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DUGOIS Marc

DUGOIS Marc

Né en juin 1944





Avocat


Diplômé d'HEC 
Avocat spécialisé dans le redressement d'entreprises en difficultés 
Conseiller au cabinet de Jean Louis Borloo
S'est retiré du barreau le 31 décembre 2004 pour être consultant.

 

 

Ouvrages
Voter utile est inutile, Petit manuel de sagesse pour un monde en crise (2006)
L'inéluctable révolution (2012)


Sites
http://www.ecosophie.com/
http://www.surlasociete.com/

URL du site internet:

La vraie création de ...

Publié dans A tout un chacun
La vraie création de richesse
 
Il n’y a de richesse que d’hommes disait Jean Bodin au XVIème siècle. La richesse n’étant que le mariage du beau et du bien, vus par le groupe, la richesse n’est vraie que pour le groupe et ne pourrait être vraie pour la Terre entière que si notre culture, notre notion du beau, du bien et du vrai, était imposée à l’ensemble de la Terre, ce qui serait certes un manque d’humilité mais surtout un manque d’intelligence.
Toutes les idéologies se sont fracassées et disloquées à se croire universelles et le capitalisme est en train de vivre son crépuscule après tant d’autres pour cette même raison. Chacun devrait travailler le mythe biblique de la construction de la tour de Babel qui voulait transpercer le ciel et qui a amené Dieu à lui donner un coup d’arrêt et à créer des cultures différentes.
 
Pour définir la richesse il faut d’abord avoir un groupe qui la définit et sans groupe cohérent, il n’y a pas de définition cohérente de la richesse. Or le drame du XXIème siècle est l’absence de groupe cohérent venant après le drame du XXème siècle qui était l’absence de spiritualité. C’est pourquoi il faut à la base en revenir à un groupe suffisamment grand pour avoir une monnaie et suffisamment petit pour que le bon sens puisse rester un filtre efficace.
Il faut bien voir pourquoi ce groupe est une absolue nécessité. Il est nécessaire parce que c’est son regard qui va définir la richesse et c’est son gouvernement qui va instiller de la monnaie au fur et à mesure que le groupe croira voir sa richesse augmenter.
Cette augmentation de richesse est double.
Elle se fait par la procréation et par le travail.
 
La procréation est une création de richesse et une société quelle qu’elle soit s’enrichit en faisant des enfants. Mais la richesse n’étant qu’un regard, il peut y avoir des exceptions comme cela a été le cas en Chine de 1979 à 2014. Même aujourd’hui en Chine, si 2 enfants sont tolérés, ce qui est la définition des encombrants, le 3ème enfant est toujours un déchet et un délit pour les parents. Ils ne sont en aucun cas considérés comme des richesses. Mais en règle générale, hors la Chine, les enfants sont une richesse, plus de 2 enfants par couple, un enrichissement du groupe, moins de deux enfants par couple, un appauvrissement du groupe. Si nous sommes dans le cas général où l’arrivée d’enfants est une richesse reconnue par le groupe, le gouvernement introduit dans la masse monétaire l’argent nécessaire à son éducation sans pour autant l’exagérer. Cette introduction est de la bonne inflation si nous redonnons à l’inflation son vrai sens de quantité de monnaie qui enfle, qui croit.
 
L’augmentation de richesse par le travail est plus délicate car elle se fait par une adéquation fine entre le groupe, son gouvernement et sa monnaie, justement ce qui manque tant aujourd’hui.
Le groupe donne son regard sur un objet fabriqué ou sur un service rendu, et ce regard définit s’il s’agit pour ce groupe d’une richesse, d’un encombrement ou d’un déchet.
Si le groupe et son gouvernement pensent que le bien ou le service créé est un déchet ou un encombrement, le gouvernement s‘interroge sur les raisons du désir de celui qui s’est appauvri pour posséder ce bien ou ce service. Si seule la publicité a fait croire à une richesse et si l’on est dans l’apparence et non dans la réalité, le gouvernement laisse généralement l’acheteur vivre les conséquences de sa liberté de choix mais il peut aussi le protéger de la tromperie en usant d’un de ses pouvoirs régaliens (police, justice ou finance).
Les entreprises redistribuent aux salariés, aux actionnaires et à la collectivité, la richesse en monnaie que leurs clients sont venus abandonner pour satisfaire leur désir et pour s’enrichir en nature du bien ou du service que l’entreprise distribue après l’avoir imaginé et/ou fabriqué. Mais la richesse en nature créée par l’entreprise est immédiatement consommée par le client s’il s’agit d’un service et dans ce cas elle n’existe plus. En revanche s’il s’agit d’un bien matériel et que le groupe et son gouvernement pensent que ce bien est une richesse, le gouvernement introduit dans la masse monétaire la valeur de la richesse créée car il y a enrichissement du groupe.
 
