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FAUGERE Jean-Marie

FAUGERE Jean-Marie

Né le 22 mars 1949
Marié - 5 enfants
 
 
 
Général d’armée (2ème section)
 
 
Saint-Cyrien de la promotion "Général Gilles" (1969-71)
 
Breveté de l’Ecole supérieur de guerre
Diplômé de l’ENSTA et du Cours supérieur des armements nucléaires
Ancien auditeur du Centre des hautes études de l’armement.
 
14 années en corps de troupe
- 1er et 12ème Régiment d'artillerie
- 13ème régiment de dragons parachutistes (13ème RDP) à Dieuze (forces spéciales)
- Commandement du 35ème régiment d’artillerie parachutiste (RAP) à Tarbes.
 
Séjours en états-majors parisiens (administration centrale) (entre 1993 et 2005):
- A l'Etat-major de l’armée de terre (EMAT)
     au Bureau Etudes et au poste de sous-chef d’état-major 'Etudes-planification-finances"
- A la Délégation aux affaires stratégiques : responsable de la construction européenne
- A l'Etat-major des armées (EMA) : sous-chef d’état-major "plans".
 
Séjours en états-majors opérationnels (1995-1999) :
- Etat-major du 3ème corps d’armée : chef du bureau Emploi et s/chef d’état-major Emploi
- Commandement de la force d’action terrestre (CFAT) : chef de la division Emploi.
 
Séjour en état-major de région militaire(2005-2008) :
- Commandant de la Région terre Nord-Est et des forces françaises en Allemagne
- Officier général de la zone de défense Est
- Gouverneur militaire de Metz.
 
Inspecteur général des armées (2008-2009).
 
 
Président du G2S (groupe de réflexion regroupant des officiers généraux de l’armée de terre en 2ème section)
Conseiller défense de la direction du Groupe THALES

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Leçon d’une crise à la tête des armées

Publié dans Du côté des élites
Leçon d’une crise à la tête des armées
 
Avec le recul, qui adoucit le ton de la récrimination et permet davantage de lucidité, on ne peut que juger aberrante la sortie du Président de la République envers la personne du général Pierre de Villiers, à un tel moment de surcroît, la veille de la parade militaire du 14 juillet, fête nationale. On sait le pouvoir des symboles pour le chef de l’Etat. Celui-ci est désastreux pour les militaires. Car l’humiliation publique infligée au chef d’état-major des armées a été ressentie par chaque officier, chaque sous-officier, chaque soldat, marin et aviateur comme une agression personnelle, une atteinte à la manière dont chacun remplit quotidiennement sa mission exigeante au service de la France et de la protection des Français, dans des conditions matérielles connues et reconnues par la très grande majorité de nos concitoyens comme très difficiles pour ne pas dire souvent inacceptables.
 
Le candidat à l’élection présidentielle a fait naître bien des espoirs par ses propos de campagne sur l’état alarmant des armées, leur manque de moyens et la nécessité de rehausser "l’effort de défense". Le nouvel élu dès sa prise de fonction a manifesté par divers gestes ou attentions son empathie, apparente, pour la chose militaire et ses serviteurs ; la liste en est connue. A la réflexion, tout ceci n’était-il que promesses de campagne puis gestuelle de communiquant de la part du chef des armées ?
Car, nous, militaires, sommes des gens simples qui croyons à la parole d’un chef de l’Etat surtout lorsqu’il se présente en rupture avec ses prédécesseurs non seulement par les discours qui se veulent l’expression d’une pensée pragmatique rendue crédible par les actes, mais aussi par les méthodes qu’il a jugées d’une autre époque pour bien gouverner aujourd’hui.
 
