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GAZZO Yves

GAZZO Yves

Né le 17 décembre 1946
Marié – 5 enfants





Ambassadeur de l'Ordre souverain de Malte auprès de l'Union européenne
Avocat inscrit au barreau de Paris


Docteur d’État es sciences économiques, Montpellier
Docteur d'État ès Sciences économiques de Paris, Sorbonne I
Diplômé de lInstitut d’études politiques (IEP) de Paris.
Ancien élève "l'Institut national des Langues et Civilisations orientales" (Arabe littéraire)
Chargé de cours à l'Institut d'études politiques de Paris entre 1985 et 1994
     (3ème cycle sur le monde arabe)

à la Commission européenne 
Ambassadeur de l’Union européenne près le Saint-Siège, l’Ordre de Malte et les organismes des Nations Unies basés à Rome (depuis 2009)
Directeur de la représentation en France (depuis 2003)
Ambassadeur, chef de la délégation
     en Éthiopie et accrédité à Djibouti (2001-2002)
     aux Philippines (1999-2001)
     en Jordanie et accrédité au Yémen (1994-1998)
Chef adjoint à l’unité ajustement structurel à la Direction générale à Bruxelles (1990-1994)
Conseiller économique à la délégation au Mali (1988-1990).

Conseiller en relations internationales au bureau européen de la banque mondiale
     à Paris (1985-1988),
Economiste à la Banque mondiale à Washington (États-Unis) entre 1980 et 1984
Conseiller économique au centre d’investissement
     de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
     à Rome (Italie) (1975 – 1979)
Conseiller économique au ministère du Plan du Niger (1973-1974)
Auditeur chez Arthur Andersen (1971-1972)

Membre titulaire de l'Académie des Sciences d'Outre-mer (Élu en 2006)
Membre du comité scientifique
     du Centre de développement des études juridiques (Cedej) au Caire depuis 2000
Membre du jury du Prix méditerranéen du livre

Ouvrages
L'Afrique du Nord d'hier à demain (1979) - Pétrole et développement, le cas libyen (1980) - La politique agricole des Etats-Unis (1984) - L'Endettement dans le monde Préface de Raymond Barre (1989) - Les Cicatrices du vent Préface de Michel Crozier (2008) - Sourire d'Harrar (2012) - Les chrétiens d orient en danger de mort (2014)

Nombreux articles et rapports, conférences et interviews (radios et télévisions françaises et étrangères)

Distinctions
Chevalier de la Légion d'honneur
Grand-Croix de l'Indépendance (Jordanie)
Grand-Croix de l’Ordre Chevaleresque Pie IX ( Saint-Siège)

Grand-Croix de l’Ordre pro Merito Melitensi de l’Ordre de Malte
Commandeur de l’Ordre de Sika Tuna Rang Lakan (Philippines)
Officier de l’Ordre National du 27 juin 1977 (République de Djibouti)
Chevalier de l'Ordre du Mérite (République de Pologne)

URL du site internet:

Etat du monde (2)

Publié dans De par le monde
Etat du monde (2)

Dangers mondialisés - peurs localisées

 
          Un monde "village" où tous les "people" ne sont pas bienvenus
Si le monde est devenu un "village " avec ses attraits, ses opportunités nouvelles en tout genre générées par la mondialisation et la globalisation, ces opportunités cependant n'ont pas profité à tous et elles ont aussi vé­hiculé des peurs, des angoisses parfois irra­tionnelles. Il est indiscutable que certains risques planétaires (les engins nucléaires, mais de plus en plus les cyberattaques) font peser des risques réels à notre planète ou au moins en partie. Si la sensibilisation du ci­toyen "monde" a été inégale dans le temps et selon les continents, les effets du change­ment climatique sont plus perceptibles par le même citoyen "monde", soit qu'il en pâtisse directement (montée des eaux, ouragans...), soit qu'il en prenne conscience par médias interposés.