Le gouvernement devrait constater l’enrichissement du groupe par l’enrichissement de l’entrepreneur en lui versant individuellement mais sans exagérer ce qui a enrichi collectivement le groupe. Cet enrichissement de l’entrepreneur producteur de biens devrait être similaire quelle que soit la taille de son entreprise, du petit artisan aux entreprises du CAC 40. Cette introduction de monnaie est encore de la bonne inflation si nous reprenons toujours son vrai sens de quantité de monnaie qui enfle.
On voit clairement que la vraie création de richesse est à la fois très subjective car dépendant du regard du groupe et particulièrement lente et aléatoire car dépendant du travail de l’homme et des salles de travail de la femme. Il faut aussi réaliser que la mort appauvrit le groupe comme la naissance l’enrichit et qu’une richesse à sa création peut rapidement devenir un encombrement ou un déchet et qu’une richesse n’est éternelle que si elle ne s’abime ni ne s’oxyde. L’évaluation de la création de richesse amputée de la destruction de richesse est très délicate et elle est confiée au gouvernement qui bat monnaie.
S’il insère trop de monnaie, la monnaie se dépréciera automatiquement par la dévaluation pour ceux qui épargnent et par la hausse des prix pour ceux qui consomment. Si l’évaluation que fait le gouvernement de l’augmentation de richesse est trop faible et s’il n’insère pas assez de monnaie, la fluidité des échanges deviendra visqueuse et l’activité du groupe se ralentira.
Un bon gouvernement, maître de sa monnaie, doit ne faire que de la bonne inflation. Il introduit toujours ce qu’il faut de monnaie pour que les échanges restent fluides tout en veillant à ce qu’une mauvaise inflation ne se traduise pas par de la dévaluation et de la hausse des prix. Inutile d’énumérer les raisons qui font que nous en sommes si loin !
La difficulté aujourd’hui est que le groupe est un agrégat de groupes contradictoires qui n’ont pas le même regard.
 
La grande majorité des Politiques, les médias, les banques, les publicistes et les multinationales forment un groupe européaniste et mondialiste. Ce groupe se moque de l’origine de la monnaie et de son sens profond. Il est composé de gens sans vision qui se payent très bien pour ne tenir que par une fuite en avant de plus en plus vertigineuse. Ils laissent se développer grâce à l’emprunt une croissance irresponsable de la richesse de l’électeur qui ne correspond absolument pas à la croissance de la richesse du groupe et qui est compensée par les appauvrissements cachés des entreprises et des Etats. Ces derniers cherchent à se refiler la patate chaude et à se renflouer désespérément, qui sur le contribuable, qui sur le client.
Ils ont tous besoin de justifier l’automatisation de tout, inventée par le XXème siècle et qui confond les richesses créées au départ avec les encombrants et les déchets que la production obligatoire génère ensuite. Ce groupe appauvrit tout le monde en dépensant des sommes folles en publicité pour tout transformer en richesses et pour trouver chaque jour de nouvelles victimes et pour surtout ne pas les protéger. Ce groupe prépare, totalement inconsciemment pour la plupart de ses membres, la mondialisation de notre regard européen, une nouvelle tour de Babel, la désertification de la Terre, et la guerre entre les humains de plus en plus nombreux qui auront les mêmes désirs sur une planète incapable de les satisfaire tous.
Les peuples qui sont au contact de la réalité, ont gardé eux, du bon sens et forment des groupes bien différents. Ils changent leurs dirigeants à chaque élection, voient que cela ne change rien, se replient sur leurs familles, sur leurs amis et souvent sur la corruption. Ils sont écartelés entre leur côté électeur qui se réjouit de vivre mieux que leurs grands-parents et leurs côtés contribuables et consommateurs qui n’arrêtent pas de voir tout grimper. Chacun voit bien qu’à part leur avenir personnel, les puissants n’ont aucune vision d’avenir et qu’il faut s’attendre au pire.
 
