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GAZZO Yves

GAZZO Yves

Né le 17 décembre 1946
Marié – 5 enfants





Ambassadeur de l'Ordre souverain de Malte auprès de l'Union européenne
Avocat inscrit au barreau de Paris


Docteur d’État es sciences économiques, Montpellier
Docteur d'État ès Sciences économiques de Paris, Sorbonne I
Diplômé de lInstitut d’études politiques (IEP) de Paris.
Ancien élève "l'Institut national des Langues et Civilisations orientales" (Arabe littéraire)
Chargé de cours à l'Institut d'études politiques de Paris entre 1985 et 1994
     (3ème cycle sur le monde arabe)

à la Commission européenne 
Ambassadeur de l’Union européenne près le Saint-Siège, l’Ordre de Malte et les organismes des Nations Unies basés à Rome (depuis 2009)
Directeur de la représentation en France (depuis 2003)
Ambassadeur, chef de la délégation
     en Éthiopie et accrédité à Djibouti (2001-2002)
     aux Philippines (1999-2001)
     en Jordanie et accrédité au Yémen (1994-1998)
Chef adjoint à l’unité ajustement structurel à la Direction générale à Bruxelles (1990-1994)
Conseiller économique à la délégation au Mali (1988-1990).

Conseiller en relations internationales au bureau européen de la banque mondiale
     à Paris (1985-1988),
Economiste à la Banque mondiale à Washington (États-Unis) entre 1980 et 1984
Conseiller économique au centre d’investissement
     de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
     à Rome (Italie) (1975 – 1979)
Conseiller économique au ministère du Plan du Niger (1973-1974)
Auditeur chez Arthur Andersen (1971-1972)

Membre titulaire de l'Académie des Sciences d'Outre-mer (Élu en 2006)
Membre du comité scientifique
     du Centre de développement des études juridiques (Cedej) au Caire depuis 2000
Membre du jury du Prix méditerranéen du livre

Ouvrages
L'Afrique du Nord d'hier à demain (1979) - Pétrole et développement, le cas libyen (1980) - La politique agricole des Etats-Unis (1984) - L'Endettement dans le monde Préface de Raymond Barre (1989) - Les Cicatrices du vent Préface de Michel Crozier (2008) - Sourire d'Harrar (2012) - Les chrétiens d orient en danger de mort (2014)

Nombreux articles et rapports, conférences et interviews (radios et télévisions françaises et étrangères)

Distinctions
Chevalier de la Légion d'honneur
Grand-Croix de l'Indépendance (Jordanie)
Grand-Croix de l’Ordre Chevaleresque Pie IX ( Saint-Siège)

Grand-Croix de l’Ordre pro Merito Melitensi de l’Ordre de Malte
Commandeur de l’Ordre de Sika Tuna Rang Lakan (Philippines)
Officier de l’Ordre National du 27 juin 1977 (République de Djibouti)
Chevalier de l'Ordre du Mérite (République de Pologne)

URL du site internet:

La zone franc, le Franc CFA,...

Publié dans En France
La zone franc, le Franc CFA, forces et faiblesses au-delà des polémiques politiciennes et des postures idéologiques
 
Le Franc CFA et son impact sur les sociétés africaines en particulier sont revenus sous le flash des projecteurs à l'occasion d'une “sortie“ tonitruante et peu diplomatique d'un jeune ministre italien. La présente note a pour objectif de rappeler ce que sont la zone Franc et le Franc CFA, leur évolution, leur utilité ou leur frein au développement économique et à la stabilité monétaire des pays de ladite Zone.
 
Zone Franc et Franc CFA. Un rappel
Mis en place par décret de la République Française le 25 décembre 1945, le Franc CFA allait évoluer notamment avec le processus de décolonisation des années 60, la création de la zone Franc, la dévaluation du Franc CFA en 1994 et la mise en place de l’Euro.
La Zone Franc inclut les anciennes colonies françaises d’Afrique Sub-Saharienne auxquelles il convient d’ajouter le Cameroun et le Togo (anciennement sous mandat) ainsi que la Guinée Equatoriale depuis 1985 et la Guinée Bissau depuis 1997.
C’est une Zone de 19 États ou entités administrées et qui comprend quatre ensembles :
- 8 États de l’Afrique de l’Ouest font partie de l’UMOA (l’Union Monétaire Ouest Africaine) et sa Banque Centrale, la BCEAO.
- 6 États de l’Afrique Centrale appartiennent à la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale) avec leur Banque Centrale, la BEAC.
- l’Union des Comores et son Franc Comorien.
- les 3 collectivités françaises du Pacifique (Nouvelle Calédonie, Polynésie Française, Wallis et Futuna) et son Franc Pacifique.
La Zone a connu une non-adhésion de l’une de ses anciennes colonies (la Guinée Conakry qui a un Franc Guinéen mais lié ou garanti par aucune devise ou ensemble monétaire), un départ (Madagascar et son Franc Malgache). Le Mali en est sorti puis il a réintégré la Zone en 1985 et deux arrivées (Guinée Equatoriale, hispanique et Guinée Bissau, lusophone). Djibouti utilise le Franc Djiboutien qui est lié au Dollar US.
 
Le Fonctionnement de la Zone
C’est une Zone qui jouit de système de change commun avec une parité fixe tout d’abord avec le Franc Français puis avec l’Euro depuis le début du 21ème siècle.
La valeur du Franc CFA est garantie par le Trésor Français (inscrit dans le Traité de Maastricht) qui tient un compte d’opération au nom des trois Banques Centrales de la Zone Franc. Ces dernières gèrent leur Zone Monétaire respective et s’adressent au Trésor Français en dernier recours, crédit provisoire qui peut aller jusqu’à 20 % des recettes budgétaires de l’État demandeur.
La convertibilité (partielle) est aussi une garantie importante offerte par la Zone ; en contrepartie, une partie des recettes en devises (50 %) de la Zone est déposée au Trésor Français et correspond à environ 3% de la masse monétaire de l’Euro.
En pratique, les Banques Centrales de la Zone Franc ont des soldes nets assez réduits car elles peuvent jouer sur les demandes de crédit variables selon les mois de l’année (et les besoins variables de crédit qui vont avec, par exemple, le remboursement des crédits accordés aux producteurs de coton après la récolte va servir à financer les demandes de crédit des producteurs d’arachide avant la récolte etc…).
 