Il en est de même en ce qui concerne les vagues migratoires récentes, non seulement humaines mais aussi végétales, animales (le frelon asiatique), virales, en oubliant que les migrations ont existé de tous temps (1)1. L'homme d'aujourd'hui mettra rapidement sur le dos de la mondialisation l'arrivée de virus souvent mortels (grippe aviaire, Ebola, Sida, Chinkungunya, etc.) de contrées loin­taines dans sa région ou son pays, ou celle d’un fléau que l'on pensait n'être qu'un sou­venir lointain (la peste noire et, plus près de nous, la grippe espagnole).
En ce qui concerne les migrations humaines, certaines projections font état d’une migra­tion de 200 millions d'Africains provenant d'Afrique sub-saharienne d'ici 2050 avec des conséquences non négligeables sur l'Europe compte tenu de sa culture, de ses pratiques religieuses.
Un tel phénomène génère divorce entre poli­tiques et administrés car ces éléments pêle-mêle donnent de plus en plus l'impression à certains qu' ils ont été floués par leurs diri­geants, qu' il est urgent de rétablir des fron­tières nationales (lors de l'incident nucléaire de Tchernobyl, certains hommes politiques et journalistes ont pu faire croire un temps que le nuage radioactif provenant de la centrale endommagée éviterait la France !), voire re­venir à des entité régionales plus petites en­core (Catalogne, Corse, Wallonie, Flandre) en espérant qu'ainsi il sera possible de mieux maîtriser son destin , le destin de ceux et celles qui partagent la même identité. Mais de quelle identité s’agit-il ?
- ethnique (berbère ou arabe, tutsi ou hutu, wallon ou flamand...) ?
- religieuse (grec catholique ou melkite, jacobite ou syriaque, chiite ou sunnite...) ?
- culturelle ? selon l'historien Marc Bloch, le monde européen est une création du Moyen Âge qui presque du même coup rompit l'unité relative de la civilisation méditerra­néenne et jeta dans le creuset les peuples jadis romanisés avec ceux que Rome n'avait jamais conquis. Alors est née l'Europe au sens humain du mot et ce monde européen n'a de­puis jamais cessé d'être parcouru par des courants communs.
 
Peut-on en déduire que l'identité, les identités seraient fixes, immuables ? Non, selon Stuart Hall (2) "l'identité est la somme des positions offertes par un discours social dans le­quel quelqu'un veut s'investir à un moment donné s'inspirant ainsi du modèle derridien de la diffé­rence."Cette identité réinventée, évolutive, somme d'identités acquises au cours de la vie, des vies, s'oppose ainsi à celle de l'iden­tité de repli, du rejet de l'autre en jouant sur les peurs de l'autre, du système.
 
          L'Europe bouc émissaire
L'Europe et son "soft power"n'arrête pas d'en faire les frais : lors du référendum sur le projet de constitution européenne, la peur du "plombier polonais", accusé avant l'heure de prendre le travail aux Français suite à l'entrée des pays d'Europe centrale dans l'UE, avait fait mouche auprès d'un certain nombre d'électeurs. La peur des migrants, venant d'Afrique et du Moyen-Orient en particulier, est utilisée à nouveau par certains courants xénophobes, identitaires et nationalistes. Ces réveils nationalistes sont perceptibles, no­tamment en Europe mais pas exclusivement, mélange de la méfiance de populations vis-à-vis de dirigeants d'organisations politiques (l'UE) qui sont suspectées de laxisme, d'au­tisme par rapport aux problèmes de la vie quotidienne, et de l'opportunisme de certains politiques qui font d'un retour à la nation, à la région, la condition sine qua nond'un retour à un mieux vivre et à un destin contrôlé par les citoyens, en oubliant au passage les ten­dances lourdes de l'Histoire, en entretenant par exemple l'illusion que les vagues migra­toires pourront être stoppées, que le bien- être économique des citoyens s'améliorera en s'affranchissant de l'Euro par exemple.
 
          Le nationalisme n'est pas nouveau
Le concept nationaliste serait apparu à Rome après la prise de la ville par les Celtes (3). La dif­férence entre les nationalismes émergents et ceux d'aujourd'hui, au moins en Europe, tient au fait que ceux qui émergent visent à se rat­tacher, voire à agrandir ou conquérir un terri­toire. L'Europe, qui a longtemps été un terreau pour les nationalismes avec les dérives que l'on connaît et après avoir essayé de les dépasser par la mise en place d'une struc­ture sui generis l'UE, assiste aujourd'hui au re­tour à un nationalisme, non plus offensif mais défensif, de repli. Quelles seront les réponses des dirigeants politiques européens face à ce détricotage de l'Europe, à ce retour à un na­tionalisme, qui s'opposera de plus en plus à d'autres sources d'organisation de la société, y compris celles souhaitées par certains mouvements religieux (califat).
 