Le divorce entre les peuples et leurs dirigeants donne malheureusement un pouvoir médiatique important aux gourous des dirigeants, les Attali, BHL, Minc ou autres Reynié qui ont investi tous les espaces politiques pour ne plus être dérangés par des changements apparents qui ne changent plus rien sur l’autoroute commun vers le désastre.
C’est aux peuples à s’intéresser sérieusement à l’avenir de leurs enfants en commençant par comprendre ce qui se passe.

Croissance, dette, ...

Publié dans De par le monde
Croissance, dette et richesse
 
Croissance, dette et richesse sont toutes les trois des problèmes puisque les médias et les Politiques nous expliquent tout par la croissance trop faible, ou par la dette trop forte, ou encore par la mauvaise répartition d’une richesse pourtant apparemment si abondante.
Les solutions sont paraît-il connues : plus de croissance, moins de dette et une meilleure répartition de la richesse nationale, et tout marchera mieux !
Chacun constate malheureusement que ces solutions sont inaccessibles et qu’au contraire la croissance diminue, la dette augmente et la richesse est de plus en plus discriminatoire.
Bref les solutions proposées ne résolvent pas le problème et au contraire elles n’arrêtent pas de le compliquer.
Einstein disait "un problème sans solution est un problème mal posé". Le problème doit donc être mal posé et je vais soumettre une autre approche.
 
Tout part de la richesse qui d’après les Politiques, les médias et les banques est produite chaque année au niveau national comme au niveau mondial. Dans un rapport sorti en octobre 2013 le Crédit Suisse nous a appris que "la richesse mondiale a plus que doublé depuis 2000, atteignant un nouveau record historique de 241 000 milliards de dollars". Quelle merveille ! Et quelle honte ce serait puisque cet enrichissement de 120 000 milliards de dollars en 12 ans devrait par une distribution équitable et généreuse, apporter près de 1 500 dollars par an à chacun des 7 milliards de Terriens !
 
Ce qui est intéressant, ce n’est pas la sottise du rapport de la banque suisse mais notre propre formatage qui a permis aux médias de diffuser ce rapport sans en être dérangés, et à nous tous de croire à la création de richesse.
Certes Dieu a fait tomber la manne et les cailles pendant les 40 ans de pérégrination des Hébreux dans le désert. Mais je n’ai pas la foi assez chevillée au corps pour croire qu’il continue à le faire à ce niveau et en dollars.
Essayons de comprendre notre folie.
 
Tout d’abord on raconte que les entreprises créent de la richesse. Est-ce aussi évident ? Ce qui est sûr c’est que les entreprises distribuent de la richesse à leurs salariés par les salaires, à leurs actionnaires par les dividendes et à la collectivité par les taxes, les impôts et les cotisations. Mais comment les entreprises possèdent-elles la richesse qu’elles distribuent ?
C’est ce que la comptabilité appelle la valeur ajoutée.
C’est ce qui est vendu aux clients moins ce qui a été acheté à l’extérieur pour fabriquer ce bien ou ce service. La difficulté est que ce bien ou ce service n’est une richesse que s’il trouve acheteur. S’il n’y a pas d’acheteur, ce bien ou ce service n’est pour l’instant qu’un embarras qu’il va falloir stocker à grand frais, voire un déchet qu’il va falloir jeter en tentant de ne pas trop polluer. La science économique n’a jamais étudié la différence entre une richesse, un encombrant et un déchet. C’est de la philosophie et ce n’est pas le point fort de la science économique qui ne sait que chiffrer. Pour elle toute production est une richesse alors que les antiquaires, les brocanteurs ou autres ferrailleurs ont tous bien compris que les encombrements ou les déchets des uns sont souvent les richesses des autres. La richesse n’est qu’un regard qui dépend de chacun et qui varie dans le temps et dans l’espace. La science économique est aphone sur ce point essentiel car un regard ne se chiffre pas.
 
