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DUGOIS Marc

DUGOIS Marc

Né en juin 1944





Avocat


Diplômé d'HEC 
Avocat spécialisé dans le redressement d'entreprises en difficultés 
Conseiller au cabinet de Jean Louis Borloo
S'est retiré du barreau le 31 décembre 2004 pour être consultant.

 

 

Ouvrages
Voter utile est inutile, Petit manuel de sagesse pour un monde en crise (2006)
L'inéluctable révolution (2012)


Sites
http://www.ecosophie.com/
http://www.surlasociete.com/

URL du site internet:

Le retour des assignats

Publié dans A tout un chacun
Le retour des assignats
 
Eternel débat sur la monnaie pour savoir si elle est une marchandise, un signe, une institution ou un symbole. Elle n’a été définie pendant des siècles en Occident que par les trois utilisations qu’Aristote lui voyait : instrument de mesure, intermédiaire d’échanges et stockage de valeur.
Mais pour mesurer, échanger ou stocker quoi ? La richesse ne se mesure pas puisqu’elle dépend du regard de chacun. Un échange ne nécessite-t-il pas deux entités à définir clairement ? Et pour stocker une valeur, ne faut-il pas que la valeur existe avant d’être stockée ?
Tant que la monnaie était en elle-même une valeur comme l’or ou l’argent, elle pouvait sans problèmes remplir les trois fonctions qu’Aristote lui trouvait. Quand on abandonnait son or, c’était toute l’histoire de cet or qui valorisait ce que l’on obtenait en échange. Et si on le stockait, il ressortait toujours inoxydé à première demande.
L’approche de la monnaie se complique quand elle devient fiduciaire (monnaie fondée sur la foi en l’émetteur). Elle est toujours au départ de la fiducie fondée sur l’équivalence avec un actif reconnu. Le système de Law en 1716 était fondé sur la richesse de la Louisiane alors française et recouvrant à l’époque plus de la moitié des actuels États-Unis. Les assignats en 1789 étaient fondés sur les biens confisqués d’abord au clergé puis à la noblesse émigrée. Les billets de banque étaient valorisés par leur équivalence en or. Cela a été pour la dernière fois affirmé en juillet 1944 dans les accords de Bretton Woods où les monnaies ont toutes été évaluées en dollar, lui-même échangeable contre de l’or.
 
Mais la nature humaine sait admirablement utiliser l’évidence que le papier est plus facile à imprimer que le travail à faire, l’or à être extrait, la Louisiane à rapporter ou les biens des puissants à être une source inépuisable. Le phénomène est toujours le même. On commence par en imprimer en toute bonne foi un tout petit peu plus que la richesse déjà reconnue en fondant la monnaie sur le rêve si agréable de la richesse qui sera créée grâce à la monnaie créée. Et une fois les bornes franchies, il n’y a plus de limite. On fabrique à la chaîne de la monnaie qui n’a plus comme valeur que celle que l’on accorde à leur imprimeur, et cette confiance ne dure évidemment jamais. Dans tous les cas arrive un moment ou le papier-monnaie cesse d’être monnaie pour redevenir simple papier, ce que Mirabeau avait pressenti en disant "qu’il faut bannir de la langue cet infâme mot de papier-monnaie". Si ceux qui les impriment trahissent la confiance de leur peuple, le désastre n’est jamais loin. Pour le système de Law il a fallu 4 ans pour que Law fuie à Venise en 1720 après que le Régent ait payé les dettes de Louis XIV en monnaie de singe. Pour les assignats il a fallu 8 ans pour qu’ils ne vaillent plus rien en 1797 après que la bourgeoisie ait récupéré à bas prix les biens de la noblesse et du clergé et mis en place le Directoire ouvrant la porte au Consulat et à l’Empire.
 