 
Le rôle central des responsables politiques pour le monde de demain :
plus d'anticipa­tion et d'action réfléchie ; moins de "sui­visme" et "d'émotionnel"

 
          Ruptures en tout genre : le sauvetage par l'éducation, la formation ?
Depuis quelques années plusieurs ruptures, plusieurs déséquilibres durables, ont été constatés un peu partout dans le monde : écologiques, culturels, sociaux, démogra­phiques, entre riches et pauvres... Dans les pays occidentaux principalement, les poli­tiques ont souvent pris une position de "sui­visme" de l'opinion publique, elle-même de plus en plus sous l'emprise de l'option "créa­teur d'émotion" ( le choc des images) au dé­triment du rôle utile qu' ils pourraient jouer plus encore comme éveilleurs de conscience, le tout sur un fond de rejet par une partie des opinions publiques du système politico-so­cial dans lequel ils évoluent (défiance par rap­port aux hommes politiques, aux institutions voire par rapport à la laïcité). Des segments de population de plus en plus importants ne disposant pas, faute d'un bagage de forma­tion ad minimum qu'ils auraient dû acquérir au sein du système scolaire, ou ne souhaitant pas - ne pouvant pas - exercer leur sens cri­tique, se retrouvent de plus en plus margina­lisés et tentés par certains mentors d'emprunter d'autres voies y compris crimi­nelles, afin d'être "reconnus".
 
Tout ceci dans un contexte, répétons-le, de mondialisation dans lequel les valeurs occi­dentales (droits de l'homme, démocratie, État de droit) sont contestées de plus en plus, soit parce que, à l'expérience, les pays occiden­taux appliquent ces valeurs de façon très subjective et en fonction de leurs intérêts du moment (problème kurde, conflit israélo-pa­lestinien, etc.) et que par conséquent ils sont "démonétisés", soit parce que des systèmes autres de valeurs font surface et viennent les concurrencer (les valeurs asiatiques au nom­bre de 5 énumérées à l'époque par le prési­dent malaisien Mahathir (4)4), soit parce que d'autres s'orientent vers une identité de subs­titution, religieuse par exemple, en renonçant à leur identité d’aspiration (" je souhaite de­venir Français à part entière"); c'est le cas de personnes d'origine étrangère qui vont trouver une identité religieuse (l'islam par exemple) qui les satisfera plus que l'identité française pour différentes raisons (5)
 
          La réflexion doit reprendre à l’émotion sa place parmi les décideurs politiques
Cette primauté donnée à l'émotion (crise des migrants actuelle) tend à réduire l'espace qui devrait être dédié à la réflexion politique, et c'est bien là la tâche des hommes politiques à savoir diriger un pays dans ses limites géo­graphiques ; cette émotion, érigée en baro­mètre du sentiment humanitaire que la société est censée partager, se mélange alors avec un sentiment de pitié, de compassion (mais aussi parfois et de plus en plus de crainte et de rejet de l'autre) qu' il ne faut pas confondre avec le sentiment de justice. Cette mise à l'écart de la raison par rapport à l'émo­tion risque d'être le coup fatal porté à l'UE et aux valeurs qu'elle porte, de plus en plus de ses États membres ne lui reconnaissant plus sa légitimité d'action (pays d'Europe centrale, dit groupe de Visegrad, mais aussi l'Autriche, l'Italie). L’avenir nous le dira
À l'opposé on constate la montée en puis­sance de pays qui privilégient un pouvoir fort (Russie, Chine, Turquie, mais aussi d'une cer­taine façon l'Amérique de Trump) et qui ont tendance à s'éloigner du multilatéralisme (un axe fort de la politique de l'UE) en privilégiant les accords bilatéraux de circonstance (Rus­sie et Turquie sur la Syrie, États-Unis et Chine avec la Corée).
 
