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DENECE Eric

DENECE Eric

Né en 1963

 
Directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R)
et de sa société de conseil en Risk Management (CF2R SERVICES).
 
Docteur ès Science Politique
 
Officier-analyste à la direction de l'Evaluation et de la Documentation Stratégique du Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN).
Ingénieur commercial export chez Matra Défense.
Responsable de la communication de la société NAVFCO, filiale du groupe DCI (Défense Conseil International).
Directeur des études du Centre d'Etudes et de Prospective Stratégiques (CEPS).
Fondateur et directeur général du cabinet d'intelligence économique ARGOS.
Créateur et directeur du département d'intelligence économique du groupe GEOS.
 
A notamment opéré au Cambodge, aux côtés de la résistance anticommuniste, et en Birmanie, pour la protection des intérêts de Total contre la guérilla locale.
A été consultant pour le ministère de la Défense concernant l’avenir des forces spéciales.
Enseigne le renseignement ou l'intelligence économique dans plusieurs écoles de commerce et universités françaises et étrangères.
 
Régulièrement consulté par les médias français et internationaux
Plus d’un millier d’interventions radiophoniques et plusieurs centaines d’interventions télévisées.
 
Auteur de vingt ouvrages et de nombreux articles et rapports consacrés au renseignement, à l'intelligence économique, au terrorisme et aux opérations spéciales.
Ses travaux lui ont valu d’être lauréat
     du Prix 1996 de la Fondation pour les Etudes de Défense (FED)
     du Prix Akropolis 2009 (Institut des Hautes Etudes de Sécurité Intérieure).
 
Ouvrages
Les services secrets israéliens : Mossad, Aman, Shin Beth, ouvrage rédigé en collaboration avec David Elkaïm, Tallandier, Paris, 2014.
L’Espionnage en 365 citations, Le Chêne, Paris, 2013.
 La face cachée des « révolutions » arabes, (dir.), Ellipses, Paris, 2012.
 Les services secrets français sont-ils nuls ?, Ellipses, Paris, 2012.
Commandos et forces spéciales, Ouest France éditions, Rennes, 2011.
Les services secrets au Moyen-Age, ouvrage rédigé en collaboration avec Jean Deuve, Ouest France éditions, Rennes, 2011.
Dico-Atlas des conflits et des menaces, ouvrage rédigé en collaboration avec Frédérique Poulot, Belin, Paris, 2010.
Histoire mondiale de l’espionnage, ouvrage rédigé en collaboration avec Gérald Arboit, Ouest France éditions, Rennes, 2010.
Renseignement, medias et démocratie(dir.), Ellipses, Paris, 2009.
Mission : agent secret(Les techniques de l’espionnage expliquées aux enfants) ouvrage rédigé en collaboration avec Sophie Merveilleux du Vignaux, collection “Graine de savant”, Milan Jeunesse, Toulouse, 2009.
Les services secrets,collection “Tout comprendre”,EPA éditions, Paris, 2008.
Renseignement et contre-espionnage, collection “Toutes les clés”, Hachette pratique, Paris, 2008 (Prix Akropolis 2009).
Histoire secrète des forces spéciales (de 1939 à nos jours), Nouveau monde, Paris, 2007 (traduit en polonais et en portugais).
Tourisme et terrorisme. Des vacances de rêve aux voyages à risque, ouvrage rédigé en collaboration avec Sabine Meyer, Ellipses, Paris, 2006.
L’autre guerre des Etats-Unis. Economie : les secrets d’une machine de conquête, ouvrage rédigé en collaboration avec Claude Revel, Robert Laffont, Paris, 2005.
Al-Qaeda : les nouveaux réseaux de la terreur(dir.), Ellipses, collection “Géopolitique”, Paris, 2004.
Les secrets de la guerre économique,ouvrage rédigé en collaboration avecAli Laïdi, Seuil, Paris, 2004.
Forces spéciales, l’avenir de la guerre, collection “L’art de la guerre”, éditions du Rocher, Paris, 2002
Guerre secrète contre Al-Qaeda(dir.), Ellipses, collection “Géopolitique”, Paris, 2002.
Le nouveau contexte des échanges et ses règles cachées. Information, stratégie et guerre économique, L'Harmattan, Paris, 2001.
Géostratégie de la mer de Chine méridionale et des bassins maritimes adjacents, L'Harmattan, collection “Recherches asiatiques”, Paris, 1999.

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Coup dur pour l’antiterrorisme

Publié dans En France
Coup dur pour l’antiterrorisme : ce que la France va perdre à ne pas réorganiser ses services de renseignement
 
La France ne fera pas sa révolution du renseignement comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne l'avaient fait après 2001. Le 14 janvier dernier, le président de la République l'a confirmé lors du Conseil national du renseignement, dont le contenu est resté secret. Des mesurettes, mais rien de révolutionnaire.
Pourtant, une telle réforme est vitale.
 
Quelles sont les grandes décisions prises par F. Hollande dans le cadre de l'amélioration du renseignement et pourquoi sont-elles trop limitées ?
Pour l'instant, il n'y a eu que des effets d'annonce suite aux attentats de janvier 2015. Certes, le recrutement et la formation de nouveaux membres des services prendront du temps. Toutefois, trop peu a été fait pour corriger les effets pervers de la réforme du renseignement intérieur de 2008.
 
Hollande a renoncé à réorganiser le renseignement français alors qu'on ne compte plus les experts qui pensent que c'est une solution dont on ne peut pas se passer. En quoi cette réforme de fond est-elle vitale ? Pourtant les moyens actuels ne sont-ils pas nettement insuffisants et la machine trop bureaucratisée ?
Comparé à ses alliés occidentaux, la France souffre toujours d'un problème de sous-effectif en matière de renseignement. Nos moyens humains et notre budget sont inférieurs à ceux des Britanniques, des Allemands, des Américains et des Israéliens. La Grande-Bretagne a plus de 20 000 personnes qui travaillent dans le renseignement, elles sont plus de 18 000 en Allemagne alors qu’on en compte seulement 14 000 chez les Français, soit autant qu'en Israël. Mais comparé à notre population et à notre responsabilité sur le plan international, ce chiffre place les services français à un rang secondaire. Les Allemands qui n’ont pas nos implications internationales, ont plus d'effectifs que nous et Israël, qui compte moins de 9 millions d'habitants, a les mêmes effectifs que nous.
Sur le fond, il n’y a pas d'urgence criante à améliorer le renseignement extérieur parce que la lutte anti-terroriste qui est globale, se mène en priorité sur le territoire national où ont lieu les attentats. La nature du terrorisme auquel nous sommes confrontés est domestique, notamment puisqu'il est en partie issu de nos banlieues. Notre renseignement extérieur fonctionne globalement bien, la DGSE sert à neutraliser les menaces en menant des actions préemptives tandis que le rôle de la DRM est de fournir du renseignement pour assurer le succès de nos interventions militaires. Quant au renseignement intérieur, les réformes de 2008 montrent leurs limites. Le système actuel souffre d’une trop grande centralisation entre les mains de la DGSI qui fonctionne avec une culture héritée de la DST, très cloisonnée et surtout adaptée pour lutter contre l’espionnage et contre un terrorisme étranger, de nature étatique (Iran et Syrie au cours des années 1980), mais pas contre un terrorisme des banlieues.

