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DENECE Eric

DENECE Eric

Né en 1963

 
Directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R)
et de sa société de conseil en Risk Management (CF2R SERVICES).
 
Docteur ès Science Politique
 
Officier-analyste à la direction de l'Evaluation et de la Documentation Stratégique du Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN).
Ingénieur commercial export chez Matra Défense.
Responsable de la communication de la société NAVFCO, filiale du groupe DCI (Défense Conseil International).
Directeur des études du Centre d'Etudes et de Prospective Stratégiques (CEPS).
Fondateur et directeur général du cabinet d'intelligence économique ARGOS.
Créateur et directeur du département d'intelligence économique du groupe GEOS.
 
A notamment opéré au Cambodge, aux côtés de la résistance anticommuniste, et en Birmanie, pour la protection des intérêts de Total contre la guérilla locale.
A été consultant pour le ministère de la Défense concernant l’avenir des forces spéciales.
Enseigne le renseignement ou l'intelligence économique dans plusieurs écoles de commerce et universités françaises et étrangères.
 
Régulièrement consulté par les médias français et internationaux
Plus d’un millier d’interventions radiophoniques et plusieurs centaines d’interventions télévisées.
 
Auteur de vingt ouvrages et de nombreux articles et rapports consacrés au renseignement, à l'intelligence économique, au terrorisme et aux opérations spéciales.
Ses travaux lui ont valu d’être lauréat
     du Prix 1996 de la Fondation pour les Etudes de Défense (FED)
     du Prix Akropolis 2009 (Institut des Hautes Etudes de Sécurité Intérieure).
 
Ouvrages
Les services secrets israéliens : Mossad, Aman, Shin Beth, ouvrage rédigé en collaboration avec David Elkaïm, Tallandier, Paris, 2014.
L’Espionnage en 365 citations, Le Chêne, Paris, 2013.
 La face cachée des « révolutions » arabes, (dir.), Ellipses, Paris, 2012.
 Les services secrets français sont-ils nuls ?, Ellipses, Paris, 2012.
Commandos et forces spéciales, Ouest France éditions, Rennes, 2011.
Les services secrets au Moyen-Age, ouvrage rédigé en collaboration avec Jean Deuve, Ouest France éditions, Rennes, 2011.
Dico-Atlas des conflits et des menaces, ouvrage rédigé en collaboration avec Frédérique Poulot, Belin, Paris, 2010.
Histoire mondiale de l’espionnage, ouvrage rédigé en collaboration avec Gérald Arboit, Ouest France éditions, Rennes, 2010.
Renseignement, medias et démocratie(dir.), Ellipses, Paris, 2009.
Mission : agent secret(Les techniques de l’espionnage expliquées aux enfants) ouvrage rédigé en collaboration avec Sophie Merveilleux du Vignaux, collection “Graine de savant”, Milan Jeunesse, Toulouse, 2009.
Les services secrets,collection “Tout comprendre”,EPA éditions, Paris, 2008.
Renseignement et contre-espionnage, collection “Toutes les clés”, Hachette pratique, Paris, 2008 (Prix Akropolis 2009).
Histoire secrète des forces spéciales (de 1939 à nos jours), Nouveau monde, Paris, 2007 (traduit en polonais et en portugais).
Tourisme et terrorisme. Des vacances de rêve aux voyages à risque, ouvrage rédigé en collaboration avec Sabine Meyer, Ellipses, Paris, 2006.
L’autre guerre des Etats-Unis. Economie : les secrets d’une machine de conquête, ouvrage rédigé en collaboration avec Claude Revel, Robert Laffont, Paris, 2005.
Al-Qaeda : les nouveaux réseaux de la terreur(dir.), Ellipses, collection “Géopolitique”, Paris, 2004.
Les secrets de la guerre économique,ouvrage rédigé en collaboration avecAli Laïdi, Seuil, Paris, 2004.
Forces spéciales, l’avenir de la guerre, collection “L’art de la guerre”, éditions du Rocher, Paris, 2002
Guerre secrète contre Al-Qaeda(dir.), Ellipses, collection “Géopolitique”, Paris, 2002.
Le nouveau contexte des échanges et ses règles cachées. Information, stratégie et guerre économique, L'Harmattan, Paris, 2001.
Géostratégie de la mer de Chine méridionale et des bassins maritimes adjacents, L'Harmattan, collection “Recherches asiatiques”, Paris, 1999.