Depuis près de 50 ans, depuis que Nixon a arrêté le 15 août 1971 la convertibilité du dollar en or, les monnaies ne valent objectivement plus rien et attendent la reconnaissance de leur non-valeur qui peut arriver à tout instant.
Ce qu’il faut observer avec intérêt ce sont les multiples méthodes d’enfumage utilisées par ceux qui s’enrichissent sur le peuple pour faire tenir le système de fausse monnaie. Ils le font artificiellement et pour qu’il dure le plus longtemps possible tellement il leur est agréable.
Il faut déjà remarquer que la pénalisation de la fausse monnaie s’allège régulièrement avec le temps. Si dès le début de la monnaie-papier la sanction est inscrite sur tous les billets, elle est la mort au début du XIXe siècle, puis les travaux forcés à perpétuité, puis la réclusion criminelle à perpétuité. Sur le billet de 20 francs de 1997 type Debussy il est encore écrit en toutes lettres : "La contrefaçon ou la falsification des billets de banque et la mise en circulation des billets contrefaits et falsifiés sont punis par les articles 442-1 et 442-2 du code pénal de peines pouvant aller jusqu’à trente ans de réclusion criminelle et trois millions de francs d’amende".
Techniquement l’arrivée de la monnaie dématérialisée permet d’un seul clic à n’importe quelle banque de créer toute la monnaie désirée. Plus personne n’est responsable de la quantité de monnaie en circulation que l’on affuble des appellations absconses de masses monétaires M0 M1 M2 M3 M4… que les universitaires auscultent dans l’indifférence générale.

Mais c’est surtout intellectuellement que le travail est fait pour que personne ne comprenne plus rien à la monnaie qui est et qui restera une reconnaissance de dette d’un peuple sur lui-même.
On a changé le sens de l’inflation qui était il y a 50 ans l’augmentation de la masse monétaire et qui est devenue la conséquence de son augmentation incontrôlée à savoir la hausse des prix.
On a eu l’idée géniale d’inventer le PIB, somme de toutes les dépenses publiques et privées, en l’appelant Produit pour faire croire qu’il suffisait de dépenser pour s’enrichir. Cela permet de croire s’enrichir en s’endettant. On a appelé cette stupidité, investir (mettre un vêtement) ou financer (mener à bonne fin) et cela ne fait rire personne.
On a inventé le gagnant-gagnant en transformant le double contentement d’un moment en un double enrichissement durable. On a fait de la richesse un fait objectif alors qu’elle n’est qu’un regard.
On a transformé l’emprunt qui de toute éternité avait toujours été un emprunt sur gage réservé aux riches. On en a fait un emprunt sur richesse future pour justifier la création de fausse monnaie, faire monter tous les prix et fabriquer à la pelle des faux milliardaires que l’on peut envier ou détester et qui dépensent tous de la fausse monnaie que les banques leur prêtent. Faux milliardaires car leurs fortunes ne consistent qu’en immobilier, en actions et en œuvres d’art qui ne valent cher que parce qu’ils se les rachètent entre eux à des prix faux et hallucinants payés avec des emprunts. Les riches sont ceux qui peuvent s’endetter en faisant croire qu’ils créent des richesses. Le vrai prix de l’immobilier est celui qui serait obtenu si tout devait être payé cash dans un monde sans fausse monnaie. Si l’immobilier devait être payé comptant en or, de combien de dizaines de fois moins cher serait-il et ne serait-ce pas son vrai prix ?
Bien sûr, les banques créant en continu de la monnaie pour survivre, les dettes explosent. La dette publique française est d’environ 100 % du PIB et la dette privée française de l’ordre de 130 % du même PIB que l’on prétend être notre fabrication annuelle de richesses alors qu’il n’est que notre dépense annuelle, ce que les médias ne veulent pas entendre. Ne parlons pas des dettes de la Chine, des États-Unis, de l’Angleterre ou de l’Allemagne !
Mais le pire est la justification intellectuelle de la création d’argent pour créer de la richesse, justification martelée dans les grandes écoles et à l’université par des professeurs malheureusement souvent de bonne foi.