Il faudrait s’inspirer de deux modèles : celui des services de sécurité allemands (BFV) ou de la DRPP, la direction du renseignement de la préfecture de Paris dans les deux cas, c'est le terrain qui commande. Il faut sortir du centralisme de la DGSI et passer à une démarche bottom-up en redonnant de l’importance au service de renseignement territorial, à savoir les anciens RG. Puis, il faut améliorer la formation dispensée dans tous les services car elle est aujourd'hui insuffisante. Il faut aussi accroitre globalement les effectifs des forces de sécurité (police, gendarmerie, douanes et administration pénitentiaire) pour lutter contre la menace terroriste, notamment ceux de la police judiciaire chargée des investigations et des enquêtes et de la sécurité militaire (DPSD). Ensuite, il faut rétablir les contrôles aux frontières pour gêner la mobilité des terroristes et en éliminer tous les pôles de diffusion de l’idéologie islamiste en France. Enfin, il faut développer la cyber-sécurité pour protéger les systèmes d’information mais aussi le cyberrenseignement.
Nous avons besoin de bons experts, capables de créer des avatars pour infiltrer les forums sur internet et les réseaux sociaux, et non pas uniquement pour surveiller des sites islamistes. A titre de comparaison, Les Britanniques viennent d’annoncer qu’ils vont recruter 2 000 personnes de plus rien que dans le cyber-sécurité et le cyber-renseignement alors que leur communauté du renseignement est déjà 50% plus nombreuse que la nôtre.
Il faut bien sûr renforcer la coopération interne entre les services, c'est-à-dire entre la police, la gendarmerie, la sécurité militaire, les douanes, etc. et il est nécessaire de veiller à diminuer le dédain de la DGSI à l’encontre des autres administrations. En dépit de sa qualité, ce service a trop tendance à se croire seul compétent et à mépriser toutes les informations qui émanent d’ailleurs. Résultat : on a eu l’affaire Merah.
Une nouvelle approche de la coopération internationale, en rétablissant des échanges efficaces avec les services syriens, russes, irakiens et égyptiens est également indispensable. C’est une condition importante pour lutter efficacement contre le terrorisme. Et inversement, il faut remettre en question nos rapports avec la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar qui soutiennent directement ou indirectement le terrorisme islamiste. Cela signifie donc revoir notre politique étrangère.
 
Une réforme de fond du renseignement intérieur est absolument vitale. D’autre part, une autre mesure doit être prise qui n’est pas liée à la lutte anti-terroriste. Je pense qu'il est temps de créer un grand service de protection du patrimoine pour éviter de nouvelles déroutes comme l’affaire Alstom, à savoir le pillage et le rachat de nos industries stratégiques par les étrangers. Aujourd’hui nous sommes ultra-polarisés sur la lutte antiterroriste, qui est bien sur la priorité numéro 1, mais cela ne nous met pas à l’abri de l’agressivité de nos adversaires, comme les Russes et les Chinois tout autant de nos propres alliés comme les Américains qui sont bien plus agressifs. On l’a vu avec l'affaire Snowden. Ils n’hésitent pas à utiliser l’application extraterritoriale du droit américain pour nous déstabiliser, racheter nos entreprises et nous priver de notre autonomie stratégique. Ce rôle devrait revenir à la DPSD. Aujourd’hui, la DGSI a beaucoup trop de missions dans son escarcelle.
 
Doit-on créer une cellule anti-terroriste à part entière et largement dotée ?
Non, l’UCLAT existe déjà et remplit ce rôle. De même, il est inutile d’évoquer la création d’un service européen de coordination si le personnel ne suit pas, si l’efficacité de chaque service n’est pas au rendez-vous. L’addition d'impuissance ne fait pas la puissance. Il faut d’abord améliorer le travail de terrain. Ce qu'il faut, c’est mener à bien quelques réformes et non inventer un nouveau service.
 
Quels modèles à l'étranger faudrait-il prendre en exemple ?
Il n’y a pas de modèle à suivre. Chaque pays a une organisation qui est adaptée à sa géographie, à son histoire et à ses institutions. Les références que j’ai citées ne sont que des comparaisons. Ce qui fonctionne bien en Angleterre ou en Allemagne n'est pas nécessairement adapté à la France dont les traditions administratives et le système juridique sont différents. Toutefois l'observation de la manière dont travaillent les autres est toujours instructive. Les Etats-Unis ont créé un ministère de la sécurité intérieure après les attentats du 11 septembre, parce qu'il n'en avaient pas mais pas de nouveau service ex-nihilo. Les Russes et les Chinois non plus.
 
Mais la France ne souffre-t-elle pas d'un manque d'effectifs à l'inverse d'autres pays ? N'y a-t-il pas un seuil de personnel à partir duquel le renseignement serait efficace ?
Le rapport coût/efficacité du renseignement français n'est pas mauvais. Mais le système peut encore être amélioré. C'est une question de méthode de travail. Si en amont, on parvient à mieux cibler les gens sur internet et sur les réseaux sociaux, on n'aura pas besoin d'envoyer une équipe de 20 personnes sur le terrain pour des filatures. S’il n’y a aucun profilage avant, on va envoyer en effet, beaucoup trop d’effectif pour suivre une seule personne.
En revanche, il faut redire, sans rentrer dans les détails que la France est sous-dotée en matière d’effectifs par rapport à ses alliés. Contrairement à ce qu'un récent rapport parlementaire, qui comprend de nombreuses erreurs, avance.
 
La France s'est construite sur le contre-espionnage, comment s'est-elle retrouvée dans cette situation, à la traîne ?
Ce n’est pas tout à fait juste. La France n’est pas en retard. Comme les autres pays, la France a construit son service de contre-espionnage dans le contexte de la Guerre Froide contre les Soviétiques et comme les Américains et les Anglais, nous sommes passés ensuite à la lutte contre le terrorisme. D’ailleurs, la France a été le premier pays à basculer du contre-espionnage au contre-terrorisme. La DST a développé la lutte contre le terrorisme bien avant les alliés, dès les années 1960. Elle était alors en avance. Le problème c’est que les autres pays se sont adaptés de façon efficace à partir de 2001, les Américains et les Anglais ont augmenté leurs effectifs et leurs budgets de 50 à 70%, ce que nous n’avons pas fait en France. Jusqu’en 2001, nous étions en avance sur eux, et maintenant nous sommes passés derrière.
Toutefois ne nous berçons pas d’illusion, quels que soient les effectifs de renseignements, il y aura toujours des attentats terroristes. L'exemple d'Israël est frappant. 14 000 personnes y travaillent dans le renseignement, le même effectif que chez nous, pour une population 8 fois inférieure par rapport à la France, et les Israéliens subissent toujours des attaques. Si on multipliait les effectifs de police et de sécurité par 8, pour avoir la même proportion qu'eux, nous arriverons à une communauté française du renseignement de 112 000 personnes, mais l'on n’empêcherait pas davantage toutes les attaques terroristes. D’ailleurs ne rêvons pas : nos moyens budgétaires et l'absence de volonté gouvernementale ne nous permettrons jamais ne serait que de doubler nos effectifs
 