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Situation en Ukraine

Publié dans De par le monde
Situation en Ukraine

Petro Porochenko et François Hollande doivent se rencontrer ce mardi 21 juin. Que peut-on dire aujourd'hui, alors que les chefs d'Etat français et ukrainiens se retrouvent, de la situation en Ukraine ? Quelles sont les évolutions ?

L’Ukraine est dans une situation déplorable, ses dirigeants sont incompétents, son économie est au plus bas en dépit des sommes d’argent injectées par les Occidentaux (Europe et Etats-Unis), son armée se révèle inefficace face aux indépendantistes du Donbass, malgré l’aide étrangère et l’engagement de milices d’extrême-droite ayant commis des atrocités dont la presse pro occidentale ne parle jamais.
Surtout, Porochenko et son gouvernement, aveuglément antirusses, ont été incapables de stabiliser la situation intérieure et d’entamer un dialogue avec ceux qui ne souhaitent pas continuer à faire partie du pays, refusant de reconnaître leur droit à parler d’autodétermination alors même que l’Europe a autorisé un référendum en Ecosse et semble prête à le faire pour la Catalogne.
Je crois que nous devons reconnaitre que notre politique vis-à-vis de l’Ukraine et de la Russie a été totalement erronée et qu'il convient de la reconsidérer. Mais je doute fort que le président Hollande ne le fasse.
 
A l'occasion d'une interview accordée à la chaîne de télévision ukrainienne Inter, Anders Fogh Rasmussen (conseiller de
Porochenko et ancien de l'OTAN) a insisté sur la nécessité pour l'Ukraine de remplir sa partie des accords de Minsk. Qu'en est-il aujourd'hui ?

C’est un comble ! On entend les Occidentaux se référer aux accords de Minsk ou à l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord, alors même qu’ils refusent de reconnaitre le droit à l’autodétermination des Ukrainiens de l’Est (ce qu’ils ont pourtant fait en Bosnie et au Kosovo), qu’ils ont violé les accords établis avec Moscou à la fin de la Guerre froide et qu’ils ont validé le renversement d’un régime élu sous les auspices de l’OSCE (Ianoukovitch).
Mais venant de Rasmussen, cela n’a rien d’étonnant, cet homme totalement inféodé à Washington et un ardent auxiliaire de la politique américaine. Faut-il donc toujours rappeler que ce n’est pas Moscou qui a envahi illégalement l’Irak en 2003 en dépit du veto de l’ONU, qui soutient une des branches d’Al-Qaida en Syrie (le Front Al-Nosrah) contre le régime de Damas, qui espionne le monde entier et qui a rétabli la torture et organisé Guantanamo... Il est temps que nos contemporains ouvrent les yeux sur les réalités ! Oui l’URSS était une menace mortelle pour l’Occident pendant la Guerre froide ! Oui les pays d’Europe de l’Est ont eu terriblement à souffrir du joug russe pendant cette période ! Oui c’est grâce aux Etats-Unis que nous avons pu maintenir notre liberté ! Mais la situation est totalement différente aujourd’hui : la politique américaine, de plus en plus unilatérale ne sert que ses intérêts et non ceux des Européens. Elle présente un réel danger pour la paix et la stabilité mondiales.
 
