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GAVE Charles

GAVE Charles

Né le 14 septembre 1943
4 enfants


Economiste et financier

Président Fondateur de l'Institut des Libertés (www.institutdeslibertes.org)


Diplômé de l'université de Toulouse (DECSS d'économie)
     et de l’université de Binghamton (MBA),

Président Fondateur de Gavekal research (www.gavekal.com) et de Gavekal securities (Hong Kong)
Membre du conseil d'administration de SCOR
Co-fondateur de Cursitor-Eaton Asset Management (Londres) (1986)
Créateur de l'entreprise Cegogest (recherche économique) (1973)
 
Ouvrages
Charles Gave s'est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire :
Des Lions menés par des ânes (Editions Robert Laffont) (2003)
     où il dénonçait l'Euro et ses fonctionnements monétaires.
     Ouvrage préfacé par Milton Friedman
Un libéral nommé Jésus, Bourin, 2005
C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution. L'intelligence prend le pouvoir, Bourin, 2006
Libéral, mais non coupable, Bourin Éditeur, 2009
'Etat est mort, vive l'état - Editions François Bourin 2009
     Dernier ouvrage qui prévoyait la chute de la Grèce et de l'Espagne. 

URL du site internet:

RIP, Gilets Jaunes et ...

Publié dans En France
Referendum d’initiative Populaire (ou RIP), Gilets Jaunes et Système Politique

Il me semble raisonnable de commencer le papier de cette semaine par un rappel de ce qu’est la démocratie représentative qui a vu le jour en Grande-Bretagne, en 1689 à l’occasion de "la Glorieuse Révolution" qui donna au Parlement le droit de contrôler par le vote de l’impôt les dépenses de l’Exécutif (à l’époque le Roi, ou plutôt la Reine).
Comme en 1689, il fallait une semaine pour aller d’Ecosse en Angleterre les élites locales décidèrent d’élire des gens en qui ils avaient confiance pour défendre les intérêts des Gallois, des Irlandais, des Écossais à Londres.
La démocratie représentative était née et ce principe fut rapidement copiée et adaptée d’abord aux USA, puis en France et ensuite un peu partout dans le monde.
Deux difficultés apparurent très rapidement
- La première fut qu’à force d’habiter à Londres, les représentants oublièrent qu’ils étaient Ecossais, Gallois ou Irlandais et devinrent des Londoniens.
- La deuxième fût que le pouvoir central, à Londres, découvrit assez vite qu’il valait mieux envoyer des candidats de Londres directement qui se feraient élire sans difficultés localement, surtout s’ils arrivaient avec un gros chéquier, les chèques étant tirés sur la capitale en utilisant les impôts payés par la province.
La capture par le centre des candidats locaux couplée à la colonisation des candidats locaux par la capitale, tels furent toujours les deux écueils sur lesquels la démocratie représentative se fracassa souvent tout simplement parce que de représentation locale, il n’y en avait plus. Pour traiter le problème, les anglais qui voulaient que le système marche, passèrent donc d’un suffrage censitaire au suffrage universel (en 1928) pour finir par transférer une grande partie des pouvoirs politiques concentrés au centre à des parlements locaux, ce qui répondit au moins à une partie des problèmes.
 
Revenons à la France : le but des élites en France n’a jamais été de faire fonctionner la démocratie du mieux qu’ils le pouvaient mais de se maintenir au pouvoir quoiqu’en pense le Peuple.
Le but fût atteint avec la Constitution Bonapartiste et centralisatrice de la Vème en 1958. En France, depuis cette date, la situation de la représentation provinciale n’a cessé de se dégrader tant cela a été le but unique des classes dirigeantes puisque tout le monde sait qu’il n’y a de gens intelligents et compétents qu’à Paris.
Il me semble donc raisonnable ici de rappeler que notre système politique est passé maître depuis longtemps dans l’utilisation de toutes les astuces qui peuvent être utilisées pour vider la "démocratie représentative" à la fois de toute représentation et de toute démocratie. 
 
