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GAZZO Yves

GAZZO Yves

Né le 17 décembre 1946
Marié – 5 enfants





Ambassadeur de l'Ordre souverain de Malte auprès de l'Union européenne
Avocat inscrit au barreau de Paris


Docteur d’État es sciences économiques, Montpellier
Docteur d'État ès Sciences économiques de Paris, Sorbonne I
Diplômé de lInstitut d’études politiques (IEP) de Paris.
Ancien élève "l'Institut national des Langues et Civilisations orientales" (Arabe littéraire)
Chargé de cours à l'Institut d'études politiques de Paris entre 1985 et 1994
     (3ème cycle sur le monde arabe)

à la Commission européenne 
Ambassadeur de l’Union européenne près le Saint-Siège, l’Ordre de Malte et les organismes des Nations Unies basés à Rome (depuis 2009)
Directeur de la représentation en France (depuis 2003)
Ambassadeur, chef de la délégation
     en Éthiopie et accrédité à Djibouti (2001-2002)
     aux Philippines (1999-2001)
     en Jordanie et accrédité au Yémen (1994-1998)
Chef adjoint à l’unité ajustement structurel à la Direction générale à Bruxelles (1990-1994)
Conseiller économique à la délégation au Mali (1988-1990).

Conseiller en relations internationales au bureau européen de la banque mondiale
     à Paris (1985-1988),
Economiste à la Banque mondiale à Washington (États-Unis) entre 1980 et 1984
Conseiller économique au centre d’investissement
     de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
     à Rome (Italie) (1975 – 1979)
Conseiller économique au ministère du Plan du Niger (1973-1974)
Auditeur chez Arthur Andersen (1971-1972)

Membre titulaire de l'Académie des Sciences d'Outre-mer (Élu en 2006)
Membre du comité scientifique
     du Centre de développement des études juridiques (Cedej) au Caire depuis 2000
Membre du jury du Prix méditerranéen du livre

Ouvrages
L'Afrique du Nord d'hier à demain (1979) - Pétrole et développement, le cas libyen (1980) - La politique agricole des Etats-Unis (1984) - L'Endettement dans le monde Préface de Raymond Barre (1989) - Les Cicatrices du vent Préface de Michel Crozier (2008) - Sourire d'Harrar (2012) - Les chrétiens d orient en danger de mort (2014)

Nombreux articles et rapports, conférences et interviews (radios et télévisions françaises et étrangères)

Distinctions
Chevalier de la Légion d'honneur
Grand-Croix de l'Indépendance (Jordanie)
Grand-Croix de l’Ordre Chevaleresque Pie IX ( Saint-Siège)

Grand-Croix de l’Ordre pro Merito Melitensi de l’Ordre de Malte
Commandeur de l’Ordre de Sika Tuna Rang Lakan (Philippines)
Officier de l’Ordre National du 27 juin 1977 (République de Djibouti)
Chevalier de l'Ordre du Mérite (République de Pologne)

URL du site internet:

L’Erythrée et la mer Rouge

Publié dans De par le monde
L’Erythrée et la mer Rouge

L’Erythrée et les enjeux de plus en plus multiformes dans la Corne de l’Afrique : condamnée à être le pays "grincheux" de la zone ou peut-il espérer tirer parti de la redistribution des cartes en cours ? Les limites du "soft power" de l'UE confrontée aux appétits de nouveaux acteurs en mer Rouge.
 
L’Erythrée : un pays pauvre et refermé sur lui-même
L’Erythrée n’est pas le pays le plus important de ceux qui sont inclus traditionnellement dans la Corne de l’Afrique : un peu plus de 6 millions d’habitants, inégalement répartis sur 117 000 km2 ; fortement endetté et avec un PNB par habitant de moins de 500 Dollars, il figure parmi les pays les plus pauvres au monde. Ces faits expliquent en partie le flot presque continu de migrants issus de ce pays fuyant la dictature de son président Issayas Afeworki au pouvoir depuis l’indépendance recouvrée en 1993. Cet isolement est corroboré par la faible intégration régionale de ce pays, bien qu’il soit membre de l’Union Africaine et de l’IGAD (organisation régionale basée à Djibouti) sa  participation à ces organismes  n’est  guère active. 
L’Erythrée a même cessé un temps la coopération avec l'UE et les agences des Nations Unies et renvoyé les ONG étrangères en décembre 2011 pour revenir sur sa décision en juillet 2012. Le processus de démocratisation amorcé en 1997 avec l’adoption d’une constitution s’est arrêté brusquement lors du conflit de 1998 /2000 avec le grand voisin éthiopien, ce dernier semble avoir été jusqu’à peu, la seule référence négative de survie de l’Erythrée. L’Erythrée a, cependant, longtemps été le  symbole de résistance au dictateur Mengistu, le "Négus rouge" qui régnait de façon sanguinaire  alors sur la grande Ethiopie, Erythrée incluse (1974/1991); cependant  depuis  une vingtaine d’années les libertés ont été sérieusement rognées, la liberté religieuse contrôlée (50 % environ des érythréens seraient musulmans, 30% orthodoxes et 13% catholiques, le reste se répartissant entre protestants, adventistes du 7ème jour, témoins de Jéhovah, bouddhistes etc.).
 
Depuis peu, le déplacement des conflits entre sunnites et chiites en terre africaine et la complaisance américaine permettent à l’Erythrée de retrouver un rôle par ricochet, sur la scène régionale. De ce fait, l’Erythrée pourrait tirer son épingle du jeu grâce à un certain mélange de complaisance en plus d’un relatif désarroi vis-à-vis de la politique américaine dans la région et de l’intérêt des pays du Golfe, de l’Arabie Saoudite en particulier, désireuse de disposer de facilités militaires pour mieux contrôler et frapper le Yémen. En effet, si l’Eythrée est constituée de hauts plateaux au Nord et d’une étroite bande côtière désertique, c'est sur cette côte que se trouvent deux ports importants : Assab et Massawa, les deux autres étant plus en aval : celui de Djibouti (y compris le port gazier et pétrolier de Dor Ali ) et celui de Berbera en Somaliland. En y ajoutant le port d’Aden à l’extrême sud du Yémen, tous ces ports se trouvent idéalement placés que ce soit à l’entrée de la mer Rouge, via le Canal de Suez ou, à sa sortie, via le détroit de Bab El Mandel (la porte des pleurs ). Ces ports bénéficient par conséquent des retombées de tous les trafics légaux (et ceux qui le sont moins) d’hydrocarbures et de marchandises et ce, tant au niveau régional,  entre les pays de la péninsule arabique, qu'international, points de relais entre  l'Asie et l’Europe.
Longtemps isolés, en "quarantaine" politique, les ports érythréens d’Assab et de Massawa ont été négligés volontairement par les grandes puissances. Ils auraient  pu bénéficier des retombées économiques espérées lors de l’installation de bases américaines sur la Corne à la fin des années 1990, mais le "State Department" s’y opposa, contre le souhait des stratèges du Pentagone, souhaitant éviter que les USA affichent leur soutien à une dictature qui de surcroît avait commis l’indélicatesse de mettre deux journalistes américains en prison; il en résulta que Djibouti fut choisie pour accueillir les troupes américaines chargées de surveiller la zone y compris de lancer les opérations de drones contre des terroristes identifiés au Yémen.
Les changements intervenus dans les relations entre pays de la région et l’intérêt nouveau porté aux ports de Massawa et Assab, pourraient permettre à l’Erythrée de reprendre pied dans le jeu régional à condition d'une part, que son président ne s’engage pas une fois encore dans des conflits avec l’un ou l’autre de ses voisins et que, d'autre part, il engage des réformes politiques et économiques indispensables demandées par L'UE, moyennant une assistance financière, entre autres pour arrêter ou réduire le flot ininterrompu d’émigration d’une partie de sa population et ce, dans un contexte de "présence" de plus en plus marquée soit d’acteurs régionaux (pays du Golfe), soit d’acteurs plus lointains (comme le Japon et surtout la Chine), qui brouillent encore plus les cartes d'une zone où les "sultans batailleurs" sont capables  de croiser le fer à la moindre occasion .
                                                                      