Frank-Walter Steinmeier, ministre allemand des affaires étrangères, a récemment critiqué ouvertement la politique de l'OTAN aux frontières de la Russie. Faut-il craindre une montée des tensions dans ces régions ? Le fantasme d'une guerre froide de retour est-il réaliste ou s'agit-il seulement d'une crainte de journalistes ?
M. Steinmeier a déclaré à très juste titre que les Occidentaux devaient "éviter d’envenimer la situation avec des cris guerriers et des bruits de bottes". L’ex chancelier Gerhard Schröder a tenu des propos similaires : c’est le bon sens même. Jacques Attal a aussi récemment déclaré "l’intérêt de l’Europe n’est pas de se lancer dans un affrontement avec la Russie. Mais au contraire de tout faire pour intégrer notre grand voisin de l’Est à l’espace de droit européen". IL ne s’agit pas ici de défendre la politique ou les dirigeants russes. Mais Moscou n’a pas de politique expansionniste ! C’est une vue de l’esprit. Si tensions il y a, ce sont bien les Occidentaux qui en sont à l’origine. Imaginons un instant que Moscou ait soutenu une révolution au Canada ou Mexique: que pensez-vous qu’aurait été la réaction de Washington ?
Il est important de rappeler que la Russie ne compte que 140 millions d’habitants, que son budget de défense ne se situe qu’au 4e rang mondial (derrière les Etats-Unis, la Chine et l’Arabie saoudite) et qu’il est vingt-cinq fois inférieur à celui des Etats-Unis ! (Trends in World Military Expenditures 2015, www.sipri.org, avril 2016). En faire un Etat menaçant et expansionniste est totalement erroné.
 
Moscou ne fait que réagir à l’avancée agressive de l’Occident sur ses marges, laquelle est un facteur préoccupant de déstabilisation.
De plus la pression militaire imposée à la Russie conduit Moscou à accroitre ses dépenses militaires au détriment du redressement de son économie… ceci n’est pas anodin !
Rappelons que Washington a savamment utilisé cette pseudo montée en puissance de la "menace" russe pour amener le Congrès à voter le budget de modernisation de son arsenal nucléaire : le Pentagone a besoin de 700 à 900 milliards de dollars à cette fin. Et si Washington modernise son arsenal, alors les autres puissances nucléaires atomiques seront conduites à faire de même pour ne pas être distancées. Donc, la Russie accroîtra à son tour prochainement son budget en ce domaine… et cela sera de nouveau présenté comme une menace "insupportable" pour l’Occident. C’est de la manipulation totale des faits...
 
Jusqu'où l'Ukraine représente-t-elle encore une région clef dans le rapport de force OTAN/Etats-Unis-Russie ? Quelles sont les autres régions du monde susceptibles d'occuper une telle place ?
L’Ukraine incarne le point à partir duquel Moscou a décidé de ne plus laisser impunément voir bafouer ses intérêts. La réaction de la Russie me parait, depuis le début de la crise Euromaidan en tout point légitime, même si la présentation des faits par la presse Mainstream occidentale en donne une vision différente, voire déformée. La diabolisation systématique de Poutine, ses soi-disant intentions belliqueuses n’ont qu’un but pour Washington et ses plus proches alliés : faire accepter la politique de rattachement de l’Ukraine au camp occidental en dépit des engagements pris à l’égard de Moscou lors de la désintégration de l’URSS.
 
Rappelons que nous avons bafoué toutes les règles du droit international : Ianoukovitch avait été élu régulièrement en présence d’observateurs de l’OSCE qui avaient validé le scrutin ! S’il était indéniablement corrompu (comme tous ses prédécesseurs et ses successeurs), son reversement était totalement illégal et l’Occident a soutenu cette "révolution" alors que dans le même, temps nous critiquions l’action du général Sissi en Egypte qui chassait les Frères musulmans du pouvoir à la demande du peuple.
 
Cette crise Ukrainienne sert donc d’abord les intérêts des Etats-Unis, puisqu’elle accroit la demande de soutien et donc de vassalité des pays d’Europe de l’Est, pour lesquels l’OTAN compte plus que l’Union européenne. D’ailleurs, à l’exemple de la Pologne, ils achètent systématiquement de l’armement américain et non européen. Si leur histoire les a amené souvent à souffrir de l’expansionnisme russe, ils sont aujourd’hui tellement jusqu’au-boutistes à l’égard de Moscou qu’ils en deviennent dangereux, entrainant l’Europe de l’Ouest dans une direction qui ne sert en rien nos intérêts. Cette crise amène aussi les pays scandinaves à se rapprocher de l’OTAN, voire à envisager de le rejoindre, comme y réfléchit la Suède.
Ainsi l’Europe parait de plus en plus liée aux Etats-Unis, n’a plus ni indépendance de vue, ni politique propre. C’est consternant !