Certains professent en effet qu’il est intelligent de créer de la monnaie pour financer la fabrication, la construction ou l’achat de quelque chose qui sera reconnu comme une richesse. C’est en effet techniquement possible puisque toutes les banques le font en expliquant que la monnaie artificiellement créée sera détruite lorsque l’emprunteur la remboursera. Mais c’est économiquement dramatique car si la monnaie créée disparait effectivement des comptes de la banque quand elle est remboursée, elle ne disparait pas pour autant car personne ne la détruit. Cette fausse monnaie va circuler ou être épargnée et se confondre avec la bonne monnaie et donc la dévaloriser. La bonne monnaie est créée postérieurement à la création de richesses alors que la fausse monnaie est créée pour créer une richesse sans être jamais détruite.
Si l’on emprunte pour construire un viaduc que tout le monde appréciera ou une voiture dont quelqu’un a besoin, la banque oubliera tout dès qu’elle sera remboursée mais la collectivité en macroéconomie se retrouvera en possession d’un cumul. Elle aura  le viaduc ou la voiture mais elle aura aussi l’argent qui a servi à les obtenir et qui a été disséminé sans être détruit. Comme il a fallu rembourser la banque, l’argent nécessaire n’a pu être trouvé que par un appauvrissement des citoyens pris individuellement ou collectivement. Depuis 50 ans, depuis que les monnaies ne sont plus que des assignats, nous ne remboursons les banques qu’en nous appauvrissant. Ne pas vouloir le comprendre c’est ne pas vouloir comprendre pourquoi un seul salaire suffisait il y a 50 ans dans toutes les classes sociales pour qu’une famille vive correctement avec au moins trois enfants alors qu’aujourd’hui dans toutes les classes sociales le niveau de vie diminue et l’on a même peur de faire des enfants, même avec deux salaires.
 
Quel parti politique aura le courage de prendre vraiment le parti du peuple en le remettant au travail de vraie production ou dans des emplois de vrais services à cette production pour qu’il soit à nouveau payé correctement sur ce qu’il est capable de faire sans être déformé ou formaté à Dieu sait quoi ? Mais l’immense cohorte des emplois actuels ne sert qu’à donner des soins palliatifs au système tout en prétendant l’améliorer. Cette cohorte est malheureusement majoritaire et elle nous donne la classe politique assez déboussolée que nous avons et qui ridiculise la démocratie.
 
Les élections européennes vont permette d’exprimer la défense du système avec l’Union européenne ou le réveil des peuples dans toutes leurs sensibilités. D’un côté des Européistes sans enfants nous parleront puissance économique, compétition, innovation, investissement, financement et populisme de ceux qui ne les admirent pas. De l’autre une multitude d’approches complémentaires cherchent à comprendre mais savent toutes que la vraie puissance est la cohérence d’une nation et que la nôtre a malheureusement aujourd’hui par notre faute des dirigeants qui ne la comprenne plus.

Envoyé par l'auteur, 26 mars 2019

Le grand écart

Publié dans A tout un chacun
Le grand écart
 
Croire à la création de richesse, c’est se croire un pays riche, se demander où passent les richesses et vouloir sa part. C’est une illusion très agréable qui fait perdre le contact avec la société en divinisant sa propre illusion.
Une société est une organisation utilisant l’énergie de ses membres pour leur survie et leur prospérité. Quand sa taille est importante, elle a besoin d’un véhicule externe de cette énergie : c’est la monnaie.

Dans une société cohérente, c’est l’État qui crée la monnaie en reconnaissance de ce que le peuple a déjà apporté d’utile au groupe social. C’est, en des millions de morceaux, la photo chiffrée de ce qu’un peuple voit comme sa richesse nationale. La monnaie devient indispensable quand le groupe est devenu trop important pour que cette richesse soit simplement dans toutes les têtes.
Au moment de l’introduction de la monnaie chacun est réputé avoir apporté le même travail, la même énergie, la même richesse dans le donner-recevoir-rendre constitutif de la cohérence du groupe. Chacun se retrouve donc au départ avec la même quantité de monnaie qui peut être abondante et cela donne la lire italienne, ou plus ramassée et cela donne le franc suisse valant 1700 fois plus. Cette monnaie est la preuve transportable et cessible que le groupe a une dette vis-à-vis du porteur de cette monnaie. Son chiffrage donne la valeur énergétique de ce qu’il détient. Le porteur peut faire exécuter cette dette en tout lieu et à tout instant par n’importe quel membre du groupe qui souhaite avoir cette même preuve en sa possession.