En conclusion, les pistes de réformes du renseignement pour améliorer la lutte antiterroriste proposées par Eric Dénécé :
1. Inverser la logique de notre dispositif en accroissant la décentralisation.
Le système actuel souffre d’une trop grande centralisation par la DGSI.
La culture héritée de la DST est appropriée pour lutter contre un terrorisme international étranger, mais pas pour celui des banlieues.
Revoir la réforme de 2008 (intégrer le SCRT) ;
2. Améliorer la formation dispensée dans tous les services : insuffisante, trop courte ;
3. Accroître les effectifs, qui demeurent insuffisants au regard de la menace ;
Renseignement : comparaison UK, RFA, Israël
Mais aussi police judiciaire (instructions), gendarmerie, douanes, administration pénitentiaire, etc.
4. Développer le cyber-renseignement et la cyber-sécurité ;
Les Britanniques viennent d’annoncer qu’ils allaient recruter 2000 personnes supplémentaires
5. Renforcer encore la coopération interne ;
Police, gendarmerie, DPSD, douanes, pénitentiaire, DGSE, DRM
Veiller à atténuer le dédain manifesté par la DGSI à l’égard des autres services
6. Modifier la coopération internationale ;
Importance des échanges avec la Syrie, l’Irak, la Russie, l’Egypte
Revoir nos liens avec Turquie, Arabie Saoudite, Qatar, etc.
7. Il est temps de créer un vrai service de protection du patrimoine économique afin de nous prémunir contre les actions de rachat de nos entreprises stratégiques par nos alliés et laisser la DGSI se concentrer sur l’antiterrorisme ;
8. Rétablir les contrôles aux frontières pour maîtriser notre territoire et gêner la mobilité de terroristes ;
9. Éliminer les pôles de diffusion de l’idéologie islamiste en France : mosquées, librairies, associations, médias…

Paru sur Atlantico, 5 février 2016

Bas les masques !

Publié dans En France
Bas les masques ! (1)
 
Les attentats sanglants qui viennent de frapper notre capitale – plus de 130 morts et de 400 blessés – sont le pire acte de violence survenu sur notre territoire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils sont aussi, par leur ampleur, la troisième attaque en importance ayant touché le monde occidental après celles du 11 septembre 2001 et de Madrid.
Alors que les actes de ces dernières années semblaient être le fait d’amateurs plus ou moins habiles, les attaques du vendredi 13 novembre, par leur nombre, les cibles visées, leurs modes opératoires et leur coordination, traduisent une opération mieux planifiée.
Le gouvernement a immédiatement condamné ces actes barbares, promis que "la France serait impitoyable" et a confirmé aux citoyens que le pays était "en guerre"… sans toutefois préciser contre qui, ce qui traduit son embarras ou sa cécité.
 
La guerre… mais contre qui ?
Daesh est à l’origine de ces attentats, cela ne fait aucun doute. Mais qu’est-ce que Daesh ? Une organisation terroriste et criminelle d’inspiration wahhabite/salafiste, qui a réussi à s’approprier un territoire par les armes et à en faire un sanctuaire qui attire criminels, intégristes et malades mentaux de tout poil, souhaitant exprimer leurs multiples frustrations par la violence la plus abjecte au nom d’une pseudo-idéologie qui n’est qu’une insulte à l’islam.
Daesh n’est qu’une composante du courant minoritaire ultra-radical et rétrograde de l’islam (2) qui est le véritable ennemi. Il puise ses références dans les écrits d’Abdel Wahhab et des Frères musulmans. Le wahhabisme a donné naissance à l’Arabie saoudite, l’un des Etats les plus rétrogrades de la planète ; et l’idéologie néfaste des Frères musulmans est à l’origine de presque tous les groupes terroristes islamistes apparus depuis les années 1970, jusqu’à Al-Qaida et Daesh.
Ces extrémistes s’en prennent à tout le monde : à l’Occident bien sûr et à la France en particulier. Mais aussi aux Russes, aux Egyptiens, aux Pakistanais, aux Libanais, au Hezbollah, aux Iraniens, aux chrétiens, aux chiites… et aux sunnites qui n’adhèrent pas à leur conception de l’islam.
 
Toutefois, depuis quelques mois, Daesh souffre sous les bombardements de la coalition occidentale, des forces russes en Syrie et des assauts des Kurdes en Irak. Se trouvant menacé dans son sanctuaire, le groupe terroriste a décidé d’exporter le combat, comme l’illustrent les attentats récents au-dessus du Sinaï, à Beyrouth et à Paris. C’est malheureusement un classique qu’un groupe terroriste sous pression lance des opérations spectaculaires pour montrer qu’il conserve une forte capacité de nuisance et afin de rassurer ses partisans et ses sponsors. C’est pourquoi nous devons nous attendre à d’autres attentats car Daesh dispose de combattants déterminés à passer à l’action (3).
Par ailleurs, si Daesh parvient à maintenir son emprise sur l’Irak du Nord et l’Est de la Syrie, c’est parce qu’il bénéficie de nombreux soutiens, directs ou indirects, d’Etats qui partagent ou prônent ce même radicalisme religieux : l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, trois alliés majeurs de l’Occident, des Etats-Unis et de la France.
 
- L’Arabie saoudite est un royaume médiéval et intégriste dont les dirigeants laissent la majorité du peuple dans l’ignorance, avec pour toute éducation une lecture très orientée du Coran. Mais, Ryad dispose d’un pouvoir d’influence et de nuisance considérable grâce à l’argent du pétrole et s’en sert pour jouer au pyromane, en exportant le wahhabisme, qui est à l’origine du rejet dont souffrent de nombreux musulmans partout dans le monde. Il convient de rappeler que c’est grâce à l’appui de l’Arabie saoudite – puis à celui du Qatar - que depuis les années 1980 le terrorisme islamiste s’est répandu dans de très nombreux pays. C’est pourquoi Jamais Ryad n’a cherché à lutter contre Daesh. En revanche, le royaume a mobilisé ses forces et fait appel à ses alliés pour conduire une guerre d’agression au Yémen (4).
 
- Le Qatar n’est qu’un micro-Etat, insignifiant, sans passé et sans avenir, dont les souverains successifs ont pour seule qualité d’être nés propriétaires de ressources considérables d’hydrocarbures dont ils tirent des revenus énormes. Ce "pays" artificiel compte deux millions d’habitants, dont à peine plus de 10 % sont des Qataris.
 
- La Turquie, quant à elle, est un grand Etat, héritière de l’Empire ottoman et membre de l’OTAN. Mais ce pays s’est profondément réislamisé depuis l’arrivée au pouvoir d’Erdogan, membre du bureau international des Frères musulmans, qui s’acharne à gommer toute trace de l’œuvre de modernisation et de laïcisation du pays conduite par Mustapha Kemal. La Turquie se trouve donc impliquée, en partie au corps défendant de ses élites et d’une part de sa population, dans les rêves de grandeur islamiste de son leader qui se voit comme le nouveau sultan ottoman.
 