Paru sur Atlantico

Violence et société francaise

Publié dans En France
Le niveau de violence de la société française

Entre les actes de terrorisme, la multiplication des règlements de compte sanglants et les débordements au sein des manifestations, le niveau de violence de la société française semble être sur une pente ascendante. Qu'en est-il dans la réalité ? Cette perception se vérifie-t-elle effectivement dans les statistiques ?

Il y a indéniablement une montée de la violence dans notre pays. Toutefois, celle-ci n’est pas aussi importante que ne le ressent la population. Ce décalage est principalement dû à l’hypermédiatisation de ces événements et à leur simultanéité actuelle : attentats terroristes, casseurs, règlements de compte entre trafiquants à Marseille, zadistes, etc.
De plus, ce sentiment est amplifié par la disposition psychologique collective dominante du moment : les Français sont particulièrement pessimistes, souvent à raison, face aux blocages de notre pays, au risque de déclassement international, à la technocratie européenne et à la médiocrité de la classe politique.
Mais cette situation, pour désagréable qu’elle soit, n’est pas inédite. De tels soubresauts se produisent presque chaque décennie. Nous ne sommes pas encore au niveau de ce que nous avons connu au cours des années 50 avec le prolongement de la guerre d’Algérie sur notre sol, ni à celui de 1968.
 
Qu'est-ce que cette hausse des règlements de comptes et des autres formes de violences traduisent de notre capacité à faire face à la hausse de l'insécurité ? Par ailleurs, comment réagissent les forces de l'ordre qui sont de plus en plus souvent prises pour cibles ? Ont-elles les moyens de réagir efficacement ?
Notre système de sécurité publique est tout à fait capable de gérer cette montée actuelle de la violence, mais à deux conditions qui ne sont toutefois pas réunies pour le moment. D’abord, que les moyens humains, matériels et financiers attribués aux forces de l’ordre cessent d’être réduits, comme c’est le cas depuis plus d’une décennie. Ensuite, que les politiques fassent preuve de courage et prennent les décisions nécessaires pour faire respecter l’ordre public et la protection des biens, c’est-à-dire qu’ils fassent appliquer les lois et donnent l’ordre à la police et à la gendarmerie de faire le nécessaire dans ce but.
Or tout se passe comme si le principe même d’autorité était tabou et anti-démocratique et que nos dirigeants soient extrêmement réticents à l’appliquer… ce qui affaiblit le pays et démotive et exaspère les forces de l’ordre qui en sont les premières victimes.
Rappelons que face à la très grande menace anarchiste de la fin du XIXe siècle, la Troisième république avait réagi de manière extrêmement énergique en décrétant des lois qualifiées de "scélérates" par ceux qui en furent, à juste titre, les victimes.
Je crois qu’il est bon de rappeler que l’engagement de lycéens dans les manifestations contre la loi El-Khomri ne devrait pas être tolérée ni médiatisée. C’est une question de bon sens. Ce ne sont pas des étudiants. Si la jeunesse est la première des richesses nationales, lui donner une telle importance médiatique c’est la rendre incontrôlable. La responsabilité des politiques, des journalistes, mais aussi des enseignants et des parents en la matière est immense !
 
