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GAVE Charles

GAVE Charles

Né le 14 septembre 1943
4 enfants


Economiste et financier

Président Fondateur de l'Institut des Libertés (www.institutdeslibertes.org)


Diplômé de l'université de Toulouse (DECSS d'économie)
     et de l’université de Binghamton (MBA),

Président Fondateur de Gavekal research (www.gavekal.com) et de Gavekal securities (Hong Kong)
Membre du conseil d'administration de SCOR
Co-fondateur de Cursitor-Eaton Asset Management (Londres) (1986)
Créateur de l'entreprise Cegogest (recherche économique) (1973)
 
Ouvrages
Charles Gave s'est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire :
Des Lions menés par des ânes (Editions Robert Laffont) (2003)
     où il dénonçait l'Euro et ses fonctionnements monétaires.
     Ouvrage préfacé par Milton Friedman
Un libéral nommé Jésus, Bourin, 2005
C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution. L'intelligence prend le pouvoir, Bourin, 2006
Libéral, mais non coupable, Bourin Éditeur, 2009
'Etat est mort, vive l'état - Editions François Bourin 2009
     Dernier ouvrage qui prévoyait la chute de la Grèce et de l'Espagne. 

URL du site internet:

Une colère populaire logique

Publié dans Du côté des élites
Gilets Jaunes : les raisons d’une colère populaire parfaitement logique
 
Je suis toujours complétement abasourdi par l’aveuglement de ceux qui prétendent nous diriger. Il m’arrive de penser que dans le fond, ils n’ont aucune compréhension des notions économiques de base qui devraient guider leurs actions et pour en faire la démonstration, je vais prendre l’exemple de la révolte des gilets jaunes qui semble se propager un peu comme les feux de tourbe autrefois, disparaissant ici pour réapparaitre un peu plus loin et ainsi de suite.
 
Je vais commencer par la notion de valeur qui est centrale à toute compréhension économique.
Je choisis souvent l’exemple de l’aigue-marine que ma mère portait sur sa main gauche. Cette aigue-marine n’avait pas grande valeur "marchande" mais pour moi elle avait une valeur infinie et donc elle n’avait pas de prix. La valeur est ainsi une notion purement subjective.
Ce qui m’amène à ma deuxième notion le passage de la valeur subjective à un prix objectif.
D’ici quelques dizaines d’année plus aucune personne vivante n’aura connu ma mère et cette bague, à la faveur d’un héritage ou d’un partage retrouvera un prix et changera de main, si j’ose dire. Et à cette occasion, prix et valeur seront équivalents pendant un très court instant, avant que de se séparer à nouveau, si cette bague orne une autre main qui sera vénérée par un autre fils.
Mais la chose importante dont il faut se souvenir, c’est qu’il y a des infinités de valeur qui se baladent dans le monde des hommes et qu’un objet ou un service peut changer de main soit par un troc soit par un échange d’argent contre objet et c’est cette deuxième transaction qui détermine le prix. Et, la chose phénoménale, est que de la fixation de ce prix si elle est libre nait une intense satisfaction pour les deux parties. Ce n’est pas la transaction qui crée de la valeur, c’est le fait que les deux parties soient libres. En fait un échange consenti librement entre deux parties accroit le bonheur général.
 
Milton Friedman disait toujours que la seule différence entre l’homme et l’animal était que l’homme était la seule créature à pratiquer l’échange volontaire et que c’était de ces échanges consentis librement que venait la civilisation. J’aimerai rajouter quelque chose à cette brillante idée : la recherche de l’échange gagnant-gagnant semble être une caractéristique plus féminine que masculine.
Laissez quelques petites filles dans une pièce et revenez quelques temps après, elles seront sans doute en train de jouer à la marchande alors que des garçons seront en train de se taper dessus. Il semble bien donc que la prise en compte de "valeurs" précédant la recherche d’un "prix" soit une caractéristique plus féminine que masculine et j’y reviendrai un peu plus bas.
 
Si donc, il est vrai qu’un nombre très important de femmes aient été présentes parmi les gilets jaunes, cela semble indiquer que la politique de monsieur Macron et de son gouvernement heurte beaucoup plus de valeurs "féminines" que la plupart des autres politiques débiles suivies par les gouvernements précédents et qui semblaient laisser les femmes de marbre.
Il va me falloir expliquer cette émergence de la colère féminine, et pour cela je vais en revenir encore une fois à des notions que tout un chacun devrait connaitre mais que nos élites semblent ignorer complétement.
 