Mais l’introduction de la monnaie ne modifie pas le principe connu de toute éternité que l’énergie a une source, qu’elle se consomme, se transforme ou se disperse. Elle le fait d’abord objectivement pour la survie, ensuite subjectivement pour la prospérité. Subjectivement parce que prospère veut dire heureux et que l’impression de richesse n’en est qu’un des éléments. Dans tout groupe c’est l’énergie humaine qui permet la survie et qui produit ce que le groupe voit comme une richesse. Avoir accolé l’énergie monétaire à l’énergie humaine ne déroge en rien à ce principe. L’énergie humaine et la monnaie ne sont que deux formes du même sang du groupe. Cela est aujourd’hui soigneusement occulté.
La monnaie existante circule à chaque achat ou à chaque don mais contrairement au donner-recevoir-rendre, elle va pouvoir être stockée sous les noms de profit et d’épargne et être retirée de la circulation. Ce retrait n’est normalement possible que si quelqu’un s’appauvrit ou si l’État crée une nouvelle quantité équivalente de monnaie.

Mais dans une société cohérente la création de nouvelle monnaie ne se fait que lorsque l’État reconnaît que le groupe qu’il représente a une nouvelle dette vis-à-vis d’une personne physique ou morale. Il faut que le groupe se sente enrichi par cette personne. L’État chiffre et officialise alors cette reconnaissance en créant de la monnaie, créance sur n’importe quel membre du groupe. L’État, quelle que soit son organisation, doit veiller à ne créer de la monnaie qu’à bon escient. Il faut que les personnes à qui il donne cet argent aient véritablement et préalablement enrichi le groupe par leur action. Si ce n’est pas le cas, la création de monnaie ne fait que dévaluer la totalité de la monnaie et appauvrir tous ses détenteurs pour permettre l’enrichissement de ceux qui font du profit.
Ce jeu subtil de la circulation de la monnaie se contrôle par les prix qui flambent par la dévaluation quand l’État crée trop d’argent et qui ne permettent plus de vivre s’il n’en crée pas assez en laissant l’énergie humaine inemployée par le chômage ou mal employée par une production non régulée. Dans les deux cas le peuple paye l’incompétence de ses dirigeants.
L’État doit aussi en permanence distinguer dans ce que la société voit comme des richesses, celles qui sont immédiatement consommées comme la santé, la sécurité et la justice qui doivent être financées par l’impôt donc par la monnaie déjà existante et les richesses durables comme les bâtiments, les routes, l’éclairage public ou la recherche efficace et intelligemment orientée qui doivent être financées par la création d’argent. Leur disparition, leur délabrement ou leur inutilité doivent être aussi concrétisées mais par une destruction d’argent. L’important est que chacun puisse voir la réalité de la nouvelle richesse ou la disparition de l’ancienne quand l’État l’officialise par de la création ou de la destruction d’argent.
 
Mais au XXe siècle le capitalisme a inversé le temps en confiant la création d’argent aux banques en commençant par la FED aux États-Unis en 1913. En effet les banques, qu’elles soient centrales ou commerciales, doivent présenter un bilan parfaitement équilibré. Elles inscrivent à leur actif une créance à recouvrer identique à l’argent qu’elles créent et qu’elles inscrivent à leur passif à disposition de l’emprunteur. Le résultat est que l’argent n’est plus créé pour équilibrer une nouvelle richesse déjà constatée mais pour créer un déséquilibre rémunérateur pour la banque, déséquilibre qui ne disparaîtra qu’au remboursement de l’emprunt. Les banques ne vivent que sur l’intérêt de l’endettement de leurs clients, ce qui leur garantit de plus en plus mal leur train de vie, et les incitent malheureusement à jouer de plus en plus au casino avec leurs traders et notre argent.
Se pose alors la question de savoir avec quelle énergie, les débiteurs publics ou privés vont rembourser les banques. La réponse officielle des universités, des économistes, des politiques et des médias est que ce sont les richesses que nous allons créer qui vont tout rembourser. Les richesses créées vont non seulement rembourser les prêts mais, comme ces richesses vont, nous dit-on, rapporter plus qu’elles n’ont coûtées, la dépense étant baptisée investissement, nous allons être plus riches tout en asséchant notre dette. La seule raison pour laquelle nous ne voyons pas ce miracle tout de suite, c’est qu’il faut, nous dit-on toujours, laisser du temps au temps. Il parait que nous ne sommes pas assez patients.
 