Les avantages et les faiblesses de la Zone Franc
Les avantages sont connus :
Un taux de change fixe, la convertibilité, la garantie par le Trésor Français, le lien avec l’Euro, l’existence d’une vaste zone géographique sont autant d’avantages et de facteurs positifs pour des investisseurs. Au cours des années 80, lors des grandes phases d’ajustement économique et social initiées par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, les pays de la Zone Franc s’en sont relativement mieux sortis que les autres pays africains et ce, jusqu’en 1987/88.
La Zone a également favorisé une certaine rigueur budgétaire, un contrôle de l’inflation (1); après la dévaluation de 1994 du Franc CFA (justifiée par JC. Trichet, Gouverneur de la Banque Centrale à l’époque, par la différence trop importante des taux d’intérêt entre la France et la Zone Franc), la Zone a logiquement et mécaniquement glissé du Franc Français à l’Euro, le commerce Europe/Zone Franc ayant supplanté l’ancien monopole commercial France/Zone Franc.
 
Les inconvénients sont divers :
Au plan régional et au sein de la Zone, celle-ci n’a pas été un facteur d’intégration économique même si, répétons-le, elle a été un facteur de rigueur budgétaire appréciable.
Avec les pays africains Hors Zone, le Franc CFA s’est souvent trouvé dans une situation de sur-évaluation (du fait de son rattachement à l’Euro dont il suit l’évolution sur le marché des changes sans pouvoir y jouer un rôle  actif) par rapport à des devises plus faibles (naira Nigerianne, etc..). Cette situation a pu favoriser l’importation de produits de consommation parfois au détriment des producteurs locaux. (Un haut fonctionnaire de la zone CFA achètera une Peugeot montée au Nigéria avec un “gain“ substantiel du fait du taux de change avantageux Franc CFA/Naira)
 
Avec le reste du monde, les situations varient selon les situations : pour les produits dont les pays disposent d’une position forte (cacao pour la Côte d’Ivoire par exemple), la Zone Franc constitue un avantage de stabilité et de facilité (le cacao est coté en Livres Sterling, l’Euro permet aux exportateurs Ivoiriens de se préoccuper uniquement du taux de change Livre sterling /Euro FCFA, idem pour le Gabon avec le pétrole coté en dollars). Du fait de son lien avec la Zone Euro (mise à part la fluctuation du change Euro/autres devises, US etc…), un Franc CFA fort a pu être un handicap pour les producteurs locaux de produits agricoles et d’élevage  par exemple par rapport à d’autres producteurs hors zone (riz asiatique, blé, viande sud-américaine etc..); toutefois  il convient de ne pas négliger d’autres facteurs indépendants du taux de change (réseaux de communications, capacités de stockage à améliorer, petite taille des exploitations agricoles etc…) qui peuvent freiner le développement économique et social de ces pays.  
 
Les critiques existent et sont parfois justifiées
La Zone privilégierait la stabilité monétaire au détriment de la croissance économique (le ratio de crédit à l’économie, le PNB est de 100 % en Europe contre seulement 23 % en Zone Franc) et le Trésor Français jouerait un rôle trop proéminent. Les performances de la Zone sont cependant bonnes dans l’ensemble et la Zone est restée bien stable depuis sa création ce qui tendrait à démontrer l’utilité de la Zone même si elle n’est pas parfaite et si elle devra évoluer ; le fait que  l’Afrique commerce désormais avec tous les continents (y compris avec la Chine) devrait inciter les différents décideurs à faire preuve d’imagination pour que le Franc CFA soit rattaché dans le futur à un panier de devises comprenant l’Euro mais aussi les devises des pays avec lesquels le commerce est florissant. Et là plusieurs scenarios sont possibles y compris un détachement du lien Euro /F CFA mais au risque de faire imploser la zone et de laisser les pays les plus pauvres (Sahel) se retrouver dans une situation financière mais aussi sécuritaire beaucoup plus délicate ce qui ne serait pas sans impact sur l’Europe à terme plus ou moins rapproché (augmentation massive de l’émigration).
 
Au sujet de l’appauvrissement supposé des habitants de la Zone Franc, par exemple émigrations massives, il convient de souligner que les migrations en Afrique sont principalement des migrations intra-africaines et qu’elles s’effectuent autour de "bassins d’emplois réels ou potentiels" régionaux : ainsi l’Afrique du Sud vient en tête, attirant principalement des populations des pays voisins, vient ensuite la Côte d’Ivoire (elle-même un pays phare de la Zone Franc) puis l’Ethiopie et enfin le Kenya. Ce sont les Nigerians et les Erythréens qui constituent les “contingents“ les plus importants de migrants africains vers l’Europe ; or ces deux pays, Nigeria et Erythrée ne font pas partie de la zone Franc.
 
Par conséquent, si certains pays de la Zone Franc sont en difficulté (pays du Sahel), c’est en grande partie dû à des facteurs d’insécurité, de mauvaise gouvernance voire d’une démographie galopante et incontrôlée qu’à l’existence de la Zone Franc ou au "pompage" des ressources de ces pays sachant que, répétons-le, des adaptations sont et seront nécessaires, ceci en dehors de considérations politiques ou polémiques (néocolonialisme ou non, etc…)
 
(1) En mars 1986 j’étais chargé de mener une mission de reconstruction au Tchad ravagé par la guerre civile  avec son secteur cotonnier, l’un des poumons économiques de ce pays exsangue ; les besoins financiers pour replacer la filière cotonnière étaient importants (une dizaine de milliards de FCFA) ; je me suis rendu à Yaoundé (Cameroun) siège de la banque centrale de ces pays de l’Afrique centrale la BCEAC, pour obtenir de cette dernière qu’elle consente une aide exceptionnelle au Tchad ce qui fut obtenu après d’après négociations.

Envoyé par l'auteur, 10 février 2019

Etat du monde

Publié dans De par le monde
Etat du monde

Le monde , "quo vadis" : crises en tous genres, fragilité de l’ordre international, tentation des politiques de diriger "à l’émotionnel" aux dépens du rationnel , replis identitaires ; la nécessité pour les politiques de reprendre la main en se concentrant sur un "mix " anticipation des crises et gestion sélective des informations, de développer l’éducation des citoyens et de retrouver une "colonne vertébrale" dans les actions qu’ils mènent dans la "cité" au risque d’être emportés par des vagues de mécontentement en tous genres.

L’ordre international est fragile et en évolution constante : au cours du seul XXème siècle notre monde a été le théâtre :
- de deux guerres mondiales,
- de la décolonisation d’un nombre importants de territoires qui sont devenus des Etats nations issus des décombres de l’Empire Ottoman (les Traités de Sèvres de 1920 et celui de Lausanne de 1923 grâce duquel les Turcs obtiendront que la possibilité de création d'un Etat Kurde mentionnée dans le Traité de Sèvres soit annulée),
 - ou par accord entre puissances influentes de l’époque (accords Sykes Picot de 1916, qui répartit en grande partie le partage des territoires au Moyen-Orient actuel, notamment le Liban et la Syrie pour la France, la Palestine, la Jordanie créée en 1920 etc.)  
- et le découpage géographique de territoires de l’Afrique noire, certains Etats changeant de mandataire en fonction des aléas des guerres mondiales (territoires administrés par les Allemands (Rwanda, Burundi, Tanganyika, Togo, etc..) et réalloués aux puissances déclarés victorieuses (Belgique, France, etc..) .

