-arabe notamment - afin de contribuer à l'amélioration de la stabilité internationale, à la protection des populations et à la résolution des conflits.
Ce rôle ne pourra être assuré que si nous sommes à la fois crédibles et indépendants et que nous n'apparaissons pas comme marqués par une lecture partisane des relations internationales ou inféodés à une autre puissance.
 
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Hors du camp occidental, nombreux sont les acteurs internationaux qui déclarent : "France is back". Il faut comprendre ce propos non comme le retour de notre pays comme un acteur majeur du jeu international, mais au contraire comme le fait que nous sommes rentrés dans le rang, sous le leadership américain, à l'image de tous les autres Européens. Cela ne correspond ni à notre histoire, ni à nos aspirations, ni à nos intérêts.
C'est donc à un repositionnement complet de notre politique étrangère qu'il convient d'œuvrer. Sortir de l'OTAN ; marquer notre indépendance et de la distanciation vis-à-vis des Etats-Unis ; repenser puis relancer la construction européenne ; reconsidérer nos relations avec les Etats islamistes ; redynamiser notre politique africaine ; et envisager des partenariats nouveaux avec la Russie et la Chine : voici quelques pistes - non exhaustives - qui méritent d'être prises en considération afin de rénover notre approche des questions internationales et d'offrir un autre visage au monde que celui d'une diplomatie française gagnée aux idéaux néoconservateurs.
Mais cela ne sera possible qu'en redonnant à notre diplomatie les moyens d'action nécessaires. Le Quai d'Orsay - qui est l'un des plus petits ministères du gouvernement - dispose d'un budget contraint, en réduction constante, et la situation de dénuement dans laquelle se trouve certaines de nos ambassades ne leur permet pas de disposer de moyens d'action à la hauteur des enjeux et de nos ambitions.

Paru sur le site du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (Cf2R), éditorial, 1er septembre 2016
Cet éditorial est publié simultanément sur les sites du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) et de l’Institut de veille et d’études des relations internationales et stratégiques (IVERIS, www.iveris.eu).

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