C’est la mathématique qui nous apprend que les valeurs ajoutées cumulées de toutes les entreprises sont égales au centime près à la somme de toutes les consommations. En effet en ajoutant aux valeurs ajoutées comme aux consommations, les achats cumulés de toutes les entreprises, on obtient dans les deux cas le chiffre d’affaire cumulé de toutes les entreprises. Ce qui veut dire que la richesse distribuée en monnaie par les entreprises n’existe que si des clients sont venus s’appauvrir en monnaie pour s’enrichir en nature (en volume dit l’INSEE). Dans une boulangerie par exemple, le client s’enrichit en pain et s’appauvrit en argent pendant que le boulanger s’enrichit en argent et s’appauvrit en pain. Dans une entreprise le client vient s’enrichir en nature et s’appauvrir en monnaie pour que l’entreprise enrichisse en monnaie les salariés, les actionnaires et la collectivité. Il n’y a pas création de richesse dans les entreprises, il y a transfert de richesse. Transfert par l’activité de l’entreprise, de la richesse du client vers le salarié, l’actionnaire et la collectivité.
 
Mais alors qu’est-ce que le PIB, le Produit Intérieur Brut, que les Politiques et les médias nous présentent comme la création annuelle de richesse ?
Qu’est-ce que la croissance qui doit augmenter le PIB et apporter l’emploi que tout le monde attend ?
Ce n’est malheureusement que le chiffrage du transfert de richesse par l’appauvrissement en monnaie des clients vers l’enrichissement en monnaie des salariés, des actionnaires et de la collectivité. Ce n’est qu’une mesure de l’activité des entreprises et l’on comprendra mieux pourquoi l’INSEE à trois façons différentes de calculer le PIB.
Observons ces trois manières en analysant l’activité d’un marché de village avec ses exposants qui veulent s’appauvrir en volume pour s’enrichir en monnaie, et ses clients qui veulent s’appauvrir en monnaie pour s’enrichir en volume.
On peut faire la somme de toutes les transactions effectuées sur le marché et ce sera le PIB par la dépense dit l’INSEE et cela devrait d’ailleurs suffire car c’est très simple mais peu présentable comme une production.
On peut aussi additionner tout ce qui a été dépensé par les acheteurs et on obtiendra le même PIB mais par la distribution dit l’INSEE.
On peut encore voir, en volume dit l’INSEE, toutes les marchandises qui ont été vendues par les maraichers et les forains, les carottes, les poissons, les ceintures, les chiffrer au prix du marché et l’INSEE appelle ce résultat le PIB par la valeur ajoutée, évidemment identique aux deux autres.
Où est la création de richesses ?
Nulle part !
Nous ne sommes que dans la distribution, toujours annoncée en euros mais comptée soit en volume par la valeur ajoutée, soit en euro par la dépense ou la distribution. Nous sommes dans le chiffrage de la dépense effectuée. Le PIB chiffre la dépense effectuée. Plus on dépense, plus on fait de la croissance, ce qui met dans un grand embarras les Politiques qui veulent à la fois dépenser moins pour ne pas augmenter la dette et dépenser plus pour faire de la croissance. La droite veut dépenser moins pour pouvoir dépenser plus et la gauche veut dépenser plus pour pouvoir dépenser moins.
 
Il est pourtant vrai que l’activité des marchés montrait clairement la prospérité de la Province dans les grandes foires médiévales du XIIIèmesiècle. Mais à l’époque pendant les 50 semaines qui séparaient une foire de la suivante, les hommes travaillaient pour produire et étaient rémunérés pour leur travail. Ils avaient de quoi acheter et de quoi vendre. L’activité de la foire, son PIB, était un vrai constat de création de richesses, fondée sur le travail des hommes. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui car par démagogie on nous a fait croire que nous pouvions nous enrichir de notre part de PIB, que nous pouvions profiter sans être utile aux autres, que nous pouvions consommer plus en travaillant moins. Nous nous sommes laissés séduire tellement c’était agréable à entendre ; nous nous sommes précipités pour le croire et pour cela nous avons utilisé les facilités apparentes des prêts bancaires pour pouvoir acheter et du libre-échange pour être capables de vendre moins cher.
 
En ce qui concerne les prêts, jusqu’au XXèmesiècle il n’y avait que des prêts sur gages aux puissants qui se remboursaient soit par l’abandon du gage soit par l’appauvrissement de leurs vassaux car les puissants s’appauvrissaient rarement eux-mêmes. Pour les rares prêts à des personnes moins fortunées, le remboursement était gagé sur l’emprunteur lui-même qui était réduit en esclavage pour payer de sa sueur ce qu’il n’avait pu payer de sa poche.
Mais depuis le XXèmesiècle on prête à tout le monde en fondant les remboursements sur l’illusoire création de richesses futures. On prête au consommateur qui peut donc acheter, se croire riche et bien voter.
 