Prenons une transaction de base monétaire argent contre service ou argent contre bien, qui permet la détermination d’un prix.
Si je suis celui qui achète, la question devient : comment se procurer l’argent qui va me permettre d’acquérir ce dont j’ai envie ? La réponse pour 95 % des gens au moins est : par mon travail d’aujourd’hui ou par mon travail du passé (mon épargne).  J’exclus le vol à ce point du raisonnement.
Ce qui me permet d’en venir à une seconde notion, celle de revenu qui limite mes dépenses dans le temps. Et tout un chacun sait que, et les revenus du travail et les revenus de l’épargne (taux d’intérêts zéro) ont baissé depuis une quinzaine d’années et que ce fut le résultat d’une politique menée aussi bien par la gauche que par la droite dans les pays du sud pour défendre le saugrenu Euro.
Or tous les économistes savent ou devraient savoir que ce qui compte pour la satisfaction des gens, ce n’est pas leur niveau de revenu relatif ou absolu mais que leur revenu à chacun d’entre eux croisse au travers du temps.
S’il il y a une hausse du revenu tout va bien, stagnation, la grogne s’installe, baisse la fureur gronde.
Depuis des années, le niveau stagnait.
Depuis l’arrivée de monsieur Macron au pouvoir, il baisse puisque toutes les mesures prises par le nouveau Président sont basées sur la conviction qu’il faut que le revenu moyen du français de base, baisse…  Et, c’est ce que le groupe de bobos qui l’entoure appellent "réformer". Réformer serait suivre une politique qui permette au revenu moyen de monter, mais pour cela il faut avoir du courage puisqu’il faut s’opposer aux puissants et non pas taper sur les faibles.
Qui sème le vent récolte la tempête… Même la sagesse populaire connait cette réalité
 
Poussons plus loin notre analyse du revenu.
Quiconque a des revenus limités sait qu’une grande partie de l’argent qu’il gagne devra être consacré à des tas de choses qui n’amusent personne et surtout pas celui qui paye : citons au hasard loyer, assurance, impôts, dépenses de nourriture, écoles des enfants, remboursement des emprunts…
Tant et si bien que les économistes calculent quelque chose qui s’appelle "revenu après dépenses obligatoires".
Et pour la plupart des gens, c’est l’évolution de ce revenu-là qui compte et pour une raison très simple que j’ai expliquée dans la première partie : c’est de l’échange de ce revenu-là contre des biens et des services acquis auprès de tierces personnes que vont venir les satisfactions.
Et donc, si le revenu général stagne, toute augmentation des dépenses obligatoires (qui ne procurent aucune satisfaction) amènera à une baisse des dépenses amusantes. Si en plus le revenu baisse, se déclenchera une considérable et bien compréhensible fureur de la victime.
Prenons un exemple : un travailleur qui gagnerait 1500 Euros par mois et qui devrait consacrer 80 % de ses dépenses à des achats forcés, dont 10 % pour le chauffage de sa maison et le prix de son carburant pour se rendre à son travail.
Tout compte fait, il lui reste 300 Euros par mois pour faire des dépenses qui l’amusent (aller voir jouer le BO à Aguilera, par exemple), ce qui n’est pas beaucoup surtout si l’on sait qu’il “coute” en fait 3 000 Euros à son employeur en frais réels.
Imaginons qu’un gouvernement de comptables décide de faire monter le prix de l’énergie de 50 % en quelques années pour des raisons de nature magique, comme le fait que la terre serait en train de rentrer dans une ère glaciaire….
A la place d’avoir 300 Euros pour enfin dépenser son argent comme cela lui plait, notre employé n’en a plus que 250 ce qui veut dire un effondrement de 16.66 % de son niveau de satisfaction, ce qui est gigantesque.
 
Et du coup, il passe un gilet jaune et j’en ferai autant et voici pourquoi : autrefois, le serf se définissait comme celui qui n’avait pas le droit de bouger, il était attaché à sa terre. Ne pas pouvoir bouger, c’est donc être un serf.
Augmenter le prix de l’énergie c’est donc ramener au servage des millions de gens (le grand rêve des écolos). Or Jacques Bonhomme n’a pas du tout envie de redevenir serf. Et que fait Jacques Bonhomme quand il n’est pas content ? Une bonne Jacquerie.
En fait, nous sommes donc en train de connaitre la première grande Jacquerie contre la pensée dominante écologique qui comme chacun le voit entrainera inéluctablement la réapparition du servage en France aboli pourtant depuis des siècles.
 