Avec la possibilité pour les policiers de conserver leur arme au-delà de leurs seules heures de service, ne faut-il pas craindre – compte-tenu de leur état de lassitude et de fatigue vis-à-vis de la situation – l'émergence de groupes plus "radicaux", à l'image d'Honneur de la Police dans les années 1970 ? Pour quels risques concrets ?
Les frustrations des forces de l’ordre sont grandes, à juste titre. D’une part elles sont 'sursollicitées', d’autre part le pouvoir politique leur demande d’agir tout en leur liant les mains. Enfin, elles voient certains des leurs pris pour cibles. Ajoutons à cela qu’elles connaissent des conditions de travail et d’hébergement de plus en plus déplorables, comme en témoignent nombre de commissariats dans un état sordide ou le patrimoine immobilier de la gendarmerie qui se dégrade d’année en année, faute de budget. Plus frustrant encore, dans des cas de plus en plus nombreux, il est demandé à la police et à la gendarmerie de ne pas agir. Deux exemples : elles ne doivent pas poursuivre un jeune en deux roues circulant délibérément sans casque sous leurs yeux, car une poursuite pourrait provoquer un accident… et ce jeune pourrait alors être blessé ou pire, car il n’a pas de protection ; elles seraient alors considérées comme responsables de la situation ! Elles ne peuvent dresser un procès-verbal ou interpeller une femme voilée de peur de déclencher une émeute… et sont donc contraintes d’accepter des comportements officiellement interdits par la loi. Tout cela devient de plus en plus ubuesque.
Aussi, lorsque les terroristes et les casseurs s’ajoutent aux zadistes et aux incivilités et s’en prennent aux forces de sécurité, et que certains mouvements extrémistes reprennent la rengaine éculée "police = oppression", la coupe est pleine.
Mais en dépit de cette situation particulièrement tendue et difficile pour eux, les femmes et les hommes des forces de l’ordre restent tous des citoyens respectueux de l’ordre républicain. Le seul risque est aujourd’hui de les voir voter pour un parti préconisant l’ordre et l’autorité.
 
Qu'en est-il de l'armée française, dont on sait qu'un certain nombre de gradés se montrent de plus en plus critiques à l'égard du pouvoir et n'hésitent plus à s'exprimer ?
Je crois qu’il faut définitivement tordre le cou à cette vieille idée reçue de la tentative d’intervention des militaires dans la vie politique. Nous ne sommes plus en 1961. En revanche, les armées souffrent elles aussi d’une réduction de leurs moyens, d’un sur-emploi dans des opérations extérieures comme en France (opération sentinelle dans laquelle nous utilisons des combattants d’élite comme de vulgaires vigiles), de moyens insuffisants et de temps de récupération réduits au minimum. Tout cela entraine lassitude et sentiment de gâchis. Il est dès lors normal que certains cadres prennent la parole pour dénoncer la situation. Le livre du général Soublet (gendarmerie) et les prises de position d’autres officiers généraux s’inscrivent dans ce cadre et nul ne saurait le leur reprocher.
 
Quels sont les épisodes de l'histoire où les forces de police et de l'armée ont pu être moins légitimistes ? Quelles leçons doit on en tirer aujourd’hui ? Faisons-nous face à une situation d'urgence, comparables à de précédentes crises importantes dans notre histoire ?
Nous sommes une démocratie mature et assagie, en dépit des soubresauts actuels. Pas plus les policiers, les gendarmes que les militaires n’ont d’aspiration à sortir du cadre de leur mission. En revanche, tous aspirent à être commandés, employés à bon escient et respectés. Et comme n’importe quel citoyen, ils veulent voir le pays dirigés par une classe politique responsable.
Le danger pour notre nation ne vient pas d’un hypothétique risque de réaction de ceux qui incarnent la force publique. Le terrorisme, pour abject qu’il soit n’est pas non plus de nature à ébranler l’édifice national : rappelons qu’il ne représente que 1% du nombre total des homicides et 0,06 % des morts violentes en France sur les 15 dernières années. Le risque principal est la fragmentation nationale sous le double effet du travail de sape de minorités agissantes de toute nature (islamistes, ultra-gauche, extrême-droite) et de l’irrésolution de nos politiques, prisonniers de la lettre et non de l’esprit de notre culture de la démocratie et des Droits de l’homme.

Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R)

Coup dur pour l’antiterrorisme

Publié dans En France
Coup dur pour l’antiterrorisme : ce que la France va perdre à ne pas réorganiser ses services de renseignement
 
La France ne fera pas sa révolution du renseignement comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne l'avaient fait après 2001. Le 14 janvier dernier, le président de la République l'a confirmé lors du Conseil national du renseignement, dont le contenu est resté secret. Des mesurettes, mais rien de révolutionnaire.
Pourtant, une telle réforme est vitale.
 
Quelles sont les grandes décisions prises par F. Hollande dans le cadre de l'amélioration du renseignement et pourquoi sont-elles trop limitées ?
Pour l'instant, il n'y a eu que des effets d'annonce suite aux attentats de janvier 2015. Certes, le recrutement et la formation de nouveaux membres des services prendront du temps. Toutefois, trop peu a été fait pour corriger les effets pervers de la réforme du renseignement intérieur de 2008.
 
Hollande a renoncé à réorganiser le renseignement français alors qu'on ne compte plus les experts qui pensent que c'est une solution dont on ne peut pas se passer. En quoi cette réforme de fond est-elle vitale ? Pourtant les moyens actuels ne sont-ils pas nettement insuffisants et la machine trop bureaucratisée ?
Comparé à ses alliés occidentaux, la France souffre toujours d'un problème de sous-effectif en matière de renseignement. Nos moyens humains et notre budget sont inférieurs à ceux des Britanniques, des Allemands, des Américains et des Israéliens. La Grande-Bretagne a plus de 20 000 personnes qui travaillent dans le renseignement, elles sont plus de 18 000 en Allemagne alors qu’on en compte seulement 14 000 chez les Français, soit autant qu'en Israël. Mais comparé à notre population et à notre responsabilité sur le plan international, ce chiffre place les services français à un rang secondaire. Les Allemands qui n’ont pas nos implications internationales, ont plus d'effectifs que nous et Israël, qui compte moins de 9 millions d'habitants, a les mêmes effectifs que nous.
Sur le fond, il n’y a pas d'urgence criante à améliorer le renseignement extérieur parce que la lutte anti-terroriste qui est globale, se mène en priorité sur le territoire national où ont lieu les attentats. La nature du terrorisme auquel nous sommes confrontés est domestique, notamment puisqu'il est en partie issu de nos banlieues. Notre renseignement extérieur fonctionne globalement bien, la DGSE sert à neutraliser les menaces en menant des actions préemptives tandis que le rôle de la DRM est de fournir du renseignement pour assurer le succès de nos interventions militaires. Quant au renseignement intérieur, les réformes de 2008 montrent leurs limites. Le système actuel souffre d’une trop grande centralisation entre les mains de la DGSI qui fonctionne avec une culture héritée de la DST, très cloisonnée et surtout adaptée pour lutter contre l’espionnage et contre un terrorisme étranger, de nature étatique (Iran et Syrie au cours des années 1980), mais pas contre un terrorisme des banlieues.