Aux deux méthodes anciennes que j’ai mentionnées plus haut et qui ont été utilisées sans discontinuité depuis 1958, la classe dirigeante que j’appellerai "la Classe" a réussi depuis cinquante ans à :
 
1 -  Enlever à la représentation démocratique des provinces - le parlement - tout pouvoir sur quoi que ce soit. C’est ce qu’à fort bien réussi la Constitution Bonapartiste de la Vème République où le parlement de dispose d’aucun pouvoir. FAIT
 
2 -  Remplacer les élus provinciaux par des envoyés de Paris, faute de quoi la commune, le département, la région seront abandonnés à leur triste sort puisque personne ne saura parler à l’exécutif qui contrôle la manne des subventions étatiques. La création de l’ENA a beaucoup aidé à cette mise au rencart des élites locales. FAIT
 
3 -  Bâtir des systèmes électoraux qui permettent de rester au pouvoir même si l’on est largement minoritaire. En Grande-Bretagne, nous avons un système uninominal majoritaire à un tour : celui qui est en tête le jour de l’élection est élu et voilà tout. En France, nous avons un système à deux tours qui permet à toutes les combinaisons d’état-major d’avoir lieu. Imaginons qu’un parti enregistre 40 % des votes et deux autres 30 % chacun. En Grande-Bretagne, le parti a 40% serait largement majoritaire. En France les deux partis à 30 % peuvent s’allier au deuxième tour pour éliminer le parti dominant en portant l’anathème sur le premier qui se retrouvera avec zéro député, ce qui finit par décourager les troupes…FAIT
 
4 -  Demander à des amis fortunés, qui ont fait leur argent grâce au capitalisme de connivence d’acheter toutes les gazettes du pays, toutes les chaines de radio, toutes les télévisions de façon à ce que personne n’entende jamais parler des candidats qui pourraient mettre en cause le monopole des oints du seigneur sur le pouvoir.  FAIT
 
5 - S’assurer de la soumission des tribunaux pour utiliser le pouvoir des juges à bon escient au bon moment (cf. Affaire Fillon par exemple, exemple parfait d’un coup d’état mené avec l’aide des juges). Comme le disait l’un de mes professeurs de Droit à Toulouse il y a bien longtemps, "Il y a la magistrature assise, la magistrature debout, mais la plus utile au pouvoir a toujours été la magistrature couchée", les membres de cette magistrature-là étant les seuls à faire une carrière convenable, comme on le voit tous les jours. FAIT
 
6 - Faire passer des lois scélérates visant à empêcher la liberté d’expression, du type des lois mémorielles et demander à une autre partie de l’appareil judiciaire d’utiliser ces lois pour condamner toute forme de dissension. FAIT
 
7 -  Contrôler l’appareil bancaire et financier pour bloquer toute tentative de révolte : FAIT
 
8 -  Transférer à des copains non élus en dehors du pays des pouvoirs essentiels telles la surveillance des frontières, le droit des gens, la police de la pensée ou que sais-je encore, dans l’espoir que ces transferts feront comprendre aux manants qu’il est vraiment inutile de se rebeller puisque plus personne ne peut rien y changer dans le pays. FAIT
 
9  Eliminer les leaders gênants : si un homme politique, tel Berlusconi, était assez sot pour s’opposer à "la Classe", alors on organisera un coup d’état et il sera remplacé par un Quisling de service de façon à calmer les velléités de retour à la démocratie que certains pourraient envisager. FAIT
 
10 - Ne jamais prendre en compte le vote du Peuple : si par malheur à l’occasion d’un référendum, un vote tournait mal pour la Classe, eh bien on passera en force comme monsieur Sarkozy l’a très bien montré pour la Constitution Européenne. Et bien sûr c’est ce que cette classe est en train d’essayer de faire en Grande-Bretagne aujourd’hui. FAIT
 
L’embêtant pour la Classe est que les citoyens commencent à se rendre compte que dans le fond la démocratie est devenue une espèce de théâtres d’ombres où les gens qui ont le pouvoir font semblant d’organiser des élections, le peuple étant supposé être dupe et croire que les résultats vont changer quelque chose. Hélas pour eux, nous sommes arrivés au moment où cela ne marche plus : Comme l’a dit Lincoln "On peut tromper une personne tout le temps, tout le monde quelque temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps.".
Nous y sommes.
 
Et donc si j’analyse la situation politique purement française, j’arrive à une conclusion toute simple : il y a bien longtemps que les Français ne vivent plus en démocratie tant tous les pouvoirs ont été accaparés par une nomenclature qui a placé ses hommes à tous les points névralgiques et bloque tous les changements.
En conséquence, nous vivons dans une réalité économique et politique qui à peu à voir avec une économie libre ou une démocratie et tout à voir avec le genre de système qui fonctionne à la satisfaction de ceux qui détiennent le pouvoir en Sicile ou en Arabie Saoudite.
 