Mais venons en à la présence des femmes dans ce gigantesque happening
Et ici, je vais utiliser la pensée d’un homme prodigieux qui est apparu sur la scène médiatique il y a environ trois ans, un Canadien du nom de Jordan Peterson, professeur de psychologie à l’Université de Toronto et dont les vidéos sur You Tube ont été vues par des dizaines de millions de personnes.
Pour ceux qui comprennent
l’anglais, précipitez-vous et écoutez, c’est incroyable de qualité.
Que dit-il des différences entre homme et femme ? qu’elles sont réelles et profondes.
A ce sujet, il cite souvent l’exemple de la Suède, le pays qui depuis un siècle a le plus fait pour qu’il n’y ait aucune différence dans l’éducation entre les garçons et les filles, ce qu’il trouve très bien.
Et pourtant c’est le pays ou les choix de profession entre les deux groupes sont les plus fortement différenciés en fonction de deux sexes. Pour faire simple, les filles vont dans l’éducation et la médecine, les garçons dans l’informatique ou deviennent ingénieurs, ce qui est complétement contraire aux attentes des féministes.
Son explication ?
 
Les femmes s’intéressent aux gens, les hommes aux choses, et c’est une réalité qui est visible dans toutes les batteries de tests qui ont été mises au point dans les cinquante dernières années, au point que l’on peut considérer qu’il s’agit-là d’une vérité scientifique. Rendre les femmes plus libres les amène à choisir ce qu’elles préfèrent et encore une fois en tant que libéral, je ne peux qu’approuver des choix faits librement.
Et du coup, les femmes dans la réalité peuplent les associations caritatives et seront volontaires pour s’occuper des crèches, des plus anciens, des handicapés, de faire le catéchisme, d’aider dans les refuges d’animaux etc… et encore une fois cela est démontrable statistiquement par les grands nombres, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de femme ingénieur ou programmeur ou d’homme infirmier.
Revenons à mon individu qui gagne 1500 Euros par mois et supposons cette fois ci qu’il s’agisse d’une femme.
Si le prix de l’énergie monte, cela n’aura aucune influence sur la billetterie du BO puisque de toutes façons, elle n’allait pas au match, mais cela l’empêchera d’aller visiter une prison ou de s’occuper d’enfants autistes. Or, c’est de là qu’elle tirait toute sa satisfaction. Elle ne redevient pas serve : elle doit abandonner en fait ce qui donne un sens à sa vie et qui fait que notre société est moins dure pour les plus faibles.
 
Ce dévouement au secteur non marchand d’une part importante de la population est ce qui rend nos sociétés viables. Et ces actions nécessitent que toutes ces personnes de bonnes volontés bougent pour aller à la rencontre de tous ces malheurs individuels.
Augmenter le prix de l’énergie, c’est forcer les femmes à abandonner des gens qui sont déjà complètement seuls.
Peut-on imaginer une pire saloperie de la part des autorités ? Et tout cela parce que ces activités ne sont visibles nulle part dans les calculs du PIB !  Mais on s’en fout du PIB à la fin ! Combien de gens sont morts pour défendre un PIB ? En fait, et comme je l’ai écrit dans le passé en citant Shakespeare "Il y a beaucoup plus de chose dans le monde, mon cher Iago, que ne l’imagine ta philosophie".
 
Nos gouvernements ne connaissent que ce qui peut être mesuré. Nous sommes gouvernés par des gens qui confondent un plan comptable avec la Bible et les 10 commandements avec les Ukases de la Commission de Bruxelles.
Et j’ai envie de citer la phrase de Fouché commentant l’exécution du Duc d’Enghien à propos de l’augmentation du prix de l’énergie "Cela est pire qu’un crime, c’est une faute".