          Le retour de la religion pour gouverner la cité ?
"Nous avons tout juste assez de religion pour nous haïr... mais pas assez pour nous aimer les uns les autres" (Jonathan Swift, 1647/1745). D'aucuns souhaitent s'appuyer sur le côté fé­dérateur de la religion pour asseoir leur pou­voir (le président Poutine avec l'église orthodoxe, le président Erdogan avec l'islam) à l’instar des monarchies musulmanes éta­blies (le roi de Jordanie descendant du chérif hachémite de la Mecque chassé par les wahhabites au pouvoir depuis un siècle sur le royaume d'Arabie Saoudite ; le souverain ma­rocain commandeur des croyants) ou pour en installer un nouveau (califat par exemple), Comme le souligne José Ortega y Gasset : "Ce sont des chefs religieux ou des capitaines aventureux qui jettent les fondements d'une communauté", là où certains comme Abdel­hamid Brahimi estiment que "l’islam et l'ara­bisme sont deux éléments intégrateurs du monde arabe" (6) ou encore Hélie Denoix de Saint Marc, qui lui fait écho, "on ne fédère pas les âmes".
 
"Ce qui semble se dessiner pour le futur semble être une Europe affaiblie "
Ce qui semble se dessiner pour le futur sem­ble être une Europe affaiblie qui pourrait re­venir à ses vieux démons nationalistes et qui devra faire cohabiter harmonieusement dif­férentes communautés religieuses et dont le dialogue avec des pouvoirs autoritaires s'ap­puyant sur un monothéisme (l'église ortho­doxe, l'islam sunnite en Turquie, l'islam chiite en Iran) sera de plus en plus compliqué. Les re­ligions "dons de l'Histoire" ou au contraire comme le souligne Castoriadis sont-elles "des obstacles au développement fournis gratuite­ment par l'histoire" (7)?
 
          "No future"ou le sauvetage par le déve­loppement ?
C'est par le développement économique et social, compris de la façon la plus large, c'est- à-dire en s'appuyant sur l'éducation des indi­vidus, qu'il devrait être possible de redonner un sens à la raison, à des solutions raisonnées et raisonnables aux grandes interrogations concernant l'avenir de notre planète. François Perroux définit le processus de développe­ment "comme la combinaison des change­ments mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître cumulativement et durablement son produit réel global".Les projections de toutes sortes, démographique, climatique, politique, ont de quoi inquiéter, mais comme nous le rappelle Bertrand de Jouvenel "si le présent est cartographiable, le futur ne l'est pas" et, au cours des années à venir, de nombreuses inflexions aux projec­tions actuelles pourraient modifier le cours de l'Histoire dans un sens positif. C’est ce que nous pouvons souhaiter de mieux.
 
(1)  Y. Gazzo, Migrations : l'impératif du développement; Magistro, 1er mai 2018.
(2)  Quel est ce noir ?dans Culture populaire noire,éd. Amsterdam, Paris 2007.
(3)  Les nationalismes émergents,Académie des sciences d’Outre-mer, DACRES éd„ 2016
(4)  La nation prime sur la communauté, la société sur l'individu, la recherche du consensus sur la querelle éventuelle, la recherche de l'harmonie raciale et reli­gieuse, et le soutien que doit apporter la commu­nauté à l'individu (source Y Gazzo, UASEAN, Asiatype, Manille, 2000).
(5)  Y. Gazzo : Les cicatrices du vent, itinérances d'une identité,Le Fantascope, 2008.
(6)  Y. Gazzo, L'Afrique du Nord d'hier à demain, éd. Economica, 1979.
(7)  Le mythe du développement

Envoyé par l'auteur, 22 juin 2019

État du monde (1)

Publié dans De par le monde
État du monde (1)
 
Le monde, "quo vadis" ?
Crises en tous genres, fragilité de l'ordre international, tentation des politiques de diriger "à l'émotionnel" aux dépens du rationnel, replis identitaires : les événements que nous traversons soulignent la nécessité pour les politiques de reprendre la main en se concentrant sur un "mix" anticipation des crises et gestion sélective des informations, de développer l'éducation des citoyens et de retrouver une "colonne vertébrale" dans les actions qu'ils mènent au sein de la cité au risque d'être emportés par des vagues de mécontentements en tous genres.
 