Toujours au cours de ce siècle, un autre empire est né, l’Empire soviétique est né ce qui allait progressivement nous conduire vers un monde bipolaire sur fond d’affrontement idéologique, militaire mais aussi économique (l’exploration /exploitation du pétrole, des matières premières va devenir un enjeu de la concurrence acharnée entre ces deux nouveaux empires les Etas-unis d’Amérique et l’URSS.
L’état d’Israël va aussi voir le jour et cherchera à trouver sa place dans un orient compliqué, tandis que la crise de Suez de 1956 marque le passage de témoins entre las anciennes puissances. La Grande-Bretagne et la France au profit des nouveaux "maîtres du monde", Etats-Unis et URSS.
La France essaiera de maintenir son rang international en intégrant la CEE qui deviendra l’UE au début de notre siècle actuel (Traité de Lisbonne 2008), une structure originale souhaitant instaurer une espace irréversible de paix en Europe occidentale d’abord puis en Europe tout court après la chute du mur de Berlin en 1989 et la décomposition de l’Empire Soviétique qui s’en suivit.
Au cours de ces années de confrontation sévère entre Etats-Unis et URSS les pays nouvellement entrés dans le concert des nations et des nations dites unies (création de l’ONU en 1945 /46 avec la kyrielle d’organisations satellites, FMI , BIRD) préfèrent former un groupe de pays "non-alignés" (Conférence de Bandung de 1955 avec 77 pays signataires), tandis que les accords d’Helsinki de 1975 visait à éviter qu’un déluge de feu nucléaire suite à un conflit entre les deux empires du moment n’anéantisse notre planète.

Avec la fin de la guerre froide et du communisme international, les Etats-Unis ont eu des difficultés à trouver un opposant de taille (coalition contre les forces du mal, guerres contre l’Irak  guerre en Afghanistan etc…) , l’Europe se cantonnant à son rôle de puissance commerciale et défenseur pacifique du multilatéralisme, des droits de l’homme et des valeurs démocratiques. La mondialisation à l’œuvre allait cependant faciliter l’arrivée d’un nouvel acteur au niveau mondial, la Chine, membre proéminant des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) mais aussi la "promotion " de facteurs de crises du national au niveau régional et mondial (crime organisé, climat, conflits religieux etc...) sans parler des empires qui rêvent de renaitre (Russie, Turquie etc..) voire de califat. 
Parmi ces crises, celle de la vague de migrants vers l’Europe en particulier soulève plusieurs problèmes dont celui de l’anticipation de crises à venir et ce malgré une avalanche d’informations disponibles grâce aux systèmes modernes de communication ce qui pose le problème du traitement intelligent de ces informations. La tentation de facilité consistant pour les politiques à faire du " suivisme " de l’information en faisant la part belle à "l’émotionnel" (choc des images) est mortifère à terme. Cette approche s’appuie sur l’acculturation d’une partie croissante des populations en particulier mais pas uniquement sur le continent européen ; le risque étant à double tranchant car il est possible de constater de plus en plus de replis identitaires ici et là (peur de la mondialisation et des risques collatéraux réels ou imaginaires prêtés à cette dernière : risques économiques mais risques de guerres atomique, cyber guerre, etc.). Face à ces crises d’un nouveau genre qui se superposent aux anciennes, le rôle du politique doit redevenir central y compris dans sa tâche d’éduquer au sens large (y compris développer l’esprit critique etc..) au risque de laisser notre planète finir sa course prématurément.


La précarité de l’Ordre international : est-ce vraiment nouveau ? Les changements
 

          Un ordre en mutation

Si l’ordre international a semblé être un acquis c’est qu’il y avait une sorte de modus vivendi (guerre froide, un équilibre de la terreur "rassurant", la seule surprise pouvant être la destruction de la planète par un conflit nucléaire de grande envergure) soit, à travers un prisme européen.  L’Europe consciente qu’elle était de moins en moins dans le " siège du conducteur " de la maison monde se satisfaisait de la promotion de son "soft power" qu’elle cherchait à exporter à tout prix - faites de la démocratie, vous ne ferez pas la guerre. La chute du communisme, la montée en puissance de la Chine. La "renaissance" de la Russie de Poutine/Medvev aprèsl’épisode désastreux de Eltsine, les conflits du Moyen-Orient à alliances variables, les tensions en Asie du Sud-Est et en Corée, les aspirations du Président Turc Erdogan, etc.. sont autant de sources de conflits, de tensions qui seraient restées contenues du temps des deux grandes super puissances (théorie du "dual containment " de l’administration américaine appliquée au conflit Iran-Irak des années 80).
On ajoutera à cela que soit la prudence excessive des gouvernements occidentaux par crainte d’un jugement négatif de leurs opinions nationales respectives en cas d’échec de l’intervention militaire (guerre d’Irak pour la France et plus récemment pour la Syrie), soit des interventions militaires aux conséquences désastreuses, mal évaluées (intervention franco-britannique en Libye etc..).
 
           Besoin d’anticipation et de gestion intelligente des flux d’informations
Il est souvent entendu ici ou là  "qu’on n’avait pas vu venir la crise" ! Pourtant ce n’est par manque d’envoyés spéciaux de toutes sortes (1) ni les résolutions des Nations Unies (l’une des plus "célèbres" restée lettre morte est la 242 par laquelle il était demandé à Israël de revenir sur les frontières de 1948), les sanctions économiques et autres appliquées. Ou bien, n’est-ce pas plutôt que les dirigeants de ces pays "leaders" du monde noyés qu’ils sont par un flot continu d’informations en tous genres, n’opèrent pas le tri nécessaire de ce qui est important et consacrent plus de temps à suivre les sondages, préoccupés avant tout par la continuation de leur avenir politique.
Il est vrai que la rupture de la séparation assez nette entre conflits /crises intérieures (dont la gestion relevait de la souveraineté de l’Etat concerné) et crises extérieures complique un peu plus les choses avec l’internationalisation des crises internes antérieurement (crime organisé , les membres de DAECH revenus d’Irak et de Syrie qui considèrent la zone du Sahel comme leur nouveau territoire d’expansion ignorant les frontières existantes des pays concernés, Mali, Niger, Mauritanie, Sénégal, Tchad entre autres ).
Outre les zones identifiées de points "chauds", l’Ukraine, le Moyen-Orient avec Israël, l’Iran, la Syrie, l’Arabie Saoudite, la Chine, les Corées etc.. il convient d’ajouter le déplacement du centre de gravité du monde de l’Europe vers l’Asie (avec la mise en place d’une stratégie agressive de la Chine comme en témoigne ses plans OBOR (One belt one road) visant à prendre à son compte les routes commerciales maritimes et terrestres de l’Asie vers l’Europe  tout en effectuant son marché de matières premières en Afrique, les Etats-Unis tirant profit indirectement de ce glissement sauf que ce dernier contribue à l’affaiblissement plus encore du système de démocratie à l’occidentale et que indirectement aussi il tend à favoriser l’émergence de modèles alternatifs de pouvoir, y compris renforcer des pouvoirs autoritaires (Turquie, d’Erdogan etc..). Tout ceci dans un contexte de dérèglement climatique, de migrations incontrôlées, de cyberattaques en hausse constante, des éléments qui contribuent à crisper les relations entre les politiques, les élites et les citoyens