L’une des caractéristiques de ces systèmes est que la meilleure façon de s’assurer de l’obéissance des sujets (qui ne sont plus des citoyens) est de les maintenir dans la précarité et dans l’angoisse de louper la prochaine subvention que "not ’bon maitre" va nous envoyer de Paris.
Mais là, l’équilibre est très difficile à maintenir car il y a deux écueils à éviter.
- Le premier est que pour des raisons incompréhensibles, une heureuse prospérité se mette à régner, ce qui pourrait donner aux manants l’idée qu’ils n’ont plus besoin de demander des aides à leurs bons maîtres à Paris.
- Le deuxième est que la vis ait été trop serrée et que, crevant de faim et n’ayant plus rien à perdre, les mêmes manants se lancent dans une jacquerie et se mettent à pendre aux lampadaires ceux qui pensaient que les esclaves ne se révoltent jamais.
On le voit, le chemin est étroit et une erreur est vite arrivée…
Et c’est ce qu’est en train de découvrir monsieur Macron, qui a trop serrée la vis et se trouve dans la deuxième situation… ce qui a permis l’émergence d’un mouvement étonnant, venant des profondeurs de l’Histoire de France, le mouvement des Gilets Jaunes.
Car pour moi les gilets jaunes sont les descendants de ceux qui ont accompagné Philippe Auguste à Bouvines, Jeanne d’Arc à Orleans, ou de ceux qui sont montés dans les Taxis de la Marne ou suivis de Gaulle à Londres.
Et sur leurs ronds-points, ils redécouvrent la merveilleuse fraternité de ceux qui se revendiquent Français, tout en faisant griller des merguez, ce qui est rigolo.
 
En fait, je crois fermement, comme le disait Bernanos,”qu’il y a une bourgeoisie de droite, qu’il y a une bourgeoisie de gauche mais qu’il n’y a pas un peuple de droite et un peuple de gauche mais simplement un Peuple de France”.
Les Gilets Jaunes représentent la France de toujours et la preuve en est qu’ils sont insultés sans arrêts par les chiens de garde de la Classe. Les media n’arrêtent pas en effet de nous dire qu’ils n’ont pas fait d’études, sont à la limite de l'imbécillité congénitale, sentent mauvais, sont grossiers et n’ont pas dents…
Je ne crois rien de tout cela car ils ont parfaitement compris que ceux qui leur ont volé leur droit de vote veulent maintenant les dessaisir de leur propre pays, la France. Et la grande nouveauté est que ce Peuple aujourd’hui sait qu’on l’a emmené en bateau et est en train de prendre conscience de sa force. Gulliver se réveille et veut se libérer de tous les liens qui l’enserrent. Et les nains ont peur…
Et je suis très ému de les voir vouloir défendre à la fois leur démocratie et leur pays. C’est ce que j’espérais depuis longtemps.
 
Et si j’avais un conseil et un seul à leur donner ce serait celui -ci : ne vous dispersez dans vos demandes car une seule demande est essentielle : celle du referendum d’initiative populaire.
Par ce biais et par lui seul, vous pourrez reconquérir et vos droits et votre pays.
Ce qui veut dire que vos ennemis, qui sont aussi les miens, et qui sont regroupés dans cette horrible "Classe", vont tout faire pour vous empêcher d’obtenir ce résultat. Voyez ce qui se passe en Grande-Bretagne ou aux USA … Ils vont essayer de vous acheter, de vous diviser, de susciter la peur chez les plus craintifs, de faire monter des faux chefs chez vous qui vous emmèneront au désastre. Surtout, surtout restez Désunis sauf sur une chose : le référendum.
La seule demande que vous devez faire, c’est le Référendum d’Initiative Populaire.
Si vous l’obtenez ils sont perdus.
Si vous ne l’obtenez pas, la France est perdue.

Paru sur institutdeslibertes.org, 21 janvier 2019

Les Etats-Unis deviennent...

Publié dans De par le monde
Les Etats-Unis deviennent isolationnistes
 
Une fois de plus, nous allons devoir réfléchir tous ensemble tant je suis loin d’être certain de bien comprendre les conséquences de ce que je suis en train d’écrire.
Le Président Trump vient de dire qu’il allait sortir de Syrie les 20 000 hommes de troupe américains qui s’y trouvent. Il parle aussi de faire revenir au pays au moins la moitié du contingent américain d’Afghanistan, ce qui déclenche une grosse panique chez les chauds partisans du complexe militaro industriel aux USA qui vont tout faire pour l’en empêcher. Mais ceci est une autre affaire.
Ce qui explique peut-être cette décision est l’annonce par les Russes qu’ils auraient mis au point des missiles naviguant à mach 10 et donc complètement 'inarrétables', ce qui veut dire en termes simples que tous les porte-avions américains sont maintenant susceptibles d’être détruits par les Russes en quelques minutes, ce qui ferait mauvais effet.
Et les Chinois qui testent le même genre d’armement ne seraient pas loin derrière.
 