L'ordre international est fragile et en évolution constante ; au cours du seul XXe siècle, notre monde a été le théâtre :
- de deux guerres mondiales ;
- de la décolonisation d'un nombre important de territoires qui sont devenus des États nations issus des décombres de l'Empire ottoman (les traités de Sèvres de 1920 et celui de Lausanne de 1923 grâce auquel les Turcs obtiendront que la possibilité de création d'un État kurde mentionnée dans le traité de Sèvres soit annulée ;
- d'accords entre les puissances influentes de l'époque (accords Sykes-Picot de 1916 qui consacrent en grande partie le partage des territoires au Moyen-Orient actuel notamment le Liban et la Syrie pour la France, la Palestine, la Jordanie créée en 1920 etc.) ;
- du découpage géographique de territoires de l'Afrique noire, certains États changeant de mandataire en fonction des aléas des guerres mondiales (territoires administrés par les Allemands - Rwanda, Burundi, Tanganyika, Togo, etc. - et réalloués aux puissances déclarées victorieuses - Belgique, France, etc. -).
Toujours au cours de ce siècle un autre empire est né : l'Empire soviétique, ce qui allait progressivement nous conduire vers un monde bipolaire sur fond d'affrontements idéologique, militaire mais aussi économique ; l'exploration /exploitation du pétrole, des matières premières va devenir un enjeu de la concurrence acharnée entre ces deux nouveaux empires que constituent les États-Unis d'Amérique et l'URSS.
L'État d'Israël va aussi voir le jour et cherchera à trouver sa place dans un Orient compliqué, tandis que la crise de Suez de 1956 marquera le passage de témoins entre les anciennes puissances, la Grande-Bretagne et la France en intégrant la CEE qui deviendra l'UE au début de notre siècle actuel (traité de Lisbonne 2008), une structure originale souhaitant instaurer un espace irréversible de paix en Europe occidentale d'abord, puis en Europe tout court après la chute du mur de Berlin en 1989 et la décomposition de l'Empire soviétique qui s'en suivit. Au cours de ces années de confrontation sévère entre États-Unis et URSS, les pays nouvellement entrés dans le concert des nations et des nations dites unies (création de l'ONU en 1945/46 avec la kyrielle d'organisations satellites, FMI, BIRD) préfèrent former un groupe de pays "non alignés" (conférence de Bandung de 1955 avec 77 pays signataires) tandis que les accords d'Helsinki de 1975 visaient à éviter qu’un déluge de feu nucléaire suite à un conflit entre les deux empires du moment n'anéantisse notre planète.
 
Avec la fin de la Guerre froide et du communisme international, les États-Unis ont eu des difficultés à trouver un opposant de taille (coalition contre les forces du mal, guerres contre l'Irak, guerre en Afghanistan, etc.), l'Europe se cantonnant à son rôle de puissance commerciale et de défenseur pacifique du multilatéralisme, des droits de l'homme et des valeurs démocratiques.
La mondialisation à l'œuvre allait cependant faciliter l'arrivée d'un nouvel acteur au niveau mondial, la Chine, membre proéminent des
BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), mais aussi la "promotion" de facteurs de crises du national au niveau régional et mondial (crime organisé, climat, conflits religieux, etc.), sans parler des empires qui rêvent de renaître (Russie, Turquie, etc.) voire
du califat islamique.
Parmi ces crises, celle de la vague de migrants, vers l'Europe en particulier, soulève plusieurs problèmes dont celui de l'anticipation de crises à venir et ce, malgré une avalanche d'informations disponibles grâce aux systèmes modernes de communication. Ce phénomène pose le problème du traitement intelligent de ces informations, la tentation de facilité consistant pour les politiques à faire du "suivisme" de l'information en accordant la part belle à "l'émotionnel" (choc des images), ce qui est mortifère à terme. Cette approche s'appuie sur l'acculturation d'une partie croissante des populations, mais pas uniquement sur le continent européen, le risque étant double car au constat de replis identitaires ici et là (peur de la mondialisation et des risques collatéraux réels ou imaginaires prêtés à cette dernière : risques économiques mais risques de guerres atomique, cyber, etc.) s’ajoute celui d'une modification en cours du destin de tous les continents, celui de l’Europe en particulier. Face à ces crises d'un nouveau genre qui se superposent aux anciennes, le rôle du politique doit redevenir central y compris dans sa tâche d'éduquer au sens large (y compris développer l'esprit critique) au risque de laisser notre planète finir sa course prématurément.
 