Des relations difficiles avec ses voisins, L’Erythrée : sur le podium des sultans  batailleurs
          Un pays en conflit quasi permanent et indépendant depuis peu
Les dirigeants érythréens figurent parmi les plus engagés dans des conflits avec leurs voisins et en premier lieu avec leur pays "frère", la grande Éthiopie, colonie italienne de 1880 à 1941, l’Erythrée a été  réincorporée dans le giron éthiopien par une résolution des Nations Unies de 1952. 
Assez rapidement cependant les érythréens vont se trouver en première ligne avec leurs cousins tigréens 1), dont sont issus en grande majorité les dirigeants éthiopiens depuis des lustres, en lutte armée contre le régime sanguinaire du DERG du "Négus rouge" Mengistu (1974 /1991).  
Confortés par l’aide américaine qui provenait via l’Irak de Saddam Hussein, les rebelles eurent raison du régime de Mengistu soutenu alors par les soviétiques et leurs alliés cubains ; pour l'Erythrée, qui recouvrait son indépendance, une ère nouvelle semblait s’ouvrir (2).
 
          Un conflit lancinant avec l’Ethiopie
La guerre de frontières (1998/2000 environ 100 000 morts) provoquée par un différend sur le passage contesté de la frontière ethiopio-erythréenne dans l’agglomération de Badmé devait marquer le commencement de cette guerre larvée entre ces deux pays ; L’Ethiopie d'aujourd'hui s’est retrouvée sans accès direct à la mer (3). Cette situation nouvelle n'a pas contribué à améliorer les relations déjà exécrables entre les deux voisins et ce, même si l’Ethiopie recense plus de 130 000 réfugiés érythréens sur son sol (l’Ethiopie est, avec 780000 réfugiés sur son sol, le pays africain qui en accueille le plus), les escarmouches sont sensibles également sur le plan diplomatique : une résolution des Nations Unies de 2011 condamne l’Erythrée dans son soutien au terrorisme (4).
Tout ceci milite pour que les dirigeants éthiopiens soient persuadés que l'Erythrée est une tête de pont pour l’implantation de pays arabes (Arabie Saoudite et autres émirats) dans la Corne. Ceci explique en partie la reprise passagère des hostilités armées entre l’Ethiopie et l’Erythrée en juin 2016, rompant ainsi les accords d’Alger du 12 décembre 2000 dont la fragilité est confirmée y compris par l’invitation de  la Vice Présidente de L'UE Mme Mogherini lancée aux parties signataires de la EEBC (Ethiopian Erithrean Border Commission) dans une déclaration du 13 avril 2017, à respecter toutes les conditions de l'accord d’Alger à l’occasion de son 15ème anniversaire.
 
          Méfiance et conflits avec Djibouti
Les relations ne sont pas plus sereines avec Djibouti, surtout depuis le conflit frontalier de juin 2008, conflit pour le contrôle du Cap Doumera. Suite à un accord entre les deux parties, des troupes qataries jouent, sur la zone contestée, le rôle de soldats de la paix, de cordon sanitaire entre les deux pays. Djibouti, peuplée d’Issas (branche des Somalis) et d’Afars (qui peuplent également une partie de l’Erythrée et de l’Ethiopie) a eu à déplorer le soutien apporté par le gouvernement érythréen aux Afars Djiboutiens en révolte lors de la guerre civile de 1994 ce qui n'arrange pas les relations entre Asmara et Djibouti !
 
          Conflits épisodiques avec les autres voisins
Avec ses autres voisins, l’Érythrée n’entretient pas non plus de rapports chaleureux  avec le Yémen, (réunifié en 1990 mais de façon effective en 1994 (5) et avec le Soudan, après une rupture des relations diplomatiques en 2002, (l’Erythrée étant soupçonnée d’aider la rébellion  soudanaise) les relations entre les deux pays  on repris depuis 2006 .
Mais de manière inattendue, l’Erythrée pourrait sortir partiellement de son isolement actuel à la faveur de ce qui se passe dans la péninsule arabique (intervention militaire du Conseil de Coopération du Golfe au Yémen) intervention qui bénéficie du soutien tacite des Etats-Unis et de façon plus large, des retombées du conflit sunnites (Arabie Saoudite) et chiites (Iran). 
Cette nouvelle donne risque d'avoir un impact d’une part sur le "monopole" actuel de Djibouti dans le "hub" l’accueil (payant) de forces étrangères de tout acabit sur son sol et d’autre part sur l’Ethiopie qui pourrait revoir ses alliances notamment avec les Etats-Unis, au profit de la Chine, de plus en plus présente. 
 
La  Russie quant à elle, reste attentive tandis que  les  anciennes puissances dominantes (Grande Bretagne et France) sont  quelque peu marginalisées et réduites à un rôle d’influence relative sur les dirigeants de la région notamment au sein de l'UE dont l'approche "soft" a du mal à percer malgré des succès incontestables au plan de la dissuasion en mer (réduction appréciable des actions des pirates somaliens ; opération Atalanta,… etc .)
                                                        
Les conflits dans la péninsule arabique : un effet "positif" inattendu pour l’Erythrée

          Les débordements du conflit au Yémen en terre africaine
 La campagne militaire des saoudiens contre les rebelles yéménites "Houthis" (chiites-zaydites soutenus par l’Iran) qui a démarré début 2015, a été une aubaine pour le président érythréen ; ce dernier s’est empressé de signer, dès avril de la même année, un accord de coopération avec les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) avec, à la clé, la construction d’un aéroport à Assab, à partir duquel les bombardiers saoudiens peuvent décoller pour leurs opérations au Yémen, "ennemi" de l’Erythrée tout comme le Soudan qui a dépêché un contingent de troupes pour renforcer celles des saoudiens. Cette présence des arabes du Golfe, avec la bénédiction des américains qui eux continuent à envoyer leurs drones sur le Yémen à partir de Djibouti, pourrait avoir un impact favorable sur l’économie érythréenne exsangue et par la même occasion réduire les vagues de migrants qui fuient vers l’Europe.
 