Dangers mondialisés / peurs" localisées"
 
           Un monde "village" où tous les "people" ne sont pas bienvenus
Si le monde est devenu un "village" avec ses attraits, ses opportunités nouvelles en tous genre générées par la mondialisation, la globalisation, non seulement ces opportunités n’ont pas profité à tous, elles ont aussi véhiculés des peurs, des angoisses parfois irrationnelles. Il est indiscutable que certains risques planétaires (les engins nucléaires, mais de plus en plus les cyberattaques) font peser des risques réels à notre planète ou au moins en partie ; si la sensibilisation du "citoyen monde" a été inégale dans le temps et selon les continents les effets du changement climatique sont plus perceptibles par le même citoyen soit qu’il en pâtisse directement (montée des eaux, ouragans etc.) soit qu’il le constate par media interposés.
Il en a est de même en ce qui concerne les vagues migratoires récentes, non seulement humaines mais aussi végétales, animales (2) (le bourdon asiatique), virales, en oubliant que les migrations ont existé de tous temps.
L’homme d’aujourd’hui mettra rapidement sur le dos de la mondialisation l’arrivée de virus souvent mortels (grippe aviaire, Ebola, sida, chinkgungounia etc…) de contrées lointaines, dans sa région, son pays. Un fléau que l’on pensait n’être qu’un souvenir lointain (la peste noire  et plus près de nous la grippe espagnole).
En ce qui concerne les migrations humaines (on rappellera ici qu’il est estimé que ce sont 50 millions d’européens qui ont émigré vers les Etats-Unis au cours de la seconde moitié du 19ème siècle et début du 20ème (source Y. Gazzo) migrations provoquées par les famines, les difficultés économiques, voire l’intransigeance religieuse (conflits protestants catholiques, pogromes en Europe centrale etc…) et par l’appel d’air que constituaient les Etats-Unis dans l’espoir de construire un avenir meilleur : à l exception de la période 1929 /33 période pendant laquelle le solde migratoire fut négatif, de nombreux migrants préférant retourner dans leur pays d’origine.
Certains chiffres, certaines projections (migration de 200 millions d’africains provenant d’Afrique sub-saharienne d’ici 2050 avec des conséquences non négligeables sur l’Europe, sa culture, ses pratiques religieuses, etc.. (cf. rapport de Nations Unies de 2000).

           Divorce entre politiques et administrés
Ces éléments pris pêle-mêle donnent de plus en plus l’impression à certains qu’ils ont été floués par leurs dirigeants, qui estiment qu’il est urgent de rétablir des frontières nationales. Ainsi lors de l’incident nucléaire de Tchernoby certains hommes politiques et journalistes ont pu faire croire un temps que le nuage radioactif provenant de la centrale endommagée éviterait la France ! voire revenir à des entité régionales plus petites encore (Catalogne, Corse, Wallonie, Flandre) en espérant qu’ainsi il sera possible de mieux maitriser son destin.
Le destin de ceux et celles qui partagent la même identité. Mais quelle identité ethnique (Berbère ou Arabe, Tutsi ou Hutu, Wallon ou Flamand etc..), religieuse (Grec-catholique ou Melkite, Jacobite ou Syriaque, Chiite ou Sunnite, etc..), culturelle ; selon l’historien Marc Bloch le monde Européen est une création du Moyen-Age qui presque du même coup rompit l’unité, relative de la civilisation méditerranéenne, et jeta dans le creuset les peuples jadis romanisés avec ceux que Rome n’avait jamais conquis. 
C’est alors qu’est née l’Europe au sens humain du mot et ce monde européen n’a depuis jamais cessé d’être parcouru par des courants communs.
Peut-on en déduire que l’identité, les identités seraient fixes et immuables ? Non selon Stuart Hall ("quel est ce noir" : article "dans culture populaire noire de Amsterdam", Paris 2007)". L’identité est la "somme des positions offertes par un discours social dans lequel quelqu’un veut s’investir à un moment donné" s’inspirant ainsi du modèle de Jacques Derrida de "la différence". Cette identité réinventée, évolutive, somme d’identités acquises au cours de la vie, des vies s’oppose ainsi à celle de l’identité de repli du rejet de l’autre en jouant sur les peurs de l’autre, du système.
 
L’Europe bouc émissaire : l’Europe et son "soft power" n’arrête pas d’en faire les frais ; lors du referendum sur le projet de constitution européenne la peur du "plombier polonais " accusé avant l’heure de prendre le travail aux Français suite à l’entrée des pays d’Europe centrale dans l’UE avait fait mouche auprès d’un certain nombre d’électeurs. La peur des migrants venant d’Afrique et du Moyen-Orient en particulier est utilisée à nouveau par certains courants xénophobes, identitaires et nationalistes. Ces réveils "nationalistes" sont perceptibles notamment en Europe mais pas exclusivement, mélange de la méfiance de populations vis-à-vis de dirigeants d’organisations politiques (l’UE), qui sont suspectées de laxisme, d’autisme par rapport à des problèmes de la vie quotidienne, et de l’opportunisme de certains politiques qui font d’un retour à la nation à la région la condition sine qua non d’un  retour à un mieux vivre et à un destin contrôlé par les citoyens, en oubliant a' passage les "tendances lourdes" de l’histoire, en entretenant par exemple l’illusion que les vagues migratoires pourront être stoppées, que le bien être économique des citoyens s’améliorera en s’affranchissant de l’Euro par exemple. 
Le nationalisme n’est pas nouveau. Le concept nationaliste serait apparu à Rome après la prise de la ville par les Celtes ("les nationalismes émergents" Académie des sciences d’Outre-Mer, DACRES, 2016). La différence entre les nationalismes émergents et ceux d’aujourd’hui, au moins en Europe, tient au fait que ceux émergeants visent à se rattacher voire à agrandir ou conquérir un territoire. L’Europe qui a longtemps été un terreau pour les nationalismes avec les dérives que l’on connait et après avoir essayé de les dépasser par la mise en place d’une structure sui generis L’UE, assiste aujourd’hui à un retour à un nationalisme, non plus offensif mais défensif de repli.
Quelles seront les réponses des dirigeants politiques européens face à ce détricotage de l’Europe, à ce retour à un nationalisme, qui s’opposera de plus en plus à d’autres sources d’organisation de la société y compris celles souhaitées par les mouvements religieux( califat).