La précarité de l'ordre international : est-ce vraiment nouveau ? Les changements
 
          Un ordre en mutation
Si l'ordre international a semblé être un acquis, c'est qu' il y avait une sorte de modus vivendi (la Guerre froide, un équilibre de la terreur "rassurant", la seule surprise pouvant être la destruction de la planète par un conflit nucléaire de grande envergure) et que l'Europe a longtemps eu la certitude, voire la prétention d’être dans le "siège du conducteur", avec les États-Unis dans certains domaines, de la maison monde se satisfaisant de la promotion de son "soft power" qu' elle cherchait à exporter à tout prix ; "faites de la démocratie", vous ne ferez pas la guerre. La chute du communisme, la montée en puissance de la Chine, la "renaissance" de la Russie de Poutine /Medvedev après l'épisode désastreux de Eltsine, les conflits du Moyen-Orient à alliances variables, les tensions en Asie du Sud-Est et en Corée, les aspirations du président turc Erdogan sont autant de sources de conflits, de tensions qui seraient restées contenues du temps des deux grandes super puissances (théorie du "Dual containment" de l'administration américaine appliquée au conflit Iran-Irak des années 80). On ajoutera à cela aussi bien la prudence excessive des gouvernements occidentaux par crainte d'un jugement négatif de leurs opinions nationales respectives en cas d'échec de l'intervention militaire (guerre d'Irak pour la France et plus récemment pour la Syrie) que des interventions militaires aux conséquences désastreuses mal évaluées (intervention franco-britannique en Libye).
 
          Besoin d’anticipation et de gestion intelligente des flux d’informations
Il est souvent entendu ici ou là "qu'on n'avait pas vu venir la crise" ! Pourtant ce n'est pas par manque d'envoyés spéciaux de toutes sortes1 ni de résolutions des Nations unies (l'une des plus célèbres restée lettre morte est la 242 par laquelle il était demandé à Israël de revenir sur les frontières de 1948). Les sanctions économiques ainsi que les autres qui furent appliquées n’ont que rarement empêché l’émergence de crises ; ou bien n’est-ce pas plutôt que les dirigeants de ces pays "leaders" du monde, noyés qu'ils sont par un flot continu d'informations en tous genres, n'opèrent pas le tri nécessaire de ce qui est important et consacrent plus de temps à suivre les sondages, préoccupés avant tout par la continuation de leur avenir politique. Il est vrai que la rupture de la séparation assez nette entre conflits /crises intérieures (dont la gestion relevait de la souveraineté de l'État concerné) et crises extérieures complique un peu plus les choses avec l’internationalisation des crises internes antérieurement (les membres de Daech revenus d'Irak et de Syrie qui considèrent la zone du Sahel comme leur nouveau territoire d'expansion ignorant les frontières existantes des pays concernés Mali, Niger, Mauritanie, Sénégal, Tchad entre autres).
 
          Crises classiques et déplacement du centre de gravité
Aux zones identifiées comme points chauds, à savoir l'Ukraine, le Moyen-Orient avec Israël, l'Iran, la Syrie, l'Arabie saoudite, la Chine, les Corées, il convient d'ajouter le déplacement du centre de gravité du monde de l'Europe vers l'Asie avec la mise en place d'une stratégie agressive de la Chine comme en témoigne ses plans One belt, one road (OBOR) visant à prendre à son compte les routes commerciales maritimes et terrestres de l'Asie vers l'Europe tout en effectuant son marché de matières premières en Afrique, les États-Unis tirant profit indirectement de ce glissement. Sauf que, ce faisant, les États-Unis participent plus encore à l'affaiblissement du système de démocratie à l'occidentale en favorisant plus ou moins de façon indirecte l'émergence de modèles alternatifs de pouvoir, y compris en confortant les régimes autoritaires (Turquie d’Erdogan, etc.) ; tout ceci dans un contexte de dérèglement climatique, de migrations incontrôlées, de cyberattaques en hausse constante, tous éléments qui contribuent à crisper plus encore les relations entre les politiques, les élites et les citoyens.

Paru dans l' ASAF, envoyé par l'auteur, 11 juin 2019

La zone franc, le Franc CFA,...

Publié dans En France
La zone franc, le Franc CFA, forces et faiblesses au-delà des polémiques politiciennes et des postures idéologiques
 
Le Franc CFA et son impact sur les sociétés africaines en particulier sont revenus sous le flash des projecteurs à l'occasion d'une “sortie“ tonitruante et peu diplomatique d'un jeune ministre italien. La présente note a pour objectif de rappeler ce que sont la zone Franc et le Franc CFA, leur évolution, leur utilité ou leur frein au développement économique et à la stabilité monétaire des pays de ladite Zone.
 
