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DONNADIEU Francois-Xavier

DONNADIEU Francois-Xavier

Né le 9 septembre 1942
Marié – 3 enfants


Conseiller maître honoraire à la Cour des Comptes


Institut d'études politiques (IEP, Paris)
Doctorat de droit
Diplôme de criminologie
Ecole supérieure de guerre
 
Ecole spéciale militaire (ESM) de Saint-Cyr-Coëtquidan (1962-1964)
Ecole d'application d'artillerie de Châlons-sur-Marne (1965)
Ecole des officiers de la gendarmerie nationale (1973)
Commandant la compagnie de gendarmerie de Salon-de-Provence (1979-1981)
Chargé des affaires juridiques
     à la Direction générale de la gendarmerie (1982)
Conseiller référendaire à la Cour des Comptes (1985)
Maître de conférence en droit public à l'IEP de Paris (1985-1991)
Maître de conférence en finances publiques à l'ESM de Saint-Cyr (1989-1996)
Directeur de cabinet
     de M. Jacques Godfrain, Ministre délégué à la Coopération (1996-1997)
Secrétaire général
     du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables (depuis 1998)
Conseiller maître à la Cour des comptes (depuis 1998)
 
Distinctions
Officier de la Légion d'honneur
Commandeur de l'ordre national du Mérite

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Et si Orwell avait vu juste ?

Publié dans A tout un chacun
Et si Orwell avait vu juste ?
Notre société est-elle totalement exempte des ingrédients de la société tyrannique décrite dans 1984 ?

 
Le monde décrit par Orwell dans les années 30 est organisé autour de trois pôles dirigés chacun par des tyrannies collectives qui se font la guerre sans aucune visée expansionniste, soucieux de conforter mutuellement leur pouvoir. Ils se contentent d’organiser des conflits mineurs sur des régions limitrophes pour avoir accès à de la main-d’œuvre par chère ou à des minéraux précieux. Le coût de ces conflits leur permet d’utiliser les plus-values de la mécanisation et des progrès techniques et d’éviter ainsi d’améliorer le sort des prolétaires que l’oligarchie dirigeante veut  maintenir dans un état de survie et de conscience limité. Contrairement au communisme ou au nazisme, ces dictatures ne revendiquent même pas d’objectifs philanthropiques, leur but étant le pouvoir pour le pouvoir et la toute-puissance de l’oligarchie regroupée dans chaque pôle au sein d’un  Parti.
 
Winston le héros du livre est un membre du Parti d’Oceania, un des trois pôles, mais il n’est que dans la catégorie 2 du parti et ne peut passer dans la catégorie 1 qui regroupe les privilégiés dont on est suffisamment sûr, qu’après avoir fait la preuve de sa fidélité aveugle au régime. Or il doute et se refuse à suivre le troupeau des prolétaires et à subir les exigences des oligarques du Parti ; il est donc surveillé de très près du fait de l’omniprésence du "telécran" qui voit et qui parle mais aussi des micros cachés, des délations ou des trahisons ; il est espionné à toute heure du jour jusqu’à ce que ses doutes et sa contestation intérieure soit dévoilée : il est alors "pris en main", torturé, afin de le faire rentrer dans le droit chemin.
Les prolétaires sont naturellement les plus nombreux mais sont délibérément laissés libres de leur mouvement contrairement aux membres du Parti de catégorie 2, sélectionnés par les oligarques de catégorie 1 parmi le prolétariat pour leur capacité de réflexion et leur aptitude à la contestation ou à la révolte. Les prolétaires sont ainsi par définition le reliquat peu dangereux dont on peut négliger la surveillance quotidienne, considérant que leur inconscience et leur passivité sont des garanties suffisantes pour l’oligarchie régnante. 
 