          Le "soft power" de l’EU à l’épreuve
L'UE fidèle à ses valeurs s’efforce à travers ses programmes d’assistance d’aider les pays en développement ou en crise tout en conjuguant les dits programmes avec des actions et des initiatives visant à mieux contrôler les flux migratoires y compris en luttant contre les trafiquants d’êtres humains (les passeurs) et en promouvant des projets destinés à encourager les jeunes à ne pas émigrer. Le "EU Horn of Africa Regional Action Plan 2015/2020" donne les grandes lignes du programme. Quant au thème délicat des migrations il s’inscrit dans le "Valetta Political Declaration" de novembre 2015 suivi des processus dits de Khartoum et de Rabat et plus récemment du sommet de La Valette de février 2017, le tout ayant pour objectif principal de lutter contre l’émigration illégale.
 
L’Erythrée est un "pourvoyeur" massif de migrants illégaux qui empruntent des routes diverses pour rejoindre l’Europe principalement, et parfois Israël, sachant que la majorité des migrants restent sur le sol africain, principalement dans les pays limitrophes. Ces vagues de migrants ont emprunté successivement la voie du Yémen (possibilité désormais fermée), puis de 2006 à 2012 celle transitant par le Soudan (on y dénombre 125 000 réfugiés érythréens) et par l’Egypte (qui a mis en œuvre une politique de "tirer pour tuer" communiquée à ses forces de police) pour atteindre Israël (6) qui, entretemps, a mis en place une politique anti-infiltration en fermant sa frontière avec l’Egypte et surtout l’Europe qu’ils rejoignent à présent par la Libye et où ils constituent le second groupe de réfugiés par ordre d’importance.
 
Dans son programme de coopération de 200 millions d’Euros signé en 2016 par l’UE est prévue, entre autres, une aide au secteur énergétique érythréen mal en point ainsi que d'autres mesures d'incitation à des réformes économiques et sociales structurelles. Il est attendu des autorités érythréennes, en contrepartie, une réforme de la vie politique et sociale et entre autres est notamment visé le désastreux service militaire à vie, en réalité une moyenne de 10 ans tout de même. Les recrues qui ne cherchent qu’à fuir cet enfer y subissent des brimades en tout genre.  
Ce service militaire dans sa forme actuelle est le facteur principal d’incitation pour les jeunes erythréens à émigrer, mais force est de constater que les résultats de la pression douce de l’UE a produit peu de résultats jusqu’à présent. C’est le constat qui doit être, mais pour des motivations différentes, partagé par les saoudiens qui s’installent peu à peu en Erythrée. Ces conservateurs du Golfe pourraient être à la fois, un pourvoyeur de fonds pour le gouvernement érythréen et un frein à la libéralisation tout en continuant le prosélytisme du courant de l’Islam "wahhabite" dont ils sont les "hérauts" et dont les effets pour le moins contestables, dans différents domaines, ne sont plus à démontrer.
 
Cette présence arabe en terre africaine est à suivre et elle inquiète les ennemis de l’Erythrée comme l’Ethiopie et Djibouti en tête et ce, pour des raisons diverses.
 
Djibouti craint la perte de son monopole comme "hub" et l’Ethiopie remplace la France comme garant de la sécurité sur terre du "caillou".
Jusqu’à une époque récente, le président djiboutien (Isamel Omar Guelleh ou IOG ) a réussi à faire prospérer ce petit territoire qui vient de célébrer le 40ème  anniversaire de son indépendance  grâce à un système de "péages" pour les troupes étrangères. Il a réussi à protéger son "caillou" des conflits dévastateurs qui sévissent ou qui ont sévi autour de Djibouti (il n’a pas accepté de faire partie de la coalition des pays du Golfe contre le Yémen mais il a, par contre, approuvé que des avions saoudiens de transport se posent à Djibouti).
Les troupes françaises, présentes historiquement depuis 1883 ont, pour leur part, assuré la sécurité de la petite république convoitée par ses puissants voisins (7).
Les américains, quant à eux, sont arrivés dès la fin des années 1990  moyennant 30 millions de Dollars annuels de location des bases (60 millions aujourd'hui) puis il y eut des contingents allemands, espagnols et italiens dans le cadre des différentes actions de lutte contre le terrorisme et la piraterie.
Il y a également les japonais qui moyennant 20 millions d’Euros par an ont établi leur première et modeste base en dehors du Japon depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Entretemps, besoin de financement oblige, les djiboutiens ont confié la gestion de leur port, de l’aéroport et du nouveau terminal à la Dubaï Port Authority. Cet accord n’a pas été renouvelé en 2013 suite au refus de Dubaï d’extrader un opposant économico-politique, M. Boreh, homme d’affaires très connu dans la région, or, ce dernier serait derrière l’accord surprise de mai 2016 par lequel le port de Berbera en Somaliland  soit pris en gestion par la Dubai Port Authority, un port utilisé en appoint par l’Ethiopie, Djibouti étant le premier port d’entrée et de sortie des marchandises pour l’Ethiopie. Sentant le vent tourner, le président Guelleh qui est un "Somali" (Issa ) né à Dire Dawa en Ethiopie et qui connaît bien son grand voisin, s’est empressé de signer un accord début mai 2016 avec l’Ethiopie autorisant les troupes éthiopiennes à intervenir à tout moment en république de Djibouti (utiliser les installations existantes, régler des conflits internes etc..). Depuis juin 2016, des troupes éthiopiennes sont effectivement stationnées à Tajourah (en territoire Afar et non loin de la frontière avec l’Erythrée et de la future base chinoise). L’Ethiopie semble ainsi se rapprocher de ses objectifs, à savoir contrôler Djibouti de facto (8).
 
La Chine poursuit son implantation aux endroits stratégiques pour le contrôle du trafic maritime
Dans sa bonne disposition à accueillir des troupes étrangères moyennant finances, la Chine devrait également prendre pied militairement dans la république djiboutienne 9). Ce n’est que depuis peu qu’ils projettent d’installer une base militaire à Tajourah, toujours en zone Afar et Tajourah où stationnent depuis peu des troupes éthiopiennes. Plusieurs milliers de chinois pourraient y trouver place, une piste d’aviation construite et un porte avion hébergé, le tout pouvant rapporter au passage plusieurs dizaines de millions d’Euros à Djibouti selon la formule choisie. On ne peut que constater ainsi "l’allongement" du système de présence des chinois qui progressivement ont poussé leurs pions en mer de Chine du sud (îles Spratleys) et à présent se placent dans une autre zone stratégique pour le contrôle du trafic maritime international entre l’Europe, l’Asie et la mer Rouge.
 
Les Russes et les Iraniens en position d’attente
Les russes et les iraniens sont relativement discrets dans cette zone. Les iraniens, outre leur soutien au régime syrien, au hezbollah libanais et aux zaydites - houthis yéménites - disposent de quelques cartes dans le Golfe que ce soit à Bahreïn (chiite à 80 %) ou encore la minorité chiite installée dans l’est du royaume saoudien (entre 1 et 2 millions de personnes). La mise en "quarantaine" récente du Qatar par l’Arabie Saoudite et ses alliés arabes (dont les émirats, l’égypte, etc…), sous  prétexte que les qataris seraient des suppots du terrorisme, fait le jeu des iraniens également. Les saoudiens jusquà peu, adeptes d’une diplomatie plutôt feutrée se sont lancés dans des aventures militaires à l’issue incertaine. Le qatar de son côté peut bénéficier du soutien de la Turquie (sunnite) et de l’Iran (chiite) qui partagent une conception "top down" de l’Islam (importance du «guide») et différente de celle des saoudiens. L’Iran partage également des champs gaziers offshores avec le Qatar.
Toutes ces aventures saoudiennes y compris celles en terre africaine, ne peuvent que faire le jeu de l’Iran le moment venu. Les Russes ont depuis quelque temps, établi de leur côté, des contacts à Djibouti mais c’est un autre facteur, religieux celui-ci, qui pourrait les impliquer à nouveau plus avant dans la Corne et ses enjeux.
                                    