Zone Franc et Franc CFA. Un rappel
Mis en place par décret de la République Française le 25 décembre 1945, le Franc CFA allait évoluer notamment avec le processus de décolonisation des années 60, la création de la zone Franc, la dévaluation du Franc CFA en 1994 et la mise en place de l’Euro.
La Zone Franc inclut les anciennes colonies françaises d’Afrique Sub-Saharienne auxquelles il convient d’ajouter le Cameroun et le Togo (anciennement sous mandat) ainsi que la Guinée Equatoriale depuis 1985 et la Guinée Bissau depuis 1997.
C’est une Zone de 19 États ou entités administrées et qui comprend quatre ensembles :
- 8 États de l’Afrique de l’Ouest font partie de l’UMOA (l’Union Monétaire Ouest Africaine) et sa Banque Centrale, la BCEAO.
- 6 États de l’Afrique Centrale appartiennent à la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale) avec leur Banque Centrale, la BEAC.
- l’Union des Comores et son Franc Comorien.
- les 3 collectivités françaises du Pacifique (Nouvelle Calédonie, Polynésie Française, Wallis et Futuna) et son Franc Pacifique.
La Zone a connu une non-adhésion de l’une de ses anciennes colonies (la Guinée Conakry qui a un Franc Guinéen mais lié ou garanti par aucune devise ou ensemble monétaire), un départ (Madagascar et son Franc Malgache). Le Mali en est sorti puis il a réintégré la Zone en 1985 et deux arrivées (Guinée Equatoriale, hispanique et Guinée Bissau, lusophone). Djibouti utilise le Franc Djiboutien qui est lié au Dollar US.
 
Le Fonctionnement de la Zone
C’est une Zone qui jouit de système de change commun avec une parité fixe tout d’abord avec le Franc Français puis avec l’Euro depuis le début du 21ème siècle.
La valeur du Franc CFA est garantie par le Trésor Français (inscrit dans le Traité de Maastricht) qui tient un compte d’opération au nom des trois Banques Centrales de la Zone Franc. Ces dernières gèrent leur Zone Monétaire respective et s’adressent au Trésor Français en dernier recours, crédit provisoire qui peut aller jusqu’à 20 % des recettes budgétaires de l’État demandeur.
La convertibilité (partielle) est aussi une garantie importante offerte par la Zone ; en contrepartie, une partie des recettes en devises (50 %) de la Zone est déposée au Trésor Français et correspond à environ 3% de la masse monétaire de l’Euro.
En pratique, les Banques Centrales de la Zone Franc ont des soldes nets assez réduits car elles peuvent jouer sur les demandes de crédit variables selon les mois de l’année (et les besoins variables de crédit qui vont avec, par exemple, le remboursement des crédits accordés aux producteurs de coton après la récolte va servir à financer les demandes de crédit des producteurs d’arachide avant la récolte etc…).
 
Les avantages et les faiblesses de la Zone Franc
Les avantages sont connus :
Un taux de change fixe, la convertibilité, la garantie par le Trésor Français, le lien avec l’Euro, l’existence d’une vaste zone géographique sont autant d’avantages et de facteurs positifs pour des investisseurs. Au cours des années 80, lors des grandes phases d’ajustement économique et social initiées par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, les pays de la Zone Franc s’en sont relativement mieux sortis que les autres pays africains et ce, jusqu’en 1987/88.
La Zone a également favorisé une certaine rigueur budgétaire, un contrôle de l’inflation (1); après la dévaluation de 1994 du Franc CFA (justifiée par JC. Trichet, Gouverneur de la Banque Centrale à l’époque, par la différence trop importante des taux d’intérêt entre la France et la Zone Franc), la Zone a logiquement et mécaniquement glissé du Franc Français à l’Euro, le commerce Europe/Zone Franc ayant supplanté l’ancien monopole commercial France/Zone Franc.
 
