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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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Inféodation aux Etats-Unis

Publié dans De par le monde
Inféodation aux Etats-Unis
 
Alors que le pape François publie une encyclique importante sur l’écologie qui invite à revoir nos modes de vie consuméristes qui abîment la planète, il est affligeant d’observer combien, dans la marche chaotique de ce monde, la France et l’Europe demeurent à la remorque de l’hyper puissance américaine qui est le principal vecteur de cette idéologie consumériste dont la seule fin est l’Argent. Dans un essai remarquable (1), Hervé Juvin montre comment la chute du communisme en Europe de l’Est a accru l’inféodation du vieux continent aux États-Unis, tant du point de vue géopolitique que culturel et financier.

À l’époque de la menace de l’URSS, dans un monde bipolaire, l’alliance américaine s’imposait – la politique du général de Gaulle a montré qu’elle pouvait toutefois s’exercer sans soumission – et cet équilibre des forces a sans doute contribué à tenir la bride au capitalisme : "le capital paie des salaires quand les tanks le menacent" (p. 17-18), écrit avec humour Hervé Juvin. Mais depuis la disparition de l’Union Soviétique et du Pacte de Varsovie, il n’y avait plus aucune raison de maintenir l’OTAN dont le seul objet était de prévenir une attaque communiste.
Loin de disparaître ou de baisser en puissance, l’OTAN, véritable bras armé des États-Unis, s’est au contraire étendue sans réelle nécessité pour se rapprocher toujours plus près de la Russie, permettant aux Américains d’accroître leur présence militaire en Europe. Depuis l’accession de Vladimir Poutine à la tête de la Russie – homme fort qui a commencé à redresser le pays et redonné la fierté patriotique à son peuple –, les États-Unis n’ont cessé de la considérer comme un ennemi dangereux, comme si la chute du communisme n’avait rien changé. Et leur objectif a toujours été de séparer l’Union européenne de la Russie, constante de toute la géopolitique des puissances maritimes anglo-saxonnes. On ne peut comprendre fondamentalement l’affaire ukrainienne si on ne la replace pas dans ce contexte.
L’OTAN est un moyen d’embrigader ses membres dans des guerres hors d’Europe qui ne les concernent pas et où l’Alliance n’avait aucune vocation initiale à intervenir : je pense à la première guerre du Golfe contre l’Irak en 1990-1991 qui est à l’origine du chaos de la région – bien seul, Jean-Paul II l’avait prédit – et de l’expansion du terrorisme islamiste que les Américains ont eux-mêmes suscité pour lutter contre l’URSS en Afghanistan.
Depuis, leurs interventions militaires n’ont réglé aucun problème mais ont semé la terreur, le désordre et provoqué des centaines de milliers de victimes tant, depuis Hiroshima et Nagasaki, la disproportion des moyens est une des caractéristiques des guerres américaines. Il est vrai que les États-Unis sont persuadés d’être une nation élue de Dieu, de détenir le Bien et d’avoir une responsabilité universelle pour l’étendre. Aussi leurs adversaires ne peuvent être que l’incarnation du mal – du moins essaient-ils de le faire croire – comme ils l’ont fait pour Saddam Hussein – c’est cette conviction qui leur a permis de "génocider" sans scrupule les Indiens qui étaient là avant eux ou d’écraser des populations sous un déluge de bombes.

Il faut bien comprendre que ce que nous voyons comme des échecs de la politique étrangère américaine ne le sont pas forcément vus de l’autre côté de l’Atlantique : "La litanie des échecs américains, en Afghanistan comme en Irak, en Libye comme en Syrie, n’a de sens que pour qui considère que l’ordre et la paix civils sont des biens publics majeurs, écrit Hervé Juvin ; pour qui considère qu’un régime n’est légitime qu’à condition de servir l’intérêt national américain, les échecs ne sont que relatifs, ou temporaires. Des régimes autoritaires ou des dictatures hostiles aux États-Unis ont été mis à mal, les dirigeants des pays producteurs d’or noir qui prétendaient mettre en cause le monopole du dollar sur les transactions pétrolières ont été éliminés, l’influence de la Russie a reculé. Où est l’échec ?" (p. 41).