À première vue notre monde d’aujourd’hui ne se résume pas, tant s’en faut,  à trois grands Pôles, aux mains de dictatures conciliantes, le "télécran" n’existe pas, l’oligarchie n’est pas regroupée dans un parti unique, les cadres et les élites montantes ne sont pas surveillées et torturées, l’importance de la classe moyenne et du niveau de vie ne permet pas de parler de prolétariat, l’absurdité des principes développés par nos dirigeants n’est pas aussi évidente que celle à laquelle se heurtait Winston, qui se refusait à admettre que deux et deux font cinq, et de cautionner un Parti  pour qui "l’hérésie des hérésies" était le "sens commun".
Mais en réalité, en y regardant bien, un grand nombre de caractéristiques du monde imaginé par Orwell sont bien présentes de façon insidieuse dans nos sociétés : les grandes puissances ne  ménagent elles pas leur prééminence respective, notamment au sein du conseil de sécurité et du G8, tout en contribuant plus ou moins directement aux conflits multiples qui se déroulent dans leur zone d’influence ? Les gains de productivité de nos sociétés ne sont-ils pas consacrés en grande partie à l’augmentation des budgets de la défense et du commerce des armements ? Le but principal est-il  bien de consacrer les produits de la mécanisation et de la mondialisation à l’amélioration du sort des classes défavorisées ? L’oligarchie transnationale bénéficiaire de l’économie de  marché et de la globalisation n’est-elle pas une réalité ? N’y a-t-il pas une coupure très marquée entre l’oligarchie dirigeante et la majorité de la population considérée, sinon comme des prolétaires, du moins comme une partie négligeable destinée à consommer des biens, des services, des allocations et des distractions diverses et variées ? Nos règles ne sont-elles pas souvent également absurdes pour l’individu et ne mettons-nous pas en place des moyens  de surveillance et de coercition qui limitent nos libertés ? Ne peut-on considérer qu’il y a une multiplication d’instruments de flicage des individus, au nom de la circulation routière, de l’équilibre de la sécurité sociale, de la survie des assurances, de l’exhaustivité des rentrées fiscales, de la sécurité des réseaux financiers, et plus généralement de la maîtrise du monde virtuel et de la quantité incalculable des données qui circulent à travers Internet et les échanges inter planétaires (soigneusement enregistrés dans Big Data par des enquêteurs de tout poil), sans compter les caméras de surveillance, les écoutes téléphoniques et la délation encouragée ?
 
Mais reprenons les termes mêmes d’Orwell, sinon dans la lettre mais dans l’esprit, afin de détecter des similitudes et des différences avec ce qui se passe dans le  monde d’aujourd’hui.
"Depuis l’origine le monde a été divisé en trois classes, la supérieure la moyenne et l’inférieure. Le groupe supérieur a pour but de rester en place alors que le groupe moyen désire prendre sa place avec l’aide du groupe inférieur lequel voudrait abolir toute distinction et obtenir l’égalité. Au début du XXe siècle l’égalité humaine était devenue techniquement possible car il n’y avait plus aucun besoin réel de distinction de classe ou de différences importantes de richesse… mais les élites au pouvoir en ont décidé autrement en optant pour la guerre et en utilisant ainsi les plus-values issues de la mécanisation à d’autres fins."
Peut-on dire que la situation a changé sur ce point ? L’organisation du pouvoir et les moyens de coercition sont-ils très différents aujourd’hui (A) ? La structuration de la société et l’absurdité des règles en vigueur ne sont-elles pas assez semblables (B) ?
 
(A)
"Le pouvoir est collectif, l’individu n’a de pouvoir qu’autant qu’il cesse d’être un individu : l’esclavage c’est la liberté. Le pouvoir est le pouvoir sur les esprits ; la réalité est à l’intérieur du crâne, rien n’existe que la conscience humaine. Le pouvoir est d’infliger des souffrances et des humiliations, de déchirer l’esprit humain en morceaux que l’on rassemble sous de nouvelles formes préalablement choisies. L’esprit doit entourer d’un mur sans issue toute pensée dangereuse…  Celui qui contrôle le passé a le contrôle du futur, le contrôle de la réalité. L’orthodoxie c’est l’inconscience, c’est l’absence de pensée… Il faut restreindre les limites de la pensée en réduisant le nombre de mots et en restreignant le champ de la conscience…  L’hérésie des hérésies était le sens commun ; le parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire… "
 
Notre société veille aussi à exercer son pouvoir sur les esprits par l’école, la télévision, l’idéologie capitaliste et consumériste, la moralisation, l’exacerbation desémotions, la sensiblerie excessive,  l’exploitation de l’empathie et la projection des égos au détriment de la raison et de la mesure. Elle encourage aussi l’absence de pensée par le développement de la consommation de biens et de services, facilitant les voyages, la communication virtuelle et les jeux de toutes sortes ; avec l’omniprésence de la publicité elle maintient la conscience à un niveau faible : le spot paraît, l’esprit se ferme ! Elle contrôle la pensée par la mode, le politiquement correct, les lois mémorielles et autres dispositions de principe qui flattent les individus en les anesthésiant. Les normes, les règles et les décisions absurdes justifiées par des motifs les plus divers et notamment par la nécessité de financer la machine économique et apaiser les conflits sociaux pour maintenir le système en place, confinent bien souvent à l’absurde. (1)
 