Une redistribution des cartes sur fond d’instabilité politique des pays de la Corne et la montée en puissance d’acteurs régionaux du monde arabe et de la Chine évidemment
Il est clair que l’on assiste, depuis 2016, à une accélération du positionnement des uns et du repositionnement des autres. Les américains semblent plutôt bien disposés à voir leurs "amis" du Golfe, Arabie Saoudite en tête, s’installer en terre africaine et en Erythrée qui peut en espérer un retour économique salvateur. Les éthiopiens et dans une moindre mesure les djiboutiens sont mécontents de cette tournure des choses, l’Ethiopie en particulier, soutenue totalement jusqu'à présent par les américains et qui se sent plus que jamais entourée de pays ou d’acteurs politiques musulmans hostiles. Dans ces conditions, un rapprochement durable entre l’Ethiopie et la Chine n’est pas à exclure. Les américains et leurs alliés sunnites du Golfe s’éloigneraient de Djibouti vers les ports érythréens d’Assab et de Massawa et dans une moindre mesure vers celui de Berbera en Somaliland, les éthiopiens et les chinois s’implantant plus à Djibouti (y compris à Tadjourah). Enfin, il ne faut pas perdre de vue que la situation économique et sociale dans la plupart des pays de la Corne est fragile (Soudan Sud, Soudan, Somalie, Ethiopie) est de plus en plus tendue (Soudan du Sud et Ethiopie depuis mi 2016) et que cette instabilité n'est pas une bonne nouvelle d'un point de vue migrations de populations en désarroi.
 
 
L’eau, source majeure de conflit potentiel
La lutte pour l’eau et son contrôle est forte au Moyen Orient. Elle l’est également dans la Corne et elle prend plus d’acuité depuis que les arabes sunnites du Golfe prennent pied sur la côte érythréenne. Par ricochet les installations d’Assab pourraient être utilisées par l’aviation égyptienne (l’Egypte soutien la coalition des pays du Golfe contre les rebelles "Houthis") y compris contre l’Ethiopie si cette dernière met en œuvre "et en eau" le barrage de La Renaissance sur le Nil Bleu, trois fois la capacité du barrage d’Assouan. Israël a longtemps été opposé à tout aménagement du Nil (barrages, retenues d'eau) en amont de l'Egypte craignant que ces transformations ne réduisent la disponibilité en eau de l'Egypte ce qui entraînerait des troubles dans le pays qui pourraient avoir des répercussions sur la sécurité d'Israël (9).
Par la suite, Israël a changé d’avis, conscient que le développement économique et social est un facteur de paix mais à présent c’est l’Egypte qui reprend du poil de la bête, forte de la présence plus marquée des monarchies du Golfe dans la région et en Erythrée en particulier (il y a un siècle environ, l’Egypte a connu un bref conflit armé avec l’Erythrée pour un problème lié à l’eau).
Face à la menace claironnée par les égyptiens d’une destruction de ce barrage par la force, les éthiopiens pourraient être tentés par une frappe préventive contre l’Egypte au risque de s’attirer les foudres des pays du Golfe et de l’Egypte réunies  ce qui nous amène à un autre facteur de friction, celui de la religion.
 
Le facteur religieux
Lors d’une visite à Moscou, il a une quinzaine d’années, du premier ministre éthiopien Meles (qui avait combattu contre le régime du DERG soutenu par la Russie soviétique à l’époque), le patriarche Alexis a fait en sorte que la Russie de Poutine  aide ses frères orthodoxes contre les islamistes en Somalie et opérant dans la région de l’Ogaden éthiopien (financés par l’Arabie Saoudite) et en effet, un appui fut apporté en équipement mais aussi en pilotes (ukrainiens notamment !) Pour la petite histoire, en 1889, l’ataman Atchinoff et ses 150 moines cavaliers s’est brièvement installé en pays Afar, de Djibouti, avec comme "mission" de réaliser la fusion de l’église orthodoxes russes avec l’église copte d’Ethiopie.
                                                               
 
Ces facteurs d'ordre divers peuvent s'ajouter à ceux, déjà nombreux, qui pourraient déclencher des conflits (guerres de religion au Moyen Orient), s’ils ne sont pas pris suffisamment en considération. Les puissances coloniales de l’époque, la France et le Royaume Uni ayant longtemps détenu les clés de la porte des pleurs (Bab el Mandel) et qui ont dû les partager avec de nouveaux locataires de plus en plus nombreux et animés par des objectifs différents, ne sont plus en mesure de contrôler ces conflits, ni de contrôler aussi les flux migratoires. 
Les pays de la Corne dont l’Erythrée, font partie de ce puzzle et peuvent selon leur orientation, suivre les recommandations de l'UE ou s'engager plus encore dans la voie "guerrière" avec l’assentiment actif des arabes du Golfe voire celui tacite des américains.
C’est un choix délicat car il est à parier que les autres acteurs à savoir l'Ethiopie avec son appendice de Djibouti, la Chine, la Russie en particulier  et enfin l'Iran, sur fond de conflit yéménite et de concurrence saoudo-qatarienne ne resteront pas l'arme au pied.