En ce qui concerne le libre-échangetout est fondé sur l’avantage comparatif de Ricardo qui expliquait qu’entre l’Espagne et l’Angleterre, il valait mieux faire tout le vin en Espagne et tous les draps en Angleterre plutôt que de tout faire chacun pour soi. Malheureusement l’avantage comparatif n’est vrai qu’entre pays ayant la même culture et le même niveau de vie.
Inutile de dire combien il est faux sur un plan planétaire et comment il génère des réactions violentes chez ceux qui veulent garder leur culture et ne pas se soumettre à la nôtre.
Au sortir de la 2èmeguerre mondiale, le bon sens tenant provisoirement la corde, l’ONU convoqua à La Havane une "conférence internationale sur le commerce et l’emploi en vue de favoriser le développement de la production, des échanges et de la consommation des marchandises". Le but était de créer l’ "Organisation Internationale du Commerce", l’OIC.
Le 24 mars 1948 la Charte de La Havane fut signée par 54 pays dont les Etats Unis, la France et l’Angleterre.
Cette charte prévoyait l’équilibre des relations commerciales entre pays, des importations au même niveau que les exportations et une balance des paiements équilibrée. Mais, en dépit de l’insistance pendant deux ans du Président Truman, le congrès américain ne ratifia jamais cet accord et l’on accoucha à Genève hors de l’ONU, de l’OMC qui a les principes rigoureusement inverses de ceux de la Charte de la Havane.
L’OMC prône la liberté du renard dans le poulailler et en nous croyant renard nous nous retrouvons poule. Nous importons beaucoup plus que nous exportons et notre balance commerciale depuis la création de l’OMC en 1995 est passée de 16 milliards d’euros d’excédent (105 milliards en francs) à 70 milliards d’euros de déficit.
 
En clair, à force d’emprunter au lieu de travailler, et à force d’importer au lieu de produire, la machine se grippe et les seuls emplois que nous créons sont des emplois qui doivent faire tourner la machine tout de même : des emplois de publicitaires, de commerciaux, de conseils, de formateurs, pour activer artificiellement un marché où les acheteurs comme les marchandises à vendre se font rares. On invente le marketing olfactif ou sensoriel, les psychologues pour commerciaux dépressifs. Les agences de publicité, fort couteuses, rivalisent de ruse pour que nous nous appauvrissions ou que nous empruntions afin que la machine tourne.
Ce qui est grave c’est que nous raisonnons comme si c’était l’activité du marché, le PIB, qui était la création de richesses et pour l’activer on va donner de l’argent aux acheteurs par l’emprunt, c’est la politique de la demande chère à certains, et on va trouver des marchandises à vendre par l’importation, c’est la politique de l’offre chère à d’autres. On va réussir à avoir un marché apparemment florissant mais il va falloir, une fois les lampions éteints, payer deux fois : une fois pour payer les importations et une autre fois pour rembourser l’emprunt, ce qui bien évidemment freine une activité insensée. On appelle ce frein, la crise.
 
Ce qui complique encore, c’est l’absence de vraie réflexion sur la monnaie.
Je rappelle que la monnaie comme le monument a comme étymologie moneoqui est en grec la forme causative de la racine mende mnêmosunê, la mémoire.
La cause du monument comme de la monnaie est de se souvenir. Au début de tout groupe est un lien social, une raison d’être ensemble, et, à l’intérieur de ce lien social, un échange des êtres, un don de soi et un accueil des autres. Mais lorsque le groupe devient trop important, le chef du groupe, se sentant incapable de surveiller la réalité de l’apport de chacun, invente la monnaie. La monnaie est en effet la mémoire du travail passé des membres du groupe. Pour ce faire, le pouvoir choisit une matière recherchée, pérenne, rare, divisible et transportable comme de petits coquillages peu communs, du sel ou plus tard, du bronze, du cuivre, de l’argent ou de l’or. Il en donne à chacun suivant son apport passé, les biens et les services sont alors chiffrés et l’impression de troc qui s’ensuit force les paresseux à se rendre utile. La monnaie devient l’énergie commune, l’énergie sociale. Elle est stockage collectif des énergies humaines individuelles. Elle ne peut augmenter que par la procréation ou par la réalisation de biens reconnus comme utiles par le groupe. Sans cela c’est de la fausse monnaie qui s’autodétruit par la dévaluation et la hausse des prix.
 