Aussi le monde militaire avait-il cru en la promesse de jours enfin meilleurs et d’une priorité accordée aux armées dans leurs missions, dans leur vie quotidienne et donc par un effort budgétaire en proportion.
Tout s’est écroulé le temps d’un discours public prononcé devant tous les subordonnés du général de Villiers mais, également, devant les attachés de défense sur la place de Paris, inélégance supplémentaire et gratuite. Discours mensonger par ailleurs puisque le chef d’état-major n’a nullement rendu publics des propos tenus à huis clos devant une commission parlementaire. La fuite organisée par un député sûrement bien intentionné ne peut honnêtement lui-être mise à charge. Et de fait, même si certains propos tenus par le général étaient crus, au moins avaient-ils la rude sincérité du soldat. Ils traduisaient, aussi, le désarroi et le sentiment d’avoir été trahi puisque, semble-t-il, la question budgétaire était une condition mise par le chef d’état-major à la prolongation de ses fonctions, acquise juste avant cette crise.
Discours mensonger aussi, car les 850 millions d’euros à charge désormais de l’enveloppe budgétaire initiale de la défense ne peuvent être considérés comme une mesure "indolore". A très court terme sans doute, encore faudrait-il avoir l’assurance d’ici la fin de l’année que l’impact ne sera pas porté sur les crédits de la vie courante ou de la maintenance des matériels. La majorité des coupes devraient être appliquées sur les investissements avec des conséquences qui seront loin d’être anodines car, par le jeu de la technique budgétaire (1), ce pourrait être plusieurs milliards d’euros de commandes ou de passations de contrat de développement qui se verront reportés à plus tard. Mécanique désastreuse qui court depuis plusieurs décennies et qui vaut aux armées d’attendre indéfiniment le renouvellement de ses matériels, dont certains majeurs (véhicules blindés et hélicoptères de l’armée de terre par exemple, avions ravitailleurs de l’armée de l’air, drones, bâtiments de la marine, etc.) ou, quand ils arrivent enfin, c’est à dose homéopathique, avec des livraisons aux forces étalées sur plus d’une décennie contraignant les unités à servir un ensemble d’équipements hétéroclites et procédant parfois de l’échantillonnage…
 
On reste confondu devant ce qu’il faut bien appeler une faute politique de la part du chef de l’Etat mais aussi de son gouvernement. Car, il semble que le général de Villiers ait appris cette mesure par des voies détournées ou par la presse. Ainsi, sur une mesure qui contrevenait aux décisions actées par la loi de programmation militaire révisée en 2015 stipulant que les surcoûts des opérations extérieures et désormais intérieures seraient assumés par la réserve interministérielle (2), le chef d’état-major n’avait pas été apparemment consulté. Aucun échange, peut-on supposer, avec sa ministre de tutelle, Madame F. Parly pourtant ancienne de la Direction du budget et ancienne secrétaire d’Etat au budget, étrangement silencieuse tout au long de ce drame. Etait-elle dans la confidence ? Cela témoigne de la confiance que l’on s’accorde à ce niveau de l’Etat, entre membres du gouvernement déjà et avec les grands subordonnés du ministre.
 
Sommes-nous devant un cas d’école avec un tel exécutif où se mêlent amateurisme, incompétence, arrogance et peut-être aussi cynisme ? Car enfin, tout homme politique ne peut ignorer les mises en garde devant le manque de moyens et de crédits que, depuis des années et des législatures, tous les chefs d’état-major délivrent devant les élus du peuple au cours de leurs auditions par les commissions de défense. Sans être entendus des différents exécutifs qui se succèdent jusqu’aux événements tragiques de 2015 et 2016. Personne ne peut ignorer la situation actuelle des forces armées.
Produire une telle annonce, par la voix du ministre de l’action et des comptes publics (3), sachant que les armées en ignorent tout, relève de l’arrogance et du plus profond mépris. Surtout, elle démontre que les anciennes pratiques gouvernementales – au moins vis-à-vis des armées - pourtant sévèrement critiquées par le candidat à l’élection présidentielle, ont toujours cours et donc que rien ne change. Annonce qui avait forcément l’aval du chef de l’Etat dans un gouvernement dont les actes sont placés sous haute surveillance présidentielle, lequel ne s’en était pas entretenu au préalable avec le chef d’état-major des armées. Et ce n’est pas l’annonce tardive de madame Parly déclarant la levée partielle du gel de 1,8 milliard d’euros qui changera l’état d’esprit du monde militaire, puisque le Président lui-même l’a assuré de bénéficier de l’intégralité des crédits votés au budget de 2017. Ce gel est donc totalement abusif et participe encore une fois de la guérilla budgétaire traditionnelle de Bercy. Il devrait donc être levé en totalité ainsi que la réserve ministérielle débloquée, à cette heure, si on veut que les actes concordent avec le discours.
 