(1) Ces derniers forment avec les Amhara une ethnie importante dans la mosaïque humaine de "l’Abyssinie" (en grec Ethiopie signifie" face brûlée par le soleil noir) et avec les habitants de la région CHOA, une sorte "d’aristocratie", les (H)ABASHAS, communautés des hauts plateaux (17 sommets dépassent les 4000m dont le Radashan  qui culmine à 4620m)
(2) Je me suis rendu à Asmara en mission d’évaluation pour la reconstruction de l’Erythrée en décembre 1992 et la capitale érythréenne, épargnée par les combats, semblait être restée à l’heure coloniale
(3) En avril 2003, lors de l’une des grandes sécheresses qui frappent cette région assez régulièrement, j’accompagnai le Commissaire européen au développement, le danois Poul Nielsen chez le premier ministre et homme fort éthiopien de l’époque, Zenawi Meles (décédé en 2012) cousin du Président érythréen Issayas Afeworki en poste depuis 1993 ;
M. Nielsen essayait de convaincre M. Meles de faire passer l’aide alimentaire européenne par les ports érythréens d’Assab et de Massawa, ceux de Djibouti et de Berbera en Somalie, ex-britannique, étant soit engorgé pour le premier soit pas
(4) L’Erythrée est souvent accusée de soutenir l’OLF  (Front de Libération des Oromos). Les Oromos constituent l’ethnie majoritaire en Ethiopie, environ 35 % de la population, devant les Amhars 27%,  les Somalis 6 %, les Tigrayens 5 % etc ... ; les contestataires estiment être brimés par les Abashas, l’Ethiopie a décrété l’état d’urgence en octobre 2016 suite à de très violentes révoltes en pays Oromo mais aussi chez les Amharas mais aussi chez les Chebabs somaliens que Addis Abeba a affronté à plusieurs reprises.
(5) J’étais ambassadeur non résident de l’UE au Yémen de 1994 à 1998 ; il y a eu le conflit fin 1995 pour le contrôle des îles Hanish revendiquées par les deux pays, un conflit tranché en octobre 1998 par un arbitrage international qui attribue la quasi totalité des îles de l’archipel au Yémen.
(6) 41 000 ressortissants érythréens et soudanais non reconnus comme réfugiés et pouvant comme 7 000 d’entre eux, être expulsés à tout moment vers le Rwanda et l’Ouganda.
(7) Les anglais détenaient jusque-là,  grâce au port d’Aden, situé en face au Yémen, le monopole du transit entre l’Europe et l’Asie et ce, en pleine guerre du Tonkin, d’où l’urgence pour la France de trouver un port de mouillage dans la même région, ce qui fut fait en signant un accord avec le sultan d’Obock qui avait auparavant signé un accord similaire avec les anglais mais heureusement pour la France, cette dernière eut le dernier mot.
(8) Lors de mes entretiens avec le président  Guelleh, lorsque j’étais ambassadeur de l’UE en Ethiopie accrédité à Djibouti de 2001 à 2003, ce dernier me disait "un éthiopien peut mettre cent ans à avaler une bouchée mais il y arrive toujours".
(9) Les chinois sont présents, dans le domaine commercial depuis quelques décennies dans la Corne où ils ont supplanté peu à peu les compagnies étrangères que ce soit dans le secteur des routes et des infrastructures mais aussi dans celui des télécommunications.
(9) Lors d’une conférence sur le Nil, organisée à Addis Abeba en 2003, par l’ambassade d’Israël, très présente, j’avais posé une question en aparté au spécialiste israélien à propos de la sous-utilisation des eaux du Nil par l’Ethiopie et sur l’insistance d’Israël au maintien du statu quo, ce dernier m’avait répondu que tout aménagement du Nil, en amont de l'Egypte aurait des conséquences négatives sur la sécurité intérieure de l’Egypte et par ricochet sur Israël.

Envoyé par l'auteur,7 juillet 2017
Yves Gazzo
Président de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer.
Ambassadeur de l'Ordre de Malte auprès de l’UE depuis 2012
L’auteur a été ambassadeur non résident de l’UE au Yémen de 1994 à 1998, résidence en Jordanie,
Ambassadeur de l’UE en Ethiopie accrédité à Djibouti de 2001 à 2003. En Ethiopie il a effectué des missions en 1983 pour la banque mondiale (il y était l’un des responsables du secteur Afrique de l’est), a ensuite pendant deux ans (1991/1993), participé à la dernière mission de l’UE un mois avant la chute de Mengistu, puis il a dirigé une mission de l’UE de reconstruction économique de l’Ethiopie post DERG, 1992 /1993. Il a amorcé la même tâche en Erythrée en décembre 1992).

Réflexions sur les migrations

Publié dans De par le monde
Quelques réflexions sur les migrations
 

Intervention présentée à l'occasion de l'Assemblée générale des anciens fonctionnaires de l'UE lundi 27 mars

De nos jours nous avons tendance, en Europe, en France, simples citoyens ou responsables politiques, à commenter, à disserter, à s'opposer, sur le thème des migrations humaines : danger ou apport pour nos sociétés post industrielles et vieillissantes, mais qui restent attractives pour ceux et celles qui sont à la recherche d'un El Dorado, d'un monde simplement meilleur ; au risque de nous faire oublier que les migrations sont multiples, qu'elles concernent des domaines variés avant tout et qu'elles sont évolutives, dans l'espace et dans le temps même si certaines constantes sont à souligner ici ou là et que les déclarations intempestives de responsables politiques sur ce sujet relèvent plutôt de la posture que de la possibilité réelle de contrôler les flux migratoires.

La diversité des types de migrations
Il existe des types très variés de migrations : celles animales bien connues avec les longs déplacements des oiseaux, des animaux en liberté, des occupants des mers ; qui d'entre nous n'a pas admiré la beauté des flamands roses ou des gnous en Afrique de l'est, des oies du Canada aux Etats-Unis, des requins baleine dans le goubet de Djibouti ? Mais souvent certains virus émergent, voyagent aussi et représentent des dangers réels pour les habitants de cette planète. Migrations de l'information, des œuvres d'art, des systèmes politiques, des finances (envois d'argent des émigrés vers leur pays d'origine),… etc.
Ces thèmes variés, avec le phénomène migratoire en commun feront l'objet de différentes communications au sein de l'Académie des sciences d'outre-mer dont j'assure la présidence, sans oublier les migrations humaines, sujet dont je souhaite vous entretenir aujourd'hui.
 
Les migrations humaines aujourd'hui : un mouvement fort et qui n'est pas près de s'arrêter
Entre 2000 et 2015 le nombre de migrants a bondi pour atteindre un total de 244 millions de personnes vivant en dehors de leur pays d'origine dans le monde selon les sources des Nations Unies. Parmi elles, 60 millions sont des migrants et des réfugiés hors de leur pays d'origine et environ 6 millions sont "coincés" dans un pays ou une zone de transit ; 1 personne sur 112 est, soit un réfugié soit un demandeur d'asile soit un déplacé intérieur. La gestion hasardeuse de ces populations a aussi contribué à la création de camps de réfugiés de "longue durée". On compte aujourd’hui 32 camps de réfugiés installés depuis plus de 25 ans et ces colonies temporaires sont destinées à devenir des villes permanentes, privées toutefois d'infrastructures et d'activités économiques dignes de ce nom.
ll est intéressant de noter que malgré l'augmentation forte du nombre de migrants en valeur absolue, la proportion de migrants internationaux reste stable depuis 60 ans et s'établit autour de 3 % de la population mondiale. L'une des raisons de cette stabilité étant le coût élevé du voyage pour le candidat au départ ; une famille économise souvent pendant 10 ans pour financer un départ ; depuis 2000 il est estimé que le coût de ces voyages s'élève à 15 milliards d'euros, montant qui a principalement bénéficié aux passeurs. 
 
Des caractéristiques diverses des flux migratoires
          * les flux migratoires sont organisés
L'émigration d'une cinquantaine de millions d'européens vers les États-Unis à la fin du XIXème et au début du XXème siècle illustre bien cette organisation car les candidats au départ utilisaient des circuits structurés ; les courants actuels le confirment (émigration de Kayes au Mali etc...) d'où l'utilisation de "routes" par les passeurs. Il en va de même en ce qui concerne l'origine géographique des migrants : après l'année "syrienne" au sens large (les Afghans etc...), il semble que l'on assiste à une (des) année(s) africaine(s) qui utilise la voie de la Méditerranée, centrale de préférence (en 2016, 93 % des migrants arrivés en Italie sont africains) suite à la fermeture de la route des Balkans et grâce notamment à la coopération intéressée des autorités turques qui ont monnayé leur rôle de "garde-frontière" ; les chiffres indiquent que toujours en 2016 c'est l'Italie qui a reçu ces migrants qui ont transité par la Libye (181 000) devançant ceux passant par la mer Egée (175 000 migrants) 56 000 syriens se retrouvant bloqués dans des camps en Grèce. 
 