Paru sur institutdeslibertes.org, 25 novembre 2018

Guerre commerciale Chine/USA

Publié dans De par le monde
Guerre Commerciale Chine/ Etats-Unis
 
Si je devais résumer les articles que j’ai lu depuis que la "guerre commerciale" a commencé entre les Etats-Unis et la Chine, il me faudrait utiliser la célèbre formule que d’aucuns ont attribué au Maréchal de Mc Mahon : "Hier, nous étions au bord du gouffre, aujourd’hui nous avons fait un grand pas en avant".
A lire tous ces braves plumitifs dont l’incompétence ne le dispute qu’à la suffisance, nous serions au bord de la catastrophe, l’économie Chinoise va s’effondrer, le retour de la grande dépression est imminent et d’ici peu, il va falloir se balader en bicyclette et en robes de bure, chaussées de brodequins de chrétiens de gauche et claquant des dents sous la bise glaciale qui ne va pas manquer de se lever. Nous serons à la fois pauvres et laids. Curieusement, ce sont les mêmes qui nous disent depuis des lustres que la surpopulation entrainera la pénurie et que nous allons devoir nous promener à bicyclette etc… si nous ne sacrifions pas immédiatement à la déesse Gaia. J’imagine que dans le premier cas, ils pensent qu’eux aussi devront circuler à vélo à la place de se balader dans le second cas en voiture officielle bien chauffée, mais je suis peut-être injuste en pensant que ce qui les affole serait de se retrouver avec les gens du peuple, dont ils parlent beaucoup mais qu’ils n’ont jamais rencontré. Il est étrange de constater que ceux qui adorent l’Humanité détestent le peuple.
 
A mon humble avis, ces bienfaiteurs de l’humanité sous estiment gravement la capacité des Chinois à se préparer à ce qui leur apparaissait comme inévitable, c’est-à-dire un mouvement vers le protectionnisme de la part des Américains. Car en fait, les autorités de l’Empire du Milieu se préparent depuis dix ans au moins à cette éventualité et sont tout sauf surpris, car depuis 2008 au moins, ils organisent avec beaucoup de soin ce que j’ai appelé dans nombre d’articles "la dédollarisation de l’Asie"
Je m’explique.
 
Pourquoi 2008 ? Parce que c’est le moment ou les Chinois se sont rendus compte que nos banquiers centraux étaient des plaisantins dont le seul but était de demander au bourreau "encore cinq minutes" puisqu’ils n’hésitaient pas à foutre en l’air leur monnaie plutôt que de forcer les politiciens à s’attaquer aux réformes de fond. Inutile de dire que la crise de l’Euro de 2012 et les "solutions apportées", qui consistaient à ruiner les épargnants pour permettre le financement à fonds perdus des Etats sociaux-démocrates les a renforcés dans cette conviction. Leur impression très nette fût que nous étions devenus incapables de "boire la soupe amère" (que l’on boit après une cuite) pour utiliser leur expression ce qui veut dire que nous serions devenus incapables de nous imposer la moindre contrainte, aussi temporaire et légère serait-elle.
 
Car qu’ont-ils vu en 2008 ? Alors que tout le commerce inter-asiatique se passait exclusivement en dollar, d’un seul coup, après la faillite de Lehmann-Brothers, il devint impossible de trouver le moindre dollar sur le marché des changes et importations et exportations asiatiques s’écroulèrent pour la simple raison que le numéraire (le dollar) n’était pas disponible. Et pourquoi ? Parce que les grandes banques françaises financent ce commerce international, ce qu’elles font en empruntant de l’argent à New-York pour le prêter en Asie. Et pendant quelques mois, le banques françaises et étrangères ne purent plus emprunter du tout à NY.
Et depuis, les autorités chinoises se baladent partout en demandant aux Coréens, Taiwanais et autres, pourquoi diable facturez-vous vos clients étrangers en dollar ? Ce à quoi lesdits Taiwanais et Coréens répondent que la volatilité de leurs monnaies était trop forte, les mouvements de change trop importants, ce qui leur faisait courir des risques qu’ils ne pouvaient prendre. Qu’à cela ne tienne, répondirent les Chinois, que chacun s’occupe de la volatilité de sa propre monnaie vis-à-vis du Yuan et nous nous occuperons du reste !  Après tout si chacun maintient sa monnaie vis-à-vis du Yuan dans des limites étroites, tout le monde sera stable.
Et ce que l’on voit apparaitre après 10 ans, c’est un très joli serpent monétaire du style de celui que l’on avait en Europe avant l’introduction du détestable Euro. Et du coup, tout le monde peut faire du commerce dans sa monnaie nationale, celui qui serait en déficit pouvant se faire financer sans difficultés par la banque centrale Chinoise ou par les nouvelles institutions internationales créées par les autorités chinoises dont je vais parler maintenant.
 