La réalité est moins agréable et chacun peut constater, dans toutes les classes sociales qui ont encore une activité utile au groupe, qu’un seul salaire ne permet plus de faire vivre une famille comme il y a 50 ans. Toutes les classes sociales voient leur pouvoir d’achat s’effriter car la richesse n’est qu’un regard qui se remarque mais ne se crée pas. Là où un seul salaire suffit plus que largement c’est dans l’ensemble des activités inutiles de plus en plus nombreuses : les médias, la publicité, la finance, la haute administration, l’administration refuge des Politiques battus, tout ce qui n’existe que pour faire croire à la cohérence de la société.
Nous vivons le grand écart entre continuer à croire que nous créons des richesses et gérer le constat que ce n’est pas vrai. Comme tout grand écart il n’est supportable qu’en travaillant sa souplesse ou en séparant les deux branches de l’écart. Nous faisons les deux. Nous tentons d’éliminer le problème par le libéralisme ou le socialisme qui consomment idéologiquement de prétendues richesses sans les créer et nous nous contorsionnons dans tous les sens jusqu’à en être ridicules grâce au libertarisme.
 
Le libéralisme et le socialisme nient tout simplement le problème en s’inventant des richesses créées et en accusant, l’un l’État, l’autre les riches d’accaparer cette richesse prétendument produite. Tous deux cherchent à nous convaincre que nous créons des richesses et que nous sommes un pays riche alors que nous ne vivons que grâce à l’emprunt. La dette permet simplement à une majorité d’entre nous de vivre provisoirement juste un peu moins bien grâce à l’élimination d’une minorité au chômage dont on néglige la capacité énergétique. Cette minorité croissant inexorablement en dépit des chiffres volontairement truqués, nous accusons les entreprises de cette montée, tout en les caressant dans le sens du poil. Nous reprenons discrètement à notre charge leurs dettes quand elles s’écroulent et faisons perdre un quart de leur vie à nos enfants pour que les entreprises les trouvent désirables. C’est totalement incohérent. On ne cherche plus à rendre les citoyens utiles dans la coopération mais à faire en sorte que les autres peuples meurent avant nous par la compétitivité des entreprises. C’est l’activité première de ce qui nous sert provisoirement d’élite.

Comme cette élite tient tous les leviers de la communication et qu’elle est totalement incapable d’affronter la réalité difficile de la non-création de richesse, sa deuxième activité est de se faire croire et de nous faire croire que nous créons des richesses. Elle le fait en dépensant publiquement beaucoup d’argent, d’abord pour elle et ensuite pour toutes les minorités sous la bannière généreuse des droits de l’homme récupérés aussi bien à Paris en 1789 qu’à New York en 1948 où on les a décrétés universels. Pour en faire une vraie religion, il fallait qu’ils soient aussi éternels et on les a donc fait remonter jusqu’au cylindre de Cyrus le grand, au berceau de notre civilisation que nous avons par la force imposée à toute l’humanité.
C’est avec beaucoup de sérieux que, nous croyant riches et bons, donc généreux, nous avons en tous domaines renversé nos valeurs et abandonné le bon sens pour mettre au pinacle tous ceux qui souffraient de leur différence. Nous avons contre toute évidence nié systématiquement ces différences en creusant un fossé profond entre ce qui était vrai et ce qui était bien. Chacun voit ce qui est vrai mais n’a plus le droit de le dire car ce n’est pas bien. Mais ceux qui prêchent le faux ont droit à tous les haut-parleurs. Le libertarisme était né et nous en vivons les ravages.
En jouant à avoir du mal à nous partager un gâteau qui n’existe pas, nous nous entre-déchirons pour récupérer des miettes les uns sur les autres. Les individus, les entreprises et l’État exécutent ensemble un ballet malsain où seule la montée de la dette calme provisoirement l’agressivité et la dissimulation.
Nous vivons une course contre la montre entre la révolution des esprits et la révolution sanglante, course qui n’est alimentée que par la partie de la population encore réellement utile qui fond comme neige au soleil.