Il faudrait s’inspirer de deux modèles : celui des services de sécurité allemands (BFV) ou de la DRPP, la direction du renseignement de la préfecture de Paris dans les deux cas, c'est le terrain qui commande. Il faut sortir du centralisme de la DGSI et passer à une démarche bottom-up en redonnant de l’importance au service de renseignement territorial, à savoir les anciens RG. Puis, il faut améliorer la formation dispensée dans tous les services car elle est aujourd'hui insuffisante. Il faut aussi accroitre globalement les effectifs des forces de sécurité (police, gendarmerie, douanes et administration pénitentiaire) pour lutter contre la menace terroriste, notamment ceux de la police judiciaire chargée des investigations et des enquêtes et de la sécurité militaire (DPSD). Ensuite, il faut rétablir les contrôles aux frontières pour gêner la mobilité des terroristes et en éliminer tous les pôles de diffusion de l’idéologie islamiste en France. Enfin, il faut développer la cyber-sécurité pour protéger les systèmes d’information mais aussi le cyberrenseignement.
Nous avons besoin de bons experts, capables de créer des avatars pour infiltrer les forums sur internet et les réseaux sociaux, et non pas uniquement pour surveiller des sites islamistes. A titre de comparaison, Les Britanniques viennent d’annoncer qu’ils vont recruter 2 000 personnes de plus rien que dans le cyber-sécurité et le cyber-renseignement alors que leur communauté du renseignement est déjà 50% plus nombreuse que la nôtre.
Il faut bien sûr renforcer la coopération interne entre les services, c'est-à-dire entre la police, la gendarmerie, la sécurité militaire, les douanes, etc. et il est nécessaire de veiller à diminuer le dédain de la DGSI à l’encontre des autres administrations. En dépit de sa qualité, ce service a trop tendance à se croire seul compétent et à mépriser toutes les informations qui émanent d’ailleurs. Résultat : on a eu l’affaire Merah.
Une nouvelle approche de la coopération internationale, en rétablissant des échanges efficaces avec les services syriens, russes, irakiens et égyptiens est également indispensable. C’est une condition importante pour lutter efficacement contre le terrorisme. Et inversement, il faut remettre en question nos rapports avec la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar qui soutiennent directement ou indirectement le terrorisme islamiste. Cela signifie donc revoir notre politique étrangère.
 
Une réforme de fond du renseignement intérieur est absolument vitale. D’autre part, une autre mesure doit être prise qui n’est pas liée à la lutte anti-terroriste. Je pense qu'il est temps de créer un grand service de protection du patrimoine pour éviter de nouvelles déroutes comme l’affaire Alstom, à savoir le pillage et le rachat de nos industries stratégiques par les étrangers. Aujourd’hui nous sommes ultra-polarisés sur la lutte antiterroriste, qui est bien sur la priorité numéro 1, mais cela ne nous met pas à l’abri de l’agressivité de nos adversaires, comme les Russes et les Chinois tout autant de nos propres alliés comme les Américains qui sont bien plus agressifs. On l’a vu avec l'affaire Snowden. Ils n’hésitent pas à utiliser l’application extraterritoriale du droit américain pour nous déstabiliser, racheter nos entreprises et nous priver de notre autonomie stratégique. Ce rôle devrait revenir à la DPSD. Aujourd’hui, la DGSI a beaucoup trop de missions dans son escarcelle.
 
Doit-on créer une cellule anti-terroriste à part entière et largement dotée ?
Non, l’UCLAT existe déjà et remplit ce rôle. De même, il est inutile d’évoquer la création d’un service européen de coordination si le personnel ne suit pas, si l’efficacité de chaque service n’est pas au rendez-vous. L’addition d'impuissance ne fait pas la puissance. Il faut d’abord améliorer le travail de terrain. Ce qu'il faut, c’est mener à bien quelques réformes et non inventer un nouveau service.
 
Quels modèles à l'étranger faudrait-il prendre en exemple ?
Il n’y a pas de modèle à suivre. Chaque pays a une organisation qui est adaptée à sa géographie, à son histoire et à ses institutions. Les références que j’ai citées ne sont que des comparaisons. Ce qui fonctionne bien en Angleterre ou en Allemagne n'est pas nécessairement adapté à la France dont les traditions administratives et le système juridique sont différents. Toutefois l'observation de la manière dont travaillent les autres est toujours instructive. Les Etats-Unis ont créé un ministère de la sécurité intérieure après les attentats du 11 septembre, parce qu'il n'en avaient pas mais pas de nouveau service ex-nihilo. Les Russes et les Chinois non plus.
 
Mais la France ne souffre-t-elle pas d'un manque d'effectifs à l'inverse d'autres pays ? N'y a-t-il pas un seuil de personnel à partir duquel le renseignement serait efficace ?
Le rapport coût/efficacité du renseignement français n'est pas mauvais. Mais le système peut encore être amélioré. C'est une question de méthode de travail. Si en amont, on parvient à mieux cibler les gens sur internet et sur les réseaux sociaux, on n'aura pas besoin d'envoyer une équipe de 20 personnes sur le terrain pour des filatures. S’il n’y a aucun profilage avant, on va envoyer en effet, beaucoup trop d’effectif pour suivre une seule personne.
En revanche, il faut redire, sans rentrer dans les détails que la France est sous-dotée en matière d’effectifs par rapport à ses alliés. Contrairement à ce qu'un récent rapport parlementaire, qui comprend de nombreuses erreurs, avance.
 