Dans chaque société occidentale, les pouvoirs en places’appliquent à utiliser les produits de la croissance, de l’endettement ou de la cession de leurs patrimoines hérités du passé, pour calmer le peuple par des aides diverses et accroître exagérément sa sécurité. Deux alibis essentiels pour asseoir leur autorité et pour majorer les budgets des forces de l’ordre et encourager la vente d’armements au niveau de au détriment du niveau de vie des plus défavorisés. Il est important de susciter la peur qui occulte la conscience par médias interposés et par la dramatisation des événements par le pouvoir…(2)
 
Au niveau international, tout un chacun peut constater la rivalité complice des Etats tendant à conforter leur pouvoir respectif par des règles internationales protectrices comme l’intangibilité des frontières et la souveraineté des états, sans pour autant renoncer à leurs intérêts respectifs par la diplomatie ou les conflits localisés destinés à accroître leur influence et à développer leur marché sur les zones périphériques.
Parallèlement on peut constater la  mise en place de moyens de surveillance et de coercition redoutables au nom d’une surveillance justifiée par la paix sociale, le bon fonctionnement des institutions oligarchiques, la délinquance, les incivilités, le chômage ou le terrorisme : l’accumulation des données dématérialisées (Big data, fichiers de police, constats d’assurance, dossiers médicaux, casier judiciaire, radars, caméras, écoutes téléphoniques  etc.) sans compter les sanctions redoutables pour certains prisonniers ou internés mentaux délinquants emprisonnés, et l’ostracisme médiatique pour les intellectuels rebelles mis au ban de la société et condamnés au silence… Les institutions sont ce que les hommes les font et qui maîtrise les hommes en place maîtrise les institutions ; l’appartenance des policiers, magistrats et  organes de contrôle au pouvoir oligarchique, les rendent de fait solidaires du système en place, condamnés pour la plupart à l’autocensure pour éviter l’ostracisme et la placardisation.
 
(B)
"Pour le Parti les prolétaires étaient des êtres inférieurs qui devaient être tenus en état de dépendance et dont le seul horizon devait être le travail, les soucis de la maison et des enfants, les querelles mesquines entre voisins, les distractions diverses, télévision, film, football, bière et jeux… il n’y avait rien à craindre d’eux, et en conséquence, comme les animaux, les prolétaires étaient libres contrairement aux membres du parti qui étaient étroitement surveillés. L’idéal fixé par le parti était une nation de fanatiques marchant avec un ensemble parfait, pensant les mêmes pensées, clamant les mêmes slogans et travaillant perpétuellement, triomphant et persécutant… la loterie et les prix qu’elle était censée distribuer étaient le seul événement auquel les prolétaires portaient une sérieuse attention… ils ne se révolteront que lorsqu’ils seront devenus conscients et ils ne pourront devenir conscients qu’après s’être révoltés."
"La nouvelle aristocratie était constituée pour la plus grande part de bureaucrates, de savants, de technocrates, d’organisateurs de syndicats, d’experts en publicité, de sociologues, de professeurs, de journalistes et de politiciens professionnels. Ces oligarques sortaient de la classe moyenne salariée ou des rangs supérieurs de la classe ouvrière mais avaient tous étés formés par le monde du monopole industriel oligarchique et du gouvernement centralisé ; plus avides de puissance pure que les aristocraties précédentes ils étaient résolus à conserver leurs privilèges. Les nouvelles techniques leur donnaient la possibilité d’imposer un sage pas mécontent de cette uniformité d’opinion. La seule base sûre de l’oligarchie reste l’action collective car la richesse et les privilèges sont plus facilement défendus quand on les possède ensemble. Les seuls  dangers réels pour ces gouvernants seraient l’apparition d’un groupe de gens capables et conscients, occupant des postes inférieures mais avides de pouvoir ou  le développement du scepticisme dans leurs propres rangs. Outre l’impérieuse nécessité de solidarité oligarchique le problème de l’éducation du peuple et du contrôle de la pensée est donc un enjeu majeur. La perpétuation de cette oligarchie n’a pas besoin d’être physique et la transmission par cooptation, par appartenance à des réseaux est plus efficace encore que la transmission héréditaire traditionnelle. L’essentiel de la règle oligarchique n’est pas l’héritage de père en fils mais la persistance d’une certaine vue du monde et d’un certain mode de vie imposé par les morts aux vivants. Il n’est pas important de savoir qui détient le pouvoir pourvu que la structure hiérarchique demeure toujours la même. Pour diriger et continuer à diriger il faut être capable de modifier le sens de la réalité. D’où l’importance de la double pensée qui est le pouvoir de garder à l’esprit simultanément deux croyances contradictoire et de les accepter toutes deux.… Les deux buts du parti sont de conquérir le monde et d’éteindre une fois pour toutes les possibilités d’une pensée indépendante. Dans chacune des trois puissances il y a la même structure pyramidale, la même oligarchie, le même système économique… la permanence de la guerre auto entretenue, permettant d’éviter l’accroissement général de la richesse susceptible d’amener la destruction d’une société hiérarchisée et confortable pour ses élites, d’autant que la possession de tout le pouvoir par une petite caste dans un tel contexte semble être la condition naturelle et inévitable de survie pour le peuple attaché prioritairement à sa sécurité."
 