Nous pouvons maintenant formuler le problème qui se présente à nous :
Grâce à l’emprunt les individus s’enrichissent en jouissant tout de suite de leur voiture ou de leur appartement et en remboursant l’emprunt grâce à leurs appointements.
La variable d’ajustement, ce sont les entreprises qui distribuent avec régularité une richesse aléatoire qu’elles ne possèdent que si leurs clients achètent. Or ces clients achètent de plus en plus avec de la fausse monnaie puisque la monnaie en circulation n’est plus du tout de l’énergie humaine stockée mais une monnaie créée par tout le monde depuis les années 70. Les Etats créent de la monnaie avec leurs budgets déficitaires, les entreprises créent de la monnaie avec les délais de paiement, les individus créent de la monnaie avec la carte de crédit à débit différé et surtout les banques créent de la monnaie avec la double écriture. Il est loin le temps où l’on exécutait les faux-monnayeurs par ébouillantage.
Aujourd’hui nous sommes tous des faux-monnayeurs et l’on nous félicite de faire encore tourner la machine. Mais le problème reste. L’enrichissement de l’individu est payé par l’appauvrissement des entreprises qui cachent légalement cet appauvrissement grâce à la comptabilité. La loi permet en effet de présenter des bilans en diminuant les vraies dettes par le hors-bilan et en augmentant artificiellement l’actif. Il suffit de liquider une entreprise pour voir l’étendue du problème. L’actif est souvent divisé par 10 et le passif doublé.
Les lois se multiplient pour permettre aux entreprises de se décharger d’une partie de leur appauvrissement sur leurs fournisseurs et sur l’Etat qui lui-même continue à s’appauvrir volontairement avec ses budgets déficitaires et ses larges distributions souvent électoralistes qui font pâlir d’envie puis attirent tant d’habitants de la Terre. Le bon sens le rattrapant, l’Etat est obligé de demander perpétuellement au contribuable d’alléger son fardeau.
Mais à tous les niveaux il ne s’agit que d’allègements partiels. Pour séduire l’électeur, pour lui permettre de s’enrichir et pour faire tenir encore un moment un système impossible, les appauvrissements nécessaires s’accumulent sur les entreprises, sur l’Etat et sur les contribuables. Nous avons un système redistributif qui redistribue plus que ce qu’il génère. Ce système est explosif car il juxtapose une demande croissante et omniprésente de moyens et une pression fiscale également croissante.
 
Voilà le vrai problème et il est loin d’être simple.
La facilité serait de ne pas s’attaquer à la racine et de ne traiter que les conséquences.
Si l’on ne veut pas que ce soit la grande violence qui nous remette les yeux en face des trous, il faut nous mettre au travail pour que l’analyse s’affine et devienne majoritaire. Mais s’attaquer à la racine demande humilité, courage et discernement. Humilité d’admettre qu’il n’y a création de richesse que si quelqu’un s’appauvrit pour reconnaitre cette richesse. Courage de dire que le système bancaire actuel est fondé sur le mythe de la création de richesse qui va rembourser les emprunts. Discernement pour comprendre que nous sommes actuellement tous complices de cet adorable et très provisoire Eldorado.

Liberté Egalité ...

Publié dans En France
Liberté Egalité Fraternité
 
Ce titre était celui de l’émission de Frédéric Taddeï sur France 3 le vendredi 10 octobre.
L’émission a montré une fois de plus la superbe de Jacques Attali qui ressuscite à chacune de ses apparitions l’annotation du professeur de philosophie "suffisant et insuffisant" tellement il réduit tout à la liberté individuelle d’entreprendre et à la satisfaction de lui-même. Mais l’émission a aussi montré le bon sens d’Eric Zemmour qui en dérange plus d’un par ses affirmations de vérités simples. Pourtant le sujet n’a pas été traité et Frédéric Taddeï a même osé dire, sans se faire contredire, que la solidarité était la nouvelle formulation de la fraternité. C’est dommage car notre devise nationale est un sujet passionnant qui méritait mieux.
La troisième république a repris à la révolution française la devise "Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort" en tentant de la désacraliser par la suppression de la mort.
Notre devise reste pourtant stupéfiante d’intelligence mais aussi de fragilité.
 