Le problème de fond, in fine, vient de la classe politique en général et de son inculture militaire inadmissible quand on sollicite la fonction présidentielle ou ministérielle, d’autant qu’elle est assez souvent doublée d’un mépris pour la chose militaire considérée à la seule mesure d’un faire-valoir avantageux à la face du monde lors des grands rendez-vous internationaux. Si cette culture était un tant soit peu assimilée, le Président aurait su qu’on n’admoneste pas un chef devant ses subordonnés, pire en public, et qu’on ne traite pas des soldats avec autant de désinvolture et de mépris. Les membres du gouvernement auraient porté une plus grande attention aux promesses de campagne. D’un autre côté, elle révèle également l’indifférence pour ne pas dire l’hostilité d’une part non négligeable de la haute fonction publique au sein des administrations et principalement à Bercy. Une parfaite illustration de cet état d’esprit nous a été délivrée par le porte-parole du gouvernement qui se répand, après coup, en propos désobligeants sur la personne du général de Villiers. Si vraiment, bien avant la genèse de cette affaire, les reproches étaient réels et déjà présents sur l’attitude du chef d’état-major, pourquoi l’avoir reconduit une année supplémentaire ? Pourquoi avoir dit que, bien sûr, il pouvait rester en poste ? Tout ceci traduit-il, de la part d’un très proche dit-on, la pensée du Président ?
 
Et pourquoi le Président, encore, a-t-il eu besoin de mettre les points sur les "i" en déclarant que la défense du budget, c’est la ministre des armées, cantonnant de la sorte le chef d’état-major au strict domaine opérationnel ? C’est oublier que le chef d’état-major des armées détient des responsabilités d’ordre budgétaire dans l’organisation financière de l’Etat depuis toujours, rappelées et précisées par la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF) en 2006. Comme responsable de deux des quatre programmes de la "mission défense" du ministère : "emploi des forces" (fonctionnement et vie courante, maintenance des matériels) et "équipements", dernier domaine partagé avec le délégué général pour l’armement (DGA).
C’est oublier aussi que, seul après le chef des armées, le chef d’état-major est responsable devant ses troupes de la satisfaction de leurs besoins matériels, qu’il est le seul connaisseur, à un tel niveau dans l’administration, des besoins spécifiques du personnel, qu’il est redevable moralement de la défense de leurs intérêts particuliers et collectifs et des conditions de leur emploi en opérations. Il est, pour reprendre un langage que comprend bien le milieu politique, le chef syndicaliste des militaires. Or, s’il ne se bat pas en connaissance de cause pour l’obtention des crédits, qui le fera avec autant de compétence et surtout de cœur ? M. Macron a parlé au général de Villiers comme jamais il n’a parlé - et sans doute comme jamais il ne le fera – à un chef de centrale syndicale.
 
Après ce gâchis, il reste désormais à rétablir la confiance entre le chef des armées et ces dernières. Chose difficile car l’affaire laissera des traces indubitablement, à la mesure de la déception et de promesses qui semblent n’avoir pas été tenues. Le rôle du général Lecointre, nouveau chef d’état-major des armées, s’en trouve singulièrement compliqué, ardu et subtil. Il est attendu désormais par ses troupes. Car, il ne devra pas à leur égard laisser croire qu’il est en phase avec cette mesure restrictive de crédits et d’autres qui pourraient advenir. Il devra se montrer ferme vers l’exécutif, comme l’homme de convictions qu’il est, permet de le supposer. Il devra surtout démontrer à des hauts responsables indifférents à la cause militaire et aux personnels qui la servent, qu’on ne joue pas impunément avec eux, que ce soit par désinvolture, par inculture ou par cynisme. Que les armées restent, quoique certains en pensent, l’ultima ratio regum et que l’heure peut-être approche où elles le manifesteront par nécessité.
(1) Par la mécanique budgétaire "autorisations d’engagement/crédits de paiement (AE/CP)".
(2) A laquelle les armées participent cependant à hauteur d’environ 20 % de son montant.
(3) Anciennement, ministre du budget.