La réalité est donc toute simple ; dans la course aux armements, les Etats-Unis, empêtrés dans des guerres territoriales où ils n’avaient rien à faire et où ils auraient dépensé environ 15 000 milliards de dollars sur les 15 dernières années (excusez du peu), ont laissé tomber la recherche sur les nouveaux armements et donc ne produisent plus les meilleures armes au monde, pour la première fois depuis 1941.
Ce qui fout en l’air toute la stratégie militaire des Etats-Unis qui a toujours été fondée sur une projection de force le plus loin possible des Etats-Unis par l’intermédiaire de ses flottes, toujours organisées autour d’un ou deux porte-avions entourés de bateaux qui les protègent et capables d’abattre tous les missiles qui se dirigeraient vers le porte-avion. Cette stratégie est obsolète, puisqu’aucun missile d’interception américain n’est capable d’arrêter les nouveaux engins Russes.
Conceptuellement, les Russes sont donc maintenant capables de lancer une attaque éclair de "première frappe" qui ne serait pas automatiquement nucléaire mais qui feraient disparaitre tous les points de représailles possibles, sauf les sous-marins, ce qui forcerait les Etats-Unis à faire monter le conflit aux extrêmes, comme le craignait René Girard dans son livre sur Clausewitz et serait un suicide collectif.
 
Devant ce qui est une nouvelle réalité, les autorités américaines ont le choix soit d’essayer d’établir des bases militaires sur le sol même des pays qu’elles veulent contrôler, ce qui est la recommandation des néo-conservateurs américains, soit de se replier le plus vite possible sur le territoire américain en abandonnant toute prétention à un empire, laissant le reste du monde se débrouiller tout seul et donc se défendre tout seul, ce qui semble bien être l’idée de monsieur Trump.
Et puisque la grande idée du Président US est de forcer les entreprises à produire aux Etats- Unis si elles veulent vendre aux Etats- Unis, plutôt que partout ailleurs, il ne voit pas très bien pourquoi il devrait protéger militairement les voies de communications qui permettent aux gens qui produisent ailleurs de vendre aux USA moins cher en bénéficiant de la protection de la flotte US dont ils ne payent pas les coûts. D’une certaine façon, protéger les voies de communication, c’est protéger les concurrents des Etats-Unis sans leur faire payer le cout de cette protection. Une idée que monsieur Trump a toujours trouvé bizarre. Et on ne peut pas lui en vouloir….
 
Si le lecteur accepte cette réalité, qu’est que cela veut dire pour nous, Européens ou Français ?
Essayons de comprendre, ce qui ne va pas être chose aisée.
Commençons par la Méditerranée qui était devenue un lac américain, avec la VIème flotte, basée à Naples, d’où l’on contrôle l’Est, l’Ouest et le Sud de la mare nostrum (Un porte- avions, le Truman, 40 bateaux, 175 avions embarqués, 20 000 hommes), des bases importantes en Turquie, une base anglaise à Chypre, des bases en Iraq et une en Syrie, en Territoire Kurde …). La protection de la flotte américaine aujourd’hui ne vaut plus tripette, la base en Syrie a fermé, les troupes américaines quittent ce pays, ce qui est une défaite incroyable pour leurs alliés Saoudiens et une victoire tout aussi étonnante pour les Russes, les autorités locales en Turquie font toutes sortes de difficultés quand les USA utilisent leurs bases dans ce pays. Reste l’Iraq, qui est bien loin et pas bien sûr. Quant à Israël, voilà un pays qui a d’autres chats à fouetter et où les USA n’ont pas de présence militaire.
Pour être réaliste, le Moyen-Orient est donc passé de fait sous le contrôle des Russes, à partir de Tartous et de Vladivostok en raison de la révolution technologique dans les armements à laquelle la Russie vient de parvenir.
Inutile de dire que monsieur Erdogan a compris de quel côté sa tartine était beurrée et qu’une nouvelle alliance Turco-Russe pour contrôler l’Iran et l’Europe se dessine à l’horizon, ce qui serait un peu le mariage de la carpe et du lapin et ressemblerait fâcheusement au pacte Ribbentrop -Molotov de sinistre mémoire.
 