Elle est intelligente parce que la vraie liberté se gagne en atteignant l’état de n’être l’esclave que de ses propres choix. C’est un long travail que d’apprendre à choisir en assumant ses choix avec toutes leurs conséquences.
Elle est intelligente parce que la vraie égalité passe par la reconnaissance que nous avons besoin des autres comme les autres ont besoin de nous. L’égalité nous force à prendre le risque de l’autre. Elle est interdépendance, échange des êtres, reconnaissance de l’autre et acceptation de soi.
Elle est intelligente parce que la fraternité nécessite un père commun, une verticale commune, un sacré qui soit à la fois commun et reconnu par le groupe comme par les individus. Ce sacré est le symbole mystérieux de ce qui est plus puissant que nous, dans son bon et dans son mauvais côté.
 
Mais la devise de la France est fragile car l’égalité peut facilement se décomposer en identité, la fraternité en solidarité et la liberté en individualisme.
Aujourd’hui le groupe s’étant, au moins provisoirement, totalement effondré dans les faits, égalité et fraternité qui sont des notions de groupe, se sont effectivement désagrégées en identité et en solidarité par manque d’admiration, voire même de respect de l’autre et par absence de sacré qui soit mobilisateur.
On peut être solidaire d’un bloc de béton mais on ne peut pas lui être fraternel. Il n’y a de fraternité qu’en soumission commune à un sacré et la solidarité, si à la mode aujourd’hui, n’est qu’un refus vaniteux du sacré et de la fraternité considérée officiellement comme ringarde ou utopique et au fond comme trop exigeante.
 
L’égalité est sans doute la partie la plus difficile de notre devise car elle suppose de prendre le risque de l’autre en acceptant de dépendre de lui et en assumant qu’il dépende de nous. Dans toutes les civilisations les tâches sont réparties mais l’échec de la vraie égalité a fait apparaitre l’identité, le tout le monde pareil, que l’on a honteusement continué à appeler égalité. Notre société aurait pu remettre intelligemment en cause le fait que l’homme soit l’unique représentant de l’avis de la famille lors des votes ou lors des décisions importantes prises exclusivement par les hommes alors que les femmes pouvaient tout aussi bien exprimer cette décision commune. Mais par peur de l’égalité, par peur de prendre le risque de l’autre, nous avons préféré introduire le divorce, le vote individuel et le déni des races et des sexes.
Aujourd’hui la différence de l’autre n’est plus considérée comme une richesse à découvrir, c’est devenu l’affirmation coupable que nous lui sommes supérieurs. Puisque je suis complet, si l’autre est différent de moi, c’est qu’il est incomplet donc inférieur.
Etre moderne ou à la mode c’est ne plus voir les différences et même les masquer pour que chacun puisse se croire complet à lui tout seul et se sentir autorisé à gommer les engagements pris vis-à-vis des autres. Le sacré était le garant de ces engagements.
La solidarité nous en a malheureusement détachés en détrônant la fraternité.
 
La liberté qui n’est plus structurée par l’égalité et par la fraternité sombre inexorablement dans l’individualisme et le repli sur soi sans perspectives et sans moteur de vie.
C’est l’abandon du côté sacré de notre devise nationale qui a fait de nous la victime et le bourreau de cette exécution de la pensée. L’individualisme tellement vanté par Attali n’a plus qu’à s’évader dans le plaisir puisqu’on lui a fait renoncer à prendre le chemin difficile du bonheur.
 
Ne pourrions-nous pas retrouver le sens profond de la France dont la géographie a fait l’histoire ? Terre d’invasions successives échouées sur le même sol, elle a phagocyté ceux qui n’étaient pas repartis en s’en enrichissant dans le creuset de sa culture. 
La France n’est pas un camaïeu de cultures comme les USA.
Elle donne à tous ceux qui ne veulent pas se l’approprier, la chance de s’y intégrer en la nourrissant. Elle a mis des siècles à trouver sa formule sacrée de Liberté Egalité Fraternité qui comme tout sacré, peut être merveilleuse ou abominable suivant ce que l’on en entend.
Il est bien triste qu’elle soit aujourd’hui entendue par beaucoup comme la devise sans âme d’ "individualisme, conformité et solidarité".
Elle vaut beaucoup mieux que cela.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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