Envoyé par l'auteur, 27 janvier 2019

Sommes-nous un pays riche ?

Publié dans A tout un chacun
Sommes-nous vraiment un pays riche ?
 
En ces temps compliqués où nous ne savons plus trop si l’on fête la naissance du Christ ou de la nouvelle année, si l’on attend tout du lendemain qui chante avec l’innovation ou de la sagesse du passé avec la spiritualité, arrêtons-nous un instant sur notre satisfaction d’être un pays riche. Sur l’ensemble de l’échiquier politique, il y a en effet unanimité pour parler des pays riches dont nous ferions partie.
Ai-je le droit de soutenir contre tous les médias qu’il est stupide ou enfantin de parler de pays riches et de pays pauvres, comme de richesse nationale, son inverse la pauvreté nationale semblant être délaissée par les commentateurs ?
Comme toujours, et le GIEC pour ne prendre que lui nous en donne un exemple concret permanent avec le climat, c’est en quantifiant ce que l’on a du mal à définir, qu’on le rend apparemment concret, palpable et réel. Comme la qualification est un exercice périlleux qui nécessite le doute, la modestie et une capacité d’observation aiguë, il est très tentant de contourner l’obstacle en quantifiant ce que l’on a du mal à définir pour rendre sa réalité incontournable. C’est tellement vrai que tous les totalitarismes quantifient ce qu’ils ont du mal à imposer. Le régime national-socialiste comptait les juifs, les tziganes et les communistes et de même les fausses démocraties interdisent de quantifier les réalités qui les gênent comme les statistiques ethniques.
 
Qualifier la richesse n’est pas simple et les dictionnaires sont incapables de la définir simplement. Elle est en fait une approche à tâtons par un groupe donné du beau et du bien vus par lui, comme la justice est une approche du bien et du vrai, toujours vus par le groupe considéré. Son étymologie, le mot franc riki qui veut dire pouvoir et qui a donné reich en allemand, indique la tendance naturelle de tout groupe à donner le pouvoir à ce qu’il trouve beau, bon et bien.
Comme la richesse est très difficile à définir et que certains viennent même tout compliquer comme cet ancien président du Mali qui disait "Nous sommes riches de la famille", le capitalisme et ses intellectuels ont décidé de la quantifier pour qu’elle soit réelle, non discutable et universelle. Faire croire à l’universalité de la richesse, négation de la réalité, nouveau colonialisme et même nouvel esclavagisme, est la mission que se sont donnés l’ONU et l’OMC en se laissant totalement pervertir.
Et c’est là où le ridicule le dispute à l’absurde. Il a été décidé arbitrairement que les entreprises créaient la richesse et que cette richesse pouvait se chiffrer en monnaie. A commencé alors une longue descente aux enfers où l’intelligence s’est surpassée dans la manipulation du faire croire.
On a commencé par confondre la richesse avec la production pour lui donner une réalité concrète et on a éliminé dans la production, les notions mêmes de déchets et d’encombrants pour que la confusion soit vraiment totale. Il a fallu ensuite nommer cette richesse soi-disant créée par l’entreprise et on lui a donné le nom sympathique et très parlant de valeur ajoutée. On cherchera pourtant vainement un quelconque ajout de valeur puisqu’il ne s’agit que de la dépense des clients diminuée de ce que l’entreprise a préalablement dépensé chez ses fournisseurs. On commence déjà à prendre la dépense pour une valeur, pour une richesse. La valeur ajoutée d’une entreprise n’est pourtant que la partie de l’argent de ses clients qui n’a pas été donnée à ses fournisseurs et qui sera totalement distribuée à ses salariés, à ses actionnaires et à l’État. L’entreprise est essentielle pour faire circuler la monnaie grâce à sa production mais elle ne fait que cela. Si sa production ne trouve pas preneur, l’entreprise meurt et parler production sans parler clients, créer le désir sans savoir comment le satisfaire comme le fait la publicité, est indigne et générateur de malheur. Laissons l’entreprise à sa place : elle permet à la monnaie, en répartissant l’argent de ses clients, de remplir son rôle de titre de créance sur le groupe. Il est manipulateur, en feignant d’ignorer l’argent dépensé par les clients pour fabriquer la valeur ajoutée, de faire croire que l’entreprise crée des richesses.
 