Car les autorités chinoises ont créés  il y a quelques temps un nouveau FMI et une nouvelle banque mondiale dont ils offrirent une part du capital à tous les pays qui le voulaient bien, non seulement en Asie,  mais partout ailleurs, ce que la Grande-Bretagne s’empressa d’accepter, mais pas le Japon… Et du coup, si un pays a un problème, le nouveau FMI s’en occupera et si un autre a besoin de capitaux a long terme, la nouvelle banque mondiale sera très heureuse de fournir des prêts à long terme, en Yuan …
 
Continuons
Pour prévenir un ralentissement à craindre si les USA devenaient protectionnistes, quoi de plus normal que de préparer des listes de grands travaux à effectuer dans tous les pays d’Asie dans le cadre des nouvelles "routes de la soie" qui relieront tous ces pays à … la Chine, tant il est vrai qu’il n’existe pas d’empire sans que toutes les routes ne mènent à Rome.
Hélas, la Chine reste très dépendante et du pétrole et du dollar, puisqu’il lui faut payer ce pétrole en dollars…
 
Qu’à cela ne tienne, Xi et Poutine ont passé des accords selon lesquels la Russie fournira de plus en plus de pétrole et de gaz à la Chine, la Chine finançant les pipelines, et ce pétrole sera payable en yuan et non plus en dollars, ce qui change tout. Il devient en effet beaucoup moins indispensable pour la Chine de gagner des dollars puisqu’elle peut acheter tout ou partie de son énergie en yuan…
Oui mais voilà, du coup la Russie va se retrouver avec plein de yuan, dont elle ne saura pas trop quoi faire…
Aucun problème, la Chine a ouvert au début de cette année un marché àterme du pétrole, non pas en dollar comme tous les autres marchés à terme de l’or noir, mais en Yuan, ce qui permettra à tous ceux qui passeraient des contrats à long-terme avec la Chine de se couvrir sans difficultés, sans passer à aucun moment par le dollar et sans risque donc de tomber sous le joug des lois américaines, qui ont une fâcheuse tendance à s’appliquer de plus en plus aux non-américains.
Et si la Russie a encore trop de Yuans après s’être couverte, la Chine semble prête à convertir ces yuans en …or et pour ce faire stabilise sans doute le cours de l’or en Yuan qui a été extraordinairement stable depuis deux ans. Chaque fois que l’once d’or passe en dessous de 8200 yuans par once "quelqu’un" achète de l’or et ce quelqu’un est très probablement la banque centrale Chinoise. Tout se passe comme si la Chine garantissait que le prix de l’or ne sera pas autorisé à baisser en dessous de 8200 y, ce qui donne une garantie de stabilité à tous les détenteurs de yuans.
Bien entendu, tout cela pourrait être le fruit du hasard, mais je n’en crois pas un mot.
Les Chinois savaient depuis longtemps qu’un conflit commercial était inévitable avec les USA et ils ont soigneusement préparé le terrain.
 
Qu’est que tout cela veut dire en termes de placements ?
Voilà qui est simple.
La plupart des observateurs scrutent le cours du yuan vis-à-vis du dollar tous les jours et en tirent toutes sortes de conclusions qui n’ont aucun intérêt. La seule chose qui compte pour la Chine est la stabilité des monnaies asiatiques vis-à-vis du yuan. En aucun cas, il ne faut que la monnaie chinoise dévalue contre les autres monnaies asiatiques, puisque cela les rendrait moins compétitifs et les affaiblirait. La Chine a sans aucun doute décidé de passer par pertes et profits ses excédents avec USA, qui ont sans doute duré plus longtemps qu’ils ne l’espéraient et vont s’attacher à organiser LEUR zone.
Et comme tous ces pays vendent plus à la Chine qu’aux USA (dans un rapport de 3 à 1) et que le taux de croissance des exportations asiatiques vers la Chine est le double du taux de croissance des exportations asiatiques vers les USA, le lecteur comprendra sans peine pourquoi ces pays savent de quel côté leur tartine est beurrée… et écoutent avec beaucoup de soin ce que leur dit l’oncle Xi.
Qui plus est, dans le passé, quand le dollar montait, comme tous les emprunts locaux avaient été effectués en dollar, la région s’appauvrissait et les bourses locales baissaient. Et quand le dollar baissait, tout montait.
Et comme le dollar est monté cette année, tout le monde a vendu avec abandon l’Asie, ce qui était sans doute une erreur en raison des préparatifs de la Chine dont peu de gens ont perçu l’importance.
Et donc, à mon avis, cette baisse récente constitue une occasion d’achat, non pas simplement sur la bourse chinoise (qui n’est pas chère) mais aussi sur toutes les autres bourses asiatiques qui pèteront à la hausse le jour où les marchés se rendront compte que l’Asie est devenue indépendante du dollar.
 