Dans nos sociétés, entre une oligarchie bénéficiaire du progrès, les classes moyennes et les classes défavorisées la coupure est bien réelle aussi, au-delà des apparences démocratiques et égalitaires. Les oligarques du Parti virtuel, unis par des liens personnels, des associations et réseaux multiples, sont à l’évidence tous les décideurs et en premier lieu les capitalistes qui détiennent le pouvoir économique et le pouvoir médiatique, les élus qui assurent la gestion politique de la société sous leur contrôle, les technocrates qui les conseillent et mettent en musique les mesures avec les cadres supérieurs, rédacteurs en chef ou patrons de syndicats. Il est possible aussi d’assimiler l’oligarchie seconde, la catégorie 2 du Parti dans la société d’Orwell, celle qui doit faire ses preuves, avec le reste des cadres, les enseignants, les agents publics, les bureaucrates, les journalistes et les syndicalistes qui ne sont pas dans le premier cercle mais profitent des progrès économiques et d’une situation confortable et qui de fait sont solidaires des institutions et de ceux qui les utilisent. Ils doivent donc bien être politiquement corrects notamment pour pouvoir envisager de passer dans la catégorie des décideurs du Parti. Comme dans la société d’Orwell la transmission du pouvoir se fait par cooptation, appartenance à des réseaux, et l’héritage est essentiellement la persistance d’une certaine vue du monde et d’un certain mode de vie propice au développement de leur oligarchie. Comme le dit Orwell la seule base sûre de l’oligarchie reste l’action collective car les privilèges et la richesse sont plus facilement défendus par un groupe que par un individu; les seuls dangers pour elle étant la constitution d’un groupe d’insoumis au sens critique en éveil, susceptibles de prendre le pouvoir,   ou encore le développement du  scepticisme et de la division dans leurs propres rangs. Il n’est donc pas très important de ce fait de savoir qui détient le pouvoir pourvu que la structure hiérarchique demeure toujours la même, et sa cohérence totale.
 
Au nom de la nécessaire efficacité, le système représentatif  et les règles qui régissent la procédure électorale et l’exercice du pouvoir sont conçus pour optimiser le pouvoir de l’oligarchie en place en empêchant les nouveaux partis d’émerger et être ainsi en mesure de continuer à gouverner sans majorité réelle dans le pays. Au nom du politiquement correct, de l’idéalisation de certains principes fictifs et de la surévaluation des valeurs liées à l’homme et à la vie, l’esprit critique et la lucidité sont combattus et sanctionnés par l’ostracisme médiatique en même temps que des avantages occultes se distribuent entre les membres de cette oligarchie.
 
Quant au peuple, classe moyenne ou catégorie défavorisée, il subit sans le savoir l’emprise de l’oligarchie comme dans la société d’Orwell : leur seul horizon est le travail, les soucis, les ennuis, la peur du lendemain, et les distractions diverses ; le pain et les jeux restant toujours le plus sûr garant de leur maintien dans le minimum de conscience, les tablettes, les i Phones et Internet jouant désormais un rôle majeur. Par les médias, les réseaux, le libéralisme débridé, l’oligarchie dominante leur impose une uniformité d’opinion, consumériste, cosmopolite et "droitsdel’homiste", contrôlant habilement leur éducation et leurs opinions en veillant à la persistance d’une certaine vue du monde et d’un certain mode de vie. Le pouvoir sous toutes ses formes s’évertue à leur cacher  la réalité des choses et d’éteindre toutes possibilités d’une pensée indépendante en évitant l’accroissement de richesses susceptible d’amener la destruction d’une société hiérarchisée et confortable pour ses élites!
 