Il me semble que l’on peut dire aujourd’hui que l’idée de l’ex Président Sarkozy que la France rejoigne le commandement militaire de l’Otan pendant son mandat sans rien obtenir en échange est de la même qualité que sa décision de ne pas respecter le vote des français et de nous imposer la Constitution Européenne rédigée par cet autre grand désastreux monsieur Giscard sous le nom de traité de Lisbonne.
La bonne nouvelle est que les marines nationales italiennes et françaises vont sans doute pouvoir faire la police au large de la Lybie sans avoir à en demander la permission aux USA, et donc contrôler les flux migratoires, ce qui leur était interdit par les US depuis longtemps, mais va peut-être être autorisé, aux Italiens en tout cas.
Hélas, l’Espagne gérée par le Mélenchon local reste grande ouverte, quoique Vox soit en train de monter en force.
Mais imaginer le Président Français donner cet ordre à la marine française implique un changement dans la compréhension du monde de monsieur Macron, ce qui n’est pas gagné d’avance compte tenu de la remarquable capacité du personnage à ne rien comprendre au monde réel. On pourrait dire de monsieur Macron ce que Raymond Aron disait de Giscard : "Un homme brillant (?), qui ne sait pas que l’Histoire est tragique"
 
Venons-en au Nord de l’Europe, beaucoup plus important.
Ayant perdu la maitrise des mers qui était la leur jusqu’il y a peu, les USA ont immédiatement dénoncé le traitement de limitations des armes nucléaires qui les liaient à la Russie et il ne pouvait pas en être autrement, puisqu’il leur faut rétablir des sites de missiles nucléaires mobiles sur terre et non plus sur mer.
Mais les autorités allemandes en la personne du ministre des affaires étrangères ne l’entendent pas de cette oreille et ont fait savoir que c’était hors de question. Donc, non seulement les allemands ne veulent pas payer pour leur défense mais ils ne veulent pas que cette défense soit organisée à partir de leur territoire et on les comprend. Et en plus, le gaz qui permet à leur industrie de tourner vient de … Russie.
Quant aux Anglais, ils ont pris la décision de quitter ce bateau qui coulait il y a déjà deux ans et voilà qui ne va pas les inciter à revenir.
Bref, la nouvelle donne stratégique va couper l’Europe en deux, entre ceux qui vont se dire autant être protégée par les Russes (les Allemands) et ceux qui voudront continuer à être protégés par les USA du style du groupe de Visegrad.
Et c’est peut-être à ce moment-là qu’il nous faut nous souvenir du mot de Lord Palmerston, le premier ministre Conservateur en Grande-Bretagne au XIX ème siècle : "Les Nations n’ont ni amis permanents, ni alliés permanents. Elles n’ont que des intérêts permanents qu’il appartient au gouvernement de défendre".
 
Jusqu’à maintenant, je n’ai fait qu’un état des lieux.
A partir de maintenant je vais faire des hypothèses et donc je vais passer des faits a des conjectures, ce qui veut dire que j’ai de bonnes chances de me tromper.
Si mon analyse est la bonne, quel est l’intérêt des USA aujourd’hui ? Avant tout, et dans la vieille tradition de la diplomatie britannique empêcher une alliance russo-germanique qui dominerait sans difficultés l’Europe. Comment empêcher ce qui semble inévitable à tout observateur de bon sens ? La réponse est : en se rapprochant à toute allure du groupe de Visegrad, résurrection moderne de l’empire austro-hongrois dont on oublie trop souvent qu’il comprenait l’Italie du Nord pendant très longtemps, et lui offrir la protection militaire dont les Allemands ne veulent plus. C’est ce que monsieur Trump a annoncé lors de son voyage en Pologne dans le discours qu’il a prononcé à Varsovie.
Et pour casser le libre passage de l’Allemagne au travers du groupe de Visegrad, le plus simple serait de casser l’euro, en se servant de l’Italie comme Cheval de Troie.
 
Pour faire bref, l’euro était utile aux Américains tant que les Allemands acceptaient les missiles américains sur leur territoire. Comme ils refusent de payer les USA pour leur défense, qu’ils refusent que l’on mette les nouveaux missiles sur leur territoire et qu’ils continuent à acheter le gaz russe, on peut vraiment se dire qu’aux yeux des hommes qui décident aux USA, l’Allemagne est en train de devenir un danger car l’alliance de l’Allemagne avec la Russie serait une vraie catastrophe qui forcerait les USA à quitter l’Europe aussi vite qu’ils vont quitter le Moyen-Orient.
Comme l’a écrit Kissinger dans son grand ouvrage, parfaitement rasoir d’ailleurs sur la diplomatie, "Pauvre Allemagne, trop petite pour le monde, et trop grande pour l’Europe". Pour les USA, il est sans doute nécessaire aujourd’hui de rappeler à l’Allemagne qu’elle est ‘trop petite pour le monde' une fois encore. Si donc l’Allemagne continue à refuser les conseils "amicaux" des États-Unis, la meilleure façon de la (re)mettre au tapis, c’est tout simplement de la ruiner, ce qui limiterait l’intérêt des Russes, en demandant aux Italiens de faire le sale boulot en sortant de l’euro, tout en collant les missiles en Pologne ou en Tchéquie de façon à casser le continuum territorial entre l’Allemagne et la Russie, au cas où….
 