 

Le rôle central des responsables politiques pour le monde de demain : plus d'anticipation et d’action réfléchie, moins de" suivisme" et "d'émotionnel "


          Ruptures en tous genre : le sauvetage par l’éducation, la formation ?
Depuis quelques années, plusieurs ruptures plusieurs déséquilibres durables ont été constatés un peu partout dans le monde, entre riches et pauvres, écologiques, culturelles sociales, démographiques etc…
Dans les pays occidentaux principalement les politiques ont souvent pris une position de "suivisme" de l’opinion publique elle-même de plus en plus sous l’emprise de l’option "créateur d’émotion (le choc des images), au détriment du rôle utile qu’ils pourraient jouer plus encore comme éveilleur de conscience, le tout sur un fond de  rejet par certains du système politico-social dans lequel ils évoluent (défiance par rapport aux hommes politiques, aux institutions voire par rapport à la laïcité etc..).
Des segments de population de plus en plus importants ne disposant pas faute d’un bagage de formation qu’ils auraient dû acquérir au sein du système scolaire, ou ne souhaitant pas exercer leur sens critique. Tout ceci dans un contexte, répétons-le, de mondialisation dans lequel les valeurs occidentales (droits de l’homme, démocratie, état de droit), sont contestées de plus en plus soit parce que à l’expérience les pays occidentaux appliquent ces valeurs de façon très subjective et en fonction de leurs intérêts du moment (Problème Kurde, conflit israélo-palestinien etc..).
Par conséquent, ils sont "démonétisés", par l’application de valeurs différentes. Rappelons les valeurs asiatiques au nombre de 5, énumérés à l’époque par le Président Malaisien Mahatir (3). D’autres s’orienteront vers une identité de substitution religieuse par exemple en renonçant à leur identité d’aspiration. Ceci est le cas de personnes d’origine étrangère et de confession musulmane qui trouveront une identité religieuse qui les satisfera plus que l’identité française pour différentes raisons (Y. Gazzo "les cicatrices du vent : itinérances d’une identité" p. 136 - le Fantascope, 2008).

La réflexion doit supplanter l’émotion chez les décideurs (suiveurs ?) politiques : cette primauté donnée à l’émotion (crise des migrants actuelle) tend à réduire l’espace qui devrait être dédié à la réflexion politique, et c’est bien là la tâche des hommes politiques à savoir diriger un pays dans ses limites géographiques. Cette émotion érigée en baromètre du sentiment humanitaire que l’individu, la société est censée partagée se mélange alors avec un sentiment de pitié, de compassion (mais aussi parfois et de plus en plus de crainte de rejet de l’autre) qu’il ne faut pas confondre avec le sentiment de justice. Cette mise à l’écart de la "raison" par rapport à l’émotion "risque d’être le coup fatal porté à l’UE et aux valeurs qu’elle porte, de plus en plus de ses membres ne lui reconnaissant plus sa légitimité d’action (pays d’Europe centrale dit groupe de de Visograd mais aussi l’Autriche, l’Italie). L’avenir nous le dira.
A l’opposé, on constate la montée en puissance de pays qui privilégient un pouvoir fort (Russie, Chine, Turquie, mais aussi d’une certaine façon l’Amérique de Trump ) et qui ont tendance à s’éloigner du multilatéralisme, un axe fort de la politique de l’UE) en privilégiant les accords bilatéraux de circonstance ( Russie et Turquie sur la Syrie Etats-Unis et chine avec la Corée etc…) dans un contexte où les coalitions solides du passé (basées sur des valeurs communes, d’intérêts convergents, une idéologie commune) ont laissé la place à des coalitions ponctuelles pour un objectif précis (Rumsfeld 2001).
D’autres souhaitent s’appuyer sur le côté fédérateur de la  religion pour asseoir leur pouvoir (les Présidents Poutine avec l’Eglise Orthodoxe, le Président Erdogan avec l’Islam, sachant que les monarchies musulmanes, le Roi de Jordanie descendant du Sharif Hachémite de la Mecque chassé par les Wahabites au pouvoir depuis un siècle sur le Royaume d’Arabie Saoudite, et le Souverain Marocain, commandeur des croyants ), ou pour en installer un nouveau ( Califat par exemple ).
Comme le souligne Ortega y Gaset "ce sont des chefs religieux ou des capitaines aventureux qui jettent les fondements d’une communauté" là où certains comme Abdel Hamid Brahimi estiment que l’Islam et l’arabisme sont deux éléments intégrateurs du monde arabe (source Y. Gazzo l’Afrique du Nord d’hier à demain  Ed. Economica -1979 p. 199 à 203) ou encore Hélie Denoix de Saint-Marc qui lui fait écho "on ne fédère pas les âmes".  
Ce qui semble se dessiner pour le futur semble être une Europe affaiblie qui pourrait revenir à ses vieux démons nationalistes et qui devra faire cohabiter harmonieusement différentes communautés religieuses et dont le dialogue avec des pouvoirs autoritaires s’appuyant sur un monothéisme (l’Eglise Orthodoxe, l’Islam Sunnite en Turquie, l’Islam Chiite en Iran, etc.) sera de plus en plus compliqué. 
Les religions " dons de l’histoire" ou au contraire comme le souligne Castoriadis sont-elles des "obstacles au développement fournis gratuitement par l’histoire ".
 
           "no future" ou le sauvetage par le développement ?
C’est par le développement économique et social compris de façon la plus large, c’est à dire en s’appuyant sur l’éducation des individus, qu’il devrait être possible de redonner un sens à la raison, à des solutions raisonnées et raisonnables aux grandes interrogations concernant l’avenir de notre planète. Les projections de toutes sortes, démographique, climatique, politique etc.. ont de quoi inquiéter mais comme nous le rappelle B. de Jouvenel "si le présent est cartographiable le futur ne l’est pas " et au cours des années à venir de nombreuses inflexions aux projections actuelles pourraient modifier le cours de l’histoire, dans un sens positif c’est ce que nous pouvons souhaiter de mieux.
 
(1) j’ai eu le privilège d’accompagner l’envoyé Spécial Européen S.E. M. Moratinos, lorsque j’étais en poste en Jordanie accrédité au Yémen 1944 : 98
(2) Cf. Y. Gazzo "Migrations" - L’impératif du développement - Art dans Magistro et dans ASAF.
(3) la nation prime sur la communauté, la société sur l’individu, la recherche du consensus sur la querelle éventuelle, la recherche de l’harmonie raciale et religieuse, et le soutien que doit apporter la communauté à l’individu, (source Y. Gazzo, l’ASEAN asiatique Manille 2000).