La valeur ajoutée n’existe donc que par la dépense des clients. Mais par un tour de passe-passe, l’INSEE vient nous expliquer finement, sans jamais mentir ouvertement mais en faisant tout pour que l’on comprenne de travers, que la somme des valeurs ajoutées est la richesse annuelle produite alors qu’elle n’est que la somme des dépenses qu’elles soient publiques ou privées, intelligentes ou stupides, à consommer tout de suite quand on l’appelle consommation, ou à consommer plus tard quand on l’appelle investissement. Pour bien nous tromper on appellera cette somme de dépenses, Produit National ou Intérieur Brut, PNB ou PIB. Cela permettra à tous les "experts" de présenter le PIB qui n’est qu’une dépense comme une création de richesse.
Faut-il à nouveau rappeler que le PIB mesure dans un espace-temps donné toutes les activités d’achat et de vente ? Il peut donc se calculer de trois façons : par l’argent dépensé, par la valorisation des marchandises vendues et par la somme des transactions. C’est ce que fait l’INSEE dans un langage abscons sur
son site. Un observateur attentif remarquera l’imbécillité de mettre l’import-export dans le calcul de la seconde définition sans le mettre dans la première et dans la troisième, tout en aboutissant prétendument au même résultat. Puisque nous sommes dans l’imbécillité, observons que les fameux critères de Maastricht, pas plus de 3% de déficit budgétaire et pas plus de 60% d’emprunt, sont exprimés en pourcentages du PIB, donc de la somme des dépenses publiques et privées. En clair il est sage d’après l’Union européenne de dépenser jusqu’à 103 % de ce que l’on a déjà dépensé et, plus l’on dépense, plus il est judicieux d’emprunter. Que personne ne s’étonne de la montée de la dette ! Et ayons tous la charité de comprendre pourquoi Juncker se réfugie dans l’alcool.
 
Après avoir bien expliqué en lui donnant un nom que dépenser c’est s’enrichir, arrive alors le dernier maillon du faire-croire, maillon indispensable pour que la dépense soit vraiment considérée comme une création de richesse. Les banques créent la monnaie pour que les clients puissent la dépenser et transformer la production des entreprises en richesses. Dans une économie cohérente c’est l’État qui crée l’argent en reconnaissance de sa dette, en reconnaissance d’une énergie intelligemment et préalablement dépensée pour la collectivité. Dans l’économie capitaliste les banques inversent le temps et créent l’argent en prétendant le récupérer plus tard, ce qui enlève à la monnaie son rôle essentiel de régulation puisque c’est le futur qui équilibrera tout. Le futur a toujours bon dos ! Les banques inondent le marché d’argent en faisant monter la dette pour équilibrer leur fausse générosité exclusivement fondée sur l’intérêt qu’elles en retirent. Et comme la richesse est vue comme une capacité à dépenser, le magma politico-médiatico-publicito-universitaire constate avec une fausse tristesse la montée continue de la dette tout en se félicitant de la baisse de la pauvreté grâce à la croissance qui est la croissance des dépenses mais qu’il présente comme une croissance de la richesse.
 