Général d’armée (2s) Jean-Marie Faugère

Conscription, réserves,"garde ..."

Publié dans En France
Conscription, réserves militaires et/ou "garde nationale"
 
La conscription pour quoi faire ?
Le débat sur la conscription, relancé par certains candidats à l’élection présidentielle avec les derniers événements sur le territoire national, souffre de ne pas répondre à la seule question qui vaille : la conscription pour quelle finalité ?
S’il s’agit de "faire la guerre" comme c’est le cas depuis plus de vingt ans sur les théâtres d’opérations extérieurs, alors, le choix de l’armée professionnelle ne saurait être mis en cause dans l’état actuel du monde et des menaces car, il y faut de "vrais" professionnels, entrainés et aguerris, ce que ne sera jamais un "conscrit".
S’il s’agit de préserver la nation et la population de la menace d’actes terroristes, alors c’est l’affaire des services de renseignement, des forces de police et de sécurité et, in fine, de la justice.
S’il s’agit d’apprendre aux jeunes français à se comporter en citoyen responsable et à présenter un profil acceptable sur le marché de l’emploi, alors, c’est le rôle des familles en premier lieu puis la mission de l’éducation nationale ou des centres de formation professionnelle. Certainement pas celui de l’armée (qui y concoure cependant pour ses propres militaires engagés).
S’il s’agit d’entretenir le lien armées-nation, cette question est davantage soulevée dans les discours officiels qu’elle ne répond à une réalité vécue par nos concitoyens, lesquels constituent, en effet, les foyers et les familles où l’armée recrute ses membres (on l’oublie parfois !). Tous les militaires sont issus de la société civile… mais, sans doute, une minorité seulement provient des classes aisées et dirigeantes… Sur ce point, et a contrario, on pourrait réfléchir utilement à une forme de service militaire des élites (grandes écoles, ENA, écoles de la magistrature, etc.).
 
De surcroît, parler de conscription, et donc d’un service national, voire militaire, à caractère universel est irréaliste, car elle concernerait une classe d’âge de 800 000 jeunes gens et jeunes filles. Aucune administration n’est en mesure d’accueillir un tel volume, même pour quelques mois (la durée minimum d’appel restant raisonnablement de six mois). Incorporer moins –beaucoup moins- qu’une classe d’âge supposerait de sélectionner et donc d’opérer une "discrimination" sur des bases (autres que médicales) qui seront toujours contestables et qu’il resterait à définir. Or, une formation militaire utile demande au minimum une année de formation individuelle et collective ; car, l’armée de haute technologie n’est plus celle la conscription d’antan et l’environnement, médiatique notamment, qui prévaut sur les théâtres d’opérations réclame une grande exigence professionnelle, technique, morale et comportementale.
 
Une réserve militaire dans quel but ?
En revanche et afin de préserver l’avenir, un système de réserves militaires - constitué de renforts individuels, d’une part, et d’unités de réserve, d’autre part - qui viendrait renforcer les capacités des armées sur le territoire national, principalement celles de l’armée de terre, conserve du sens, en particulier dans le contexte sécuritaire actuel ou prévisible à moyen terme. Cette réserve (1) dont la mission devra être clairement définie en termes militaires assurerait la protection du territoire et de la population (au sens de la posture de protection terrestre définie récemment) aux côtés et en complément des unités d’active dans la perspective extrême du dernier recours ou lors de la mise en œuvre des plans de secours aux populations. Comme pour ces dernières, le cadre juridique de son emploi demandera à être précisément défini. Il sera nécessaire de revoir de fond en comble également, les règles de l’activation de cette réserve vis-à-vis des employeurs civils des salariés réservistes par un dispositif incitatif et un cadre juridique qui restent à imaginer.
 