Cette réflexion est sans doute quelque peu exagérée mais non dénuée de réalité. Le balancier de l’histoire entre liberté excessive et autorité excessive est toujours en ordre de marche. Comment allons-nous pouvoir relever le défi du dérèglement climatique et de la biodiversité sans autorité véritable et sans discipline effective au service du bien commun ? La tyrannie s’est avérée déjà dans l’histoire comme le moyen privilégié par le peuple pour réduire l’influence de l’oligarchie !
 
(1) Ainsi en est-il par exemple de l'interdiction de l'activité d'auto entrepreneur et de l'imposition d’une cotisation arbitraire en l'absence de tout revenu et de toutes prestations futures en contrepartie, pour un citoyen qui a effectué un placement financier régulier, du seul fait du type de société choisie par  le professionnel vendeur de ce service (jugement du tribunal des affaires de sécurité sociale de Paris en date du 9 janvier 2014 et du 22 juin 2017 dans lequel le tribunal lui-même reconnaît qu'il n'est pas juge de l'absurdité de la loi et qu'il n'est pas habilité à vérifier la constitutionnalité des textes qu'il applique) ; ainsi en est-il aussi de l'impossibilité de faire entretenir un chemin rural du fait du découpage intercommunal et du refus constant des deux maires concernés se renvoyant la responsabilité, encouragés par l'abstention du préfet et du conseil général. Citons aussi un permis de construire jugé illégal par la cour d'appel de Versailles après finalisation de la construction autorisée par le maire et confirmée par le tribunal administratif, en raison de la seule position du garage, d'ailleurs contigu à la construction et  non effectivement construit !
(2) Actuellement le terrorisme est largement exploité pour susciter la peur et empêcher le peuple de se poser les bonnes questions (disproportion entre le nombre de reportages médiatiques et des déclarations politiques avec le risque réel ; en deux ans 325 morts en Europe sur plus de 300 millions d'habitants). L'exacerbation des émotions est un outil remarquable pour occulter la raison et l'esprit de mesure.

Envoyé par l'auteur, 4 septembre 2017

L'élection et le peuple

Publié dans A tout un chacun
L'élection et le peuple
 
Des idéaux républicains portés par un "Peuple souverain", aux réalités prosaïques de l’égoïsme naturel des acteurs du jeu électoral : les électeurs, les commentateurs et les politiques.
 
Chaque citoyen, chaque Français majeur, a le droit de faire connaître son choix périodiquement pour désigner les hommes et les femmes en charge de nos destinées collectives. Nous le faisons en principe en notre âme et conscience, en fonction de nos idées, mais aussi le plus souvent de nos désirs et de nos peurs.
L’agrégation de tous les choix individuels expressément formalisés, favorisée par la médiation des partis politiques et des règles électorales précises et contraignantes fixant le type de scrutin, le nombre de tours, le seuil d’élimination, les modalités de report… permet de définir ce qui sera le choix de la majorité, aussi faible soit-elle par rapport au nombre des inscrits, et qui devient de ce fait, un peu rapidement et abusivement, le choix du Peuple.
 
La notion de peuple : réalité ou fiction ?
Si l’on excepte l’acception péjorative de ce mot, lorsqu’il est employé pour désigner les citoyens de condition modeste par rapport aux classes privilégiées, le Peuple est une communauté vivant sur un même territoire, unie par des caractéristiques communes comme la culture, les mœurs, la langue, la législation et les institutions ; et, à ce titre, le peuple est une réalité, en ce qu’il est soumis aux titulaires du pouvoir issus de l’élection. Mais il peut se définir aussi comme l’ensemble des personnes constituant une Nation et se référer au principe de citoyenneté : c’est dans ce sens que l’on parle du "peuple souverain", fiction tendant à transcender l’individuel en collectif.
Le mot Peuple n’est jamais aussi galvaudé que dans les périodes électorales ; nous serions alors tentés de le considérer plutôt comme une baudruche que l’on agite à bon ou mauvais escient, marionnette confiée aux mains agiles des marionnettistes que sont souvent les politiques qui s’en recommandent et nous manipulent avec la complicité des experts et des journalistes. Car l’opinion de ce Peuple n’est que celle de la majorité relative des électeurs, majorité faible si on considère l’importance grandissante des abstentionnistes s’ajoutant aux électeurs minoritaires.
 