Quand cela se produira-t-il ? Aucune idée. Je n’ai jamais eu le moindre sens du "timing" et, en plus de quarante ans de carrière je n’ai jamais acheté le jour du plus bas ni vendu le jour du plus haut. Mais 10 ans après, cela n’avait plus aucune importance.
Aussi, je pense en toute honnêteté que le meilleur portefeuille pour les années qui viennent sera constitué par des positions qui seront 50 % en obligations longues de l’état Chinois et 50 % d’actions dans la zone Asie Ex Japon.
Et demander à quelqu’un comme la HSBC de vous le constituer ne doit pas être au-dessus des capacités d’une banque dont le siège est à Hong-Kong/Londres (après avoir été à Shanghai).
Et je signale immédiatement aux râleurs de services (si, si, il y en a parmi les lecteurs de l’IDL) que je ne toucherai aucune commission de cette vieille institution dont l’origine remonte au trafic de l’opium au XIX -ème siècle, ce qui rassurera tout un chacun sur sa solidité financière, et qu’en tout état de cause, comme tout un chacun, je peux me tromper et que les fonds propres de l’IDL seront insuffisants pour compenser leurs pertes.
Parr contre, ils peuvent être certains que s’ils perdent, je perdrais sans aucun doute autant qu’eux.

Paru sur institutdeslibertes.org, octobre 2018

Vers un monde de ruptures

Publié dans De par le monde
Vers un monde de ruptures
 
Je suis bien embêté et le responsable est monsieur Trump.
Je m’explique.
Theodore Roosevelt, le Président US qui me rappelle le plus Donald Trump avait coutume de dire que la diplomatie était chose facile : il fallait parler doucement et se balader avec une grosse massue. Monsieur Trump, quant à lui parle très fort et distribue des coups de massue à droite et à gauche avec beaucoup d’abandon. A l’évidence, il veut foutre en l’air le cauchemar globaliste de Georges Soros et chacun peut voir qu’il y prend un grand plaisir.
Nous sommes en effet en train de changer de monde : jusqu’à monsieur Trump, nous vivions sur la croyance que les USA était une sorte de gentil "Hégémon" dont le rôle principal était de maintenir leur prééminence "diplomatique et culturelle" en acceptant de passer et de respecter des accords de coopération économique qui pouvaient parfois leur être défavorables mais le mythe restait que ce qui était bon pour la globalisation était bon "in fine" pour les USA.Avec le nouveau Président, tout cela est fini. Ses slogans "America first" ou "Make America great again" l’annoncent crûment. Le but de la nouvelle administration est de transformer l’ordre mondial pour qu’à nouveau, il soit d’abord favorable à l’économie américaine et donc aux entreprises quiproduisent aux USA, car il n’a guère de sympathie pour les "multinationales". Et il a décidé à l’évidence de se servir de toutes les armes dont les USA disposent, à l’exception peut-être des forces armées, ce qui est déjà un gros progrès sur ses prédécesseurs. Que le lecteur en juge en gardant en mémoire que le Président Trump a un but et un seul : faire monter la rentabilité des entreprises produisant sur le sol américain.
 
Par exemple :
- Le fameux Traité de Paris (qui n’en était pas un puisqu’il n’avait pas été entériné par le Sénat des Etats-Unis) imposait des obligations gigantesques aux Etats-Unis mais aucune à la Chine et à l’Inde, il en sort. Monsieur Erdogan met en prison un pasteur américain et ne veut pas le libérer ? Fort bien, la Turquie n’aura plus accès au dollar et du coup s’effondre économiquement. Le Président Obama avait signé un accord complètement idiot avec l’Iran ? Il l’annule et fait savoir que tous ceux qui commerceront avec ce pays ne commerceront plus avec les USA, et l’Europe de se coucher, en glapissant beaucoup cependant. Le principe est toujours le même : ou vous obéissez, ou le marché américain et l’accès au dollar vous sont fermés. Si quelqu’un a besoin de l’aide de USA, il doit donc venir la casquette à la main faire allégeance publique au suzerain et son cas sera-peut-être examiné avec bienveillance.
 