         * les nationalités des migrants évoluent
Parmi les nationalités des migrants arrivés en Italie, 9 des 10 principales nationalités sont africaines (les bangladais faisant exception). Les nigérians représentent le contingent d'africains le plus élevé ; la raison de cet afflux est lié à la situation économique au Nigeria et là, on distingue ceux des migrants qui peuvent se prévaloir du droit d'asile (érythréens, soudanais, éthiopiens) et ceux qui sont poussés à l'émigration pour des raisons économiques (nigérians, guinéens et ivoiriens en particulier).
 
          * la difficulté à opérer une distinction claire entre asile et réfugié économique, demain" climatique "
Si la Convention de Genève propose une définition stricte du droit d'asile (elle individualise les persécutions, c'est à dire qu'il ne suffit pas d'appartenir à une ethnie, à une catégorie y compris religieuse, menacée, il faut que la personne apporte la preuve qu'elle est persécutée ; les autres demandeurs entrent dans la catégorie des migrants économiques. Mais comment prouver que l'on est demandeur d'asile si sa maison, sa ville a été détruite sans pour autant entrer dans la définition de la Convention de Genève sur le droit d'asile ? De ce fait les migrations d'aujourd'hui sont "mixtes", elles sont un mélange de persécution et de la recherche d'un mieux-être économique et social.
 
          * Migrations et démographie : le cas de l'Afrique et du Sahel en particulier
En 2015, les migrants en provenance des pays au sud du Sahara ne représentaient que 10 % des migrants et la plupart de ces 32 millions de déplacés se trouvaient dans des pays voisins en Afrique tandis qu'une minorité, 9 millions selon l'OIM a réussi à venir dans l'un des pays de l'Union Européenne. Cependant ces chiffres, ces pourcentages pourraient changer rapidement étant donné l'explosion démographique constatée dans les pays du Sahel en particulier. Si les tendances actuelles se maintiennent, l'Afrique sub-saharienne devrait passer de 1,2 milliards d'habitants à 2, 5 milliards en 2050 soit l'équivalent du quart de la population mondiale et les pays sahéliens devraient passer de 89 millions d'habitants en 2015 à 240 en 2050 et à 540 en 2100. Le seul Niger pourrait compter 200 millions d'habitants contre 40 aujourd’hui ; si rien ne change, le Sahel devrait contribuer au tiers de l'accroissement démographique mondial en 2050. Ces tendances ne prennent pas en compte évidemment les éléments accompagnateurs de toute surpopulation à savoir guerres, épidémies, pandémies, famines, départs.
Il y a également d'autres moyens de mieux contrôler les naissances via un planning familial bien compris. Si en on prête à Houari Boumedienne la phrase qu'il aurait prononcée en 1967 "aucune bombe atomique ne saurait arrêter les masses affamées du sud attirées par les riches pâturages du nord " (introduction à mon cours sur le monde arabe contemporain Sciences Po, Paris, 3ème cycle) et un peu plus tard, en 1974 à la Conférence des pays non alignés à Bucarest "la meilleure pilule c'est le développement". Les dirigeants algériens sont revenus entre temps sur le sujet et ont mis en place un système de planning familial.
 
Par ailleurs et d'après des études menées  sur la jeunesse en Afrique par le professeur Hugon, il existe en Afrique la recherche, par une bonne partie de la classe moyenne (considérée comme telle dès que le revenu journalier dépasse les deux euros par jour !) une tendance à sortir du cycle infernal pauvreté/famille nombreuse /dépendance du clan familial comme vivre dans des résidences séparées du centre ville, avoir deux à trois enfants par famille, opter pour la monogamie, travail pour les deux époux etc...) . Mais cette tendance reste embryonnaire et de nouveau, si tout continue en l'état, les 3 à 4 millions de sahéliens qui ont émigré vers l'Europe depuis les indépendances passeront à 40 millions d'ici la fin du siècle. Des études récentes indiquent que si à court terme le développement d'un pays donné permet dans un premier temps d'élargir la base de personnes de plus de moyens, ces moyens sont utilisés pour financer le projet migratoire ; ce n'est que dans un second temps que le désir d'émigration baisse ; tout ceci à condition que démocratie et croissance économique soient au rendez-vous et que la démographie galopante perde en intensité (Maryline Baumand "migrations africaines : le défi de demain, the Youth and Leaders Summit, 2017 à Sciences Po) Face à ces défis que font les pays d'accueil ?

          *Les actions de l'Union Européenne
Sans entrer dans le détail des programmes en cours et au-delà des divisions des querelles entre Etats Membres sur le sujet, l'Union Européenne a mis en place des mesures complémentaires les unes aux autres sans garantie sur leur effet durable et positif : sécurité des frontières maritimes avec FRONTEX , Sophia, EURNAVFOR etc... mise à disposition d'un Trust Fund de 1,8 milliards d'euros disponibles pour financer des actions de développement durable (emploi pour les jeunes, formation, bonne gouvernance, programmes pour recycler et décourager les passeurs dans les pays de transit, Agades au Niger, etc...) avec de surcroît des accords avec les pays en première ligne (Afrique du nord, Libye, etc...) afin que ces pays bloquent ou à tout le moins, aident à la régulation des flux migratoires vers l'Union Européenne, etc... Ceci tout en sachant les risques de chantage de la part des pays "associés" (comme par exemple, la Turquie d'Erdogan). D'aucuns se plaindront des montants trop faibles du Trust Fund, de son saupoudrage (28 pays éligibles !) ou encore l'absence de programmes de planning familial, certes toujours délicat à faire admettre lorsqu'ils ne sont pas "internalisés" par le pays concerné avec en sus, le facteur religieux qui n'est pas à négliger
 