Le spectacle des soirées électorales n’est-il pas quelque peu dérisoire ?
On ne sait s’il faut considérer comme sérieuses ou ridicules ces dérisoires soirées électorales où dissertent savamment les représentants des partis politiques, les journalistes et les experts, faisant des analyses subtiles, des projections naïves ou machiavéliques, en distribuant savamment les bons et mauvais points, les encouragements ou les excommunications.
Observons ces commentateurs qui se délectent, supputent la future abstention, évaluent les reports de voix entre les deux tours, projettent leurs propres idées partisanes, parient sur les écuries et les jockeys, se font à l’occasion gravement Cassandre : "le jeu de recomposition est en gestation, l’après 2e tour va être très violent, la tectonique des plaques est en marche… ". On s’interroge sur l’avenir, sur les reports de voix, sur les solutions dont disposent les perdants : le maintien, le retrait, la fusion ?
Toute autre solution que le maintien n’est-elle pas une trahison de la logique électorale, une désertion du champ politique ? Sous couvert d’un sacrifice héroïque à la morale publique, c’est au moins un calcul politique et à l’évidence un manque de cohérence et de foi dans ses idées. Le retrait de liste fait en tout cas peu de cas des électeurs que l’on considère comme les obligés du parti en disposant un peu imprudemment par avance de leur vote en les incitant à voter pour l’adversaire de la veille. Quant à la fusion de liste elle est sans conteste la pire des solutions car elle affiche ouvertement la proximité des idées et des intérêts entre deux listes concurrentes et donne l’impression de la course aux places à tout prix.
Ce qui frappe dès l’abord dans ces grand-messes, pour celui qui peut prendre un peu de recul, c’est la référence au Peuple et à la sagesse de son verdict, dont les uns et les autres expliquent avec perspicacité le sens et justifient la portée, admirant la sagacité avec laquelle cette entité symbolique s’est déterminée, incluant tacitement dans cette entité prestigieuse, cet ensemble vide, les abstentionnistes, les perdants et a fortiori les minorités écartées par le jeu de règles électorales restrictives.
Ce qui interpelle aussi, c’est le contraste entre les jugements critiques ou louangeurs portés sur les partis politiques et les résultats de leur candidat, et par ailleurs le silence respectueux à l’égard des électeurs et de leur vote. Lors de ce premier tour de scrutin des élections régionales, ce phénomène en est devenu caricatural : le Front National, ce parti extrémiste, dangereux pour la République, ce pelé, ce galeux, d’où vient tout le mal, doit être considéré comme le mal extrême et justifie le retrait des listes du parti "dit républicain" le moins bien placé pour pouvoir évincer le concurrent gênant ! Par contre, aucun reproche n’est formulé, par aucun parti, aux très nombreux électeurs qui ont choisi de voter pour lui : on les comprend, on les plaint, on se dit qu’ils vont sans doute devenir raisonnables au 2e tour !
 
Est-il sérieusement compatible de considérer comme irréprochable l’électeur et de juger son choix diabolique ?
N’y a-t-il pas une contradiction fondamentale entre ces vociférations, ces stigmatisations à l’égard d’un parti qui n’a pas jusqu’à la preuve du contraire été interdit légalement comme étant un ennemi dangereux de la République, la dramatisation des résultats obtenus par celui-ci, et l’obligation de reconnaître le pouvoir suprême aux électeurs, seuls habilités dans notre démocratie à définir la volonté générale ? Est-ce que les partis traditionnels en place depuis le début de la Ve République, qui se sont partagés sans discontinuer les responsabilités du pouvoir avec les résultats que l’on sait, ne plaident-ils pas au fond pour leur propre intérêt, ou pour le moins pour l’excellence de leurs programmes et de leurs candidats, n’admettant pas que d’autres puissent venir leur faire concurrence?
Tout cela laisse perplexe sur la bonne foi de nos responsables politiques qui confondent trop souvent leurs idées, leurs intérêts et leurs carrières politiques avec l’intérêt général et le bien commun. L’élection démocratique si imparfaite soit-elle a été choisie comme mode de désignation des gouvernants, étant préférée à la monarchie héréditaire ou au tirage au sort. Ce n’est pas le peuple qui s’exprime mais les électeurs, individuellement, avec leurs idées, leurs émotions, leur parti pris ; c’est à eux, aux plus nombreux, que revient le pouvoir de désigner nos dirigeants : seuls les mauvais joueurs dénoncent les gagnants et veulent les écarter du jeu lorsque la distribution des cartes ne leur convient pas !