Adossées aux formations d’active –principalement l’armée de terre, encore une fois, la seule à éprouver le besoin d’un renfort important de personnel- par la désignation d’unités d’active parraines, les formations de la réserve militaire auraient avantage à être régionalisées autant pour leur recrutement que pour leur emploi éventuel sur le territoire national dans des missions de protection et sur un espace géographique qu’elles maîtriseraient. Pour emploi, elles répondraient aux mêmes subordinations que les unités d’active. Par ailleurs, la réserve pourrait également fournir des renforts individuels en cas de crise grave dans des domaines spécifiques (juridique, renseignement, soutien hospitalier, etc.) soit à partir d’anciens militaires d’active retournés à la vie civile (ceux à contrats plus ou moins courts), soit à partir de professions civiles dont les compétences s’avèreraient nécessaires dans le cadre de la gestion globale (interministérielle) des crises et des conflits. Cette réserve bénéficierait aux trois armées. Tout ceci appelle une réforme de fond de la réserve militaire et des moyens, financiers et matériels, que la France n’a jamais vraiment consacrés à cette vaste entreprise.
 
En résumé, les trois armées requièrent pour leur bon fonctionnement en situation de crise, notamment sur le territoire national, et encore plus en cas de conflit majeur, d’avoir recours :
pour les trois armées (terre, mer, air) et les organismes interarmées, à des réservistes "affectés individuels" dans les états-majors ou les unités de soutien sur des tâches bien spécifiées ; essentiellement des officiers et sous-officiers ;
pour l’armée de terre, à des unités constituées de réservistes, rattachées à des formations d’active pour un emploi sur le territoire national ; à condition d’être en mesure de recruter une ressource hiérarchisée en officiers, sous-officiers et soldats. Un régiment de réserve pour 2 départements constituerait un idéal ou 2 à 3 par nouvelle région administrative un minimum.
 
La question de la garde nationale
Relancée sur des bases incertaines par le Président de la république à la suite des actes terroristes de 2015, l’idée d’une "garde nationale" souffre de son antécédent historique en France et sera brouillée par la comparaison avec celle des Etats-Unis (2), laquelle restera hors de portée financière, déjà, et même, culturelle pour l’esprit français. Nécessairement à statut militaire, elle risquera de faire double emploi avec la réserve militaire qu’elle concurrencerait.
De surcroît, une garde nationale se devrait de jouir d’une autonomie assez large, indépendamment des armées, dans les domaines du commandement – donc des structures ad hoc, des états-majors -, du soutien et de l’administration, des organes de recrutement et de formation comme d’entraînement. Tout un ensemble qui serait redondant avec celui des forces armées et qui auraient nécessairement un coût, exorbitant, au détriment des moyens consacrés aux armées.
En conséquence, afin de ne pas multiplier les forces de sécurité intérieure, source de conflits de responsabilité et de confusion dans l’action, le bon sens recommande de s’en tenir à une réserve militaire, crédible, dotée des moyens adéquats et formée autrement que durant des week-ends laborieux qui sont soumis aujourd’hui au bon vouloir du volontariat de ses membres…
6 juillet 2016
(1) Précisons que la gendarmerie nationale dispose de sa propre réserve à statut militaire et que la police nationale bénéficie également de réservistes civils.
(2) Qui y consacrent, faut-il le rappeler, environ 30 milliards de dollars annuels. Et qui entretiennent également quatre réserves (Army, Navy, Air Force et Marine Corps) pour 20 milliards de dollars annuels soit un budget annuel cumulé pour l’ensemble de leurs réserves de près de 50 milliards de dollars ! La France pour sa part consacrait … 71 millions d’€/an à sa réserve militaire, chiffre porté progressivement vers 80 M€ après 2015….