Et où tout cela laisse t’il la diplomatie française, si tant est qu’une telle chose existât encore ?
Bonne question du lecteur qui y aurait pensé et à laquelle je n’ai pas de réponse. Jamais, et je dis bien, jamais, la diplomatie française n’a poursuivi avec tant de constance des chimères dont tout le monde -sauf elle- voit bien qu’elles sont complétement inadaptées à la situation actuelle de l’Europe et du monde. Reparler d’une communauté européenne de la défense (CED) qui a échoué ignominieusement en 1954, après un refus du parlement français, c’est vraiment du grand n’importe quoi…
Mais comment voulez-vous qu’un pays qui ne contrôle ni sa monnaie, ni son taux de change, ni son budget, ni ses frontières ni l’immigration qu’elle subit et qui est en état de cessation de paiement si la BCE cesse d’acheter des obligations françaises ait une diplomatie indépendante ? La diplomatie française est à peu près aussi crédible que celle du Venezuela ou du Zaïre.

Comme je ne cesse de l’écrire depuis trois ans, nous sommes en train de rentrer à toute allure dans des temps révolutionnaires et un proconsul nommé par la Commission Européenne est au pouvoir en France. Dans cette optique, les gilets jaunes sont peut-être le début de la révolte qui permettra à la France de retrouver son indépendance et donc à terme une diplomatie, une vraie. Le chemin sera long et difficile, mais nous en avons vu d’autres.
"Allez la France, allez", comme on dit au Rugby, sport que monsieur Macron n’a jamais pratiqué.
La France est aujourd’hui sur les ronds-points et nulle part ailleurs, comme elle était à Londres en 1940.

Paru sur institutdeslibertes.org, 7 janvier 2019

Une colère populaire logique

Publié dans Du côté des élites
Gilets Jaunes : les raisons d’une colère populaire parfaitement logique
 
Je suis toujours complétement abasourdi par l’aveuglement de ceux qui prétendent nous diriger. Il m’arrive de penser que dans le fond, ils n’ont aucune compréhension des notions économiques de base qui devraient guider leurs actions et pour en faire la démonstration, je vais prendre l’exemple de la révolte des gilets jaunes qui semble se propager un peu comme les feux de tourbe autrefois, disparaissant ici pour réapparaitre un peu plus loin et ainsi de suite.
 
Je vais commencer par la notion de valeur qui est centrale à toute compréhension économique.
Je choisis souvent l’exemple de l’aigue-marine que ma mère portait sur sa main gauche. Cette aigue-marine n’avait pas grande valeur "marchande" mais pour moi elle avait une valeur infinie et donc elle n’avait pas de prix. La valeur est ainsi une notion purement subjective.
Ce qui m’amène à ma deuxième notion le passage de la valeur subjective à un prix objectif.
D’ici quelques dizaines d’année plus aucune personne vivante n’aura connu ma mère et cette bague, à la faveur d’un héritage ou d’un partage retrouvera un prix et changera de main, si j’ose dire. Et à cette occasion, prix et valeur seront équivalents pendant un très court instant, avant que de se séparer à nouveau, si cette bague orne une autre main qui sera vénérée par un autre fils.
Mais la chose importante dont il faut se souvenir, c’est qu’il y a des infinités de valeur qui se baladent dans le monde des hommes et qu’un objet ou un service peut changer de main soit par un troc soit par un échange d’argent contre objet et c’est cette deuxième transaction qui détermine le prix. Et, la chose phénoménale, est que de la fixation de ce prix si elle est libre nait une intense satisfaction pour les deux parties. Ce n’est pas la transaction qui crée de la valeur, c’est le fait que les deux parties soient libres. En fait un échange consenti librement entre deux parties accroit le bonheur général.
 
Milton Friedman disait toujours que la seule différence entre l’homme et l’animal était que l’homme était la seule créature à pratiquer l’échange volontaire et que c’était de ces échanges consentis librement que venait la civilisation. J’aimerai rajouter quelque chose à cette brillante idée : la recherche de l’échange gagnant-gagnant semble être une caractéristique plus féminine que masculine.
Laissez quelques petites filles dans une pièce et revenez quelques temps après, elles seront sans doute en train de jouer à la marchande alors que des garçons seront en train de se taper dessus. Il semble bien donc que la prise en compte de "valeurs" précédant la recherche d’un "prix" soit une caractéristique plus féminine que masculine et j’y reviendrai un peu plus bas.
 