- Dans cet esprit, l’accès au dollar est rendu de plus en plus en plus difficile et des garanties juridiques doivent être donnée par tous ceux qui se servent du dollar telles qu’une acceptation totale de la prééminence du droit américain sur tout autre droit dès que le dollar est utilisé. Ainsi, les accords de paiement internationaux qui passent tous par Swift (le système de paiement international de droit belge) est forcé de suivre les diktats de Washington puisqu’une grosse partie des paiements ont lieu en dollar. Et donc, ou vous obéissez, ou vous ne faites plus de commerce international, voilà qui est simple.
 
- La protection militaire que les USA offraient à titre gratuit à nombre de pays, en particulier en Europe va soit cesser, soit devenir payante. Pour la protection de l’Europe, monsieur Trump aurait demandé à la chancelière allemande environ $ 300 milliards par an de "tribut" … elle aurait répondu que l’on ne discutait pas d’argent entre amis, ce à quoi le Président US aurait rétorqué qu’elle n’était pas son amie… Ambiance …
 
- Depuis des lustres, les USA vivent au-dessus de leurs moyens grâce au fameux privilège impérial qui leur permettait de payer leurs importations en donnant des billets verts plutôt qu’en donnant des marchandises, ce qui permettait à toute une série de pays du type de l’Allemagne de rester mercantilistes, en vivant en dessous de leurs moyens. Ce qui contribuait à la désindustrialisation des Etats-Unis. Trump leur fait savoir que s’ils ont besoin d’une demande pour acheter leurs produits, ils n’ont qu’à la créer eux-mêmes et qu’à partir de maintenant la demande américaine sera servie par des sociétés produisant aux USA, et voilà tout. Ce qui veut dire que les pays mercantilistes du style de l’Allemagne sont mal partis et vont devoir faire face à une forte baisse de la rentabilité de leurs sociétés, sauf bien entendu s’ils bâtissent à toute allure des usines aux USA.
 
Comme le lecteur peut s’en rendre compte, tout cela n’a rien à voir avec la "globalisation heureuse" de ce cher Attali. Le "parrain" est de retour et impose sa loi, sans considération aucune pour les états d’âme de ses vassaux. On est passé de tout ce qui est bon pour la globalisation est bon pour les Etats-Unis à : les USA vont mettre en œuvre ce qui est bon pour les USA et tant pis pour le reste du monde. Voilà qui a le mérite d’être clair.vJe ne dis pas : "c’est bien ou c’est mal". Je dis simplement "telle est la nouvelle réalité". Inutile de dire que les hommes de Davos sont ivres de rage… Mais du coup, cela rappelle à tout un nombre de pays qu’il existe une réalité essentielle en sciences politiques qui s’appelle la "souveraineté". (C’est la notion que le Président Macron déteste entre toutes. Ceux qui la soutiennent, d’après lui, sont atteints de "la lèpre" et "veulent la guerre".  Pauvre homme qui a l’évidence est totalement dépassé).
 
"Les Nations n’ont pas d’amis, elles n’ont que des intérêts" disait de Gaulle. Et du coup, un certain nombre de dirigeants qui ont cru aux promesses des Oints du Seigneur se retrouvent sans armée, sans indépendance financière, monétaire ou économique, ayant vendu leur droit d’aînesse pour un plat de lentilles.
Et donc le monde va se scinder en trois parties dont les formes se dessinent déjà
1 - L’Hégémon et ses vassaux.
2 - Les pays qui ont préservé une certaine souveraineté et qui vont s’organiser entre eux, Chine, Russie, Asie du Nord et du Sud Est.
3 - L’Europe de l’euro qui n’a plus ni armée ni indépendance économique et financière ni même une volonté d’exister et qui ne peut pas répondre au nouveau défi, empêtrée qu’elle est dans l’euro (Je m’explique plus bas).
 
Commençons par les USA :
je n’ai pas le moindre doute que si les Républicains l’emportent aux élections de Novembre, alors le durcissement américain augmentera de façon très forte et très violente.
 