Mais ce magma vend tellement bien l’illusion de la richesse créée que cela lui revient en
boomerang
 dans la figure par les Gilets jaunes qui ne comprennent évidemment pas pourquoi ils n’auraient pas leur part. "En même temps" on voit une mignonne secrétaire dite d’État, venir pérorer dans les médias pour dire qu’elle a "déclenché des cellules de crise" et qu’elle est "sur le pont" (BFM TV 22 décembre 2018). Rassurons-nous. La Macronie va nous sauver à force d’être "trop intelligente" comme dit l’ineffable Gilles Le Gendre.
Plus sérieusement l’État ne pourrait-il pas enfin rendre utile tous nos concitoyens sans se décharger de ses devoirs sur les entreprises ? Dès qu’on s’est réveillé de la fausse création de richesses par les entreprises, on s’aperçoit avec tristesse que l’État ne fait qu’habiller Paul en déshabillant Pierre, activement et passivement. Activement en tentant d’acheter le peuple avec une apparente générosité et avec un argent qu’il n’a pas et qu’il est obligé d’aller chercher. Passivement en laissant la gestion monétaire aux banques qui ne crée l’argent à dépenser tout de suite qu’avec une créance à récupérer plus tard grâce à une création de richesses qui n’existe pas. Chacun observe la dette monter inexorablement sans s’en laisser déranger.
 
Il est intéressant d’observer comment la seule expérience importante d’État de ces deux derniers siècles a été dévoyée, rabaissée à la charité publique, conspuée et immédiatement interrompue. Il s’agit des ateliers nationaux de la IIe république qui n’ont duré que 4 mois du 27 février au 21 juin 1848. L’État fournissait du travail aux chômeurs, l’organisait et le payait. L’idée extrêmement intéressante s’est instantanément heurtée au fait que l’État connait très mal les vrais besoins du peuple, qu’il a une très faible capacité d’organisation et qu’il n’est pas maître de la monnaie. Le résultat en a été ce que l’État sait admirablement faire aujourd’hui avec le RSA et les subventions : payer les gens à ne rien faire en prenant l’argent chez ceux qui travaillent. Mais à l’époque il y avait encore des députés dignes de ce nom qui, comme Victor Hugo, rejetaient cette facilité. Voilà ce qu’il disait à la Chambre le 20 juin 1848 :
"Les ateliers nationaux sont un expédient fatal. Vous avez abâtardi les vigoureux enfants du travail ; vous avez ôté à une partie du peuple le goût du labeur, goût salutaire qui contient la dignité, la fierté, le respect de soi-même et la santé de la conscience. À ceux qui n’avaient connu jusqu’alors que la force généreuse du bras qui travaille, vous avez appris la honteuse puissance de la main tendue ; vous avez déshabitué les épaules de porter le poids glorieux du travail honnête, et vous avez accoutumé les consciences à porter le fardeau humiliant de l’aumône. Nous connaissions déjà le désœuvré de l’opulence, vous avez créé le désœuvré de la misère, cent fois plus dangereux pour lui-même et pour autrui. La monarchie avait les oisifs, la République aura les fainéants (…).
Cette fainéantise fatale à la civilisation est possible en Turquie, en Turquie et non pas en France. Paris ne copiera pas Naples ; mais, jamais Paris ne copiera Constantinople".
 
Victor Hugo pourrait nous redire cela aujourd’hui mais cette piste est pourtant la seule à creuser si nous voulons réellement nous convaincre que nous créons de la richesse. Mais la mauvaise expérience des ateliers nationaux nous a appris que le travail utile à effectuer comme son organisation doivent être laissés à l’initiative privée. La force de l’État, s’il reprend enfin son rôle de créer la monnaie, est de gérer cette création en vérifiant que ce qu’il achète avec cette nouvelle monnaie est vraiment considéré comme un enrichissement de la nation. S’il en crée trop, il dévalue la monnaie et appauvrit son peuple. S’il n’en crée pas assez, il se désintéresse de l’énergie de son peuple en faisant perdre à la monnaie son rôle de créance sur la collectivité.
 
Le nœud de notre problème est bien le rapport compliqué entre le travail, la richesse et la monnaie. Ce n’est pas parce que l’État a raté l’expérience des ateliers nationaux et que le capitalisme nous a apporté la cacophonie incompréhensible et prétentieuse des économistes, que nous ne devons pas nous contraindre à inventer une nouvelle harmonie entre le dynamisme de l’initiative privée et la force de la puissance publique.
N’oublions pas notre Constitution qui dit avec grand bon sens : "Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi". Que les fêtes qui ne sont plus la joie partagée après l’effort commun mais qui sont achetées pour faire de la croissance, ne nous le fassent pas oublier trop vite !

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 24 décembre 2018

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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