Ryad, Doha et à un moindre degré Ankara sont sans aucune ambigüité les inspirateurs et les soutiens des mouvements islamistes radicaux et terroristes actuels. Vouloir apporter une solution au problème sans dénoncer le rôle essentiel que jouent ces Etats est absolument vain. Ils continuent d’ailleurs de financer et d’armer les "rebelles" en Syrie, renforçant la capacité d’action des groupes djihadistes qui connaissent de sérieux problèmes depuis le début de l’intervention russe. C’est une fuite en avant irresponsable de la part de ces trois pays qui voient leur stratégie contrée par l’entrée en jeu de Moscou. Bachar El-Assad ne tombera pas et ils ne le supportent pas.
        
Ces Etats ont par ailleurs un autre point commun important : ce sont des alliés indéfectibles des Etats-Unis avec lesquels ils coordonnent le plus souvent leur stratégie régionale. Or, depuis les attentats du 11 septembre 2001, le jeu des Américains ne cesse d’être ambigu. Washington a désigné comme fauteurs de troubles l’Irak, l’Iran et plus récemment la Syrie, alors que Ben Laden et la majorité des terroristes du 9/11 étaient saoudiens. Puis, à l’occasion des pseudo "révolutions arabes" de 2011, les Etats-Unis ont soutenu, partout dans le monde arabe, les Frères musulmans, afin de les installer au pouvoir. Cette politique a initialement connu le succès en Tunisie et en Egypte – avant que la population ne désavoue ou ne renverse les gouvernements de la Confrérie, mais elle n’a pas fonctionné en Syrie. Cela n’est donc pas un déni de réalité mais une véritable stratégie d’alliance objective et machiavélique avec l’islam le plus radical qui soit. Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller pour la Sécurité nationale de Jimmy Carter déclarait encore récemment, à propos de Jabat Al-Nosrah, la branche d’Al-Qaida en Syrie : "si les Russes continuent à bombarder nos gars, il faut qu’Obama riposte" !
Paradoxalement, cette stratégie n’est dénoncée que par Donald Trump, candidat aux primaires du Parti républicain : "Si vous regardez la Libye, regardez ce que nous y avons fait, c’est le désordre. Si vous regardez Saddam Hussein avec l’Irak et ce que nous avons fait là-bas… C’est le désordre. Et ce sera la même chose en Syrie".
Sans l’invasion catastrophique américaine en Irak et le soutien ou la passivité bienveillante de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie, Daesh ne serait plus. Mais, tant que ce groupe bénéficiera de tels sponsors, il continuera d’exister. D’autant qu’il faut bien dire que la très faible combativité de l’armée irakienne ne permet pas d’espérer des opérations militaires d’envergure au sol, à court terme.
 
L’absurde position de la France
La politique adoptée par le président Hollande envers la Syrie a clairement accru la menace terroriste. Les centaines de jeunes français qui se sont laissé séduire par l’islam radical et sont partis combattre ont été indirectement encouragés à le faire grâce au battage médiatique délirant contre "Bachar, le boucher qui massacre son peuple".
Nos services, bien que parfaitement conscients des réalités du terrain et des menaces, ont obéi à un gouvernement sous influence du Qatar et de l’Arabie saoudite. Ils ont entraîné et ravitaillé des combattants d’Al-Nosrah et de l’ASL et ont dû se résigner à ignorer les faits qu’ils observaient pour ne dire à nos autorités que les "vérités" qu’elles voulaient entendre. Aussi, sous le double effet de la rupture des relations avec les services syriens et des consignes de collaboration avec les Etats wahhabites/salafistes, le renforcement des moyens du renseignement depuis 2008 ne pouvait guère porter ses fruits, puisqu’il était demandé aux services d’agir dans la mauvaise direction.
Les "démocrates" que soutient notre pays sont d’ailleurs d’un genre nouveau. A l’image de Lamia Nahas, membre de la Coalition nationale de l’opposition syrienne - soutenue par la France, le Qatar, l’Arabie saoudite, les Etats-Unis et le Royaume Uni - qui a récemment publié un post édifiant sur sa page Facebook : "Chaque fois que les minorités déploient leur morgue à l’égard de la Syrie, ma conviction s’affirme davantage sur la nécessité de dresser un bûcher pour les carboniser tous. Je regrette Hitler qui a brûlé les Juifs de son temps ainsi que le sultan ottoman Abdel Hamid qui a exterminé les Arméniens de même que le héros des Arabes, Saddam Hussein, qui s’est comporté en homme à une époque où il n’en existait plus et dont il n’existera plus jamais après lui." (5). Que dire de plus !
 
Les attentats du 13 novembre à Paris montrent que, malgré notre soutien irresponsable à l’opposition djihadiste de Bachar El-Assad et notre silence sur la guerre d’agression de l’Arabie saoudite au Yémen, les terroristes ont tout de même frappé la France. C’est l’illustration horrible mais parfaite des errements complets de notre politique étrangère : notre alignement sur les pétromonarchies islamistes ne nous a même pas protégé des attentats. Pourtant, paradoxalement, nous n’avons conduit que des frappes aériennes symboliques contre les installations de Daesh en Syrie et en Irak.
Par ailleurs, nous nous berçons d’illusion quant à l’importance des investissements et des contrats des pays du Golfe pour notre économie. Comme l’a récemment démontré Loik Le Floch-Prigent, il convient "d’en finir une fois pour toutes avec ces mirages rapportés du désert" (6) qui amènent nos dirigeants à se prosterner à Ryad et à Doha. Au demeurant, cette "alliance" permet à nos "partenaires" de financer librement l’islam radical dans nos banlieues.
 
Quelle riposte ?
S’il ne fait aucun doute que nous ne devons ni légitimer ni apporter notre soutien à des dictatures ou des régimes autoritaires, opprimant leur population, il nous revient toutefois de ne pas provoquer leur remplacement par des régimes pire encore… Or, c’est ce que nous faisons depuis l’intervention en Libye ! Ainsi que l’a déclaré Jean-Pierre Chevènement sur public Sénat : "Je pense que Saddam Hussein, sur lequel nous aurions pu exercer une influence, a coûté peut-être 10 000 fois moins de victimes que les deux guerres qui ont été faites (…) l’ensemble aboutissant à la destruction de l’Etat irakien et à une guerre interconfessionnelle qui n’est pas terminée". Entre deux maux, choisissons le moindre. Il est en effet toujours possible d’influer, même modérément, sur un régime, à la différence d’un groupe terroriste.
 