Inféodation géopolitique de la France et de l’Europe, donc, incapables d’avoir pu se démarquer des États-Unis et contribuer à la paix, de l’ex-Yougoslavie au Proche-Orient. Mais inféodation également dans les domaines financier et culturel.
Financier car, depuis les années 1990 et les fameuses politiques de dérégulation, nous n’avons jamais su défendre un modèle alternatif qui ne fasse pas de l’Argent le nouveau dieu moderne. C’est le triste privilège de ce qui reste de l’ "Occident" d’avoir entraîné le monde dans une course effrénée à la croissance, à la rentabilité et au profit dont ne bénéficie qu’une infime minorité de privilégiés, accroissant partout les inégalités, et causant d’irrémédiables dégâts, humains, sociaux, écologiques… Les "avancées" dites "sociétales" – du "mariage" homo à la PMA/GPA en passant par la reconnaissance du genre… – s’inscrivent dans ce mouvement qui tend à rétablir une nouvelle forme d’esclavage.
Culturel car le rouleau compresseur du libéralisme mondialisé porté par les États-Unis qui fait de tout homme un citoyen du monde ou plutôt un consommateur interchangeable d’où qu’il vienne, éradique tout ce qui dépasse, toute différence et broie avec une effrayante efficacité l’identité des nations, la spécificité des cultures, la foi des peuples, bref l’enracinement des hommes, tout ce qui fait la variété des civilisations, la richesse de l’humanité. Et la disparition des nations sonne le glas de la démocratie, les États-Unis, dont le sentiment national et patriotique demeure puissant, ayant sombré de leur côté dans la ploutocratie.
"Ce ne sont pas les États-Unis qui sont l’ennemi de la France, écrit Hervé Juvin, c’est tout pouvoir qui se veut mondial, toute puissance qui prétend à l’universel, comme cette hyper-finance qui manipule l’Amérique" (p. 32).
Qui ne voit pas que c’est là un danger mortel qui nous guette aujourd’hui ?

(1) Hervé Juvin, Le Mur de l’Ouest n’est pas tombé, Pierre-Guillaume de Roux, 2015, 280 pages

Paru sur www.lanef.net

Revenir au rôle de l'école

Publié dans En France
Revenir au rôle de l'école
 
Le ministre de l’Éducation nationale, Mme Najat Vallaud-Belkacem, propose à son tour une réforme du collège qui ne laisse rien augurer de bon ! Et le plus agaçant est cette pratique sans scrupule du mensonge qui consiste à affirmer très sérieusement que cette réforme donnera plus de place aux humanités (latin, grec, français, histoire, allemand) quand il est évident, concrètement, qu’elle les réduira à la portion congrue.
Le système éducatif français est en échec, mais nos ministres sont tellement intelligents que, s’appuyant toujours sur les mêmes "experts", ils ne consultent pas ceux qui sortent de leurs schémas mentaux et, surtout, se gardent bien d’analyser ce qui fonctionne bien à l’étranger, comme si nous n’avions de leçons à recevoir de personne ! Résultat ? Nous fonçons avec une constance invraisemblable dans toutes les impasses qui ont déjà largement prouvé leur méfait : l’idéologie égalitaire qui, au prétexte que la culture serait discriminante, en arrive, non pas à essayer d’élever les jeunes élèves, mais à rabaisser tout le monde en supprimant la culture ; et le "pédagogisme" imbécile qui, mettant l’élève au centre du système, prétend que c’est à lui de construire son propre parcours d’apprentissage. N’importe que cela ne marche pas, que cela conduise à près de 20 % d’illettrés en fin de parcours, les idéologues pensent toujours que la réalité va se plier à leurs désirs…

En France, chaque ministre de l’Éducation nationale y va de "sa" petite réforme, si bien que tout est sans cesse bouleversé, il n’y a plus aucune visibilité à long terme, sinon que l’on s’enfonce toujours vers plus d’absurdité, de déconstruction des savoirs. Mme Vallaud-Belkacem n’est qu’un petit maillon d’une chaîne qui remonte loin en arrière et elle ne fait que poursuivre une logique à l’œuvre depuis longtemps, quels que soient les gouvernements, de gauche comme de droite.
Or, le fond du problème est pourtant bien identifié : de plus en plus d’élèves ne parviennent plus à la maîtrise des fondamentaux – la langue française, l’arithmétique, l’histoire… –, car la mission essentielle de l’école a été oubliée : transmettre des connaissances. Pour y remédier, il faudrait revenir à des pratiques éprouvées : méthode syllabique pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, importance de la grammaire et de la littérature, enseignement chronologique de l’histoire, nécessité de la discipline, restauration de l’autorité des maîtres… autant de mesures qui se heurtent au lobby tout puissant de l’Éducation nationale qui empêche tout réel changement.