Si donc, il est vrai qu’un nombre très important de femmes aient été présentes parmi les gilets jaunes, cela semble indiquer que la politique de monsieur Macron et de son gouvernement heurte beaucoup plus de valeurs "féminines" que la plupart des autres politiques débiles suivies par les gouvernements précédents et qui semblaient laisser les femmes de marbre.
Il va me falloir expliquer cette émergence de la colère féminine, et pour cela je vais en revenir encore une fois à des notions que tout un chacun devrait connaitre mais que nos élites semblent ignorer complétement.
 
Prenons une transaction de base monétaire argent contre service ou argent contre bien, qui permet la détermination d’un prix.
Si je suis celui qui achète, la question devient : comment se procurer l’argent qui va me permettre d’acquérir ce dont j’ai envie ? La réponse pour 95 % des gens au moins est : par mon travail d’aujourd’hui ou par mon travail du passé (mon épargne).  J’exclus le vol à ce point du raisonnement.
Ce qui me permet d’en venir à une seconde notion, celle de revenu qui limite mes dépenses dans le temps. Et tout un chacun sait que, et les revenus du travail et les revenus de l’épargne (taux d’intérêts zéro) ont baissé depuis une quinzaine d’années et que ce fut le résultat d’une politique menée aussi bien par la gauche que par la droite dans les pays du sud pour défendre le saugrenu Euro.
Or tous les économistes savent ou devraient savoir que ce qui compte pour la satisfaction des gens, ce n’est pas leur niveau de revenu relatif ou absolu mais que leur revenu à chacun d’entre eux croisse au travers du temps.
S’il il y a une hausse du revenu tout va bien, stagnation, la grogne s’installe, baisse la fureur gronde.
Depuis des années, le niveau stagnait.
Depuis l’arrivée de monsieur Macron au pouvoir, il baisse puisque toutes les mesures prises par le nouveau Président sont basées sur la conviction qu’il faut que le revenu moyen du français de base, baisse…  Et, c’est ce que le groupe de bobos qui l’entoure appellent "réformer". Réformer serait suivre une politique qui permette au revenu moyen de monter, mais pour cela il faut avoir du courage puisqu’il faut s’opposer aux puissants et non pas taper sur les faibles.
Qui sème le vent récolte la tempête… Même la sagesse populaire connait cette réalité
 
Poussons plus loin notre analyse du revenu.
Quiconque a des revenus limités sait qu’une grande partie de l’argent qu’il gagne devra être consacré à des tas de choses qui n’amusent personne et surtout pas celui qui paye : citons au hasard loyer, assurance, impôts, dépenses de nourriture, écoles des enfants, remboursement des emprunts…
Tant et si bien que les économistes calculent quelque chose qui s’appelle "revenu après dépenses obligatoires".
Et pour la plupart des gens, c’est l’évolution de ce revenu-là qui compte et pour une raison très simple que j’ai expliquée dans la première partie : c’est de l’échange de ce revenu-là contre des biens et des services acquis auprès de tierces personnes que vont venir les satisfactions.
Et donc, si le revenu général stagne, toute augmentation des dépenses obligatoires (qui ne procurent aucune satisfaction) amènera à une baisse des dépenses amusantes. Si en plus le revenu baisse, se déclenchera une considérable et bien compréhensible fureur de la victime.
Prenons un exemple : un travailleur qui gagnerait 1500 Euros par mois et qui devrait consacrer 80 % de ses dépenses à des achats forcés, dont 10 % pour le chauffage de sa maison et le prix de son carburant pour se rendre à son travail.
Tout compte fait, il lui reste 300 Euros par mois pour faire des dépenses qui l’amusent (aller voir jouer le BO à Aguilera, par exemple), ce qui n’est pas beaucoup surtout si l’on sait qu’il “coute” en fait 3 000 Euros à son employeur en frais réels.
Imaginons qu’un gouvernement de comptables décide de faire monter le prix de l’énergie de 50 % en quelques années pour des raisons de nature magique, comme le fait que la terre serait en train de rentrer dans une ère glaciaire….
A la place d’avoir 300 Euros pour enfin dépenser son argent comme cela lui plait, notre employé n’en a plus que 250 ce qui veut dire un effondrement de 16.66 % de son niveau de satisfaction, ce qui est gigantesque.
 