Envoyé par l'auteur, 28 janvier 2019

Avant les élections de mai 2019...

Publié dans Avec l'Europe
Avant les élections de mai 2019 : L'Europe, ses succès souvent peu ou mal médiatisés, ses défis pour l'avenir
 
Un bref rappel des étapes de la construction européenne et de de ses institutions.

Une construction progressive : alternance /conflit entre "élargissement " et "approfondissement"
          "plus jamais cela" : les pères fondateurs chrétiens démocrates de l’Europe ; les succès, quelques échecs
C'est une approche pragmatique (Jean Monnet) la CECA (Traité de Paris, 1951) qui a permis à L'Europe de repartir sur de bons rail, avec à l'époque le soutien américain, ... (guerre froide ; contenir l’URSS ; plan Marshall, etc..) ; une époque marquée aussi par quelques ratés - l’échec du projet (français) de la CED (Défense) coulé par les français (De Gaulle et les communistes) - mais tout de même la Communauté Economique Europenne (CEE) portée sur ses fonds baptismaux par le Traité de Rome 1956 ; une CEE qui aura à affronter la "concurrence" de l'AELE qui voit le jour en 1959 (GB, Suisse, Autriche, Danemark, Norvège, Portugal), et ce en pleine crise de Suez de 1956 : la France choisit l’Europe dans l'espoir de rester une puissance reconnue, les Anglais, eux, préférant le grand large pour un temps.
Dès le départ le projet européen reposera entre autres sur les 4 libertés (libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux) tandis que le sommet de Copenhague de 1993 fixera les conditions d’adhésion de tout nouvel état membre (état de droit, démocratie, économie sociale de marché, prise en compte des acquis communautaires)
 
          Entre "élargissements" nécessaires ou négociés et "approfondissement"
Si l’UE d’aujourd’hui est une institution "sui generis", à cheval entre un système fédéral type Etats-Unis et celui de la coopération intergouvernementale des Nations Unies, c’est en grande partie parce que les Etats Membres ont constamment navigué entre approfondissement (par abandon additionnel de souveraineté nationale) et   élargissement (priorité aux mesures libre échangistes au détriment du renforcement politique de type fédéral).
Le premier élargissement de 1973 fait passer l’UE (La CEE à l'époque) de 6 à 9 membres (Royaume Uni, Irlande et Danemark)
 
Ensuite, ce sera la Grèce (1980), l’Espagne et le Portugal (1988) puis en 1995 la Finlande, Suède et Autriche, puis en 2004 les pays d’Europe Centrale, sous pression allemande (Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie), échec de la Constitution Européenne 2005) plus Chypre (espoir vain de convaincre les Turcs de signer un accord sur l’île puis Roumanie et Bulgarie et enfin Croatie en 2008.
 
Parallèlement aux élargissements successifs, l’UE a réussi tant bien que mal à "fédérer" des politiques nationales par abandon total ou partiel de souveraineté (mise en place du serpent Monétaire Europeen SME par R. Barre en 1978 puis monnaie unique, politique de développement /aide humanitaire, agriculture, commerce, politique étrangère et de sécurité commune etc...)
Ces évolutions ont été consignées dans une série de Traités, le dernier en date étant celui de Lisbonne (ratifié par tous les États Membres en 2009). Avec Lisbonne, l’UE dispose du Traité de l’UE (TUE)et celui du fonctionnement de l’UE (TFUE) ; le premier comprend celui de Paris (CECA), de Rome (CEE), celui sur l’Acte Unique de 1987, celui de l’UE (Traité de Maastricht entré en vigueur en 1993 avec plus de pouvoir donné au PE et l’ajout de plusieurs secteurs de coopération entre États Membres), celui d’Amsterdam de 1997 et puis celui de Nice (entré en vigueur en 2003).
Il convient d’ajouter le Traité Intergouvernemental sur la gouvernance et la coordination économique et monétaire entré en vigueur en 2013 (non ratifié par le Royaume Uni et la Tchéquie) ; ce dernier prévoit de faire adopter par les États Membres l’objectif de l’équilibre budgétaire et de renforcer la gouvernance de la zone euro.
Pour mettre en œuvre ces politiques et en assurer un suivi correct la mise en place d’institutions de gestion et de contrôle est nécessaire.
 
          L’architecture complexe de l’Union Européenne
Il y a évidemment les trois Institutions habilitées à prendre des décisions au niveau de l’UE ; mais il y a également les Parlements nationaux (subsidiarité), la Cour de Justice Européenne (contrôler l’application des lois européennes), la Banque Centrale Européenne (garantir la stabilité des prix), la Cour des Comptes (améliorer la gestion des fonds européens) le Comité Economique et Social Européen, le Comité des Régions, le Médiateur Européen (enquêter sur les plaintes reçues), le Superviseur de la Protection des Données Personnelles, la Banque Européenne d’Investissement et enfin les Agences.
Les principaux décideurs (PE, Conseil, Commission) émettent :
- des règlements applicables par tous les États Membres sans autre passage par les parlements nationaux sauf pour motif de la législation nationale concernée,
- des directives (liant les États Membres pour atteindre un objectif donné) ; les directives doivent être transposées dans le droit national pour entrer en application ;
- des décisions (à l’attention d’États Membres, de Sociétés ou d’individus) et enfin
- des recommandation/opinions (sans impact contraignant).
 
Toute proposition de règlement doit avoir une base légale (référence à un article précis des Traités).
La proposition vient soit de la COM soit d'une demande du Conseil. Le Conseil et le PE passent en revue les propositions de la COM (Comité de Conciliation jusqu’à trois rounds si nécessaire). Les Parlements nationaux reçoivent les propositions de la COM en même temps que le Conseil et le PE (s’assurer que le principe de subsidiarité est bien respecté), possibilité de référendum populaire (1 million, 1/4 des États Membres).