Le plus dramatique est que toutes ces réformes successives qui, depuis une quarantaine d’années, ont contribué à briser la chaîne de transmission des connaissances, ne font qu’accentuer les inégalités que l’on prétend pourtant combattre, les jeunes issus de milieux défavorisés n’ayant aujourd’hui plus aucun recours pour s’élever, puisque l’excellence qui en est le moyen est méprisée et vilipendée.
On se demande notamment comment retisser un lien social qui se délite en constatant la haine que nos réformateurs portent à l’histoire longue de la France. En sabordant notre culture, notre littérature, l’être historique de la France pour ne retenir d’une façon caricaturale que les aspects les moins sympathiques (colonialisme, traites négrières, Vichy…), on ne peut que former des jeunes sans racines, sans mémoire et méprisant leur propre patrie.

Ainsi, la boucle est-elle bouclée avec la vision des Français que colporte un esprit brillant comme Emmanuel Todd dans son dernier essai, Qui est Charlie ? (Seuil). Certes, l’ouvrage n’est pas sans intérêt ni dénué d’analyses justes (à propos de l’unanimisme de l’esprit du 11 janvier, par exemple), mais son explication des "catholiques zombies" ne peut que concourir à la haine de soi tout en minimisant les dangers de l’islamisme, les musulmans n’étant en France qu’un "groupe faible et discriminé" victime de l’islamophobie. Ces "catholiques zombies", en effet, qui ne sont plus ni pratiquants ni même croyants – bref plus catholiques –, qui viennent des régions traditionnellement les plus chrétiennes, forment une classe privilégiée, égoïste, viscéralement réactionnaire, rebelle à l’esprit égalitaire de la Révolution, aux relents de xénophobie, autoritaire, tentée par l’entre-soi, bref c’est cette France-là qui aurait manifesté le 11 janvier, une France hier anti-dreyfusarde et pétainiste, et aujourd’hui islamophobe.

Quand donc cessera-t-on de se référer en toute occasion à Vichy pour discréditer ceux dont on parle ? Mais ce qui est instructif chez Todd, c’est d’une part la façon dont un intellectuel athée voit la religion à travers son prisme idéologique : forcément comme un cadavre ! C’est d’autre part la force de la prégnance marxiste qui, par esprit de système, pousse un tel auteur, qui sait pourtant être libre et à contre-courant, vers un déterminisme plus enfermant encore que la lutte des classes, en "essentialisant" une identité catholique sans rien comprendre à ce qu’est le christianisme ! N’est-ce pas au reste le problème de la gauche française que d’être demeurée viscéralement marxiste, la politique se résumant à un conflit de gentils oppressés contre de méchants oppresseurs – après l’émancipation du prolétariat, il y a eu les nouveaux combats contre le racisme, pour le féminisme, le genre… ? N’ayant pas surmonté son marxisme, cette gauche n’a jamais su remettre en cause son injustifiable soutien passé au communisme et ne parvient pas à se départir de sa position morale de donneur de leçons.

En réalité, le 11 janvier ne manifeste-t-il pas plutôt la réaction d’un peuple en mal de nation ? L’amour de sa patrie et de sa culture est chose naturelle, nécessaire à la bonne santé d’un pays, c’est cela qui manque tout aussi bien aux Français en général qu’aux plus jeunes élèves en particulier que l’on frustre d’un extraordinaire patrimoine culturel dont ils sont pourtant les héritiers légitimes. 

www.lanef.net

"Tu ne tueras pas" ?

Publié dans A tout un chacun
"Tu ne tueras pas" ?

Nous l’avons souvent dit ici et comment ne pas le répéter à l’occasion du vote de la loi sur "la fin de vie", tout se passe comme si les lois les plus transgressives devaient inéluctablement être adoptées par étapes. L’euthanasie est donc bien la visée ultime du législateur qui, au demeurant, ne s’en cache pas, puisqu’aussi bien Mme Touraine que M. Valls ont reconnu que c’était là sans doute une loi transitoire en attendant d’aller plus loin lorsque "l’opinion" –bien "travaillée"– sera prête à franchir un pas supplémentaire !
Même si cette nouvelle loi maintient encore de fragiles barrières, elle ouvre assurément la voie à l’euthanasie (…).
De toutes les transgressions que l’on nous impose au fil des ans –de l’avortement au "mariage pour tous" en passant par la PMA et la GPA, etc.-, l’euthanasie est sans doute celle dont il est le plus difficile d’expliquer le danger et l’illégitimité. Les raisons en sont multiples.