Les inconvénients sont divers :
Au plan régional et au sein de la Zone, celle-ci n’a pas été un facteur d’intégration économique même si, répétons-le, elle a été un facteur de rigueur budgétaire appréciable.
Avec les pays africains Hors Zone, le Franc CFA s’est souvent trouvé dans une situation de sur-évaluation (du fait de son rattachement à l’Euro dont il suit l’évolution sur le marché des changes sans pouvoir y jouer un rôle  actif) par rapport à des devises plus faibles (naira Nigerianne, etc..). Cette situation a pu favoriser l’importation de produits de consommation parfois au détriment des producteurs locaux. (Un haut fonctionnaire de la zone CFA achètera une Peugeot montée au Nigéria avec un “gain“ substantiel du fait du taux de change avantageux Franc CFA/Naira)
 
Avec le reste du monde, les situations varient selon les situations : pour les produits dont les pays disposent d’une position forte (cacao pour la Côte d’Ivoire par exemple), la Zone Franc constitue un avantage de stabilité et de facilité (le cacao est coté en Livres Sterling, l’Euro permet aux exportateurs Ivoiriens de se préoccuper uniquement du taux de change Livre sterling /Euro FCFA, idem pour le Gabon avec le pétrole coté en dollars). Du fait de son lien avec la Zone Euro (mise à part la fluctuation du change Euro/autres devises, US etc…), un Franc CFA fort a pu être un handicap pour les producteurs locaux de produits agricoles et d’élevage  par exemple par rapport à d’autres producteurs hors zone (riz asiatique, blé, viande sud-américaine etc..); toutefois  il convient de ne pas négliger d’autres facteurs indépendants du taux de change (réseaux de communications, capacités de stockage à améliorer, petite taille des exploitations agricoles etc…) qui peuvent freiner le développement économique et social de ces pays.  
 
Les critiques existent et sont parfois justifiées
La Zone privilégierait la stabilité monétaire au détriment de la croissance économique (le ratio de crédit à l’économie, le PNB est de 100 % en Europe contre seulement 23 % en Zone Franc) et le Trésor Français jouerait un rôle trop proéminent. Les performances de la Zone sont cependant bonnes dans l’ensemble et la Zone est restée bien stable depuis sa création ce qui tendrait à démontrer l’utilité de la Zone même si elle n’est pas parfaite et si elle devra évoluer ; le fait que  l’Afrique commerce désormais avec tous les continents (y compris avec la Chine) devrait inciter les différents décideurs à faire preuve d’imagination pour que le Franc CFA soit rattaché dans le futur à un panier de devises comprenant l’Euro mais aussi les devises des pays avec lesquels le commerce est florissant. Et là plusieurs scenarios sont possibles y compris un détachement du lien Euro /F CFA mais au risque de faire imploser la zone et de laisser les pays les plus pauvres (Sahel) se retrouver dans une situation financière mais aussi sécuritaire beaucoup plus délicate ce qui ne serait pas sans impact sur l’Europe à terme plus ou moins rapproché (augmentation massive de l’émigration).
 
Au sujet de l’appauvrissement supposé des habitants de la Zone Franc, par exemple émigrations massives, il convient de souligner que les migrations en Afrique sont principalement des migrations intra-africaines et qu’elles s’effectuent autour de "bassins d’emplois réels ou potentiels" régionaux : ainsi l’Afrique du Sud vient en tête, attirant principalement des populations des pays voisins, vient ensuite la Côte d’Ivoire (elle-même un pays phare de la Zone Franc) puis l’Ethiopie et enfin le Kenya. Ce sont les Nigerians et les Erythréens qui constituent les “contingents“ les plus importants de migrants africains vers l’Europe ; or ces deux pays, Nigeria et Erythrée ne font pas partie de la zone Franc.
 
Par conséquent, si certains pays de la Zone Franc sont en difficulté (pays du Sahel), c’est en grande partie dû à des facteurs d’insécurité, de mauvaise gouvernance voire d’une démographie galopante et incontrôlée qu’à l’existence de la Zone Franc ou au "pompage" des ressources de ces pays sachant que, répétons-le, des adaptations sont et seront nécessaires, ceci en dehors de considérations politiques ou polémiques (néocolonialisme ou non, etc…)
 
(1) En mars 1986 j’étais chargé de mener une mission de reconstruction au Tchad ravagé par la guerre civile  avec son secteur cotonnier, l’un des poumons économiques de ce pays exsangue ; les besoins financiers pour replacer la filière cotonnière étaient importants (une dizaine de milliards de FCFA) ; je me suis rendu à Yaoundé (Cameroun) siège de la banque centrale de ces pays de l’Afrique centrale la BCEAC, pour obtenir de cette dernière qu’elle consente une aide exceptionnelle au Tchad ce qui fut obtenu après d’après négociations.

Envoyé par l'auteur, 10 février 2019

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