          le Parlement Européen
élection au suffrage universel par pays, 751 MEP (à 28) qui passera à 705 avec le BREXIT ;  élus 5 ans, ils  siègent à Bruxelles et à Strasbourg (12 plénières /an ).
99 MEP pour l’Allemagne, 74 pour la France, 73 Italie et GB, plancher 6 MEP par Etat (Malte, Luxembourg, Chypre, Estonie). Le PE a :
- le pouvoir de légiférer conjointement avec le Conseil
- la supervision démocratique de toutes les Institutions y compris de la Commission (COM) (approbation de la nomination du Président de la COM ; pouvoir de veto de la COM)
- la co-décision avec le Conseil sur Budget européen
 
           le Conseil
(ne pas confondre avec le Conseil de l’Europe crée en 1949, 47 EM, protection des Droits de l’Homme, démocratie et état de droit)
- il définit les priorités politiques
- il a pour membres les chefs d’états des 28 EM (27 après le BREXIT ?), le président du Conseil (élu pour 2 ans et demi renouvelable), les Présidents de la BCE, de la COM et la haute représentante EEAS.
- 4 réunions par an du Conseil ; le consensus y est de rigueur sauf parfois vote à la majorité  il y a en sus, 2 réunions par an de l’Euro Groupe
- au Conseil, il existe 10 Comités, chaque État Membre envoie le ministre concerné aux réunions (préparation des lois) sous la houlette d'une présidence qui change tous les 6 mois présidence en 2018, Estonie /Bulgarie et Autriche, Roumanie/Finlande en 2019
- 5 tâche principales : du Conseil
- passer les lois (avec le PE)
- coordonner les politiques des EM
- mettre en oeuvre la PESC
- conclure les engagements /traités internationaux
- adopter le budget de l’UE (avec le PE)
Le COREPER (Comité des Représentants Permanents) se réunit chaque semaine et prépare les lois. Le vote se fait à la majorité qualifiée (55 % des EM qui représentent 65% de la population de l’EU) dans certains cas, vote à l’unanimité (taxes), minorité de blocage 4 EM au minimum représentant au moins 35 % de la population de l’EU ; la France a 12, 98 % des votes
Il existe aussi la possibilité de coopération renforcée (quelques EM qui désirent aller de l’avant)
La PESC est un domaine particulier avec comme objectifs principaux la promotion de la démocratie, de l'état de droit, de la liberté et des droits de l’homme, du respect de la dignité humaine et des principes  d’égalité et de solidarité. Le SEAE (EEAS) est son bras opérationnel renforcé par le Comité Militaire de l’UE et par le personnel militaire de l’UE.
 
           la Commission
Bras exécutif de l’UE, propose les lois (droit d’initiative), des accords sur des politiques communes et est en charge de la promotion de l’UE. Les États Membres proposent un nouveau président ; celui-ci choisit les 27 Commissaires en liaison avec les EM ; les candidats retenus sont auditionnés par le PE.
La COM est la gardienne des traités et représente l’UE à l’international (commerce, aide humanitaire) sinon elle travaille en coopération avec le Conseil (affaires étrangères et sécurité)
 
          Les évolutions récentes
          Les évolutions récentes : positives mais il y a de la marge.
Le traité de Lisbonne (plan B du projet avorté de la Constitution européenne : rivalité Giscard /Chirac puis Chirac piégé par Tony Blair) a permis d’établir :
- un cadre institutionnel plus stable et visible : le président du Conseil élu pour 2 ans et demi à la majorité qualifiée, haut représentant pour l’action extérieure et vice-président de la COM ; plafond du nombre de parlementaires à 750 etc...
- une Europe plus démocratique et plus transparente :
- le PE a vu son rôle renforcé (co-législateur avec le Conseil, droit de décision égal au Conseil en matière budgétaire ; il élit le président de la COM sur proposition du Conseil en tenant compte du résultat des élections au PE : 
- les parlements nationaux ont un rôle accru (information, gardiens du principe de subsidiarité ; droit de demander à COM de revoir une directive),
- droit d’initiative populaire
- procédure de retrait volontaire de l'UE
 
           Combattre les "fake news", la désinformation
- la COM décide de tout dans son coin ? :  faux, elle est "cadrée" par le Conseil et le PE, également par les Parlements nationaux ; les perspectives financières sont établies sur 7 ans avec approbation du Conseil ; au minimum 4 sommets européens par an, réunion hebdomadaire du COREPER,… etc...
- énorme bureaucratie ? : le personnel des Institutions Européennes est de 35 000 fonctionnaires (moins que ceux de la Mairie de Paris qui en compte 73 000 !).
- l’Europe coûte cher ? : le Budget Européen a été financé au début par les droits de douane (qui ont pratiquement disparu suite aux accords multilatéraux passés avec d’autres pays ) et la TVA ; au fil du temps ce sont les contributions des États Membres qui alimentent le Budget Européen.
Ce dernier était de 862 milliards d’euros pour la période 2007/2013 soit un peu plus de 100 milliards par an (la contribution de la France est de 18 milliards pour un budget national de 1 800 milliards) après accord entre États Membres, il a été convenu de consacrer 1,004 % du PNB au Budget (COM proposait 1,024% pour financer plus de recherche etc... mais opposition de J Chirac et de 5 autres ). C’est un budget d’investissement à 95 % qui retourne donc en grande partie aux États Membres sous forme de subventions diverses (PAC, etc  ).
 
Enjeux et défis 
Les enjeux et les défis sont multiples pour l’Union Européenne ! Commençons par les défis, ils ne manquent pas et sont d’ordres divers.

          Les défis
Sans en établir une liste exhaustive, il est possible d'identifier quelques-uns :
 
           Des fondations de la maison UE soumises à rude épreuve
La maison originale (association volontaire d'Etats souverains acceptant de céder des parts de souveraineté) a été une “nouveauté” dans l'univers classique des états nations /empires /royaumes qui prévaut depuis plusieurs siècles. Le va-et-vient accepté entre les phases " d’élargissements" de la maison Europe et celles de son "approfondissement" ont laissé la part belle aux élargissements souhaités par certains et ce pour des raisons diverses (le Royaume Uni : diluer le projet européen et en faire une  grande AELE ; l’Allemagne : récupérer ses marchés économiques à l’Est, V. Giscard d'Estaing et son hellénophilie, souhait de réintégrer les pays d’Europe Centrale dans le projet etc...) au détriment de l’approfondissement nécessaire pour consolider l’Union Européenne. (J Delors : "L'Europe, c'est comme une bicyclette si elle n'avance pas elle tombe")
La crise migratoire qui a éclaté en 2015, a illustré au grand jour cette rupture entre les États Membres de l’Europe Centrale (groupe de Visograd) et ceux de l’Europe Occidentale (l’Italie de Salvini exceptée). Les accords de Dublin ne donnent pas satisfaction aux pays en première ligne (Italie, Grèce, tandis que l’Espagne gère mieux les flux migratoires grâce à une politique de coopération avec le Maroc mise en place il y a plus de 15 ans).
 