          *Le facteur religieux
Les pays sahéliens sont à majorité musulmane et par expérience vécue (Tchad, de 1969 à 1971, Niger, de 1973 à 1974, Mali, de 1988 à 1990) il n'est pas toujours facile d'aborder le problème démographique de façon sereine et franche sans que des arrières pensées ne soient prêtées à son interlocuteur. On retrouve des comportements similaires dans des pays à tradition catholique conservatrice (Rwanda avant le génocide) etc..; car la religion est souvent utilisée ou bien détournée à des fins politiques, de pouvoir, de domination voire d'exclusion.
Dans un autre registre je citerais l'appui à l'Ethiopie demandé par le Patriarche de l'église orthodoxe russe lors de la visite officielle du PM Meles en 2001, sous prétexte que les deux églises sont proches (l'éthiopienne et la russe) mais également parce que Pouchkine est un quarteron d'éthiopien. Cette "proximité" a joué son rôle dans le soutien apporté par les Russes aux Ethiopiens dans le cadre de la lutte du gouvernement éthiopien contre les islamistes somaliens. Les "supplétifs" serbes de l'empire Austro-hongrois, déçus par la promesse non tenue de les intégrer dans l'armée régulière, les Austro-hongrois émigrèrent vers le pays de "la douce orthodoxie", la Russie ; migrations de Jankevitch où les liens forts entre la Russie et la Serbie qui perdurent jusqu'à nos jours ; dans la même veine lorsque Chypre dut passer par les fourches caudines du plan ajustement du FMI et de l'Union Européenne, ce dernier a été accepté par les Chypriotes forcés pour éviter que les Russes ne mettent les 10 milliards d'euros nécessaires car là aussi, il s'agissait de renvoyer l'ascenseur aux Chypriotes : pendant le communisme en ex URSS c'est l'église orthodoxe chypriote qui a aidé l'église russe à survivre  etc.. 
Ce facteur culturel-religieux n'est pas à négliger ; si les migrants sahéliens ont des raisons de migrer massivement vers l'Union Européenne, comme les Européens  au XIXème et au début du XXème siècle (famine en Irlande, crises économiques dans les pays scandinaves, dans le nord italien etc...) les populations de départ et d'arrivée étaient de même culture et souvent de même région. Les Amériques avaient besoin de main d'œuvre à l'instar de l'Union Européenne ou de certains de ses États Membres (dans une étude que j'ai consacrée à un siècle d'émigration vers les États-Unis de 1860 à 1960, j'ai pu constater que pendant la crise de 1929 le solde migratoire est devenu négatif : plus d'émigrés repartaient vers leur pays d'origine ou vers un autre pays qu'il n'en entrait, de même il y a eu, toutes années confondues, un nombre important de migrants qui ne restaient pas dans leur nouveau pays d'accueil). Le danger est que cet obstacle qui s'ajoute à d'autres concernant l'intégration de tout migrant dans sa société d'accueil devienne un repoussoir de principe au détriment d'une politique raisonnée et dépassionnée d’immigration.
 
Et la France dans tout cela ? Pays d'immigration plutôt qu'un pays d'asile
La France n'est pas une terre "d'asile" mais plus celle qui accueille légalement des migrants au titre de conventions internationales signées avec la France (200 000 ressortissants non européens obtiennent chaque année un titre de séjour) À l'inverse, le taux d'acceptation des demandeurs d'asile est très faible (moins de 20 % et plutôt proche des 15 %). La France a privilégié l'arrivée massive de main d'œuvre (Jusqu’à la seconde guerre mondiale la France va accueillir des populations qui vont renforcer sa force de travail dominée par la Grande guerre avec notamment de forts contingents d'Italiens du nord qui s’installeront surtout en Savoie et dans le sud-ouest ou des Polonais dans les bassins miniers du nord de la France. Après la Seconde guerre priorité sera donnée à une immigration souhaitée d’une façon ou d’une autre par les dirigeants Français 1946 : début de la venue de travailleurs algériens en nombre, dans les années 60 l'immigration espagnole, marocaine, tunisienne et de certains pays d'Afrique sub-saharienne est en forte hausse suite aux accords signés avec les pays de départ. Cependant en 1974, les flux migratoires commencent à être contrôlés et en 1976, Valery Giscard d'Estaing décrète le droit au regroupement familial et entre 1997 et 1999, 100 000 sans-papiers sont régularisés. Les vannes de l'asile s'ouvrirent cependant lors de différentes crises mondiales (1956 accueils de 10 000 réfugiés politiques hongrois puis ce sont entre 10 000 et 15 000 Chiliens qui vont obtenir l'asile en France après le coup d'état de Pinochet puis entre 1975 et 1985 ce sont 110 000 réfugiés en provenance du sud-est asiatique qui seront accueillis. Si la France reste un grand pays d'immigration de longue date, elle n'est pas malgré tout un pays d'asile. Ceci a pour conséquence que, un peu moins d'un quart des personnes qui vivent en France soit un immigré soit enfant d'au moins un immigré (source INSEE, INED). La France est un pays "d'infusion durable", et non " d'invasion massive",de populations étrangères caractérisée également par l'impuissance radicale des politiques à réguler les flux migratoires.
 
Propos d'étape
Les migrations ont existé de tout temps ; elles peuvent prendre des formes diverses (migrations temporaires - soldats en guerre - religieuses - Israël - de peuplement, forcées - déplacement de populations  et pour des motifs variés (famine, desseins politiques, etc...) Elles sont traumatisantes tant pour les sociétés d'accueil que pour les sociétés de départ (indiens d'Amérique, Aborigènes, colonisations diverses etc...)
Pour les sociétés de départ, c'est souvent les vider d'une partie de leurs forces vives et au plan économique et social des modifications de leur mode de vie : de nombreux villages en Algérie, au Maroc et dans d'autre pays vivent sous "perfusion financière" grâce aux chèques des migrants ; c'est le cas des migrants économiques philippins, sri lankais, etc ...);  et au mieux  elles sont dérangeantes : Francois Héran cite un extrait des verbatim des discussions entre le Général de Gaulle et Alain Peyrefitte ; on explique à de Gaulle qu'il faudra accueillir quelques milliers de pieds noirs, ce dernier se récrie " jamais nous n'arriverons à accueillir 10 000 personnes ; au total ce fut 100 fois plus (plus d'un million de personnes qui s'intégrèrent rapidement, tant bien que mal, il est vrai que, dans un pays en croissance économique encore soutenue, le partage d'une culture commune facilite le tout ! "Nous sommes un grand pays d'immigration pas un pays d'asile" voir le Journal, le un, numéro 73. C'est dans cette région qu’au début du 20ème siècle il y eu des émeutes à Aigues mortes entre autres qui firent une dizaine de morts parmi les ouvriers italiens accusés de "voler le pain des Français "!
 
Ces immigrations sont perturbantes et donc elles peuvent être un vecteur de destruction, de domination, de perversion (l' "exportation" du système mafieux par les Italiens du sud migrants majoritaires aux Etats-Unis ; ceux du nord de l’Italie, en général mieux formés professionnellement préférèrent émigrer vers l’Europe, France et Royaume-uni ou vers l'Argentine) mais elles sont fréquemment un facteur d'enrichissement, de diversité pour les sociétés d'accueil. C'est pour cela que la construction de murs, de barrières pour empêcher des migrants de venir s'installer sur un territoire donné est la pire des solutions car sur un plan très terre à terre ce type de mesure qui peut entraîner l'économie du pays d'accueil à la récession et la priver de main d'œuvre pour la faire fonctionner. La tentation peut sembler forte parmi certains dirigeants européens d'imiter cette tendance, celle d'un repli sur soi car l'Europe devrait rester en première ligne de déplacements de population du fait de l'instabilité politique, économique et sociale qui continuera à régner dans sa périphérie. L'Europe continuera à avoir besoin de main d'œuvre pour épauler une population vieillissante tout en essayant de mieux maîtriser les flux migratoires même si la tâche s'annonce ardue car une évolution est en cours : les migrants "forcés" vont, dans les prochaines années, dépasser celui des migrants volontaires à cause des changements climatiques. Et à l’exception de déclarations ici ou là, la plupart des dirigeant européens n'ont, ni tiré les leçons du passé ni se sont préparés aux bouleversements sociétaux à venir.

De la guerre d'Algérie à la...

Publié dans En France
De la guerre d'Algérie à la guerre en France ?
 