En réaction aux attentats, l’état d’urgence vient d’être décrété. C’est une bonne mesure. Toutefois, si elle donne des pouvoirs élargis aux forces de l’ordre, fort utiles pour démanteler des filières terroristes, cette décision leur impose aussi de nouvelles contraintes, alors même que policiers et gendarmes sont déjà débordés depuis de longs mois et ne peuvent répondre à toutes les missions. La lutte antiterroriste – et les tâches bureaucratiques l’accompagnant - sera la priorité et les effectifs affectés à la lutte contre le crime ou la délinquance devront abandonner leurs missions.
Concernant la riposte militaire à ces attaques, la menace des frappes aériennes n’a qu’une valeur symbolique – à l’image du bombardement de Raqqa -, car avec seulement une dizaine d’appareils engagés au-dessus de l’Irak et de la Syrie, notre force aérienne dispose de capacités d’action extrêmement réduites. Comme le fait remarquer très justement Jean-Marc Tanguy (7), les discours belliqueux risquent de buter assez vite sur la réalité : nos armées ne disposent que d’effectifs limités en raison de leur implication au Sahel et dans les rues de France, mais surtout parce que depuis plus de vingt ans, les gouvernements successifs n’ont cessé de réduire les budgets de Défense.
Les mesures grotesques proposées par les représentants de l’opposition (bracelets électroniques, appels irréalistes à une intervention sur le terrain contre Daesh, etc.) relèvent, pour leur part, d’une méconnaissance profonde des vrais problèmes, dans un climat d’hystérie collective. Rappelons qu’ils sont autant responsables que l’actuel gouvernement de la situation dans laquelle nous sommes.
Surtout, aucun de nos dirigeants politiques, de droite comme de gauche, n’a explicitement dénoncé la responsabilité des Etats étrangers sponsors du terrorisme. Nous sommes donc dans un déni total de réalité. C’est pourquoi, les mesures prises pour faire face à la menace seront nécessairement inappropriées.

Les mesures qui s’imposent
- Reconsidérer notre politique étrangère et désigner clairement l’ennemi extérieur et ses soutiens. Nos choix internationaux ne cessent d’être erronés depuis notre retour dans l’OTAN. Nous en mesurons pleinement l’inefficacité. La France ne peut être ni l’auxiliaire des Etats-Unis, ni s’aligner sur les positions de l'Arabie saoudite et du Qatar. Une remise en cause de nos relations diplomatiques avec ces Etats est indispensable. Sans un changement majeur de notre politique étrangère, sans une distanciation nette vis-à-vis d’une politique américaine irresponsable et qui ne sert que ses seuls intérêts, il n’y aura aucune évolution possible. La situation nous impose un réalisme absolu. Dans la lutte actuelle, nos alliés objectifs sont clairement la Russie, l’Egypte, voire l’Iran et la Syrie, car nous avons tous un ennemi commun.
 
- Désigner clairement l’ennemi intérieur. Ce n’est pas l’islam. Ce ne sont pas les musulmans. Ce sont les salafistes/wahhabites/Frères musulmans. Ils représentent une véritable cinquième colonne sur notre territoire, infiltrant la société française, notamment la population de confession musulmane. Nous devons les combattre avec la plus grande fermeté :
. en supprimant, fermant, interdisant toutes les mosquées, associations, centres, librairies… islamistes liées au salafisme, au wahhabisme et aux Frères musulmans ;
. en imposant l’interdiction des signes extérieurs du radicalisme en bonne intelligence avec nos compatriotes musulmans. Le niqab et la burqa sont des signes explicites d’affirmation de l’appartenance à ces mouvances fondamentalistes haineuses qui rejettent ouvertement nos valeurs. Comme l’a exprimé Tarik Oubrou, l’imam de Bordeaux, "Quand un habit devient ostentatoire, on n’est plus dans l’éthique, car se monter pour se montrer, c’est ridicule. L’habit ne fait pas le (la) musulmane (8)".
 
- Renforcer les moyens et les budgets des armées et des forces de l’ordre qui n’ont cessé d’être réduits depuis plus de vingt ans et dégager nos armées des tâches de sécurité intérieure de l’opération Sentinelle. Il est par ailleurs temps de reconsidérer le plan Vigipirate, sauf à inventer une dizaine de nouvelles nuances de rouge…
 
- Appliquer les articles du code pénal et du code de sûreté militaire relatifs à la trahison et à l’intelligence avec l’ennemi (9).. En effet, ceux qui ont rejoint Daesh ou Al-Qaïda, ont participé à des actions armées - à l’étranger comme sur le sol national - et sont sans aucune ambigüité des traîtres. Ils doivent donc recevoir le traitement réservé aux traîtres (10). Comment expliquer que l'adjudante de gendarmerie qui a aidé Coulibaly n’ait pas été accusée de trahison ? Si nous sommes en guerre - et comme elle est de surcroît militaire - elle aurait dû encourir la réclusion criminelle à perpétuité.
 
Toutefois, il est essentiel de garder de la mesure et de la retenue dans nos actions :
- en France, pour ne pas transformer le pays en Etat policier - à l’image des Etats-Unis et des excès du Patriot Act - et ne pas créer un climat de suspicion généralisée. Il est malheureusement à craindre que nos compatriotes musulmans soient traités d’apostats par les takfiris et soient victimes d’injustes amalgames de la part de Français extrémistes ou de citoyens poussés à bout par les provocations de radicaux. Ce sera là l’un des aspects les plus délicats à gérer.
- à l’étranger, en ne multipliant pas les interventions militaires, car on a vu que la Global War on Terror (GWOT) décrétée par les Américains n’a conduit nulle part, si ce n’est qu’à aggraver la situation.
 
                                                                                                      *
 
 Des voix s’élèvent pour dire qu’en ces instants d’horreur, l’unité nationale doit se faire. Cela est sage. Toutefois, le recueillement pour nos morts ne doit en aucun cas nous exonérer d’une introspection sur notre part de responsabilité dans ce drame, sauf à poursuivre la politique de l’autruche et à attendre passivement que d’autres attentats aient lieu. L’unité nationale affichée par les politiques n’est qu’un leurre. Elle est d’abord destinée à leur laisser le temps pour ne (presque) rien changer. Jouer les va-t-en-guerre sans nommer ceux qui sont à l’origine du phénomène djihadiste et vouloir demeurer alliés des Etats encourageant cette forme d’islam rétrograde et barbare relève de la compromission.
 
(1) Cet éditorial est publié simultanément sur les sites du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) et de l’Institut de veille et d’études des relations internationales et stratégiques (IVERIS, www.iveris.eu) dans le cadre du partenariat qui unit les deux centres.
(2) Il ne représente guère plus que 10% des croyants.
(3) Environ 25 000 hommes venus de plus de 100 pays, dont 6 000 Européens, ont rejoint Daesh.
(4) La communauté internationale ferme les yeux sur l’intervention saoudienne au Yémen. Aucun média n’évoque la déroute de l’armée de Ryad, ni les nombreuses victimes civiles collatérales.
(5°
Haytham Manna "Le radicalisme religieux au Moyen-Orient : De l’interprétation confessionnelle de l’Histoire, de la réalité et de la vie", Madaniya.info, 1er novembre 2015
http://www.madaniya.info/2015/11/01/le-radicalisme-religieux-au-moyen-orient/
(6) Loik Le Floch-Prigent, "L’Arabie Saoudite : le mirage des contrats pour sauver l’industrie française", Tribune libre, IVERIS,  29 octobre 2015 (http://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/93-arabie_saoudite__le_mirage_des_contrats_pour_sauver_lindustrie_francaise_).
(7) Jean-Marc Tanguy, dimanche 15 novembre 2015, Une guerre ? Mais avec quoi ?

http://lemamouth.blogspot.fr/2015/11/une-guerre-mais-avec-quoi.html

(8) Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, "Tout le Coran n’est pas à reproduire", Le Figaro Magazine, 13 novembre 2015, p. 54.
(9) Code de justice militaire, art. L331-2 : "Le fait, en temps de guerre par tout Français ou tout militaire au service de la France, de porter les armes contre la France constitue un acte de trahison puni de le réclusion criminelle à perpétuité et de 750 000 euros d'amende".
Code pénal, De la trahison et de l'espionnage, art. 411-4 : "Le fait d'entretenir des intelligences avec une puissance étrangère avec une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d'agression contre la France, est puni de trente ans de détention criminelle et de 450 000 euros d'amende. Est puni des mêmes peines le fait de fournir à une puissance étrangère, une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents les moyens d'entreprendre des hostilités ou d'accomplir des actes d'agression contre la France".
(10) Philippe-Joseph Salazar, Paroles armées, Lemieux éditeur, Paris, 2015, p. 70.

Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R)

Révolutions inutiles...

Publié dans De par le monde
Révolutions inutiles et interventions chaotiques (1)
 
Tunisie, Libye, Egypte, Syrie, Ukraine : ces cinq Etats ont accouché, à partir de 2011, de mouvements "révolutionnaires" plus ou moins spontanés, plus ou moins nationaux, qui devaient tous transformer leur pays et améliorer la situation. Aujourd’hui, force est de constater leur échec complet. Certes, il ne fait aucun doute que les régimes objets de la vindicte populaire aient été autoritaires ou dictatoriaux, policiers ou répressifs et, pour la plupart, corrompus. C’est une réalité. La contestation et les aspirations au changement étaient donc tout à fait légitimes. Mais nous avons montré que la spontanéité de ces "révolutions" était largement factice (2) et que celles-ci s’inscrivaient dans une stratégie conçue outre-Atlantique afin d’installer les Frères musulmans au pouvoir partout au Moyen-Orient. Nul ne peut nier non plus que ces "révolutions" n’ont connu succès et retentissement que dans les pays où les régimes en place déplaisaient à Washington. Aucun allié des Américains - notamment l’Arabie saoudite et le Qatar - n’a connu de tels phénomènes et la révolution populaire au Bahrein a été réprimée dans le sang sans que l’Occident ne trouve quoi que ce soit à y redire. Deux poids, deux mesures.
        
Qu’en est-il quatre ans plus tard ? A quoi ont servi ces révolutions ? Force est de constater qu’elles n’ont servi à rien. Si la vie quotidienne n’était pas idyllique auparavant dans tous ces pays, la situation est aujourd’hui bien pire – à l’exception notable de l’Egypte - que celle qui existait avant 2011 : ces Etats sont durablement désorganisés, détruits, divisés. Les conséquences de ces révolutions ont été l’expansion de l’insécurité (guerre civile, terrorisme) et de la criminalité (assassinats, enlèvements, trafic d’armes, etc.), l’effondrement économique (cessation d’activités, départ des entreprises étrangères, destruction des infrastructures, etc.) et l’exode des populations (départ de travailleurs étrangers, réfugiés, migration vers l’Europe), l’expulsion des minorités religieuses (principalement chrétiennes) et la destruction de sites inscrits au patrimoine mondial de l’humanité.
        
Si nous ne saurions regretter les autocrates déchus, il convient de rappeler qu’en dépit des nombreuses turpitudes du clan Ben Ali-Trabelsi, la Tunisie vivait mieux avant sa révolution. Son tourisme était florissant et l’implantation sur son sol d’entreprises européennes contribuait à son développement.
Sous Kadhafi, la Libye avait le plus haut niveau de revenus par tête de toute l’Afrique, les femmes y bénéficiaient du niveau d’éducation le plus élevé de tout le continent ; le pays accueillait 3 à 4 millions de travailleurs étrangers et participait à nos côtés à la lutte contre les djihadistes.
La Syrie sortait lentement de la dictature instaurée par Hafez El-Assad, même si le pays avait mis un terme à une tentative de libéralisation en 2000, consécutive à l’arrivée de son fils Bachar au pouvoir.
La situation en Irak, depuis l’intervention illégitime des Etats-Unis en 2003, entre dans cette catégorie et présente les mêmes caractères et les mêmes résultats.
 
Ces "révolutions" n’ont pas seulement concerné l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, mais aussi l’Ukraine où, comble du paradoxe, c’est un président légalement élu à l’occasion d’un scrutin contrôlé et validé par des observateurs européens, qui a été renversé avec le soutien de l’Occident, en violation total d’un droit dont il se réclame à l’envi (3). Pourtant, si l’opposition ukrainienne avait attendu le terme du mandat de Ianoukovitch, ce dernier aurait été très vraisemblablement chassé du pouvoir par les urnes l’année suivante ; le pays serait aujourd’hui en paix, au lieu d’être déchiré par une guerre civile dans sa partie orientale et d’être un nouveau terrain de jeu de l’extrême-droite néo-nazie soutenue par l’Europe et la CIA.
        
Le bilan des pseudo mouvements "pro démocratie" encouragés et soutenus – si ce n’est manipulés - par l’Occident est donc désastreux pour les pays concernés, leur population, comme pour l’idéal même de la démocratie. Mais aucune leçon de bon sens n’en a été tirée, puisque la dynamique semble devoir se poursuivre. En effet, nous observons, depuis plusieurs mois, les critiques se multiplier à l’égard des Etats qui dénoncent cette dérive occidentale et s’en désolidarisent (Hongrie, Tchéquie (4). Une "révolution populaire" pourrait bientôt s’abattre sur eux pour avoir déplu à Washington.
        
En revanche, aucune critique n’est formulée à l’encontre de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie, qui soutiennent directement ou indirectement le terrorisme islamiste - Al-Qaida et Daesh - et sont obsédés par le renversement de Bachar El-Assad. Rappelons que Ryad conduit au Yémen une sanglante guerre d’agression, mobilisant contre les tribus houthis des moyens militaires (près de 150 000 hommes) que l’on aurait aimé voir déployés contre Daesh. Le conflit yéménite, quasiment absent de nos médias, a fait en quelques mois plus de 5 000 morts et de 25 000 blessés, 1,3 millions de personnes déplacés et 21 millions de démunis. Les affrontements y sont plus violents et font plus de victimes qu’en Ukraine orientale. Rien qu’en avril 2015, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a conduit plus de
1 700 raids aériens, soit parfois 80 par jour. Les frappes ont notamment visé sans aucun état d’âme des quartiers historiques de Sanaa, ville vieille de près de 2 500 ans - ne touchant quasiment que des populations civiles - ou la forteresse médiévale d’Al-Qahira. Mais le silence règne et, pour l’opinion occidentale, ce qui n’est pas montré au journal de 20h n’existe pas ! Deux poids, deux mesures.
 
Rappelons également, le rôle central de la Turquie dans la récente crise des migrants. Ankara porte en effet une responsabilité dans l’importante vague d’immigration qui a submergé l’Europe de l’Ouest. Ne pouvant faire aboutir sa stratégie sur le théâtre du Moyen-Orient, Erdogan - qui connaît depuis quelques mois des revers électoraux et en matière de politique étrangère (5) - a décidé d’impliquer - et de déstabiliser - les autres parties prenantes, à commencer par les Européens. C’est pourquoi il est inadmissible d’avoir autorisé le président turc, membre du bureau international des Frères musulmans, à tenir un meeting électoral devant ses partisans, à Strasbourg, le 4 octobre, à l’occasion duquel il a dénoncé avec emphase le terrorisme, non celui de Daesh… mais du PKK !
        