           Des choix institutionnels à effectuer
Si le BREXIT constitue et a constitué une épreuve inédite jusqu’à présent dans l’histoire de l’Union Européenne, le départ des britanniques, le fossé entre États Membres de l’Europe Centrale et ceux de l’Europe Occidentale, la montée des populismes un peu partout et l’écart grandissant entre la haute fonction publique et les dirigeants politiques en Europe nécessitent une attention particulière. Comment réduire la distorsion UE géant économique et UE nain politique et militaire ?
- Le Brexit : les négociations bien menées par l’Union Européenne ont permis jusqu’à présent de limiter la casse (la solidarité entre États Membres a été soumise à rude épreuve mais elle a tenu bon face  aux britanniques qui auront tout essayé).
- Le fossé entre États Membres des deux Europe : procédure  d’infraction lancée par la Commission contre la Pologne et plus récemment par le Parlement Européen contre la Hongrie (art 7), les populistes dirigent ou participent à un quart des gouvernements des 28 États Membres (Bulgarie avec la coalition qui intègre "Ataka", extrême droite, la Grèce avec Anel, droite nationaliste et complotiste alliée à Syriza, Slovaquie avec Robert Fico, populiste de gauche, l’Autriche avec sa coalition "noire bleue", l’Italie avec sa coalition anti-système, la Ligue et 5 étoiles, la Pologne avec la "révolution conservatrice" de Kaczynski ; la Hongrie de Victor Orban).
- L’écart entre la haute fonction publique et les décideurs européens :
 la crise migratoire avait été identifiée par la Commission mais il a fallu le naufrage de 800 migrants en Méditerranée en 2015 pour que les politiques européens se réveillent ; de surcroît ces mêmes politiques prennent des décisions qui ne font  qu’aggraver la situation et avec un effet boomerang anti-européen parmi les citoyens  : la décision de la chancelière Merkel d’ouvrir les portes de l’Allemagne (de l’Union Européenne) aux réfugiés, la décision de Messieurs Blair et Sarkozy d’attaquer la Libye (anarchie, vagues migratoires, djihadistes, trafiquants d’êtres humains etc…) les quotas de migrants imposés à tous les États Membres (les pays d’Europe Centrale ne veulent pas accueillir de musulmans chez eux).
 
           Les défis de proximité : vagues migratoires, développement de l’Afrique :
Il y a eu le sentiment que l’Europe était incapable de contenir une vague ininterrompue de migrants, une Europe vieillissante et en questionnement, confrontée à une Afrique à la population galopante, d’ici 2050, la population mondiale devrait passer de 7,5 milliards à 10 milliards, celle de l’Afrique devant quant à elle, doubler et passer de 1,2 à 2, 5 milliards. Les migrants et déplacés comptabilisés à 253 millions en 2017 (dont 65 millions de réfugiés /déplacés) devraient si rien ne bouge, augmenter au cours de décennies à venir. Une population jeune et sans emploi, un écart de richesse conséquent entre l’Europe (35 000 euros de PNB/tête) et l’Afrique (3 000 euros de PNB per capita), l’insécurité qui règne dans le Sahel en particulier, une gouvernance à améliorer, la corruption rampante sont autant de défis à relever y compris dans l’intérêt du vieux continent.
 
           L’évolution du monde : l’ordre mondial établit il y a 50 ans est remis en question.
- L’unilatéralisme est en train de prendre le pas sur le multilatéralisme, clé de voûte des relations de l’Union Européenne avec le monde extérieur( le tribunal de conciliation de l'OMC ne sera plus opérationnel fin 2019 pour recevoir et traiter plaintes et infractions ). Le PNB de la Chine devrait dépasser celui des USA grâce notamment à sa toile d’araignée mondiale (OBOR : One Belt One Road). Dans les années à venir 4 des 5 économies majeures au niveau mondial ne seront pas européennes
- Les alliances entre pays sont appelées à se faire en fonction d’un objectif donné à un certain moment (Russie avec Turquie au Moyen Orient). Il n’y a plus une coalition (guerre froide) il y a des coalitions (lutte contre le terrorisme). La Turquie "sort" de l’Otan en se cherchant des alliés (Russie, Chine voire Iran !). Le processus d’Astana (rencontres entre Russie, Iran et Turquie sur le dossier Syrien) illustre l’analyse de Donald Rumsfeld, ex ministre américain de la Défense qui faisait remarquer en 2001 que les nouveaux partenariats ne sont plus construits sur l’héritage idéologique, sur des valeurs communes et des intérêts convergents de longue date mais sur la nécessité de résoudre un problème concret. L’exemple de la Turquie qui s’est rapprochée de la Russie et de l’Iran en est une illustration : la Turquie s’est éloignée de l’Europe, néglige l’OTAN (achat de missiles russes), s’allie au Qatar, rival d’une Arabie Saoudite affaiblie (soutenue par les États Unis et Israël), Erdogan jouant la carte de l’Islam et se voyant en Sultan moderne, chef de file des sunnites.
- Comment concilier respect des droits de l'Homme et survie des démocraties occidentales, bousculées par les "démocratures" ?
- les grands pays ouvertement hostiles au projet européen : Les Etats-Unis (exemple, le projet Nord Stream 2, Steve  Bannon etc...) la Russie (réplique aux sanctions à propos de  l’Ukraine etc...); influences extérieures pour freiner les ambitions européennes de la France ?
 
          Les enjeux
La résilience de l’Union Européenne mise à rude épreuve : l’Union Européenne a jusqu’à présent résisté à toutes les crises et ces dernières l’ont généralement renforcée (crise financière de 2008, crise géorgienne, crise grecque etc…).
Ce qui est nouveau, c’est leur concomitance, crise sociétale, crise des élites, crise des peuples tant au niveau national qu’à celui communautaire, crise institutionnelle, (BREXIT, cassure entre les pays du groupe Visograd et les autres), crise migratoire, montée du bilatéralisme belliqueux s’appuyant parfois sur les religions (Erdogan, Poutine ; "les religions, dons de l’Histoire ou obstacle au développement fourni gratuitement par l’Histoire ?") Le tout complique le rôle de l’Union Européenne "exportateur de stabilité", contrainte de renforcer son rôle de protecteur, et de continuer à être une "Europe ouverte mais pas offerte" (Etat de l'Union 2017 Discours de JC Juncker : mise en place de 10 000 gardes-frontières ; en 2017 les entrées illégales de migrants comptabilisées à 1,8 millions représentent une baisse de 95 % par rapport à l’année précédente et le processus de solidarité entre États Membres a bien fonctionné.
 
Un sursaut salvateur ?
Si les bonnes initiatives ne manquent pas - plan Juncker de 400 milliards pour l’Afrique faisant pendant à celui d’un même montant mis en place pour les entreprises européennes, emploi record de 239 million de personnes (chiffre jamais atteint auparavant) -, on regrettera que ces annonces sont peu reprises par les media.
Le moteur franco- allemand qui semblait redémarrer, manque de souffle (Mme. Merkel sur la sortie et Emmanuel Macron affaibli) ce qui pénalise la mise en place de chantiers importants (Europe de la Défense, renforcement de la cohésion, de la convergence économique et sociale des États Membres) au point d’oublier que c’est grâce à l’Europe que ce continent vit en paix, un facteur essentiel à la prospérité d’un continent tant de fois ravagé par des guerres.

Envoyé par l'auteur, 29 janvier 2019

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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