La première tient sans doute aux progrès foudroyants de la médecine qui permettent de prolonger la durée de la vie alors même que l’on peut être par ailleurs diminué, ce qui est fréquent avec le grand âge ; là où jadis un vieillard vivait ses dernières années au milieu des siens avec une fin généralement assez brève, aujourd’hui ce même vieillard se retrouve souvent seul avec des traitements qui permettent de le maintenir en vie des années. On comprend que cette perspective puisse faire peur à beaucoup, surtout que l’on redoute en plus l’acharnement thérapeutique que personne, en fait, ne défend –et certainement pas l’Église–, mais qui demeure un épouvantail précisément pour justifier l’euthanasie.
Il y a là un déficit coupable d’information, car l’on sait bien que la demande d’un grand malade à mourir est dans l’immense majorité des cas un appel de détresse pour être soulagé et écouté en tant que personne humaine. La solution n’est donc nullement l’euthanasie, mais l’extension des soins palliatifs, point totalement ignoré par la nouvelle loi, alors que la France manque cruellement de tels centres (un malade en fin de vie sur quatre ou cinq seulement peut y prétendre).

La seconde raison est liée à l’exploitation médiatique de quelques cas extrêmes qui semblent montrer l’absurdité de maintenir en vie une personne dont "on" estime qu’elle préférerait mourir. Outre qu’il serait démagogique de légiférer à partir de situations très spécifiques comme on nous y invite pourtant, la réalité est généralement bien plus complexe – on se souvient de Vincent Humbert, tétraplégique aveugle et muet à la suite d’un accident de la route et euthanasié par sa mère avec l’aide d’un médecin en 2003, dont les médias n’ont cessé de relayer son appel à mourir, alors qu’il y a maintenant un doute très sérieux sur sa volonté d’en finir avec la vie. La difficulté de certaines situations médicales nous invite à l’humilité, à renoncer à vouloir tout régler par la loi et à faire confiance aux équipes soignantes sur le terrain, dès lors qu’est sauvegardé dans son principe et son intention l’interdit de tuer. La vie conserve heureusement une part de mystère, il faut accepter de n’être pas maître de tout et certainement pas du moment de notre mort.

L’argumentation développée autour de ces cas extrêmes révèle une vision de la dignité de la personne singulièrement réductrice car basée sur une conception purement utilitariste de la vie humaine !
La dignité est ainsi corrélée avec l’utilité d’un être dans une approche totalement matérialiste : dès lors où celui-ci "ne sert plus à rien", n’est plus capable d’agir par lui-même, il devient un poids pour son entourage et il deviendrait donc juste (et tellement plus économique) de le supprimer ! Quelle qu’en soit la raison invoquée, compassion, refus de la souffrance et de la dépendance, etc., où se situe le seuil de souffrance ou de dépendance à partir duquel la vie deviendrait insupportable ? On voit bien qu’un tel seuil est impossible à appréhender d’une façon objective et universelle et que ce sont là de fausses raisons pour transgresser l’interdit le plus fondamental de toute société digne de ce nom : "Tu ne tueras pas" !

La dignité de la personne est intrinsèque, liée ontologiquement à sa nature humaine, elle ne dépend en aucune façon de critères extérieurs comme son autonomie – comme si nous n’étions pas tous dépendants des autres de la naissance à la mort ! Cette dignité est attachée à l’amour, à notre capacité de le donner et de le recevoir, laquelle est le propre de l’homme et demeure présente jusqu’à son dernier souffle.
Il est vrai toutefois qu’une société déchristianisée et matérialiste est devenue incapable d’entrevoir le sens de la souffrance inhérente à notre condition humaine et qui, pour les chrétiens, prend sa source dans la Croix du Christ ; on peut donc comprendre la frayeur qu’inspirent la douleur et l’épreuve quand elles sont vécues sans la foi, particulièrement sans la foi en l’aide de la grâce de Dieu toujours présente.

Si ces aspects pourtant essentiels ne sont pas aisés à faire intervenir dans un débat, il demeure que la peur des malades d’être "éliminés" contre leur gré est une autre réalité dont on ne parle guère.
Et comment lutter contre la banalisation du suicide des jeunes en situation de détresse et légaliser dans le même temps le suicide assisté d’autres personnes également dans la détresse ?
Qui, finalement, jugera des vies qui ne valent plus la peine d’être vécues ?

Paru dans La Nef, avril 2015

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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