Armées et terroristes

Publié dans En France
Armées et lutte contre les terroristes sur le territoire national
 
Il était normal que les armées soient mobilisées dans l’urgence et sous le coup de l’émotion lors des attentats de janvier 2015 pour rassurer la population. La protection de la population sur le territoire national est la mission prioritaire de l’armée de terre (essentiellement l’infanterie). La marine et l’armée de l’air (1), sont inappropriées par nature à de telles missions. Les forces spéciales, quant à elles, pourraient agir ponctuellement, en adaptant leurs modes d’action. Mais l’armée exécute cette mission dans un cadre juridique, aujourd’hui, foncièrement inadapté (on n’est pas sur un théâtre d’opérations extérieures) et sans véritable doctrine d’emploi. Elle pourrait être sollicitée en cas d’agressions multiples et éparses sur le territoire (2), si les forces de l’ordre et leurs unités spéciales se révélaient insuffisantes ou indisponibles ; elle le ferait au principe du "dernier recours".
 
En revanche, il n’est pas normal que, depuis cette date, la réflexion n’ait pas été conduite pour étudier le rôle éventuel de l’armée de terre et des forces spéciales dans ce type de situation et en adapter le cadre juridique. L’intervention de l’armée, ambiguë, imprécise et à durée indéterminée dans l’opération Sentinelle doit cesser dans sa forme actuelle. Le rôle de l’armée de terre, ses rapports avec les forces de l’ordre, les responsabilités hiérarchiques entre militaires et autorités civiles (préfets), le partage des tâches sur le terrain ne sont absolument pas précisés en l’état actuel, jetant confusion et trouble lors des interventions (3). Les unités de l’armée de terre sont cantonnées à la légitime défense sans pouvoir d’arrestation de personnes, de fouille, de contrôle d’identité (pas d’officiers de police judiciaire en son sein).
 
Sur le territoire national, la lutte contre le terrorisme est du ressort des services de renseignement, des forces de l’ordre (police et gendarmerie) et de la justice. Lorsque les terroristes interviennent comme ils l’ont fait, leur traitement revient aux unités spéciales des forces de l’ordre : RAID, BAC, BRI, GIGN, GIPN, soutenues si nécessaire par les escadrons de gendarmerie mobile (12 000 hommes) et les compagnies républicaines de sécurité (CRS, 13 000 hommes). A la limite, lors de ces interventions, l’armée de terre (10 000 hommes disponibles au détriment des autres missions) pourrait effectuer des actions de bouclage et de contrôle de zone en soutien des forces de l’ordre, mais avec des pouvoirs d’intervention quasiment nuls car actuellement limités à la seule légitime défense. L’impact serait seulement psychologique…
 
Les trois états d’exception : état d’urgence, état de siège, défense opérationnelle du territoire (DOT, mission de la gendarmerie) sont inadaptés au contexte du terrorisme tel qu’il se développe dans la société civile. Notamment les deux derniers qui verraient le transfert des pouvoirs de police à l’autorité militaire. Déjà, les effectifs de l’armée de terre disponibles sont au maximum de 10 000 hommes. Ensuite, l’armée de terre n’est ni organisée, ni formée, ni entrainée à ces tâches de police. Il faut donc légiférer et définir un nouvel état juridique adapté au contexte sécuritaire du jour, incluant une intervention possible de l’armée de terre et/ou des forces spéciales pour les cas paroxystiques.
 
Dans ce contexte, l’armée doit rester le dernier recours selon un cadre général qu’il faut également définir en termes d’emploi des forces (4) (doctrine) et de statut juridique. Tout reste à faire.
 
(1) Marine et armée de l’air assurent déjà dans leur milieu physique naturel des missions permanentes de sauvegarde maritime et de sûreté aérienne
(2) Mais, avec des modes d’action à inventer qui devront rester ceux d’une force militaire de combat.
(3) Le rapport du ministère de la défense sur « les conditions d’emploi des armées lorsqu’elles interviennent sur le territoire national pour protéger la population » et celui équivalent (déclassifié) du SGDSN n’apportent aucune solution réaliste ou évolution pertinente dans ce domaine et proposent le statu quo.
(4) Leurs modes d’action relèvent de la responsabilité du commandement militaire.

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