Pendant que nos universitaires et nos philosophes "fast thinkers" s'étripent verbalement dans un concours d'ego ,il me semble plus judicieux de revenir sur les faits, sur le vécu de certaines périodes plutôt que de  s'appuyer de façon péremptoire sur des analyses certes brillantes mais qui présentent l'inconvénient de s'appuyer plus entre autres, sur des arpents de mémoires d'étudiants revus et corrigés que sur des expériences de terrain suffisamment étoffées avant de se risquer à quelque généralisation que ce soit ; on prendra pour exemple la querelle récente entre Olivier Roy et sa thèse de l'islamisation de la radicalité s'opposant à une autre 'star' en quête de médiatisation G. Keppel (j'ai enseigné dans le même troisième cycle sur le monde arabe à sciences po de 1985 date de sa création par R. leveau et J. leca). Il  se trouve que comme bien d'autres j'ai vécu, comme témoin de fait, les "évènements " d'Algérie jusqu'en mai 1962 à la fin d'une adolescence malgré tout heureuse mais marquée par la fin tragique de la présence française dans ce qui fut l'un de ses territoires.   
   
Certains parallèles entre d'une part la situation sociéto-sécuritaire dans laquelle se trouve la France et d'autre part son expérience malheureuse en Algérie sont intéressants à plusieurs titres :
Le mode opératoire des djihadistes, des terroristes tout d'abord.
Guidés par des chefs politiques qui distillent des messages aussi clairs que radicaux dans le but d'éliminer l'ennemi, le" mécréant" (la guerre d'Algérie a connu un regain de recrutement des populations musulmanes lorsque l'élément religieux a été utilisé pour chasser les "roumis " les descendants imaginaires de la Rome antique au temps où elle occupait une bonne partie de la méditerranée méridionale jusqu' au décapoles de la jordanie) le djihadiste de base va être utilisé pour terroriser la population civile par tous les moyens surtout lorsque l'organisation terroriste se trouve affaiblie sur le terrain ; tous les moyens seront bons : hommes déguisés en femmes , avec une longue gandourah ; le voile sur la tête etc., qui pourra plus facilement dissimuler une arme, un explosif pour perpétrer un attentat dans un bus, dans un centre commercial etc.  
 
Pour essayer de parer à ce type d'attentas les autorités vont déployer des militaires comme aujourd'hui) vont faire poser des grillages sur les vitres des bus (afin d'empêcher la projection de grandes ou autres engins explosifs). Confronté à ce terrorisme urbain le politique se trouva désemparé ; on se rappellera la " journée des tomates le 6 février 1956 lorsque Guy mollet nommé depuis peu Premier ministre fut accueilli par une foule hostile à Alger. Ce fut ce leader de la SFIO qui cependant va renforcer sérieusement la présence militaire française et son activité contre la rébellion ; la nomination de robert Lacoste, ancien leader de la CGT, comme gouverneur général  de l'Algérie en février 1956 en remplacement du vieux général Catroux, qui était dépassé par les évènements, allait changer la donne. Les autorités politiques déléguèrent alors progressivement une partie de leurs attributions y compris celles relevant de la police à l'armée. Un pouvoir que l'armée utilisera, souvent contre gré, mais qui permit de gagner la bataille urbaine contre " les poseurs de bombes ". Ce furent aussi les Unité territoriales qui furent créées pour soulager les troupes régulières ; les U T étaient utilisées pour des opérations de maintien de l'ordre ; les hommes de 21 à 48 ans devaient servir deux à trois jours par mois (ils furent jusqu' à 25 000 dans la seule ville d'Alger). Là aussi on retrouve une similitude avec la constitution en cours d'une "garde nationale à la française annoncée par le ministre actuel de l'Intérieur ; on notera au passage que les UT bénéficiaient de l'expérience militaire de personnes qui avaient connu la guerre que ce soit la seconde guerre mondiale ou l'Indochine ce qui en faisait des unités d'appui appréciables ; qu'on retrouve aujourd'hui des hésitations semblables du pouvoir politique quant aux mesures qui seraient  efficaces pour vaincre le terrorisme à Alger par exemple d'une rhétorique de communication qui se veut apaisante, rassurante mais qui a atteint ses limites.
 
Les autorités politiques actuelles n'ont plus beaucoup de choix : déléguer les  pouvoirs de police à l'armée n'est pas à l'ordre du jour ; suivre encore une fois les conseils  de nos fast thinkers serait désastreux encore une fois (on a perçu les dégâts causés par ces irresponsables en quête de "gloire " bon marché en Libye , en Syrie, etc.). Dans une veine similaire se " chiffonner " pour savoir si c'est "l'islamisation de la radicalité" (O. Roy) qui est plus significative que "l'hégémonie du salafisme dans l'Islam" (G kepel) sans apporter de solution au problème reste un débat d'universitaires médiatisés qui laisse le citoyen, et la société dans laquelle il vit, sur sa faim.
 
Le virage que ces dites autorités doit prendre n'est pas facile à plusieurs titres : il s'agit tout d'abord de revoir note conception des droits individuels, des droits de l'homme et de leur application par la justice. Sans cela il ne sera pas possible de neutraliser les terroristes ou ceux qui projettent de le devenir ; ceci suppose la création de centre de détention éloignés dans lesquels les détenus seraient astreints à un travail physique dans des endroits difficilement accessibles ; également qu'au nom des droits de la défense le bon sens reste maitre face à des individus qui ne souhaitent qu'une chose la destruction de nos démocraties.
De façon plus profonde ces changements de cap nécessaires si l'on souhaite rester dans un cadre démocratique devra entrainer une réflexion sur la validité de la continuation d'un schéma sociétal basé sur le culte de l'individu exclusivement au détriment des valeurs de solidarité, du vivre ensemble. D'aucuns souligneront à juste titre qu'une approche uniquement hexagonale du problème serait boiteuse du fait de notre appartenance à l'UE et des obligations qui en découlent concernant la liberté de circulation des personnes, d'où la nécessité d'une approche européenne de lutte et d'éradication du terrorisme ; les circuits de la drogue ou encore l'attitude plus qu'ambiguë des monarchies du golfe qui financent d'une façon ou d'une autre l'expansion de l'islam sous différentes formes sont des acteurs "extérieurs" qui ne facilitent pas la mise en place d'un système "étanche " à l'endroit de menaces venant de l'extérieur ; mais en Algérie, c'était G. Nasser le président égyptien qui appuyait la rébellion avec le soutien de l'union soviétique et de ses pays satellites, et accessoirement de nos "amis" américains et la complicité de la Tunisie ou du Maroc nouvellement indépendants.
 
Il serait illusoire voire dangereux pour la cohésion nationale d'envisager des  actions qui stigmatiseraient les communautés musulmanes ; la solution doit venir de celles-ci ; elles doivent faire le ménage tant d'un point de vue théologique (en marginalisant les courants porteurs de haine) que d'un point de vue sécuritaire en neutralisant les semeurs de terreur ; l'expérience malheureuse des harkis abandonnés par la France peut cependant doucher des initiatives éventuelles dans ce sens, sauf si le pouvoir politique envoie des signaux forts de non tolérance vis à vis des agents de la terreur tout en agissant pour mieux intégrer les différentes composantes de la population. Là aussi il n'est pas inutile de se pencher sur l'histoire même récente pour y puiser des idées et d'éviter de commettre les mêmes erreurs ; Quoiqu'il en soit il devient urgent d'agir de façon lucide et déterminée.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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