La France s'est construite sur le contre-espionnage, comment s'est-elle retrouvée dans cette situation, à la traîne ?
Ce n’est pas tout à fait juste. La France n’est pas en retard. Comme les autres pays, la France a construit son service de contre-espionnage dans le contexte de la Guerre Froide contre les Soviétiques et comme les Américains et les Anglais, nous sommes passés ensuite à la lutte contre le terrorisme. D’ailleurs, la France a été le premier pays à basculer du contre-espionnage au contre-terrorisme. La DST a développé la lutte contre le terrorisme bien avant les alliés, dès les années 1960. Elle était alors en avance. Le problème c’est que les autres pays se sont adaptés de façon efficace à partir de 2001, les Américains et les Anglais ont augmenté leurs effectifs et leurs budgets de 50 à 70%, ce que nous n’avons pas fait en France. Jusqu’en 2001, nous étions en avance sur eux, et maintenant nous sommes passés derrière.
Toutefois ne nous berçons pas d’illusion, quels que soient les effectifs de renseignements, il y aura toujours des attentats terroristes. L'exemple d'Israël est frappant. 14 000 personnes y travaillent dans le renseignement, le même effectif que chez nous, pour une population 8 fois inférieure par rapport à la France, et les Israéliens subissent toujours des attaques. Si on multipliait les effectifs de police et de sécurité par 8, pour avoir la même proportion qu'eux, nous arriverons à une communauté française du renseignement de 112 000 personnes, mais l'on n’empêcherait pas davantage toutes les attaques terroristes. D’ailleurs ne rêvons pas : nos moyens budgétaires et l'absence de volonté gouvernementale ne nous permettrons jamais ne serait que de doubler nos effectifs
 
En conclusion, les pistes de réformes du renseignement pour améliorer la lutte antiterroriste proposées par Eric Dénécé :
1. Inverser la logique de notre dispositif en accroissant la décentralisation.
Le système actuel souffre d’une trop grande centralisation par la DGSI.
La culture héritée de la DST est appropriée pour lutter contre un terrorisme international étranger, mais pas pour celui des banlieues.
Revoir la réforme de 2008 (intégrer le SCRT) ;
2. Améliorer la formation dispensée dans tous les services : insuffisante, trop courte ;
3. Accroître les effectifs, qui demeurent insuffisants au regard de la menace ;
Renseignement : comparaison UK, RFA, Israël
Mais aussi police judiciaire (instructions), gendarmerie, douanes, administration pénitentiaire, etc.
4. Développer le cyber-renseignement et la cyber-sécurité ;
Les Britanniques viennent d’annoncer qu’ils allaient recruter 2000 personnes supplémentaires
5. Renforcer encore la coopération interne ;
Police, gendarmerie, DPSD, douanes, pénitentiaire, DGSE, DRM
Veiller à atténuer le dédain manifesté par la DGSI à l’égard des autres services
6. Modifier la coopération internationale ;
Importance des échanges avec la Syrie, l’Irak, la Russie, l’Egypte
Revoir nos liens avec Turquie, Arabie Saoudite, Qatar, etc.
7. Il est temps de créer un vrai service de protection du patrimoine économique afin de nous prémunir contre les actions de rachat de nos entreprises stratégiques par nos alliés et laisser la DGSI se concentrer sur l’antiterrorisme ;
8. Rétablir les contrôles aux frontières pour maîtriser notre territoire et gêner la mobilité de terroristes ;
9. Éliminer les pôles de diffusion de l’idéologie islamiste en France : mosquées, librairies, associations, médias…

Paru sur Atlantico, 5 février 2016

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