Toujours au sujet des migrants, il convient de signaler l’exploitation abusive de l’émotion populaire avec l’image tragique de l’enfant mort sur une plage, laquelle a une nouvelle fois pour finalité de renforcer la culpabilité européenne. Elle est par ailleurs hautement partiale et manipulatrice : pourquoi les médias n’ont-ils jamais montré les photos des populations syriennes restées fidèles à Bachar El-Assad - par choix ou par crainte des djihadistes d’Al-Qaida et de Daesh - qui sont depuis quatre ans victimes d’assassinats et de massacres de la part des terroristes et de leur soutiens arabes et occidentaux ? Ils sont pourtant nombreux… mais du mauvais côté ! Nos médias considèrent sans doute qu’il y a des victimes civiles innocentes et d’autres coupables.
        
Les reportages sur les migrants sont par ailleurs une excellente illustration de l’absence totale d’analyse critique ou objective des médias : aucun commentateur ne semble avoir remarqué la forte proportion d’hommes jeunes, âgés de 20 à 30 ans, parmi les réfugiés "syriens" (6). Qu’un pays en guerre cherche à évacuer femmes, enfants et vieillards est tout à fait légitime. Mais que des hommes dans la force de l’âge quittent leur terre sans combattre devrait nous interpeller : que ne sont-ils restés se battre chez eux, pour ou contre Bachar ? Non, seule la fuite vers l’Occident et ses richesses fantasmées les intéresse. Mais personne ne semble relever cet état de fait pourtant flagrant. En revanche, une nouvelle fois, les reproches se multiplient vis-à-vis de la Hongrie, qui refuse d’accueillir et de voir transiter sur son sol vrais et faux réfugiés, après que les Européens de l’Ouest se soient plaints, depuis des années, que les Etats d’Europe de l’Est n’effectuaient pas de contrôles efficaces aux frontières, rendant l’espace Schengen ouvert à tous les vents !
Au demeurant, lorsqu’ils rendent compte du conflit en Syrie, les médias présentent la situation comme si, sur les 250 000 victimes estimées de la guerre civile, 90% étaient l’œuvre du régime de Damas ! C’est à la fois grotesque et insensé. Rappelons que plus de 60 000 soldats syriens sont morts au combat et qu’au moins autant de civils opposés aux islamistes ont été tués ou assassinés, en majorité des Alaouites. Si Bachar avait tant massacré, il aurait été renversé ou aurait repris le contrôle du pays ! Les médias omettent systématiquement de rappeler que le régime n’a pas le monopole de l’action violente et que des massacres – malheureusement fréquents dans toute guerre civile – sont commis par les deux camps. La présentation des événements tend à passer sous silence les horreurs des djihadistes ou à les absoudre de toute violence dès lors qu’elle est dirigée contre Bachar et son régime.
 
Pour mémoire, les pseudo attentats chimiques de fin août 2013 sont toujours attribués par les médias à Damas, alors même que la Defense Intelligence Agency (DIA) américaine (7) et le CF2R (8) ont montré que ces actions n’étaient pas de leur fait. Mais le matraquage médiatique perdure et, lentement, la désinformation fait son œuvre, relayée par des journalistes aveugles, complices et irresponsables.
        
Or, il convient de réaffirmer avec force que, quels que soient les défauts de Bachar El-Assad – qu’il n’est pas question de défendre -, les opposants armés qui lui font face sont des barbares et des fanatiques infiniment pires que son régime (9). Si ce fait semble à peu près acquis pour Daesh, cela ne semble pas être reconnu pour Al-Nosrah, la branche d’Al-Qaida en Syrie, dont les buts sont pourtant identiques. Al-Qaida, vous vous souvenez, ce groupe responsable des attentats du 11 septembre et de bien d’autres encore, auquel les Américains ont déclaré une "guerre globale", mais qu’ils font cependant soutenir, en Syrie, par leurs alliés saoudiens, qataris et turcs.
        
Sous l’influence de nos "alliés" américains et arabes, nous nous sommes ainsi attachés à diaboliser Bachar et son régime à tout prix, lui attribuant toutes les exactions observées, surtout celles commises par les djihadistes. Pourtant, en quoi le leader syrien est-il pire que les nombreux petits despotes africains que nous avons soutenus ou continuons de soutenir ? Préférer Al-Qaida et les Frères musulmans à son régime montre à quel point nous avons perdu le sens des réalités.
        
Le réalisme, en matière de géopolitique et de relations internationales est une vertu cardinale que l’Occident semble avoir oublié. Les Européens de l’Ouest, en particulier, ont perdu leur boussole, leur seul "Nord" semblant être la politique irresponsable et totalement personnelle des Etats-Unis, qui cherchent à les entrainer dans toutes leurs actions et dérives
Seuls quelques pays font encore preuve de bon sens, en premier lieu, les Russes. Leur intervention en Syrie est un tournant qui pourrait contribuer à rétablir un début d’ordre au Moyen-Orient. En second lieu, ne nous en déplaise, l’Iran s’affirme comme un acteur de stabilité dans la région, face à l’agitation terroriste encouragée ou soutenue par certains Etats sunnites. Cela n’empêche ni Moscou ni Téhéran d’avoir des intérêts, ni d’avancer leurs pions. Mais nous serions bien mal inspirés de leur reprocher ce que nous ne cessons de faire.
        
L’action de ces Etats pourrait bien inverser le cours des événements en Syrie. En effet, il est bon de rappeler que Bachar n’a guère utilisé, au cours des années écoulées, une partie de ses unitéscomposées d’appelés en majorité sunnites, qui n’ont pas fui le service militaire contrairement à beaucoup d’autres, mais qui ne sont pas suffisamment formés ni expérimentés pour être engagés en première ligne. Elles ont été essentiellement cantonnées à des tâches défensives autour de Damas. C’est sur les unités alaouites qu’a reposé l’essentiel des combats offensifs. L’arrivée des Russes, la livraison d’équipements, le soutien aérien, ainsi que l’engagement de plus en plus marqué de l’Iran et du Hezbollah ont toutes les chances de faire basculer la situation en faveur du régime. Damas pourrait engager ces unités, désormais plus confiantes, dans des opérations de reconquête. Première illustration de ce renversement de tendance, le 4 octobre, à Dera’a, un millier de membres des milices islamistes ont déposé les armes et certaines sources évoquent la fuite du pays des premiers combattants de Daesh, qui retournent en Irak.
        