Et du coup, il passe un gilet jaune et j’en ferai autant et voici pourquoi : autrefois, le serf se définissait comme celui qui n’avait pas le droit de bouger, il était attaché à sa terre. Ne pas pouvoir bouger, c’est donc être un serf.
Augmenter le prix de l’énergie c’est donc ramener au servage des millions de gens (le grand rêve des écolos). Or Jacques Bonhomme n’a pas du tout envie de redevenir serf. Et que fait Jacques Bonhomme quand il n’est pas content ? Une bonne Jacquerie.
En fait, nous sommes donc en train de connaitre la première grande Jacquerie contre la pensée dominante écologique qui comme chacun le voit entrainera inéluctablement la réapparition du servage en France aboli pourtant depuis des siècles.
 
Mais venons en à la présence des femmes dans ce gigantesque happening
Et ici, je vais utiliser la pensée d’un homme prodigieux qui est apparu sur la scène médiatique il y a environ trois ans, un Canadien du nom de Jordan Peterson, professeur de psychologie à l’Université de Toronto et dont les vidéos sur You Tube ont été vues par des dizaines de millions de personnes.
Pour ceux qui comprennent
l’anglais, précipitez-vous et écoutez, c’est incroyable de qualité.
Que dit-il des différences entre homme et femme ? qu’elles sont réelles et profondes.
A ce sujet, il cite souvent l’exemple de la Suède, le pays qui depuis un siècle a le plus fait pour qu’il n’y ait aucune différence dans l’éducation entre les garçons et les filles, ce qu’il trouve très bien.
Et pourtant c’est le pays ou les choix de profession entre les deux groupes sont les plus fortement différenciés en fonction de deux sexes. Pour faire simple, les filles vont dans l’éducation et la médecine, les garçons dans l’informatique ou deviennent ingénieurs, ce qui est complétement contraire aux attentes des féministes.
Son explication ?
 
Les femmes s’intéressent aux gens, les hommes aux choses, et c’est une réalité qui est visible dans toutes les batteries de tests qui ont été mises au point dans les cinquante dernières années, au point que l’on peut considérer qu’il s’agit-là d’une vérité scientifique. Rendre les femmes plus libres les amène à choisir ce qu’elles préfèrent et encore une fois en tant que libéral, je ne peux qu’approuver des choix faits librement.
Et du coup, les femmes dans la réalité peuplent les associations caritatives et seront volontaires pour s’occuper des crèches, des plus anciens, des handicapés, de faire le catéchisme, d’aider dans les refuges d’animaux etc… et encore une fois cela est démontrable statistiquement par les grands nombres, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de femme ingénieur ou programmeur ou d’homme infirmier.
Revenons à mon individu qui gagne 1500 Euros par mois et supposons cette fois ci qu’il s’agisse d’une femme.
Si le prix de l’énergie monte, cela n’aura aucune influence sur la billetterie du BO puisque de toutes façons, elle n’allait pas au match, mais cela l’empêchera d’aller visiter une prison ou de s’occuper d’enfants autistes. Or, c’est de là qu’elle tirait toute sa satisfaction. Elle ne redevient pas serve : elle doit abandonner en fait ce qui donne un sens à sa vie et qui fait que notre société est moins dure pour les plus faibles.
 
Ce dévouement au secteur non marchand d’une part importante de la population est ce qui rend nos sociétés viables. Et ces actions nécessitent que toutes ces personnes de bonnes volontés bougent pour aller à la rencontre de tous ces malheurs individuels.
Augmenter le prix de l’énergie, c’est forcer les femmes à abandonner des gens qui sont déjà complètement seuls.
Peut-on imaginer une pire saloperie de la part des autorités ? Et tout cela parce que ces activités ne sont visibles nulle part dans les calculs du PIB !  Mais on s’en fout du PIB à la fin ! Combien de gens sont morts pour défendre un PIB ? En fait, et comme je l’ai écrit dans le passé en citant Shakespeare "Il y a beaucoup plus de chose dans le monde, mon cher Iago, que ne l’imagine ta philosophie".
 
Nos gouvernements ne connaissent que ce qui peut être mesuré. Nous sommes gouvernés par des gens qui confondent un plan comptable avec la Bible et les 10 commandements avec les Ukases de la Commission de Bruxelles.
Et j’ai envie de citer la phrase de Fouché commentant l’exécution du Duc d’Enghien à propos de l’augmentation du prix de l’énergie "Cela est pire qu’un crime, c’est une faute".

Paru sur institutdeslibertes.org, 25 novembre 2018

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