Venons-en à l’Asie.
Pour moi, il est évident que la Chine a vu le coup arriver et s’est préparée en conséquence. Ce que va faire la Chine est assez simple : elle va laisser fluctuer sa monnaie vis-à-vis du dollar tout en la faisant monter vis-à-vis des autres monnaies asiatiques. Le but de cette manœuvre est tout simple : elle dit aux pays d’Asie : "ça va devenir difficile de vendre aux USA, et donc venez vendre chez moi".
En même temps elle va dire à l’Australie (charbon) à la Russie et à l’Iran (pétrole) : cessez de vendre vos matières premières en dollars, qui peuvent être bloqués par les Etats-Unis à tout moment si vous leur déplaisez et vendez-les-moi en Yuan, la monnaie chinoise. Et si du coup vous avez trop de Yuan, je vous les change contre de l’or par l’intermédiaire des marchés de Hong-Kong que j’ai organisé pour cela. Et d’ailleurs, si vous avez besoin de prêts pour développer vos infrastructures, il vous suffira de demander et on s’occupera de tout. Déjà, les monnaies asiatiques suivent comme leurs ombres la monnaie chinoise, et ce depuis 2009, et le marché obligataire chinois a été ouvert aux étrangers, ce qui permettra d’investir les excédents d’épargne de ces pays tout en se constituant des réserves de change dans la monnaie du pays dominant dans leur zone.
 
Passons à l’Europe.
Logiquement, c’est le moment ou les allemands devraient massivement re-évaluer leur monnaie (ils ont des excédents de leur commerce extérieur équivalents à 9 % de leur PIB ce qui est insensé). Ce faisant, ils rendraient à nouveau compétitifs les appareils industriels français, italiens, belges ou espagnols tout en favorisant leurs propres consommateurs, ce qui permettrait à ces pays de redevenir indépendants et souverains vis-à-vis des USA et donc de contrer monsieur Trump. Bien entendu, rien de tout cela ne peut se produire puisque nous avons l’euro et donc l’Allemagne ne peut réévaluer.
Mais alors, peut-être l’euro dans son ensemble devrait-il dévaluer pour sauver les économies du Sud ? Impossible, puisque cela serait une vraie déclaration de guerre de la part de l’Allemagne aux USA, que les entreprises allemandes sont dépendantes de Swift et que l’armée allemande n’existe plus. La bonne nouvelle est qu’un certain de pays en Europe ne sont pas dans l’euro et ont gardé leur souveraineté monétaire, je veux parler de la Grande- Bretagne, de la Suisse et de la Suède. Ces pays se sont déjà autorisés à dévaluer leurs monnaies, préservant ainsi leur compétitivité industrielle, ce qui ne fera qu’accélérer la chute des pays du Sud et l’effondrement de leurs économies, puisqu'en plus d’être non compétitives vis-à-vis de l’Allemagne et des pays asiatiques, ces pays vont se retrouver non compétitifs également contre la Suède, la Suisse et la Grande-Bretagne. …
Et encore bravo aux concepteurs de l’euro.
 
Terminons avec les perspectives financières qui ne seront que le résultat de ces mouvements qui semblent inarrêtables, sauf si le Président US souffrait d’une défaite importante lors des élections de Novembre de la part des mondialistes, ce que je crois peu probable.
Voici les grandes lignes autour desquelles pourraient s’organiser un portefeuille
 
- Les risques de rupture en Europe sont en train de s’aggraver de façon évidentes (Cf. Turquie et Italie), ce qui veut dire qu’il ne faut avoir aucune obligation dans la zone euro qui sera le centre du maelstrom. Cette part obligataire doit être remplacée par du cash en dollars, en Yen, en livre sterling et en couronne suédoise. Elle devrait représenter environ 1/3 du portefeuille, ce qui fournira le capital nécessaire lorsqu’il faudra racheter en Europe après ou pendant la crise.
Cinquante pour cent des positions devraient être en Asie, une moitié en obligations du gouvernement Chinois et l’autre moitié dans un indice représentant les actions en Asie et cet indice devra comprendre le Japon.
Le reste sera en cash en dollar ou en obligations très courtes du gouvernement US.
 
Il s’agit-là d’un portefeuille extraordinairement défensif, sans doute aucun le plus défensif que j’ai recommandé depuis le début de ces chroniques.
 
Pour conclure : pour être parfaitement honnête, les actions du Président Trump m’ont surprises par leur violence et il me semble évident qu’il est déterminé à rétablir un ordre mondial qui soit beaucoup moins favorable à Wall-Street et beaucoup plus favorable aux petites gens aux USA. Si les élections lui sont favorables en novembre, les pressions vont s’accentuer Cela ne peut pas ne pas engendre une casse considérable et le coup est parti.
Aux abris donc… Trump veut se payer les hommes de Davos et ça va faire mal.

Paru sur institutdeslibertes.org, 3 septembre 2018

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