Bien sûr, les Occidentaux ont immédiatement critiqué les frappes aériennes russes en Syrie, les accusant de faire de nombreuses victimes collatérales et de ne frapper qu’Al-Nosrah, en négligeant Daesh, sans qu’aucune preuve à l’appui de ces allégations ne soit avancée. Surtout une telle argumentation est à la fois fallacieuse et grossière : faut-il rappeler les victimes collatérales de la guerre en Irak (2003) et des frappes de drones américains au Pakistan et en Afghanistan ? Ou bien encore le bombardement américain ayant visé le centre de soins de Médecins sans frontière (MSF) à Kunduz, en Afghanistan, dans la nuit du vendredi 2 octobre au samedi 3 octobre, tuant 12 employés de l’ONG, 7 patients - dont trois enfants - et faisant 37 blessés. Il est également cocasse de voir les Occidentaux critiquer Moscou parce qu’il frappe le Front Al-Nosrah, la branche d’Al-Qaida en Syrie, car elle a été en partie formée, équipée et demeure soutenue par les Américains. Encore une fois, deux poids, deux mesures.
        
Ainsi, l’Occident sous la houlette américaine cherche-t-il toujours à faire jouer le mauvais rôle à la Russie, essayant de la réinstaller dans l’inconscient collectif dans la position de l’ex-ennemi soviétique honni - à juste titre -, alors que la situation est aujourd’hui bien différente. On est également abasourdi devant les divagations de certains analystes qui annoncent sans rougir que la Syrie pourrait être le nouvel Afghanistan russe ! Les conditions sont tellement différentes (le théâtre, les alliés, les forces en présence, etc.) qu’un tel jugement ne tient pas debout.
 
                                                                                                *
 
Ne nous y trompons pas, quelle que soit l’issue de cette crise, l’Occident, l’Europe et la France sortiront durablement décrédibilisés de cet épisode et leur influence politique et économique connaitra un fort recul. Aujourd’hui, dans de nombreuses régions du monde, les Occidentaux apparaissent, non sans raison, comme une menace pour la paix et la stabilité mondiales, tant leurs interventions extérieures créent le chaos partout où elles ont lieu.
En effet, nous sommes des pompiers pyromanes. Après avoir envahi illégalement et profondément déstabilisé l’Irak, les Etats-Unis luttent désormais contre Daesh qu’ils ont largement contribué a créer. De même, les interventions françaises au Sahel (opérations Serval, puis Barkhane), ne sont que les conséquences de l’erreur stratégique qu’a été notre action inconsidérée en Libye. L’installation de l’Etat islamique en Cyrénaïque et en Tripolitaine est une sorte de vengeance, posthume et méritée, de Kadhafi !
        
Nous avons toutes les raisons d’être inquiets devant les errements majeurs de notre politique étrangère depuis 2007. Qu’est devenue la France ? Qu’est-il advenu de ses valeurs, de son regard particulier sur le monde, de son autonomie et de sa liberté de parole ? Nous ne pouvons que constater l’incohérence et la cécité de nos dirigeants, ainsi que leur alignement sur des positions et des intérêts étrangers - américains, saoudiens et qataris. Il est légitime que nous nous interrogions sérieusement sur leur compétence et leur aptitude à défendre nos intérêts. Leur obsession à vouloir la chute de Bachar n’est pas une politique. Cela ne fait qu’exprimer l’absence d’idée, de stratégie, de vision… C’est tragique ! Nous ne sommes désormais que des auxiliaires, une force d’appoint, qui plus est, du mauvais côté.
        
Bien sûr, les tenants du politiquement correct nous accuseront de défendre les dictateurs et des pays avec lesquels la France a été longtemps en opposition. Mais, en refusant de prendre en compte les réalités de terrain et l’évolution du monde, et en gobant ou en relayant la désinformation Mainstream des médias anglo-saxons, nous sommes en train de perdre tout crédit international et nous paierons tôt ou tard le prix de notre alignement aveugle et irresponsable sur Washington et les Etats sunnites soutiens du terrorisme.
 
(1) Cet éditorial est publié simultanément sur le site du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) et de l’Institut de veille et d’études des relations internationales et stratégiques (IVERIS, www.iveris.eu) dans le cadre du partenariat qui unit les deux centres.
[1]Cf. Libye, un avenir incertain, rapport CF2R/CIRET, juillet 2011 ; Syrie, une libanisation fabriquée, rapport CF2R/CIRET, février 2012 ; CF2R, La face cachée des révolutions arabes, Ellipses, Paris, 2012.
(2) Cf. Libye, un avenir incertain, rapport CF2R/CIRET, juillet 2011 ; Syrie, une libanisation fabriquée, rapport CF2R/CIRET, février 2012 ; CF2R, La face cachée des révolutions arabes, Ellipses, Paris, 2012.
(3) Eric Denécé, "Ukraine : le monde à l’envers", Editorial n°33, mars 2014,
www.cf2r.org.
(4) Olivier Guilmain, Le Smart Power au secours de la puissance américaine, Rapport de recherche n°14, avril 2015,
www.cf2r.org.
(5) En particulier, suite au rejet par les Occidentaux de la No Fly Zone qu’il avait demandé au-dessus du nord de la Syrie. Désormais, avec l’arrivée de Moscou, la Turquie se retrouve désormais avec des forces russes sur ses frontières nord et sud.
(6) Les statistiques montrent que seuls 27% sont réellement syriens, les autres mentant pour être accueillis ou utilisant de faux passeports.
(7) Le célèbre journaliste d’investigation américain Seymour Hersh a montré dans son article"The Red Line and the Rat Line" (London Review of Books, avril 2014) que les accusations proférées par Barack Obama ne reposaient sur rien de concret. Il a pu interviewer de nombreux responsables militaires et du renseignement qui lui ont tous confirmé qu’ils disposaient, depuis le printemps 2013, d’informations fiables, selon lesquelles depuis des mois déjà Al-Nosrah disposait de gaz sarin et des moyens de l’utiliser, qu’il avait pu acquérir avec l’aide de la Turquie et de l’Arabie saoudite. Un mémo de la Defense Intelligence Agency précisait même qu’il s’agissait du "most advanced sarin plot since Al-Qaeda’s pre-9/11 effort". Par ailleurs, Hersh affirme que le gouvernement turc et ses services spéciaux travaillaient directement avec Al-Nosrah pour organiser une telle attaque et en faire porter la responsabilité à Damas, afin de provoquer une intervention militaire américaine.
Rappelons également que dans son rapport, Carla Del Ponte, la chef de mission des inspecteurs de l’ONU s’étant rendue sur place, déclare qu’au vu de l’enquête effectuée, toutes les preuves réunies désignaient les rebelles comme responsables de cette attaque.
(8) Eric Denécé, "Intervention en Syrie : la recherche d’un prétexte à tout prix", Editorial n°32, septembre 2013,
www.cf2r.org
(9) Début octobre, dans une interview à la chaine Al-Arabi, le Président de la commission juridique de la Coalition nationale syrienne (CNS), Haytham Maleh, a déclaré "Si je suis amené à choisir entre Assad et Daesh, je choisirais Daesh". La CNS est une émanation des Frères musulmans, créée le 11 novembre 2012 à Doha (Qatar). La France l’a reconnue comme le seul représentant légitime du peuple syrien ! http://www.iveris.eu/list/veille/82-la_coalition_nationale_syrienne_choisirait_daesh

Editorial d' Eric Denécé, octobre 2015 - Centre Français de Recherche sur le Renseignement

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