... sur la Fonction Publique ?

Publié dans En France
Mais pourquoi donc ce silence assourdissant sur la Fonction Publique ?
 
Le ministre Macron vient incidemment d’observer que le statut de la fonction publique tel qu’il existe à ce jour ne semble plus défendable en l’état. Que cette évidence mette en émoi les représentants des partis de gauche traditionnellement élus grâce à cet appoint électoral majeur n’a absolument rien d’étonnant ! Mais bizarrement aucun des hommes politiques de droite n’a repris un tant soit peu à son compte ce constat élémentaire qui aurait pourtant dû être déjà largement évoqué dans les projets de réforme que les nombreux candidats à la primaire s’évertuent à nous proposer pour nous convaincre qu’ils ont enfin trouvé la solution à nos problèmes, après avoir passé en vain des années dans les gouvernements et dans les assemblées !
 
La situation préoccupante de notre pays justifierait pourtant une recherche exhaustive des dépenses inutiles et des rentes de situation anormales. Nous progressons lentement et le frein que constitue le code du travail lui-même pour l’embauche commence enfin à être considéré avec sérieux. On fait observer et on regrette les différences excessives entre les garanties accordées aux salariés par le contrat durée indéterminé eu égard à celles, limitées, que leur confère le contrat à durée déterminée. La situation des salariés et retraités du secteur privé, celle des professions libérales et des professions réglementées, voire le statut et la place de l’élu font ou ont fait l’objet d’un examen attentif.
Mais il n’est toujours pas question du statut de la fonction publique et des avantages des agents publics surtout depuis l’échec partiel de la réforme des régimes spéciaux, elle-même reprise tardivement et timidement après la grève historique de l’automne 1995.
Est-ce normal ? Est-ce sérieux ?
Comme cela a été le cas pour la dette de l’État pendant des années, le régime de la fonction publique n’a jamais été évoqué sérieusement dans le débat public que ce soit au regard de la justice ou de l’efficacité. Le périmètre de la fonction publique ne pourrait-t-il pas être quelque peu réduit ? À l’époque des 35 heures et du droit de grève quelle est la teneur exacte des sujétions statutaires qui distinguent encore le fonctionnaire du salarié privé ? Le statut d’agent public doit-il être obligatoirement attribué à vie ? La possibilité d’alterner un emploi public et un emploi privé ne doit-elle pas être véritablement organisée pour décloisonner les régimes et permettre à la fois plus de justice et une meilleure connaissance mutuelle ?
La qualité et le mérite de nos fonctionnaires ne seraient en aucun cas mis en cause par ce débat public, pas plus que le principe d’une spécificité de la Fonction Publique, même si bon nombre de pays européens ont fait un autre choix. Et il n’est pas possible de continuer à gesticuler en annonçant des réformes pour assouplir le marché du travail, pour permettre plus facilement les licenciements et pour responsabiliser un peu plus les travailleurs au chômage, tout en ignorant la situation de millions d’agents publics bénéficiant de la sécurité de l’emploi à vie tout en jouissant de conditions de départ à la retraite plus favorables que celles des salariés du secteur privé exposés à tout moment au chômage.

Outre les expériences de réforme malheureuses évoquées ci-dessus, la porosité de la frontière entre fonction publique et mandat public est sans doute une des raisons qui incitent les élus à ménager un régime dont ils sont nombreux à tirer profit. Mais il est vrai que le poids électoral des agents publics et de leur famille, structurés et défendus par le pouvoir syndical qui y puise sa légitimité, et soutenus par tous ceux qui espèrent entrer un jour dans cette catégorie privilégiée ou y voir entrer leurs enfants,  exerce à lui seul un effet dissuasif si fort que l’on est en droit d’y voir un Etat dans l’Etat. Le silence et l’inaction n’ont jamais résolu les problèmes !

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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